Nothing else matters || Red

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Ven 29 Juin 2018 - 13:12
La villa Mongomery était un refuge connu pour les femmes en besoin ou en détresse sur l’arche d’Edimbourg. J’y avais contribué et continuais à le faire, autant financièrement qu’avec mon temps. Malgré le poids que portait ce lieu, je m’y étais toujours sentie chez moi. Au calme. Un ancrage bienvenu, dans une vie qui tourbillonnait sans cesse. Cela avait aussi été un pont entre ma mère et moi, à l’époque où je découvrais qu’elle n’était pas uniquement mon agent, mais aussi ma génitrice. C’était un projet commun, un endroit où nous partagions au moins un point commun. Et je savais que cet endroit avait la même importance pour Ellen. C’était un peu notre jardin secret, un endroit où nous pouvions travailler ensemble à des projets qui nous tenaient à cœur.

Mais depuis la mort de Perceval, c’était un peu différent. C’était devenu notre refuge à nous aussi. Un lieu où épancher notre chagrin, chacune à notre manière. Ellen, pour travailler de manière plus acharnée lorsqu’elle quittait son bureau. Et je savais que ce n’était pas toujours pour ses dossiers professionnels. Marisa devait l’obséder autant que moi. Seulement, elle était plus âgée et expérimentée, et ne laissait donc pas son chagrin et sa colère prendre le dessus. Au contraire de moi, qui devait venir ici pour essayer de retrouver un peu de calme.

Car le calme était nécessaire pour me venger. Penser le plus à froid que possible pour trouver la solution de se débarrasser de celle qui nous avait enlevé notre père. Et je ne me faisais pas d’illusions. Léon devait certainement faire de même de son côté. Mais la malédiction était un obstacle de taille. Et il était hors de question que quelqu’un d’autre de notre famille souffre à nouveau à cause de Marisa.

J’avais Nikky et son plan d’un côté, qui me laissait des pistes. Notamment, des contacts que je pourrais peut-être utiliser par la suite pour parvenir à mes fins. Mais même avant cela, j’avais aussi d’autres cartes. A commencer par Arkadia. Je ne faisais plus confiance à mes tantes pour le moment, et préférais y revenir plus tard, quand la douleur de leur trahison ne serait plus aussi vive. Mais l’organisation comptait d’autres membres. Dont certains que je pouvais appeler mes amis.

J’avais donc proposé à Sigrid de passer à la villa, en début de soirée. Nous n’avions pas vraiment eu l’occasion de discuter depuis la mort de Rose. Elle était venue aux funérailles, mais l’occasion ne se prêtait vraiment pas à ce type de conversations. D’autant que je préférais que nous parlions seule à seule. Et j’imaginais que cela arrangeait également l’agent.

J’attendais sur la véranda, donc les portes avaient été ouvertes pour laisser entrer un peu d’air en ce début de soirée d’été. L’air marin nous parvenait, le bras de mer se trouvant non loin. Les résidentes avaient déjà mangé, et s’étaient retirées dans leur chambre, sentant que j’avais besoin d’être seule et au calme. Il y avait cette compréhension entre nous, quelque chose qui se passait de mots. Raison pour laquelle j’avais choisi cet endroit pour ce rendez-vous, en plus de tous ses autres avantages. C’était une parenthèse, un lieu paisible. Loin des soucis du quotidien. Du moins, momentanément.

Lorsqu’on me signala que l’agent était arrivée, je me levais pour l’accueillir. J’esquissai un sourire à la vue de la rousse. Je ne portais pas de maquillage, et mon visage devait être légèrement marqué par la fatigue et le travail. Mes vêtements étaient simples, loin de l’élégance habituelle. Mais je n’étais pas là pour sauver les apparences.

"Bonsoir Sigrid. Merci d’être venue." Je lui indiquai une table sur la véranda, l’invitant à s’asseoir. Après avoir commandé un peu de thé à l’intendante de la maison, je me tournais vers l’agent. "Je suppose que tu sais pourquoi j’ai demandé à ce que l’on se voit…"

Je ne savais pas vraiment comment elle prenait la mort de mon père. Je ne connaissais pas vraiment leur relation dans les détails. Ni ne savait si la perte était personnelle ou purement professionnelle. Et puis, elle semblait bien connaître Matthew. Que de points à discuter, mais peut-être tout simplement parler de nos ressentis respectifs.
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Lun 2 Juil 2018 - 0:45
Dahlia lui avait donné rendez-vous à la villa Montgomery. L'endroit où elles s'étaient rencontrées, à vrai dire. Sigrid venait régulièrement donner un coup de main ici. Il faut dire que le but de la villa lui parlait particulièrement. Un havre de paix pour femmes en détresse, ça lui parlait particulièrement. Elle aurait aimé qu'une telle structure existe pendant son enfance. Cela lui aurait permis d'y amener sa mère, et qu'elles puissent avoir une vie plus paisible, loin de celui qui leur avait pourri l'existence tout au long de la sienne.

Mais les maisons de ce genre existaient aussi grâce à l'intervention de bénévoles. La rouquine venait aider à quelques soins, et écoutaient les pensionnaires, proposait de l'aide si jamais elles voulaient porter plainte, même si elle n’était pas la seule dans le milieu policier, à commencer par la fondatrice. En plus de participer à la vie de la villa, et d'occuper les enfants. La Scandinave aimait les gamins. Et ayant vécu la vie d'un enfant battu, elle savait ce par quoi certains d'entre eux passaient. Elle avait été malheureuse, et ne le souhaitait à personne. Alors, si d’une manière ou d’une autre, elle pouvait donner un coup de main

Elle avait passé pas mal de temps à la villa pendant son arrêt de travail, dès qu'elle s'était sentie assez forte pour sortir de chez elle. Rester chez elle, dans son appartement plein de vide, et ou, bien qu’elle n’en dise rien, elle avait craint que le malade qui l’avait mise dans son état vienne la chercher. Après tout, il connaissait son nom. Si elle s’était au départ moquée de ses propres peurs, il s’était avéré finalement que dépasser l’évènement n’était pas si simple… même si elle ne regrettait pas d’avoir essayé de combattre cet homme. Alors, elle s’était mise à chercher un nouvel appart, et avait rajouté, en attendant, un cadenas à la porte d’entrée. Elle essayait de relativiser, faisait bonne figure à quiconque s’inquiétait –même si ceux-là n’étaient pas légion- et se forçait à tenir le coup, pour le temps qu’il lui restait.

La vie continuait. Elle devait continuer.

Alors c’était avec plaisir qu’elle avait reçu la proposition de Dahlia. Elle s’était tenue à sa disposition, prête à l’écouter dès qu’elle en manifesterait le besoin. C’était de cette manière que la flic en repos montrait qu’elle était présente. Sans rien dire, mais juste en étant là. Dire quoi, de toute manière. Ses paroles auraient été creuses. Elle n’avait ressenti que du soulagement quand son propre père avait trouvé la mort. Et pour sa mère… Si ça l’avait dévasté, elle n’était pas prête à partager son expérience : d’autant que cela n’avait rien à voir. A quoi bon, alors.

Elle signala son arrivée et suivit la femme qui la guida jusqu’à son hôtesse, et lui sourit en retour, doucement. Elle nota le style simple et la fatigue de Dahlia, sans pour autant les commenter : cela n’était pas nécessaire. Enoncer les évidences, à quoi cela servait-il ? Elle-même portait une robe longue aux motifs noirs et blancs, en adéquation avec la chaleur, mais qui cachait la cicatrice disgracieuse sur son flanc, qu’elle n’avait pas spécialement envie de dévoiler. Parce que voir les sévices de son affrontements engendraient les questions, et les questions ravivaient les souvenirs. Et la douleur fantôme qui parfois la faisait grimacer. Les hématomes avaient disparus. Mais la cicatrice, elle, resterait un long moment.


- Je t’en prie.

Elle s’assit et garda le silence durant le temps ou Dahlia demanda à ce qu’on lui apporte du thé. Ses yeux dérivèrent sur le paysage qu’elles apercevaient depuis la véranda, et elle inspira calmement, avant qu’ils ne reviennent se poser sur son interlocutrice.

- Je suppose que je sais, oui. Il est temps, simplement.

Temps pour elles de commencer à parler. Sigrid y était prête, elle aussi. Même si elle n’accordait que peu d’importance par rapport à son propre ressenti. Ses lèvres s’étirèrent en un second sourire, mélange de tristesse et de douceur.

- Te demander comment tu te sens serait un lieu commun. Alors… comment tu vis la situation ?

La rouquine avait eut vent de quelques détails. Via Matthew, un peu, mais surtout via ses collègues d’Arkadia. Jamais par curiosité morbide. Mais, peu à peu, elle avait fini par reconstituer l’évènement. Et elle n’osait même pas penser à comment elle se sentirait, elle, si elle était à la place de son amie.
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Sam 11 Aoû 2018 - 16:28
A la vue de Sigrid, mes lèvres esquissèrent un sourire, alors que ces derniers se faisaient assez rares dernièrement. Du moins, les sincères. Autrement, l’action n’était que des muscles à bouger, pour une personne assez entraînée, cela n’était pas difficile. Mais n’était absolument pas comparable à la candeur et la spontanéité d’une réaction sincères. Et puis, il y avait cette impression apaisante de se comprendre sans se parler. Pour cela, nous nous comprenions assez bien, l’agent et moi. Il y avait ces détails qui ne trompaient pas, et qui témoignaient d’expériences douloureuses. Et qui restaient entre nous. C’était implicite, naturel, instinctif, de ne pas poser de questions. D’attendre que l’autre soit prête à en parler. Ou non.

Et c’était aussi pour cela que je lui avais demandé de venir aujourd’hui.

Je hochai la tête en signe de remerciement pour sa délicatesse, et pris quelques secondes pour réfléchir. Elle méritait la réponse la plus complète possible. Même si ce n’était pas celle la plus évidente à donner. Le thé arriva, et j’en pris une gorgée, plongeant mon regard dans la tasse en fonte pour essayer de rendre mes pensées le plus claires que possibles.

"Du mieux que je peux. J’ai encore pas mal de chemin à faire, mais… Je me remets doucement. Je suis faite pour me relever." J’esquissai un sourire, avant de retrouver une expression plus sérieuse. "Je suis au clair sur moi-même, sur ce que je veux. Mais le plus difficile, pour te l’avouer, c’est comment le reste de la famille le vit…"

Je poussai un soupir, et laissais mon regard vagabonder sur le jardin soigneusement entretenu, notamment par les résidentes, ma mère et moi-même. C’était tentant, pour s’évader, de se perdre dans ce genre d’activités qui vous permettaient de ne pas trop réfléchir au reste. Mais je ne pouvais pas vraiment me permettre ça, en ce moment. Pas quand je n’étais pas la seule impliquée.

"Je m’en fais pour eux… Je ne sais pas si tu connais tous les détails, mais… ça les a tous bouleversés, de voir Rose… notre père…" Je fronçais les sourcils. Je ne m’habituais toujours pas, même s’il n’était plus là. Je soupirais, et reportai mon attention sur la scandinave. "Ça va prendre du temps, mais je vais m’en remettre. Et je sais comment y parvenir. Mais mes frères et les petites… Sans doute moins."

Une fois la douleur vive des premiers instants passée, je savais reprendre mes esprits. Je savais où je voulais aller, et garder la tête froide et solide. Nous débarrasser de Marisa ne serait pas aisé, mais j’avais des pistes, et je pourrais être patiente. Léon, en revanche… Il avait été très affecté par la perte de Percy. Il avait depuis le début désiré et chéri ce nouveau lien paternel qu’il découvrait, et le lui voir arraché aussi brutalement et rapidement avait été l’une des pires choses à vivre de cette épreuve. Nous étions proches, de par notre gémellité, et je sentais que quelque chose était mort en lui. Pour laisser place à autre chose, de plus violent et imprévisible.

Toutefois, c’était quelque chose entre nous, et je ne souhaitais pas impliquer Sigrid là-dedans. J’allais trouver un moyen d’aider mon frère, et, même si pour cela, j’allais devoir le laisser glisser vers des pentes plus dangereuses de la vengeance. Mais c’était une autre histoire, et, à la vérité, je pensais que mon invitée du jour pourrait m’aider différemment.

"Tu connais un peu Matthew, je crois ? Il a l’air de gérer la situation ? Il n’a besoin de rien ?" La communication avec notre aîné était plus délicate. Nous nous connaissions à peine, et il ne partageait pas la même relation que Léon et moi. Néanmoins, c’était mon frère, et je l’aimais comme tel. Je me sentais même un peu intimidée par lui, et la maturité avec laquelle il gérait sa famille. Et puis, il avait eu des gestes si doux, si protecteurs, lorsque je m’étais effondrée après le spectacle de la mort de notre père. Le grand frère que j’aurais aimé avoir plus tôt. Alors, je ne trouvais pour l’instant que des moyens détournés de prendre de ses nouvelles. Même si je reconnaissais que ce n’était pas vraiment très éthique, surtout envers Sigrid. J’affichai un petit sourire navré pour m’en excuser. "Désolée si je me mêle de ce qui ne me regarde pas. Mais… je m’inquiète aussi pour lui."

Pour le reste, je ne connaissais pas leur relation, et ne souhaitais pas la connaître, s’ils ne voulaient pas en discuter. C’était comme pour Léon, je respectais leur intimité. Encore plus parce que j’étais leur sœur. Quelque chose que ma mère, ou nos tantes, devraient apprendre…

"Et toi ? Comment ça se passe ?" Pour Sigrid, c’était à double niveau également. Privé, et professionnel. Pour compliquer encore plus les choses. "Je suppose que la transition doit être un peu délicate… Mais, il n’y a personne de mieux placé que Miranda pour reprendre Arkadia."

Et cela, j’en étais intimement persuadée. Elle était différente de mon père, mais avec ses propres forces également. Avec elle, je sentais que l’on pourrait collaborer, peut-être même plus qu’avec Percy. Pour lui.
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Lun 17 Sep 2018 - 22:16
Sigrid apprécie le sourire que lui offre son amie, et le lui rends, lui donnant la même sincérité. Elle aimait cette relation avec Dahlia. Elle était l'une des deux amies que la flic comptait sur Edimbourg. Elle, et Lexy. Oh, il y avait Matthew aussi... mais Matthew... c'était différent. C'était par ailleurs intéressant de voir à quel point le frère et la sœur pouvaient dissembler. Mais maintenant qu'elle connaissait leur lien de parenté, la rouquine se surprenait parfois à noter quelques similarités. Une lueur dans le regard. La courbe d'un sourcil. Leur façon de regarder au loin quand ils réfléchissaient, aussi.

Mais avec Matthew, ils avaient parlés. A vrai dire, la Suédoise était peut-être la première personne extérieure au cercle familial avec laquelle il avait échangé sur les évènements. Elle les avait rejoint pour un court moment sur l'Arche familiale des Rose, juste après ce qui s'était passé. Sa famille était là, bien sûr. Mais ils avaient chacun leur propre douleur à gérer. Lui devait porter la sienne et celle de ses filles. Son incompréhension, aussi. Elle n'avait pas voulu laisser le jeune père de famille gérer la mort de son propre père dans la "solitude". Elle supposait que c'est ce qu'il aurait fait, autrement, intériorisant tout jusqu'à n'en plus pouvoir. Alors elle était venue. Oh, elle avait été discrète. Elle ne voulait pas s'imposer dans le deuil d'une famille. Elle était là parce que Matthew avait eu besoin d'elle. Une présence. Une femme invisible.

Ses mains fines s'enroulent autour de la tasse, qu'elle ne boit pas pour autant, concentrée sur son amie. Ses paroles autant que ses gestes.


- J'en suis heureuse. Personne ne mérite une descente aux enfers.

Elle en savait quelque chose. Le deuil avait ruiné sa vie. La ruinait encore, à vrai dire. Les choses auraient été bien différentes dans sa vie si on ne l'avait pas appelé un matin d'hiver pour venir identifier le corps de sa mère. Passons. L'heure n'était pas à ce sujet.

Patiente, elle écoute la réponse de Dahlia. L'absorbe. Y réfléchit. Cela ressemblait à la jeune femme de s'inquiéter plus pour les autres que pour elle. Pourquoi, autrement, passerait-elle autant de temps ici, à la villa? Sigrid sentait aussi que ce qui lui permettait de tenir le coup, c'était la certitude que la coupable paierait. Triste réalité. Elle aurait eu envie de lui dire que la vengeance ne résolvait rien. Mais c'était faux. Certaines personnes en avaient besoin. Les deux femmes assises à cette table étaient de celles-là. En soit, elles se ressemblaient assez, toutes les deux.

La main fine de la flic effleure celle de son interlocutrice. Une seconde, à peine plus, en un geste d'affection qu'elle ne se permets pas avec tout le monde. Un soutien. Elle rajoute quelques mots.


- N'oublie pas de penser à toi. Mettre de côté ta réaction serait une erreur que tu paieras pendant des années.

Il y avait dans la voix de la Scandinave un accent de vérité crue, qui se mêlait aux sonorités que sa langue natale faisait naître à son anglais. Impossible de s'y tromper : elle savait de quoi elle parlait. Elle n'en ajouta pas plus sur le sujet, préférant continuer sur plus... optimiste.


- Tu t'en sortiras, oui. Tu sais que si je peux t'y aider...

La phrase est laissée en suspens. Sigrid était comme ça : elle terminait rarement ses propositions d'aide. Il y a tellement plus de force dans un mot suggéré... Mais impossible de ne pas comprendre. Si Dahlia avait besoin d'elle, elle serait là. Simplement. Comme elle s'efforçait de l'être, au quotidien.

Il y a un léger silence, et la jeune femme trempe ses lèvres dans le thé. La tasse devant son visage masque un peu la légère rougeur qui teinte ses joues. Connaissait-elle Matthew? Oui. Non? Elle savait qu'il avait été là pour elle. Comme elle essayait d'être là pour lui, pour Any et Lou aussi. Simplement là. Elle n'était pas très douée pour faire mieux.

- Je...

Son éloquence actuelle la désolait et elle secoua la tête.

- On se voit de temps en temps, oui. J'ai appris la plupart de ce que je sais par lui. Je crois que... qu'il gère à sa manière. Ils avaient une relation... compliquée.

Conflictuelle. Mais ça, Sigrid ne le dit pas. Principalement parce qu'elle est persuadée que son amie le sait parfaitement. Au delà de la tristesse, juste après la mort de son père, il y avait eu l'incompréhension. Pourquoi abandonner ses enfants, ses petites-filles, qu'il venait juste de retrouver. Mais il avait compris, à son tour. Et, au fil des jours, ça n'était plus à Perceval qu'il en avait voulu. Elle l'avait senti.

La rousse pose ses yeux trop bleus sur la jeune femme qui lui fait face, et à un léger sourire.


- Mais tu n'as pas à passer par moi, tu sais... Je ne suis... Nous ne sommes pas...

Ces phrases non plus, elle ne les terminent pas. Cette fois, c'est parce qu'elle ignore quels mots mettre après. Elle ne veut pas vraiment y penser. Ils sont amis, probablement. Autre chose? Peu probable. La flic ne peut empêcher une pointe de culpabilité dès qu'elle passe un moment avec la petite famille. L'impression de s'immiscer dans une vie qui n'est pas la sienne. De toucher un bonheur qu'elle ne mérite pas.

Pas le moment de réfléchir à ça. Elle en revient au sujet précédent.


- Matthew fait son deuil. Les petites aussi. Il va... mieux, je crois. Il a accepté.

Une pause. La vague impression de se mêler de ce qui ne la regarde pas. De trahir, un peu, la confiance que le père de famille a placé en elle.


- Il t'en parlerait mieux que moi.

Elle ne savait pas exactement quel type de relations ils avaient ou voulaient avoir. Et... ça ne la concernait finalement pas, en fait. Pas tant qu'ils n'avaient pas demandé son avis. Elle boit de nouveau, pour se donner une contenance, et profite du changement de sujet.

- Je suis un peu... hors du circuit "Arkadia" en ce moment. Tant que je n'ai pas repris le boulot, je ne suis pas très utile, en soit. Ceci dit, c'est pour bientôt...

Elle appréhendait, à dire vrai.

- Pour le moment, je suis un peu de loin. Mais je suis d'accord avec toi. Miranda Lockhart est celle qu'il faut à Arkadia, en ce moment. Elle fera du bon boulot.

Avec Dahlia, comme avec Alexis, Sigrid pouvait se permettre d'évoquer cette partie de sa vie professionnelle. Elle ne se le permettait pas avec tout le monde. Principalement qu'en dehors d'elles deux, à qui pourrait-elle en parler? Matthew n'était sans doute pas près. Pas encore.

- Le Concierge a l'air de l'apprécier. Et moi, je la trouve efficace. C'est tout ce qui compte, pour moi. Au delà de ça, elle a l'envie et les idéaux. Ce ne serait sans doute pas simple... mais elle saura gérer. Je lui fais confiance.

C'était beaucoup dire, dans la bouche d'une femme qui n'accordait sa confiance qu'assez rarement, qui restait aux aguets avec la plupart des gens. Oh, elle ne fermerait pas les yeux pour autant. Si elle constatait qu'Arkadia s'éloignait des principes auxquels elle avait souscrit en acceptant ce recrutement... elle partirait. La Suédoise était une femme d'honneur. C'était ce qui la perdait en général.

Un autre silence. Il n'est pas gênant. Mais Sigrid le brise tout de même.


- Je peux te poser une question?

Celle-ci est rhétorique, et elle continue.

- Tu as quelque chose contre Marisa?

Probablement. Et si tel était le cas, et même si c'était plus une affaire de famille qu'autre chose, elle aimerait pouvoir apporter son assistance.
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Lun 5 Nov 2018 - 17:09
Chacun gérait le deuil comme il le pouvait. Et comme il le voulait. Je ne souhaitais pas interférer dans la manière de faire de mes frères, de Miranda ou même de Sigrid. Mais tout de même, si je pouvais aider, je le faisais plus que volontiers. Une façon de ne pas trop penser à mon propre chagrin, sans doute. Et puis, quelque chose me disait que mon interlocutrice comprenait. Ses paroles le confirmèrent, et je lui répondis d'un petit sourire reconnaissant. De même, lorsqu'elle s'inquiéta pour moi, j'en fus particulièrement touchée. Je me sentais toutefois attristée de sentir que, derrière cette attention, il y avait une expérience certaine de la douleur et de la perte. Là, je pouvais également compatir. J'appréciai le bref contact de sa main, acquiesçant de la tête.

"Merci. Je sais que je ne suis pas toute seule, et que l'on veillera à ce que je ne parte pas en roue libre." Je la fixais, sachant qu'elle faisait partie de ces personnes, comme elle l'indiqua de suite. Ce fut à mon tour de passer brièvement ma main sur la mienne. Pas besoin qu'elle termine sa phrase pour répondre : "Et moi de même."

C'était normal. Nous traversions la même épreuve, bien que de manière différente. Et nous avions toutes les deux que ce ne serait pas la dernière que nous aurions à affronter. Mais pour l'heure, je profitais de la main tendue de la scandinave pour prendre des nouvelles de mon demi-frère. Je ne le connaissais pas encore suffisamment pour me permettre de le contacter, comme je l'aurais fait pour Léon. J'étais cependant un peu embarrassée d'avoir à demander une telle chose à Sigrid, consciente que j'empiétais sans doute sur sa vie privée. Raison pour laquelle je la laissais prendre son temps pour répondre, un sourire bienveillant sur les lèvres.

"J'avais cru comprendre, oui. La famille..." conclus-je avec un léger soupir. Mais notre Père avait essayé de se racheter. Il avait repris contact avec Matthew, les filles, et nous avais accueillis Léon et moi. Je me reconcentrais sur Sigrid, une expression douce sur le visage. "Je sais. Mais j'avoue que je ne le connais pas beaucoup, je ne voudrais pas le déranger..." Je fis une petite moue, un peu empruntée. Certainement qu'il m'en parlerait mieux, mais je n'osais pas trop l'aborder. Au moins, semblait-il gérer, c'était toujours ça. Je poussais un soupir. "J'aimerais pouvoir faire plus pour eux. Mais j'ai l'impression de ne pas faire partie du même monde. Même si je les adore, je ne suis pas certaine que mon... style de vie soit compatible."

En dehors de leur filiation avec Perceval, Matthew et les filles avaient une vie normale. Pas de meurtres, de missions, pas de violence. Du moins, pas celle que je connaissais. Léon et moi nous comprenions, et partagions plus, c'était une certitude. Et logique. Alors, avec notre demi-frère, je me sentais moins... à ma place. Ce qui ne m'empêchait pas de vouloir l'aider, bien au contraire. Mais bref, je n'avais pas non plus envie d'impliquer Sigrid dans une histoire personnelle.

Repartir sur le boulot était plus sûr. Du moins, pour des personnes comme nous deux. Je sentis la légère appréhension dans son ton, et la regardais avec attention.

"Je peux faire quelque chose pour t'aider ? Tu penses que ça pourrait être difficile, d'y retourner ?" Je tempérais avec un léger sourire. "Ce n'est pas plus mal, d'avoir un point de vue un peu extérieur. Ça me manque en ce moment."

Au moins, nous semblions partager une confiance totale en Miranda. Et c'était le cas de beaucoup dans Arkadia. De toute manière, les gens qui n'étaient pas d'accord seraient forcés de constater que la nouvelle directrice prouverait sa valeur bien assez vite. Et autrement, la porte les attendait. Ou autre, malheureusement. Le passage de témoin dans ce genre d'organisation se faisait rarement sans heurts et dommages collatéraux. Quoique, Percy avait dû tout faire pour rendre le tout le plus fluide possible. Repenser à la minutie avec laquelle il avait tout planifié, y compris sa propre mort, me serra le cœur un instant.

"Nous sommes d'accord. Elle saura apporter ce qu'il faut à Arkadia. Et même plus, je le pense."

Il fallait trouver du positif où l'on pouvait. Mais un peu de sang vrai, de manière générale, était une assez bonne chose. Et le fait que de nombreuses personnes de confiance et compétentes croient en elle était un très bon indicateur. Il n'y avait pas d'inquiétude à avoir à ce niveau.

A sa question, je me concentrai à nouveau, hochant la tête, plus sérieuse.

"Bien sûr. Je t'écoute." Je m'y étais un peu attendu, à dire vrai. J'esquissai un léger sourire, plus pour le soutien implicite derrière la demande que pour le sujet en lui-même. "Pas grand-chose pour le moment... Ou du moins, rien qui ne nous tue directement, les filles, mes frères et moi."

C'était sans doute le plus frustrant de toute cette histoire. Certes, Marisa ne pouvait plus s'en prendre à nous directement. Mais l'inverse était aussi vrai. Et trouver une solution à cette... malédiction était évidemment très compliqué. Je maudissais tellement mon père et son plan parfait, parfois...

"Je crois que nous devons passer par la magie par y parvenir. La battre sur son propre terrain. J'ai... quelques pistes."

Je fis une pause. Aider Nikky à renverser la vieille peau pouvait m'être utile, même si une sorcière de plus contre Marisa pouvait aussi être un avantage. Quoi qu'il en soit, l'apprentissage de la magie était complexe, mais j'avais une raison de plus de m'y atteler. Je levai à nouveau la tête pour croiser le regard bleu de mon interlocutrice.

"Tu connais quelque chose à ce sujet ?"

Cela avait été plutôt une surprise, de voir que la magie et la sorcellerie étaient plus répandues que je ne le pensais. Et surtout, plus effectives. Mais quelque part, j'aurais dû m'en douter. Le pouvoir des femmes, ce ne pouvait être qu'une chose qui me plairait.

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Jeu 22 Nov 2018 - 0:19
Un sourire. Doux. Que pouvait-elle rajouter d'autre?
Sigrid n'était pas spécialement une personne que l'on aimait avoir près de soi dans les temps difficiles. Enfin, certaines personnes. Elle ne savait jamais quoi dire et s'arrangeait toujours pour ne pas avoir à prononcer de banalités, véritables insultes à son mode de communication franc - beaucoup trop. Quand elle n'avait rien à dire, elle se taisait, la plupart du temps. Ça en faisait une collaboratrice efficace pour un lendemain de cuite ou une volonté de travail bien fait, mais ça ne la plaçait pas bien haut sur l'échelle de l'amitié.
Heureusement, il existait quelques personnes que son caractère ne dérangeait pas. Mieux, qui la comprenait, et ne lui demandaient pas de changer quoi que ce soit, parce que ça aurait été la changer elle. Et dans ces personnes-là, un groupe, plus réduit, composé de gens qui la comprenaient même quand elle ne parlait pas. Par chance, Dahlia en faisait partie.

Elle plisse le nez lorsqu'il est question de la famille de Matthew.


- Ils doivent faire leur deuil, eux aussi. A part être présente s'ils te le demande, le proposer peut-être... Il n'y a pas grand chose.

La flic comprenait le "mode de vie incompatible". Il était impensable que Matthew n'ait pas compris qu'elle était l'un des agents d'Arkadia. Mais ils n'en avaient pas reparlé, et ce, même s'ils s'étaient d'une certaine manière assez rapprochés, depuis cette Exposition qui avait mal tournés. Ils étaient amis. Mais des amis qui évitaient, semblerait-il avec soin, un certain sujet qui pourrait mener à un désaccord assez profond. Enfin. En un sens, maintenant que Perceval était mort, peut-être que le médecin reverrait les à-priori qu'il semblait avoir sur l'organisation de son père. Peut-être... Peut-être pas. Difficile à dire, à vrai dire.

- Je comprends. Je me suis parfois dit pareil.

Cela ne l'avait pas empêché de continuer à voir le jeune papa. Même si dans sa tête, elle n'arrivait pas à faire taire la petite voix qui lui chuchotait qu'elle ferait mieux de s'éloigner, de le laisser à sa vie, de ne pas s'impliquer ou le laisser s'impliquer dans la sienne.

- Mais si tu crois que c'est important, essaie de le contacter. Cela vous... rapprocherait peut-être. Et puis. Les filles t'aiment beaucoup.

Une pause, et son amie lui demande s'il y a quelque chose qu'elle pourrait faire.

- Je... je ne sais pas. Je crois que...

Qu'on allait la regarder différement. Qu'elle serait désormais celle qui avait dû prendre un congé psychologique de cinq mois à cause d'une agression. Celle qui avait failli mourir et qui n'avait pas été capable de surmonter ses peurs. Elle avait peur d'être jugée. Peur qu'on la croit faible. Qu'on ne lui fasse plus confiance. Peur de n'être reléguée qu'à un travail de routine, entre contraventions et chiens écrasés. La Scandinave était ambitieuse : et si son agression et la réaction malheureuse qu'elle avait eue avaient bombardé toutes ses chances de promotions, ou même l'estime que ses collègue aurait pu avoir dans son travail, elle s'en voudrait. Eternellement. Elle n'était déjà pas fière de la manière dont elle avait géré la chose. Elle aurait voulu être plus forte. Sortir de l'hôpital et reprendre du service directement. Montrer que rien ne l'avait atteinte, même si cela aurait été un mensonge. Mais ce type qui avait failli la tuer avait fait remonter bien des choses qu'elle avait enfouies il y a bien longtemps... Et elle n'avait eu d'autres choix que de les affronter.


- Je pense que moi, je suis prête, maintenant. J'ai juste peur que ça ait changé quelque chose, vis-à-vis des autres.

Cela, elle ne l'avait pas encore avoué à voix haute. Dahlia était la première à qui elle se confessait.

- Et si on ne me confiait plus jamais de responsabilités? Que ça soit à Scotland Yard, ou à Arkadia. Je ne veux pas que mon histoire me desserve.

Elle s'était suffisamment battue contre ça. Ne pas laisser sa vie personnelle interférer. Ne pas laisser voir aux gens qu'elle avait des blessures mal cicatrisés. Que derrière ses réparties cinglantes, c'est juste qu'elle s'empêchait de montrer quoique ce soit qui pourrait être interprété comme une faiblesse.

Pour cacher son léger malaise face à l'aveu qu'elle vient de faire, elle tend la main vers la théière, et complète sa tasse, en profitant pour proposer à sa compagne de survie de la resservir à son tour.

Mais ses yeux brillent et oublie ce qui vient de se passer quand son amie lui parle de Marisa. Elle comprenait la frustration. L'impossibilité de se venger. Mais pour ce qui était de la magie...


- Rien du tout, désolée. Enfin...

Il y avait bien une piste, minuscule. Lovisa Håkansson. La grand-mère d'Axel. Une vieille femme qui allait sur ses 85 ans, que sa famille pensait un peu folle. Sigrid l'avait rencontré plus d'une fois, lorsque qu'elle fréquentait encore son petit-fils. Même : l'on disait que Lovisa, habituellement bourrue avec tout le monde, et surtout avec les petites amies de ses petits-fils, avait une relation étrangement cordiale avec la jeune infirmière. Cela avait probablement à voir avec le fait que la rouquine la considérait comme tout à fait saine d'esprit, et, contrairement aux autres, prenait le temps d'écouter ce qu'elle avait à dire.

Lovisa était une femme passionnante. Versée dans la médecine naturelle... et probablement plus que ça. En plaisantant, elle se disait sorcière. Sigrid, au fond d'elle, avait toujours pensé qu'il y avait là plus que de l'humour. Mais baser des recherches sur une supposition? Elle n'avait pas parlé à Lovisa depuis trois ans.


- J'ai... C'est loin d'être une idée parfaite, presque pas une idée du tout mais... Il y a cette femme, sur l'Arche Scandinave. Je ne sais même pas si elle est vraiment sorcière, mais elle fabriquait des charmes protecteurs et des remèdes. Peut-être que...

La flic se tut. Elle n'avait pas pensé à Lovisa depuis un moment.

- C'est sans doute idiot hein. Je ne sais même pas si elle accepterait de me parler. J'ai sans doute plus de chance en demandant à mon indic si elle a entendu parler de quelque chose. Elle fait plus dans les infos sur les petites frappes du coin, mais qui sait. Elle trouvera peut-être quelque chose. Quelqu'un.
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Sam 12 Jan 2019 - 19:41
On ne tournait pas autour du pot, c’était le moins que l’on puisse dire. Mais c’était tellement essentiel pour quelqu’un comme moi qui vivais en permanence dans les faux-semblants. D’avoir des moments où simplement dire les choses, et –plus important encore-, de savoir que je serais comprise. Je ne me leurrais pas sur ce que je faisais, et j’étais loin d’être une sainte. Certaines personnes ne pouvaient l’accepter, et c’était compréhensible. Mais pas Sigrid. Car pour ça, elle était comme moi. Et c’était pourquoi je savais que je pouvais me tourner vers elle, tout comme la réciprocité lui était offerte naturellement.

Je secouais doucement la tête, et soupirai en affichant un fin sourire. Ses paroles étaient sages et logiques, mais c’était le genre d’évidences qu’on ne pouvait réaliser que dans la bouche de quelqu’un d’autre. Quelqu’un que je respectais assez pour que cela passe par-delà mon entêtement parfois borné.

"En effet. Il n’y a rien d’autre. Je déteste juste me sentir aussi impuissante…" J’avais appris à réagir, à me défendre, à sortir les griffes. Choses complètement inutiles à présent qu’il fallait laisser le temps faire son œuvre. C’était toutefois rassurant de voir que mon interlocutrice partageait les mêmes problèmes, dans un contexte sans doute un peu différents, mais néanmoins assez semblables. Et toujours cette même manière de réagir… Avancer, quoi qu’il arrive… Je méditais ses paroles un instant, avant d’acquiescer doucement. "Je suppose que ça ne risque rien d’essayer. Et j’ai du plaisir à voir mes nièces."

Cette pensée illumina un peu plus mon visage, l’espace d’un instant. Les filles avaient aussi été une grande source de bonheur pour Leon et Rose ces derniers mois. Et elles avaient d’autant plus besoin de leur famille, maintenant que l’un de nous n’était plus. Tout comme Sigrid pouvait recevoir une quelconque aide, si elle le désirait. Je lui laissais le temps qu’il lui fallait pour trouver ses mots, patiente et encourageant. J’étais témoin de la réflexion dans son regard, et, sans en connaître les détails, j’en compris le cheminement. Familier. Je lui pris doucement la main pour la serrer, sans la quitter des yeux.

"Fais tes preuves. Tu en es capables, peu importe ce que pense les autres. Agis et avance comme tu le sens, selon comment tu le veux. Personne n’a à se mettre sur ton chemin, et l’avis de personne d’autre que le tiens ne compte. Les personnes compétentes sauront reconnaître tes capacités. Les autres regretteront de ne pas avoir su le faire." Mon regard s’adoucit un peu plus. "Et tu ne seras pas seule dans ces épreuves. Tu as des gens sur qui compter."

Avancer. Mais pas dans la solitude. C’était plus facile à dire qu’à faire, mais Sigrid était de cette trempe-là. Celle dont on forge les épaules les plus solides, les esprits les plus affûtés, les coups les plus précis. Elle n’avait pas à avoir honte de sa faiblesse, mais l’embrasser entièrement pour mieux en faire une force. Avancer, encore et toujours.

Comme je comptais avancer.

J’avais une piste. Une idée. Un filon à suivre. Il semblait improbable, impossible, mais le seul qui tienne la route. Alors j’étais prête à me jeter dedans à corps perdu. Peu importe le temps que cela allait prendre. Et si je n’avais que des miettes à me mettre sous la dent pour le moment. Il fallait bien débuter quelque part. La négation de mon interlocutrice se transforma cependant en possibilité. J’attendis, retenant sans m’en rendre compte mon souffle, pendue à ses lèvres. Jusqu’à ce qu’une lueur d’intérêt ne s’allume dans mes yeux.

"C’est une idée tout de même." Mon esprit tourna plusieurs fois, et je reportai à nouveau mon attention sur la scandinave. "Tu peux m’en dire plus sur « elle » ? C’est une personne fiable ? Et, si tu préfères ne pas te compromettre, je peux la contacter moi…"

Mon visage s’adoucit à nouveau quelques instants pour lui sourire. Elle n’avait pas à me suivre, si tel n’était pas son envie. Toutefois…

"De ce que j’ai compris, la magie se pratique en solitaire ou en groupe. Mais, bien évidemment, plus on est, plus on est puissantes. Et c’est ça dont j’aurais le plus besoin, de gens à mes côtés…" Je le regardais un moment, faisant une pause, avant de lui demander franchement : "Tu n’as jamais essayé de t’y mettre ? A la magie ?"

Le dire était moins étrange que je le pensais. Preuve que mon parcours avait peut-être plus avancé que ce que je pensais.
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Dim 27 Jan 2019 - 18:18
- On déteste tous ça. Voir les gens à qui l'on tient souffrir, et ne rien pouvoir faire. Quand l'ennemi est impalpable, il n'y a que ta présence que tu peux offrir.

C'était différent quand la cause de la souffrance était quelque chose sur quoi l'on pouvait agir. Mais c'était plus rare. Sigrid pensait pourtant que son amie aurait préféré que le deuil et la douleur soient des personnes de chair et d'os. Elle aurait pu les précipiter du haut d'une arche, et tout serait terminé. Mais les choses ne sont pas aussi simples. Rarement, en tous cas. La flic se sentait comme un pseudo sage de film. A prononcer des paroles philosophiques vides de sens, alors qu'elle-même se débattait avec son inaction.

La sensation de mains qui enserraient la sienne lui fit chaud au cœur. Et les mots prononcés par Dahlia, d'autant plus. Cela lui confirmait qu'il fallait qu'elle continue d'avancer comme elle l'avait toujours fait, un pieds devant l'autre, les yeux fixés sur ses objectifs sans se soucier de ce que les gens autour pourraient dire. Peut-être qu'elle se faisait des films. Doherty allait probablement réagir comme un con, mais Doherty était un con. Elle avait l'habitude, en soi. Alors il ne fallait pas qu'elle le laisse la déstabiliser sur ce sujet en particulier, comme elle ne le laissait pas la déstabiliser sur les autres sujets.

Cette rencontre avec le Mat, il fallait qu'elle l'envisage d'une manière différente. Changer son point de vue. Transformer un "j'ai failli mourir" en un "j'ai survécu". Elle allait rentrer dans son bureau, s'asseoir à sa chaise et commencer à le chercher, ce fou dont elle ne savait rien, ou presque.


- Merci.

Un murmure. Rien de plus. Rien n'était vraiment nécessaire à rajouter, entre elles. Et le sujet changea, parce qu'elles avaient fait le tour des précédents. Marisa. La mettre hors-jeu. Sigrid vit une lueur s'allumer dans le regard de son amie lorsqu'elle ouvrit la porte des possibilités. Un peut-être, aussi incertain soit-il, c'était toujours mieux que rien du tout. La flic rassemble ses pensées.


- Elle s'appelle Lovisa. Lovisa Håkansson. Elle vit dans le Norrland, ce qu'il en reste. Comme je t'ai dit, elle fabrique des charmes de protection. Sa famille la prends pour une gentille allumée, mais j'ai toujours pensé qu'il y avait plus que ça.

Elle porte la main à sa nuque et tire sur une cordon de cuir fin, jusqu'à remonter un pendentif de pierre bleue pâle veinée de noire. Elle le retire et le pose devant elle.

- Elle m'a offert ça, autrefois. M'a dit qu'elle me protégerait contre le mal. Au départ, la pierre -j'ignore de quoi il s'agit- était bleue. Les vaisseaux noirs sont apparus au fur et à mesure. Et en février, quand j'ai été agressée... Elle en montre un en particulier, du bout de l'ongle. Celui-ci a triplé de longueur. Je t'avoue que j'ai du coup tendance à la penser un peu plus mystique qu'elle ne voudrait le laisser croire.

Red glisse un regard à son amie, et passe de nouveau le cordon autour de son cou, le laissant disparaître sous le tissu de sa robe.


- Je la pense fiable, oui. Si c'est une sorcière, c'est une solitaire. Je ne sais pas si elle s'impliquerait. Mais je peux la contacter. Il vaut mieux que ça soit moi.

Un vague sourire.

- C'est la grand-mère de mon ex. Je crois qu'elle prendrait mal le fait qu'une inconnue la contacte de ma part. Je... je te tiendrais au courant.

La question suivante lui fait hausser un sourcil, et elle garde le silence un instant. Méditant sur le fait que le monde était un monde ou aujourd'hui, l'on pouvait prononcer ces mots sans paraître dingue. La magie... Cette mysticité était tellement éloignée de qui elle était. Pragmatique. A compter sur son corps et ses réflexions uniquement. Même son don était somme toute plutôt terre-à-terre et renforçait son corps, plutôt que lui donner accès a des capacités psychiques. C'était mieux ainsi.


- Non. Jamais. Je n'ai jamais voulu compter sur autre chose que moi-même. Et puis... je n'ai jamais eu de raison de m'y intéresser, simplement. J'ai toujours eu à combattre des ennemis que je pouvais défaire par la force ou la ruse. Je n'avais jamais rencontré... quelque chose comme Marisa auparavant.

Quelque chose oui. Pour Sigrid, les actions de Marisa lui retiraient le statut d'être humain. Ce qui rendait d'autant plus urgente son éradication.


- Tu pratiques?
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