Quand tout à commencé...

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Ven 6 Avr 2018 - 23:18
Bordel ce qu'il faisait froid.
On était probablement passé dans les négatifs. Et vu la tronche du ciel, il allait probablement neiger dans la soirée. Je soufflai sur mes mains pour essayer de réchauffer le bout de mes doigts, que mes mitaines de laines ne protégeaient pas. J'étais assise sur le dossier d'un banc, quelque part dans une des allées de Bruntsfield Links. L'endroit était désert, ou presque. Autour de moi, de l'herbe détrempée, des massifs de fleurs vides, et des arbres dépouillés de la moindre feuille.
Un joggeur passe devant moi sans m'accorder la moindre attention, probablement concentré sur son entraînement pour le prochain marathon, ou sa consommation de féculents et le nombre de calories qu'il allait dépenser avec cette stupide course.
La petite vieille qui promène son bichon, en revanche, me jette un regard inquisiteur. Je lui fais un doigt d'honneur associé d'un regard noir. Et outrée, elle se tire en trottinant. Probablement pour aller prévenir un des agents de sécurité du parc. Ma chance, c'est qu'ils sont probablement terrés dans une de leurs cabanes, à se partager un café rallongé de whisky, et qu'elle les trouvera pas de suite.
Peu importe, faut que je me casse. Je suis repérée. J'aurais dû aller plus loin... Faut dire que ma tenue, que mon manteau de laine grand ouvert ne cache pas, m'identifie clairement. Les collants noirs opaques, bien que lacérés à coup de ciseaux, la jupe noire, même si elle a été raccourcie de plusieurs centimètres. La cravate rayée verte et noire, bardée d'épingles à nourrices, sur la chemise blanche. L'uniforme reconnaissable de Boroughmuir High School, situé à à peine 15 minutes.
Quelque part, une horloge sonne 10h. Ils vont pas tarder à appeler mes vieux. Je me lève, enfonce mes mains dans mes poches et mon nez dans mon écharpe, laissant mes cheveux frisés masquer mon visage, et me dirige hors du parc, prenant des allées au hasard. Mon seul but : m'éloigner du lycée.

Ça avait commencé dès le début de la journée. J'avais réussi à passer inaperçu jusqu'en classe, mais Mrs Cameron, la prof de mathématique, m'avait vite repérée. Le trait de liner épais sur mes paupière, le vernis noir. L'uniforme détruit. J'avais gagné un aller simple chez le directeur, qui m'avait accueilli en soupirant. C'était pas la première fois que lui et moi, on se croisait, cette année. Ni même ce semestre. Je crois qu'au fond, il m'aimait bien. Si c'était pas le cas, il m'aurait probablement déjà renvoyé. Il m'avait dévisagée au-dessus de ses lunettes, et posé une seule question : "Pourquoi, Holli?". A vrai dire, j'aimais même pas forcément le style punk, ou la mouvance gothique. Je détestais simplement cet uniforme, et le fait que le lycée essayait de tous nous faire rentrer dans un moule. C'était ma manière de m'affranchir de tout ça. Détruire le symbole de l'école, et prouver qu'en-dessous de tout ça, j'étais moi, j'existais. Mais ça... pourquoi je me serais tuée à le dire? Personne n'écoutait de toute manière. Il m'avait dit de retourner en cours. Qu'il convoquerait mes parents en fin de journée.

En cours? Ben tiens. Je m'étais tirée. C'était facile. Y'avait qu'à passer par dessus la clôture derrière la cantine, et après, c'était la liberté. De toute manière, qui a besoin de la géographie, hein? Mon portable vibre dans ma poche. Un message de Jake, qui me demande ou je suis. Puis un de Leah, me disant que je vais me faire coller. Un autre de Jack, encore, qui veut savoir si j'ai enfin réussi à me faire renvoyer, ce coup-ci. Je réponds pas. Aujourd'hui, j'ai même pas envie de parler avec mes meilleurs amis.

Je continue d'avancer, marchant pour marcher. Autour de moi, quelques personnes semblent se demander ce qu'une fille de quinze ans fait à cette heure-ci dans la rue. La plupart semble décider que ça ne les regarde pas, et tant mieux pour eux. Pour les autre... tant pis. Je suis déjà loin, de toute manière. Les rues deviennent moins animées. Moins touristiques. Je suis quelque part au nord de la ville. Leith, ou Muirhouse, peut-être. Le quartier est assez glauque en tous cas. Plutôt différent de la zone résidentielle ou je vis. Au moins, ici, les gens me regardent pas comme si j'étais un ovni. Ils s'en foutent, tout simplement. Ils ont probablement d'autre soucis. Alors pourquoi s'occuper d'une lycéenne qui a séché les cours?

J'enlève mes mitaines, et doucement, je fais naître une petite flamme au creux de mes mains pour les réchauffer. Et puis, j'entends la musique. Quelques notes de guitare, qui viennent d'un immeuble qui a l'air désaffecté. Enfin, vu l'état du bâtiment, j'espère qu'il l'est.

Je reconnais l'intro de Passenger. Iggy Pop, je crois. Quelque chose comme ça. J'écoute quelques secondes. Puis, je pousse la bâche de plastique qui masque l'entrée de la porte, arrachée, et je rentre dans le bâtiment. Qu'est-ce que j'ai à perdre, après tout. Au moins, ici, personne viendra me chercher.

Je fais quelques pas, dans le noir relatif. La flamme dans mes mains m'éclaire un peu. Je suis la musique. J'entends quelques voix qui chantent. Enfin, j'arrive jusqu'à une pièce éclairée, d'un feu dans la cheminée. Plusieurs personnes, des jeunes, sont assises à même le sol, sur des coussins, sur un vieux canapé défoncé. Je souris, sans trop m'en rendre compte, et les regarde chanter, un moment. Personne ne fait attention à moi.

Et, finalement, un peu portée par le moment, je me joins aux chœurs, moi aussi. Pas très fort. Ça suffit. Les voix s'arrêtent, et le type à la guitare place quelques accords de plus avant de s'interrompre lui aussi. Ils me regardent, en silence, et je sens comme une onde de méfiance me frapper de plein fouet. Je fais une grimace désolée, et lève une main en un salut informel.


- Salut. Désolée d'être rentrée. J'ai entendu la musique.

Je hausse les épaules, consciente de la pauvreté de mon argumentation. Inconsciente par contre du fait que je me précipite dans un monde contre lequel tous les adultes de ma vie m'ont mise en garde.
Ash
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Dim 8 Avr 2018 - 18:01
Ahhhh.... Ca c'était la belle vie ! Posé tranquille dans un nouveau petit squat avec les potos. Bon, d'accord, on se les gelaient pas mal, mais c'est pas comme si le gèle m'emmerdait moi. Et puis un des mecs avait réussi à foutre le feu dans une poubelle à des bouts de bois qui traînaient. L'avantage d'un spot abandonné, c'est qu'on y trouvait souvent tout ce dont on avait besoin. Surtout des coins pépères où on viendrait pas nous emmerder et où on pouvait zoner et consommer tranquille. Je sais pas pourquoi personne n'était venu traîner ici avant, mais c'était une putain de chance d'être les premiers. Si on faisait pas les cons, on pourrait l'avoir pour nous encore quelques semaines avant de voir débarquer le reste des habitués. Pas que j'aime pas partager, mais c'est quand même bien cool d'avoir son chez-soi qui ne soit pas envahi.

Ouais, si on se la jouait fine et qu'on fermait bien tous nos clapets à merde, on serait peinards. Pour l'instant on l'était et on profitait bien ! Un an que j'avais plus remis les pieds dans cette connerie de lycée. Bon débarras ! J'étais libre de faire ce que je voulais de mes journée et ce que je voulais c'était glander avec la bande et m'amuser. La veille on avait fait fort putain. J'avais plus que quelques souvenirs qui me restaient. Je me rappelais vaguement un connard qu'on avait tabassé. Un petit bourge de mes deux qui nous avait regardé comme si on était qu'une grosse merde de chien sous sa chaussure. Il l'avait pas volée. Après ça, blackout total. Je me suis réveillé dans notre nouvelle maison à cause du froid et ça faisait maintenant une heure qu'on jouait de la gratte chacun notre tour en faisant tourner les joints. Trop tôt pour le reste, la coke ça serait pour plus tard. Putain si mes parents me voyaient... sûr qu'ils viendraient me voler ma came tiens ! Etonnamment je les avais jamais croisé dans les rues et les squats. Les amoureux de l'héroïne, ils se cachaient pour se shooter et tant mieux. J'imaginais pas la merde s'ils allaient tout raconter à la famille. Je faisais toujours attention d'être clean quand j'allais les voir. Pour Jamie et les petits. C'était déjà assez galère de s'en sortir, eux ils avaient pas besoin de savoir que je consommais. Rien de hard hein. L'héro, le crack, ça c'était un coup à foutre ta vie en l'air. Et je sais de quoi je cause. Et puis moi j'avais bien l'intention de profiter de la mienne de vie. Non, que des trucs pour planer ou s'amuser sans conséquences, rien d'autre.

On m'a passé la guitare et j'ai commencé à jouer du Iggy. Putain il est bon l'Iguane ! Je m'en sortais pas trop mal, tout le monde chantait et puis on a entendu cette voix toute faible qu'on connaissait pas. Tout le monde a fermé sa gueule et j'ai suivi le mouvement un peu à retardement. J'étais encore trop dans le coltard pour réussir à bien me concentrer. J'ai levé les yeux comme le reste du groupe pour tomber sur une petite minette qui devait avoir mon âge et qui avait l'air autant paumée que farouche. Mais là, elle faisait pas la maligne et s'excusait déjà de nous avoir trouvé. J'espère bien ouais ! Manquait plus qu'elle aille cafter et qu'on perde notre paradis à cause d'elle ! Je me suis levé et j'ai été vers elle, la gratte à la main. On devait pas avoir l'air commode à la dévisager comme ça et vu comment on la matait, si elle foutait pas bientôt le camp en pissant dans son slip, respect. Je l'ai fixée un long moment mais sa tête me disait rien. Jamais vu zoner avec les clodos ou les camés. J'ai remarqué son uniforme et me suis un peu détendu en faisant signe aux autres de rester tranquilles. Si c'était juste une lycéenne, elle allait sûrement pas cafter.


- Tu fais l'école buissonnière ?

Elle était mignonne putain, avec ses bouclettes et sa peau chocolat. J'aurais bien mordu dedans... Je faisais bien une tête et demi de plus qu'elle, comme avec la plupart des gens en fait, mais là ça ajoutait un truc.

- Darren.

Je lui ai tendu la main et elle m'a répondu d'une voix timide. Holli. Chouette comme nom. Ca allait bien avec le mien.
Je me suis retourné en passant mon bras autour de ses épaules et j'ai regardé toute la bande de potos.


- Les gars, ça c'est Holli. Holli, voici la bande. En désignant la famille que je m'étais trouvé. Alors là c'est Jim, Carol, Mickey, là-bas affalé comme une merde, c'est Charlie et à côté t'as Ivy et Dan.

Ils la regardaient toujours un peu avec méfiance, mais ils avaient remarqué comme moi l'uniforme mis en pièce et ça, ça leur a plu comme ça m'avait plu. C'était pas une petite bourge en mal de sensations qui venait traîner dans les endroits louches de la ville. Ou peut-être bien que si en fait. Mais elle était trop canon pour lui en vouloir. Promis, j'allais pas être trop méchant avec elle.

Je lui ai souri en lui faisant un clin d'oeil et je suis retourné m'asseoir sur le canap'. Je me suis posé sur l'accoudoir, lui ai désigné le spot que j'occupais quand elle était arrivée et je reprenais Passenger depuis le début après avoir tiré une grosse latte du joint qu'on me tendait.
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Mar 10 Avr 2018 - 21:17
Le guitariste se lève, alors que tous les autres me regardent comme si j'étais une intruse a faire dégager sur le champ. Je savais pas pour la 2e partie, mais ce qui était sûr, c'était que j'étais une intruse. J'étais une fille de la classe moyenne. Mes parents étaient pas spécialement riches, mais pas pauvres pour autant. Ma mère était mère au foyer par choix - et pour fouiller dans mes affaires quand j'étais à l'école- mon père avait du travail. On avait une maison avec un jardin dans un quartier tranquille. J'allais dans une école qui sans être l'une des meilleures, n'étais pas non plus l'une des pires. Autant dire que j'avais rien à foutre dans un squat. Et que je pouvais pas vraiment leur en vouloir, à tous, de me le faire remarquer par leur silence buté, et par la méfiance dont ils faisaient preuve.

Ce qu'ils n'ont peut-être pas anticipé, c'était que je suis en colère contre le monde, tendance hargneuse. Que je rejetais mon milieu, l'école, et tout ce qui marquait ma vie tout en essayant de me formater. Alors, quand le mec à la guitare me dévisage en silence pendant des secondes, je soutiens son regard, un lueur de défi dans les yeux. Téméraire. Sûr qu'un jour, il allait m'arriver des bricoles. Mais "un jour", c'est loin. "Maintenant", c'est bien plus intéressant. Et maintenant, dans un squat, face à une bande de jeunes plutôt hostiles et un inconnu qui me demandait si je faisais l'école buissonnière, je n'ai trouvé qu'à répondre :


- Soit ça, soit je suis en sortie scolaire. Mais ça me paraît moins probable.

Ironique. C'était ce que je faisais de mieux. Une toute petite partie de moi espére qu'ils allaient pas le prendre mal. Une toute petite partie. Le reste n'en avait strictement rien à faire. Cette situation, là, tout de suite, c'était le truc le plus intéressant qu'il m'était arrivé depuis des mois. Voire des années, même. Je suppose qu'il finit par juger que je ne suis pas très dangereuse, puisqu'il me tend la main en se présentant. Pendant une seconde, j'hésite entre me vexer de ne pas être prise au sérieux et me présenter à mon tour. Je finis par opter pour la seconde solution, et lui tendis à mon tour la main. De toute manière, je n'ai absolument pas l'intention de les dénoncer, ou quoi qu'ils imaginent. Et puis à sept contre une, je suis clairement pas en position de force.

- Holli.

Ma voix n'est peut-être pas aussi assurée que ce que j'aurais voulu. J'arrive pas à en détacher le regard. Darren. Je détaillais son visage, ses vêtements, ses mains. Je ne m'en cache même pas. Prête à répondre, à mordre même, s'il me fait la remarque. Après tout, il m'avait regardé, lui aussi. Pourquoi j'aurais pas pu en faire autant? Et puis, j'étais curieuse. C'était la première fois que je rencontrais quelqu'un comme lui. Quelqu'un comme eux, tous. Dans mon quartier, dans mon lycée, les garçons rebelles, c'était ceux qui portaient leurs cravates lâche, ceux qui répondaient aux professeurs. Qui fumaient en secret planqué derrière l'école à la sortie des cours. Rien à voir avec Darren. Ils ne tenaient pas la comparaison. L'idée même de les comparer était complètement stupide.

Il a mis son bras autour de mes épaules. Il est grand. Je m'étais jamais considérée comme petite. Plutôt dans la moyenne. Mais à côté de lui, c'était autre chose. Et c'était pas désagréable, en fait. Je ne m'arrête pas à cette constatation, bien trop occupée à regarder les gens qu'il me présente, tour à tour. J'associe noms et visages. Je ne les oublierais pas. J'ai une bonne mémoire. Comme disent mes profs, des capacités, mais aucuns efforts. A quoi ça sert de se rappeler du PIB de l'Arche Ecossaise, ou du nom des présidents? C'est abstrait. Je rencontrerais jamais le président. Pourquoi je m'emmerderais à retenir ce genre de trucs, alors? Ça sert juste à encombrer le cerveau. Les noms de ces types, par contre. Je suis avec eux, là, maintenant. Au moins, ça sera utile.

Je leur fais un signe de la main, un deuxième. Je crois qu'ils se détendent, peu à peu, après m'avoir détaillée eux-aussi. Finalement, peut-être que j'ai bien fait de le détruire, cet uniforme. Si j'avais ressemblé à une petite fille sage, peut-être qu'ils m'auraient dégagé sans ménagement. Là... j'avais l'impression qu'ils me laissaient une chance. Qu'ils m'acceptaient, au moins un peu. Ça faisait du bien. J'avais l'impression qu'ici, je n'étais pas obligée d'être quelqu'un d'autre. De me plier pour rentrer dans des cases, pour plaire.

Il me sourit, me fait un clin d'œil. Je lui rends son sourire, du coin des lèvres, et je vais m'asseoir sur le canapé, une jambe sous les fesses, l'autre repliée devant moi. Je fouille les poches de mon manteau, et en sors une boîte de métal un peu cabossée, de laquelle je tire une cigarette roulée. Je la glisse entre mes lèvres, et, un vague sourire aux lèvres, je claque des doigts. Une flamme apparaît au bout de mon pouce, sur laquelle j'allume ma clope, avant de la laisser s'éteindre.

Le coup du doigt briquet, c'est assez cool quand tu veux frimer un peu. Enfin, ça marche pas mal au lycée, mais là, je suis dans un monde différent, après tout. Je tire une bouffée de nicotine, pose un coude sur mon genou et appuie mon visage sur ma main, tout en écoutant Darren se remettre à jouer. Je lui jette un regard en coin. Lui, il est à l'herbe. J'ai beau n'avoir testé que quelque fois, avec Jake et Leah, en secret, je reconnais l'odeur.

J'ai le cœur qui bat un peu plus vite. Pas de peur, non. D'excitation. Je ne sais pas ou je suis, je ne connais pas ces mecs, ces nanas... mais je me sens plus à ma place que n'importe où ailleurs. Je n'ose pas parler, de peur de casser l'équilibre qui à l'air de s'être installé.
Ash
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Sam 14 Avr 2018 - 21:50
Elle avait pas froid aux yeux la petite, c'est bien ce que je pensais. Elle avait soutenu mon regard et lancé une répartie bien sentie. Une fille qui se laissait pas faire c'était toujours attirant. Bien moins emmerdant qu'une nana qui disait amen à tout. J'en avais connu des comme ça, qui faisaient tapisserie et se la coinçaient parce qu'elles pensaient qu'elles s'intégreraient mieux à la bande comme ça. Tu parles ! Les seules qui étaient resté au final c'était Carol et Ivy et quand on connaissait les hargneuses, on comprenait pourquoi ! De vraies furies ces deux-là. Rien à envier aux mecs quand il s'agissait de cogner ou de faire la fêtes. Elles tenaient la route comme pas possible. Et j'avais l'impression que Holli devait pas être très diffèrente. Si ça passait bien, peut-être qu'elle viendrait traîner avec nous de temps en temps, les filles seraient vachement contentes d'avoir une gonzesse en plus dans le groupe. Faut dire qu'il fallait nous supporter des fois. En tout cas pour l'instant, y avait pas de problèmes, elle s'était posée tranquille à côté de moi, à l'aise, et j'avais l'air de lui plaire en plus vu comment elle m'avait reluqué.

Je lui ai jeté des coups d'œil pendant que je jouais mais j'ai pas réussi à me concentrer longtemps après l'avoir vu allumer sa clope. J'ai lancé un sourire aux autres et c'est à ce moment que ce gros lourd de Mickey a décidé de sortir une de ses conneries. Putain il savait pas fermer sa gueule celui-là.


- Hey mec ! T'as trouvé ta moitié !

Les autres se sont marrés comme des cons et j'ai arrêté de jouer en les matant méchant avant de me marrer aussi. J'étais pas le seul à avoir un don dans la bande, mais le mien était le plus opposé à celui de la miss. Depuis tout petit que j'avais ça. Je l'utilisais surtout pour faire cracher aux petits bourges leur thune, mais ça pouvait toujours être pratique.

C'était pas le jour où je pourrais finir Passenger. J'ai passé la gratte à Dan qui a commencé à jouer du Joy Division et j'ai récupéré le joint qu'on me tendait. Putain j'arrivais pas à arrêter de rire. Elle devait croire qu'on se foutait de sa gueule. Ou alors que la beuh était vraiment bonne. Ca c'est sûr qu'elle l'était. J'achetais pas de la merde ! Je revendais pas souvent, mais ça m'arrivait, du coup j'avais le nom de quelques gars qui nous filaient de la came d'une de ces qualités. A faire pleurer putain. Rien qu'en tirant ma taffe je sentais tout mon corps se détendre. J'étais tellement bien là. Posé, entre potes, avec de la bonne musique et une jolie nana à côté qui me plaisait vachement.

Mais elle me regardait un peu bizarre, fallait peut-être que je m'explique. Je me suis levé pour m'éloigner un peu parce qu'on se pelait déjà assez les couilles comme ça, pas besoin de refroidir toute la pièce. Je lui ai fait un grand sourire et j'ai touché une vieille chaise défoncée. Y a tout de suite eu une vague de glace qui l'a recouverte en quelques secondes. Les autres débiles ont applaudi et j'ai fait une révérence avant de revenir m'affaler à côté de Holli, un bras sur le dossier du canap' derrière elle. J'avais toujours mon spliff à la bouche et je le lui ai tendu en continuant à me marrer. Pas sûre qu'elle fume ça, mais en même temps c'était une meuf encore au lycée qui avait pas peur de traîner dans un squat à 11h du mat avec des types qu'elle connaissait pas. Ouais, elle était pas si pisseuse que ça et les autres avaient l'air de se détendre aussi. Même si je savais pas trop si c'était parce qu'elle était cool ou parce que le chichon commençait à faire effet.
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Dim 15 Avr 2018 - 15:11
Je remarque ses coups d'œil. Faut dire que j'en jette pas mal aussi, de mon côté, en douce. Je sais même pas pourquoi. Enfin, pour être honnête, si, bien sûr que je sais. Il me fascine. Son charme, son charisme, le fait qu'il ait l'air si... libre. Qu'il s'excuse pas d'être là, et d'être qui il est. Je souris, les yeux perdus dans le vide, alors que je tire sur ma clope qui se met à rougeoyer, tout en l'écoutant jouer. Je sais, c'est cliché à mort de craquer sur les musiciens. Tant pis.

Je vois ceux qui sont en face de nous, du canap', laisser monter sur leurs lèvres un sourire, plus ou moins grand, plus ou moins moqueur. C'est moi? j'ai fait quelque chose? Ils vont me foutre à la porte, c'est ça? Ils se moquaient de moi, m'ont fait croire que je pouvais rester un peu, et maintenant, qu'ils ont ri, ils vont me jeter. Je me tasse un peu contre le dossier, alors que je m'imagine la scène. Je veux pas voir ça. S'ils veulent pas de moi, je vais pas m'imposer. Et surtout pas les laisser me dégager. Je suis trop fière pour ça. Mais au moment ou je m'apprête à me lever, Mickey sort, goguenard, une phrase qui me laisse interdite.

Moitié? Hein? Ou ça? Moi?

Ils éclatent tous de rire et j'enfonce ma tête dans mon écharpe, le rouge au joue. Je déteste ne pas comprendre. Et là, j'ai salement l'impression qu'ils se foutent de ma gueule. Mon ego s'en retrouve piqué au vif. Au lycée, je les aurais confronté, sans me poser de questions. On en serait probablement venus aux mains. Je suis pas la caïd du bahut, mais en général, les gens savent qu'il faut pas me chercher, parce que je me cacherais pas ni derrière mon sexe, ni derrière ma taille. J'ai pas la force pour foutre une tannée à un mec? Qu'est-ce qu'on s'en fout : moi, j'ai des griffes, pas lui. Bien sûr, je gagne pas. Mais au moins, on se rappelle de moi, et je laisse des cicatrices. Tout est question de perspective.

Mais là... que dalle. Je me contente de tirer furieusement sur ma cigarette, en les regardant tour à tour, méfiante. Darren a arrêté de jouer, l'air mécontent. Il finit par se marrer, lui aussi. J'ai l'impression d'être transparente. Je me sens transparente, en tous cas.

HEY! HO! Ça vous trouerait le cul de me filer une explication et de pas me laisser attendre comme une pauvre conne?

Mon coup de gueule est muet, mais a dû se sentir dans le regard que j'ai lancé à Darren. Il se lève, et s'éloigne.

Hé... mais ou tu vas?

Je fronce un peu les sourcils en le regardant partir, et une petite voix dans ma tête me traite de tous les noms, pour être aussi crétine. Mes yeux ne le quittent pas alors qu'il arrive vers une chaise merdique, un peu plus loin. Il me sourit largement, sans que je comprenne plus ce qu'il m'arrive, ni à moi, ni à lui. Mais quand je vois la glace, mes yeux s'éclairent, et mes lèvres s'étirent en un sourire que je ne contrôle pas. Le puzzle se met en place.

Alors qu'il revient se jeter à moitié sur le sofa à côté de moi sous les applaudissements, et en continuant de rigoler, je me mets moi aussi à me marrer doucement. Il me tends le joint, et je n'hésite qu'une seconde. Je prends le cône, et lui fout ma clope dans les doigts à la place. Puis, en silence à mon tour, je déplie mes jambes et me lève, pour aller me poser à côté du brasero, qui se meurt un peu. Sans une hésitation, j'y plonge une main et récupère une braise ardente entre deux doigts, que j'utilise pour rallumer le joint. Puis j'effleure du bout du doigt les quelques planches à moitié carbonisées qui dépassent. Elles s'enflamment aussitôt, comme arrosées d'essence. Les flammes s'élèvent, hautes et claire, prêtes à réchauffer un peu l'atmosphère. Ouais, je sais, je me la pète.

Alors, je me retourne, et mes yeux cherchent ceux de Darren. Pas ceux de Dan, qui a récupéré la guitare. Pas ceux de Charlie, qui dans d'autres circonstances m'aurait pourtant bien plu. Non. C'est le regard de Darren que je rencontre, c'est à lui que je souris. C'est à lui que je fais un clin d'œil avant de me rasseoir à la place que je viens de quitter, tout en tirant une latte.

Wah. Pour un peu, je sentirais mes pupilles se dilater. C'est puissant, son truc. Je souffle la fumée, doucement. Heureuse d'être déjà fumeuse, parce qu'après mon numéro de frime, je ne sais pas si mon ego aurait supporté le fait que je me mette à tousser à m'en arracher les poumons à la première taffe. Je retire une fois, et je fais tourner. Autant y aller doucement.

Puis, d'un signe de menton qui désigne la guitare, je demande:


- Y'a quelqu'un pour m'apprendre à jouer un truc?
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