[CLOS] Dites-moi que vous avez une solution ? / Red

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Ven 20 Oct 2017 - 14:25



« Courroux de frère, courroux de diable d'enfer. »

Gabriel Meurier





    Claire se rendait au quartier général du service de sécurité national, comme un ouvrier irait à la mine à charbon, sans joie mais avec dignité. C'était donc la deuxième fois en l'espace de six mois. Cette fois encore pour des raisons fort peu agréable. En même temps ce n'était pas le genre d'endroit où les gens ordinaires vont de guettée de cœur. Enfin, au moins, madame Richards savait un peu mieux à quoi s'attendre. Elle avait posé sa matinée pour pouvoir aller à ce rendez-vous dont elle espérait à vrai dire beaucoup. L'agent qui s'occuppait du dossier lui avait donné l'impression d'avoir une piste. Ce serait un début.

    Pour bien faire les choses Charadh avait même préparé sa venue. Elle amenait avec elle le petit carnet où elle avait consigné l'emploi du temps d'Hugo depuis son altercation. Une copie du document qu'elle avait trouvé dans les « téléchargements » du vieux pc de la maison. Les petites techniques d'espionnage qu'elle avait du mettre en place, pour s'assurer qu'Hugo ne fasse pas de bêtise, la mettait terriblement mal à l'aise. Elle se sentait traître envers lui. Mais, Lewis et elle étaient d'accord. Ils n'avaient aucune envie que son frère ait une influence néfaste sur leurs enfants... Et malheureusement, cela était de plus en plus le cas, même si Claire voulait nier.

    Seulement... après quelques mois de cohabitation entre eux et lui le constat n'était pas très brillant. Le mode de vie d'Hugo n'allait pas avec celui d'une famille. Il vivait sa vie à côté d'eux sans vraiment s'impliquer ou partager. Claire avait bien tenté de concilier ce désir d'indépendance avec leurs attentes. Mais le résultat n'était pas concluant. Elle passait plus de temps à s'inquiéter de ses absences que de celle de son propre fils. Grimm avait raison, ce n'était quelque-chose de normal, quand ça concernait un adulte responsable. « Un homme doit rapidement savoir se débrouiller tout seul. L'mieux c'est d'avoir un métier dans les mains » disait le grand-père Chevalier.

    Par devoir et loyauté, le couple d'artistes avaient pourtant fait avec ces aléas. Enfin jusqu'à quelques jours plus tôt. Hugo avait pour habitude de s'absenter trois à quatre jours de façon épisodique. Les Richards essayaient de savoir à quoi servait ces déplacements. Mais Chevalier restait très vague. Il ne disait jamais rien qui puisse vraiment les mettre sur la voie. Claire tentait de prendre de la distance avec ce comportement. Mais, elle avait l'impression qu'Hugo était sa responsabilité. Alors, lorsqu'il n'était pas là elle devenait nerveuse et même tendue. Cela jouait sur sa concentration et même parfois sa patience, au travail et à la maison.

    Ils avaient atteint un seuil critique depuis que le Français avait disparu. Il était parti depuis plus de dix jours. Le pire était qu'il ignorait les appels de la couturière. Il ne répondait pas. Il n'avait même pas eu dans l'idée de la rassurer. C'était un peu trop pour les nerfs de Claire. Elle était maintenant résolue à demander une aide extérieure, pour gérer la situation. Elle espérait que l'Agent Andersen pourrait au moins lui donner une piste sur la démarche à tenir. Parce qu'ils ne pouvaient pas se laisser détruire par le choix d'un individu égoïste.

    « Bonjour Miss Andersen. Merci de m'avoir rappellée. Vraiment je ne savais plus vers qui me tourner. Il n'est toujours pas rentré... Je... j'ai peur qu'il soit entrain de préparer... enfin. C'est infernal.»

    Deux mots lâchés en fin de phrase faisaient le triste bilan d'une tentative perdue d'avance. Charadh avait tout mis en place pour que cela fonctionne. Mais celui lui avait finalement demandé énormément d'efforts. Si elle avait fait bonne figure devant son mari et ses enfants, elle devait bien admettre devant cette femme que c'était un échec.

    « Vous disiez que vous que vous aviez peut-être quelque-chose ?? Oh... Ça n'a pas marché, vous savez ? Non vraiment, ça n'a pas marché. Pourtant, je vous assure, nous avons tous mis du notre. Même lui, un peu... au début. Je n'ai encore rien dit à mes parents. Ils seraient totalement perdus. »

    Claire se redressait un peu sur sa chaise avec une agitation sous-jacente dû à la nervosité. Elle était en tout et pour tout dans le même état que lors de leur première rencontre, pour ne pas dire encore pire.
Charadh
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Dim 7 Jan 2018 - 21:53
Sigrid Andersson rassemblait ses notes et son courage, préparant l'entretien qui l'attendait. Légèrement hors protocole, puisqu'il s'agissait d'une enquête officieuse sur la disparition d'un homme tout à fait antipathique à qui elle avait eu affaire quelques mois auparavant.

Une graine de gourou qu'elle avait fait coller chez sa famille et en liberté surveillée, l'ayant eu sur les bras après une manifestation aéolienne. Hugo Chevalier était borné, calculateur, et malheureusement pour son entourage, assez manipulateur pour les embobiner. En échappant à la taule, il avait pour la Scandinave, gagné une bataille, mais pas la guerre. Elle était déterminée a le garder à l'oeil.

Mais le fait que son supérieur la charge d'assister l'inspecteur Kreizler sur l'affaire du Tueur d'Anges, et les évènements du Salon des Inventions avait un peu perturbé ses plans. Disons qu'un seul homme, tout connard soit-il, ne faisait pas le poids. Surtout que l'affaire était plus personnelle qu'autre chose, et que, d'un point de vue extérieur, cela pouvait tout à fait avoir l'air d'acharnement policier, ce qu'il lui fallait éviter à tout pris.

C'était pourquoi l'appel de Mrs Richards l'avait surprise, et réveillé ses ardeurs. Si Chevalier avait disparu, ça n'augurait rien de bon. Alors elle l'avait cherché. Il avait été mis en liberté surveillée, donc disparaître ainsi était particulièrement stupide. Il aurait dû savoir qu'elle allait s'en mêler. Qu'elle ne laisserait pas passer cette occasion. Pas de bracelets électroniques comme dans les films de science fiction, mais un nom sur liste rouge. Elle avait vérifié tous les départs par navette officielle à la recherche de l'aéolien, et évidemment, avait fait chou blanc. Alors elle s'était rendue sur les docks. Son accent étranger avait fait le reste. Elle s'était faite passer pour une immigré voulant passer clandestinement en France, ayant besoin de discrétion car recherchée par la police. Son visage n'était pas encore connu hors de New Scotland Yard. Relativement anonyme, la ruse avait pu marcher. Moyennant un billet un peu plus gros qu'elle ne l'aurait espéré, elle s'était retrouvée devant un passeur, qui faisait aussi import-expert d'animaux rares (et illégaux) et bookmaker à ses heures perdues.

Une petite discussion, quelques menaces et un œil au beurre noir plus tard, l'agent Andersson ressortait avec une liste de nom, le respect d'une petite frappe et un indic à peu de frais. C'était presque uniquement par ce type que sortaient les illégaux, pour les Arches proches. Et la rouquine n'avait absolument aucun doute que Chevalier se soit rendu en France. Il y avait ses racines, ses amis activistes, parlait la langue. Bien sûr, il aurait pu la surprendre. Mais un homme avec un tel ego ne se donne usuellement pas la peine d'être surprenant. Il compte en général beaucoup trop sur son charisme et son bagou pour se sortir des situations périlleuses... C'était là sa chance.

Chevalier était en effet sur la liste. Une navette à destination de Paris.

De là, il avait fallu appeler un contact au Quai des Orfèvres. Sigrid avait mis en pratique ce qu'il lui restait de ses quelques notions de français, et fini en anglais lorsque cela avait été trop difficile. Elle avait demandé s'ils avaient eu du grabuges avec les aéoliens. Ou se trouvaient leurs anciens quartiers général, les maisons des leaders ou anciens leaders qui l'intéressaient. Bref, cherché une piste. Travaillant sur l'affaire médiatique du moment le jour, se concentrant sur l'homme qu'elle traquait la nuit. Jusqu'à avoir la confirmation que Chevalier se trouvait actuellement chez l'un de ses anciens amis, dans une maison un peu en dehors de Paris, ou se retrouvaient régulièrement plusieurs membres du groupe terroriste auquel sa cible avait appartenu.

La police française n'avait aucune suspicion d'une activité illégale, mais Sigrid avait de l'instinct, et la certitude que le frère de Mrs Richards n'aurait pas violé sa liberté surveillée pour simplement boire un verre avec de vieux camarades. Elle avait suggéré qu'ils montent une opération, dont elle-même, si elle avait l'accord de son supérieur, ferait partie. Mais avant, elle avait voulu voir Claire. La pauvre méritait de savoir, et de se déculpabiliser. Et surtout de comprendre qu'il n'était plus question d'indulgence. Au mieux, Chevalier s'était rendu coupable de violation des conditions établies par sa peine judiciaire. Au pire, de préméditation d'actes terroristes. Alors, elle avait décroché son téléphone et suggéré à la couturière de venir. Lorsqu'on la prévint que son rendez-vous était arrivé, elle se déplaça elle-même pour aller chercher Mrs Richards.

Elle lui tendit une main ferme.


- Merci de t'êt... vous être déplacée.

Foutues règles de politesse anglaise.

- Je ne doute pas de vos efforts, Mrs Richards, j'imagine que vous avez faits ce que vous avez pu.

Elle la conduisit dans un bureau individuel, lui faisant signe de s'asseoir, avant de prendre place à son tours sur la chaise tournante.

- J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. Je sais ou se trouve votre frère, et aux dernières nouvelles, il était en bonne santé. En revanche, à partir du moment ou je mettrais la main dessus, il sera en état d'arrestation.

La Scandinave montrer du menton un dossier de l'épaisseur d'un doigt qui patientait sur le bureau.

- Est-ce que le nom de Benoît Laffitte éveille chez vous quelques souvenirs?

La question était rhétorique. Il avait été le leader du groupe terroriste responsable de quelques actions sur l'Arche Française durant les années 90. Le mentor d'Hugo Chevalier.
Red
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Ven 12 Jan 2018 - 0:31



« Courroux de frère, courroux de diable d'enfer. »

Gabriel Meurier



    Entendre la langue de l’inspecteur fourcher lui rappelait ses débuts dans la sphère anglophone. La langue maternelle de Claire était le Français. En français le tutoiement venait à vrai dire assez spontanément aux lèvres. Mais l’amusement fût tout à fait furtif et c’est la mine grave que Mrs Richards pénétrait dans le bureau. Elle prenait sa place, silencieusement, n’osant pas s’appesantir sur les conditions de vie en collectivité.

    Elle posait son sac à ses pieds, avant de s’asseoir avec élégance, sans doute une petite déformation professionnelle. La jeune femme débutait leur entretien avec des informations de premier ordre et immédiatement Charadh sentit ses épaules s’alléger. Son frère était en vie et en bonne santé. Bien qu’elle ne se soit pas permis d’imaginer le pire, savoir la vérité était un soulagement. Pour le sujet de l’arrestation, cette fois, elle ne voyait pas tout à fait comment s’y opposer.

    « Oui… Mais, je croyais qu’il été mort. »

    Laffitte était plus que connu dans la famille. Hugo avait intégré cet homme dans la famille. Benoît avait soupé à l’heure table pendant des mois. Il avait réussi à charmer tout le monde. Claire et lui avaient même flirté, avant qu’elle ne parte à Paris pour faire sa formation de couturière. Fort heureusement, à son retour, aux fêtes, il était parti.

    « Que Aoelus nous protège » Chuchotait la fileuse pour elle-même.

    Vingt ans plus tôt, Claire avait vue dans l’excentricité de Benoît de l’exotisme, du charisme. Mais, maintenant, avec le recul et l’expérience, elle se rendait compte de toute sa naïveté. Ses yeux verts exprimaient tout son trouble et sa honte, de ne rien avoir deviné.

    « J’aurais dû sentir que quelque-chose clochait. Même à l’époque, j’aurais dû voir qu’il y avait quelque-chose de louche. » Inconsciemment son esprit basculait dans le Français. « Dire qu’il m’a regardé dans les yeux en me disant de ne pas m’inquiéter… »

    Madame Richards relevait un visage contrit devant la justicière. Elle était au-delà de la désolation. Tout simplement scandalisée par la décontraction avec laquelle son propre frère s’était moqué d’elle. Mais pas seulement d’elle, de tous leurs proches, Lewis, et les enfants, même Fanny, leurs amis.

    « S’ils se sont retrouvés ce n’est sûrement pas pour une bonne raison.» Elle attrapait le dossier et en sortait la photocopie. L’e-billet pour l’arche de Paris était sans retour. Claire se leva pour déposer la feuille devant l’enquêtrice. « C’est ce que j’ai trouvé dans l’ordinateur. … je n’ai pas trouvé de retour. Je me demandais pourquoi il voulait aller à Paris. »

    Depuis la fin de la guerre de religions, les attentats, avaient particulièrement frappé cette ville. Rien n’avait été plus pareil ensuite. Charadh n’avait plus tellement cherché à y retourner, tant les mauvais souvenirs hantaient cette île.

    « Il faut que vous l’empêchiez de faire une bêtise. » Mais quand Mrs Richards disait « vous » c’était à la fois un « tu » et un « nous », car il était entendu qu’elle allait assumer jusqu’au bout d’avoir hérité pour frère un homme comme Hugo Chevalier. C’était sa famille et donc sa responsabilité. « Comment est-ce que je peux vous aider à le stopper maintenant ? »
Charadh
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Lun 5 Fév 2018 - 17:53
Savoir son frère en vie sembla rassurer la mère de famille. Cela semblait logique. Probablement que l'instinct de famille venait avant tout le reste dans ces moments, pour une personne constituée normalement. Sigrid ne faisait que le supposer : elle n'avait pas de frère ni de sœur, ni même de parents pour qui s'inquiéter. Et la nouvelle de la mort de son père n'avait en aucun cas été une surprise, ni même un sujet de tristesse. Simplement un soulagement. La Scandinave avait vite constater que n'être proche de personne permettait d'éviter les inquiétudes inutiles. Elle avait bien assez à gérer avec sa propre vie, pour ne pas en plus prendre responsabilité de celle des autres.
Mais là n'était pas le sujet, et ce n'était heureusement pas pour parler d'elle que les deux femmes étaient rassemblées dans cette pièce.

La flic laissa à son interlocutrice le temps de digérer l'information qu'elle lui donnait. Elle voyait passer dans ses yeux le même genre de choses qui passent dans ceux d'un patient auquel on diagnostique une maladie incurable. Du déni jusqu'à l'acceptation. Quelques mots furent prononcés en français, et ce fut en français que la rouquine répondit, presque désolée de ne pouvoir aider cette femme dans sa langue natale:


- Je suis désolée, je ne pas parle bien le français.

Des mots français, une construction grammaticale suédoise. Ses cours de langue remontaient à ses années de collège, et elle avait tout à fait arrêté en quittant le lycée. Le visage penaud de la couturière lui tira une grimace désolée, et elle aimerait pouvoir la rassurer. Son bras esquisse un geste, comme si la Scandinave avait voulu poser sa main sur la sienne mais s'était finalement retenue.
Elle n'était plus infirmière, mais flic. Certains gestes n'étaient plus possible, et d'une certaine manière, elle devait mettre de la distance entre elle et les gens qui passaient devant elle. A trop ressentir d'empathie, elle finirait par se perdre, elle le savait : elle n'avait pas le cœur pour ça.

Sigrid repassa à l'anglais.

- Ne vous accusez de rien. Il est facile de ne pas voir lorsque quelqu'un veut nous cacher quelque chose. Ce qui est fait...

Mais il y avait autre chose que de la culpabilité. L'éclat féroce du regard d'une lionne dont on aurait blessé la famille. Claire Richards était loin d'être une mère de famille sans défense. Et l'Agent Andersson se surprit à penser qu'elle n'aimerait pas être à la place de la personne qui toucherait à un seul cheveux de son mari ou de ses enfants.


- Nous soupçonnons la reprise d'une activité illicite et potentiellement d'un attentat. Le climat politique français et international est propice.

L'avènement d'un nouveau Président et les mesures restrictives était toujours un terrain favorisant les conflits. De plus, l'effondrement de l'arche Bolivienne réveillait les Aéoliens du monde entier. Il y avait à parier qu'ils allaient frapper. Restait à savoir qui, ou et quand. Bien trop de questions, mais Hugo Chevalier pourrait peut-être leur apporter un début de réponse.

- Je suis en contact avec le Quai des Orfèvres à Paris. Ils montent une opération visant la demeure de Lafitte dans les prochains jours. Avec l'autorisation de New Scotland Yard, j'en ferais partie, moi ou d'autres policiers de l'arche écossaise, puisqu'il est sous mandat d'arrêt ici. Mais sa nationalité fera que la justice française récupèrera probablement le dossier.

Elle marque une pause.

- Il est possible que tout ceci m'échappe totalement des mains d'ici très peu de temps. Je souhaitais simplement vous mettre au courant de la tournure des évènements.

Ses yeux bleus vifs se posent sur Mrs Richards, et de nouveau, le silence s'installe, avant qu'elle ne reprenne.

- N'essayez surtout pas de le joindre, sauf s'il vous contacte. Il risquerait de se douter de quelque chose, et nous avons besoin d'un total élément de surprise.

La jeune femme se redresse dans son fauteuil.

- Je me permets aussi de vous rappeler que prévenir votre frère de l'opération constituerait un délit et une obstruction à enquête.

Simple précaution : elle surveillait ses arrières. Hors de question que l'amour fraternel vienne contrecarrer ses plans. Elle avait juré de mettre Chevalier sous les verrous, et elle tiendrait parole. En espérant que sa soeur comprenne la nécessité d'arrêter un personnage tel que lui... mais Sigrid avait peur de doute. L'honneur de la couturière avait été touché, sa famille bafouée. Elle se rangerait à l'avis de la justice... fallait-il espérer.

- Si toutefois je suis autorisée à me rendre sur place, y-a-t-il quelque chose que vous voudriez transmettre à votre frère?
Red
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Ven 9 Fév 2018 - 22:41




« Courroux de frère, courroux de diable d'enfer. »

Gabriel Meurier





    Obtenir des réponses mettait un terme à une situation pénible. Tout à fait comme quand quelqu'un attend un diagnostic d'un médecin. Alors même si les informations apportée par l'agent Andersson n'étaient pas les meilleures qui soient. Cependant, au moins permettaient-elles d'avancer. Claire ne pouvait décement plus se leurrer concernant le futur. Elle avait sa propre famille à protéger. Le moment était donc venu de laisser Hugo faire face seul.

    « C'est gentil à vous de vouloir me rassurer. Mais, je suis sa soeur... J'ai été trop laxiste avec lui. On me l'avait dit. »

    Claire comprit d'ailleurs rapidement qu'elle n'avait pas le temps d'avoir des remords. Elle était prise de court, par la rapidité avec laquelle les événements étaient sur le point de se passer. "Quelques jours" était une estimation difficile à appréhender, alors qu'elle attendait des nouvelles depuis de nombreuses semaines. Mais dans le fond, c'était sans doute mieux, de ne pas avoir trop la possibilité de réfléchir à ce qui allait arriver.

    « Tempêtes et malédictions... quelques jours. »

    Lentement les yeux de la fileuse s'accrochèrent à ceux de son interlocutrice. Depuis le tout début cette femme avait tenté de les aider. Voilà qu'elle continuait. Mrs Richards était sincèrement touchée de voir tant de bienveillance s'exprimer, alors même qu'elle savait que l'agent n'avait jamais crus en l'innocence de son frère. Au moins, tout cela aurait permit une rencontre. Savoir qu'il y avait des personnes capables de bonté permettait à Claire de garder un peu la tête sur les épaules.

    Bien sûr des mises en garde auraient pu paraître superficielles. Tout le monde connaissait les règles. Mais même en sachant les règles, il était bon de se les faire entendre. Il y avait, entre la raison et le coeur, des faussés que seuls les mots pouvaient combler. Charadh était bien placée pour le savoir. Son regard, perdu, s'arrétait sur le visage gracile de la suédoise.

    « Je ... »

    Que dire au juste à un homme qui avait menti encore et encore ? Claire ignorait même si elle avait quelque-chose à dire à Hugo. Peut-être aurait-elle aimé savoir pourquoi, il était prêt à faire une chose si horriblement inhumaine. Qu'est-ce qui motivait toute cette colère, cette haine, envers les profanes ? Il s'était fourvoyé. Qui connaissait les textes sacrés ne tendait pas à la violence. Ce n'était pas ce qu'Aoleus attendait d'eux.

    « Je ne sais pas du tout. » Pourtant, ce n'était pas dans le caractère de Charadh d'accepter une défaite. Elle était plutôt faite dans le charbon de la résistance. « Je ne le comprend pas. C'est mon frère mais ! Je ne sais rien de ce qu'il est vraiment. Je... pourquoi fait-il ça ? »

    L'angoisse et la colère sourdaient sous la peau de la fileuse. Elle se sentait agitée par des émotions sur lesquelles elle n'avait pour ainsi dire pas de contrôle. Une part d'elle était au désespoir de voir son frère condamné. Une autre était... soulagée. Comment pouvaient-ils en être arrivés à ce genre d’extrémités ?

    « Dites-lui que j'aurais voulu l'aider. Que j'aurais voulu avoir un frère. » Un frère et pas un tueur avait-elle envie d'ajouter, dans sa colère. « Dites-lui que ses parents l'aiment. Que ses neveux et nièces auraient pu grandir en le prenant pour modèle. Comme ça aurait été le cas dans n'importe quelle autre famille... Dites-lui que je ne lui pardonnerais pas d'avoir renoncé à nous sans hésiter. »

    Les derniers mots avaient été lâchés avec tellement de rancœur que Charadh se surprenait elle-même. Elle n'avait donc pas soupçonné la profondeur de sa propre déception. Son teint n'en devenait que plus blanc à mesure qu'elle se rendait compte de la force avec laquelle elle avait espéré après son grand frère.
Charadh
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Ven 6 Avr 2018 - 0:29
Sigrid Andersson s’était souvent demandé ce que ça ferait d’avoir une famille sur qui veiller. Des parents, des frères et sœurs. Ou une relation peut-être, des enfants. Comment aurait-elle pu évoluer dans un monde où son père n’aurait pas été un immonde salopard qui battait sa femme et sa fille, et où elle n’aurait jamais eu à… faire ce qu’elle avait fait. Quel genre de personne elle pourrait être, maintenant. Est-ce qu’elle serait infirmière ? Probablement pas flic. Les gens foncièrement heureux ne deviennent pas flic. Parce que les gens heureux ne pensent pas aux gens qui naissent, vivent et meurent dans le malheur. Ils pensent à eux. Et peut-être, au fond, qu’ils n’ont pas tord.
Peut-être que la vie d’une famille idéale n’était pas faite pour elle. Peut-être que c’était le destin qui l’avait propulsée là ou elle était à présent.
Dans cet appartement vide de toute présence, noir, et silencieux. Dans ce boulot ou chaque jour apportait un nouveau lot d’horreur, et où les visages passaient sans jamais s’arrêter, sans devenir familier. Etait-ce tant du monde qu’elle avait peur ? Ou bien d’elle-même ? Il aurait été difficile de le dire avec certitude. Elle-même n’en savait rien, rien du tout.
Elle se contentait de se lever le matin, de soutenir son regard dans le miroir et de continuer sa route. D’avaler des litres de cafés, de résister à la cigarette. Et de courir, courir, tous les jours. Plus vite, plus loin. Qu’est-ce qu’elle fuyait ? Ses actes ? Sa vie ? Elle-même ?
Elle n’avait rien à elle. Rien de réel. Tout ce qui lui restait, c’était ces noms, qui chaque jour trottaient dans sa tête. Kristin. Louisa. Evie. Claire.
Des gens qui comptaient sur elle. Une raison de se lever le matin. C’était peut-être suffisant.

Ses yeux trop bleus se posèrent sur la femme qui vivait sa propre introspection, en face d’elle. Jusqu’à ce que les siens remontent, et que leurs regards se nouent. La rouquine ne sourit pas, mais elle soutint le regard, férocement. Elle ferait payer à cet homme, d’avoir risqué de détruire quelque chose d’aussi fragile. D’avoir allumé cette étincelle de douleur dans les yeux de la femme qui se tenait devant elle. Elle resta silencieuse aux premiers mots, puis, doucement, porta ses mains fines à ses tempes et les massa, doucement. Elle se rejeta dans le fauteuil, presque délicatement, et dit, doucement :


- C’est votre frère. Ça ne veux pas dire que c’est votre fardeau.

La chose était dite de manière implacable. Pas violente pour autant, mais catégorique. Parfois, il fallait penser à soi au lieu de mettre les autres en premier.

- Parfois… parfois il n’y a pas d’explications. On fait. Parce qu’il faut faire quelque chose pour se donner l’impression d’exister.

Ce n’était en aucun cas une excuse, ni même une explication. Juste un état de fait. Si Pascal avait pu écrire « je pense, donc je suis », la chose n’était plus tout à fait vraie en cette époque où le temps manquait constamment, où la violence abreuvait la violence, et où être anonyme était bien souvent vécu comme une punition bien plus que comme une récompense. « Je fais, donc je suis. » était bien plus actuel, tristement. Mais la morale des uns différait de celle des autres. Comment alors les gens pouvaient-ils se comprendre ? Surtout dans ce cas. Comment pouvaient-ils ne pas se sentir trahi ?

La Scandinave, en cet instant, se dit qu’elle avait fait le bon choix. Plus personne ne la trahirait, maintenant. Personne ne pourrait plus la mettre dans l’état dans lequel se trouvait Mrs. Richards.
Elle sentait sa peur et sa colère. Mais ce furent ses mots qui la firent réfléchir, et qui lui firent détourner le regard vers la fenêtre, un instant. Une famille où les membres s’aimaient et se soutenaient n’était pas « n’importe quelle autre famille». Ce genre de noyau était rare. Mais en un sens, si la couturière ne le savait pas, c’était bien tant mieux pour elle. Elle avait eu de la chance. Tant mieux si elle ne s’en rendait pas compte. Le monde avait besoin de gens comme Claire Richards, bien plus que de personne dans son genre.


- Je lui dirais, si je le peux.

Elle fit une pause, de nouveau, et ses yeux sondèrent ceux de son interlocutrice, sans qu’elle ne prononce un mot, tout d’abord.


- Avez-vous quelqu’un à qui parler de ça ? En dehors de votre famille, je veux dire. Il y a certaines choses qu’un mari ou des enfants ne peuvent vous aider à résoudre, même si leur soutien aidera, sans aucun doute.

Crue. Peut-être l’agent Andersson allait-elle trop loin. Mais voir toute ses illusions sur un membre de sa famille s’effondrer d’un coup était un évènement qui avait de quoi être traumatisant. Et l’infirmière en elle reprenait parfois le dessus. Il était inutile de souffrir en silence et seule.


- Sachez que si vous avez besoin de vous adresser à un spécialiste, nous travaillons ici avec le Dr Dunbar, quelqu’un de très compétent. N’hésitez pas à le contacter, si vous en éprouvez le besoin.

La carte de visite du psychiatre est glissée en direction de la mère de famille, et le silence s’étire, quelques secondes.


- Est-ce que vous avez des questions auxquelles je pourrais répondre ?
Red
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Lun 23 Avr 2018 - 17:40



« Courroux de frère, courroux de diable d'enfer. »

Gabriel Meurier




    La remarque de l'agent Andersen trouvait un écho dans la mémoire de Mrs Richards. En réalité, cela faisait des années, que le cas d'Hugo Charpentier posait un problème. De façon plus ou moins lourde selon la période. De part son comportement, il avait souvent mis ses proches dans un grand embarras. Lewis, le mari de la fileuse, avait souvent poussé la belle à lâcher prise. Il pensait comme la Scandinave. Ils n'étaient pas les seuls d'ailleurs.

    « Je ... »

    Charadh était très tentée d'adhérer une fois pour toute à ce point de vue. Elle se sentait fatiguée. Être une bonne sœur réclamait plus d'efforts qu'elle ne l'aurait imaginé. Maintenant, elle savait qu'elle allait devoir soutenir ses parents. Elle savait que sa mère allait souffrir. Toute cette peine inutile avait de quoi la rendre malade. Pour la première fois, depuis des années, les mains de Claire se mettaient à trembler. Elle avait envie de se réfugier dans les bras de Grimm.

    « L'impression d'exister... par tous les vents... » S'insurgeait la Française.

    Au moins, formuler à voix haute la rancœur lui faisait perdre de sa substance. Mrs Richards, aurait peut-être du s'en vouloir, de se décharger ainsi sur une jeune femme qui n'avait rien demandé. C'était en fait tout le contraire, car elle sentait que dans ce bureau, elle était en sécurité et elle pouvait se laisser aller. Cela c'était grâce à cette femme et Charadh aurait aimé l'en remercier.

    « Merci. »

    La sollicitude dont faisait acte l'agent, une fois de plus, prenait la fileuse de cours. Charadh était ce que l'on peut appeler une personne équilibrée. Une femme avec qui la vie avait été douce. Elle avait été épargnée par les drames. Elle n'avait pas eu à réclamer de l'aide pour autre chose que des inquiétudes de mère. Pour ça, elle avait eu sa propre mère. Lewis était celui avec qui elle partageait ses questions et ses peurs du quotidien. Un univers modeste et si harmonieux qu'Hugo venait ravager avec ses rêves fous.

    « Oui. Une amie. Fanny. »

    Fanny et Claire se connaissaient depuis la fac. Elles étaient amies et collègues. Leurs enfants avaient grandi ensemble. C'était la personne la plus indiquée pour des confidences de ce type. Elle se souviendrait sûrement de Laffite. Charadh fixait la carte de visite avant de sourire à la Scandinave.

    « Oui. J'en ai entendu parler. … Il travaille parfois avec l'école de mon mari. » Le premier homme d’Édimbourg avait l'air d'être quelqu'un de gentil.

    Les professeurs de la PH en parlait de façon très positive. Pour le peu qu'en avait vu Claire, il donnait l'impression d'être humain. Pour autant elle n'était pas certaine d'avoir envie d'entreprendre ce genre de démarche. Elle n'était pas très à l'aise avec le concept de l'analyse. Quoiqu’il en soit, elle glissait tout de même le carton dans une poche de son sac-à-main.

    « Est-ce que vous croyez qu'ils vont le tuer ? » Était-ce normal qu'une partie d'elle l'espérait ? L'horreur de ses propres pensées ravageait son âme pourtant si douce. Claire détournait le regard avec honte. En fait, peut-être allait-elle avoir besoin que quelqu'un de compétant la rassure...

    Prise d'une soudaine fébrilité, la blonde se penchait pour saisir son sac, et signifier poliment son départ. Elle voulait... marcher. Aller au bord de l'eau, fumer une cigarette, peut-être même pleurer. Seulement ensuite, Claire appellerait sa sœur de cœur. Elle passait la hanse du sac à son épaule et s'approchait pour échanger une poignée de main avec la policière. Le sourire qu'elle lui offrait en cet instant était profondément reconnaissant.

    « Merci pour tout. » Pendant une seconde Mrs Richards sembla hésiter à passer à une salutation plus familière. Elle abstenue par respect pour la réserve qu'elle sentait chez son interlocutrice. « … à bientôt. » Ajoutait-elle en essayant de ne pas paraître trop défaitiste.
Charadh
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