La chasse est ouverte

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Lun 26 Mar 2018 - 0:35
Le contrat avec la Strega était scellé. Si je souhaitais avoir une chance de revoir ma Rose, je me devais de partir à la recherche de ce Pietro Kassianov. La raison pour laquelle l'immortelle voulait le voir mort m'importait peu. Je n'avais pas besoin d'explications et je me fichais des conséquences que cela pourrait engendrer. Le monde pouvait bien s'écrouler, je m'assiérai pour admirer le spectacle. Leurs petites chamailleries n'étaient que broutilles à mes yeux et seules comptait mon histoire, ma vie et la partie la plus importante qui m'avait été arrachée. Je n'avais jamais eu de scrupules à tuer, ce n'était pas maintenant que je devais le faire pour récupérer ma femme que j'allais en avoir et j'avais étudié le dossier que la sicilienne m'avait confié avec attention. Plusieurs pistes s'offraient à moi et je m'étais décidé à faire une petite visite à un certain Wintertowne, professeur de son état et collaborateur de ma cible. Il était peu probable qu'il me soit d'aucune aide pour retrouver Timekeeper, cependant lors de mes recherches j'avais trouvé des informations qui rendaient le chercheur des plus intéressants pour moi.

Je n'avais que peu de faits concrets, l'homme étant visiblement des plus discrets, cependant il semblait que lui aussi versait dans la magie. Ce qui en faisait à la fois un ennemi et un allié potentiel. Je devais encore savoir ce qu'il en était de ses relations avec la dame Lampeduza, mais c'était bien pour cela que je me rendais présentement à l'université. Il avait été facile d'obtenir un rendez-vous, il avait suffi que je mentionne Kassianov pour que les portes s'ouvrent. Mon fugitif avaient de nombreux ennemis à ce que j'avais pu comprendre et son collègue en faisait partie. Ou tout du moins ils n'entretenaient pas de bonnes relations. Cela représentait un avantage certain dans ma chasse, toutefois rien ne me garantissait qu'il ait une idée de l'endroit où il se terrait. Je devais rester prudent et attendre que mon interlocuteur vienne à moi, qu'il me parle et se confie. Le moindre détail pouvait avoir son importance et il fallait que je l'écoute avec attention tout en me méfiant. J'aimais être discret et que l'on en apprenne le moins possible à mon compte, c'était le meilleur moyen pour avoir la paix.

Cela ne suffisait cependant pas toujours et juste avant d'entrer dans le bâtiment, je me souvenais soudain du message de Pelletier reçu quelques jours auparavant et auquel je n'avais pas encore daigné répondre. Le ton méprisant qu'il avait employé n'y était pas étranger. Contrairement à lui, je n'étais pas un chien que l'on sifflait pour qu'il accoure avec son os. De plus, la Sicilienne semblait penser que j'avais déjà obtenu des résultats après si peu de temps, ce qui était au mieux absurde, au pire complètement idiot. Je me devais de lui rappeler que je n'étais pas à sa solde et qu'il s'agissait d'un échange de services et non pas d'un mercenariat. J'envoyais donc un mot succinct et m'engouffrais dans les couloirs de l'université à la recherche du bureau de Wintertowne que je trouvais après plusieurs minutes. Arrivé devant sa porte, je frappais quelques coups et entrais lorsqu'une voix m'invita à le faire.


- Monsieur Wintertowne. Je lui serrais la main d'une poignée énergique. Merci de me recevoir.

Je m'installais ensuite dans le fauteuil qu'il m'indiquait en croisant les jambes d'un geste souple. J'acceptais un verre d'eau, le visage fermé et mon regard d'acier parcourant la pièce d'un air vaguement intéressé avant de le fixer sur mon vis-à-vis. Je le dévisageais avec attention à présent, me demandant à qui j'avais à faire. Allait-il être un allié dans les plans que je mettais lentement en place ? La magie, les immortels, les prodiges et les simples êtres humains sans envergure... Tout ceci cohabitait dans ce monde rendu fade depuis le départ de Rose. Peu m'importait qui je devais débusquer ou anéantir pour arriver à mon but, je vivais depuis assez longtemps pour savoir qu'un plan mûrement réfléchi valait toutes les impulsions du monde. Que Wairua me soit utile était une possibilité que je ne devais pas négliger, il me fallait donc mettre mes pièces en place sur l'échiquier dès à présent. Jouer franc-jeu tout en étant fourbe était un art que je maîtrisais depuis longtemps. Manipuler les esprits faibles également, mais je n'étais pas assez stupide pour penser que le professeur faisait parti de cette catégorie. Oh non. Il était définitivement bien plus dangereux que ce que son apparence laissait à penser.
Clyde
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Jeu 5 Avr 2018 - 19:43
Les choses tendaient toujours vers leur inexorable conclusion. Ainsi allait la marche implacable du monde. Tout était en perpétuel mouvement, et ces derniers mois sur Edimbourg l’avaient encore prouvé. Les pions se mettaient en place, des alliances se faisaient et se défaisaient. L’arche était prise dans un tourbillon d’ambition, de vengeances, de coups bas, de sacrifices et de plans. Et la politique n’était qu’un pan visible de cette tempête. Si j’avais émis le vœu de me tenir éloigné le plus que possible de ces fatigantes querelles, le destin en avait décidé autrement. Mais, être au service de Cnossos n’allait pas duré non plus.

Cet accord nous déplaisait trop pour être durable, et viendrait inéluctablement le moment où l’on se séparerait. Restait encore à savoir comment, et il était clair que ni l’un ni l’autre ne souhaitions que cela soit en notre défaveur. Seulement, j’avais peut-être un avantage sur elle : je comptais moins d’ennemis, et étais prêt à me saisir de cette opportunité, le moment venu. En attendant, j’étais toujours coincé avec ces recherches sur le sérum. La disparition de Kassianov suite au vernissage raté du Duc. Je n’allais pas me plaindre de m’être débarrassé de cet indésirable, aussi inutile qu’agaçant. Le coup porté à Cnossos lors de l’arrestation de son mari avait également allégé mon humeur, et ce fut dans ce contexte qu’une demande arriva sur mon bureau.

L’homme affirmait être chargé de chercher le russe et demandait un entretien. Sa mission réelle n’était pas un mystère. Cependant, l’individu attira mon attention. Quelque chose me disait qu’il serait intéressant de le rencontrer, et j’y consentis donc sans grande difficulté. Une autre pièce dans l’échiquier du monde. Mais qui avait également son importance.

Le jour du rendez-vous, mon bureau était comme à son ordinaire : comme un immense chantier en construction. Les étagères étaient remplies de livres, documents et autres objets parfois surprenants. A côté d’une collection de pièces romaines, on pouvait trouver différents os, humains ou non, des flacons contenant divers produits chimiques, des cartes, des boussoles… Le reste de la pièce était dans le même état, et tout était disposé dans ce qui semblait être un désordre improbable, mais qui était en réalité un rangement personnel parfaitement au point. Le bureau en lui-même croulait sous la paperasse, articles, journaux ou autres bouquins. Un mince espace était réservé à mon ordinateur, ainsi qu’à d’éventuelles prises de notes manuelles.

En dehors de mes cours et recherches, la disparation de Kassianov avait doublé ma charge de travail concernant le sérum. Mes heures de sommeil en avaient pâtis, mais j’étais désormais habitué. D’autant que la Duchesse ne semblait plus mettre la priorité sur mes recherches en ce moment, et il ne fallait pas chercher la réponse bien loin. Elle avait d’autres chats à fouetter. Et moi aussi, présentement.

J’invitais le dénommé Montgomery à entrer, et le laissais prendre place après s’être frayé un chemin à travers le capharnaüm de la pièce. Je me levai, mettant de côté les données que j’étais en train de traiter pour poser mon regard morne sur lui.

"Monsieur Montgomery." répondis-je simplement en lui serrant la main, avec beaucoup moins de force, avant de le diriger vers le fauteuil en face de mon bureau.

Retournant à ma place de travail, je lui laissais le soin de me détailler autant qu’il le souhaitait. Je n’avais pas besoin de cela pour commencer à le cerner, et avais intuitivement commencé à le faire au moment où j’avais reçu sa demande. Il reçut un verre d’eau, et j’en profitais pour me refaire un café. Je m’installais tranquillement, avant d’enfin poser mon regard impassible sur lui.

"Puisque vous avez pris la peine de venir jusqu’ici, je vous écoute." Ma tête s’inclina pour le fixer un peu plus intensément. "Et il est inutile de tourner autour du pot avec moi. Venons-en directement aux faits, je vous prie."

Derrière mon visiteur, le fantôme de Joanna se tenait à une certaine distance, une expression indéchiffrable sur son visage. Cet homme ne lui plaisait pas, mais elle se gardait bien de le montrer, consciente que cela allait au-delà de cela. Cette illusion reflétait souvent mon inconscient, raison pour laquelle je n’avais aucune emprise sur elle et étais le seul à pouvoir la voir. Mais pour l’heure, j’étais entièrement concentré sur mon interlocuteur, prêt à écouter ce qu’il allait me dire.
Wairua
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Ven 15 Juin 2018 - 20:39
On peut en apprendre beaucoup sur un homme que l'on rencontre avant même qu'il ait ouvert la bouche. Par sa posture, son regard, sa poignée de main... Celle de mon interlocuteur était d'une mollesse ahurissante, du genre qui met mal à l'aise et donne l'impression de serrer une limace ou une poupée de chiffon. Je ne savais s'il fallait voir là un manque de caractère, mais cette impression était renforcée par son regard aussi terne que celui d'un mort. Il semblait éteint, comme si le propriétaire avait quitté les lieux en ne laissant que le minimum vital pour donner le change. Comme s'il n'était déjà plus complètement de ce monde et avait déjà un pied dans l'au-delà. Une sorte de zombie. Ce genre de créature ne faisait généralement pas long feu si elle croisait ma route. Je les utilisais comme je le pouvais mais je les tuais toujours rapidement parce que j'en avais une sainte horreur. Comment pouvait-on avoir un tant soit peu de respect envers soi lorsqu'on avait le tempérament d'une moule lobotomisée ? Cependant je vivais depuis bien assez longtemps pour ne pas me fier aux apparences, même si celle de Wintertowne était pour le moins dérangeante. Etait-ce un effet de ses liens avec la magie ? Cela ne m'étonnerait même pas.

Ce qui me surprit en revanche fut la fermeté avec laquelle il m'adressa la parole, sans compter son attitude directe. Je m'étais presque attendu à ce qu'il me parle dans un murmure en s'excusant, d'une voix de domestique servile prêt à tout pour rendre son maître heureux. Du moins en apparence, car j'en avais connu des personnages du genre et ils étaient les premiers à vouloir vous planter un poignard dans le dos dès que l'occasion se présentait. Toujours se méfier de ceux qui vous léchaient les bottes avec un peu trop d'entrain. S'ils agissaient de la sorte, c'était souvent pour pouvoir y glisser leurs propres pieds. Quoiqu'il en soit, mon intérêt pour mon vis-à-vis grandit en même temps que ma méfiance. L'image qu'il renvoyait n'était pas tout à fait en accord avec ce qu'il semblait être et je ne devais pas baisser ma garde et me laisser endormir par ce masque. Le regard scrutateur qu'il me lança m'apporta une nouvelle preuve qu'il ne fallait pas le sous-estimer. Je plantais à mon tour mes yeux dans les siens, un bref sourire presque amusé sur les lèvres avant de reprendre une expression neutre. Lentement, je prenais une longue gorgée de mon verre d'eau, buvant plus de la moitié de son contenu, avant de le reposer sur la table d'un air satisfait. Après m'être adossé à la chaise et avoir posé mes mains sur les accoudoirs dans une attitude presque désinvolte, je prenais la parole d'un ton ferme.


- Bien. Je fis une courte pause en hochant la tête avant de reprendre. J'ai été engagé par la Duchesse Lampeduza pour mettre la main sur votre collègue. Bien que je ne puisse vous en révéler la raison, je peux vous certifier qu'il est urgent que je le retrouve. Avez-vous une idée d'où il pourrait se trouver?

Peut-être que lui avouer mes intentions pouvait le décider à me donner certaines informations, mais je préférais garder cette carte sous le coude et tâter le terrain avant. Je n'était pas pressé, j'avais tout mon temps. Wairua n'était que le premier pas sur la première piste et il ne fallait pas l'effrayer. J'avais attendu 20 ans avant d'avoir une sérieuse opportunité de revoir mon âme-sœur, je me devais de ne pas laisser ma folie et mon amour prendre la place dans mon esprit pour me guider. L'ardeur que le souvenir de ma Rose déclenchait en moi était le moteur qui m'avait permis de rester en vie depuis notre séparation. Mais il aurait été dangereux de lui confier les rênes en cet instant. Je me devais de garder la tête froide et mes pensées claires. C'était un de ces moments charnières, la première pierre de la construction de mon plan et au-delà de ma réunion avec ma douce, il fallait que je pense à notre vengeance. Je savais qu'elle devait en rêver elle aussi, je m'imaginais ses iris s'enflammer rien qu'à cette idée.

Bientôt mon amour... Bientôt nous serons réunis et nous pourrons rendre la monnaie de leur pièce à tout ceux qui nous avaient causé du tort. A commencer par cette chienne de sorcière qui aurait le privilège d'avoir la mort la plus lente, la plus douloureuse, la plus atroce que nous ayons jamais infligé à un être humain. Je ressentais déjà l'excitation qui s'emparerait de nous lorsqu'elle verrait le piège se refermer sur elle, impuissante face à notre rage. Cette pensée provoqua des frissons de satisfaction que je ne pus refréner et c'est avec une nouvelle lueur sadique qui n'avait rien à voir avec le décès prochain de Kassianov que j'observais son collègue.
Clyde
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Lun 27 Aoû 2018 - 15:06
Les siècles et les millénaires m’avaient appris à distinguer toutes sortes de personnalités. L’être humain restait malgré tout une énigme fascinante, et continuait à surprendre même les immortels les plus aguerris. Ce qui expliquait sans doute pourquoi nous n’étions pas morts d’ennui depuis tout ce temps. J’avais vu le meilleur comme le pire, et n’éprouvais donc pas de crainte particulière à rencontrer et recevoir l’homme qui se présentait dans mon bureau aujourd’hui. Que pouvait-il m’arriver, au pire ? Je n’avais presque plus de famille à perdre, et le reste de mes amis n’étaient pas du genre à se faire menacer facilement. Je pouvais mourir, même dans les pires souffrances –et je l’avais déjà fait… -, je reviendrai toujours. C’était là ma malédiction et ma bénédiction. Je savais très bien que la vengeance était un plat qui se mangeait froid.

Ce que Montgomery semblait également comprendre. Pas besoin d’être un magicien surpuissant pour sentir qu’il portait le poids d’un sort particulièrement puissant et complexe. Je doutais toutefois qu’il veuille en parler, du moins, pas tout de suite. De toute façon, saisir simplement les contours de ce genre de détails me suffisait en général. J’avais une intuition particulièrement développée, ce qui m’avait toujours aidé lorsque je m’étais intéressé à l’art de la magie. Je ne le pratiquais pas autant que Cnossos, mais mes dons aidant, je n’étais pas complètement ignare non plus à ce sujet. Ce qui pourrait être intéressant, pour la suite de cet entretien.

Je vis que mon attitude n’était pas tout à fait ce à quoi il s’attendait, ce qui m’arracha un sourire en coin. Malgré les années, désarçonner les gens par ma situation restait un petit plaisir. Amusé, ou parfois suffisant. J’avais appris l’humilité, mais également à faire comprendre que je n’étais pas non plus n’importe qui. Je le laissais prendre place, retournant derrière mon bureau pour l’examiner avec attention. Je pris la cafetière, et matérialisais une tasse, autre tour qui intriguait généralement les gens. Mon don d’illusion servait aussi à cela, après tout. Et était très pratique, au demeurant, pour éviter la vaisselle.

"Je vois." répondis-je à la fin de son discours, bien qu’un autre sourire soit brièvement apparu sur mes lèvres. Bien sûr, il ne pouvait pas me dire pourquoi il recherchait Kassianov. Mais la raison était évidente. "Je pense que vous savez déjà que nous travaillions tous les deux pour la Duchesse. Savez-vous sur quoi ?"

C’était une perche tendue pour le mettre dans la confidence. Après tout, je ne m’embarrassais nullement des secrets. Surtout pas après tout ce temps à travailler pour la sorcière, et à sentir notre collaboration s’éroder peu à peu. Et cela aussi, je ne m’en cachais pas. Une lueur apparut dans mon regard, et je me redressai, croisant mes doigts pour continuer :

"Trouver Kassianov ne devrait pas être difficile. Surtout pour moi. Mais visiblement, Cnossos a préféré passer par quelqu’un d’autre…" Et à voir l’air cruel de mon interlocuteur, je comprenais bien pourquoi son choix s’était notamment porté sur lui. Oh, il n’était pas le premier que je croisais de ce genre. Ni le dernier. Et être utilisé alors qu’il avait l’habitude de le faire ne lui plaisait pas, c’était évident. Je l’observais encore quelques instants, silencieux, puis ajoutai finalement : "Je ne porte pas Kassianov dans mon cœur. Mais j’ai des aspirations qui dépassent sa petite personne. Et je crois que c’est également votre cas, non ?"

Je continuais à l’observer calmement. J’étais direct, je l’avais prévenu. Et voyais assez clair dans la situation, malgré mon apparence décrépie et éteinte. Dans un geste tranquille, j’ouvris un de mes tiroirs et en sortis le tarot de ma mère. Usé par ses nombreux tirages, mais toujours aussi imposant. Il disposait de sa propre aura, celle de l’outil qui permettait d’aiguiser mon don d’intuition. Contrairement aux sorcières et sorciers, je n’avais pas besoin de magie pour le faire fonctionner, quoique cela n’était pas inutile de l’utiliser également.

"Je vous fais une démonstration ?" proposai-je avec nonchalance. "C’est à vos risques et périls, cela dit…"

Et je savais qu’il le comprendrait bien. Mais l’attrait que pouvait avoir le Destin était également puissant.
Wairua
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