[CLOS] Cette charmante madame Odette [ M. Wintertowne, je vous prie.]

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Mar 15 Mar 2016 - 16:25
Cette charmante madame Odette

Feat. Wairua


Un restaurant étoilé, aux abords de l’eau, dans un petit parc gelé par la neige. La nuit était tombée depuis plusieurs heures sur la ville écossaise. La faune locale se terrait pour s’abriter du froid. La mélodie d’une contrebasse éclata dans l’air hivernal, lorsqu’un homme ouvrit la porte d’entrée du prestigieux établissement. Il portait un uniforme, noir et or, tiré sur quatre épingles. Les épaulettes lui donnaient une allure herculéenne. Un tapis lie-de-vin décorait le parterre. Un artifice colorait la lumière en violine. L’endroit était plein d’hommes et de femmes déjà attablés devant une scène de spectacle. Celle-ci était rectangulaire d’un sol lise et noir où se reflétait les projecteurs suspendus par les câbles.

Un soliste était en représentation devant la salle comble. Il avait le port altier et le geste souple. Une force incroyable émanait de lui. Les cheveux blonds formaient un catogan, qui descendait, jusqu’en dessous de la ligne de ses épaules. Une femme assise au premier rang l’observait intensément. Ses yeux suivaient l'archer, comme un objet hypnotique. Le pied sous la table battait la mesure du morceau. Il avait le rythme du mélomane ancré dans ses muscles.

Une symbiose invisible reliait les deux individus. Ils ne se regardaient point. Pourtant, une tension étrange retenait leurs corps d’amenuiser la distance physique.  - Quel plaisir, M. Wintertowne. Un nuage de fumée sorti de ses lèvres, rehaussées de carmin, tandis qu’elle indiquait le siège libre. Un homme s’avança pour se placer à droite du “trentenaire” qui arrivait près d’eux. Il salua ce dernier d’un mouvement de menton sec. Un verre attendait l’invité. Il contenait un liquide pourpre d’une grande tenue. L’homme était ici traité comme un prince. La Duchesse lui adressa un sourire qui rappela celui d’une louve. La sophistication n’était qu’un leurre pour cacher les ressorts d’une vieille âme sauvage.

Une mesure plus insistante tonna dans toute la pièce. Une envolée lyrique prenait les mains de fée du musicien. Le public put apprécier tout le génie de Franz Schubert. Un frémissement envahit l’assistance. Une communion collective qui ne dura qu’un battement de cœur. Êtes-vous amateur de musique ? Demanda la lady en laissant tomber des cendres mourantes dans un cendrier. Le ton employé laissait deviner que la réponse à la question devrait plutôt être positive.

Nikolas Lampeduza souffla une seconde bouffée de nicotine avec au visage une expression satisfaite. Comme Vienne était belle alors.  Dans les yeux sans âge se refléta une époque depuis longtemps éteinte. Celle des grandeurs et des fastes conquêtes. L’image d’une grande femme se devinait d’ailleurs sous les coutures de la femme d’affaires contemporaine. La dame avait été reine bien avant que les Hommes n’apprennent que la Terre fut ronde. Elle se fondait dans la masse grouillante sans s’y intégrer tout à fait. Elle marqua un temps puis posa son mégot.

Un instant, seule la musique entoura la table. La femme absorbée dans la contemplation du contrebassiste calqua sa respiration sur le rythme lancinant. Elle clôt ses paupières. Quand elle les releva, ses iris brillaient d’une effroyable lueur de lucidité.

Cette ère est en péril mon ami. La prédiction était dépourvue de menace. Elle s’imposait aux plus clairvoyantes des âmes. Le fardeau, ainsi partagé, lia déjà l’avenir de Nikolas à celui de Camille. L’annonce pourtant ne parut pas gâter le calme de la femme. Elle semblait habituée à voir la fin des mondes. J’ai besoin que vous fassiez quelque chose pour moi avant cela.
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Strega
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Mer 16 Mar 2016 - 19:13
La neige crissait sous mes pas alors que j’avançais à une allure soutenue, sans même prêter attention à cette sensation si particulière et à ce bruit étouffé qui autrefois m’était si apaisant. Pendant si longtemps, l’or blanc n’avait pas perdu de son charme à mes yeux, même si j’avais eu maintes et maintes fois l’occasion d’en profiter. Voire même d’en souffrir. J’avais appris à en apprendre la rareté, les différentes significations qu’il avait. Ou même, la difficulté à le décrire à des tribus ou individus qui n’en avais jamais ne serait-ce qu’entendu parler.

Mais aujourd’hui, cela m’indifférait totalement.

A mes côté, l’illusion de Johanna se déplaçait en courant joyeusement, dansant avec les flocons dans un léger rire qui me à brisait à la fois le cœur, tout en le rendant également un peu plus léger. Je m’arrêtais finalement devant le restaurant, prenant quelques instants pour l’observer à travers mon souffle glacé. Une main se posa alors sur mon épaule.

"Tout va bien se passer. Tout se passera toujours bien."

Je répondis à l’air rassurant de ma femme avec un bref et petit sourire, avant de reprendre ma marche en direction de l’entrée, laissant l’illusion de celle que j’avais aimé dans cette vie derrière moi.

La chaleur de l’endroit me frappa par son contraste, mais je n’y prêtais pas plus d’attention qu’au froid qui sévissait dehors. Mais au bruit étouffé de la neige se substituait celui du violoncelle et d’un morceau de Schubert. Ce qui n’était pas pour déplaire à ma fibre musicale. Alors qu’un membre du personnel s’approchait immédiatement de moi, mon regard vide traversa la salle et trouva celle avec qui j’avais rendez-vous. Sans dire un mot, je suivis le serveur, sans pourtant quitter des yeux la dame.

"Madame Lampeduza, le plaisir est partagé." Répondis-je en m’inclinant légèrement devant elle, avant de prendre place à table.

Durant quelques instants, seul l’instrument remplit le silence et je me contentais d’observer mon élégante et impressionnante interlocutrice. J’essayais de limiter mon esprit scientifique à trop vagabonder, notamment sur la réflexion de la place du tabac et de la fumée, et de leur association avec le pouvoir dans les différentes sociétés et époques, réservant cela pour une autre nuit d’insomnie et un futur papier. Pour l’heure, je me concentrais uniquement sur la dénommée Strega.

"D’aussi loin que je me souvienne, grand amateur. Et même musicien moi-même, à mes heures perdues." Cela avait toujours été l’un des dénominateurs communs de mes existences. Car on pouvait affirmer sans trop s’avancer que la musique devait être aussi vieille que moi, voire même plus. J’acquiesçais cependant à son commentaire sur Vienne, détournant légèrement le regard comme pour visualiser des souvenirs de cette époque pas si lointaine. "C’est une ville qui avait un beau rayonnement, même si je dois admettre avoir davantage fréquenté Paris et ses prodiges de salon."

Elle et moi avions tellement vu qu’il nous était offert le privilège de la comparaison et du jugement. Assurément, notre statut était différent de bien des autres, et nous avions été et étions donc bien plus que la plupart des personnes réunies ici. Même si de mon côté, la modestie, puis le désintérêt total me différenciait de cette attitude aristocratique et fière qu’affichait avec un charme certain mon interlocutrice.

A nouveau, la musique fut la seule à faire la conversation. J’attendis avec patience que la comtesse ne m’expose la raison qui l’avait poussée à me voir ce soir, ce qu’elle finit par faire, de manière quelque peu détournée. Hochant à nouveau la tête, je me contentais en guise de réponse de sortir une carte de la poche de mon veston, et de la lui présenter, imperturbable : la roue de la fortune.

"L’équilibre et la paix sont toujours des choses difficiles à maintenant, la roue tourne toujours. En bien, comme en mal." Puis, après l’avoir rangée, j’ajoutais avec calme : "Que puis-je faire pour vous, Madame ?"
Wairua
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Mer 16 Mar 2016 - 23:58
Cette charmante madame Odette
Feat. Wairua


L’homme de main était partie se poster à un point d’observation stratégique. Il surveillait l’endroit avec le zèle coutumier. Les attaques à l’encontre de son employeur étaient rares. En prés de 30 années de service, le Français, n’avait eu à agir que deux fois. Il avait, cependant sur lui les premières marques de sa vieillesse. Il arrivait lentement, mais sûrement, à l’orée de sa retraite. À l’égal du couple sicilien, il devait envisager une nouvelle étape de son existence. Il ne se projetterait pas aussi loin que celle qui avait déjà vu 1000 ans s’écouler, comme autant de grains de sable.

Les deux compères se comportaient comme des êtres civilisés, si bien que l’on ne pouvait leur prêter ni sympathie, ni inimitié l’un envers l’autre. Ils étaient à la fois semblables et très différents.

Cnossos avait deviné la présence de Cormoran, tout au long des siècles. Il était possible qu’elle l’ait approchée sans se faire connaître de lui, par curiosité, par jeu. Il était l’un des rares individus à être en mesure de comprendre la beauté et la complexité de sa mutation. Le savoir sur le même continent avait donné prétexte à le revoir, lui, et ses fantômes. Il y avait également une raison davantage privée. Une affaire dont seuls ces deux complices avaient la charge.

- La roue. Enonça la Duchesse à voix basse.

La main aux doigts effilés, glissa dessous la table, dans les replis du tissu en tirer une autre carte. La femme posa l’objet au centre de la table. Un rayon de lumière frappa l’anneau d’or à son annulaire gauche. Elle retourna lentement la carte face visible. Le suspens se transforma en curiosité. L’illustration du jeu de tarot divinatoire représentait la Lune. Une lune qui répondait au soleil flamboyant au dessus de cette Tour. L’interprétation de ce symbole n’était la plus complexe à faire. Le rêve et l’intuition en étaient les rois. Ils recommandaient d’écouter son instinct.

Cependant, la Lune, pouvait également désigner une chose plus concrète. Nikolas ne l’avait pas vue dans un tirage depuis très longtemps. Elle ne se souvenait d’ailleurs plus du temps ou du lieu, tant l’événement datait. Mais, elle semblait donner un certain crédit au présage, puisqu’elle agissait en son sens. Il y a un homme que je recherche depuis longtemps. Mais, je ne sais comment encore, il se dérobe à mes yeux. Je le soupçonne de maîtriser la magie. Il me faut une main extérieure pour l’atteindre. Le sombre regard de l’Immortelle luisait d’une flamme intense. Ils partageaient, ce que les mots ne pouvaient exprimer clairement. Les liens étranges, qui se formaient et se déformaient, sans attendre l’accord des hommes. Trouvez-le pour moi. Acheva-t-elle tout en enserrant le pied de son verre à vin. Le ton avait été ferme et dirigiste, comme il l’était chez la dame. Néanmoins, l’homme face à elle était un confrère, c’était bel et bien un « service » qu’elle lui formulait.

Une agitation souterraine fut perceptible, dans l’infime frémissement de la nuque féminine. La dame observa néanmoins la même attitude placide. Elle avala une gorgée d’alcool avec le plus grand calme. Le vaisseau de chair avait beau connaître son crépuscule, son hôte gardait une force inépuisable. Elle préparait d’or et déjà sa prochaine incarnation qui coïncidait si bien avec les Événements.

Le musicien entama une mélodie plus paresseuse, qui plongea la salle dans une étrange sérénité. Il cherchait peut-être à réconforter ces êtres atemporels, à l’annonce d’un énième chaos ? Ou bien n’était-il envahi que de ce sixième sens dont son parfois béni les artistes ? L’envoûtement mélodieux contrastait, en effet, avec le thème des sorciers.

Je vous donnerait les moyens nécessaires à l’entreprise, bien entendu. Je désire que cette affaire ne soit connue de personne. Absolument personne.

Les épousailles de madame étaient connues pour leur longévité et l’absence de scandale. Une telle réussite n’allait pas sans quelques précautions communes. Le duc ménageait la fierté de son épouse, quand celle-ci lui épargnait une part de sa noirceur. Ainsi en était-il depuis le début du XX éme siècle.

Feriez-vous cela pour moi Anima ? Les raisons de l’enquête seraient préservées par la dame.
Strega
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Sam 19 Mar 2016 - 22:31
Nos longues existences parlaient pour nous, même si finalement nous les avions vécues de manière fort différente. Il n’empêche, très peu de personnes pouvaient se targuer de pouvoir nous comprendre. Ce qui, malgré toutes nos dissemblances, ne pouvait que nous rapprocher au moins un peu. Si ce n’était par curiosité, au moins pour une certaine compréhension. Nous savions tous deux que la paix est fragile, et que le monde fonctionne en une succession d’instabilités. Comme lorsqu’on fait du vélo, on cherche constamment son équilibre pour pouvoir avancer. Et cela, La Roue le montrait aisément. Ce vers quoi nous allions n’était pas clair, même pour moi, mais en avoir conscience était déjà avoir une longueur d’avance.

Je me concentrais pleinement sur la réaction de mon interlocutrice, pas vraiment surpris de la voir sortir une carte à son tour. Je n’avais après tout pas le monopole de cet art, loin de là. Il n’avait d’ailleurs pas toujours eu ma préférence, et suivant les vies, j’avais plutôt choisi l’astrologie, le marc de café, les entrailles de bête… Avouons tout de même que les cartes avaient l’avantage d’être faciles à transporter.

Le suspens se termina finalement lorsque la carte fut révélée, dévoilant la dix-huitième carte du jeu : La Lune. Je hochais simplement la tête, attendant son interprétation, et sa raison. Je pouvais déduire de cette carte beaucoup de choses, mais préférais ne pas m’avancer avant que la tireuse ne se prononce.

Et elle m’avoua finalement cherche un homme. Je me redressai légèrement, tendant le cou dans sa direction alors que mon regard était pleinement concentré sur elle. L’ordre tomba comme une conclusion logique. Je ne bougeais cependant pas, continuant de la fixer. Du fond de mon regard, on pouvait peut-être deviner que de nombreuses pensées se bousculaient dans mon esprit toujours trop engorgé de souvenirs. Sans que je sache si ce processus était volontaire ou non, de nombreuses connexions se faisaient à l’évocation de cette mission, vestiges d’autres vies.

La musique se fit soudainement plus apaisante, et peut-être que cela eut un effet. Je me détendis légèrement, retournant vers le dossier de ma chaise pour me saisir du verre de vin et en boire une gorgée avec calme. Mes pensées se faisaient déjà plus structurées et, petit à petit, plus claires. Il était souvent ainsi, lorsque je faisais appel à de vieux souvenirs, il était de plus en plus difficile et long de les faire remonter à la surface de ma vie actuelle. Mais j’étais désormais plus apte à analyser la situation pleinement, et de prendre une décision pour répondre à la dame.

Toujours silencieux, je la laissais ajouter des précisions en reposant mon verre, attendant qu’elle me donne le feu vert pour commencer.

"Vous pouvez compter sur mon entière discrétion, Madame." J’inclinais ensuite légèrement la tête pour l’observer. Il était inutile de demander des détails, ou même la raison de cette recherche. Strega me donnerait tout ce que j’avais à savoir, et cela me convenait entièrement. "Je m’engage à faire mon possible pour satisfaire vos désirs. Je ne peux vous assurer avec certitude sans connaître tous les détails, mais les moyens à ma disposition me poussent à dire que les chances de résultats sont assez probables. Je vous tiendrai bien évidemment et en tous temps au courant de mes avancées. Cela vous convient-il ?"

La recherche faisait, après tout, partie intégrante de ma vie. Que cela soit dans le domaine scientifique en majorité, ou ailleurs. J’avais tellement vu, rencontré tellement de vies, visité tellement d’endroits. Il était vraiment rare que je ne puisse trouver ce que je cherchais, même si généralement cela se limitait à des informations historiques ou scientifiques. Je n’avais toutefois pas la sottise de croire que je savais tout, d’où ma prudente réserve.

Mais je n’allais toutefois pas dire non à un défi qui me sortirait peut-être un peu de mon marasme et ma routine.

"Et vous pouvez m’appeler Wairua." ajoutai-je finalement en reprenant une gorgée de vin et en haussant doucement les épaules. "Pour cette vie, j’ai choisi de m’appeler ainsi. Des changements impliquent une nouvelle dénomination, paraît-il."

Car je n’étais assurément plus semblable à ce qu’on avait pu connaître auparavant. Et pour combien de temps, personne ne savait encore le dire. Puis, pour changer de sujet, je demandai :

"Pardonnez ma curiosité, mais d’après mes informations, nous nous ressemblons sur un point. Et cela m’intrigue fortement. Dans mon cas, mon âme se réincarne aléatoirement dans le corps d’un descendant. Puis-je vous demander comment le processus se déroule de votre côté ?"
Wairua
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Sam 26 Mar 2016 - 22:59
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Un sourire atténua la beauté glacée de Madame Lampeduza. Elle échangea un regard moins neutre.

- Oui. Ceux sont là les termes que j’attendais de vous entendre dire, Camille. L’appréciation, la satisfaction, de la dame d’avoir obtenu ce qu’elle était venue chercher.

Une inclinaison sur le côté brisa quelque peu son allure austère. Les lignes de sa silhouette laissaient alors entrevoir la jeune femme qu’elle fut un demi-siècle plus tôt. Il y avait très peu de personne devant qui la Duchesse sicilienne se consentait à dévoiler une présence d’humanité.

« Wai-ru-a » c’est ethnique ?

Nikolas étudia le visage de son interlocuteur avec acuité. Elle épiait ces traits à la recherche de similitudes, avec les autres visages qu’elle avait croisés. L’œil noir ne laissait rien lui échapper. Une chasse lente et minutieuse, qui agitait aussi les lambeaux du passé dans son esprit fatigué. Avec le temps l’âme finissait par se perdre dans chacun de ses ôtes. Seuls les traits les plus forts de la personnalité résistaient à l’éternité. Strega était avant tout une conquérante.

Il y a un changement en effet… Nota la Duchesse sans avancer d’avis particulier.

Elle redressa son vieux dos. Puis ses longs doigts se glissèrent jusqu’à une petite boîte en métal. Sur le dessus était gravé ce qui ressemblait à des armoiries. Les symboles avaient visiblement été modernisés, stylisés. Au coin inférieur droit du réceptacle, deux lettrines étaient entremêlées. Un V. avec un N. s’entrecroisait, pour former les initiales de monsieur et madame Lampeduza. À l’intérieur étaient alignées des cigarettes siciliennes. La femme en attrapa une et la porta à ses lèvres. La consommation quotidienne variait selon son état d’esprit. Une contrariété comme une joie pouvait l’influencer.

Vous le pouvez. Par quel biais avez-vous eu une telle information ?

Une légère inclinaison de la cigarette fit choir les cendres. La Duchesse eut un regard panoramique sur la salle. Pourtant, il ne se posa sur rien de précis. Il percevait des choses qui n’étaient pas visibles. Un temps, un lieu, dont l’Humanité n’avait gardé aucune trace. Quelques phrases synthétiques dans des livres que seule une poignée de mortels auront lus.

Mes incarnations n’ont aucun lien avec le sang. La tacite confirmation d’une différence originelle entre les deux prodiges.

La capacité a évolué, pendant un certain temps, et à force d’entraînement. J’ai pu la cerner et mieux la comprendre au fur et à mesure de mes vies antérieures. Mon âme ne peut-être contenue que dans un certain type de vaisseau. J’ai peu à peu pu en préciser les caractéristiques. À l’intérieur d’un caryotype, bien précis, j’ai la liberté du choix. Nikolas abandonna la nicotine pour reprendre du vin. Quand vient le temps d’un nouveau transvasement je recherche mon prochain hôte et en dispose.

Un autre silence suspendit le dialogue. La musique se réimposa autour de la table. Elle inspira une nouvelle sorte d’émotion. Le parallèle entre le dialogue de ces paires et la musicalité était surprenant. Il induisait un lien entre tous les éléments qui composaient l’univers. Les îles, la terre, l’univers, tout aurait été connecté depuis l’aube des Temps.

Celui que vous recherchez vient d’une lignée de Prodige. Il a un fort pourcentage de chance, pour qu’il en soit un également. L’instrument changea lentement de tonalité. L’atmosphère se métamorphosa avec elle. Surtout, une fois que vous l’aurez trouvé, ne l’approchez pas sans que je sois présente. Inutile de prendre des risques.
Strega
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Dim 10 Avr 2016 - 20:38
Ma réponse sembla la satisfaire, à en croire le sourire presque diaboliquement satisfait qui apparut sur son visage. Saisissant mon verre de vin, je hochais une nouvelle fois la tête avant de boire une gorgée, non sans la quitter du regard. Je ne cillais pas lorsque mon interlocutrice adopta une autre attitude, plus curieuse et observatrice à mon égard. Habitué à susciter de telles réactions, je restais calme et immobile, comme pour la laisser me détailler à loisir. Il allait sans dire que, de mon côté, je la regardais également avec une certaine curiosité, quoique plus discrète.

Même si je n’en montrais aucun signe, elle suscitait mon intérêt et quelques interrogations, que je gardais cependant pour moi et pour l’heure.

"Maori." répondis-je avec calme, toujours en la fixant d’un regard toujours aussi terne, quoiqu’attentif. "C’est ainsi qu’ils nomment l’âme, ce qui est immortel et nous survit au-delà de la mort."

Pour les changements, je ne m’étalais pas davantage, la Duchesse constatant par elle-même ce que j’avançais. Et l’avenir continuerait certainement de lui montrer cet énoncé. Delight refusait de croire que celui qu’elle avait connu et que j’avais été n’avait pas complètement disparu, raison pour laquelle elle continuait de me nommer par mon ancien nom, Anima. Cela ne me dérangeait pas, surtout venant d’elle. Mais je ne savais pas encore ce qui restait de cet homme enjoué et vivant en moi, et si mon état actuel allait perdurer après cette vie. Quelque chose était définitivement mort dans mon âme, il y a dix ans, et j’étais incapable de savoir si cela guérirait avec le temps, ou non.

Les maux de l’âme sont toujours plus infiniment complexes que ceux du corps.

Alors que la musique continuait son envoûtement général, nous continuâmes à nous observer l’un et l’autre, le poids de nos siècles derrière nous. Je me permis alors de lui poser l’une des questions la concernant qui m’intriguait : de quelle manière se réincarnait-elle. La question avait de quoi m’intéresser, j’avais rarement eu l’occasion de croiser des personnes dont l’expérience était si proche de la mienne. Et qui pourrait me renseigner sur bien des points. Je fixais la dame sortir son élégant boîtier, dont les détails resteraient sans doute gravés dans un coin de mon esprit, comme des millions d’autres choses.

Lorsqu’elle me demanda comment j’avais obtenu cette information, j’esquissai un léger sourire et désignais l’endroit la poche de mon costume où je venais de ranger la carte de La Roue de la Fortune, qui avait ainsi rejoint les autres du jeu.

"L’intuition, et une certaine observation. Rien de plus."

Le chercheur que j’étais savais chercher ce qui l’intéressait, et peu importe si cela était bien caché. Pour certaines choses, je pouvais me montrer très patient et obstiné. Et pouvait toujours compter sur le coup de pouce que m’offraient certaines prédictions, qui m’aiguillaient vers la bonne direction. Mais bref.

Retrouvant une expression plus neutre à nouveau, j’écoutais avec la plus grande attention la réponse de Madame Lampeduza. Malgré la ressemblance, sa manière de changer de corps différait sensiblement de la mienne, et elle semblait davantage maîtresse de ces transvasements, comme elle les nommait.

"Je vois." Je hochais doucement la tête. "Je suppose que cela doit vous prendre une certaine énergie... Y a-t-il beaucoup de changements lorsque vous passez à un autre corps ? Une influence du corps hôte ? Et l’entraînement à maîtriser cette capacité, est-ce que ce fut difficile ?"

Libre à elle de me répondre dans les détails qu’elle souhaitait. Les questions n’étaient pas posées de façon personnelle, mais bel et bien de façon scientifiquement intéressée. Car mon côté, c’était bien quelque chose sur laquelle je n’avais aucune emprise. Non que choisir mon prochain hôte m’importe, mais au contraire, j’aimerais pouvoir décider de tout arrêter. Définitivement. Enfin, cela n’était pas non plus une priorité absolue, mais plutôt une problématique qui m’accompagnait d’une vie à l’autre, et l’angoisse latente que je ne pourrais jamais avoir de fin.

La musique se fit à nouveau entendre, alors que notre discussion s’interrompit un instant. Pour la première fois, je détournais le regard pour fixer le musicien avec un peu plus d’attention. Mes yeux suivirent vaguement le mouvement de son archer, m’évoquant à nouveau des souvenirs contre lesquels il me fut tout à coup plus difficile de résister.

Toutefois, je reportai immédiatement mon attention sur la Duchesse lorsqu’elle reprit la parole, précisant la tâche qu’elle attendait de moi.

"Un homme, sans doute prodige et magicien, qui parvient à échapper à votre attention." répétai-je avec calme, pour moi-même comme pour confirmer ce que je savais. Cela pouvait sembler peu, mais comme signalé précédemment, je sais me montrer patient et obstiné dans mes recherches. Je pris une nouvelle gorgée de vin, laissant les saveurs parfumées m’évoquer d’autres souvenirs. J’ajoutai, laconiquement : "Entendu. C’est votre affaire, et non la mienne. Je n’ai pas à interférer, et vous laisserai la gérer comme vous le souhaitez."
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Mer 13 Avr 2016 - 23:35
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Le restaurant se remplissait encore à cette heure. La clientèle était d’un certain gabarit. La population d’Édimbourg avait vu son niveau de vie, ainsi que la densité de sa population augmentée, au cours des deux dernières décennies. La petite capitale européenne était devenue un fleuron d’innovation. Une raison valable pour quelques sombres individus de la regarder de plus près. L’un d’entre eux était cette élégante aristocrate.

Il est vrai. Je ne pourrais vous le reprocher, quand j’ai moi aussi été une observatrice.

Les paroles sibyllines prêtaient à faire des interprétations. Nikolas avait une tendance à s’exprimer sur plusieurs niveaux. Elle était au présent comme au passé. Un jeu de l’esprit plus compliqué qu’elle ne le faisait voir. Il la gardait alerte. C’était une façon comme une autre de ne pas sombrer dans la folie à laquelle se prêtait « une vie sans fin ». Strega continuait d’exister à travers toutes les intrigues qu’elle élaborait à travers le temps et l’espace. Sans cela, elle serait une âme, qui se contenterait de regarder passer les siècles.

La défiance se lut dans les yeux noirs de la Duchesse. Une petite tension naquit dans le haut de sa nuque. Elle sentit que sa mâchoire s’était contractée. La musique sur la scène s’assombrit. La femme évalua les intentions de cette vieille connaissance. Ils n’avaient encore jamais été des adversaires. Ils s’étaient plus comportés comme des pairs. Madame Lampeduza n’accordait cependant pas sa confiance à l’extrême. Il était d’ailleurs très difficile de l’obtenir.

Une telle capacité ne peut se parfaire sans prendre des risques en effet. Cependant, puisque elle me fut innée c’est que je possédais les ressources nécessaires pour la contrôler. La nature ne fait jamais rien au hasard.

Il y avait une excitation intellectuelle. La compréhension était l’une des clés du pouvoir. Ils extrapoleraient sans fin sur ces dons naturels. Un exercice cérébral qui n’était pas sans déplaire à une femme comme Nikolas. Elle avait longuement étudié les Prodiges.

Si tous vos vaisseaux sont aussi vos héritiers, cela veut dire que vous êtes le créateur et l’utilisateur de vos incarnations. Cela implique d’assurer une filiation, bien entendu… Néanmoins, le système reste ingénieux. Oui. Très ingénieux. Je n’ai jamais tenté une pareille assimilation.

Elle continua à exposer le fond de sa pensée. L’oralité était ici, moins un moyen de partage, qu’une façon de donner du sens à une idée.

Quelle étrangeté d’être le père de son propre soi. Comment faites-vous pour gérer les interactions avec votre lignée ? Je me demande ce qui se passerait si vous vous retiriez dans un vaisseau immortel ? Quoiqu’aucun ne soit tout à fait invincible. Précisa-t-elle comme quelqu’un qui aborde un sujet qu’il maîtrise.

Les indications étaient, quant à elles, données au compte goutte. Strega était quelqu’un d’avare. Elle coïnciderait qu’une trop grande générosité était une marque de mépris. L’individu devait travailler à obtenir ce qu’il voulait de lui-même. Sans cela, il ne valait pas plus que l’un de ces nombreux parasites qui peuplaient l’Arche.

Il vous faudera le retrouvé avant ma prochaine réincarnation. Ce qui devrait vous laisser approximativement 10 ans. Le ton plus pincé dévoila combien cette décennie n’enthousiasmait pas la dame.

Une contraction douloureuse irradia le dos de la Duchesse. Elle n’en montra rien. Elle raffermit la tenue de son dos pour essayer de faire passer le mal. La dégénérescence de ce vaisseau s’apparentait à une maladie progressive. Nikolas le préservait pour des raisons purement égoïstes. Les motivations qui la guidaient étaient tout aussi obscures que dans les autres vies.

Comptez-vous rester longtemps en Ville ? Je crois me souvenir que l’une de vos filles jouera bientôt en concert ? Le sourire de Strega avait alors tout de la politesse bienveillante.
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Lun 2 Mai 2016 - 17:06
C’était l’observation et l’habitude qui me permettaient de cerner globalement mon interlocutrice, quoique je ne doutais pas du fait qu’elle avait plus d’une cartes dans ses manches. C’était à la fois un type de personnages que je connaissais bien pour en avoir fréquentés plus d’un, mais également quelqu’un d’assez unique en son genre. D’où une certaine fascination, plus que de la peur ou de l’admiration. Et puis, il y avait ce don similaire en bien des points. J’avais rarement eu l’occasion de croiser des prodiges capables de se réincarner, contrairement aux immortels qui se trouvaient plus nombreux.

Ma réponse sembla en tous cas convenir à la Duchesse, qui se contenta d’une nouvelle réponse énigmatique. Nous n’étions certes pas proches à ce point, et de toute manière, au-delà des informations pratiques, le reste m’importait peu.

"En effet, c’est logique." confirmai-je en acquiesçant simplement. Je pris ensuite quelques secondes pour réfléchir à ses remarques sur la manière dont ce procédé fonctionnait chez moi. "Je ne peux ni choisir mon prochain corps, ni influer sur ce qu’il sera à l’avance. Mais je suppose que c’est intimement lié à la génétique, d’une manière ou d’une autre. Et je crois vivre depuis assez longtemps pour être certain qu’il y aura toujours un descendant quelque part dans ce vaste monde…"

Même s’il était éloigné, j’avais l’intime conviction que mes réincarnations continueraient à trouver un corps dans lequel revivre. L’avancée de la science m’avait permis d’en apprendre davantage sur ce phénomène, même s’il restait en grande partie mystérieux, comme pour bien d’autres prodiges. Quant aux aspects « pratiques »…

"Cela donne des situations parfois étranges, mais on s’y habitue… De manière générale, cela saute toujours une génération, et il y a parfois quelques années entre ma mort et ma renaissance. Mais même si l’âme reste la même, chaque réincarnation reste unique à sa manière. Ce qui ne donne pas toujours des vies familiales faciles…" Je haussais les épaules, avant de reprendre avec le même ton calme et plat : "Peut-être ai-je eu des corps immortels. Mais mon don comporte des effets plus négatifs, et qui m’empêchent généralement de vivre plus qu’une vie humaine normale. Comme vous l’avez bien dit, la nature ne fait jamais rien au hasard."

Mes crises de démences étaient indubitablement liées à mes capacités. Des centaines de vie, c’était beaucoup trop pour un seul individu. Plus le temps passait, plus le poids des souvenirs se faisait plus fort. Et l’enveloppe charnelle ne le supportait généralement pas longtemps. Mais cela, la Duchesse n’avait nulle besoin de le savoir, et je ne comptais sur personne pour me plaindre. Ou me comprendre. En dehors de Delight, peut-être…

Ceci étant dit, mon interlocutrice aborda la raison pour laquelle elle m’avait invité en sa compagnie, et me demanda de trouver une personne en particulier. Je notais l’irritabilité dans la remarque sur le temps qu’il restait pour accomplir ma mission, mais n’en fis rien paraître. Cela ne me concernait après tout pas.

"Cela devrait être suffisant." me contentai-je donc de dire. " Le monde est vaste, mais pas quand on le connaît. Y-a-t-il d’autres choses que je doive savoir avant de commencer ?"

Je repris une gorgée de vin, et posai tranquillement le verre lorsque la dame m’interrogea sur la durée de mon établissement dans cette ville. Silencieux, mais toujours aussi neutre, je l’observais quelques secondes, avant de répondre avec calme :

"Aussi longtemps que je pourrais rester, et tant que mes recherches me le permettront. Concernant Sahar, ce n’est techniquement plus ma fille depuis plus de cinq siècles, mais elle se produit effectivement en concert bientôt. C’est une excellente musicienne, et une chanteuse de talent, si vous avez un jour l’occasion de l’écouter, je vous le conseille si vous appréciez la musique."

Le ton était totalement détaché, voire presque désintéressé. Mais, même si nous n’étions pas en mauvais termes, je n’avais pas spécialement de relations proches avec Sahar. Surtout maintenant que j’avais pris mes distances avec à peu près tout le monde suite aux incidents de Nouvelle-Zélande. Et même ma propre fille actuelle m’apparaissait comme une lointaine connaissance. Et c’était mieux ainsi. Je n’étais pas sans savoir que mon interlocutrice n’appréciait guère –et encore, je croyais bien que c’était un euphémisme- la mère de Dawn, mais cela ne me regardait nullement. Plus maintenant.
Wairua
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Lun 16 Mai 2016 - 15:03
Cette charmante madame Odette

Feat. Wairua


Nikolas comptait faire des recherches plus poussées concernant son vis-à-vis. Il avait définitivement piqué sa curiosité. A présent, elle voulait connaître les faiblesses d’Anima. Strega restait également lucide sur les réponses évasives. Elle vit qu’il était vain de chercher des informations sur son ennemie chez ce Prodige.

Non point. La dernière piste que j’ai suivie menait au Protectorat de Caroline. Néanmoins, elle n’était pas sûre à 100%. Reconnut-elle avec un fond de colère dans la voix.

Les affaires n’abondaient pas toujours dans le sens que l’attendait la noble. Certaines de ses intrigues rencontraient des difficultés. Les sociétés contemporaines, bien que corrompues, étaient tenues par des machines législatives parfois difficiles à contrer avec discrétion. Cnossos regrettait parfois l’Antiquité et ses bains de sang. Elle observa son interlocuteur une seconde et déclara sans ambages.

Dans ces conditions, je ferais prochainement appel à vous pour une autre mission. Une fois encore, les détails restèrent lettres mortes.

Madame aimait à suggérer le futur sans pour autant le parer de fatalisme. Elle avait parfois des idées dont elle se repentait plus tard. De plus, l’âge de son vaisseau entraînait davantage que des douleurs musculaires. Le cerveau n’était pas sauvé du vieillissement. Strega avait suffisamment expérimenté l’exercice de la vieillesse pour savoir qu’elle ne pouvait pas gagner toutes les batailles. Cependant ses victoires dans les autres domaines les compensaient de loin.

Pas d’autre question ? Le mégot de la cigarette dormait dans le cendrier.

L’aristocrate trancha.

Cessons-là, nos affaires. Savourons ensemble un dernier morceau, avant de nous séparer.

Le musicien choisit un morceau plus vif et rapide. Le thème venait d’un répertoire plus festif. La salle s’éveilla encore d’une nouvelle façon sous les encouragements d’une mélodie à laquelle se prêtaient les danses de salons. Nikolas, ne bougea d’un cil, tout le temps de la musique. Elle resta pétrifiée dans une stature princière, pendant que dans son esprit, renaissait un souvenir de Florence. Là où près de quarante ans plus tôt, elle avait dansé aux notes d’un artiste. Vito Lampeduza avait alors été un bon cavalier.

Ce fut un plaisir, mon cher Camille. À vous revoir donc. L’ombre protectrice du Majordome se matérialisa à la droite de la Duchesse.

Maurice Peletier arborait la même expression indéchiffrable qu’une heure plus tôt. Il salua une fois encore l’homme avec qui sa supérieure venait de s’entretenir. Nikolas se leva aussi lente et décomposée que lui imposaient son élégance et ses os. Elle couvrit Wairua d’un regard un tantinet plus chaleureux, avant de se retirer. Ainsi, la dame et son homme de main quittèrent la salle du restaurant.

Deux mains protectrices vinrent passer la fourrure sur les épaules de l’aristocrate sicilienne.

Mon Odette, merci. Chuchota la Sorcière au vent du soir.

Strega
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