Viendra, viendra pas? | Léopoldine

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Ven 2 Mar 2018 - 2:35
Bordel, ce que les gens sont naïfs. C'est fou le nombre de choses qu'on garde sur un ordinateur en pensant qu'ils étaient en sécurité. C’était la pensée qui tournait en boucle dans ma tête, à l’heure actuelle. La seconde, c'était le constat navrant qui me frappait peu à peu : les gens, la plupart du moins, sont tristement prévisibles. Assis dans un fauteuil, les yeux fermés, j’étais en train d’explorer le monde numérique en me plongeant dans la vie personnelle de mes voisins d’hôtel. Ça ne faisait jamais de mal, et ça me permettait de renforcer mes dons par la même occasion. En l’absence d’un professeur, il fallait bien que je me débrouille seul à ce niveau-là. Ce que je découvrais chaque jour me plaisait. Pour un type de mon genre (un connard manipulateur, donc), mon pouvoir était une mine d’or et un véritable don du ciel. Dire que j’aurais pu me retrouver avec la capacité de faire pousser les plantes ou celle de détruire des immeubles rien qu’avec le son de ma voix. Ce qui a moins d’être un putain d’écolo ou bien un tyran psychopathe, ne sert strictement à rien. J’ai ma part de défauts, très clairement, mais je n’en suis pas encore là. Un monde mort est un monde inutile. Et puis, ça veut dire qu’il aurait fallu que je reste muet, et sans nul doute, ça aurait été une perte immense pour le monde du sarcasme et celui de la séduction.

Je fronce les sourcils. La douleur pointe le bout de son nez. Il fallait s’y attendre... C’est agaçant, ces migraines à répétitions. Cela dit, on m’avait prévenu. Me faire greffer cet implant à la fois suppresseur et amplificateur de pouvoir aurait ces conséquences. La douleur atroce qui peut se manifester sans préavis et durer de quelques minutes a des journées entières, se révèle handicapante. Mais c’est un prix que j’accepte de payer si ça peut me permettre de maîtriser mon don. J’avais considéré de consulter un neurologue radié de l’ordre des médecins suite à ses expériences douteuses… il aurait été, selon lui, en mesure d’inhiber la zone liée à la douleur, au cœur même de mon cerveau. Le risque de finir comme un légume si jamais je lui servais de cobaye m’avait refroidi. J’avais besoin de mon cerveau en forme. Et le type était clairement trop instable pour que je lui laisse un objet aussi précieux entre les mains. Je le gardais sous le coude, au cas où il fasse une percée monumentale : sait-on jamais.


- Monsieur, il est l’heure.

La voix d’Ezekiel me ramène à la réalité, et j’ouvre les yeux. Il me tends mon téléphone portable. 16h passées. J’avais beau ne pas avoir loin à aller, il était hors de question que j’arrive moins de quinze minutes en avance au rendez-vous qui m’attendait. Cette rencontre, si tant est qu’elle ait lieu, pourrait m’apporter gros. Il y avait peu de probabilité que cela tourne de la manière idéale, mais le risque était minime. Le jeu en valait la chandelle.

J’allais rencontrer, avec un peu de chance, Mademoiselle Léopoldine Sheller. Je l’attendrais, en tous les cas, espérant que mon mot ait éveillé assez de curiosité. Une déclaration d’amour pensée suffisamment sobre pour contraster avec ce que les gens avaient appris de moi à la télévision, dans les journaux. Une rose, une seule, pas un bouquet. Un bouquet aurait été trop ostensible. Et j’avais besoin qu’elle ne m’envisage pas totalement comme un frimeur. J’avais besoin… d’une parcelle de doute. Rien qu’une minuscule parcelle.

Il y avait quelques temps que je réfléchissais à assagir mon image. Être le petit prince scandaleux, c’est amusant, sans aucun doute. Mais il me manquait l’avantage de la discrétion. J’avais longtemps joué, surfé sur cette réputation de jeune arrogant et écervelé, de coureur de jupons, de baiseur en série. Être le petit con de service avait été utile, dans un premier temps. Surtout à New Victoria, quand j’avais encore tout à prouver. Quand je n’étais que le fils de mon père. Maintenant que j’étais directeur adjoint de Franklin Financial écossaise, j’avais besoin de moins de… désinvolture. Il fallait qu’on me fasse confiance. Et c’était de Walter que je l’avais appris. A le regarder, droit dans ses bottes, désespérément honnête, j’avais compris que c’était un homme comme lui qu’il fallait que je devienne. Oh, rien qu’en apparence, ça suffirait bien. J’avais besoins de partenaires financiers, et je ne les obtiendrais pas en était un insupportable connard. Autant changer de méthode.

J’avais un instant pensé à Lotte Hofmeister pour le rôle que j’allais proposer, sans le lui dire, à Miss Sheller. Mais Lotte et moi, on était trop semblables. Elle était trop mesquine, trop scandaleuse… et surtout trop mariée pour que notre partenariat fonctionne correctement. Non. Il me fallait une gentille fille. Jolie, mais pas décadente. Une nana qui n’avait rien à voir avec les intrigues de cour d’Edimbourg. Quelqu’un au bras de qui je ferais bonne impression. J’avais écarté les femmes de la haute société de l’Arche Ecossaise. Sûr qu’elles attireraient les emmerdes. Non, quelqu’un hors des complots. Une âme pure.

Pourquoi Léopoldine Sheller ? Honnêtement, ça c’était joué à rien. Je l’avais aperçue au vernissage de Lampeduza. Une jolie nénette. Après quelques recherches, il s’était avéré qu’elle avait le profil idéal. Potentiellement épargnée par ma réputation, je m’attendais à ce qu’elle ait, au moins, quelques recherches. Elle arriverait sans doute méfiante, mais avec un peu de chance, pas assez pour avoir des barrières qui me résisteraient. Le but : jouer celui qui découvrait l’amour, et le libertin repenti. Une histoire d’amour avec une gentille fille ne ferait qu’améliorer ma réputation, si je jouais mes cartes avec suffisamment de doigté... et de doigté, je n’en étais pas dénué. Au pire, elle refusait d’avoir affaire à moi. L’impact était ridicule par rapport à ce que je gagnerais si tout se déroulait comme prévu. La règle de base du trader efficace : ne pas avoir peur de prendre des risques, tout en maîtrisant les conséquences.
Ça valait le coup de tenter.

Le challenge était donc de jouer une version de moi-même qui soit un brin, rien qu’un brin, sympathique. Ou qui en ait le potentiel, en tous les cas. D’où le rendez-vous dans un lieu public et fréquenté, en pleine après-midi qui plus est. Le cadre était moins menaçant dans un salon de thé à 17h, que dans un bar lounge en début de soirée. Enfin. Je n’était même pas certain qu’elle viendrait. Mais j’allais définitivement l’attendre.

Impeccable dans un costume Ralph Lauren (Chanel est réservé aux grandes occasions, Armani à la séduction. Ralph Lauren, c’était le croisement parfait entre classe et sobriété. Réserve, presque.) je m’installe à une table un peu à l’écart du Peacok Alley, le salon de thé situé au rez-de-chaussée du Caledonian, l’hôtel où je réside. Juste ce qu’il faut pour avoir un peu de discrétion sans être coupés des autres. Et là, accompagné d’un livre d’Adam Smith, il ne me reste plus qu’à attendre.
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Lun 2 Avr 2018 - 23:11
*Qu’est-ce que je fais là déjà moi ?*

Léopoldine serrait les mains sur la lanière de son sac. Elle n’aurait jamais dû se trouver ici, à cette heure, se préparant à faire ce qu’elle allait faire. C’était insensé, c’était stupide. Cela allait contre tout ce dont en quoi elle croyait. Mais elle était là. Enfin, en chemin, vers cet inconnu qui avait eu l’idée franchement saugrenue de lui adresser ce qu’on pourrait qualifier de …billet doux. Franchement, qui envoyait des lettres de ce genre à une parfaite inconnue le jour de la St Valentin, qui ? Léo devait bien avouer quelque chose : elle ne s’attendait certainement pas à ça. Comme beaucoup de gens, quand elle était enfant elle avait rêvé du prince charmant. Parfois elle se souvenait de la manière dont elle se représentait l’homme de sa vie. Le physique était toujours très flou, mais certains critère ne changeaient jamais : Il serait gentil, il aurait une voix douce, de bonnes manières et des réserves infinies de patience. Puis Adèle était née et elle avait dû s’occuper de choses beaucoup plus urgentes.

En parlant d’Adèle, heureusement qu’elle n’avait pas vu la lettre, sinon, Léo n’aurait jamais eu la paix. Dès qu’elle avait parcouru ces mots du regard, elle avait trouvé un petit coin discret où cacher la lettre compromettante et n’en avait parlé à personne. Même pas à son frère. Elle aurait peut-être dû. Après tout, qui lui disait que l’homme qui l’attendait n’était pas un dangereux tuer en série qui utilisait ce genre de stratagème pour séduire d’inoffensive jeunes filles avant de les démembrer dans un sous-sol sale ? Non, c’était un jeune homme aisé, ce sous-sol devait être propre. Ou alors, il possédait une chambre froide pour stocker les corps. Peut-être était-il cannibale ?

D’ailleurs, au début, Léo ne voulait pas y aller à ce rendez-vous. Mais, en y pensant, elle s’était sentie coupable. Elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer le malheureux, attendant en vain à sa table, seul. Le serveur finirait pas lui dire de partir, alors il s’en irait, solitaire. Léo ne pouvait pas faire ça à un malheureux inconnu tout de même ! Le pauvre. Il lui avait écrit le jour de la saint-Valentin, peut-être était-ce le genre d’individu qui croyait encore au coup de foudre ? Mais quelque part en elle, une petite voix lui disait de rester vigilante et d’être toujours sur ses gardes. Elle avait fait ses recherches, et franchement l’individu qu’elle allait rencontrer n’avait pas du tout l’image d’un être éperdu de romantisme. Mais Léo ne pouvait pas encore juger, après tout, elle ne l’avait jamais rencontré!

Encore pleine de doutes, elle avait décidé de se rendre au rendez-vous. Pour l’occasion, elle avait mis une robe noire très simple qui arrivait au niveau des genoux avec un col blanc assorti à l’extrémité des manches. Ses souliers étaient plats mais vernis et brossés. Elle avait enfilé un manteau gris légèrement ample et choisit un petit sac à main noir. Elle avait coiffé ses cheveux en chignon, comme d’habitude mais mis un rose léger sur ses lèvres et ourlé ses grands yeux bleus d’un discret trait de gris. C’était élégant et sobre, plutôt approprié pour un rendez-vous d’affaires, cela serait parfait. Elle ne voulait pas que son interlocuteur se fasse des idées.

C’est ainsi que Léo se présenta, pile à l’heure, devant le drôle d’énergumène qui avait décidé de lui envoyer une lettre. Elle le salua de la tête avant de se présenter.

-Enchantée, je m’appelle Léopoldine Sheller, mais vous semblez déjà le savoir.

Oui, s’il lui avait écrit. Mais que voulez-vous, elle n’était franchement pas sur son terrain de prédilection. Mais alors pas du tout.

- Je voulais vous remercier, pour votre carte et la fleur. C’était très gentil. En revanche, je ne crois pas avoir vraiment saisi vos intentions, pourriez-vous m’éclairer à ce propos ?

C’était poli, mais direct. Et Léo allait enfin savoir à quoi s’en tenir.
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Sam 14 Avr 2018 - 19:53
Je n'avais pas eu à attendre très longtemps. Elle était venue, cette gentille petite. En avais-je douté? Ooooh, oui. Si j'avais tenté de séduire une greluche au nez poudré et au cerveau vide, il n'y aurait pas eu de challenge. Ce genre de nana, je n'avais qu'à claquer des doigts pour l'obtenir. Elles se donnaient à n'importe qui, alors un type riche, connu pour ses frasques, et qui en plus pouvait fournir la coke pour la soirée... leurs strings pseudos chics vendus par pack de trois tombaient pour moins que ça. Non, le véritable défi, c'était les nanas intelligentes. Celles qui, comme ma petite Dahlia, avaient jugé qu'une nuit en ma compagnie ne valait pas de se faire déshonorer dans les torchons du soir. Celles qui, à l'instar de la jolie Lotte, avaient compris que j'avais beau être bon en tant qu'amant, j'étais probablement encore meilleur en tant qu'associé. Et, mieux encore, les nanas tellement pures qu'elles n'avaient rien à faire dans mon sillage. Je pensais Miss Sheller de celles-là. Sa venue n'en était que plus plaisante.

Oh, détrompez-vous, je n'avais aucune intention de noircir son âme, au contraire. Plus elle resterait blanche et lumineuse, plus son aura éclaircirait la mienne. Je n'avais aucun intérêt à la rendre aussi sombre que moi. Et puis... j'avais déjà donné, ça ne m'amusait plus. J'avais quelque fois pris plaisir à regarder un ange qui, sous mes mains, s'avilissait, toujours plus, jusqu'à devenir fange. Jusqu'à ce que même moi, j'ai l'air d'un saint en comparaison, c’est dire. Mais non, la réputation de Léopoldine resterait immaculée. Ou alors, je plaiderais non coupable.

Je la regarde arriver du coin de l’œil. Elle est affreusement repérable. Mais probablement parce que j’ai un radar à toute épreuve : je sais parfaitement reconnaître les gens hors de leur milieu habituel. Le Peacock Alley respire le luxe. Un afternoon tea pour deux coûte ici 70 livres. Une formule café et part de gâteau, douze. Après tout, l’endroit dépend du Caledonian, où chaque nuit me coûte plus de deux cents livres, que je débourse sans sourciller. L’argent n’a jamais été pour moi source d’inquiétude. J’ai commencé avec celui de mes parents, mais j’ai vite réussi à me faire un petit pactole à moi : il s’est avéré que très jeune déjà, j’avais un don pour le chantage et l’extorsion… Depuis mon costume jusqu’à ma montre, ma tenue valait plus de 10.500 dollars. J’appartenais à ce milieu qui transpire le faste et le superflu. J’étais un de ceux qui aspirait à en écrire les règles. Léopoldine, elle…

Elle avait tout de même fait des efforts. Pour ne pas paraître totalement déplacée, peut-être, par… égard pour moi ? Qu’en savais-je. Mais de là ou j’étais, je voyais le tissu bon marché de sa robe d’une marque quelconque de prêt-à-porter milieu de gamme. Le sac à main tiré à 100.000 exemplaires. Les souliers entretenus, mais sans grâce véritable, et qui ne mettaient définitivement pas en valeur ses jambes. Grands Dieux, elle avait pourtant l’étoffe d’être l’une des meilleures. Un joli visage, un port de tête qui, avec un peu d’entraînement, pourrait cesser d’être affreusement quelconque et devenir gracieux. Elle était bien faite, proportions agréables, jolies jambes. Gracile, mais pas maladive comme l’étaient les mannequins de nos jours. Je pourrais la transformer en étoile, si je le voulais. Dire qu’une fille comme elle se condamnait à l’écrasante médiocrité d’une vie prête-à-porter, alors qu’elle avait le potentiel pour la haute-couture. Et tout ça, pour aucune raison valable.

Karl Lagerfeld est celui qui a dit qu’une femme n’était jamais trop, ni trop peu habillée avec une petite robe noire. Comme il avait raison. Consciemment ou non, Léopoldine l’avait compris, intégré. Ne sachant pas exactement dans quoi elle mettait les pieds, elle avait choisi sa manière de s’habiller en conséquence. Pas de fautes de goût sur sa tenue, excepté son manque flagrant de… fabuleux. Elle était d’une élégance terne. Une certaine classe cependant, pour une fille de la classe moyenne, s’entends. Un terreau fertile pour les mains de ceux qui décident, jour après jour, ce que les gens devraient porter. Mais Miss Sheller ne rencontrerait probablement jamais le monde de la mode. Tant mieux pour elle. Être bien habillé, cela valait-il de perdre sa personnalité ? Probablement pas. Et rares étaient les gens capables de faire les deux. De porter des vêtements, et de ne pas simplement devenir des cintres.

On la conduisit à ma table. En piste.
Je pose mon livre après avoir pris le soin d’y insérer un marque-page sans véritable prétention : celui d’une petite librairie d’Edimbourg, un endroit charmant, mais que je n’avais visité que pendant les trois minutes dont j’avais eu besoin pour acheter ce livre. Le sourire qui naît sur mes lèvres est sincère, ou très bien imité, en tous cas. Je me lève, en gentleman, m’attendant à tout. Elle me salue d’un signe de tête. Réservée ! Elle faisait bien. En temps normal, j’aurais tenté le baisemain. Mais elle n’était pas une de mes cibles normales, et je devais oublier toutes mes anciennes techniques. Le geste que j’esquisse pour m’approcher d’elle est retenu très rapidement, offrant un résultat assez maladroit. Bah, avec un peu de chance, ça me rendrait humain. Elle continue aussi sec, directe.

J’ai un petit rire, et un sourire gêné.


- Ne me remerciez pas. C’est à moi de vous remercier d’être venue. Je ne m’attendais pas à vous voir.

Ça au moins, c’était vrai. Sa présence était une jolie surprise, et ma voix était parfaitement sincère. Je continue :

- Vous savez, Léopoldine, je n’ai pas d’intentions particulières... Une petite pause, une grimace. Enfin non, ça serait mentir. J’aurais voulu apprendre à vous connaître. J’espérais que vous rencontrer m’aiderait à… vous sortir de ma tête.

Ce qui n’était pas totalement faux. J’avais beaucoup pensé à Léopoldine Sheller ces derniers temps. Et définitivement, cette rencontre allait définir la suite. Je l’oublierais très facilement, si elle ne voulait pas avoir quoique ce soit à voir avec moi. J’avais la chance d’avoir un cerveau coopératif, et une capacité à me concentrer uniquement sur l’important.

- Je conçois que la chose soit inhabituelle, vraiment. Si vous décidez de partir, je vous promets que je ne vous poursuivrais pas, et n’essaierais plus de vous contacter. Mais… vous êtes si différente des autres. J’espérais que vous accepteriez de… vous joindre à moi pour le thé. Simplement.

Mes yeux se détournent, légèrement. Et pas vers ses seins, j’y fais attention. Se faire avoir par une erreur de débutant, ça me ferait vraiment mal. Je ne supplie pas. A quoi cela servirait-il ? Le plan sera bientôt en marche. Oh, rien de dangereux pour elle, non. Elle n’en aura peut-être jamais connaissance. J’avais juste besoin d’une photo d’elle et moi. Dans une situation ou rien n’évoquait mes habituelles frasques, mais qui ne soit pas pour autant un rendez-vous d’affaire. Et cette photo, je l’obtiendrais si elle s’asseyait, rien qu’une dizaine de minutes.
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Dim 13 Mai 2018 - 23:17
* Il veut apprendre à me connaître afin de me sortir de son esprit ?*

C’était bien l’explication la plus bancale que Léo aie jamais entendu. Elle ne s’était d’ailleurs pas privée d’indiquer son scepticisme en levant un sourcil perplexe. Elle prit tout de même la peine d’écouter la suite de son discours. Après tout, il était extrêmement malpoli de quitter un rendez-vous simplement parce que votre interlocuteur semblait manquer de logique. N’empêche que c’était étrange. La situation en elle-même étant étrange : un parfait étranger, riche de surcroît, l’invitait dans un lieu des plus sélect pour boire un thé parce qu’il voulait qu’elle sorte de son esprit. Le comportement de l’homme en face d’elle était intriguant… C’est à cet instant que quelque chose se réveilla dans l’esprit de Léo.

- J’accepte votre invitation, dit-elle d’un ton calme, en s’asseyant.

Une énigme, elle était face à une énigme. Donc, en terrain familier en quelque sorte. Certes, le raisonnement semblait un peu bancal, mais cela se tenait, si on le posait comme un problème mathématique. A invite B dans un lieu Z. Bon, il y avait beaucoup d’inconnues à l’équation, mais en se raccrochant à cette idée, Léo sentait monter en elle un picotement familier, celui de son don. Dire qu’Adèle, et parfois même Victor, l’encourageaient à exercer son don ailleurs que sur les puzzles. C’était le moment ou jamais de tenter.

Mais en attendant, il fallait absolument qu’elle trouve de nouveaux éléments à analyser. En effet, Monsieur A restait un élément inconnu. Il fallait qu’il lui en dise plus que ces quelques mots un brin décousus et surtout dénués de sens. Il fallait qu’elle trouve un angle d’attaque, une stratégie pour combler les trous. Une fois tous les éléments acquis, elle serait capable de comprendre, voire de maîtriser la situation.

Ne nous emballons pas, Léo ne s’était pas transformée en quelques secondes en championne de la manipulation mentale. Loin de là. Mais elle qui auparavant avançait dans le brouillard le plus complet avait maintenant un objectif en vue. C’était tout de même plus agréable, non ? Mettez-vous à sa place. En attendant, toute à l’aise qu’elle était, et encore relativement, elle devait partir à la pêche. Son petit fil rouge n’allait pas travailler tout seul. Il avait besoin de nutriment.

- Je dois vous avouer que j’ai longuement hésité à venir, après tout je ne vous connais pas, et vous avez l’air d’en savoir plus sur moi que j’en sais sur vous.

Elle s’empressa d’ajouter.

-Bien sûr, je vous connais de nom, mais en soi cela ne veut absolument rien dire. Si cela ne vous ennuie pas trop, j’aimerai que vous me parliez un peu de vous, de ce que vous aimez faire dans la vie. Vous venez souvent ici ?

Pendant qu’elle posait ses questions, Léo vit du coin de l’œil une serveuse se diriger vers eux. Là aussi, elle pourrait pêcher quelques informations. Sa manière de lire le menu et surtout de commander pourrait laisser échapper quelques indices au sujet de sa personnalité. Décidément, ce rendez-vous pouvait se révéler des plus intéressants…
Léopoldine Sheller
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Ven 29 Juin 2018 - 2:10
Elle s’assied. Parfait. A mon tour, je reprends place, et lui offre un regard franc ainsi qu’un autre sourire. Et pendant un instant, ni elle ni moi ne pronoçons un mot. Jusqu’à ce qu’elle reprenne, annonçant son hésitation. Je ne retiens pas un petit rire.

- Bien sûr que vous avez hésité. C’est la réaction… saine. Un inconnu vous offre des fleurs et vous donne rendez-vous…

J’hausse les épaules avec indulgence, pour moi-même, comme si je me reprochais cette folie.

- Venir ici était courageux. Surtout au vu de la réputation dont je jouis.

Je me tais, de nouveau, et mes yeux retombent sur mon livre. Une respiration, deux. Elle est moins ingénue que je le pensais. Oh, elle l’est sans nul doute cent fois plus que la plupart de mes connaissances, mais… Elle veut que je lui parle de moi. Me connaître. Chérie, tu ne veux pas savoir qui je suis. Je n’ai rien à t’apporter. Tu devrais fuir, tant qu’il est temps, et que je t’utilise comme je le fais avec n’importe qui. Je cherche mes mots. Pas qu’elle me laisse sans voix, mais je suis en terrain glissant. Alors, je réponds, mais pas à ses questions. Vieille technique politique, un grand classique. Mais ça n’est pas important. J'ai bien l'intention de me rattraper plus tard. Pour l'heure, j'ai l'occasion de tenter quelque chose, pourquoi m'en priverais-je.

- Vous êtes une énigme pour moi, Miss Sheller. Je n’ai jamais rencontré de femme comme vous. Et ce, principalement parce que je ne vous connais pas. Vous êtes une inconnue. Et en tant qu’inconnue, précisément parce que nous nous parlons pour la première fois, vous êtes encore un idéal. Parce que vous aviez l’air différente de toutes les personnes que je fréquente, je vous ai imaginé différente. Je vous ai… espéré différente.

La serveuse s’approche de nous et avec un sourire, nous tends deux cartes. Je n’ai aucunement besoin d’y jeter un œil, car je sais exactement ce que je veux. Un café aussi noir que mon âme, et le cul de cette jolie nénette en tablier. Mais je m’occuperais de ça plus tard. Après tout… on ne mélange pas plaisir et travail. Alors elle n’a droit qu’à ma politesse désintéressée et ma commande.

- Un Earl Grey et un scone, s’il vous plaît. Et ce que prendra Miss Sheller.

Ma mère m’a toujours répété qu’accepter de manger devant quelqu’un c’est accepter de se montrer sous son plus mauvais jour. Mais ma mère est une ancienne mannequin, et névrosée, avec ça. Qui nous avait toujours accusé, nous, ses trois enfants, d’avoir ruiné son corps. A force, il avait fallu qu’elle trouve autre chose pour empêcher mon père de partir. Une femme intéressante, ma mère. Je lui dois définitivement mon cynisme et mes talents de manipulation. Je suis persuadée qu’elle aurait adoré cette histoire, si je me donne la peine de la lui raconter un jour. Je poursuis avant que mon hôte ne puisse ajouter quoi que ce soit.

- J’espère que vous me laisserez vous inviter. Je vous dois bien ça.

J’attends que mon âme pure passe à son tour sa commande, et je reprends sur le sujet que j’avais délaissé à l’arrivée de la serveuse.

- Que ça paraisse insensé, je m’y attends : mais d’envisager les choses de cette manière, m’a… fait réaliser quelque chose. Que peut-être, le monde n’est pas aussi noir que je le considère. Qu’il y a une étincelle de pureté, quelque part.

Rien qu’une étincelle serait trop demander. Ou plutôt… Les étincelles de pureté étaient réservées aux personnes qui n’avaient pas assez d’argent pour attirer les rapaces. Aux riches, le fric et le faste, le luxe et le superflu, les manigances, les intrigues et les trahisons. Aux autres, le droit au bonheur.

- Soit je me suis trompé, et je pourrais me targuer d’au moins avoir deviné l’équation qui gère le monde et les hommes. Soit j’ai eu raison, et vous êtes différente de la lie qui constitue mon quotidien. Et peut-être alors que j’aurais une occasion de changer. De devenir meilleur.

Je secoue la tête, sans la quitter du regard. Mes yeux clairs sont teintés d’une immense lassitude, que je n’ai pas besoin de jouer. Tout ces gens m’ennuient. Cet homme d’affaire en rendez-vous galant avec sa seconde maîtresse. Ce groupe de cadres aussi vicelards en affaire que dans la vie. Cette prostituée de luxe, tentant de se faire passer pour une héritière. Je les désigne d’un vague geste de la main, tous ces êtres désolant qui font partie de mon monde et dont je ne diffère que par ma conscience de jouer leur jeu.

- A quoi bon s’améliorer dans un monde pourri jusqu’à la moelle ? Ou le profit est la seule ligne de conduite ? Alors qu’il est tellement plus facile d’être un de ces hommes menteurs, lâches et méprisables face à une de ces femmes artificielles, vaniteuses et désespérée. Mais s’il y a de l’espoir dans ce monde, peut-être y en a-t-il pour moi. Peut-être que je pourrais vivre, moi, et non pas l’être factice créé par l’orgueil et l’ennui qui apparaît dans les journaux.

Ou se situait la limite entre le jeu et la réalité ? Entre mensonge et vérité ? Je n’avais jamais cru à l’amour, et trouvait l’être humain en grande partie méprisable. C’était d’être méprisable à deux, qui rendait parfois la chose intéressante. Quelques associations rendaient la vie supportable. Ezekiel. Jessica, d’une certaine manière. Lotte, aussi, même si dans son cas, emmerder mon frère était une addition jouissive. De temps en temps, quelqu’un devait statistiquement sortir du lot. Mais je n’en avais jamais rencontré, qui ne soit pas tenté par le diable que je me plaisais à incarner.

Le monde était bel et bien cet égout sans fin dont je profitais allègrement autant qu’il me dégoûtait. Qui j’étais ne me posait pas de cas de conscience : parce que je considérais que dans notre monde, il y ceux qui piétinaient et ceux qui se faisaient piétiner. Je n’avais aucune envie de faire partie de la seconde catégorie, et je l’avais su très vite : alors je m’étais promis que jamais je ne basculerais dans cette arène inégale où l’on vous met donne un couteau face une meute de loup, et ou l’on attend de voir combien de temps vous allez survivre.

Alors je me donnais les moyens de ne pas sombrer dans l’ennui le plus profond. Si tout le monde mentait, pourquoi je m’handicaperais en jouant dans les règles ? Mon sourire revient un peu désabusé.


- Donc non, je ne sais pas grand-chose de vous. J’espère juste que vous êtes telle que je vous ais imaginée. Pour mon propre bien.

De nouveau, je laisse le silence plâner. Deux secondes, pas plus. Puis je me prends à rire, pour alléger l’atmosphère que j’ai créée par mon discours dégoûté.

- Mais pour répondre à votre question… Oui, je viens souvent ici. Je vis au Caledonian, à vrai dire. Quand à ce que j’aime… Un certain nombre de choses. Le polo, notamment. Je pratique depuis plus de quinze ans.

A part égale avec emmerder le monde. Mais ça, je le garde pour moi. Le bien fondé de tout mensonge était d’inclure des parts de vérités. Rester vague avec elle ne m’apporterait rien que de la méfiance. Alors qu’accepter de lui livrer quelques informations relativement personnelles… Qui sait.

- Et vous ?
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