Don't let me be misunderstood || Vox

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Jeu 31 Aoû 2017 - 18:33



« Jazz washes away the dust of every day life. »
Art Blakey


Automne 2012 – Arche d’Edimbourg

Le soir était tombé depuis quelques heures en cette fraîche soirée de novembre. Cependant, la foule et l’ambiance au Blue Note était tel qu’on en oubliait rapidement que dehors, l’hiver approchait à grand pas. Des lumières tamisées et une scène sur laquelle trônait notamment un piano assurait une atmosphère à la fois musicale et visuelle qui n’avait rien à envier aux meilleurs clubs de jazz américains. Sans compter que de bons groupes ou musiciens y jouaient régulièrement. Les amateurs du genre ne s’y trompaient d’ailleurs pas, et, sans être bondés, l’endroit était souvent bien rempli. C’était le cas ce soir, mais pour une raison encore plus spécifique : c’était l’une de ces soirées scènes ouvertes, ou les amateurs locaux –ou non d’ailleurs- avaient quartiers libres pour se faire entendre.

Ce qui donnait à la fois de bonnes surprises, mais également des interprétations plus oubliables. Néanmoins, le niveau restait assez bon, la notoriété des lieux aidant. Ainsi, depuis mon arrivée, plusieurs musiciens aux styles ou répertoires s’étaient déjà succédés sur scène. Du bon, et du moins bon. Il y avait notamment eu un excellent joueur de trompette, un habitué de ce genre de soirées. Il était comptable, je crois. Mais pour un amateur, il se débrouillait sacrément bien. Il avait toujours de quoi rebondir s’il souhaitait changer de carrière.

A l’inverse de mon cas. Je me débrouillais, mais n’avais ni le niveau ni l’envie de passer professionnel. Surtout pas maintenant que j’étais enfin bien établi ici, et que l’agence commençait à avoir des clients de manière régulière. La réputation venait doucement, et les anciens clients satisfaits y étaient souvent pour quelque chose. De même, le nom de la Potential Home dans mes mandataires aidait souvent à me donner du crédit. J’avais plus de boulot, et un bon réseau. Cela marchait tellement bien que j’avais déjà dû refuser plusieurs demandes, faute de temps. Même moi savais que dormir ou manger étaient parfois nécessaire, et comme je n’avais malheureusement pas le don de me dédoubler…

Alice me suggérait de prendre quelqu’un pour m’assister. Mais je n’avais pas quitté Pinkerton pour perdre à nouveau mon indépendance en me traînant un boulet à mes côtés. Beaucoup travailler me convenait d’ailleurs parfaitement, pour éviter de penser à tout le reste. Une technique comme une autre pour garder la tête hors de l’eau. Et pour le moment, j’étais tout à fait capable de m’en sortir, tout en trouvant tout de même des moments pour venir dans ce genre d’endroits quand l’envie m’en prenait.

Accoudé au bar depuis mon arrivée, j’en étais déjà à ma seconde bière lorsque le barman me suggéra de passer sur scène, comme j’avais déjà pu le faire par le passé. Et chose que je faisais de moins en moins, venant de plus en plus rarement ici alors que le travail s’accumulait. Ce fut finalement la promesse d’une troisième boisson gratuite qui me convainquit de quitter mon siège, non sans reluctance. Mais une fois que je fus installé devant le piano et le clavier familier, les notes vinrent d’elles-mêmes.

J’avais appris à jouer il y a longtemps, chez une voisine à New-York. Ma mère venait parfois faire le ménage chez elle, et en échange, cette dame me donnait des leçons de piano. C’était elle qui m’avait appris les règles pour l’improvisation, chose qui me passionna très vite et pour laquelle je semblais avoir des facilités. Après la mort de ma mère, j’y allais moins souvent, mais continuais néanmoins à venir jouer sur le piano de cette femme. C’était sans doute l’une des seules personnes qui me manquaient là-bas.

Pour ce soir, je choisis d’improviser autour d’une mélodie, une nocturne de Chopin. Un morceau plus mélancolique, mais qui donnait un résultat à la fois intéressant et original. Et il fallait le dire, j’avais également de moins en moins de temps pour jouer désormais. Aussi, je me contentais de ce je savais le mieux le faire. Je terminais sous quelques applaudissements, que j’ignorais pour rapidement retourner à ma place afin de récupérer mon dû.
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Jeu 31 Aoû 2017 - 20:05
Cela faisait environ trois ans qu'Owen avait posé ses bagages à Edimbourgh après des années à voyager. Sa vie de nomade était derrière lui et il lui avait fallu beaucoup de temps après ce qu'il appelait « l'affaire Max » pour se sentir apaisé. Heureusement, il avait rapidement décroché un poste de professeur à la Potential Home qui lui avait permis de s'ouvrir à nouveau à l'inspiration. Cela lui avait toutefois pris des mois, de longs et pénibles mois durant lesquels il avait cru devenir fou, où la musique elle-même n'arrivait pas à le calmer, mais il était maintenant redevenu lui-même et il n'était pas rare de le voir écumer les différents clubs de la ville avec ses amis musiciens. C'était d'ailleurs le cas ce soir-là, tous assis autour d'une petite table du Blue Note, ils écoutaient attentivement les différents talents qui se succédaient sur la scène. Reprises et improvisations s'enchaînaient et, qu'elle que soit la qualité de l'interprétation, les applaudissements fusaient toujours de la tablée. Vox était du genre à encourager tous ceux qui s'intéressait à son art fétiche, même si le chemin serait sans doute long pour certains. Rien ne servait de rabaisser et de faire l'arrogant. Au contraire, il pensait que si une personne était plus douée qu'une autre dans un domaine, c'était son rôle de rester humble et d'aider de son mieux l'autre à progresser. C'est sans doute cette manière d'envisager les choses qui faisait de lui un bon prof apprécié de ses élèves.

En ce qui concernait cette soirée, le musicien était plutôt d'humeur à écouter plutôt que participer. D'ailleurs, son attention fut attirée par un homme au visage fermé qui s'assit derrière le piano pour une réinterprétation jazz d'un morceau classique. Il n'avait pas froid aux yeux ! Et ce mélange qui aurait pu être une véritable catastrophe se révéla au contraire une réussite qui envoûta littéralement Owen. Il ferma les yeux pour se laisser aller aux sons que produisaient les touches noires et blanches sous les mains, apparement très habiles, de l'interprète. Lorsque l'homme eu terminé, il les rouvrit et le suivit du regard alors qu'il retournait au bar. Quelque chose de bourru et de mystérieux chez ce personnage titilla sa curiosité et il se leva pour le rejoindre en se demandant si ses mains étaient habiles en toutes circonstances. Un mince sourire se glissa sur ses lèvres à cette pensée et à celle du numéro de charme qu'il s'apprêtait à commencer. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas ramené de conquête à la maison et si cet homme était interessé et intéressant, pourquoi pas ? Il commanda une bière et se tourna vers celui qui serait, peut-être, son prochain amant, en prenant sa voix grave de séducteur.


- Pas facile cette impro sur Chopin, mes félicitations. Il leva son verre en direction de son interlocuteur et poursuivit. Vous avez un bon doigté, vous jouez souvent?

D'accord, ce n'était peut-être pas très fair-play d'utiliser son don pour draguer mais c'était un petit plaisir coupable que Vox s'accordait lorsqu'il était d'humeur joueuse. Ce qui, il fallait bien l'admettre, arrivait constamment. Est-ce qu'il arrivait à séduire sans ? Oui, sans problème. Mais la musique et lui ne faisait qu'un et il n'était pas surprenant qu'il aime charmer par les mélodies de sa voix. D'autant plus que cela ne portait jamais à conséquences. Même s'il l'avait voulu, jamais son don ne lui aurait permis de soumettre la volonté de qui que ce soit. Cela lui donnait simplement un coup de pouce, bien qu'en cette occasion, il ne soit pas certain que cela fonctionne.

Il bu une gorgée de son verre, s'alluma une cigarette et tendit une main à son vis-à-vis.


- Owen Morrison.

Le poisson allait-il mordre à l'hameçon ? Rien n'était moins sûr au vu de l'air neutre de l'homme, mais qui ne tente rien n'a rien et Vox n'était pas du genre à se laisser démonter par une attitude peu avenante. Cet individu l'intriguait au plus haut et point et, malgré le temps passé dans les différents clubs de musique de la ville, il ne l'avait jamais vu. Un nouveau venu en ville ou un être simplement discret ? Il ne savait quoi penser et il était impatient de découvrir ce qui se cachait derrière ce visage inabordable. Derrière ces vêtements aussi, mais ça, ça serait avec un peu de chance pour plus tard.
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Mer 13 Sep 2017 - 22:29
En dehors de mon travail, il n’y avait de place que pour la musique. C’était la seule chose qui arrivait à m’occuper assez pour ne pas penser à tout ce que j’avais laissé derrière moi. Et à tout ce que je ne voulais plus voir. Je pouvais me passer de tout le reste, mais pas de ça. Même si le boulot prenait de plus en plus de place, je continuerai à garder mes vinyles et à les sortir de temps en temps. Je ne jouerai sans doute plus beaucoup à l’avenir, mais écouter un Ray Charles ou un Nina Simone, ça, je n’arrêterai jamais. Cependant, tant que je n’étais pas encore trop rouillé, autant en profiter encore un peu. Surtout si ça me permettait de gagner un verre en plus, je n’allais clairement pas cracher dessus.

Mais j’avais à peine eu le temps de retourner au bar récupérer ma bière gratuite qu’un type s’approcha de moi, un sourire en coin. Soit ce type avait apprécié le numéro, soit c’était le genre de gars louches que j’attirais parfois, Dieu seul savait pourquoi. Ce n’était pas comme si mon expression parlait assez d’elle-même et affichait clairement qu’il valait mieux ne pas venir me déranger. Pour ne pas prendre de risque, et dans un cas comme dans l’autre, je préférais les envoyer se faire voir. Et cela aurait été le cas, s’il n’avait pas parlé le premier.

De prime abord, il voulait simplement me complimenter sur ma prestation, mais ce fut plutôt le ton de sa voix que ses propos qui attirèrent mon attention. Comme si je ne pouvais pas m’empêcher de me montrer fasciné par elle, avec un timbre suffisamment intriguant et chantant pour que je me retourne et daigne porter mon attention sur l’homme qui la portait. Mais c’en était trop beau pour ne pas éveiller une pointe de méfiance derrière l’intérêt. Je ne réagissais jamais de cette manière, et j’étais bien placé pour savoir qu’il y avait des prodiges qui n’avaient pas le moindre remord à manipuler autrui. Cependant, je me sentais encore maître de mes moyens, et n’avais pas l’impression d’être forcé à quoi que ce soit.

Et puis, s’il y avait eu un prodige aussi dangereux sur cette arche, j’en aurais entendu parler.

Je me contentais donc de fixer l’inconnu, dont la tête me disait pourtant vaguement quelque chose. Sans répondre tout de suite, je me contentais de le détailler, avant de finalement me décider. Peut-être que ce n’était pas tout à fait normal, mais il m’intriguait. Et puis, il n’était désagréable à regarder. Je me tournai à nouveau vers mon verre, et répondis d’un ton égal, avant d’en boire la moitié :

"Un connaisseur, visiblement. Laissez-moi deviner, chanteur ? Avec votre voix de sirène, cela ne m’étonnerait pas."

Le terme n’était pas choisi au hasard, mais je lui laissais le bénéfice du doute. Et puis, ce n’était pas forcément négatif. Toutefois, le moins qu’on puisse dire, c’était qu’il n’était pas des plus discrets, même si c’était sans doute assumé. Pour le moment, je ne m’en souciais pas beaucoup. Je n’avais rien de spécial de prévu, et tant qu’il ne m’emmerdait pas, je ne voyais pas de raison de l’envoyer chier. Pour l’instant.

Il me tendit une main pour se présenter, et je la serrai brièvement. Son nom aussi m’était familier, mais j’en voyais défiler tellement que ce n’était pas étonnant.

"Daniel Cooper."

Cette fois-ci, je gardais mon regard sur lui, tandis que je terminai ma bière. A mon tour, je sortis une cigarette, et lui demandai s’il pouvait me passer du feu. Cela faisait des mois que je promettais à Alice d’arrêter, mais ce n’était pas ce soir que j’allais commencer. Alors que je tirais une première bouffée, mon esprit continuait à tourner, cherchant l’endroit où j’avais pu ranger les informations qui pouvaient concerner cet homme. D’un coup, je sentis que j’approchai du but et une intuition me souffla :

"Vous bossez à la PH ?" Cela faisait partie de mon boulot là-bas de savoir qui y bossait, au moins d’avoir un aperçu du corps enseignant. Sans doute que j’avais vu passer sa tête comme ça, à un moment. Mais si c’était le cas, alors je n’avais définitivement pas affaire à un psychopathe manipulateur. Ils n’engageaient pas n’importe qui, après tout. Mon regard changea alors légèrement, et j’ajoutais avec un haussement d’épaules, en levant ma chope vide : "Vous m’offrez un verre ?"

Tant qu’à faire.
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Ven 15 Sep 2017 - 2:00
Un challenge ! Rien de mieux pour se remettre en selle après une longue période d'inactivité dans le domaine de la séduction. C'était aussi stimulant que gratifiant si cela aboutissait à une belle conclusion et le professeur de musique n'avait que peu de doutes sur l'issue de cette rencontre. D'accord, peut-être mettait-il la charrue avant les bœufs et qu'il était bien trop confiant dans ses charmes, mais il était d'avis que si on partait défaitiste, cela ne risquait d'aboutir à rien. Il fallait simplement choisir sa tactique dès le départ, à savoir plutôt franche ou plutôt subtile. Ensuite tout n'était que question de nuances à apporter au thème principal. Telle une chanson, on y ajoutait la mélodie, les paroles et on rendait le tout consistant, on lui donnait vie. Les compliments, les insinuations, les gros sous-entendus, tout cela formait un tout. Une attention personnalisée pour qui l'on souhaitait envoûter. Son don était la touche finale, la cerise sur le gâteau qui lui permettait d'avoir l'attention de son interlocuteur assez longtemps pour que son charme prenne le relais et termine le travail. C'était d'ailleurs ce qui était en train de se dérouler avec le séduisant inconnu aux doigts de fée.

L'homme ne semblait pas être dans les meilleures dispositions pour se faire draguer mais il ne put s'empêcher de tourner son visage vers celui qui l'abordait aussi cavalièrement. Qu'on le veuille ou non, sa voix attirait l'attention lorsqu'il utilisait son don et le musicien eut la vague impression que son vis-à-vis n'était pas dupe au vu de la méfiance qu'il décelait dans son regard. Ou peut-être était-ce là sa manière habituelle de réagir lorsqu'on venait le complimenter ? Peut-être n'était-il tout simplement pas à l'aise en société ? Quelle que soit la raison, un court silence s'installa durant lequel les deux hommes se dévisagèrent. Owen ne le lâcha pas de son regard pétillant et cru que l'individu allait l'envoyer se faire paître lorsqu'il se retourna vers son verre, mais à sa (pas si) grande surprise, il lui répondit d'une voix neutre. La référence à la sirène montrait bien qu'il se doutait que quelque chose sortait de l'ordinaire, ce qui ravi le professeur. Il avait peut-être été démasqué, mais cela dénotait une certaine intelligence et une sensibilité au monde qui les entourait qui étaient très attirante. Décidément, le mystère serait des plus intéressants à percer et il se contenta de sourire sans répondre.

Lorsque l'homme se tourna enfin pour lui faire face et se présenter en retour, Vox chercha dans sa mémoire s'il avait déjà croisé ce nom, mais rien ne lui vint. Inconnu au bataillon. Il apprécia le contact bien trop bref de leurs mains et soutint son regard alors que le dénommé Daniel terminait son verre d'une traite. Ce mec avait une sacrée descente, il fallait bien l'avouer et la nuit n'était de loin pas terminée. Lentement, le professeur porta son verre à ses lèvres et bu une longue gorgée avant d'allumer la cigarette de son nouvel ami qui semblait continuer à cogiter jusqu'à ce qu'il pose une nouvelle question. Son sourire s'élargit et il opina du chef, étonné d'être connu sans connaître en retour.


- Effectivement, je suis professeur de musique là-bas. Il marqua une pause pour tirer sur sa cigarette avant de reprendre. Et vous ? Je suis quasiment sûr que vous ne faites pas parti du corps enseignant. *Même si je suis sûr que vous avez beaucoup à enseigner à un corps* pensa-t-il. Quel est votre job à la PH?

Il savait que ce n'était pas un collègue et il était persuadé qu'il ne l'avait jamais vu auparavant. Qui que soit ce mec, il était des plus discrets et son rôle dans l'école ne devait pas être de notoriété publique. Intrigant. Il sembla se détendre en réalisant qu'Owen était une tête connue et il n'hésita pas avant de demander un verre que le musicien lui offrit avec plaisir. Il fit signe au barman pour qu'il ramène une autre chope de bière alors qu'il prenait place sur un tabouret à côté du mystérieux Daniel. Lorsque la commande arriva, il trinqua avec une bonne humeur qui contrastait grandement avec l'air plus sombre de son interlocuteur.

- A la votre ! Il avala une gorgée avant de reprendre la conversation avec sa voix toujours aussi envoûtante. Si vous aimez les improvisations et mélanges de genres musicaux, j'ai quelques perles rares que vous devriez appréciez. Ou si vous préférez, un piano pour vous laisser aller à votre imagination.

Bien sûr ces perles rares se trouvaient de manière fort bien pratique chez lui. Bien au chaud dans des boîtes remplies de vinyles classés avec précision. Non loin de sa chambre à coucher où l'attendait un grand lit qui ne demandait qu'à accueillir plus d'une personne. Idem pour le piano. Qu'il préfère écouter ou jouer, Daniel aurait de quoi faire si d'aventure il finissait par échouer sur le rivage de la sirène Morrison. Peut-être que ce dernier n'y allait pas par quatre chemins, mais il était d'humeur à être direct, tout en n'exprimant jamais textuellement ses intentions qui ne pouvaient être plus claires. Cependant, en-dehors de l'aspect physique de cette rencontre, il était réellement troublé et curieux d'en apprendre plus sur ce personnage. Il sentait qu'il y avait bien plus derrière ce joli minois qu'un gars sombre et déprimé. Rien qu'à sa manière de jouer, le musicien sentait que la conversation serait intéressante, voire passionnante.
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Lun 18 Sep 2017 - 19:27
Il fallait un certain culot pour aborder quelqu’un de cette manière, surtout lorsque le quelqu’un était aussi peu réceptif de prime abord. Ou une certaine stupidité. Dans ce genre de tactique, cela passe ou cela casse. Et dans mon cas, on était clairement plus dans la seconde catégorie. Quoique, de temps en temps, un miracle pouvait arriver. Elias avait été l’un des rares à y parvenir, et il était encore moins subtile. Mais il avait, tout comme mon interlocuteur, un côté intriguant derrière son sourire charmeur qui donnait au moins envie de passe outre le manque de finesse. Pour Gear, cela avait un intérêt sincère, ainsi qu’un côté passionné et libre qui ne pouvait que forcer le respect. Et dans le cas de ce soir, une voix qui ne laissait pas indifférent.

D’autant que ma coopération minimum à établir une communication ne semblait pas l’embarrasser. Au contraire, il continuait à afficher un sourire des plus avenants. Peut-être était-il certain de réussir grâce à sa voix de velours, pensant qu’avoir mon attention était déjà une porte d’entrée avec tapis rouge. Il allait être déçu, cela n’allait clairement être aussi simple. Il avait certes de la chance de ne pas avoir été rembarré, mais cela ne voulait rien dire. Au moins, il semblait avoir un peu plus d’esprit que la majorité de ses prédécesseurs.

Et une voix qui restait malgré tout en tête.

Tout en profitant du moment où il me tendit du feu, je parvins à me rappeler d’où son nom et son visage me disait quelque chose. La Potential Home. Et effectivement, Monsieur Morrisson y était professeur de musique. Comme c’était étonnant. Mais également un peu plus intéressant. La curiosité semblait partagée, puisqu’il me retourna la question.

"Non, en effet." confirmai-je avec une légère grimace. La seule idée de m’imaginer professeur, à la charge d’une bande de gamins, suffisait à me donner de l’urticaire. Les gosses et moi généralement, c’est une mauvaise idée. Pas de patience, aucun esprit de groupe ou d’équipe. Et déjà une faible capacité à m’occuper de moi-même. C’était mieux pour tout le monde ainsi, et l’une des raisons pour lesquelles je ne traînais pas plus que nécessaire à l’école. Vive Internet et le téléphone. "Je ne suis pas vraiment là-bas. Plutôt mandaté par l’école pour des travaux externes. Dans la recherche et l’analyse d’informations, ce genre de choses..."

Il suffisait de dire détective pour que les gens s’emballent. En bien ou en mal. Mais de manière générale, leur vue de mon métier était largement exagérée. Si j’en avais encore la patience, je pourrais leur dire que je passe une majorité de mon temps derrière un écran à analyser des données, puis à les mettre en page pour faire de jolis rapports de synthèse compréhensibles pour les clients. Le terrain n’était pas toujours nécessaire, et quand je le pouvais, je m’en passais. C’était tout de suite moins reluisant. Mais j’avais depuis longtemps appris à ne pas utiliser ce mot. Ou alors, je me retrouvais avec des tarés qui me harcelaient pour être embauché sous prétexte qu’ils avaient lu trop de polars.

De plus, la discrétion était indispensable, et me convenait tout à fait. Je ne comptais pas en dire davantage, et le faisait bien sentir.

Mais cela me permit au moins de mieux situer mon interlocuteur, ce qui me détendit légèrement. Et puisque je n’étais pas de si mauvaise humeur que cela ce soir, je lui proposais de m’offrir un verre, avant de trinquer avec lui. Pas besoin de plus cependant pour qu’il envisage déjà l’étape suivante. Cela avait le mérite d’être direct. Et toujours aussi mélodieux. Je bus un peu de ma bière, avant de me tourner vers lui, un vague sourire en coin.

"Vraiment ? Vous avez aussi de belles antiquités pour les amateurs de vieilleries attrapes-poussière ? Ou une importante collection de timbres pour les philatélistes qui vous plaisent ?" Je fis une pause pour le fixer dans les yeux, avant de hausser les épaules. "Pourquoi pas… si vous me montrez d’abord de quoi vous êtes capable."

D’un signe de tête, je lui désignais la scène, avec un regard qui le mettait au défi. L’air de dire que je n’allais pas chez n’importe qui, même pour des vinyles. Je m’installais dos au bar, ma chope dans la main, prêt à admirer le spectacle. Si toutefois, cet Owen ne se dégonflait pas. Ce qui serait dommage, pour une sirène. Mais d’un autre côté, c’était une occasion en or de davantage me convaincre, s’il la saisissait. Même si j’étais loin d’être bon public. Cependant, quelque chose me disait que je pouvais être surpris. En bien.
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Mar 19 Sep 2017 - 1:16
La fumée s'échappait lentement des lèvres d'Owen alors qu'il écoutait avec attention la réponse qui lui était faite. A l'éventualité d'être pris pour un professeur, l'homme sembla frémir comme si rien que cette idée le mettait mal à l'aise. Cette réaction arracha un sourire en coin à l'enseignant qui avait lui aussi beaucoup de peine à imaginer cet individu devant une classe de gamins surexcités. Il le trouvait plus à sa place dans ce club de jazz, accoudé au bar en sirotant son verre d'un air morne, comme si rien dans la vie ne lui apportait une once de bonheur. D'accord, il extrapolait sûrement, mais l'image que Daniel renvoyait n'était pas des plus joyeuses et c'était bien ça qui l'intriguait autant. Et comme pour rajouter une couche, la suite de son discours resta passablement vague et avare en détails, faisant comprendre si cela n'était pas encore clair, qu'il n'était pas enclin à parler de lui plus qu'il ne fallait. Pourtant, il ne l'envoyait toujours pas sur les roses. A croire que malgré son expression bourrue, il n'était pas si mécontent qu'on vienne le draguer ainsi. Ou alors n'était-ce là qu'une distraction comme une autre à laquelle il couperait court dès qu'il en aurait marre ? Quoiqu'il en soit, cela n'arrivait pas à démonter l'enthousiasme du musicien qui était prêt à creuser un peu plus cette personnalité.

Mais voilà qu'il était à présent démasqué, son petit manège révélé au grand jour. En même temps il ne se cachait pas au vu de la tactique qu'il avait adopté avec Daniel. Il trouvait cependant amusant la manière directe dont ce dernier l'avait confronté et s'attendait, encore une fois, à se faire rambarrer propre en ordre. Il ne put retenir un rire malgré cela et lui répondre d'une voix amusée après une longue gorgée de bière.


- Ca, c'est mon petit secret. Pourquoi ? Jaloux ?

Il n'avait plus rien à perdre maintenant qu'ils avaient joué carte sur table, alors autant le titiller pour de bon. Surtout qu'il ne se prenait pas une seule seconde au sérieux. Certes il était conscient d'avoir du charme, mais ses chevilles et sa tête étaient restées à une taille tout ce qu'il y avait de plus normale. Daniel ne paraissait pas non plus le prendre très au sérieux et demanda une preuve qu'il n'avait pas à faire à un petit rigolo. Vox le fixa d'un regard brillant et laissa naître un léger sourire sur son visage. Il y avait donc moyen que les choses ne s'arrêtent pas là, une ouverture malgré les apparences dissuasives. Intéressant. Il ne manquait plus qu'au musicien de faire ses preuves en.... jouant de la musique. Cela ne devrait sûrement pas lui poser de trop gros problèmes. Il accepta donc et inclina sa tête sans le lâcher des yeux.

- Avec plaisir.

Il bu une nouvelle gorgée de bière et observa quelques secondes son interlocuteur qui changeait de position afin de mieux voir la scène. Après avoir apprécié la vue, il se tourna vers le barman et lui fit signe qu'il se proposait d'être le prochain à monter sur scène. Il s'avança sur le côté, attendit sagement qu'une jeune femme termine une belle interprétation d'un morceau d'Etta James, puis il s'assit derrière le piano, sa cigarette toujours à la main. Il en tira une bouffée et l'écrasa sur le cendrier posé non loin avant de placer ses doigts sur les touches. La chanson qu'il s'apprêtait à jouer lui était venue à l'esprit dès que le mystérieux employé de la PH l'avait défié. Une touche d'humour qui, il l'espérait, ne manquerait pas de briser la glace.

Il entama donc un morceau de Louis Prima avec un entrain et une joie de vivre contagieux. On pouvait pour cela remercier son don qui faisait ressentir au public la malice qu'il avait à interpréter cette chanson. Ses doigts couraient sur le piano et sa voix était chaude et agréable, tantôt douce comme une caresse, tantôt puissante et rocailleuse, alors qu'il lançait de temps à autre un regard enjôleur à Daniel. Il se lâcha pour de bon autant vocalement que sur l'instrument lorsque vint la partie solo. A cet instant, il ferma les yeux et se laissa emporter par les sons qu'il produisait sans prêter attention à ce qui l'entourait, pas même à son nouvel ami, mais tout en transmettant cet état de joie à ceux qui l'écoutaient. Il reprit le fil après s'être amusé durant une petite minute et amena le tout à sa conclusion sous les applaudissements du public. Il salua d'un mouvement de tête et d'un signe de la main avant de rejoindre le bar. Il se rassit sans un regard pour Daniel et vida le reste de sa bière avant de se tourner vers lui et de planter son regard dans le sien


- Ce n'était qu'un apperçu, mais si vous souhaitez en voir plus...

Bien sûr il parlait de ses talents de musicien. Bien sûr. Aucun sous-entendus dans cette proposition. A voir maintenant si son petit numéro avait convaincu ou non. En tous les cas, il s'était bien amusé sur scène et au vu des réactions du public, il était persuadé que cela s'était ressenti. Les yeux toujours fixé sur son interlocuteur, il attendait une réaction quelconque qui lui donnerait un signe sur la suite de la soirée.
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Mar 19 Sep 2017 - 20:28
Les gens avaient de la peine à me cerner. Discret, silencieux, sombre, solitaire ; je n’étais clairement pas le genre de type sympathique qui vous mettait en confiance. Pour autant, si certains préféraient passer leur chemin, d’autres semblaient au contraire attirés par ma personne. Pas que cela me plaise, bien au contraire. Comme si je faisais exprès d’être ce que j’étais pour porter l’attention sur moi. Exprès d’être amer et détraqué. Si je pouvais trouver un tactique pour justement ne plus être dérangé, croyez-moi que je l’aurais déjà appliquée. J’avais déjà dû renvoyer plusieurs personnes de l’agence, qui n’y venaient pas pour y trouver le genre de services offerts par un détective. Et à chaque fois, cela me fatiguait et m’agaçait encore un peu plus.

Et je voyais bien dans le regard de cet Owen une curiosité grandissante me concernant. Seulement, cela devenait moins un souci lorsque c’était réciproque. Ce qui, soyons franc, arrivait peu souvent. Mais pour une fois, je n’allais donc pas me plaindre de ne pas être abordé par une jeune femme en manque d’aventures ou d’un taré attiré par le genre torturé, pour une fois. Quoique cela ne voulait rien dire d’autre qu’un simple début d’intérêt. Ce dernier pouvait partir aussi vite qu’il était arrivé. Et toutes les plus belles voix du monde ne pouvaient rien y faire.

Pour continuer sur sa lancée, Owen ne quitta pas son éternel sourire amusé, même quand ses intentions étaient démasquées. Ni ne perdit de sa répartie. Retournant à ma bière, je répondis simplement :

"Je déteste la poussière, et n’envoie jamais de courrier. Mais chacun son dada."

Il pouvait collectionner les cactus, les chats en porcelaine ou les figurines Star Wars que je n’en aurais rien à faire. En revanche, s’il possédait effectivement un tel équipement musical, c’était qu’il avait les moyens de l’entretenir. Et ça, c’était déjà nettement plus intéressant à mes yeux. Je lui proposais donc de montrer ses talents sur scène. A en croire son sourire, cela sembla lui convenir parfaitement. Je ne le lâchais pas du regard, même lorsqu’il quitta le mien pour se diriger vers le piano, ma bière en main et ma cigarette en bouche. Je le fixais écraser son mégot, puis placer ses mains sur le clavier. Ses gestes dénotaient d’une certaine aisance. Il devait avoir l’habitude de jouer en public.

Car malgré mon détachement apparent, je m’interrogeais de plus en plus sur ma sirène. Outre sa voix, ses connaissances musicales ne donnaient pas l’impression d’être un simple bluff pour la drague. Et, étant prof à la PH, il était évident qu’il disposait d’un certain talent pour enseigner là-bas. Suffisamment de données pour me permettre de me montrer un peu optimiste, pour une fois.

Le choix de la chanson me surprit au début, et je ne pus m’empêcher de lever les yeux au ciel après les premières notes. Qu’est-ce que je faisais pour attirer les pitres, sérieusement ? Encore une ressemblance avec Elias. Cependant, le registre de ce dernier était plus que douteux parfois, et je me souvenais encore de la fois où il avait réussi à me traîner à la soirée Disco organisée au bar d’Alice. Plus. Jamais. Alors que, malgré l’aspect joyeux du morceau, Owen assurait son registre. Sa voix s’adaptait parfaitement à la mélodie, lui donnant une énergie contagieuse et malicieuse. Même si je ne réagis pas à ses regards, j’observais et, surtout, j’écoutais avec une très grande attention.

Au point d’en fermer les yeux au bout d’un moment pour mieux apprécier. Je sentis même mon corps se balancer au rythme de la mélodie. Je ne dansais jamais, ou même n’esquissais d’ordinaire un mouvement lorsque j’écoutais de la musique. Autant dire que c’était un sacré tour de force. Je me laissais transporter par la musique, appréciant cette expérience inimitable et unique d’une bonne performance live qu’aucun enregistrement ne pourrait jamais rendre à sa juste valeur. Le public ne s’y trompa pas lorsqu’il applaudit chaleureusement à la fin de la chanson.

Je laissais Owen revenir jusqu’au bar, l’observant avec un regard qui ne dévoilait rien de mes pensées, tandis que lui faisait durer le plaisir. Avant de me signaler que ce n’était qu’une partie de ses talents. Bien évidemment. J’écrasais ma cigarette, avant de lui répondre.

"C’était plutôt pas mal." Avec un petit sourire en coin qui signifiait que de ma part, c’était un sacré compliment. Je terminais d’une traite ma boisson, avant de reposer la chope sur le bar. "Il semble que je n’ai plus de bière, et donc, plus rien qui me retienne ici. Vous avez de quoi boire chez vous, avec vos vinyles et vos multiples talents ?"

Quittant mon tabouret, j’enfilais mon veston, comme sur le départ. Au même moment, mon chapeau quitta sa place sur le comptoir pour venir s’installer de lui-même sur ma tête, dans un mouvement si rapide et discret que personne en dehors d’Owen ne devait l’avoir remarqué.

"On ne souhaite pas tous montrer au monde nos « dons »." dis-je simplement avec un haussement d’épaules. Et pour bosser dans le milieu anti-prodige, sachant de quoi ils étaient parfois capables, je préférais qu’il en reste ainsi. Mais c'était aussi une manière de montrer ma confiance envers mon interlocuteur. Passant les mains dans mes poches, je fixais Owen, attendant qu’il ouvre la marche.
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Lun 25 Sep 2017 - 22:39
Il y avait quelque chose de particulier qui se produisait lorsque le professeur jouait devant des spectateurs, d'autant plus s'ils étaient un tant soit peu connaisseurs. Une sorte de connexion s'établissait entre lui et son auditoire qui n'était pas uniquement due à son don. Certes ce dernier l'aidait à passer les émotions aux autres, mais cela allait au-delà de ça à ses yeux. Il ressentait chaque note dans son corps, c'était une expérience inexplicable, physique, un moment intime qui s'installait et qu'il partageait avec ceux qui l'écoutaient. Il voyait ça comme un échange : lui leur faisant se perdre dans la musique, eux lui donnant l'énergie pour s'y immerger. C'était comme des amants en plein ébat, tantôt langoureux et doux, tantôt sauvages et intenses. Pas étonnant qu'il soit aussi épuisé qu'euphorique lors de concerts durant lesquels il se donnait entièrement à la musique et au public. Comme après une folle nuit d'amour, la passion le consumait. Mais en cette soirée, il n'avait le droit qu'à une seule chance. Un seul morceau pour convaincre l'individu accoudé au bar. Et malgré les applaudissements qu'il avait reçu, il était bien incapable de dire si d'autres moments enivrés suivraient cette mise en bouche.

Les coups d’œil qu'il avait lancé à Daniel étaient restés sans réponse, cependant il était indéniable que son tour de chant avait fait son effet. L'homme avait fermé les yeux et s'était même mis à bouger doucement au rythme de la chanson, se laissant visiblement emporter par la prestation. Un point pour la sirène qui était somme toute satisfait de sa performance. Cependant lorsqu'il le rejoint au bar, rien dans son attitude ou son expression ne laissait transparaître la moindre émotion. Un écran de neutralité ce bel inconnu, ce qui rajoutait indéniablement à son charme. Owen était bien en peine de déchiffrer ce qui pouvait se passer derrière ce regard noisette qui le fixait en silence. Avait-il réussi à le convaincre ? Son interprétation et sa touche d'humour lui avaient-ils fait gagner des points ? Rien n'était moins sûr et après avoir terminé son verre et posé son regard sur lui, il attendit patiemment une réaction en s'allumant une nouvelle cigarette tandis que son vis-à-vis écrasait la sienne et lui faisait part de son ressenti.

D'autres auraient qualifiés la performance du musicien comme excellente, mais le sourire qu'il reçu indiqua au musicien qu'il venait de se prendre un sacré compliment. Il hocha légèrement la tête en signe de remerciement et s'apprêta à commander un autre verre lorsque Daniel le prit de cours en... prenant les choses en main. Alors qu'il s'attendait à ce que la rencontre tourne court, la fin de sa réplique arracha un sourire et un regard étonné à Vox qui ne s'attendait pas à ce que le vent tourne à ce point-là en sa faveur. Il apprécia cependant l'attitude directe avec laquelle l'homme amenait les choses et se dit qu'il avait eu raison de venir lui chanter la sérénade. La soirée promettait d'être des plus intéressantes. Il lui répondit d'un air ravi, sa voix légèrement plus rocailleuse qu'auparavant, conséquence de l'utilisation de son don.


- Cela fait partie du lot, oui. De l'alcool, des vinyles et mes talents. Package complet.

Il le regarda se lever et enfiler sa veste, ce qui le prit quelque peu au dépourvu. Il ne s'attendait pas à ce qu'il soit prêt à mettre les voiles tout de suite. Toutefois, cela ne l'étonna pas autant que le mouvement qu'effectua le chapeau pour passer du comptoir à la tête de son propriétaire sans que quiconque ne le touche. Un prodige hein ? Mais du genre discret, comme il le confirma lui-même.

- Un homme plein de surprise à ce que je vois.

Le sourire qu'Owen lui fit était sans équivoque. Il se réjouissait d'en découvrir plus à propos de ce Daniel et il était flatté qu'il lui montre son don malgré ses apparentes réticences à le faire en temps normal. Maintenant que la machine était lancée et qu'un minuscule pan de voile s'était levé sur le personnage, il était impatient de sortir du club et ne le fit pas attendre plus longtemps. Owen sauta au bas de son tabouret, passa en vitesse par la table où ses amis se trouvaient pour récupérer ses affaires, puis le rejoint pour sortir dans l'air frais de la nuit. Son appartement n'était pas loin et ils marchaient tous les deux d'un bon pas, si bien qu'au bout d'une petite dizaine de minutes silencieuses entrecoupées d’œillades de la part du musicien, ils arrivèrent à destination. La porte s'ouvrit sur un grand salon où trônait, entre autre, un piano dans un coin, un canapé et une table basse au centre et une commode le long du mur contenant les précieux breuvages demandés par son invité. Vox fit un geste de la main pour que Daniel passe devant lui avant de lui emboîter le pas et de se débarrasser de sa veste sur un vieux fauteuil qui avait connu des jours meilleurs mais qui était des plus confortables. Il désigna ensuite une collection de vinyles soigneusement rangée dans une bibliothèque conçue spécialement à cet effet et qui occupait pratiquement tout un mur.

-Faites-vous plaisir.

Il lui tourna ensuite le dos pour sortir deux verres ainsi que différentes bouteilles contenant gin, whisky, vodka ou encore bourbon, puis il se dirigea vers une petit meuble qui s'avérait être un tourne-disque qu'il ouvrit avec délicatesse. Une vieillerie aux yeux de certains, une merveille pour qui aimait le son pur d'un appareil capable de retransmettre avec précision les moindres variations d'un morceau. L'alcool était sorti, la musique ne tarderait pas à retentir, bientôt peut-être, il montrerait ses nombreux talents.
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Mar 26 Sep 2017 - 22:25
Difficile de dire si cet Owen tirait ça d’un quelconque don ou si c’était naturel chez lui, mais il dégageait assurément quelque chose sur scène. On ne pouvait pas lui retirer cela. Cette sensation bien particulière, cette énergie propre à la musique traversait le bar tout entier, touchant tous ceux qui se trouvaient sur son passage. La bonne musique et la bonne interprétation étaient extrêmement contagieuses. Et également peu courantes, surtout combinées. Pour nous faire ainsi perdre pied avec la réalité, aussi difficile soit-elle, il fallait que cela soit un sacré tour de force. D’un certain côté, je m’en étais un peu douté en le mettant au défi, mais d’un autre, j’étais bluffé par la performance de ma sirène de ce soir. Il n’avait qu’une tentative pour me convaincre, et cela se sentait qu’il en était conscient, donnant tout ce qu’il avait.

La touche sensuelle était propre à l’interprète, mais était difficile à manquer également. Et il était ridicule d’essayer de lutter contre les effets presque enivrants de la musique. Mais d’un autre côté, ce n’était pas ce que je souhaitais faire, ayant après tout demandé cette chanson. Je me laissais donc emporté par la mélodie, au point d’en fermer les yeux pour en oublier le reste et vivre pleinement l’expérience.

Si je n’étais pas du genre à montrer ce que je pensais, je n’étais toutefois pas mauvais perdant ou, plutôt, à revenir sur ma parole. Surtout quand j’étais convaincu. Lorsqu’Owen revint, je pris le temps de finir ma bière pour le laisser revenir sur terre, avant de suggérer d’aller boire ailleurs, lui et moi. La lueur de surprise que je vis dans son regard ne manqua pas d’étirer un peu plus mon sourire en coin, heureux de voir qu’il n’était pas si certain de lui qu’il semblait le faire paraître.

"Quelle chance j’ai…" dis-je avant de me lever et d’enfiler mon manteau. Une rapidité qui étonna la sirène. Peut-être n’avait-il pas bien entendu la partie de ma phrase où je disais que je n’avais plus rien à boire. Cependant, le coup du chapeau le surprit davantage, comme je l’avais bien imaginé. Mais sa réaction resta positive, et je répondis avec un bref sourire et un haussement d’épaules : "Tout autant que vous."

L’intérêt et la curiosité étaient en tous cas partagés. Je le laissais récupérer ses affaires auprès de connaissances, avant de me retrouver dehors à la suivre dans la fraîcheur de la nuit. Le silence ne me dérangeait pas, et au contraire, le constate avec le brouhaha du bar était appréciable. Dommage que depuis la ville, l’on ne puisse pas voir un aussi beau ciel étoilés que lorsqu’on se trouvait loin de la pollution lumineuse. Je ne fis même pas mine d’ignorer les regards qu’Owen me lançait de temps en temps, me contentant de lever les yeux en l’air avec une expression blasée. Je n’étais déjà pas un type très expressif de manière générale, mais je me montrais encore plus renfermé lorsqu’il s’agissait de la moindre marque d’une quelconque affection ou attirance. Tout particulièrement en public.

Je le laissais toutefois continuer si cela lui plaisait, étant bien au courant du message qu’il me faisait passer, et n’ayant rien à y redire pour le moment. Et de toute manière, la route ne fut pas très longue jusqu’à chez lui. Après y avoir été invité, j’entrais donc dans son appartement, scannant ce dernier avec un regard habitué. Déformation professionnelle. Même si, à ce point, mes doutes n’étaient plus très grands, ce fut tout de même rassurant de voir qu’il ne m’avait pas menti sur ses vinyles, son piano ou son alcool. Mon attention fut rapidement accaparée par l’immense armoire que me désigna ensuite le propriétaire des lieux. Ne me faisant pas prier davantage, je parcourus les différents rayons, sortant de temps à autre avec délicatesse un vinyle pour mieux l’examiner. C’était une sacrée collection, il n’y avait pas à dire, et la mienne faisait pâle figure en comparaison. Faute de place et de moyens, surtout. Mais je n’avais jamais été un grand matérialiste. Ce qui ne m’empêchait toutefois pas d’admirer la bibliothèque musicale de la sirène.

Après avoir sorti les boissons, mon hôte se dirigea vers un tourne-disque. J’arrêtai mon choix sur un enregistrement de Nina Simone que j’appréciais, le sortant avec précaution de l’armoire pour aller rejoindre Owen et le lui tendre. Connaissant la fragilité de l’appareil, je préférais le laisser l’utiliser, comme il était hors de question que n'importe qui pose ne serait-ce qu’un doigt sur le vieux tourne-disque en fin de vie que j’avais chez moi.

"Il n’y a aucun message caché derrière ce choix." le prévins-je tout de suite en lui tendant la pochette. Mon idiot de psy me suffisait quand il s’agissait de faire des interprétations de merdre concernant mon subconscient ou mon inconscient. Vivement le moment où j’arriverais à m’en débarrasser, quitte à devoir chercher un nouveau spécialiste. Ce qui ne m’empêcha toutefois pas d’effleurer plus longtemps que la normale ses doigts lors du passage du vinyle, avant de complètement le lâcher et de tourner le dos à Owen pour aller m’asseoir dans le canapé, comme si de rien n’était.

La bouteille de Bourbon s’éleva alors légèrement dans les airs, avant de se pencher d’elle-même pour servir les deux verres. Ne lui prêtant pas attention, j’observais Owen avec une expression neutre.

"Et vous n’avez pas peur de ramener un parfait inconnu chez vous, comme ça ?" lui demandai-je alors que la bouteille se posait à nouveau, et que j’attendais qu’il mette le vinyle et vienne prendre son verre pour commencer le mien. J’enchaînai ensuite, en inclinant légèrement la tête : "Vous n’avez pas perdu votre voix à cause de mes caprices, j’espère ? C’était assez impressionnant, votre performance. Habitué de la scène ? Ou c’est votre don qui vous aide ?"

Passer d’un bar bondé à une ambiance plus calme et intime aidait déjà à me rendre un peu plus bavard. Et ce que je découvrais de l’appartement de mon hôte me rendait encore plus curieux à son égard. Sans parler du fait que, poser des questions, c’était mon boulot. Un environnement plus propice à l’échange, donc. Et même si son éternel sourire n'était pas sans m'agacer un tantinet à certains moments, il n'était clairement pas sans charme.
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Jeu 28 Sep 2017 - 0:48
Le calme qui régnait dans l'appartement fit du bien au musicien qui n'était pas mécontent de s'installer loin du brouhaha, qui plus est en bonne compagnie. Daniel n'avait pas été très loquace durant le trajet qui les avait mené jusqu'à chez lui et ses coups d’œil étaient restés sans réponse. Cela n'entama pourtant pas sa bonne humeur, d'autant plus que le mystérieux individu sembla se détendre une fois passé le pas de sa porte. Ce dernier regardait sa collection de vinyles avec attention, visiblement impressionné par ce qu'il voyait. Tout était classé par genre et par ordre alphabétique, avec minutie. Vox savait exactement où trouver ce qu'il cherchait lorsqu'il avait envie d'écouter un titre en particulier, mais il laissait le soin à son invité de découvrir par lui-même. Cela lui avait pris des années pour rassembler tous ces disques, la recherche de toute une vie. Il ne se lassait jamais de parcourir les marchés aux puces et autres boutiques spécialisées aux quatre coins du monde afin de récolter de véritables trésors. Ce n'était pas le prix ni même la rareté qui en faisait des objets précieux, mais bien leur qualité impressionnante. C'était ce qu'il recherchait par-dessus tout. Peu lui importait d'avoir une édition limitée vieille de 50 ans si le son était exécrable. La musique importait, rien d'autre.

Il regarda Daniel arrêter son choix sur un vinyle avant de le rejoindre pour le lui tendre. Le contact de ses doigts se prolongea juste assez pour le titiller quelque peu avant de s'interrompre brutalement alors qu'il lui signifiait que son choix était innocent. Ce n'était jamais le cas de l'avis d'Owen qui se contenta pourtant de lui sourire en acquiesçant d'un mouvement de tête sans ajouter quoique ce soit, appréciant ses goûts musicaux. Nina Simone était une référence dont l'univers ne pouvait amener que de bons moments à ses yeux. Il sortit délicatement la galette de sa pochette en carton en le regardant prendre ses aises et verser, à sa manière plutôt pratique, deux verres de bourbon. Il enclencha le tourne-disque en posant d'un geste léger et habile l'aiguille dans une rainure et laissa les premières notes du morceau envelopper l'air avant de fixer son attention sur Data qui lui posa une question surprenante. En tous les cas pour lui qui avait déjà ramené son lot d'hommes et de femmes inconnus chez lui sans jamais se la poser.


- En règle générale, je me fie à mon instinct.

Qui ne l'avait jamais trompé jusque-là ! Sauf si l'on comptait Max dans le lot, mais ce n'était pas le moment de penser à ce crétin. D'autant plus que c'était bien après un long moment passé ensemble qu'il lui avait planté un couteau dans le dos, rien à voir avec cette situation. Dans l'esprit d'Owen, c'était simple : si la personne ne lui inspirait pas confiance, il n'allait tout simplement pas la draguer. Question de bon sens. Et le même raisonnement s'appliquait lorsque les rôles étaient inversés. Il lui renvoya donc son interrogation avec un léger sourire alors que la voix chaude de Simone installait une atmosphère agréable.

- Et vous ? Vous suivez souvent des inconnus chez eux? Il fixa avec attention la bouteille servir son nectar sans que quiconque ne s'en approche avant de se reconcentrer sur Daniel. Il aurait fallu un plus gros caprice pour en arriver là, mais c'est une possibilité.

Owen s'avança dans la pièce pour contourner le canapé puis se pencha sur la table basse et attrapa les deux verres. Il tendit le sien à Daniel, profitant pour lui rendre son frôlement de tout à l'heure en le regardant droit dans les yeux. On ne peut plus clair. Il s'installa ensuite à ses côtés à une distance raisonnable, déboutonnant les deux premiers boutons de sa chemise pour être plus à l'aise puis trinqua et bu une gorgée de son bourbon. L'alcool apaisait sa gorge et c'est d'une voix moins rocailleuse qu'il continua à lui répondre.

- Je vous remercie... Il inclina légèrement la tête avant de fixer son regard dans le sien. Ravi que mon interprétation vous ait plus. Cela ne servait à rien de nier l'existence de son don et il poursuivit donc en répondant en toute honnêteté. Les deux. Il marqua une légère pause avant de reprendre la parole, toujours d'une voix chaude Mes différents projets m'amènent souvent à jouer en public et mon don me donne un coup de pouce pour certaines choses.

Lesquelles ? Il n'allait tout de même pas se dévoiler entièrement tout de suite. D'autant plus qu'il avait pour habitude de passer certains aspects de ses facultés sous silence. Et même si Daniel semblait voir clair dans son jeu, il n'était pas prêt à dévoiler toutes ses cartes. Il préférait plutôt jeter un œil aux siennes maintenant qu'il était d'humeur plus bavarde.

- Et vous ? Des conséquences désagréables à l'utilisation de votre don ou vous n'aimez tout simplement pas qu'on vous remarque ?

Le professeur penchait pour la seconde option au vu du personnage qui se tenait à ses côtés. Installé confortablement sur son canapé, il sortit son paquet de cigarettes de la poche de sa chemise et s'en alluma une avant de rapprocher le cendrier en verre qui trônait sur la table basse. Si son instinct l'avait trompé, au moins pourrait-il se défendre avec, au vu du poids de l'objet. Il tira une longue bouffée qu'il expira doucement, ne lâchant pas son invité du regard, appréciant la vue à sa juste valeurl.
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Jeu 28 Sep 2017 - 22:04
Si je pouvais encore avoir des doutes sur le fait qu’Owen était un féru de musique, sa collection de vinyles venait de les achever. J’avais rarement vu un privé en avoir autant, et d’une si grande qualité. Il y tenait et en prenait soin, cela se voyait. C’était toujours un bon point pour lui, et une passion commune. En dehors de cela, force était de constater que nous étions assez différent. Mais étonnamment, avec certaines personnes, cela ne semblait pas poser de problèmes. Enfin, je n’étais pas expert en psychologie et n’allait pas commencer à élaborer des théories, me contentant simplement du constat que je comptais quelques personnes très expansives dans mon entourage. Peut-être une question d’équilibre, ou une connerie du genre.

Lorsque la sirène lança son tourne-disque, la qualité du son fut excellente. Une des qualités du vinyle qui le rendait plus intéressant que des supports plus modernes, en plus de la nostalgie d’une époque révolue. Mon hôte parut surpris de ma question, et cela ne me surprit qu’à moitié : il ne semblait pas aussi parano que je pouvais l’être. Mais j’avais assez de recul pour savoir que j’étais typiquement le genre de gars bizarre qu’on abordait d’ordinaire pas. Sans que ce soit justifié, mais tout de même. Les premières impressions faisaient beaucoup. Sa réponse me convainquit cependant, et, lorsqu’il me retourna la question, je me contentai d’hausser les épaules.

"J’ai aussi un instinct pour ça. Et c’est pas dans les habitudes de la PH d’embaucher des tueurs en série ou des cons finis, non ?" Un critère qui en valait un autre, mais qui était véridique. Il fallait montrer patte blanche pour bosser dans l’école pour prodiges, et quand on voyait les tarés sur lesquels je devais enquêter pour eux, on comprenait pourquoi. Et malgré sa voix rocailleuse, sa performance ne lui avait pas promis une extinction de voix. C’était toujours ça en moins sur ma conscience. "Tant mieux. Ça m’aurait embêté que vous ne puissiez pas continuer à enchanter vos conquêtes par ma faute. J’en vaux pas la peine."

Je pris mon verre, sentant à nouveau mes doigts frôler ceux d’Owen. Je soutins son regard, ne flanchant pas une seule seconde. Quelque chose passa un bref instant au fond de mes yeux, avant que je ne retourne à mon verre. Une lueur d’intérêt, ou plus. Mais d’abord, mon whisky. Cela fit également du bien à mon interlocuteur, à l’entendre me répondre d’une voix moins abimée, me remerciant pour les compliments. Il continua, avouant pour son don sans que cela ait vraiment été un secret, mais également qu’il avait de la bouteille dans le milieu. J’en pris bonne note, me demandant quels genres de projets il pouvait avoir. En dehors de séduire des inconnus dans des bars, bien entendu. De même, il restait vague sur tous les aspects de son don. Mais ça me convenait tout à fait, et je n’étais pas du genre à insister.

"Vous avez bien choisi votre carrière, alors." constatai-je avant d’avaler le reste de mon verre, en esquissant une légère grimace. Tout en fixant le fond de mon verre, je répondis : "Les deux. Comme beaucoup de monde, trop forcer n’est pas conseillé. Et j’aime passer inaperçu. Ça rend la vie plus facile."

J’en avais aussi besoin pour les besoins du boulot, mais je ne niais pas que je préférais aussi éviter d’attirer trop l’attention de manière générale. Je voulais vivre tranquille dans mon coin, sans personne pour venir m’emmerder. Du moins, au maximum, car c’était un rêve beaucoup trop illusoire. Mais j’étais aussi un peu de mauvaise foi. Dans un monde où j’aurais totalement la paix, je me ferais rapidement chier, je le savais. Il devait peut-être y avoir un juste milieu, et c’était plutôt ça que je visais.

Ce qui ne m’expliquait toujours pas ce que certaines personnes pouvaient me trouver. J’étais loin d’être le type le plus agréable du monde. Contrairement à Owen, ou même à Elias. Ce genre de personne qui attirait naturellement les autres avec leur aura chaleureuse et sympathique. Ça m’était complètement mystérieux, et me rendait ce genre d’individu d’autant plus intriguant. Je reportai donc mon attention sur Owen, luttant contre l’envie tenace de lui prendre une cigarette. J’avais déjà réduit de moitié ma consommation, et à ce rythme, je pouvais espérer arrêter d’ici quelques années, pour faire plaisir à Alice.

La sirène semblait de bonne humeur. C’était sans doute son état naturel, mais qu’il continue à l’être malgré ma présence, c’était encore plus marquant. Ou fascinant. Je devais vraiment avoir un souci pour ce genre de choses. Déjà avec Elias, et maintenant avec Owen… Peut-être parce qu’on fond, malgré mes grands discours, j’aspirais à ressembler un peu à ce type de personnalités. Le genre que tout le monde apprécie spontanément, et qui ne connaissaient pas la solitude. L’alcool n’aidait sans doute pas pour que je pense à ce genre de trucs, mais ce qui était certain, c’est que j’allais éviter d’en parler à ce con de psy.

"Qu’est-ce qu’il y a de si intéressant chez moi ?" demandai-je donc à voix haute, sur un ton plus doux, presque un murmure qui couvrit tout juste la voix de Simone en arrière-fond. Le haut de mon corps se pencha vers lui, jusqu’à ce que mon visage se trouve si près de celui d’Owen que l’odeur de nicotine envahit mes narines. Putain, au diable Alice. Je m’en grillerais bien une…
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Lun 2 Oct 2017 - 0:29
L'invité de Morrison avait beau être des plus mystérieux, il se dévoilait petit à petit à mesure qu'il se détendait. Ou que l'alcool faisait son effet, au choix. Le musicien était quelque peu flatté que, malgré une apparence revêche, Daniel lui accorde une infime part de confiance, car ce n'était jamais gagné avec ce genre d'individu. Pourtant, il avait un petit quelque chose en plus qui avait poussé la sirène à l'aborder au Blue Note. Il avait senti bien plus qu'un pauvre mec bougon qui vidait des verres accoudé seul au bar, il avait vu une âme, une personnalité captivante. Il doutait qu'une personne insipide ait pu pondre une telle réinterprétation d'un morceau classique et il était persuadé que sous cette couche peu amène se cachait quelqu'un qu'il souhaitait découvrir et pas que dans le sens biblique du terme. Sa chance avait été que l'envie soit, apparemment réciproque. Rien n'avait semblé dans la poche, mais la mention de la Potential Home lui avait fait gagner des points visiblement. Comme quoi, être professeur à l'école des prodiges pouvait amener des avantages qu'il ne soupçonnait pas. Il ne manquerait pas de le faire savoir à Dastan et Gear !

La remarque dévalorisante que Daniel fit à sa propre encontre fit lever un sourcil à Owen qui s'abstint pourtant d'y répondre. Ce serait une pure perte de temps que d'essayer de le convaincre qu'il valait bien la peine que l'on s'intéresse à lui, d'autant plus qu'il ne le connaissait que depuis une heure tout au plus. Il ne lui en fallait parfois pas autant pour cerner certaines de ses conquêtes, cependant il savait que, en ce qui concernait l'homme qui se tenait devant lui, ce serait tout le contraire. Le courant passait plutôt bien entre eux, même s'ils n'en étaient pas encore au stade de la franche rigolade ou de la conversation profonde et animée. Les choses se faisaient à leur rythme et il n'était parfois pas désagréable que la lenteur soit de la partie. C'était une manière comme une autre d'aborder la séduction mais également d'en faire durer le plaisir. De même que ces frôlements et autre contact qui éveillaient des réactions subtiles comme la lueur qui passa subrepticement au fond du regard de Data lorsqu'il reçut son verre de bourbon.

Le détective n'insista pas pour en connaître d'avantage sur le don de son hôte, au plus grand plaisir de ce dernier, et répondit tout aussi vaguement aux questions posées après avoir terminé son verre. Vox ne pouvait qu'approuver ce qu'il disait sur les conséquences physiques désagréables de l'usage des dons, lui qui subissait régulièrement fatigue et extinction de voix. La seconde partie de son discours ne l'étonna guère. Il n'imaginait pas Cooper être le centre d'attention, peu importe la situation. En-dehors de la présente où il était clair que sa sirène ne se concentrait que sur lui. Et peut-être aussi sur les notes que le tourne-disque leur murmurait aux oreilles, douces comme des caresses. Déformation professionnelle sans doute. Et en parlant de sons agréables, la suavité de la voix de son invité fixa l'attention d'Owen sur celui-ci encore plus intensément. Quelque chose avait changé dans son comportement. Cette question directe, ce ton velouté et ce rapprochement physique l'étonnèrent agréablement sans qu'il n'en laisse rien paraître. Il planta son regard dans celui de son vis-à-vis en souriant légèrement et s'avança imperceptiblement


- Je suis navré de vous le dire, mais malgré vos efforts, vous ne passez pas inaperçu Daniel.

Tout du moins pas aux yeux de ceux qui percevaient au-delà des apparences. Le musicien était d'avis que lorsque l'on pratiquait la musique sous n'importe quelle forme, on y mettait un peu de soit, on se dévoilait sans même parfois s'en rendre compte. Ce que Data avait montré allait au-delà du stéréotype de pilier de bar solitaire et amer. Et puis, il fallait bien l'avouer, il était physiquement très attrayant, ce qui ne gâchait rien. Il était indéniable pour le professeur de musique qu'il avait eu de la chance de tomber sur lui ce soir-là et que la soirée se déroule aussi agréablement. Peut-être encore plus agréablement dans peu de temps au vu de la courte distance qui les séparait. Il termina sa réplique par un long silence puis il fit mine de rapprocher ses lèvres de celles de Cooper... avant de faire bifurquer son mouvement et de se pencher vers la table basse pour attraper la bouteille de bourbon.

- Je vous resserre ? Ca serait dommage de vous épuiser tout de suite...

Leçon de séduction par Owen Morrison n°1 : ne pas céder tout de suite. Faire mariner à petit feu, titiller, donner envie. Attiser et courtiser. Laisser monter le désir et le cultiver jusqu'à ce que la bonne température soit atteinte et qu'il n'y ait plus comme solution que de se jeter à l'eau et de profiter. Il n'avait pas utilisé son don cette fois-ci. Il se reposait uniquement sur la tonalité naturelle de sa voix et son côté rauque que le bourbon n'arrivait pas à atténuer et que la cigarette qu'il continuait à fumer, attisait. Il en proposa une à son invité tout en buvant une gorgée de son verre avant de s'installer plus confortablement sur le canapé en ne le lâchant pas du regard.
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Mer 4 Oct 2017 - 21:48
Si la plupart des gens étaient facile à cerner, et à prédire ; certaines émotions humaines me semblaient parfois hors de portée. Je pouvais comprendre en théorie ce qui poussait un parent à aimer son enfant, même si c’était bien une chose que je ne connaîtrai jamais. Sans regret particulier. Et de manière générale, les interactions proches et intimes me concernant étaient toujours assez… difficiles. Pas étonnant que je traîne autant des pieds pour prendre un assistant. Et ne parlons pas des histoires sentimentales… En dehors de quelques histoires d’un soir, je n’avais pas le temps ni l’envie d’expérimenter plus.

J’avais plus ou moins été en couple avec un gars plus âgé, Ralph, du temps où j’étais encore à New-York. Ça avait tenu cinq mois avant qu’il ne parte. Je n’étais jamais là pour lui, je ne pensais qu’à mon travail, j’avais toujours la tête ailleurs. La dernière fois que je l’ai vu, il claquait la porte de chez moi en disant que je n’étais pas fait pour être dans une relation de couple. Il n’avait pas tort sur ce point, et je n’avais jamais réitérer l’expérience. Je me demandais ce qu’il était devenu, parfois.

Alors, je pouvais pas m’empêcher de penser que, quelque part, des types comme Elias ou Owen ne peuvent être que de gros masochistes. Ou si c’est un challenge, ils devaient être sacrément sûrs d’eux-mêmes. Et en les voyant, cela ne m’étonnait qu’à moitié au final. Parfois, je me disais que je pouvais m’éviter ce genre de relations, pour m’épargner tout un tas d’émotions et de ressentis inutiles. Vivre uniquement pour mon travail, et continuer à enfouir tout ce que j’avais comme sentiments pour ne pas avoir à confronter certaines choses. Mon psy avait beau me répéter que ça fait partie de mon ESPT, il me proposait pas non plus de solutions plus efficaces.

Et puis, je finissais toujours par céder. L’alcool devait y être pour beaucoup. Pendant quelques instants, je n’avais plus envie de cette solitude. Je me trouvais attiré par des gens que j’aimerais être un peu plus. Leur vie avait l’air tellement simple. Lentement, je m’approchais toujours plus d’Owen, il fit de même. Sa réponse me tira une nouvelle légère grimace, mais elle avait le mérite d’être honnête.

"Tant pis. Je survivrai."

Au moins ce soir. Juste ce soir. Mais au dernier moment, alors que son visage n’était qu’à quelques centimètres du mien, il changea de trajectoire pour se concentrer à nouveau sur le bourbon. Je laissais échapper un petit rire mi amusé mi agacé, et levai les yeux au ciel. Vraiment ? Il jouait la tactique du mieux se faire désirer ? Si ça pouvait lui faire plaisir. Et qui sait, peut-être que ça marcherait, un peu.

"Quelle prévenance, vraiment." Je profitais qu’il était occupé à verser l’alcool pour me délaisser de mes chaussures et reposer souplement mes pieds sur la table basse, tout en déboutonnant le haut de ma chemise pour opter pour une posture plus détendue. Je lui déclarai, sur un ton à peine ironique : "Dis-moi si ça te dérange. Mais c’est pour que je ne m’épuise pas trop vite."

L’air de dire : essaie toujours de me fatiguer, j’en ai vu d’autres. Mais le tutoiement montrait que j’étais effectivement plus à l’aise. J’acceptais le nouveau bourbon, puis la cigarette. Prenant une première bouffée, je fermai les yeux et basculais ma tête en arrière pour profiter de cette sensation avec un soupir presque extatique. Désolé Alice, mais la fin du tabac, ce n’était pas pour tout de suite.

Je profitais quelques instants, en silence, les yeux toujours clos. Avant de finalement ajouter :

"Je te tiendrai personnellement responsable de tous mes excès ce soir." Il pouvait interpréter ça comme il le voulait. Enfin, si sa technique de séduction lenteur le lui permettait. Moi aussi, je pouvais bien le laisser macérer.

Je rouvris les yeux et me redressai quelque peu, faisant léviter le verre jusqu’à moi avant de l’attraper pour boire un peu de son contenu. Puis, ce fut au tour du cendrier de faire un petit aller-retour dans les airs pour que je puisse y tapoter mes cendres.

"Pourquoi l’enseignement ?" demandai-je ensuite en reportant mon attention sur Owen pour le fixer sans ciller. "Tu as clairement les moyens de faire une carrière sur scène. Sans vouloir te flatter."

Pas du tout mon genre. Et il n’en avait pas besoin. Mais tout de même, la question m’interpellait. Encore quelque chose que je pouvais difficilement concevoir a priori, mais peut-être que mon interlocuteur allait une nouvelle fois me surprendre en bien.
Data
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Ven 6 Oct 2017 - 0:24
La séduction était tout un art pour Owen qui la maniait avec soin et adresse. Il adaptait son attitude à ses conquêtes et n'hésitait pas à jouer un peu avec elles s'il sentait que cela ne lui ôterait pas ses chances de conclure. En ce qui concernait Data, autant il était conscient qu'il devait le manier avec dextérité de par son attitude bourrue, autant il n'était pas prêt à marcher sur des œufs. Il avait adopté une méthode assez frontale concernant ses intentions, mais l'envie de s'amuser un peu était plus forte que son désir pour le moment. Et puis, il était réellement curieux d'en apprendre plus sur son invité qui, même s'il s'ouvrait un peu plus maintenant qu'ils étaient seuls, gardait une grande part de mystère. Il était curieux qu'ils ne se soient jamais croisés lors de scènes ouvertes depuis que le musicien avait définitivement posé ses valises à Édimbourg. L'homme était discret, certes, mais comme il le lui avait fait remarquer, il ne passait pas inaperçu aux yeux de tous. Daniel répondit d'ailleurs à cette remarque sur un ton résigné, bien que visiblement cela ne lui plaisait pas de s'être fait remarquer. En même temps, avec son physique, c'était difficile de le rater.

L'ambiance se détendait indéniablement et l'attirance mutuelle ne faisait plus aucun doute. Le détective paru autant exaspéré qu'amusé du petit tour que lui avait joué son hôte, mais il ne lui en tint apparemment pas rigueur. Au contraire, il se mit à son aise, arrachant au passage un sourire appréciateur à Vox tandis qu'il déboutonnait sa chemise. Il n'était visiblement pas le seul à vouloir attiser l'autre à petit feu. Un geste si innocent mais qui voulait tout dire. Le jeu était bel et bien lancé et il serait intéressant de voir où cela les mènerait. Peut-être à des exercices en tout genre qui excluaient le port de vêtements ? Il fixait l'homme confortablement installé sur son canapé, laissant ses yeux courir sur les courbes qui saillaient sous ses habits, laissant son imagination s'emballer durant quelques secondes. Un fin sourire aux lèvres, il lui servit un nouveau verre et lui répondit d'une voix suave.


- Je suis toujours prévenant avec mes invités.

Et pas uniquement pour les glisser entre ses draps pour de la gymnastique acrobatique, même si c'était bien ce qu'il espérait à cet instant précis. Il n'aimait pas brusquer les gens qui passaient le pas de sa porte. S'ils se sentaient bien, ils passeraient un agréable moment et c'est tout ce qui lui importait. Que ce soit des amis ou des conquêtes. Un cadre décontracté et respectueux était le meilleur moyen de les mettre à l'aise et de leur permettre d'être eux-mêmes. Pas de fioritures, pas de masques, pas de faux-semblants. Juste la personne vraie et entière. Enfin, ça c'était la théorie, bien sûr cela ne fonctionnait pas toujours comme cela semblait être le cas à cet instant.

- Je t'en prie, fais comme chez toi.

Ils étaient passé au tutoiement avec naturel et sans forcer. Encore un bon point pour le professeur qui fut tout de même légèrement étonné que l'initiative vienne de Daniel. Agréablement surpris ceci dit. Il laissait tomber sa garde, pas complètement bien sûr, mais une certaine confiance s'établissait. Peut-être allait-il en apprendre plus sur lui ? Il lui tendit son verre et trinqua à nouveau avant d'en boire une gorgée et d'ajouter presque dans un murmure en s'installant à ses côtés.

- Tu as raison de garder tes forces, j'ai encore beaucoup de talents à te faire découvrir.

D'accord, peut-être se lançait-il des fleurs et était trop sûr de lui. Il était plutôt du genre modeste d'habitude, mais il gardait deux éléments en tête. Le premier était qu'il n'avait jamais reçu de plainte de ses partenaires et le second qu'ils étaient tous deux dans un jeu de séduction. Il pouvait en faire trop tant qu'il ne sentait pas un malaise chez l'autre, ce qui ne semblait pas être le cas ici. Ce n'était peut-être pas la subtilité incarnée, mais il aimait faire ce genre de sous-entendus. Il n'ajouta toutefois rien d'autre et se contenta d'allumer la cigarette de Data qui paru se délecter de sa première bouffée. Owen lui laissa apprécier ce moment à sa juste valeur, se demandant au passage s'il était un ancien fumeur ou s'il tentait d'arrêter au vu de sa réaction. La mention d'excès le conforta dans cette piste, bien que cela soit visiblement un prétexte à un autre sous-entendus qui ne lui déplut aucunement.

- J'assumerai cette responsabilité avec plaisir.

La voix de Nina Simone s'était tue avant de repartir de plus belle sur une nouvelle chanson tandis que Daniel faisait une petite démonstration de son don. Pratique ! Le musicien observa le petit bal avec attention et écrasa son mégot au passage du cendrier devant lui. Il resta songeur quelques instants, le regard perdu dans le vide, cherchant comment répondre à la question posée. Il trempa ses lèvres dans le bourbon et fixa son regard dans celui du détective.

- J'ai pas mal bourlingué avant de me poser ici il y a trois ans après une sale histoire. Une ombre passa furtivement sur son visage à la mention de son ancien amant. Partie aussi vite qu'elle était venue. J'avais besoin de me fixer pour retrouver l'envie de jouer, alors j'ai cherché un boulot stable. Et puis ce qui m'importe, c'est la musique, je m'en fous de faire carrière. Alors transmettre cette passion, c'est devenu une évidence.

Même si, il devait l'admettre, cela ne l'avait pas été dès le départ. Il devait oublier Max, oublier la création pour revenir aux bases, même s'il les connaissait déjà en long et en large. S'éloigner de sa vie de nomade insouciant. Il voulait s'encrer dans une autre réalité afin de retrouver une stabilité. Et c'est exactement ce que son travail à la Potential Home lui avait permis de faire. Il enseignait les fondamentaux, la technique et guidait les élèves dans leurs projets en gardant une distance créative. Au fur et à mesure, il avait retrouvé l'envie de jouer, de composer, de laisser son inspiration s'exprimer. Ce job lui avait sauvé la mise plus qu'il ne l'aurait pensé.

- Et toi ? Ta si grande discrétion est liée à tes recherches et analyses de données ? Tu traites des dossiers sensibles ?

Il ne lui avait pas posé cette question pour satisfaire une indiscrétion avide. Daniel avait été passablement vague au bar sur le sujet et Owen était tout simplement curieux de savoir pourquoi tant de mystères, plutôt que de savoir quels étaient ces mystères. En attendant une réponse, il changea de position, appuyant un coude sur le dossier du canapé alors qu'il se rallumait une cigarette en ne lâchant pas son invité des yeux à travers la fumée.
Vox
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Sam 7 Oct 2017 - 21:47
La sirène n’en était pas à son coup d’essai, pas besoin d’être un détective ou un génie pour le deviner. Sans que cela ait une quelconque incidence dans mon choix d’être ici, au final. Cependant, il semblait assez certain de lui pour se permettre de reculer au dernier moment, avec un sourire qui disait qu’attendre et se faire désirer était bien plus amusant et appréciable. Une tactique qui devait avoir fait ses preuves. Le genre de trucs que je n’avais ni la patience ni d’intérêt à faire. Mais d’un autre côté, je n’allais certainement pas le forcer. J’avais eu assez d’expérience avec des cons qui le faisaient pour ne pas souhaiter faire de même, en dehors de l’évidence même du bon sens. Mais très peu de personnes en étaient dotées, et j’en savais un rayon sur le sujet.

Je me contentais donc d’un regard levé au ciel, avant de prendre mes aises, d’autant qu’il m’en offrit gracieusement la permission. Et peut-être qu’aussi dubitatif que je puisse être, peut-être que son plan marchait un minimum, puisque je poussais le vice à déboutonner le haut de ma chemise. Et malgré son jeu, il fallait admettre que ses regards étaient plutôt flatteurs. Il avait beau ne pas être très transparent, plus le temps passait, plus je sentais que c’était un type réglo et honnête. Être charmant ne voulait pas dire que la personne n’était pas un odieux connard, et sur ce coup, j’avais eu de la chance.

"J’attends de voir avant de juger." répondis-je simplement avec un haussement d’épaules, tout en faisant mine de ne pas réagir à ses murmures, après avoir fait de même avec ses regards. Il semblait tellement sûr de lui que cela aurait pu paraître suspect, mais maintenant que je connaissais un peu mieux le personnage, j’arrivais à passer outre. Et puis, il me rendait curieux malgré tout, chose que je n’arrivais pas à cacher. Même si, comme annoncé, il mettait la barre haut et que je le mettais au défi de m’en montrer des preuves.

Et au pire, j’aurais au moins passé une bonne soirée, boissons et cigarettes comprises. Tant qu’à faire, faisons les choses à fond. Et tant pis pour la bonne conscience, j’étais assez fort pour l’oublier de toute manière. Après ma première bouffée, je pouvais dire que cela valait clairement que je me fasse engueuler si ça venait à se savoir. Et j’avais quelqu’un à qui blâmer pour partager la faute. Tirant une nouvelle fois sur ma cigarette, je répondis uniquement avec un léger sourire en coin.

De la bonne musique, à boire, de quoi fumer. Une bonne compagnie. C’était plutôt agréable. Je continuais donc la conversation, interrogeant mon hôte sur ses choix professionnels. La question le fit davantage réfléchir que je l’aurais cru, et je soutins son regard lorsqu’il me répondit.

"Je vois…" Il y a souvent une sale histoire, dans l’affaire. Un problème avec sa famille, une relation qui tourne mal, des soucis d’argent. Une bombe qui explose sous ses yeux. Je chassais mes propres démons pour me concentrer sur Owen, qui heureusement sembla faire de même. Je méditais quelques instants sa réponse, pour réaliser qu’elle me plaisait assez. "Un bon choix, qui semble te réussir. C'est bien de ne pas perdre l’essentiel de vue. J’espère tout de même avoir encore l’occasion de t’entendre chanter. Sur scène, ou ailleurs."

Cela aurait été dommage autrement. Même si je sortais de moins en moins, j’avais au moins rentabilisé ma soirée en matière de découvertes musicales. Pour le reste, c’était une autre histoire, et elle était encore à écrire.

"Oui." Mon verre en main, je le fis gentiment tourner, réfléchissant à ce que je pouvais ajouter dans ma réponse. Avant de décider que, étant en partie concerné, il pouvait au moins savoir de quoi je me chargeais. "Je surveille surtout les milieux extrémistes, religieux ou anti-prodiges. Le genre d’individus charmants à qui des établissements comme la Potential Home ne plaisent pas vraiment…"

Ce n’était pas une partie de plaisir, loin de là. Mais j’avais toujours voulu essayer de mettre un peu d’ordre dans ce monde. Et par extension, dans le mien. Cependant, la rigidité de structure comme la police et l’armée ne m’auraient pas convenu. Et même au bout d’un moment, l’institution Pinkerton avait été de trop. J’avais fait mes armes là-bas, et pouvais donc gagner mon indépendance. Jusqu’à présent, cela se présentait plutôt bien. En regardant uniquement le côté professionnel.

Je vidais mon verre, et sentis alors la tête me tourner légèrement. J’essayais de me souvenir si j’avais mangé aujourd’hui, sans parvenir à me rappeler autre chose que le semblant de repas qu’avait été le reste de gâteau que m’avait offert les propriétaires de l’épicerie asiatique en dessous de l’agence. Ils m’aimaient bien depuis que j’avais été engueulé les voisins d’à côté pour qu’ils se la coincent et se tiennent à carreau. Avant mon arrivé, c’était apparemment la terreur du quartier, et maintenant, ils jouaient profil bas. Depuis, j’avais la paix, et de la nourriture gratuite de temps à autre.

Ce qui devait un peu me sauver, visiblement. Je n’étais déjà pas très épais à la base, mais mon médecin m’avait fait constater à plusieurs reprises que mon poids avait plongé depuis mon arrivé à Edimbourg. Pas que je n’aime pas cuisiner, au contraire. Mais avec le boulot, j’oubliais tout simplement de manger. Ou n’en ressentais artificiellement pas l’envie. Une autre conséquence de l’ESPT, selon lui. S’il le disait.

Le tournis allait finir par passer, ça arrivait parfois. Il fallait juste que je me mette à l’horizontale quelques instants, pas de quoi alarmer Owen. De là où je me trouvais, j’avais deux options, et je pris la moins compliquée. J’enlevais mes pieds de la table pour m’allonger sur le canapé après avoir écrasé ma cigarette dans le cendrier, la tête non loin des jambes de mon hôte. Je fermais les yeux pour inspirer profondément, avant de les rouvrir pour fixer l’homme. La sensation de mal des transports s’atténua peu à peu.

"Désolé. Je pensais pas autant boire ce soir. J’aurais évité de faire ma cure de jeûne aujourd’hui sinon. Mais ça va." Je l’observais avec intensité, le changement de position me donnant une perspective nouvelle et assez intéressante. Je n’essayais même plus de l’observer discrètement. Ce qui me permit de constater que, malgré leurs ressemblances de caractère, Owen et Elias avait un physique assez différent. Mon interlocuteur avait des traits plus fins et une mâchoire un peu plus prononcée. Il était aussi plus grand, faisant à peu près ma taille. "Et puis, depuis ici, la vue en contre-plongée est plutôt agréable."

Bien à propos, Simone entamait justement Feeling Good. Et même ça n’arrivait pas à me faire quitter mon interlocuteur du regard.
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