La chasse est ouverte

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Lun 26 Mar 2018 - 0:35
Le contrat avec la Strega était scellé. Si je souhaitais avoir une chance de revoir ma Rose, je me devais de partir à la recherche de ce Pietro Kassianov. La raison pour laquelle l'immortelle voulait le voir mort m'importait peu. Je n'avais pas besoin d'explications et je me fichais des conséquences que cela pourrait engendrer. Le monde pouvait bien s'écrouler, je m'assiérai pour admirer le spectacle. Leurs petites chamailleries n'étaient que broutilles à mes yeux et seules comptait mon histoire, ma vie et la partie la plus importante qui m'avait été arrachée. Je n'avais jamais eu de scrupules à tuer, ce n'était pas maintenant que je devais le faire pour récupérer ma femme que j'allais en avoir et j'avais étudié le dossier que la sicilienne m'avait confié avec attention. Plusieurs pistes s'offraient à moi et je m'étais décidé à faire une petite visite à un certain Wintertowne, professeur de son état et collaborateur de ma cible. Il était peu probable qu'il me soit d'aucune aide pour retrouver Timekeeper, cependant lors de mes recherches j'avais trouvé des informations qui rendaient le chercheur des plus intéressants pour moi.

Je n'avais que peu de faits concrets, l'homme étant visiblement des plus discrets, cependant il semblait que lui aussi versait dans la magie. Ce qui en faisait à la fois un ennemi et un allié potentiel. Je devais encore savoir ce qu'il en était de ses relations avec la dame Lampeduza, mais c'était bien pour cela que je me rendais présentement à l'université. Il avait été facile d'obtenir un rendez-vous, il avait suffi que je mentionne Kassianov pour que les portes s'ouvrent. Mon fugitif avaient de nombreux ennemis à ce que j'avais pu comprendre et son collègue en faisait partie. Ou tout du moins ils n'entretenaient pas de bonnes relations. Cela représentait un avantage certain dans ma chasse, toutefois rien ne me garantissait qu'il ait une idée de l'endroit où il se terrait. Je devais rester prudent et attendre que mon interlocuteur vienne à moi, qu'il me parle et se confie. Le moindre détail pouvait avoir son importance et il fallait que je l'écoute avec attention tout en me méfiant. J'aimais être discret et que l'on en apprenne le moins possible à mon compte, c'était le meilleur moyen pour avoir la paix.

Cela ne suffisait cependant pas toujours et juste avant d'entrer dans le bâtiment, je me souvenais soudain du message de Pelletier reçu quelques jours auparavant et auquel je n'avais pas encore daigné répondre. Le ton méprisant qu'il avait employé n'y était pas étranger. Contrairement à lui, je n'étais pas un chien que l'on sifflait pour qu'il accoure avec son os. De plus, la Sicilienne semblait penser que j'avais déjà obtenu des résultats après si peu de temps, ce qui était au mieux absurde, au pire complètement idiot. Je me devais de lui rappeler que je n'étais pas à sa solde et qu'il s'agissait d'un échange de services et non pas d'un mercenariat. J'envoyais donc un mot succinct et m'engouffrais dans les couloirs de l'université à la recherche du bureau de Wintertowne que je trouvais après plusieurs minutes. Arrivé devant sa porte, je frappais quelques coups et entrais lorsqu'une voix m'invita à le faire.


- Monsieur Wintertowne. Je lui serrais la main d'une poignée énergique. Merci de me recevoir.

Je m'installais ensuite dans le fauteuil qu'il m'indiquait en croisant les jambes d'un geste souple. J'acceptais un verre d'eau, le visage fermé et mon regard d'acier parcourant la pièce d'un air vaguement intéressé avant de le fixer sur mon vis-à-vis. Je le dévisageais avec attention à présent, me demandant à qui j'avais à faire. Allait-il être un allié dans les plans que je mettais lentement en place ? La magie, les immortels, les prodiges et les simples êtres humains sans envergure... Tout ceci cohabitait dans ce monde rendu fade depuis le départ de Rose. Peu m'importait qui je devais débusquer ou anéantir pour arriver à mon but, je vivais depuis assez longtemps pour savoir qu'un plan mûrement réfléchi valait toutes les impulsions du monde. Que Wairua me soit utile était une possibilité que je ne devais pas négliger, il me fallait donc mettre mes pièces en place sur l'échiquier dès à présent. Jouer franc-jeu tout en étant fourbe était un art que je maîtrisais depuis longtemps. Manipuler les esprits faibles également, mais je n'étais pas assez stupide pour penser que le professeur faisait parti de cette catégorie. Oh non. Il était définitivement bien plus dangereux que ce que son apparence laissait à penser.
Clyde
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Jeu 5 Avr 2018 - 19:43
Les choses tendaient toujours vers leur inexorable conclusion. Ainsi allait la marche implacable du monde. Tout était en perpétuel mouvement, et ces derniers mois sur Edimbourg l’avaient encore prouvé. Les pions se mettaient en place, des alliances se faisaient et se défaisaient. L’arche était prise dans un tourbillon d’ambition, de vengeances, de coups bas, de sacrifices et de plans. Et la politique n’était qu’un pan visible de cette tempête. Si j’avais émis le vœu de me tenir éloigné le plus que possible de ces fatigantes querelles, le destin en avait décidé autrement. Mais, être au service de Cnossos n’allait pas duré non plus.

Cet accord nous déplaisait trop pour être durable, et viendrait inéluctablement le moment où l’on se séparerait. Restait encore à savoir comment, et il était clair que ni l’un ni l’autre ne souhaitions que cela soit en notre défaveur. Seulement, j’avais peut-être un avantage sur elle : je comptais moins d’ennemis, et étais prêt à me saisir de cette opportunité, le moment venu. En attendant, j’étais toujours coincé avec ces recherches sur le sérum. La disparition de Kassianov suite au vernissage raté du Duc. Je n’allais pas me plaindre de m’être débarrassé de cet indésirable, aussi inutile qu’agaçant. Le coup porté à Cnossos lors de l’arrestation de son mari avait également allégé mon humeur, et ce fut dans ce contexte qu’une demande arriva sur mon bureau.

L’homme affirmait être chargé de chercher le russe et demandait un entretien. Sa mission réelle n’était pas un mystère. Cependant, l’individu attira mon attention. Quelque chose me disait qu’il serait intéressant de le rencontrer, et j’y consentis donc sans grande difficulté. Une autre pièce dans l’échiquier du monde. Mais qui avait également son importance.

Le jour du rendez-vous, mon bureau était comme à son ordinaire : comme un immense chantier en construction. Les étagères étaient remplies de livres, documents et autres objets parfois surprenants. A côté d’une collection de pièces romaines, on pouvait trouver différents os, humains ou non, des flacons contenant divers produits chimiques, des cartes, des boussoles… Le reste de la pièce était dans le même état, et tout était disposé dans ce qui semblait être un désordre improbable, mais qui était en réalité un rangement personnel parfaitement au point. Le bureau en lui-même croulait sous la paperasse, articles, journaux ou autres bouquins. Un mince espace était réservé à mon ordinateur, ainsi qu’à d’éventuelles prises de notes manuelles.

En dehors de mes cours et recherches, la disparation de Kassianov avait doublé ma charge de travail concernant le sérum. Mes heures de sommeil en avaient pâtis, mais j’étais désormais habitué. D’autant que la Duchesse ne semblait plus mettre la priorité sur mes recherches en ce moment, et il ne fallait pas chercher la réponse bien loin. Elle avait d’autres chats à fouetter. Et moi aussi, présentement.

J’invitais le dénommé Montgomery à entrer, et le laissais prendre place après s’être frayé un chemin à travers le capharnaüm de la pièce. Je me levai, mettant de côté les données que j’étais en train de traiter pour poser mon regard morne sur lui.

"Monsieur Montgomery." répondis-je simplement en lui serrant la main, avec beaucoup moins de force, avant de le diriger vers le fauteuil en face de mon bureau.

Retournant à ma place de travail, je lui laissais le soin de me détailler autant qu’il le souhaitait. Je n’avais pas besoin de cela pour commencer à le cerner, et avais intuitivement commencé à le faire au moment où j’avais reçu sa demande. Il reçut un verre d’eau, et j’en profitais pour me refaire un café. Je m’installais tranquillement, avant d’enfin poser mon regard impassible sur lui.

"Puisque vous avez pris la peine de venir jusqu’ici, je vous écoute." Ma tête s’inclina pour le fixer un peu plus intensément. "Et il est inutile de tourner autour du pot avec moi. Venons-en directement aux faits, je vous prie."

Derrière mon visiteur, le fantôme de Joanna se tenait à une certaine distance, une expression indéchiffrable sur son visage. Cet homme ne lui plaisait pas, mais elle se gardait bien de le montrer, consciente que cela allait au-delà de cela. Cette illusion reflétait souvent mon inconscient, raison pour laquelle je n’avais aucune emprise sur elle et étais le seul à pouvoir la voir. Mais pour l’heure, j’étais entièrement concentré sur mon interlocuteur, prêt à écouter ce qu’il allait me dire.
Wairua
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Ven 15 Juin 2018 - 20:39
On peut en apprendre beaucoup sur un homme que l'on rencontre avant même qu'il ait ouvert la bouche. Par sa posture, son regard, sa poignée de main... Celle de mon interlocuteur était d'une mollesse ahurissante, du genre qui met mal à l'aise et donne l'impression de serrer une limace ou une poupée de chiffon. Je ne savais s'il fallait voir là un manque de caractère, mais cette impression était renforcée par son regard aussi terne que celui d'un mort. Il semblait éteint, comme si le propriétaire avait quitté les lieux en ne laissant que le minimum vital pour donner le change. Comme s'il n'était déjà plus complètement de ce monde et avait déjà un pied dans l'au-delà. Une sorte de zombie. Ce genre de créature ne faisait généralement pas long feu si elle croisait ma route. Je les utilisais comme je le pouvais mais je les tuais toujours rapidement parce que j'en avais une sainte horreur. Comment pouvait-on avoir un tant soit peu de respect envers soi lorsqu'on avait le tempérament d'une moule lobotomisée ? Cependant je vivais depuis bien assez longtemps pour ne pas me fier aux apparences, même si celle de Wintertowne était pour le moins dérangeante. Etait-ce un effet de ses liens avec la magie ? Cela ne m'étonnerait même pas.

Ce qui me surprit en revanche fut la fermeté avec laquelle il m'adressa la parole, sans compter son attitude directe. Je m'étais presque attendu à ce qu'il me parle dans un murmure en s'excusant, d'une voix de domestique servile prêt à tout pour rendre son maître heureux. Du moins en apparence, car j'en avais connu des personnages du genre et ils étaient les premiers à vouloir vous planter un poignard dans le dos dès que l'occasion se présentait. Toujours se méfier de ceux qui vous léchaient les bottes avec un peu trop d'entrain. S'ils agissaient de la sorte, c'était souvent pour pouvoir y glisser leurs propres pieds. Quoiqu'il en soit, mon intérêt pour mon vis-à-vis grandit en même temps que ma méfiance. L'image qu'il renvoyait n'était pas tout à fait en accord avec ce qu'il semblait être et je ne devais pas baisser ma garde et me laisser endormir par ce masque. Le regard scrutateur qu'il me lança m'apporta une nouvelle preuve qu'il ne fallait pas le sous-estimer. Je plantais à mon tour mes yeux dans les siens, un bref sourire presque amusé sur les lèvres avant de reprendre une expression neutre. Lentement, je prenais une longue gorgée de mon verre d'eau, buvant plus de la moitié de son contenu, avant de le reposer sur la table d'un air satisfait. Après m'être adossé à la chaise et avoir posé mes mains sur les accoudoirs dans une attitude presque désinvolte, je prenais la parole d'un ton ferme.


- Bien. Je fis une courte pause en hochant la tête avant de reprendre. J'ai été engagé par la Duchesse Lampeduza pour mettre la main sur votre collègue. Bien que je ne puisse vous en révéler la raison, je peux vous certifier qu'il est urgent que je le retrouve. Avez-vous une idée d'où il pourrait se trouver?

Peut-être que lui avouer mes intentions pouvait le décider à me donner certaines informations, mais je préférais garder cette carte sous le coude et tâter le terrain avant. Je n'était pas pressé, j'avais tout mon temps. Wairua n'était que le premier pas sur la première piste et il ne fallait pas l'effrayer. J'avais attendu 20 ans avant d'avoir une sérieuse opportunité de revoir mon âme-sœur, je me devais de ne pas laisser ma folie et mon amour prendre la place dans mon esprit pour me guider. L'ardeur que le souvenir de ma Rose déclenchait en moi était le moteur qui m'avait permis de rester en vie depuis notre séparation. Mais il aurait été dangereux de lui confier les rênes en cet instant. Je me devais de garder la tête froide et mes pensées claires. C'était un de ces moments charnières, la première pierre de la construction de mon plan et au-delà de ma réunion avec ma douce, il fallait que je pense à notre vengeance. Je savais qu'elle devait en rêver elle aussi, je m'imaginais ses iris s'enflammer rien qu'à cette idée.

Bientôt mon amour... Bientôt nous serons réunis et nous pourrons rendre la monnaie de leur pièce à tout ceux qui nous avaient causé du tort. A commencer par cette chienne de sorcière qui aurait le privilège d'avoir la mort la plus lente, la plus douloureuse, la plus atroce que nous ayons jamais infligé à un être humain. Je ressentais déjà l'excitation qui s'emparerait de nous lorsqu'elle verrait le piège se refermer sur elle, impuissante face à notre rage. Cette pensée provoqua des frissons de satisfaction que je ne pus refréner et c'est avec une nouvelle lueur sadique qui n'avait rien à voir avec le décès prochain de Kassianov que j'observais son collègue.
Clyde
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Lun 27 Aoû 2018 - 15:06
Les siècles et les millénaires m’avaient appris à distinguer toutes sortes de personnalités. L’être humain restait malgré tout une énigme fascinante, et continuait à surprendre même les immortels les plus aguerris. Ce qui expliquait sans doute pourquoi nous n’étions pas morts d’ennui depuis tout ce temps. J’avais vu le meilleur comme le pire, et n’éprouvais donc pas de crainte particulière à rencontrer et recevoir l’homme qui se présentait dans mon bureau aujourd’hui. Que pouvait-il m’arriver, au pire ? Je n’avais presque plus de famille à perdre, et le reste de mes amis n’étaient pas du genre à se faire menacer facilement. Je pouvais mourir, même dans les pires souffrances –et je l’avais déjà fait… -, je reviendrai toujours. C’était là ma malédiction et ma bénédiction. Je savais très bien que la vengeance était un plat qui se mangeait froid.

Ce que Montgomery semblait également comprendre. Pas besoin d’être un magicien surpuissant pour sentir qu’il portait le poids d’un sort particulièrement puissant et complexe. Je doutais toutefois qu’il veuille en parler, du moins, pas tout de suite. De toute façon, saisir simplement les contours de ce genre de détails me suffisait en général. J’avais une intuition particulièrement développée, ce qui m’avait toujours aidé lorsque je m’étais intéressé à l’art de la magie. Je ne le pratiquais pas autant que Cnossos, mais mes dons aidant, je n’étais pas complètement ignare non plus à ce sujet. Ce qui pourrait être intéressant, pour la suite de cet entretien.

Je vis que mon attitude n’était pas tout à fait ce à quoi il s’attendait, ce qui m’arracha un sourire en coin. Malgré les années, désarçonner les gens par ma situation restait un petit plaisir. Amusé, ou parfois suffisant. J’avais appris l’humilité, mais également à faire comprendre que je n’étais pas non plus n’importe qui. Je le laissais prendre place, retournant derrière mon bureau pour l’examiner avec attention. Je pris la cafetière, et matérialisais une tasse, autre tour qui intriguait généralement les gens. Mon don d’illusion servait aussi à cela, après tout. Et était très pratique, au demeurant, pour éviter la vaisselle.

"Je vois." répondis-je à la fin de son discours, bien qu’un autre sourire soit brièvement apparu sur mes lèvres. Bien sûr, il ne pouvait pas me dire pourquoi il recherchait Kassianov. Mais la raison était évidente. "Je pense que vous savez déjà que nous travaillions tous les deux pour la Duchesse. Savez-vous sur quoi ?"

C’était une perche tendue pour le mettre dans la confidence. Après tout, je ne m’embarrassais nullement des secrets. Surtout pas après tout ce temps à travailler pour la sorcière, et à sentir notre collaboration s’éroder peu à peu. Et cela aussi, je ne m’en cachais pas. Une lueur apparut dans mon regard, et je me redressai, croisant mes doigts pour continuer :

"Trouver Kassianov ne devrait pas être difficile. Surtout pour moi. Mais visiblement, Cnossos a préféré passer par quelqu’un d’autre…" Et à voir l’air cruel de mon interlocuteur, je comprenais bien pourquoi son choix s’était notamment porté sur lui. Oh, il n’était pas le premier que je croisais de ce genre. Ni le dernier. Et être utilisé alors qu’il avait l’habitude de le faire ne lui plaisait pas, c’était évident. Je l’observais encore quelques instants, silencieux, puis ajoutai finalement : "Je ne porte pas Kassianov dans mon cœur. Mais j’ai des aspirations qui dépassent sa petite personne. Et je crois que c’est également votre cas, non ?"

Je continuais à l’observer calmement. J’étais direct, je l’avais prévenu. Et voyais assez clair dans la situation, malgré mon apparence décrépie et éteinte. Dans un geste tranquille, j’ouvris un de mes tiroirs et en sortis le tarot de ma mère. Usé par ses nombreux tirages, mais toujours aussi imposant. Il disposait de sa propre aura, celle de l’outil qui permettait d’aiguiser mon don d’intuition. Contrairement aux sorcières et sorciers, je n’avais pas besoin de magie pour le faire fonctionner, quoique cela n’était pas inutile de l’utiliser également.

"Je vous fais une démonstration ?" proposai-je avec nonchalance. "C’est à vos risques et périls, cela dit…"

Et je savais qu’il le comprendrait bien. Mais l’attrait que pouvait avoir le Destin était également puissant.
Wairua
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Dim 30 Sep 2018 - 23:56
Cette manie irritante qu'avaient certaines personnes de faire les intéressantes commençait à mettre mes nerfs à vif. Mon vis-à-vis n'échappait visiblement pas à cette mode ridicule de se montrer et lorsqu'une tasse apparu dans sa main, j'eus toutes les peines du monde à ne pas faire entendre un claquement de langue agacé. Un monde de clowns, voilà ce à quoi je devais faire face chaque jour. Ce que je devais combattre pour garder un tant soit peu de santé mentale. Ô ma belle Rose, étais-tu aussi désespérée que moi de voir la pourriture envahir tout ce qui nous entourait ? Qui aurait pu nous reprocher d'apporter notre contribution dans une purge nécessaire de cette civilisation décadente ? Les insignifiants comme les puissants n'avaient plus aucune valeur, plus aucun intérêt, plus aucune distinction. Armageddon n'avait pas réussi à nettoyer en profondeur la crasse humanoïde qui rampait à la surface de la Terre. Il n'avait fait que la propulser dans les airs, elle espérant sûrement en secret de pouvoir l'envoyer assez loin pour que jamais plus il ne vienne la détruire. Et pour terminer le travail, elle s'était infligé un cancer long et douloureux qui lui prendrait des siècles à vaincre. Et elle priait peut-être que, d'ici-là, nous l'aurions oublié. Elle aurait dû abandonner ses prières et vendre son âme au diable, car en voyant ce qui m'entourait, je savais qu'elle était déjà éternellement condamnée.

Perdu dans mes pensées, certains auraient dit « divagations », j'eus toutes les peines du monde à me concentrer sur la réponse de Wairua. J'en saisis toutefois l'essentiel et laissait un fin sourire se dessiner sur mes lèvres. J'avais beau exécrer la Strega, le rapport qu'elle m'avait confié sur ma cible était des plus complets. Je savais qu'elle était la teneur des travaux de Kassianov et de Wintertowne, même si elle ne m'avait laissé entrevoir qu'une infime partie de ce qu'elle manigançait, j'en étais sûr. Le sujet était intéressant dans l'absolu, mais la commanditaire de ces recherches jetait immédiatement un froid quand à l'utilisation qu'elle pourrait en faire. Ne plus subir de crise cardiaque serait un atout indéniable mais le risque que l'on me double et que l'on m'ôte mes pouvoirs était trop grand pour que je ne sois pas méfiant. Et puis toutes ces nouvelles... technologies. Je regrettais le bon vieux temps où toutes les interactions, criminelles ou non, se faisaient face à face. Où l'on passait par un réseau pour trouver des informations et non pas par internet, cet outil qui ramollissait les mollusques humains déjà dégénérescent. Où l'on faisait confiance à son intelligence et à son instinct pour juger à qui on avait à faire. La méthode que j'employais actuellement pour savoir jusqu'à quel point le professeur pensait pouvoir me mener par le bout du nez.


- Un sérum pour limiter, voir éradiquer les effets secondaires dû à l'utilisation des dons chez les prodiges. L'élimination de ces dons également.

Je gardais une expression neutre, ni victorieuse, ni hautaine et l'observais se redresser, une lueur nouvelle dans le regard. Tiens donc, était-il possible qu'il reste un fond de vie dans cette misérable carcasse qui lui servait de corps ? En tous les cas la direction que prenait notre entretien semblait lui avoir redonné un coup de fouet et je l'écoutais m'avouer qu'il pourrait retrouver ma cible sans souci même si la sorcière avait préféré me contacter. Son assurance m'indifférait mais cela ne m'étonnait qu'à moitié qu'on ne lui ait pas confié cette mission au vu de ce que je voyais se dessiner. Cnossos et lui ne se faisaient visiblement pas confiance, et à mon humble avis, à raison. Un nouvel ennemi, un nouvel avantage pour mes affaires.

- Sûrement pour ne pas vous faire perdre votre précieux temps. J'ai dans l'idée que la... Duchesse... aime que ses collaborateurs s'en tiennent à la tâche qu'elle leur a assigné.

Je profitais d'une pause dans son discours pour terminer mon verre d'eau. Je m'adossais à nouveau pour reprendre la même position que j'arborais quelques secondes auparavant et lui lançais un regard d'acier lorsqu'il me confirma qu'il n'aimait pas Timekeeper. Quelle révélation.

- Des aspirations qui concernent vos recherches ?

La réponse en soit m'importait peu à vrai dire, mais elle m'aiderait à cerner le caractère de l'homme assis en face de moi. Qui pensait apparemment que nous avions atteint le stade des confidences dans notre discussion. Quel sot. Il était hors de question que je lui donne des armes contre moi en lui dévoilant des détails sur l'accord que j'avais passé avec notre « amie » commune. Et je me faisais un plaisir de le lui rappeler de manière directe tout en remettant la conversation sur de bonnes rails. Je n'étais pas venu pour perdre mon temps à divaguer avec un magicien à moitié mort et le ton de ma voix, cassant, ne laissait place à aucun doute malgré mon large sourire.

- Mes aspirations importent peu M. Wintertowne. Je suis venu pour récolter des informations sur votre collègue, pas pour refaire le monde en votre compagnie.

Je n'avais pourtant pas pu l'arrêter dans son élan et voilà qu'il sortait un tarot de son tiroir. Je me mordis violemment l'intérieur des joues pour ne pas lever les yeux au ciel devant tant de mysticisme, sans pour autant réussir à calmer mon regard excédé. Comment étais-je censé garder ma folie à distance lorsque le monde s'évertuait à me rendre dingue ? Mais c'était à se demander qui était le plus fou entre lui et moi, car me proposer une démonstration de ses talents de diseuse de bonne aventure n'était pas des plus futés. M'assurer de mes retrouvailles avec ma douce Rose pouvait être tentant une fraction de seconde, mais je n'avais pas de temps à perdre avec ces absurdités et je le fis savoir en employant un ton ironique.

- Est-ce que vos cartes vont me donner l'adresse exacte ou se trouve M. Kassianov ?

J'en doutais grandement et n'étais pas intéressé à ce que l'on lise mon avenir. Qu'allait-il me sortir ensuite de son chapeau haut-de-forme de prestidigitateur ? Une boule de cristal ? Du marc de café ? Allait-il lire les lignes de ma main ? Qu'il essaie seulement et je lui arracherais les doigts avant de lui couper la main. Ma patience avait des limites que M. Wintertowne atteignait dangereusement.
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Lun 15 Oct 2018 - 18:22
La magie était un art auquel on était sensible et initié. Ou non. Et, comme toute chose, lorsqu’on ne connaissait pas, on dénigrait. Preuve, s’il en était, que mon interlocuteur n’en restait pas moins encore jeune. Malgré une opinion fortement arrêtée, et qui s’exprimait dans toute son attitude et en partie dans ses paroles. Peu importe, ce n’était pas le premier ni le dernier que je rencontrais. Des comme lui, j’en avais déjà croisés. Et, depuis le temps, j’avais appris à me contreficher de leur opinion sur ma personne. A quoi bon ? Nous finirons tous les deux par n’être que poussière, un jour ou l’autre. Et lui certainement avant moi…

"C’est un projet que se disputent plusieurs personnes et groupes actuellement. Et un sujet prometteur. D’où le fait que la Duchesse se montre aussi à cran là-dessus. Et que tous les coups sont permis, même dans son rang."

Moi y compris. Même si, dans le fond, je ne souhaitais que l’aboutissement du projet pour des personnes comme Riley ou Sveda, qu’un tel sérum pourrait vraiment aider. Dans mon cas, il était bien trop tard. Et dans les mauvaises mains… Disons que j’avais autre chose à faire que de m’occuper de mégalos narcissiques, actuellement ou en général.

J’esquissais un nouveau sourire. Notre collaboration avec la Duchesse n’était au goût d’aucun de nous, c’était évident. Une autre faille à laquelle la Sorcière n’avait sans doute pas songé. Ou elle avait estimé cela assez peu dangereux. Pourtant, ni ce Montgomery ni moi n’étions des personnes prévisibles, ou conventionnelles.

"Maurice vous contactera régulièrement. Vous pouvez l’ignorer ou non, dans la limite de la patience de la Duchesse. Ou selon ses contrariétés." Je bus un peu de mon café, fixant un instant la paperasse sur mon bureau. "Peut-être. Mon but est de pouvoir y retourner, dans l’absolu. Sans me tracasser de ces chamailleries."

Mon regard se concentra sur lui. Il pouvait bien faire son mystérieux et me ramener à des considérations plus terre-à-terre, il n’en restait pas moins lisible. Que croyait-il ? Que je m’amusais à jouer aux échecs ? A ce jeu, j’avais toujours plusieurs tours d’avance. Et c’en était devenu depuis longtemps lassant. Refaire le monde… J’avais arrêté depuis un moment. Cela me surprenait, d’ailleurs, qu’il n’ait pas encore compris. Peut-être ne ressentait-il pas la folie que je gardais en moi. Et qui me rendait si sensible à la sienne. Mais je la supportais sans doute depuis plus longtemps que lui. Il ne voyait pas plus large que son objectif, obnubilé par sa vengeance. Quoique, j’acceptais l’idée de pouvoir encore être surpris. Je soupirai et reposais ma tasse.

"Si vous le dites."

Puisqu’il voulait jouer sur ce terrain. Sa réaction face au tarot aurait été amusante, si j’avais encore eu envie de le faire. L’exaspération de son ton me confirma que sa patience atteignait ses limites, et, en d’autres circonstances, j’aurais été ravi de jouer avec. Et peut-être que c’était ce que j’allais faire, mais d’une façon plus constructive. Je continuais tranquillement à battre le jeu, sans réagir ni lui accorder d’attention, le temps de me concentrer.

"Laissez-moi vous montrer."

L’instant d’après, la pièce disparut entièrement. Et moi de même, pour mon interlocuteur. L’obscurité ne dura pas longtemps, et il se retrouva très vite dans un autre décor. Dans un désert aride, face à une cité antique, le soleil tapant sur sa peau comme un coup en plein estomac. Puis, les environs changèrent à nouveau. Dans un palais oriental, en pleine fête. Puis, sur une embarcation polynésienne, en pleine tempête. Au milieu d’une foule dense en Inde. En pleine bataille au Moyen-Âge. Durant un massacre d’indiens. En train de se noyer, une pierre autour du cou. Tout défila encore plus vite, et, en l’espace de quelques instants, il eut le plaisir de ressentir ce que cela faisait, de mourir plusieurs fois. De vivre, plusieurs fois. Et souffrir, encore et encore. Tout tourbillonna, jusqu’à finalement s’arrêter sur une dernière image. Une pièce, où il se croyait en sécurité. La peur pourtant, lui prenait aux tripes. Il n’avait pas pu se cacher aussi loin qu’il le pouvait, mais espérait que cela suffirait pour échapper à la Sorcière. Puis, il eut la sensation que quelqu’un était en train de le surveiller…

L’instant d’après, le bureau réapparut. J’étais encore en train de boire mon café, comme si rien ne s’était passé. Et pour cause, il avait simplement eu un aperçu de mon quotidien. De ces souvenirs qui me faisaient peu à peu sombrer dans la folie. Et de l'indifférence qu'il m'inspirait, en regard de tous ces siècles. Je poussais un papier dans sa direction.

"L’adresse exacte. Plus pratique que la réponse brute des cartes, j’en conviens." La carte que j’avais tournée se dévoila devant lui, flottant à quelques centimètres de son visage. Le Fou. Ce que nous étions, tous les deux. "Que vous y croyez ou non, M. Montgomery, vous côtoyer des gens qui pratiquent la magie. Et pas pour l’esbroufe. Je n’ai rien à vous prouver, et répond simplement à votre demande. Mais, mes semblables et moi pouvons faire encore davantage. Vous en savez quelque chose."

Je le fixais un peu plus intensément encore.

"Nous avons peu en commun, et ne poursuivons pas le même but. Néanmoins, je crois que nous savons tous les deux saisir une opportunité qui se présente à nous. Faites-en ce que vous voulez. Peu m’importe." Je terminai ma tasse et cette dernière s’évapora. "Mais, nous avons tout de même certaines ressemblances, contrairement à tout ce que vous semblez penser."

Comparé au reste, à mes vies. Il était insignifiant. Mais nous l’étions tous.
Wairua
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