I dream of gardens in the desert sand || Tohum

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Sam 19 Aoû 2017 - 14:07



« Ont-ils science assez pour ton pied sur le sable
Hiéroglyphe adorable et toujours effacé. »
Aragon


1443 –Sahara Occidental

L’aube commençait à poindre à l’horizon, et le sable tout comme le ciel se teintaient peu à peu de couleurs pâles et lumineuses. Je n’y accordais cependant qu’un bref regard, bien trop occupé à inscrire frénétiquement des notes sur plusieurs feuilles. La lueur de mes bougies, souvent remplacées, devint de plus en plus inutile au fur et à mesure que le jour arrivait, inexorablement. Et pourtant, je tentais encore de grappiller un peu de temps, et surtout, un peu de vue des étoiles qui disparaissaient petit à petit.

A tous mes camarades professeurs de divers universités qui me demandaient pourquoi Diable je quittais si souvent l’Europe et ses puits de savoir pour me perdre dans les déserts de pays lointains et primitifs, je leur répondais invariablement : la pureté du ciel nocturne y était à nul autre pareil. Sans parler de la faune, des coutumes, de la flore de ces contrées, encore largement inconnues des savants européens. Le calme qui y régnait me changeait des villes surchargées, et le désert me rappelait de lointains souvenirs. Ceux de mes origines, déjà oubliées.

Finalement, je mis un point final à mes notes sur la position des étoiles, ainsi que mes calculs astronomiques. Quand je pensais au savoir acquis par l’humanité ces derniers siècles, on pouvait rêver à un jour où l’homme pourra partir vers les cieux pour y découvrir d’autres mystères. Et j’espérais bien être encore là quand ce moment viendrait. Mais en attendant, je rangeais soigneusement mes notes, sachant qu’il me faudrait les mettre au propre au plus vite dans l’un de mes codex de parchemin afin de les envoyer au domaine de ma famille, actuellement en France, où j’étais né en tant qu’Emile Saint-Agnan.

C’était là qu’étaient gardées toutes les archives que j’avais accumulées au cours de mes nombreuses vies, et qui me fournissaient une bibliothèque plus que précieuse. Bien sûr, elle avait déménagé plusieurs fois de place, suivant mes voyages et le contexte politique. Et sans doute qu’elle se déplacerait encore. La seule chose que je regrettais, c’était les documents perdus ou égarés durant ces déménagements. Mais heureusement, ce n’était qu’une toute petite part somme toute inévitable.

Une fois mon matériel rangé, je m’étirais face au soleil levant, observant en contre-bas de la dune où je m’étais installé notre campement avec un sourire heureux. Nous nous déplacions avec le strict nécessaire. Pour une famille de quatre, une aide pour les enfants et un assistant, ainsi que les nombreuses choses nécessaires à deux scientifiques acharnés. En dehors de cela, nous vivions simplement, profitant de notre liberté pour nous déplacer à notre guise. Une vie de nomade qui nous convenait parfaitement.

Je crus voir un début d’agitation sous les tentes, mais un faux pas me fit trébucher, puis dévaler la dune en roulant sur moi-même. J’atterris lourdement au pied, couvert de sable et sous des rires enfantins.

"Ami’, Papa est encore tombé !"

La voix mélodieuse de Sahar émit un nouveau rire, et je la rejoignis avec bonne humeur. Elle avait beau n’avoir que huit ans, elle était bien la digne fille de ses parents. Et du désert. Elle connaissait déjà plusieurs langues, dont le français et l’italien. Elle composait elle-même ses propres mélodies sur divers instruments, et savait presque aussi bien que nous se repérer dans les étendues de sable. Sauf que chez elle, c’était un savoir naturel, instinctif. Ses cheveux blond vénitien et sa peau dorée au soleil n’enlevait rien à son charme, et je savais déjà qu’elle aurait beaucoup de prétendants à l’avenir. Si du moins, je les laissais approcher d’elle.

"Papa a toujours été très maladroit." répondis-je avec un sourire, me relevant pour m’épousseter alors que ma fille venait me serrer sans ses bras. Lorsque je levai la tête, je croisai un regard azur et clair qui illumina encore plus mon visage. "Bonjour Sved’. Tu as bien dormi ?"

Tout était si bien, et je me sentais si heureux d’être en vie.
Wairua
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Dim 20 Aoû 2017 - 17:04


“ Je ne savais pas ce qu'était la paix jusqu'à ce que tu la dépose dans le creux de mes mains. ”

Marie (XV éme siècle)


    Azenzâr échappait aux mains de sa mère, attiré par la voix de son père comme un lésard par le soleil. A 5 ans, il vouait une adoration sans borne à cet homme, dont il partageait le sourire et une insatiable curiosité. Dans sa joyeuse précipitation de petit garçon, il tombait lui aussi sur le sable. D'abord étonné, son regard commença à se troubler prémisse de larmes, mais aussitôt le sable autour de lui prenait vie, mue par une force invisible, pour le relever avec tendresse.

    Au même instant la toile de la tente se soulevait pour révéler Marie, le visage adoucie par la dérision. C'était elle qui manipulait ces milliers de minéraux à sa guise et donnait un petit air de magie à cette matière dorée. Elle répondait au sourire de son compagnon avant de se baisser vers leur fis.

    « Et Azi est comme papa. » La jeune Immortelle attrapait délicatement le garçonet, pour le porter. Sa bouche déposait un baiser magique sur le front pour chasser la peur. L'enfant s'apaisait en un clin d'oeil. « Oui. » Sveda s'approchait, tournant lentement autour du jeune Saint-Agnan, pour l'épousseter, glissant dans chacun de ses gestes la complicité de leur amour, rapidement assistée par la menotte d'un joyeux petit garçon. « Tu as réussi à voir la comette ? »

    Ils étaient établis sur cette zone pour qu'Emile poursuive son étude astronomique de la région. A des centaines de kilomètres de la première tribue avec pour seuls voisins les coyotes et les serpents de sable. Une lune jaune allait bientôt avoir lieu, ce qui serait une belle occasion d'observer les secrets des étoiles. Sveda avait appris énormément de choses grâce à ces études. A mesure, qu'Anima partageait sa passion avec elle, il lui donnait envie d'en découvrir davantage à son tour.

    Cependant, la rose du désert n'était pas en manque de recherches de son côté. C'était vers la terre et les plantes qu'elle s'était dévolue, fascinée par la beauté avec laquelle la nature parvenait à rester en totale harmonie. Ses propres codex annexaient des observations de la flore aride. Des tentatives de remèdes grâce aux savoirs encestraux des peuples des sables étaient aussi consignés. Les poèmes et les lettres d'amours allant plus volontiers se dissimuler dans les poches du chercheur.

    « Le brasero est encore allumé, si tu veux dormir un peu. » Le petit réclamait un retour au sol. Sveda le laisser s'échapper et alla caresser tendrement les cheveux de la petite Sahar lui demandant : « Est-ce que tu as faim ? »

    Ouiii ! Manger ! Mooa j'ai faaaaimmm ! Des yeux brillants de gourmandise s'accrochaient au visage maternel. La jeune femme riait face à tant d'enthousiasme, la belle échangea un regard avec son amant, lui embrassait la tampe, puis accompagna leurs enfants auprés du feu de camp matinal.

    « Azi pas si près du feu. » Sveda attrapait la main du petit pour l'écarter du danger. Elle gardait un œil sur la sœur et lançait d'un ton faussement hésitant. « Mince, je ne me souviens plus... Comment est-ce qu'on appelle cette chose ? Sahar ? Tu te souviens ? » Lui demandait-elle en montrant la base d'une racine enfouie dans le sable.

    L'assistant qui les accompagnait pouvait être amené à donner des leçons aux enfants. Néanmoins, Anima et Sveda se chargeaient pour la majorité de leur éducation et de leur culture. Paradoxalement une enfance loin des grandes citées et des grands savoir en faisaient des élèves vifs et curieux.

    L'odeur du lait de chèvre entrain de chauffer embaumait l'air. Le soleil teintait lentement le Sahara d'une palette de millier de couleurs magnifiques. Dans peu de temps la température allait grimper. Mais Armageddon était encore loin, très loin, du paradis terrestre. Sveda se laissait bercer par la musique du vent sur les dunes, son cœur battant au rytme de la plaine, ressentant sa complétude avec l'univers tout entier.
Tohum
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"Le bonheur c'est mieux quand on le partage."


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Sam 9 Sep 2017 - 20:34
Un sourire similaire à celui de mon fils apparut sur mes lèvres lorsque je le vis émerger de la tente. A cinq ans, il était déjà bien éveillé, et ressemblait beaucoup à sa sœur aînée. Ils partageaient la chevelure claire et le sourire de leur mère. On disait qu'ils avaient hérité de ma curiosité et de mon regard émerveillé. Mais s'ils étaient aussi parfaits et beaux, c'était sans conteste un héritage maternel. Sahar avait de plus acquis ma facilité en musique, et Azenzâr... ma maladresse !

J'esquissai un premier geste dans sa direction lorsque je le vis tomber à terre, avec les prémices de grosses larmes. Heureusement, la maman fut plus rapide, et un voile de sable aida le jeune garçon à se relever tout en le rassurant. Nos enfants étaient également ceux du désert, et, tout comme je leur apprenais à voir ce qui les entourait avec curiosité et bienveillance, Sveda leur avait montré les bienfaits de ces immenses étendues. Suivant son emprise sur le sable, elle sortit à son tour de sous la tente, partageant la tendresse de mon expression.

"Et Sahar est aussi belle que sa mère." dis-je en posant une main sur les cheveux de notre fille. Elle répondit avec un nouveau rire chantant, avant d'aller rejoindre sa mère et son frère. Je laissais ensuite celle qui se faisait appelée Marie m'aider à me débarrasser du sable que la chute dans la dune avait déposé un peu partout sur mes habits, lui retournant son sourire avec une expression légèrement désolée.

"Merci mes trésors." leur dis-je, déposant à tout de rôle un baiser sur le front. Avant d'afficher une expression enthousiaste à la mention de la comète. "A merveilles ! J'ai rarement eu d'aussi bonnes conditions pour voir un tel phénomène ! Et on ne sait jamais, la prochaine fois, je ne pourrais pas être aussi chanceux."

Le prochain passage était prévu pour dans plus de trois cents ans. Mais la vie, ou plutôt es vies, prenaient parfois des tournants inattendus, et même si j'étais capable de prévoir certaines choses, c'était typiquement les événements que je ne pouvais pas prévoir. Et ne voulais pas prévoir non plus. Je profitais donc de chaque occasion qui m'était offerte, et étais plus que reconnaissant envers ma compagne pour avoir accepté de me suivre jusqu'ici.

"Pour le moment, je suis en pleine forme !" répondis-je à sa proposition de me reposer un peu. À l'instar de son frère, Sahar répondit à l'affirmative concernant un repas. Et mon estomac gargouilla, preuve que je n'étais pas contre non plus. "Allons déjeuner dans ce cas !"

Je caressai les cheveux de Sveda quand elle s'approcha de moi, humant l'odeur familière de sa personne. Heureux comme jamais auprès de ma petite famille. Prenant place autour du feu, je créai l'illusion d'un chat pour détourner l'attention d'Azenzâr vers quelque chose de plus sûr, et laissai mon fils enlacer l'animal plus vrai que nature, qui lui rendit son étreinte avec tendresse, avant de jouer avec lui tout en gardant un œil sur lui pour nous.

"Une racine de Tamaris ?" proposa Sahar en réponse à sa mère avec un grand sourire complice. Elle avait grandi tellement vite, et gagnait chaque jour en maturité. Bientôt, ce ne sera plus une petite fille. Mais je comptais bien profiter des années où elle resterait ma petite fille. J'aidais à servir du lait de chèvre pour tout le monde, accompagné par des morceaux de galette et des dattes séchées. Un autre matin parfait dans une existence parfaite.

"Vous avez bien dormi ?" leur demandai-je, avant de me tourner vers Marie. "Tu auras besoin d'aide aujourd'hui, pour tes travaux ?"

Nouys nous aidions mutuellement pour nos recherches, dans des mêmes efforts partagés pour l'amour et l'avancée de la science.

"Et puis, je crois que nous avons une leçon de géométrie et d'Histoire à donner aujourd'hui, non ?" Je vis Sahar grimacer légèrement au-dessus de sa tasse. Les mathématiques n'avaient pas sa préférence. Je ris de sa réaction, amusé, avant de me tourner vers Sveda à nouveau : "Nos méthodes éducatives marchent bien. Nous devrions songer à créer une école, un de ces jours."

Une boutade à moitié sérieuse. Mais un projet, un rêve, parmi les nombreux que nous avions développés sous ce ciel sans nuages.
Wairua
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Sam 30 Sep 2017 - 13:32

    Trois cents ans était un temps considérablement long. Marie avait à peine vécu plus d'une vie humaine sur la Terre et elle s'attendait encore à ce que ce prodige ne cesse un jour ou l'autre. Comment pouvait-elle réellement imaginer qu'elle verrait encore plusieurs siècles et de nombreuses comètes dans les cieux ? Elle contemplait son fils qui jouait avec l'illusion récurrente d'un chaton. Les enfants étaient bien trop jeunes pour développer une capacité particulière. Cependant, Sveda avait eu un fils, jeune fille, Hachim, qui en plus de sa longévité avait hérité d'un de ses dons. C'était bien que tout était possible. Un doux sourire accueillait la bonne réponse de Sahar.

    « Tamarix ramosissima, oui. Il est très résistant. Il peut supporter des températures très froides. »

    La fille des sables riait devant la mine contrit de leur fille.

    « C'est grâce aux chiffres que tu pourras faire les schémas de tout ce que tu imagine déjà. » Un léger mouvement du menton répondait au scientifique. C'était quelque-chose qu'ils avaient déjà évoqué, avant même d'avoir des enfants. Avant même de tomber amoureux. « Oui. Un jour, je suis certaine que tous les petits prodiges de la terre pourront venir apprendre le théorème de Thalès dans notre école. »

    Ils n'étaient pas seuls à être pourvus de capacités extraordinaires. Il y en avait dans le monde entier. Ils étaient souvent l'objet de persécutions. Sveda avait elle aussi eu des ennuis pendant son périples jusqu'à Casablanca. Elle avait parfois encore un peu peur quand des caravanes passaient prés d'eux. Heureusement, depuis qu'ils avaient commencé le périple, ils n'avaient pas eu d'ennuis, la paix demeurait.

    « Je voudrais aller sur les oughrouds vers l'ouest pour récolter les racines. » Reprenait-elle, pendant qu'elle dénoyautait des dattes pour le plus jeune de la famille.

    L'une des complexités, en travaillant sur un terrain désertique, était de supporter les températures pendant les heures de soleil. Marie avait grandi dans une grande citée byzantine. Il ne lui avait pas fallu beaucoup de temps pour s'acclimater au désert. Les enfants étaient nés dans les dunes. Ils ne connaissaient que cette chaleur. Il y avait peu de chance qu'ils découvrent le climat tempéré du nord un jour.

    Sveda allait se resservir un peu de lait chaud à Sahar. D'un geste naturel et tendre elle passa une main douce sur la joue de la blondinette. L'aurore commençait et déjà le vent du matin s'effaçait. Bientôt l'ombre serait une rareté. Mais cette abondance de lumière de déplaisait pas à la rose du désert. Au contraire, elle y trouvait une force profonde. Les seules menaces ici venaient du vent et des mercenaires des sables.

    « Après la leçon nous irons voir comment vont les bébés. D'accord ? »

    Un peu plus au nord un petit troupeau d'addax sauvages profitaient de l'herbe tendre d'une oasis. Une femelle avait mis bas une dizaine de jours plus tôt. Ils les avaient trouvé au cours d'une marche. Les enfants avaient tout de suite été séduits par les petits bovidés. Une réaction tout à fait naturelle face à la magie de mère nature. Ils allaient les voir de temps en temps. Cependant Anima et Sveda savaient aussi qu'ici plus qu'ailleurs la loi du plus fort était intraitable. Les hyènes faisaient régulièrement des ravages. Elles redoutaient fort heureusement trop les hommes pour approcher de trop près le campement.

    Papa ? Azenzâr approchait de son père de sa démarche encore un peu rebondie. Il tenait dans ses petites mains une « rose des sables ». Probablement faites pendant la nuit grâce à l'un des deux dromadaires qui étaient avec eux. La forme rappelait en effet une rose, quand on avait déjà vu les fleurs dont elles dont ce nom s'inspirait. C'est maman ?

    La dites maman s'était levée pour aller, sous la tente, chercher les chèches de tout le monde. Ces grandes écharpes colorées étaient le moyens le plus efficace de protéger les crânes d'une insolation. Elle tendit un premier à Sahar non sans un sourire complice. Elles avaient elles-mêmes fait celui-ci en y ajoutant des broderies selon les goûts de la joliette. Maintenant elles en confectionnaient un pour son frère. Sveda alla ensuite vers les garçons. Elle s'accroupissait pour être à leur hauteur et commença à habiller Azen.
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Dim 8 Oct 2017 - 19:22
Ni Sahar ni son frère n’avaient développé de dons. Pas encore du moins. Mais j’avais pu constater qu’avec deux parents biologiques qui en étaient dotés, il n’était pas rare que cela arrive. Un autre sujet d’études fascinant, parmi mille autres. Néanmoins, aussi merveilleux que cela puisse paraître, naître avec de telles capacités n’était pas toujours un cadeau, et nombreux étaient ceux qui avaient été pourchassés et tués sous divers prétextes. Nous n’étions pas si nombreux que cela, même s’il était parfois difficile de donner un chiffre. Dans un pays comme la France ou l’Angleterre, il pouvait y en avoir environ une cinquantaine, bien cachés pour la plupart. Le temps n’était pas encore venu où nous pourrions tous vivre ensemble, mais je ne perdais pas espoir. Avec l’avancée de la Science, l’évolution des mentalités suivaient rapidement.

Raison pour laquelle nous avions tenu à ce que nos enfants soient éduqués au mieux, mais ce qu’ils avaient surtout reçu, c’était le grand humanisme de leurs deux parents. Quoique, le goût des mathématiques n’était pas forcément inné chez eux, comme l’on put le constater avec humour.

"Et pense à la musique. C’est la même logique." Elle nous sourit à tous les deux, hochant doucement la tête. La connaissant, elle finirait par surmonter ses difficultés dans cette matière. Je passais une main dans ses cheveux dorés, qui ne manquaient jamais d’attirer les regards dans ces régions désertiques. Pour peu que l’on croise quelqu’un. Et évoquer un si vieux projet que nous avions ne pouvait que me rendre plus rêveur encore. "Ce sera une réalité un jour, je le sens ! Et te connaissant, tu ne pourrais manquer une telle opportunité."

Je lui souris tendrement, avant de boire un peu de lait chaud une fois que tout le monde fut servi. Le soleil se levait inexorablement et avec lui, la chaleur torride. Mon corps était né dans des régions plus tempérée, même si de lointains ancêtres avaient connu l’Egypte des pyramides et même au-delà. Venir dans tels climats m’avait un peu habitué, surtout dans les réflexes à avoir.

"Bonne idée. On devrait pouvoir s’y rendre un peu plus tard dans la journée, en fin d’après-midi peut-être ? Ou plus tôt ?" répondis-je tout en lançant des regards à Azenzâr, qui jouait toujours avec le chat tout en mangeant. Malgré son jeune âge, ses gestes étaient emprunts d’une certaine élégance, même s’ils étaient encore parfois un peu hésitants.

"Ouiiii !" répondit Sahar en clapant des mains à la proposition de sa mère, une lueur impatiente dans le regard. Elle éprouvait une tendre affection pour tous les animaux qu’elle croisait, et même si la nature pouvait parfois être cruelle, elle se faisait petit à petit au cycle naturel des choses pour mieux en saisir toute la beauté. "Tu crois qu’on pourra leur amener quelque chose pour les nourrir, Ami ?"

"Tout à fait Az, c’est aussi beau et élégant que ta maman, non ?" Après avoir déposé un baiser sur son front, j’entrepris de lui expliquer comment de telles merveilles se créaient, utilisant un vocabulaire aussi simple que possible. Je terminais en lui disant : "Tu veux la garder pour toi ? Ou l’offrir à Maman ? Cela lui ferait très plaisir, je suis sûr."

J’aidais ensuite Sveda à habiller notre garçon avant de faire de même pour moi. Même si nos peaux avaient été bien tannées par le soleil, nous n’étions pas à l’abri des dégâts qu’ils pouvaient occasionner.

"N’oubliez pas de boire beaucoup." rappelai-je aux enfants, avant d’entreprendre de mettre mon chèche autour de ma tête. Ce qui était toujours une grande aventure, n’étant pas toujours très doué de mes mains. Je me tournais vers Marie, lui demandant avec un petit sourire navré : "Un peu d’aide ? Je ne voudrais pas abîmer ces magnifiques ouvrages. Tu t’es encore améliorée Sahar, bravo !"

Malgré la peau dorée, je vis les joues de ma fille se teinter de plaisir. Aussi adorable que sa mère, avec qui elle s’entendait parfaitement. Bruno, mon assistant rencontré à Venise, sortit alors de la tente avec un service à thé et une théière fumante.

"Merci Bruno." lui dis-je, suivi de près par Sahar qui l’aida à mettre en place une petite table près du brasero pour le servir. "Et où est-ce qu’on en était dans nos cours d’Histoire, déjà ?"

"La prise de l’Egypte par l’Empire romain" répondit notre fille tout en versant le thé.

Je me lançais alors dans la suite de mon récit, plus une histoire que de l’Histoire, lançant des regards tendre de temps à autre vers l’autre scientifique du groupe. Lorsque j’appréciais un sujet, je pouvais facilement m’emballer. Heureusement, Sveda était toujours là pour me ramener les pieds sur terre.
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