Maybe it's time | Erend

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Lun 9 Juil 2018 - 0:35
Le temps était radieux. Presque un peu trop, pour être tout à fait honnête. Il pesait depuis quelques jours sur la capitale, une lourdeur presque étouffante, et à l'heure où Grace referma la porte de l'immeuble dans lequel elle louait une petite chambre de bonne sous les toits, la ville entrait dans les dernières heures supportable de la journée. Il était à peine quatorze heure et le soleil, bien haut dans le ciel, se cachait de temps à autre derrière quelques nuages éparses pour offrir quelques minutes de répit à ceux qui n'étaient pas déjà calfeutrés chez eux volets ou rideaux tirés et la jeune femme se félicitait de passer l'après-midi hors de chez elle, là où la chaleur ne circulait pas au point de devenir insupportable. Elle avait pourtant trouvé un petit studio aux pieds des Meadows, sur Warrender Park Crescent, et les arbres du parc auraient dû lui garantir un peu de fraîcheur, mais si haut, les bow windows qui lui servaient de fenêtres faisaient davantage l'effet de serres.

Quoi qu'il en soit, la jeune femme après avoir passé un chapeau à larges bords et avoir fermé son appartement, elle était descendue d'un pas souple les quatre étages qui la séparaient de la rue et avait décadenassé son vélo qu'elle entreposait dans la courette devant. C'était encore là son moyen de transport préférer dans la capitale.
Elle pédalait à une allure tranquille. La chaleur était atterrante et lui coupait tout appétit depuis quelques jours, elle ne voulait pas faire de folie par ce temps. Heureusement, elle avait coupé par Bruntsfields Links et s'était rapidement retrouvée le long du canal, qu'elle remontait vers le sud par la voie verte qui le longeait, après avoir traversé par Viewforth bridge. Là, l'air se faisait moins pesant et une petite brise portée par l'eau donnait à respirer.
Il lui fallut tout de même une bonne quinzaine de minute et bientôt elle se trouvait non loin de la gare de Slateford. Là, elle posa le pied à terre pour vérifié l'adresse que son oncle lui avait donné.

Après qu'elle se soit finalement décider à lui parler, Erend lui avait proposé de passer à son cabinet. Son agenda s'était libéré pour l'après-midi et il était disposé à la recevoir dès son dernier patient parti. Elle appréhendait quelques peu ce moment. A dire vrai, elle avait même peur. Une année s'était écoulée depuis qu'elle était revenue à Edimbourg. Depuis qu'elle avait été rapatriée, plutôt. Ce retour ne n'avait jamais été sa volonté. Et pourtant, elle n'avait toujours pas trouvé le courage de repartir, en dépit du peu d'affection qu'elle avait pour cette ville. Peut-être les retrouvailles avec des amis de longue date l'avait aidé à supporter ce sédentarisme. Du moins, c'est ce qu'elle ne cessait de se répéter.

L'estomac serré, elle avait sonné à la porte du cabinet, qui se trouvait dans un coquet petit pavillon de pierres et dont la plaque sur la devanture indiquait « Dr. E. Dundar, Psychiatrist ». Elle était entrée dans le vestibule silencieux et s'était installée dans la salle d'attente. Elle était petite mais agréable et une large fenêtre ouverte donnait sur un petit jardin arboré. Elle s'installa, les mains sur ses genoux noueux qui dépassaient du short qu'elle avait osé mettre pour supporter la vague de chaleur.
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Ven 20 Juil 2018 - 21:23
Maybe it's time.

Grace

Erend

La journée avait été longue pour Erend.

Il avait d’abord dû gérer un ours bougon, rendu d’autant plus irritable qu’une épine s’était logé dans sa patte. Chaque jour était assurément un combat pour Alastair depuis qu’il s’était pris cette balle dans la cuisse, mais il l’était aussi pour lui, dans une moindre mesure. Car s’il n’avait pas à faire à la douleur lui-même, l’impuissance à laquelle il était confronté lui pesait quelque peu. Comme souvent, il aurait voulu faire sienne la douleur de son compagnon mais ce n’était pas comme cela que les choses fonctionnaient. Alors il se contentait d’être là pour lui, de le soutenir, d’absorber c’était bien tout ce qu’il pouvait faire. Et, parfois, il espérait que c’était assez.

Il avait donc attendu que son Ours grognon quitte le domicile familial avant de lui-même rejoindre son bureau. Celui-ci se situant le long de l’Union Canal, il choisît de s’y rendre à pied, malgré l’heure de marche, puisque son premier patient n’arrivera pas avant un certain temps. La marche avait un effet apaisant sur lui. Et ce n’était pas la petite boule de poils qui avait trottiné près de lui qui aurait eu quelque chose à redire sur ce mode de locomotion. La voiture ne la dérangeait pas, au contraire lorsqu’elle pouvait sortir son petit museau par la fenêtre, mais il n’y avait rien de semblable à une grande promenade pour la petite chienne.

Et si le temps, radieux, lui avait permis de réellement de se détendre, le cas qu’il l’occupa cette fin de matinée le ramena à des cieux plus gris. C’était une patiente compliquée, qui n’avait guère eu la vie facile et qui ne voulait pas d’aide pour aller mieux. A vrai dire, elle n’avait que colère pour lui. Et si elle n’était pas forcée de venir à ces rendez-vous du lundi, il était évident qu’elle s’en serait passé. Pourtant, depuis qu’il lui avait proposé d’aménager les séances autour de réminiscences, elle avait fait des progrès considérables. Le seul inconvénient d’une thérapie usant de son don était assurément la contrepartie : la fièvre commençait à monter.

La journée avait donc été longue ; et elle n’était pas finie.

En effet, il avait encore une tâche importante dans son agenda. Un rendez-vous qui lui tenait à cœur. Grace. La demoiselle avait enfin besoin de parler aussi lui avait-il naturellement proposé de la rejoindre à son cabinet, son agenda s’étant allégé de son dernier rendez-vous. Après un an sans réussir à se confier vraiment, il espérait pouvoir lui apporter le soutien dont elle avait également besoin. Aussi n’était-il pas prêt à laisser une petite fièvre le retarder.

Il était en train d’avaler un paracétamol lorsque le carillon sonna. Terminant rapidement son verre d’eau, il ne tarda se redresser et ce fut donc les yeux légèrement irrités qu’il se dirigea vers la porte. Se frottant le visage de deux mains, il laissa l’une d’entre elle revenir jusque sa nuque, tandis que l’autre remettait ses lunettes à leur place. L’une d’entre elle rejoignit ensuite la poignée de porte et la porte s’ouvrit sur sa nièce qui patientait, assise dans la salle d’attente.

▬ Grace ! la salua-t-il en s’approchant pour la prendre dans ses bras.


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Dim 20 Jan 2019 - 13:55
-Erend.

La jeune femme s'est levée au moment même où la porte s'ouvre pour laisser apparaître son oncle. Un sourire éclaire ses traits. Un sourire qui masque à la perfection son malaise, alors qu'elle ouvre les bras pour accueillir l'étreinte. Un sourire qui cache qu'elle doit prendre sur elle et ses angoisses pour ce contact pourtant anodin. Un sourire qui ne dissimule cependant pas la distance qu'elle garde alors que son corps ne touche pas vraiment celui de son oncle. Elle espère que le sourire fera illusion.

-Merci de me recevoir, ajoute-elle avec reconnaissance.Surtout aussi rapidement.

Si son sourire ne quitte pas ses lèvres, il apparaît à présent émaillé par la tristesse nichée au fond de son regard. Cette lueur sombre, qui comme un voile de mélancolie, c'est posé sur l'éclat ambré de ses yeux depuis son retour sur l'arche édimbourgeoise. Autrefois si joyeuse, pleine de vie, expressive, la jeune fille entière qu'elle a été et qui a tant pu exaspérer sa mère, semble avoir laissé place à une femme à la détermination plus froide ou plus distancée. Elle sait que sa silhouette affinée par la malnutrition amplifie en elle ce sentiment. Comme si avec ses courbes s'était envolée sa joie de vivre.

Mais elle se convainc qu'elle est là pour parler de tout ça. Ou du moins, pour trouver une solution sur le long terme. Quelque chose quoi. Des conseils, une direction. En fait, elle n'a pas la moindre idée de pourquoi elle est là. Elle ne sait pas ce qu'elle va trouver, ni même ce qu'elle est sensée chercher.
Se tourner vers se genre de réflexion lui donne instantanément la nausée. Comme si son esprit l'empêchait physiquement d'ouvrir une porte derrière laquelle elle avait entassé beaucoup trop de choses dangereuse pour elle. Alors elle s'éloigne de cette zone interdite et revient dans le monde réel.

-Je ne savais pas trop vers qui d'autre me tourner. Elle finit par lâcher. Parce que c'est vrai. Parce qu'elle a bien senti que c'était le moment. Mais maintenant qu'elle se trouve devant le fait accompli, elle n'est plus tout à fait sûr que c'est ce dont elle a envie.
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Dim 27 Jan 2019 - 21:05
Maybe it's time.

Grace

Erend

A peine eut-il prononcé son nom qu’elle se redressa, le saluant par son prénom également. Un sourire apparut sur ses lèvres, mais ne s’étendit pas jusque ses yeux ; ce qu’Erend ne put s’empêcher de remarquer. Il ne fit cependant pas de commentaire. Après tout, il savait pertinemment que le moral n’était pas au beau fixe. Et comment l’en blâmer après ce qu’elle avait vécu. L’étreinte ne fit que confirmer ce qu’il soupçonnait mais encore une fois s’abstint de tout commentaire.

▬ Pas de problème, Grace ; je trouverai toujours du temps pour toi. la rassura-t-il, avec un sourire apaisant.

Il était important qu’elle sache qu’elle pouvait compter sur lui à tout instant. Il voulait l’aider, cela ne le dérangeait donc pas, bien au contraire. Elle était de sa famille, et dans sa vision de la famille, il fallait toujours se serrer les coudes. Que ce soit à minuit ou à midi.

▬ Tu as bien fait de te tourner vers moi.

Et c’était vrai. D’une part parce qu’il était quelqu’un qui savait être à l’écouter – c’était son métier après tout, mais d’autres part parce que de la famille de Grace, il était surement le plus sain à ce niveau.

Il s’écarta légèrement pour lui ouvrir la voie, l’invitant tacitement à passer de la salle d’attente à son bureau qu’il trouvait tout de même plus agréable pour l’exercice auquel elle risquait de se prêter. La suivant dans la salle, il lui proposa d’un signe de la main de s’assoir confortablement et rejoignit le fauteuil situé en face ; une fois qu’il eut posé un verre d’eau devant elle. Voyant que le silence s’installait entre eux, le psychiatre prit les devant.

▬ Tu peux me parler Grace. l’encouragea-t-il sans pour autant lui mettre de pression. Tout ce que tu diras restera entre nous. Et même si ça ne fait pas sens, il suffit parfois de commencer par un bout. N’importe quel bout.

C’était une des seules solutions quand on ne savait pas par où prendre le tout. Pour commencer à désemmêler les fils dans son cerveau, il fallait bien démarrer quelque part. Et il n’y avait pas de mauvais point de départ. Cela étant dit, c’était un travail plus facile à dire qu’à faire, aussi lui laissa-t-il tout le temps dont elle avait besoin.

Cependant, il ne pouvait s’empêcher de sentir les frissons provoqués par la fièvre qui grimpait gentiment. Il espérait que le cachet qu’il avait pris avant de l’accueillir ferait rapidement effet. Il voulait s’occuper de sa nièce au mieux, et pour cela, il devait lui-même être à cent pour cent.

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Mar 19 Mar 2019 - 9:05
À l'image de l'homme qui occupait les lieux, le bureau du praticien était sobre et fonctionnel. Mais plus important encore, il était accueillant.
La jeune femme s'était installée dans le fauteuil que lui avait désigné d'un geste son oncle, tentant de prendre ses marques dans cet environnement, bien qu'amical, non pas moins nouveau. Ses yeux balayaient la pièce, sans chercher à dissimuler leur curiosité, le temps qu'Erend ne glisse un verre d'eau sans sa direction et ne prenne sa propre place face à elle. La demoiselle le remercia d'un petit signe du chef tout en le laissant s'installer confortablement. Ces quelques minutes de flottement étaient particulièrement étranges pour la jeune reporter, comme un moment suspendu. Suspendu avant d'entrer dans le vif du sujet.
Elle frissonna malgré la chaleur de l'été et sur ses bras, elle sentit se dresser ce duvet blond qui les recouvrait.

En dépit de l'air avenant qu'arborait le médecin et de la sollicitude sincère qu'il exprimait, la jeune femme eut soudainement l'impression que raisons qui l'avaient tout d'abord poussée à venir le consulter lui échappaient. Les pensées, les mots, les angoisses qui avaient tourné si longtemps dans son esprit semblaient n'être plus qu'un nuage de fumée informe et insaisissable dont elle était incapable de tirer des phrases construites et intelligibles. Tout ce qui lui avait alors paru si clair, lui semblait à présent complètement flou, sans savoir comment s'exprimer, par où commencer, ni ce que cela allait bien pouvoir lui apporter.

L'espace d'un instant, elle craint de rester muette pendant cette séance, mais Erend avait dû sentir cette appréhension et n'avait pas tardé à rompre le silence qui commençait à s'installer, pour ne pas la laisser dans cet l'embarras.
Il l'invitait à faire ce qu'elle redoutait tant, avec une douceur et une compréhension qui lui fit revoir son jugement quant à sa capacité à s'ouvrir. Aussi, il lui conseillait de ne pas forcément chercher à commencer par le début, mais par là où il lui semblerait le plus simple de démarrer.

Sur ces conseils elle hocha doucement la tête. Ses mains, sur ses genoux, se crispaient légèrement, tandis qu'elle cherchait dans son esprit ce qui ressortait le plus de tout ce qui pouvait la traverser dans les moments les plus durs et le silence s'étira encore quelques secondes avant qu'elle n'ouvre finalement la bouche.

-J'ai le sentiment que je n'aurais pas dû revenir, lâcha-t-elle finalement.

Les mots qui passèrent la barrière de ses lèvres lui semblèrent n'être pas tout à fait les siens, ou alors, c'était sa voix qu'elle ne reconnaissait pas. Cette phrase, une petite voix dans son esprit la lui murmurait tous les jours dans le creux de son oreille. Jamais elle ne l'avait formulé à voix haute, pourtant, maintenant que c'était fait, elle ne pouvait plus nier qu'elle vivait avec cette intime conviction. Celle, qu'elle n'avait pas sa place ici, parmi les vivants.
Sans réellement sans rendre compte, elle avait continué de cette voix désincarnée :

-Tous les jours je ne peux m'empêcher de me demander, "Pourquoi moi ?" Pourquoi j'ai survécu là où tant d'autres ont péri...

La boule qui logeait au creux de son estomac depuis de longs mois maintenant semblait se réveiller et étendre doucement ses tentacules, s'étirant comme un chat paresseux s'étirait d'une sieste.
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