The new boss and the first son [Lohen]

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Mar 17 Avr 2018 - 10:58
Dans le bureau qu'occupait Perceval Rose de son vivant à bord du Balance's Point, une grande baie vitrée permettait de contempler la ville en contrebas. Il aimait à dire que c'était un moyen de le rappeler à la réalité, qu'il ne fallait pas perdre de vue le monde qu'on essayait de sauver. Pour le bien que ça lui avait fait, songeait aigrement Miranda Lockhart. Le monde ne saurait jamais pourquoi il était mort, et il allait continuer de tourner sans lui. Pour le meilleur et pour le pire. Depuis qu'elle avait hérité de toute l'affaire, elle avait décidé de faire les choses différemment. Déjà parce qu'elle n'était pas encore sûre d'avoir réalisé que le travail était sien. Elle n'était pas sûre d'en vouloir. Elle n'était sûre de rien, à vrai dire. Quelques jours à peine avaient passé, les funérailles n'avaient pas encore eu lieu, et elle s'attendait encore à tout moment à ce que le patron déboule au détour d'une coursive, ou l'appelle pour une nouvelle mission. Elle avait encore bien de la peine à accepter cette nouvelle réalité. Personne ne lui avait laissé le choix, Percy encore moins. Il avait choisi de disparaître, et il lui avait laissé Arkadia. La jeune femme n'arrivait pas encore à s'en convaincre. Elle n'avait pas l'étoffe d'un leader, elle s'était toujours attendue à ce que le rôle revienne à Andrea Antonov, si quelque chose devait arriver. Voilà encore autre chose : les sœurs du patron. Comment était-elle censée travailler avec elles, après ce qu'elles avaient fait ? Ou, plutôt, ce qu'elles n'avaient pas fait... Et tout le monde agissait comme si c'était normal ! Le Concierge était venu discuter des dossiers en cours, et tous les autres directeurs l'avaient assurée de son soutien. De même que Sveda, qui l'avait contactée, et la plupart des autres contacts du patron. Et Matthew.

Miranda ne savait pas non plus comment gérer cette situation. Elle se demandait déjà comment agir avec Dahlia, une de ses premières et seules amies. Matthew, elle le connaissait à peine. Pour lui, elle était le bras droit de son père, la femme qui l'accompagnait presque tout le temps et ne disait pas grand chose. Ce n'est pas comme s'ils avaient un jour une réelle conversation. Elle savait que les deux Rose avaient une relation terriblement compliquée, mais cela ne changeait rien à cet unique détail : elle était celle qui avait failli. Elle n'avait pas pu protéger son père. Elle n'avait pas une mémoire parfaite, mais il lui suffisait de fermer les yeux pour revoir toute la scène, derrière le champ de force. Elle n'avait rien pu faire. On ne l'avait pas laissée faire. En réalité, elle était au moins sûre d'une chose : elle allait tuer Marisa Coulter. Elle ne savait pas encore ni comment, d'autant qu'il ne fallait pas s'y attaquer avant d'avoir résolu les problèmes de sa protection. Mais c'était un fait. Et si d'autres y prétendaient...et bien, il allait falloir faire la queue.

Assise à son nouveau bureau, elle s'adonnait à l'acte ancestral de faire rebondir une balle contre la cloison. Il y avait déjà un creux dans le métal là où elle visait : évacuer tout ce stress n'était pas facile... Quitte à faire les choses différemment, elle remplissait son office dans une nouvelle location. Elle n'aurait jamais pu occuper le bureau de Percy, et elle n'avait pas besoin de contempler la ville pour s'ancrer dans la réalité. Elle voyait les choses autrement. Son bureau se trouvait à côté de la salle des machines, dans les profondeur de l'aéronef. La pièce était insonorisée, mais cela ne suffisait pas pour totalement supprimer les grondements et les vibrations des pistons et des moteurs. C'était comme ça, au cœur d'un travail qui ne s'arrêtait jamais, qu'elle se sentait le plus à l'aise. Elle n'était pas entourée d'artefacts et de meubles anciens chargés de livres qui l'étaient tout autant. Elle n'avait pas de bibelots, ni de souvenirs. Rien qui témoignait de sa vie en-dehors d'Arkadia. Tout était moderne, fonctionnel, neuf. Il fallait bien commencer quelque part. Un bip sur le boîtier de son téléphone l'averti que son rendez-vous était là. Matthew. Elle prit le temps de respirer, avant de poser la balle sur son bureau, seul élément réellement personnel dans la pièce. Ramenant ses cheveux en arrière, elle resserra le col de son chemiser blanc. Puis elle se leva pour aller elle-même ouvrir la porte, invitant l'homme à entrer :

« Bonjour Matthew. Prenez place. » Elle lui indiqua une chaise, simple mais confortable. Puis elle retourna s'asseoir. « Qu'est-ce que je peux faire pour vous? » Puis, rapidement, comme si elle mettait encore de l'ordre dans ses idées -elle n'était vraiment pas douée pour ça- elle ajouta, sincère : « Pardon. Comment...comment allez-vous ? Comment vont les filles ? »
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Dim 29 Avr 2018 - 13:41
Pour la troisième fois de sa vie, Matthew arpentait le pont du Balance Point, guidée par une jeune femme polie mais distante, et la même sensation d'incertitude au creux de ses entrailles. Pour la première fois, en revanche, il n'y venait pas y rencontrer Perceval Rose.

La disparition de ce dernier était encore difficile à admettre. Trois jours seulement s'étaient écoulés depuis sa mort et pourtant, il y avait eu tant à faire, que cela lui semblait être une éternité. A vrai dire, les nuits sans sommeils faisait apparaître les journées interminables.
Les funérailles n'avaient pas encore eu lieu, et en dépit des préparations qu'elles requéraient Lohen avait sollicité un entretient avec l'ex-bras droit de feu son père. Miranda Lockhart ne le lui avait pas refusé, ce qui expliquait sa présence en ces lieux si profondément attachés aux souvenirs de son géniteur.
Avec ou sans son Directeur, l'âme du vaisseau semblait inchangée. Infailliblement à son poste, prêt à l'action. C'était une sensation étrange que de constaté que leur monde s'était écroulé et que pourtant, tout le reste continuait son cours, comme si de rien n'était. L'homme mourrait, son œuvre demeurait.

Alors qu'il suivait l'hôtesse qui l'avait accueilli et qui l'accompagnait à présent à travers le dédale de l'aéronef, le jeune homme savait qu'on ne le conduisait pas dans le bureau de celui qui avait mils cette agence sur pied. Non, ils descendaient assurément dans les entrailles du vaisseau et à mesure qu'ils descendaient, Matthew avait l'impression légèrement oppressante de s'enfoncer dans les entrailles d'une bête endormie et ronronnante.
La jeune femme frappa quelques coups secs à une porte qui ne prédisait rien sur ce qu'elle cachait et elle s'inclina respectueusement avait de laisser le jeune homme seul, face à cette porte qui ne tarda pas à s'ouvrir sur celle qui devait le recevoir.

Miss Lockhart l'invita à entrer et le médecin s'exécuta en silence. Son regard parcouru la pièce dénuée de tout superflu, loin de ce qu'avait été le bureau de Rose. Elle correspondait sans trop de surprise à l'image qu'il se faisait de l'agent alpha. Simple et efficace. Il s’exécuta en prenant place sur l'une des deux chaises qui faisait face au bureau dont l'agencement était uniquement pratique.
Il ne se vexa nullement de son entrée en matière des plus, alors qu'elle s'enquérait sans détour des raisons de sa visite. Lohen l'excusa d'un petit sourire poli. Elle-même semblait peu à l'aise dans les nouvelles fonctions qui lui étaient échues sans qu'elle ne l'ait vraiment voulu. Du moins, pas dans ces circonstances. Ils savait que ces façon de faire dénotaient davantage d'un manque d'assurance vis-à-vis de la communication que d'un manque d'empathie.
Le jeune père n'était pas certain de la réponse qu'il souhaitait fournir à cette dernière question. En vérité, il ne se la posait pas, de peur de ce qui pourrait en ressortir, en ce qui concernait les filles, elles étaient fortement perturbées.

Leur expliquer la situation avait probablement été le plus pénible dans tout ce qu'avait engendrer la mort de Perceval. En outre, Lohen n'aurait jamais la certitude qu'il s'y était correctement pris et qu'elles arriveraient à faire correctement leur deuil. Entouré de toute la famille, Matthew avait été secondé par Andrea, qui avait été la plus à même de trouver les mots justes. Anny avait été en mesure de comprendre et probablement avait-elle été la plus ébahie, la plus touchée sur le moment. Elle avait fondu en larme en se réfugiant, muette, dans les bras de sa tante. Lou, en revanche, bien qu'elle comprenait le concept de la mort, avait encore du mal à en saisir toutes les subtilités. Ayant perdue sa maman bébé, elle n'avait pas vu, sur le moment, beaucoup d'inconvénients à ce que son papy aille la rejoindre au ciel. Cependant, elle n'arrivait pas à comprendre les raisons qui poussaient les gens à partir sans prévenir, sans raison et sans au revoir. Et si, sur le moment, elle s'était trouvée triste mais pas particulièrement déstabilisée, quelques jours de réflexions dans sa petite tête blonde avaient été plus dévastateur que tout le reste.

En ce sens, le jeune père n'avait pour ainsi dire, pas dormi depuis que son père s'était donné la mort à travers le bras de sa mère. Les rares heures de sommeil avaient été troublées par des cauchemars hantés par le rire sadique de Marisa et ses cris de rages. Par son père, un trou net entre les deux yeux, lui expliquant le plus sereinement du monde que tout cela n'était qu'un plan soigneusement élaboré par ses soins. Et il se réveillait la plupart du temps, en sursaut, si ce n'était par les pleurs de sa cadette qui venait jusque dans sa chambre, se glissant entre les draps et se blottissant contre lui, en lui demandant, entre deux sanglots, si lui aussi, il allait mourir un jour, ou pour lui faire promettre qu'il serait toujours là à son réveil.
Il passait alors de longues minutes à la rassurer, à sécher ses larmes, et à lui assurer que les gens ne partait pas ainsi, sans raison et qu'il ne fallait pas qu'elle ait peur. Il la laissait alors s'endormir a ses côtés et passait le reste de la nuit à fixer le plafond.

-Elles sont... perturbées. Répondit-il finalement dans un soupir. Lou, plus que la grande. Il leur faudra du temps, mais je leur fais confiance. Et vous ? Demanda-t-il finalement, non pas dans un simple retour de politesse. Il savait à quel point la jeune femme était liée à son père.

Puis, répondant à sa première question, il aborda le sujet sans détour.

-Si je suis venue vous voir, c'est parce que j'ai besoin de savoir ce qui va se passer maintenant. Pour Arkadia. Mais surtout pour Marisa. Ou Carla Stone, ou peu importe le nom qu'elle porte à présent. Qu'est-ce qu'on l'on peut faire contre elle, comment...

Lohen avait encore du mal à formuler le terme de vengeance envers sa propre génitrice, pourtant, il ne pouvait concevoir l'idée de ne pas chercher à arrêter la folie de cette femme.
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Lun 7 Mai 2018 - 12:05
La légère vibration des cloisons avait quelque chose de rassurant, de même que le grondement étouffé de la salle des machines. Il n'y avait pas besoin d'élever la voix pour se faire entendre, les sons étaient diffus, et leur présence constante finissait par se trouver une petite place dans un coin de votre esprit, à la manière d'un chat ronronnant qui somnolait sur vos genoux. Dès que l'on passait quelques jours à bord d'un vaisseau, il donnait inévitablement l'impression d'être vivant ; les grincements et les craquements étaient comme une respiration puissante qui enveloppait ceux qui déambulaient dans les coursives. On étaient abrités par quelque chose de plus grande, une entité robuste entre soi-même et le reste du monde. Pour Miranda, le Balance Point était tout ça et bien plus encore. Elle comprenait pourquoi Percy en avait fait le siège d'Arkadia. Elle était étonnée de réaliser qu'il ne lui était pas difficile de s'y retrouver après la disparition du patron. Il en allait de même concernant les affaires courantes : elle s'y réfugiait comme on se réfugie dans ses habitudes. Et Percy avait réussi à atteindre un des buts qu'il s'était fixé : l'organisation était tellement bien huilée que ses rouages continuaient de tourner tout seul malgré sa mort. C'était ce qu'il avait toujours voulu, qu'elle puisse lui survivre quoi qu'il arrive. Pour le reste, cela allait dépendre d'un certain agent....non, d'une certaine directrice Lockhart. Elle n'avait pas encore décidé si elle se sentait honorée ou la victime d'une mauvaise blague...

« Si jeunes, et déjà tellement d'épreuves... On s'endurcit vit à leur âge, mais à quel prix ? Si ça ne tenait qu'à moi...aucun enfant ne devrait avoir à traverser ça. Si vous deviez avoir besoin de quoi que ce soit pour elles, Matthew, n'hésitez pas. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour les protéger. » Roan était toujours avec elles, bien sûr. Perdre Percy avait été un coup dur pour le taciturne garde du corps, elle pouvait le voir. Il avait réagi en transférant toute sa loyauté sur les fillettes, et il était d'une grande douceur avec elle. Il mourrait avant qu'on ne touche à un seul de leurs cheveux.

« Je vais... Pour être honnête, je ne sais pas trop comment je vais. Je fonctionne, surtout. Rien de tel que le travail pour éviter de penser. Je suis... en colère, en fait. Ce qu'il a fait... J'ai beau comprendre pourquoi, je crois que je ne suis pas encore prête à lui pardonner. Mais Arkadia doit continuer, alors je me concentre là-dessus. Et vous, Matthew ? Comment allez-vous ? »

Si c'était difficile pour elle, cela devait l'être encore plus pour l'aîné de Percy. Elle savait à quel point leur relation était compliquée. Ils venaient à peine de se retrouver, et voilà que le père disparaissait à nouveaux. Aux mains de la mère, pour couronner le tout. Il y aurait eu de quoi écrire une telenovela pour les annales, si la situation n'avait pas été aussi terriblement réelle. Elle se laissa aller contre le dossier de sa chaise, croisant les doigts devant elle. Miranda s'était attendue aux questions de Matthew, mais elle ne savait pas encore comment y répondre.

« Pour Arkadia... La boutique continue de tourner. Le patron s'est assuré qu'elle puisse le faire sans lui. C'est l'idée plus que l'homme qui compte. Je ne compte par révolutionner l'organisation, mais je pense qu'il s'attendait à ce que j'y impose ma marque. Nos ressources sont dirigées sur Mesa, évidemment. Soyez assuré que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour trouver comment les atteindre. Comme l'atteindre, elle. Mais... » Et c'était là que ça devenait vraiment incertain. « Tant que nous n'aurons pas trouvé comment briser le sort qui vous unit à votre...à cette femme, s'en prendre directement à elle sera trop risqué. Pour vous, pour Anny et Lou, pour Dahlia et Leon. Je n'ai qu'une envie : faire irruption dans les locaux de Mesa et lui briser la nuque. »

Elle s'interrompit soudain ; les mots avaient jailli sans prévenir, teintés de sa colère. Mais Marisa était toujours la mère de Matthew, et entendre ces mots ne devait pas arranger la situation. La complexité des sentiments en jeu était indéfinissable, c'était la seule chose dont Miranda était certaine.

« Ce que je veux dire... C'est que je n'oublie pas, et que je vais m'y dédier corps et âme. En attendant...le sort de Percy protège sa famille dans l'autre sens. Ce qui nous permet de gagner du temps. »
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Mer 23 Mai 2018 - 11:24
Dans ce bureau, assis face à la nouvelle directrice, Lohen se rendait compte que, pour la première fois, il observait avec attention son interlocutrice. Pour la première fois depuis leur quelques rencontres succinctes, il la voyait comme la jeune femme qu'elle était vraiment, et non pas comme l'ombre efficace et discrète de Perceval Rose.
Elle avait certes alors l'aura de ces individus déterminés et capable, dissimulant avec aisance derrière leur calme tranquillité et leur douce physionomie des capacités redoutables, mais elle n'en demeurait pas moins le bras droit de Rose et, s'était toujours comportée comme tel lors des quelques entretiens entre père et fils. Jeune femme polie et effacée, insondable. Même lors de cette dernière journée à l'issue fatale, elle était restée en retrait, comme si elle n'avait voulu interférer entre les membres de la famille.
Pourtant, plus que quiconque autour de cette table ce soir là, elle avait connu Perceval Rose comme personne. Il lui avait donné bien plus qu'à n'importe quel de ses enfants, partagé avec elle plus qu'il ne l'avait jamais fait avec son aîné, elle l'avait mieux connu que son fils ne le connaîtrait lui-même jamais. Elle avait eu quelque chose de particulier avec l'ancien Directeur, quelque chose qui la liait à cet homme probablement jusque dans la douleur de sa disparition. Au final, il n'avait épargné personne de sa trahison.

A présent cependant, il la voyait sous un jour nouveau. Elle lui apparaissait légèrement plus jeune que dans ses souvenirs. Il se demanda qu'elle âge elle pouvait bien avoir mais doutait qu'elle ait passé la trentaine. Elle était d'une beauté froide et stricte, sa voix était légèrement plus grave que ce à quoi l'on aurait pu s'attendre et son ton était posé, bien qu'elle semblait encore chercher ses marques dans cette discussions. On sentait le manque de naturel dans ce genre d'échange, la nervosité de ses mots, là où Rose excellait pour la parlotte. Elle s'était rendue compte de la certaine brusquerie dont elle avait fait preuve mais compensait, se forçait à se montrer.... plus humaine, moins... conditionnée. Il semblait au médecin que la jeune femme devait désapprendre petit à petit des automatismes de conditionnement pour apprendre, ou réapprendre à devenir elle-même. Elle se débrouillait très bien.

-Merci, répondit seulement le jeune père avec un hochement de tête empli de gratitude lorsqu'elle l'assura de sa sollicitude.

La loyauté de cette femme envers sa famille semblait sans faille. Matthew avait du mal à comprendre cet attachement presque inconditionnel à la famille de l'ex Directeur. Il en avait été de même pour Roan, qui s'était immédiatement pris d'amitié pour les filles et réciproquement. Il n'avait jamais discuté, jamais douté, jamais remis en cause. Il s'était contenté d'une fidélité à tout épreuve. Cette loyauté découlait directement de celle qui avait porté à Perceval, ne faisait que l'étendre à ceux de son sang. Pourtant, il semblait au jeune père qu'il n'avait jamais rien fait pour la mériter. Il lui semblait être un homme très différent de son géniteur et ni Miranda ni Roan ne semblait pour autant questionner leur engagement. Qu'avait bien pu faire son père pour obtenir d'eux une telle fidélité, même jusque dans la mort ?

Mais son questionnement demeurerait en suspens.

Lockhart tenta de répondre à sa question, avouant sans détour son état d'esprit et Lohen hochait doucement du chef pour lui signifier qu'il comprenait plus qu'elle ne l'imaginait. Les sourcils légèrement froncés, les lèvres pincés dans un petit sourire triste, il aurait voulu avoir des mots pour l'apaiser mais il lui semblait que rien qu'il ne puisse dire pourrait être suffisant. Lorsqu'elle lui retourna la question, il sembla hésiter, mais elle l'avait payé de son honnêteté, aussi, il n'imaginait pas lui rendre autre chose que la pareille :

-Je crois que ça va. Je... je crois qu'au final je n'attendais rien d'autre de mon père qu'une nouvelle trahison. Le jeune homme soupira, le regard perdu dans le vide. Tout ce qu'il a promis aux filles et à moi n'était que de la poudre aux yeux, j'ai voulu y croire, mais je crois qu'au fond, je savais que ça finirait avec une nouvelle déception de beaucoup de douleur, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même d'avoir été aussi stupide de l'avoir à nouveau laissé entrer dans nos vies. Mais le plus dur est pour Anny et Lou... elles étaient si heureuses... il laissa s’installer un nouveau silence avant de reprendre avec une franchisse plus spontanée encore. En fait, je lui en veux terriblement, pour son manque de confiance. Envers moi, mais aussi envers vous. Nous aurions pu trouvé milles autres solutions que celle là...

Malheureusement, il ne leur avait jamais donné la possibilité d'étudier les choix qui s'offrait à eux. Encore une fois, il avait pris une décision unilatérale, probablement la meilleure à ses yeux, mais sans jamais s'interroger sur ce que ses proches, eux, voulaient. Son géniteur n'avait jamais compris qu'au delà de garder les siens en sécurité, il était plus important encore que d'écouter ce qu'ils attendaient de lui. Lohen aurait mille fois préféré la présence d'un père, en dépit de tous les dangers. Si seulement, dans sa jeunesse, il ne l'avait pas repoussé comme il l'avait fait, père de façade si peut intéressé à ce que son fils pouvait devenir, peut-être la donne aurait été différente. Mais on ne pouvait pas réécrire le passé et il faudrait vivre avec les « si seulement ». Perceval avait peut-être choisi la meilleure voie, au final... celle où il n'y avait pas de remord ou de regret.

Aux réponses apportées au sujet de l'organisation, Matthew écoutait avec attention. Il n'était pas grandement surpris de ce qu'avait à lui apprendre l'ex agent Alpha. Seulement, elle lui confirmait qu'agir contre sa génitrice ne serait possible qu'une fois le sort qui les unissait tous, levé. Le jeune père serra les poings. Une fois encore, ses parents ne lui avaient pas laissé le choix et l'avait mêlé dans leurs querelles intestines. Ils les avaient tous mêlés. Dahlia et Léon, Anny et Lou. Il se sentait pris en otage, impuissant observateur. S'il n'avait été question de lui, il savais qu'il y avait bien longtemps qu'il... mais il n'était pas question que de lui.
D'un petit geste apaisant de la main, Lohen fit comprendre à son interlocutrice que son langage ne le choquait pas. Elle parlait dans la colère et lui-même nourrissait un désir de vengeance contre celle qui l'avait mis au monde, contre cette femme qui, en dépit de tout ses actes, s'était montrée être une mère aimante. Mais cette femme là n'existait plus semblait-il, ou du moins, Matthew n'avait pas encore trouvé comment la retrouver si cela était possible. Si seulement elle lui avait donné l'occasion de lui parler, face à face, de revoir son vraie visage, autrement que derrière un champ de protection.

Dans un dernier hochement de tête, le père d'Anny et Lou entendait les paroles de la Directrice.

-J'aimerais pouvoir vous aider. Faire quoi que ce soit pour vous permettre de trouver une solution. Affirma le jeune homme avec détermination. Je sais que je n'ai jamais voulu être lié de près ou de loin à Arkadia du temps de mon père et je ne suis qu'un simple médecin, mais aujourd'hui j'aimerais qu'il en soit autrement, parce que j'ai ma responsabilité dans tout ça.
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Mer 6 Juin 2018 - 13:34
Au fil d'une telle conversation, Percy aurait certainement fini par se lever, afin de rejoindre la fenêtre de son bureau et contempler la ville en contrebas. C'était une manière pour lui de s'ancrer au monde, de ne pas l'oublier. De ne pas perdre de vue ce qui était important. Et pourtant, cela revenait malgré tout à regarder le monde de haut, d'une certaine façon. Il s'était toujours efforcé de se rapprocher des gens, du peuple, mais rien que l'appeler le peuple démontrait que l'on s'en séparait. Pour sa part, il avait fini par décider que cela devait être pour le mieux, pour le bien de tous. Miranda pouvait presque voir son fantôme l'accompagner dans chacune de ses tâches, et elle ne pouvait qu'imaginer l'expression qui garnirait ses traits lorsqu'elle prenait une décision. Qu'aurait-il pensé, de la voir ainsi avec Matthew, le fils qu'il avait abandonné au nom de sa protection ? Elle prit une longue inspiration, et se massa brièvement l'arrête du nez pour chasser ce spectre. Il fallait qu'elle apprenne à ne compter que sur elle-même pour occuper ce poste, et elle crut imaginer un dernier regard, à la fois fier et peiné. Puis elle se concentra sur les vivants, sur Matthew face à elle. En regardant bien, elle pouvait y retrouver des traits du patron, mais ils étaient devenus des hommes si différents qu'il fallait soigneusement rechercher les similitudes pour les trouver.

« Le patron...votre père vous aimait, ainsi que les filles. Cela n'excuse pas la manière dont il s'est comporté tout au long de votre vie, ni sa dernière trahison. Mais cela reste un fait. Et parfois, cela nous pousse à prendre des décisions incompréhensibles. A sa manière, je crois qu'il a fait ce qu'il estimait absolument nécessaire pour vous protéger le plus longtemps possible. »

Elle réalisa qu'elle le pensait vraiment, et qu'elle ne mentait pas en disant comprendre le raisonnement. Cela ne voulait pas dire qu'elle devait aimer ça pour autant, et encore moins la manière dont cela s'était produit. Dans leur domaine, ils n'avaient pas toujours le temps de peser le pour et le contre, et ne pouvaient pas toujours s'accorder le luxe de partager leurs plans. Pourtant, elle continuait de penser que dans ce cas précis, ils auraient pu agir autrement. Travailler ensemble pour établir une stratégie, ou au moins leur permettre à tous de se préparer. Ou n'était-ce qu'un vœu pieux ? Ce qui était fait était fait. Miranda n'était pas du genre à s'appesantir sur le passé, mais elle trouvait plus que jamais cette habitude difficile à suivre... Qu'en était-il alors pour Matthew, pour ses filles ?

« La confiance... Je comprends votre colère. Je la partage, pour être honnête. Il ne m'avait jamais donné de raison de douter de lui, et maintenant... Je ne peux pas prétendre savoir ce que vous traversez. La famille... C'est quelque chose de récent, pour moi. Arkadia a été la seule que je connaisse vraiment. Et cela ne fait pas si longtemps que j'ai vraiment retrouvé ma sœur. Tout est encore nouveau de ce côté, et...disons que je n'ai jamais été très douée pour faire face à ma vie personnelle. J'ai toujours préféré m'absorber dans le travail. Je continue de le faire. C'est la seule manière de vivre que je connais. »

Lockhart ne savait pas vraiment ce qui la poussait à se confier ainsi à Matthew. Elle le connaissait à peine, après tout. Et le fils n'était pas le père. Ce qui n'était ni une bonne ni une mauvaise chose, d'ailleurs. Il était sa propre personne, voilà tout, et avec ce qui les attendait, autant apprendre à mieux le connaître. Et puis il y avait quelque chose chez lui qui la poussait à se sentir à l'aise, une force qui n'appartenait qu'à lui, et pas à Percy ou à qui que ce soit d'autre. Miranda n'accordait pas facilement sa confiance, mais elle ne doutait pas un seul instant de pouvoir le faire avec lui. De l'entendre ainsi proposer son aide, elle en était on ne peut plus sûr. C'était une qualité admirable, de vouloir se mettre ainsi au service des autres, ce qu'il faisait déjà quotidiennement en tant que médecin.

« Je ne vous empêcherai pas d'apporter votre aide, Matthew. Arkadia est en train de mettre en place de nouveaux programmes pour aider à traiter les réfugiés et les gens dans le besoin. Je peux vous transmettre les informations, si vous souhaitez vous impliquer. Et si vous avez des idées, n'hésitez pas : je suis prête à vous écouter. Pour le reste... Avez-vous repris contact avec vos tantes ? J'imagine bien que cela doit être...compliqué, mais peut-être qu'elles pourront en apprendre plus sur le sort qui vous lie à... à votre mère. En tant que sorcières. Et si nous trouvons d'autres personnes capables de nous aider... Tout ce qui pourra nous permettre de comprendre comment cela fonctionne sera une étape supplémentaire pour la suite. Pour trouver un moyen de vous libérer complètement de son influence, vous et vos filles, tout en vous protégeant. »

Et nous permettre d'abattre Marisa, mais ça, elle ne l'ajouta pas ; elle imaginait bien que Matthew s'en rendait compte, mais elle ne savait pas à quel point elle avait le droit de prononces ces mots devant lui. Non pas qu'elle douta de lui, mais elle ne voulait simplement pas ajouter à ses angoisses.
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Ven 6 Juil 2018 - 15:22
À aucun moment, lorsqu'il avait finalement pris sa décision, il n'avait imaginé que tout cela finirait ainsi.
A vrai dire, il gardait un souvenir assez précis de la façon dont s'était le processus de sa pensée ; le diagnostique d'Anny était tombé quelques heure auparavant, alors qu'elle venait d'être admise en urgence à l'hôpital général pour une poussée de fièvre suivant une période de grande fatigue pour la petite fille. Le résultat de la biochimie avait été édifiant et malgré le nécessité d'examen complémentaire, Matthew ne pouvait se voiler la face.
En fait, il savait exactement de quoi il en retournait et cela le rendait malade. D'ailleurs, les tests de sa propre compatibilité génotypique avec sa fille étaient déjà en cours d'analyse, mais l'idée avait déjà germé dans son esprit.

Solliciter l'aide de son géniteur lui était toujours apparu comme un recours inenvisageable. Peu importait les circonstances. Il estimait n'avoir jamais eu besoin de lui, de son influence ou de son argent et il était longuement demeuré persuadé que rien ne pourrait le faire changer d'avis sur ce sujet. Il avait bien évidemment eu tord. A la seconde même où son homologue pédiatre avait confirmé ses craintes, il avait sû qu'il serait capable de supplier son père à genoux s'il avait fallu. Parce qu'il était prêt à tout pour ses filles, la chair de sa chair, et qu'elle passerait toujours avant sa rancœur, sa colère, sa déception et son amour propre.

Plus encore, il n'avait pas non plus prédit le rapprochement qui avait suivit. À cela, il n'avait pas d'explication à donner. Il avait toujours estimé de rien devoir à Perceval Rose et bien que son conseil de rencontrer le guérisseur James Novak avait été le bon, cela ne rachetait en rien les actes passé. Pourtant, la proposition avait émané de lui. C'était lui, qui avait proposé à Percy de rencontrer ses petites filles, puis, qui, par la suite, l'avait petit à petit fait entrer ans leurs vies. C'était à ce moment là qu'il avait tout fait basculer, qu'il avait rompu le fragile équilibre, c'était son propre choix qui l'avait conduit à la situation actuelle. A toute cette souffrance. Il avait le sentiment d'avoir provoqué son propre malheur, mais pire encore, celui de ses filles, de Dahlia et de Léon et de la jeune femme assise face à lui.
Et ce constat n'aidait en rien à accepter les paroles de miss Lockhart.

Pourtant, quelque chose au plus profond de son être, qu'il avait toujours cherché à étouffer, un désir, souhaitait qu'elle dise vrai, sur l'amour que Percy leur portait. Mais il savait que cela ne changerait rien à la finalité et il y avait beaucoup trop de choses que le père et le fils ne pourraient jamais ce dire. Perceval avait veillé à rendre cela impossible.
Il écoutait la nouvelle directrice d'Arkadia lui confier des doutes et des rancœurs qui faisaient écho à ses propres sentiments et, plus que jamais, l'impression de rapprochement qu'il avait ressenti depuis la mort du patriarche se faisait plus tangible. Et puis elle parlait de ce sentiment de filiation incomplet et du rôle de famille qu'Arkadia avait joué pour elle. Ils étaient en quelque sorte à l'opposé l'un de l'autre, et c'était ce qui, en un sens, les rapprochaient de la même douleur. Matthew hochait de temps en temps de la tête pour lui signifier qu'il comprenait exactement ce qu'elle exprimait et un doux sourire empli de tristesse traversa ses lèvres. Il reprit la parole avec un calme et une détermination qui dénotait sa profonde sincérité.

-Miranda... Il se surprit à penser que c'était probablement la première fois qu'il l'appelait par son prénom. Écoutez, je... Je suis conscient que cette perte est pour nous deux très dure et, pour ma part, la certitude que vous comptiez énormément pour lui. Qu'il vous considérait entièrement comme un membre de sa famille, peut-être pas de sang, mais de celle que l'on se choisi et qui a plus de valeur encore. Vous lui avez apporté quelque chose que je n'aurai jamais pu. Et en cela, j'aimerai que vous sachiez que... Que vous pourrez toujours compter sur moi comme sur un frère.

Il accompagna ses mots d'un sourire hésitant. Elle ferait ce qu'elle voudrait de ces paroles, il ne faisait qu'ouvrir une porte, qu'elle prendre ou non, il voulait seulement lui assurer de sa sincérité et qu'il ne s'agissait pas de phrases vides de sens.
Lorsque le sujet d'Arkadia revint en priorité, le jeune médecin opina une nouvelle fois de la tête. Il était presque soulagé. Il avait eu peur que, pour une raison où pour une autre, elle ne préfère le tenir à l'écart de l'organisation. Au contraire, elle semblait même prête à écouter ses propositions et Matthew lui en était reconnaissant. À vrai dire, il y avait beaucoup d'idées. Après tout, il y avait beaucoup de choses à faire et depuis la chute d'arche de par le monde les crises risquaient de se multiplier. Et peut-être qu'au fond de lui, il avait secrètement besoin d'une raison, d'un prétexte pour partir, se sentir utile ailleurs, mettez un peu de distance entre Édimbourg, ses événements et lui.

Il pinça d'ailleurs un les lèvres lorsque Miranda lui demanda s'il avait discuté avec les sœurs de son père. L'agent - l'ex agent - Alpha avait raison quant au fait qu'elles pourraient probablement lui apporter des éléments de réponses au sujet du lien magique qui s'était tissés entre les membres de la lignée de Rose. Elle avait cependant également conscience de la précocité de la situation. Matthew avait encore du mal à accepter qu'elles aient été complices sans chercher à le dissuader ou à prévenir ses enfants, ou même son bras droit. Cette révélation lui restait en travers de la gorge et il savait qu'il devrait prendre sur lui pour passer outre. Néanmoins, il savait que ce serait une nécessité inévitable ; Il était nécessaire, voire pressant de trouver une parade pour se délier du destin de Marisa. Et mettre fin à ses manigances. Pour le coup, le jeune père se sentait impuissant faces aux connaissances, à l'influence et aux plans de sa génitrice. Il avait bien du mal à s'imaginer lui faire face, la confronter. Il était médecin urgentiste, et elle s'était débrouillée pour se retrouver à la tête de l'une des plus grande corporation mondiale. Lockhart faisait preuve d' euphémisme en suggérant de trouver d'autre personnes susceptibles de les aider, ils auraient besoin de toute l'aide possible, il le savait.

Il se sentait pris au dépourvu à ce sujet. Il lui semblait qu'il n'y avait rien qu'il puisse faire lui même et laisser reposer tout cela sur les épaules d'autres lui procurait un certain malaise... comme s'il eut une responsabilité de fils envers sa mère ; la responsabilité de l'empêcher d'être qui elle était vraiment, de l'empêcher de causer tout ce mal autour d'elle.
Lohen
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Mar 10 Juil 2018 - 12:23
Miranda observait soigneusement l'homme assis d'en face d'elle, cherchant les similitudes avec Percy. Physiquement, ils ne se ressemblaient pas beaucoup : les yeux, le teint, la chevelure, la structure du visage... On aurait eu du mal a les désigner comme père et fils d'instinct. Et puis il y avait tout à coup une expression, une lueur dans le regard, un haussement de sourcil, et le lien se faisait plus évident. Matthew avait hérité de son géniteur, qu'il le veuille ou non, pour le meilleur et pour le pire. Il avait longtemps tout fait pour le fuir, pour échapper à l'ombre paternelle. Un sentiment que l'agent alpha ne comprenait que trop bien. Elle aussi, elle avait tourné le dos à l'influence paternelle dès qu'elle en avait eu le pouvoir. Et au concours des pires parents, Jack Lockhart aurait sans mal eu droit à une place sur le podium. Il n'avait jamais voulu son bien, ni celui de Lucy. Il n'avait œuvré que dans le but de contrôler leur vie entière, afin d'en faire les outils dont il avait toujours rêvé. Des expressions de son génie, dont les successeurs seraient à vendre au plus offrant. Il ne les avait jamais considérées comme des filles, même lorsqu'elles avaient cherché à faire de lui un père. Aujourd'hui, il était mort : Miranda y avait veillé personnellement. Ce n'était pas ça qui allait la réveiller la nuit.

Matthew et Miranda avaient des parcours aussi proches qu'ils étaient différents, finalement. Tous deux avaient un père, mais pas pour les mêmes raisons. Tous deux avaient perdu un père, dans des circonstances aussi uniques qu'éloignées. Tous deux se retrouvaient un peu perdus, à s'efforcer de conserver la mainmise sur ce qui leur donnait une raison de vivre. Matthew avait ses filles, Miranda sa sœur et Arkadia. Elle fut prise d'un profond élan de sympathie à l'égard du médecin, qu'elle n'arrivait pas à expliquer avec des mots. Les mots qui n'avaient jamais été son fort dès que cela touchait au personnel. Elle pouvait rédiger un rapport détaillé sur des pages et des pages lorsqu'il s'agissait d'une mission, mais elle n'était pas fichue d'en aligner assez pour exprimer ce qu'elle voulait aux gens qui comptent. Tu parles d'une femme d'exception... Voilà pourquoi ceux de Matthew la touchèrent à ce point, d'autant qu'elle ne s'y était pas préparée.

« Matthew... » Elle lui renvoya son prénom, le temps de se recomposer et de trouver quoi dire. Pour la première fois, elle sentait qu'un véritable contact s'était tissé entre eux, au-delà de la courtoisie professionnelle, au-delà du fils du patron et de la seconde de ce dernier. Juste deux êtres qui partageaient une peine, et qui décidaient de faire face ensemble. « Merci. Ce que vous dites compte plus encore que vous pouvez l'imaginer. Et je me rends compte qu'aimer quelqu'un ne veut pas dire qu'on ne peut pas lui en vouloir. Ce qu'il a fait... ou plutôt la manière dont il l'a fait, je ne sais pas si je pourrai entièrement lui pardonner un jour. Et je tiens à vous dire que vous n'avez certainement pas à le faire. Que tu n'as pas à la faire. Autant se tutoyer, non ? Je m'imagine mal continuer de vouvoyer un frère. »

Elle sourit franchement, savourant le poids que les paroles de Matthew avaient contribué à alléger. Elle réalisa aussi qu'il avait énoncé tout haut ce qui était pour elle une évidence qu'elle n'avait pas encore comprise. Que Matthew faisait partie de sa famille de la même manière que Percy de son vivant. La famille qu'on se choisissait. D'abord par loyauté envers le patron, qu'elle souhaitait étendre aux siens afin de mieux les protéger, puis parce qu'elle le voulait. Matthew était un homme bon et compliqué, qu'elle commençait tout juste à connaître. Elle voulait que cela continue, elle voulait qu'ils puissent compter l'un sur l'autre. Il en allait de même pour les petites, bien sûr. Pour Dahlia et Leon également. Une pensée qui l'amusa : avec un oncle et des tantes pareilles, Any et Lou s'étaient trouvé de sacrés protecteurs !

« Je suis contente que tu sois venu me voir aujourd'hui. Et sache que tu ne seras jamais seul non plus. Pareil pour les filles. Tant que je vivrai, vous aurez toujours mon soutien. Le patron est mort, et je n'aime pas comment il a agi vis-à-vis de nous, mais au moins il nous aura laissé ensemble. Et c'est ensemble que nous trouverons un moyen de faire face. De briser la malédiction, de vous permettre à tous les trois d'être libérés de l'influence de Marisa. »

Bébés éprouvettes, Miranda et Lucy n'avaient jamais eu de mère. Mais Matthew en avait-il jamais vraiment eu une ? On ne pouvait pas vraiment dire que Marisa Coulter en remplissait les critères. En fait, elle lui faisait grandement penser à Jack Lokchart : deux créatures avides de pouvoir et de contrôles, des monstres nés de leur ambition plutôt que des êtres humains. Des monstres qu'il fallait stopper à tout prix. De son côté, Matthew semblait perdu dans ses pensées,au point de ne plus donner l'impression de réagir à l'extérieur. Cela lui arrivait souvent, elle s'en rendait compte maintenant. Il n'avait pas répondu concernant ses tantes, ni réagi sur les possibilités d'aide qu'il pouvait apporter via Arkadia pour aider ceux qui avaient le plus besoin. Elle attendit un moment puis, d'une voix douce, elle tenta de le ramener à la conscience :

« Matthew ? Qu'est-ce que tu en penses ? Des programmes d'aide, et de ce qu'Arkadia peut faire pour apporter son soutien. Des cliniques sont sur le point d'être ouvertes, peut-être que tu pourrais nous aider de ce côté. Tu t'y connais mieux que moi. Et si tu as des idées, je ferai de mon mieux pour t'aider à les réaliser. »
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Thème: Canta Per Me - Yuki Kajiura




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