[Clos] I dream of gardens in the desert sand || Tohum

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Sam 19 Aoû 2017 - 14:07



« Ont-ils science assez pour ton pied sur le sable
Hiéroglyphe adorable et toujours effacé. »
Aragon


1443 –Sahara Occidental

L’aube commençait à poindre à l’horizon, et le sable tout comme le ciel se teintaient peu à peu de couleurs pâles et lumineuses. Je n’y accordais cependant qu’un bref regard, bien trop occupé à inscrire frénétiquement des notes sur plusieurs feuilles. La lueur de mes bougies, souvent remplacées, devint de plus en plus inutile au fur et à mesure que le jour arrivait, inexorablement. Et pourtant, je tentais encore de grappiller un peu de temps, et surtout, un peu de vue des étoiles qui disparaissaient petit à petit.

A tous mes camarades professeurs de divers universités qui me demandaient pourquoi Diable je quittais si souvent l’Europe et ses puits de savoir pour me perdre dans les déserts de pays lointains et primitifs, je leur répondais invariablement : la pureté du ciel nocturne y était à nul autre pareil. Sans parler de la faune, des coutumes, de la flore de ces contrées, encore largement inconnues des savants européens. Le calme qui y régnait me changeait des villes surchargées, et le désert me rappelait de lointains souvenirs. Ceux de mes origines, déjà oubliées.

Finalement, je mis un point final à mes notes sur la position des étoiles, ainsi que mes calculs astronomiques. Quand je pensais au savoir acquis par l’humanité ces derniers siècles, on pouvait rêver à un jour où l’homme pourra partir vers les cieux pour y découvrir d’autres mystères. Et j’espérais bien être encore là quand ce moment viendrait. Mais en attendant, je rangeais soigneusement mes notes, sachant qu’il me faudrait les mettre au propre au plus vite dans l’un de mes codex de parchemin afin de les envoyer au domaine de ma famille, actuellement en France, où j’étais né en tant qu’Emile Saint-Agnan.

C’était là qu’étaient gardées toutes les archives que j’avais accumulées au cours de mes nombreuses vies, et qui me fournissaient une bibliothèque plus que précieuse. Bien sûr, elle avait déménagé plusieurs fois de place, suivant mes voyages et le contexte politique. Et sans doute qu’elle se déplacerait encore. La seule chose que je regrettais, c’était les documents perdus ou égarés durant ces déménagements. Mais heureusement, ce n’était qu’une toute petite part somme toute inévitable.

Une fois mon matériel rangé, je m’étirais face au soleil levant, observant en contre-bas de la dune où je m’étais installé notre campement avec un sourire heureux. Nous nous déplacions avec le strict nécessaire. Pour une famille de quatre, une aide pour les enfants et un assistant, ainsi que les nombreuses choses nécessaires à deux scientifiques acharnés. En dehors de cela, nous vivions simplement, profitant de notre liberté pour nous déplacer à notre guise. Une vie de nomade qui nous convenait parfaitement.

Je crus voir un début d’agitation sous les tentes, mais un faux pas me fit trébucher, puis dévaler la dune en roulant sur moi-même. J’atterris lourdement au pied, couvert de sable et sous des rires enfantins.

"Ami’, Papa est encore tombé !"

La voix mélodieuse de Sahar émit un nouveau rire, et je la rejoignis avec bonne humeur. Elle avait beau n’avoir que huit ans, elle était bien la digne fille de ses parents. Et du désert. Elle connaissait déjà plusieurs langues, dont le français et l’italien. Elle composait elle-même ses propres mélodies sur divers instruments, et savait presque aussi bien que nous se repérer dans les étendues de sable. Sauf que chez elle, c’était un savoir naturel, instinctif. Ses cheveux blond vénitien et sa peau dorée au soleil n’enlevait rien à son charme, et je savais déjà qu’elle aurait beaucoup de prétendants à l’avenir. Si du moins, je les laissais approcher d’elle.

"Papa a toujours été très maladroit." répondis-je avec un sourire, me relevant pour m’épousseter alors que ma fille venait me serrer sans ses bras. Lorsque je levai la tête, je croisai un regard azur et clair qui illumina encore plus mon visage. "Bonjour Sved’. Tu as bien dormi ?"

Tout était si bien, et je me sentais si heureux d’être en vie.
Wairua
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Dim 20 Aoû 2017 - 17:04


“ Je ne savais pas ce qu'était la paix jusqu'à ce que tu la dépose dans le creux de mes mains. ”

Marie (XV éme siècle)


    Azenzâr échappait aux mains de sa mère, attiré par la voix de son père comme un lésard par le soleil. A 5 ans, il vouait une adoration sans borne à cet homme, dont il partageait le sourire et une insatiable curiosité. Dans sa joyeuse précipitation de petit garçon, il tombait lui aussi sur le sable. D'abord étonné, son regard commença à se troubler prémisse de larmes, mais aussitôt le sable autour de lui prenait vie, mue par une force invisible, pour le relever avec tendresse.

    Au même instant la toile de la tente se soulevait pour révéler Marie, le visage adoucie par la dérision. C'était elle qui manipulait ces milliers de minéraux à sa guise et donnait un petit air de magie à cette matière dorée. Elle répondait au sourire de son compagnon avant de se baisser vers leur fis.

    « Et Azi est comme papa. » La jeune Immortelle attrapait délicatement le garçonet, pour le porter. Sa bouche déposait un baiser magique sur le front pour chasser la peur. L'enfant s'apaisait en un clin d'oeil. « Oui. » Sveda s'approchait, tournant lentement autour du jeune Saint-Agnan, pour l'épousseter, glissant dans chacun de ses gestes la complicité de leur amour, rapidement assistée par la menotte d'un joyeux petit garçon. « Tu as réussi à voir la comette ? »

    Ils étaient établis sur cette zone pour qu'Emile poursuive son étude astronomique de la région. A des centaines de kilomètres de la première tribue avec pour seuls voisins les coyotes et les serpents de sable. Une lune jaune allait bientôt avoir lieu, ce qui serait une belle occasion d'observer les secrets des étoiles. Sveda avait appris énormément de choses grâce à ces études. A mesure, qu'Anima partageait sa passion avec elle, il lui donnait envie d'en découvrir davantage à son tour.

    Cependant, la rose du désert n'était pas en manque de recherches de son côté. C'était vers la terre et les plantes qu'elle s'était dévolue, fascinée par la beauté avec laquelle la nature parvenait à rester en totale harmonie. Ses propres codex annexaient des observations de la flore aride. Des tentatives de remèdes grâce aux savoirs encestraux des peuples des sables étaient aussi consignés. Les poèmes et les lettres d'amours allant plus volontiers se dissimuler dans les poches du chercheur.

    « Le brasero est encore allumé, si tu veux dormir un peu. » Le petit réclamait un retour au sol. Sveda le laisser s'échapper et alla caresser tendrement les cheveux de la petite Sahar lui demandant : « Est-ce que tu as faim ? »

    Ouiii ! Manger ! Mooa j'ai faaaaimmm ! Des yeux brillants de gourmandise s'accrochaient au visage maternel. La jeune femme riait face à tant d'enthousiasme, la belle échangea un regard avec son amant, lui embrassait la tampe, puis accompagna leurs enfants auprés du feu de camp matinal.

    « Azi pas si près du feu. » Sveda attrapait la main du petit pour l'écarter du danger. Elle gardait un œil sur la sœur et lançait d'un ton faussement hésitant. « Mince, je ne me souviens plus... Comment est-ce qu'on appelle cette chose ? Sahar ? Tu te souviens ? » Lui demandait-elle en montrant la base d'une racine enfouie dans le sable.

    L'assistant qui les accompagnait pouvait être amené à donner des leçons aux enfants. Néanmoins, Anima et Sveda se chargeaient pour la majorité de leur éducation et de leur culture. Paradoxalement une enfance loin des grandes citées et des grands savoir en faisaient des élèves vifs et curieux.

    L'odeur du lait de chèvre entrain de chauffer embaumait l'air. Le soleil teintait lentement le Sahara d'une palette de millier de couleurs magnifiques. Dans peu de temps la température allait grimper. Mais Armageddon était encore loin, très loin, du paradis terrestre. Sveda se laissait bercer par la musique du vent sur les dunes, son cœur battant au rytme de la plaine, ressentant sa complétude avec l'univers tout entier.
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"Le bonheur c'est mieux quand on le partage."


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Sam 9 Sep 2017 - 20:34
Un sourire similaire à celui de mon fils apparut sur mes lèvres lorsque je le vis émerger de la tente. A cinq ans, il était déjà bien éveillé, et ressemblait beaucoup à sa sœur aînée. Ils partageaient la chevelure claire et le sourire de leur mère. On disait qu'ils avaient hérité de ma curiosité et de mon regard émerveillé. Mais s'ils étaient aussi parfaits et beaux, c'était sans conteste un héritage maternel. Sahar avait de plus acquis ma facilité en musique, et Azenzâr... ma maladresse !

J'esquissai un premier geste dans sa direction lorsque je le vis tomber à terre, avec les prémices de grosses larmes. Heureusement, la maman fut plus rapide, et un voile de sable aida le jeune garçon à se relever tout en le rassurant. Nos enfants étaient également ceux du désert, et, tout comme je leur apprenais à voir ce qui les entourait avec curiosité et bienveillance, Sveda leur avait montré les bienfaits de ces immenses étendues. Suivant son emprise sur le sable, elle sortit à son tour de sous la tente, partageant la tendresse de mon expression.

"Et Sahar est aussi belle que sa mère." dis-je en posant une main sur les cheveux de notre fille. Elle répondit avec un nouveau rire chantant, avant d'aller rejoindre sa mère et son frère. Je laissais ensuite celle qui se faisait appelée Marie m'aider à me débarrasser du sable que la chute dans la dune avait déposé un peu partout sur mes habits, lui retournant son sourire avec une expression légèrement désolée.

"Merci mes trésors." leur dis-je, déposant à tout de rôle un baiser sur le front. Avant d'afficher une expression enthousiaste à la mention de la comète. "A merveilles ! J'ai rarement eu d'aussi bonnes conditions pour voir un tel phénomène ! Et on ne sait jamais, la prochaine fois, je ne pourrais pas être aussi chanceux."

Le prochain passage était prévu pour dans plus de trois cents ans. Mais la vie, ou plutôt es vies, prenaient parfois des tournants inattendus, et même si j'étais capable de prévoir certaines choses, c'était typiquement les événements que je ne pouvais pas prévoir. Et ne voulais pas prévoir non plus. Je profitais donc de chaque occasion qui m'était offerte, et étais plus que reconnaissant envers ma compagne pour avoir accepté de me suivre jusqu'ici.

"Pour le moment, je suis en pleine forme !" répondis-je à sa proposition de me reposer un peu. À l'instar de son frère, Sahar répondit à l'affirmative concernant un repas. Et mon estomac gargouilla, preuve que je n'étais pas contre non plus. "Allons déjeuner dans ce cas !"

Je caressai les cheveux de Sveda quand elle s'approcha de moi, humant l'odeur familière de sa personne. Heureux comme jamais auprès de ma petite famille. Prenant place autour du feu, je créai l'illusion d'un chat pour détourner l'attention d'Azenzâr vers quelque chose de plus sûr, et laissai mon fils enlacer l'animal plus vrai que nature, qui lui rendit son étreinte avec tendresse, avant de jouer avec lui tout en gardant un œil sur lui pour nous.

"Une racine de Tamaris ?" proposa Sahar en réponse à sa mère avec un grand sourire complice. Elle avait grandi tellement vite, et gagnait chaque jour en maturité. Bientôt, ce ne sera plus une petite fille. Mais je comptais bien profiter des années où elle resterait ma petite fille. J'aidais à servir du lait de chèvre pour tout le monde, accompagné par des morceaux de galette et des dattes séchées. Un autre matin parfait dans une existence parfaite.

"Vous avez bien dormi ?" leur demandai-je, avant de me tourner vers Marie. "Tu auras besoin d'aide aujourd'hui, pour tes travaux ?"

Nouys nous aidions mutuellement pour nos recherches, dans des mêmes efforts partagés pour l'amour et l'avancée de la science.

"Et puis, je crois que nous avons une leçon de géométrie et d'Histoire à donner aujourd'hui, non ?" Je vis Sahar grimacer légèrement au-dessus de sa tasse. Les mathématiques n'avaient pas sa préférence. Je ris de sa réaction, amusé, avant de me tourner vers Sveda à nouveau : "Nos méthodes éducatives marchent bien. Nous devrions songer à créer une école, un de ces jours."

Une boutade à moitié sérieuse. Mais un projet, un rêve, parmi les nombreux que nous avions développés sous ce ciel sans nuages.
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Sam 30 Sep 2017 - 13:32

    Trois cents ans était un temps considérablement long. Marie avait à peine vécu plus d'une vie humaine sur la Terre et elle s'attendait encore à ce que ce prodige ne cesse un jour ou l'autre. Comment pouvait-elle réellement imaginer qu'elle verrait encore plusieurs siècles et de nombreuses comètes dans les cieux ? Elle contemplait son fils qui jouait avec l'illusion récurrente d'un chaton. Les enfants étaient bien trop jeunes pour développer une capacité particulière. Cependant, Sveda avait eu un fils, jeune fille, Hachim, qui en plus de sa longévité avait hérité d'un de ses dons. C'était bien que tout était possible. Un doux sourire accueillait la bonne réponse de Sahar.

    « Tamarix ramosissima, oui. Il est très résistant. Il peut supporter des températures très froides. »

    La fille des sables riait devant la mine contrit de leur fille.

    « C'est grâce aux chiffres que tu pourras faire les schémas de tout ce que tu imagine déjà. » Un léger mouvement du menton répondait au scientifique. C'était quelque-chose qu'ils avaient déjà évoqué, avant même d'avoir des enfants. Avant même de tomber amoureux. « Oui. Un jour, je suis certaine que tous les petits prodiges de la terre pourront venir apprendre le théorème de Thalès dans notre école. »

    Ils n'étaient pas seuls à être pourvus de capacités extraordinaires. Il y en avait dans le monde entier. Ils étaient souvent l'objet de persécutions. Sveda avait elle aussi eu des ennuis pendant son périples jusqu'à Casablanca. Elle avait parfois encore un peu peur quand des caravanes passaient prés d'eux. Heureusement, depuis qu'ils avaient commencé le périple, ils n'avaient pas eu d'ennuis, la paix demeurait.

    « Je voudrais aller sur les oughrouds vers l'ouest pour récolter les racines. » Reprenait-elle, pendant qu'elle dénoyautait des dattes pour le plus jeune de la famille.

    L'une des complexités, en travaillant sur un terrain désertique, était de supporter les températures pendant les heures de soleil. Marie avait grandi dans une grande citée byzantine. Il ne lui avait pas fallu beaucoup de temps pour s'acclimater au désert. Les enfants étaient nés dans les dunes. Ils ne connaissaient que cette chaleur. Il y avait peu de chance qu'ils découvrent le climat tempéré du nord un jour.

    Sveda allait se resservir un peu de lait chaud à Sahar. D'un geste naturel et tendre elle passa une main douce sur la joue de la blondinette. L'aurore commençait et déjà le vent du matin s'effaçait. Bientôt l'ombre serait une rareté. Mais cette abondance de lumière de déplaisait pas à la rose du désert. Au contraire, elle y trouvait une force profonde. Les seules menaces ici venaient du vent et des mercenaires des sables.

    « Après la leçon nous irons voir comment vont les bébés. D'accord ? »

    Un peu plus au nord un petit troupeau d'addax sauvages profitaient de l'herbe tendre d'une oasis. Une femelle avait mis bas une dizaine de jours plus tôt. Ils les avaient trouvé au cours d'une marche. Les enfants avaient tout de suite été séduits par les petits bovidés. Une réaction tout à fait naturelle face à la magie de mère nature. Ils allaient les voir de temps en temps. Cependant Anima et Sveda savaient aussi qu'ici plus qu'ailleurs la loi du plus fort était intraitable. Les hyènes faisaient régulièrement des ravages. Elles redoutaient fort heureusement trop les hommes pour approcher de trop près le campement.

    Papa ? Azenzâr approchait de son père de sa démarche encore un peu rebondie. Il tenait dans ses petites mains une « rose des sables ». Probablement faites pendant la nuit grâce à l'un des deux dromadaires qui étaient avec eux. La forme rappelait en effet une rose, quand on avait déjà vu les fleurs dont elles dont ce nom s'inspirait. C'est maman ?

    La dites maman s'était levée pour aller, sous la tente, chercher les chèches de tout le monde. Ces grandes écharpes colorées étaient le moyens le plus efficace de protéger les crânes d'une insolation. Elle tendit un premier à Sahar non sans un sourire complice. Elles avaient elles-mêmes fait celui-ci en y ajoutant des broderies selon les goûts de la joliette. Maintenant elles en confectionnaient un pour son frère. Sveda alla ensuite vers les garçons. Elle s'accroupissait pour être à leur hauteur et commença à habiller Azen.
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"Le bonheur c'est mieux quand on le partage."


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Dim 8 Oct 2017 - 19:22
Ni Sahar ni son frère n’avaient développé de dons. Pas encore du moins. Mais j’avais pu constater qu’avec deux parents biologiques qui en étaient dotés, il n’était pas rare que cela arrive. Un autre sujet d’études fascinant, parmi mille autres. Néanmoins, aussi merveilleux que cela puisse paraître, naître avec de telles capacités n’était pas toujours un cadeau, et nombreux étaient ceux qui avaient été pourchassés et tués sous divers prétextes. Nous n’étions pas si nombreux que cela, même s’il était parfois difficile de donner un chiffre. Dans un pays comme la France ou l’Angleterre, il pouvait y en avoir environ une cinquantaine, bien cachés pour la plupart. Le temps n’était pas encore venu où nous pourrions tous vivre ensemble, mais je ne perdais pas espoir. Avec l’avancée de la Science, l’évolution des mentalités suivaient rapidement.

Raison pour laquelle nous avions tenu à ce que nos enfants soient éduqués au mieux, mais ce qu’ils avaient surtout reçu, c’était le grand humanisme de leurs deux parents. Quoique, le goût des mathématiques n’était pas forcément inné chez eux, comme l’on put le constater avec humour.

"Et pense à la musique. C’est la même logique." Elle nous sourit à tous les deux, hochant doucement la tête. La connaissant, elle finirait par surmonter ses difficultés dans cette matière. Je passais une main dans ses cheveux dorés, qui ne manquaient jamais d’attirer les regards dans ces régions désertiques. Pour peu que l’on croise quelqu’un. Et évoquer un si vieux projet que nous avions ne pouvait que me rendre plus rêveur encore. "Ce sera une réalité un jour, je le sens ! Et te connaissant, tu ne pourrais manquer une telle opportunité."

Je lui souris tendrement, avant de boire un peu de lait chaud une fois que tout le monde fut servi. Le soleil se levait inexorablement et avec lui, la chaleur torride. Mon corps était né dans des régions plus tempérée, même si de lointains ancêtres avaient connu l’Egypte des pyramides et même au-delà. Venir dans tels climats m’avait un peu habitué, surtout dans les réflexes à avoir.

"Bonne idée. On devrait pouvoir s’y rendre un peu plus tard dans la journée, en fin d’après-midi peut-être ? Ou plus tôt ?" répondis-je tout en lançant des regards à Azenzâr, qui jouait toujours avec le chat tout en mangeant. Malgré son jeune âge, ses gestes étaient emprunts d’une certaine élégance, même s’ils étaient encore parfois un peu hésitants.

"Ouiiii !" répondit Sahar en clapant des mains à la proposition de sa mère, une lueur impatiente dans le regard. Elle éprouvait une tendre affection pour tous les animaux qu’elle croisait, et même si la nature pouvait parfois être cruelle, elle se faisait petit à petit au cycle naturel des choses pour mieux en saisir toute la beauté. "Tu crois qu’on pourra leur amener quelque chose pour les nourrir, Ami ?"

"Tout à fait Az, c’est aussi beau et élégant que ta maman, non ?" Après avoir déposé un baiser sur son front, j’entrepris de lui expliquer comment de telles merveilles se créaient, utilisant un vocabulaire aussi simple que possible. Je terminais en lui disant : "Tu veux la garder pour toi ? Ou l’offrir à Maman ? Cela lui ferait très plaisir, je suis sûr."

J’aidais ensuite Sveda à habiller notre garçon avant de faire de même pour moi. Même si nos peaux avaient été bien tannées par le soleil, nous n’étions pas à l’abri des dégâts qu’ils pouvaient occasionner.

"N’oubliez pas de boire beaucoup." rappelai-je aux enfants, avant d’entreprendre de mettre mon chèche autour de ma tête. Ce qui était toujours une grande aventure, n’étant pas toujours très doué de mes mains. Je me tournais vers Marie, lui demandant avec un petit sourire navré : "Un peu d’aide ? Je ne voudrais pas abîmer ces magnifiques ouvrages. Tu t’es encore améliorée Sahar, bravo !"

Malgré la peau dorée, je vis les joues de ma fille se teinter de plaisir. Aussi adorable que sa mère, avec qui elle s’entendait parfaitement. Bruno, mon assistant rencontré à Venise, sortit alors de la tente avec un service à thé et une théière fumante.

"Merci Bruno." lui dis-je, suivi de près par Sahar qui l’aida à mettre en place une petite table près du brasero pour le servir. "Et où est-ce qu’on en était dans nos cours d’Histoire, déjà ?"

"La prise de l’Egypte par l’Empire romain" répondit notre fille tout en versant le thé.

Je me lançais alors dans la suite de mon récit, plus une histoire que de l’Histoire, lançant des regards tendre de temps à autre vers l’autre scientifique du groupe. Lorsque j’appréciais un sujet, je pouvais facilement m’emballer. Heureusement, Sveda était toujours là pour me ramener les pieds sur terre.
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Mer 25 Oct 2017 - 17:04


“ Je ne savais pas ce qu'était la paix jusqu'à ce que tu la dépose dans le creux de mes mains. ”

Marie (XV éme siècle)



    Quand les enfants seraient plus grands, peut-être les parents envisageraient-ils de concrétiser ce projet, quelque peu utopique. Rien ne les pressaient si ce n'étaient leurs désirs. A l'heure actuelle la belle rose du désert se surprenait à songer à avoir un troisième enfant. Ce qui était encore une autre sorte de rêve. Elle ne l'avait pas encore partagé avec Anima tant celui-ci avait encore les traits d'un fantasme.

    « En fin d'après-midi oui, ce sera très bien. » Acquiesçait la douce Marie tout en surveillant la cuisson du lait.

    Un simple sourire encouragea la généreuse idée de la jeune fille. Sahar était profondément attentionnée envers son prochain. Sveda était sans cesse émerveillée par ces gestes de bonté. Elle voyait, chez elle et son frère, toute la grandeur de l'Humain. Ils étaient la plus belle des sources d'inspiration. Ils étaient, avec leur frère Joachim, sa plus grande source de joie et de craintes parfois. Être une mère avait profondément transformé cette jeune immortelle.

    Alors que, le petit subissait patiemment le rituel matinal sans broncher, il mis ses menottes en coupe devant le nez de sa mère pour lui présenter sa magnifique trouvaille. Hélianthème baissa les yeux sur l'objet. Un petit sourire se dessina à ses lèvres en découvrant la rose des sables. Elle caressa la joue de son petit garçon et lui soufflant en lui offrant un baiser :

    « Merci mon Malaki. »

    Sveda se tendit lentement les genoux pour se mettre à la hauteur de son bel Émile. Elle plongea ses yeux clairs dans les siens, pendant qu'elle dépliait le tissu. Milles petits messages de tendresses se lisaient dans le mouvement de ses doigts autour de son visage. Ils s'attardaient sur les joues masculines. Elle lui souriait, ressentant la force tranquille qui la reliait à lui. Elle l'embrassait au coin de la bouche.

    « Elle est aussi perfectionniste que toi. »

    Bruno était le dernier pilier de leur tribu. D'aussi loin que Marie pouvait se souvenir il accompagnait son compagnon dans ses aventures. Ils prirent un thé tous ensemble. La main de la belle n'était jamais très loin de celle du professeur d'histoire. Où qu'ils soient dans l'immensité de cet espace dorée, c'était vers Émile que Marie retrouvait le nord.

    Ils reprirent l'histoire de Caius venue représenter Rome sur les terres égyptiennes. Un grand homme politique de son époque qui ne s'était pas non plus déshonorer avec les verres. Les conquêtes construisaient l'Histoire cependant les deux précepteurs accentuaient aussi l'Histoire des sciences. Sveda intervenait parfois pour apporter des précisions dans le récit enflammé.

    Azenzâr, posé dans le creux des jambes de sa mère, réclamait tant et plus de câlins. Un pouce dans la bouche il se laissait bercer par les caresses maternelles sur ses jolis cheveux blonds. Il s'endormait presque.

    « … Émile ? » Les yeux de Sveda étaient portés au loin, vers le nord, d'où se devinait un nuage de poussière. Le ciel était pourtant d'un bleu pur. « Des cavaliers ?»

    C'était si rare. Tout comme Bruno la jeune chercheuse faisait mine de se remettre debout. Sa main se portait finalement sur la tête du petit pour effleurer ses petits cheveux blancs. La paix qui émanait de lui suffit pour effacer l'ombre d'une crainte du regard de sa mère.
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"Le bonheur c'est mieux quand on le partage."


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Mar 7 Nov 2017 - 10:33
J'avais beau avoir connu plusieurs vies et plusieurs relations, aucune n'était aussi complice et complémentaire que celle que j'avais avec Sveda. Nous partagions les mêmes points de vue, et surtout, la même passion pour l'humanité et ses savoirs. Vivre plus longtemps nous donnais une avancée sur notre temps, et nous étions la preuve vivante que l'apprentissage rendait plus ouvert et tolérant. Ou peut-être que nous étions naturellement comme cela. Quoiqu'il en soit, nous étions à la fois un couple, mais aussi un soutien scientifique et philosophique, ce qui était extrêmement motivant et créatif. Je lui souris donc lorsque le programme de la journée fut décidé, et l'embrassai avec tendresse sur le front.

Mais de tous nos projets, c'était sans conteste nos enfants qui constituaient celui dont nous étions le plus fiers. Ils représentaient l'avenir, et même si nous en ferions certainement partie, ils me permettaient de toujours me donner à fond pour leur offrir la meilleure existence possible. Tous les parents trouvent leurs enfants merveilleux, mais j'étais persuadé que Sahar et Azenzar allaient tout mettre en œuvre pour rendre le monde meilleur, chacun à leur manière. Et en être le témoin était le plus beau cadeau que l'on puisse me faire. En voyant notre fille s'extasier pour les autres êtres vivant ou notre fils présenter avec bonheur la rose des sables à sa mère, j'étais certain que je ne pouvais pas être plus heureux.

Et que rien, pas même les plus belles découvertes scientifiques, ne pourraient être aussi précieux à mes yeux.

Toujours aussi maladroit, je laissais Marie s'occuper de mon chèche,, la couvant d'un regard doux et amoureux. Certes, nous nous étions bien trouvés, mais je m'estimais chaque jour encore plus chanceux de pouvoir partager la vie de cette femme extraordinaire. Je lui rendis son baiser, la remerciant d'avoir contribué à m'avoir évité de cuir sous le soleil du désert.

"Ce n'est pas avec mes talents qu'elle aurait pu faire de telles broderies, c'est certain !" riai-je à sa remarque. Moi et une aiguille, mieux valait oublier. Il risquerait s'y avoir des morts. "Enfin, peut-être que vous pourriez nous apprendre, à Az' et à moi ? Je suis curieux de voir comment cela marche !"

Une fois que Bruno nous eut rejoint, je pus continuer la leçon d'histoire, aidé à la fois par mon assistant et par Marie. Heureusement qu'ils étaient là, sinon, j'étais tout à fait capable de m'emballer et de parler pendant des heures. Avoir vécu à ces époques rendait mon cours riche d'anecdotes personnelles, parfois peut-être superflues pour comprendre le tableau général. Mais je ne pouvais pas, dans mon enthousiasme, m'en empêcher. Sahar écoutait avec attention, ayant toujours été passionnée et admirative des récits et cours que sa mère et moi lui donnions. Azenzar était plus jeune, et même s'il écoutait d'une oreille, il se laissait plutôt bercé par les paroles. C'était un début, en attendant qu'il grandisse et puisse suivre les cours comme sa sœur.

L'arrivée d'un tiers interrompit cependant ma leçon, et je me levai d'un bond, partageant la crainte de Sveda. Les rencontres étaient rares, au milieu de nulle part, et pas toujours très agréable. Sur le qui-vive, je fis un signe à Bruno.

"Amenez les enfants à l'intérieur." Sahar prit son frère par la main, nou adressant un regard peu rassuré. Je lui souris pour l'encourager et lui dire que tout allait bien se passer, avant de revenir vers Marie. Je me retroussais les manches, et peu à peu, des ombres apparurent à mes côtés, prêtes à défendre notre campement si besoin était. Quand il s'agissait de ma famille, je ne souhaitais prendre aucun risque. Et je savais qu'il en était de même pour ma compagne. "Prête ?"

Sur nos gardes, il ne nous restait plus qu'à attendre que les cavaliers soient assez proches pour pouvoir les identifier et les cataloguer en ennemis ou en amis. L'attente fut presque interminable, mais au bout d'un moment, il nous apparut qu'il s'agissait de deux cavaliers. Et après quelques secondes, je pus reconnaître l'un d'eux, et poussais un soupir de soulagement. Les ombres disparurent immédiatement, et je posai une main rassurante sur l'épaule de Marie.

"Tout va bien, c'est Aziz. Celui que j'ai chargé de nous apporter le courrier urgent."

Aziz était un érudit que nous avions rencontré lors de notre dernière escale dans la ville la plus proche, et nous avions beaucoup discuté. Il s'était proposé lui-même pour nous apporter les nouvelles importantes, et je devais admettre que c'était bien pratique. Je les accueillis, lui et son assistant, donc avec un grand sourire, lui offrant du thé pendant que Bruno et les enfants sortaient de la tente, aussi rassurés que moi. Je parcourus ensuite rapidement les lettres et missives qui nous étaient adressées, et qui constituaient pour la majorité des messages de collègues et des résumés de découvertes ou avancées récentes dans le milieu de la Science.

"Les nouvelles de ton côté sont bonnes ou intéressantes ? Oh, il semblerait qu'un allemand se soit lancé dans une technique pour coucher les mots sur le parchemin de manière rapide, un peu comme les chinois ! Tu te rends compte, le temps que cela nous ferait gagner, de ne plus écrire à la main ?"

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Jeu 7 Déc 2017 - 15:02

    Marie suivait les enfants du regard et s'assura que la tenture retombait avant de se focaliser de nouveau sur l'intrusion. Encore jeune immortelle à cette époque, elle avait à peine effleurer son potentiel. Mais, grâce à l'aide de quelques personnes elle était à même de garder un certain contrôle sur ses capacités. D'une pression de l'esprit sur le désert, elle pouvait activer la connexion entre elle et le minéral. Des volutes de sables se formaient autour des silhouettes fantomatiques pour les protéger plus efficacement que toutes les armures du monde.

    « Dieu soit loué. » Chuchota-t-elle pendant que l'inquiétude s'épanouissait en soulagement. Elle souriait à son compagnon puis elle alla réceptionner Azenzâr à la sortie de la tente pour le rassurer.

    Aziz était un érudit doublé d'un poète et comme Anima Sveda avait été ravie de leur rencontre. Elle accueillait les deux voyageurs d'un sourire chaleureux. Parmi les courriers l'un d'eux retenu l'attention de la rose. Un immense sourire se dessinait sur son visage alors qu'elle reconnaissait le trait délicat de Joachim.

    « C'est Hachim ! » Les yeux clairs découvraient les lignes avec avidité. Cela faisait près d'un an qu'ils n'avaient pas eu de nouvelles de lui. A l'image de sa mère, il avait l'âme nomade et passait son temps à arpenter les recoins les plus reculés du monde. « Oh mon dieu. Il a rencontré quelqu'un. Ils se sont mariés.» Sveda relever les yeux, ébahie et venait montrer la missive à Émile. « Je suis grand-mère... »

    MaMaaannnnn ! Réclamait le plus jeune en essayant d'attirer l'attention de sa mère.

    La nouvelle transfigurait la jeune immortelle et elle adressait un sourire rayonnant à sa fille. La demoiselle allait bientôt devenir tante. l’étrange longévité dont était pourvue Marie l’obligeait à revoir sa conception d’une famille. Quand celle-ci pouvait s’agrandir sur plusieurs siècles il le fallait bien ! Cela avait d’ailleurs posé question à la jeune femme au moment où Anima et elle avaient commencé à parler d’enfants. Ils ne sauraient pas tout de suite si la chance avait été de leur côté.

    « Aziz, merci ! Vous ne pouvez pas savoir quel charmant Hermès vous êtes !» Sveda s’approcha de Wairua le regard pétillant d’un ardent désir maternel. «Proposons-leur de venir nous rendre visite ici. Tu veux bien ?»

    De bien des aspects Tohum préservait un enthousiasme et une innocence que seules de nombreuses guerres et chagrins finiraient par émousser. Ces qualités, elle les enseignait aux petits et aux grands, persuadée que la paix viendrait un jour par ce biais.

    «Aziz l’avez-vous trouvé ce dont nous avions parlé ?» L’étincelle dans les yeux de la belle pris une teinte presque avide. Elle avait profité d’un passage à Casablanca pour poursuivre une recherche documentaire de longue haleine. L’encyclopédie en question avait été rédigée trois siècles plus tôt et le nombre de copies était inconnu. Pourtant le  Kitab Al Qanûn fi Al-Tibb avait fière réputation auprès des médecins d’Orient et d’Occident.

    En tant que femme Sveda avait beaucoup de mal à se faire entendre de ses confrères. Très peu d’entre eux étaient prêts à voir ses capacités intellectuelles. Aussi, ne comptait-elle plus le nombres de refus, de rejets, et même d'humiliations. Fort heureusement, Émile était aux antipodes de ces raisonnements dont les hommes peinent à se défaire encore à cette époque.

    Az, libéré, avait pris en course un scarabée dont l'ingéniosité tactique peinait à contrer la malice enfantine. Il riait d’excitation et d’impatience de voir sa course poursuite récompensée. Ses éclats de joie parvinrent même à contaminer la nomade qui se mit à rire rien qu’à le voir gambader comme un fou. D’une petite pression mentale elle prit le contrôle d’une dune pour aider l’insecte à se cacher. L’enfant se figea sur place face à la supercherie et commença à s'indigner dans un mélange d’arabe, de français et d’espagnol.  

    Du haut de son perchoir le garçonnet entendait sa mère rire lui adressait un regard furibond. Sveda l’observait tendrement et vint à sa rencontre pour l’attraper par le torse le porter et lui couvrir le ventre de baisers en faisant mine de la dévorer. Tous les deux essoufflés et souriant tombaient ensuite dans les bras l’un de l’autre.

    «Qu’allais-tu faire à cette pauvre bête hum ? Coquin !» Sveda écartait les mèches folles du front de son petit chuchotant au creux de son oreille. «Tout ce qui est vivant est précieux.. comme toi.» Ajouta-t-elle en pointant un index sur son ventre de bébé.

    Ils revenaient vers les autres en se câlinant et le coléoptère s’enfuyait aussitôt pour rejoindre sa propre colonie. Azenzâr, apaisé retrouvait le sol sablé et retrouvait sa sœur. Il l’imitait, et une fois sagement assis, il plongeait une main dans sa poche pour en sortir l’une de ses trouvailles et la tendre à Sahar avec un fier sourire sur la face.

    « Émile ... » Sveda se glissait près de son complice de recherches et de vie. « Parle leur de ta nouvelle théorie ! »
Tohum
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Ven 15 Déc 2017 - 12:11
La crainte d’un intrus potentiellement nuisible fut rapidement levée lorsque l’identité du cavalier fut découverte. Nous avions toutefois raison de nous montrer aussi prudents et réactifs, car le désert n’était pas composé uniquement de paisibles voyageurs ou messagers. Cela m’était déjà arrivé, heureusement il y a longtemps et avant ma rencontre avec Marie, de me faire surprendre en pleine nuit par des pilleurs. Je rechignais toujours à utiliser la violence, et avais préféré remettre mes quelques objets de valeurs plutôt que de me battre. D’autant que mes recherches n’intéressaient nullement les voleurs, alors que c’était le plus important à mes yeux. Néanmoins, quand il s’agissait de ma famille, je savais que je n’aurais pas un seul instant d’hésitation.

Le soulagement de Sveda fut donc semblable au mien, et l’atmosphère tout autour de nous se détendit d’un seul coup. Marie ne maîtrisait peut-être pas encore pleinement ses dons, mais, entourée de son élément, elle était capable de faire de sacrés dégâts. Heureusement, Aziz y échappa, et nous l’accueillîmes comme il se le devait. Les enfants sortirent de la tente, et pendant qu’Azenzar se précipitait dans les bras de sa mère, Sahar vint saluer le visiteur, avec lequel elle s’était liée d’amitié lors. Je les laissais discuter, en profitant pour parcourir mon courrier. Les nouvelles du monde et de la Science défilèrent sous mes yeux. Jusqu’à ce que la voix enthousiaste de ma compagne ne m’en détourne.

"Vraiment ? Toutes mes félicitations !" Son sourire contamina très vite mon visage. Cela faisait longtemps que j’avais oublié ce que j’avais ressenti lorsque j’avais été parent pour la première fois. Ou même grands-parents. Avec les vies, j’avais même arrêté de faire les comptes, cela devenait astronomique. J’avais gardé contact avec plusieurs descendants, cependant, et savais ce que ce sentiment pouvait être, encore et toujours. C’était étrange, d’autant que la vie d’immortelle créait des situations pour le moins particulières, mais le bonheur des liens familiaux restaient le même. "Tu vas lui répondre ? On devrait peut-être en profiter pour essayer de se retrouver, et fêter cet événement ?"

Le visage de Sahar s’illumina d’un sourire émerveillé. Evidemment, elle adorait son frère et découvrir d’autres personnes de sa famille ne pouvait que l’enchanter. D’autant qu’elle était tante, désormais. Malgré son jeune âge, c’était un rôle qu’elle remplirait à merveille, j’en étais persuadé.

"Merci Aziz, je ne sais comment vous montrez ma gratitude." Puis, en souriant à Marie suite à son enthousiaste proposition, et à notre invité : "Vous avez entendu la dame, même Hermès ne pourrait rien lui refuser. Restez quelques instants pour vous reposer, votre voyage a dû vous fatiguer."

Je l’invitais à s’asseoir pour poursuivre notre discussion et notre thé. Sahar prit place avec nous, se faisant discrète, mais ne perdant certainement pas une miette de la conversation. Az de son côté, était parti à d’autres aventures. Aziz, comme on pouvait s’y attendre de la part d’un érudit aussi savant que têtu, se contenta d’hocher la tête à la question de Sveda, avant de sortir un ouvrage de sa besace. Une copie de l’encyclopédie tant recherchée.

"Vous êtes vraiment formidable Aziz !" m’exclamai-je en attrapant l’ouvrage pour l’observer avec admiration, tandis que Marie était partie récupérer notre fils dans sa chasse aux insectes.

J’en profitais donc pour montrer l’encyclopédie à Sahar, et l’aider à déchiffrer les premières pages avec le soutien d’Aziz. Cela faisait aussi partie de son apprentissage, et, elle comme sa mère, était et serait encore confrontée à bien des barrières dans son éducation. Malgré son savoir important, on continuait de refuser des entrées et des recherches à Marie, du simple fait qu’elle était une femme. Et je n’étais pas assez optimiste pour espérer que notre fille ne se confronterait pas aux mêmes problèmes. Néanmoins, nous lui avions appris à être persévérante et à ne pas douter de ses droits et de ses capacités.

Marie revint avec un Azenzar apaisé, complices tous les deux, et le garçon se dépêcha de rejoindre sa sœur. Cette dernière rendit l’encyclopédie à sa mère pour s’occuper de son frère avec un sourire tendre, qui se fit joyeux et enthousiaste devant les découvertes du petit.

"Que c’est beau Az ! Tu veux les rajouter à ta collection ?"

Elle l’aidait à garder des objets ou éléments trouvés lors de nos voyages, et qui n’avaient de valeur que pour les yeux innocents d’un enfant. Attendri, je les observais avec affection, avant que la question de Sveda ne me fasse revenir à moi. Un peu perplexe, je la fixais, avant de saisir de quoi elle parlait.

"Ah, euh… ce n’est probablement pas grand-chose…" répondis-je, un peu gêné. Me mettre en avant n’avait jamais été mon fort, ni dans mes envies. Néanmoins, devant une audience réduite et amie, je me permis d’éclaircir ma voix et de me lancer, rapidement emporté par ma passion : "Cela fait plusieurs décennies que j’étudie le ciel, et j’en suis arrivé à la conclusion que la conception géocentrique de Ptolémée, avec la terre au centre des autres planètes, est très certainement erronée…"

Je m’éclipsais un instant vers la tente, pour revenir avec un modèle dans les mains, représentant les différentes planètes tournant autour du soleil. Modèle elliptique que j’avais récupéré d’une vielle enseignante à Alexandrie, Hypatie, tuée pour ses idées et son genre avant de sombrer dans l’oubli. Comme beaucoup d’autres. J’espérais pouvoir faire honneur à ses travaux en prouvant ses théories et en les partageants.

"Aristarque de Samos avait émis cette hypothèse, ainsi que d’autres savants perses. Mais je crois qu’il sera bientôt possible de le prouver ! De même, mais j’extrapole sans doute un peu, je crois qu’il existe d’autres corps célestes au-delà de Saturne. Nous ne sommes tout simplement pas en mesure de les observer à l’œil nu, mais, dans le futur, j’espère que des objets nous permettront de voir plus loin afin de le prouver !"

Nous étions encore loin d’un siècle de Copernic et de Galilée, plus encore de l’invention du premier télescope permettant la découverte d’Uranus puis de Neptune. Mais ces idées me réjouissaient tout particulièrement. L’énergie qui s’était emparée de moi retomba alors d’un seul coup, conscient que je m’étais peut-être laissé un peu aller. Je vis le regard amusé de Sahar, et me rassit, plus calme et humble.

"Mais, ce ne sont que des conjectures, pour le moment. Des spéculations d’un scientifique un peu trop enthousiaste. D’autant que Marie a elle-même des travaux bien plus intéressants et beaucoup plus terre-à-terre."
Wairua
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Dim 7 Jan 2018 - 14:23


“ Je ne savais pas ce qu'était la paix jusqu'à ce que tu la dépose dans le creux de mes mains. ”

Marie (XV éme siècle)

    La Rose du désert parcourait de nouveau les lettrines tracées par son premier garçon. Hachim se trouvait actuellement sur un bateau, qui devait accoster à Tétouan, un mois plus tard. Il disait ensuite qu’ils y séjournaient chez un ami -philosophe- pour une durée indéterminée. A travers ces quelques mots Sveda pouvait ressentir la joie et la paix de son fils. Elle en éprouvait en retour du soulagement. Son regard se posait naturellement sur des deux autres enfants avec une satisfaction maternelle.

    « Oui, ils arrivent sur le continent au début de l’automne ce serait parfait.»

    Anima et Sveda avaient un sens de l’accueil bien encré. Ils ne possédaient aucun bien matériel, si ce n’étaient la tente sous laquelle ils dormaient et les quelques instruments scientifiques. Ce ne serait que bien plus tard que Tohum investirait dans de la pierre, afin d'avoir un lieu où conserver les trésors accumulés par sa longue vie. Il n'y avait rien qui val plus que les êtres qui se trouvaient autour du feu matinal.

    « Oh… il est encore plus beau que ce à quoi je m’attendais. Regarde cette précision Ani…» Le détail apporté aux enluminures avaient de quoi subjuguer l’œil de la jeune femme. « C’est fantastique, merci, encore une fois, Aziz. »

    Ce qui s’était passé à Alexandrie, Émile le lui avait raconté. Marie avait elle aussi assisté à l'ascension du nouveau culte monothéiste dans toute son horreur. Les chrétiens avaient imposé leur croyance mais aussi leurs lois à de nombreux peuples. C’était toute une tradition qui était menacée jusqu’au paroxysme de la violence. Mais ce n'était pas une nouveauté et cela peinait d'autant plus la nomade.

    Malgré toutes ses précautions l’Histoire donnerait raison à Wairua, et ses confrères, concernant l’organisation de la galaxie que dire de l'Univers. Bien plus tard, lorsque Anima ne serait plus Émile, ils partageaient de nombreuses théories scientifiques ensemble. Toujours animés par une soif sans fin de la vérité. Jusqu'à cette époque que vous découvrez avec eux.

    « Je trouve cette théorie très pertinente! Je la trouverai beaucoup plus logique. Tout ce qui vie a besoin d’eau et de soleil… alors nous serions naturellement aimanté par cette étoile et pas l’inverse.»

    Sveda ne soutenait pas les propos d’Émile par amour. Plutôt par conviction scientifique. Elle comprenait aussi pourquoi ce concept posait problème, en particulier aux adeptes des religions du Livres. Ils avaient besoin que l’Homme soit le centre du Monde. Les réfractaires étaient souvent les puissants. Il n'y avait pas de hasard.

    « Oui. Haha. C’est précisément ce que j’étudie, la terre. Je suis persuadée qu’elle nous fournit déjà tous les remèdes. Mais, je cherche encore comment associer les éléments. »

    Il était encore tôt pour évoquer l'alchimie. Néanmoins Marie avait déjà des accointances avec la chimie élémentaire. En miroir avec la passion de son compagnon, elle expliquait la façon dont les propriétés des plantes parvenaient à atténuer des maux. Elle parlait davantage de la façon dont certaines infusions pouvaient aider les futurs mamans avant l'accouchement. Elle apprenait énormément des femmes berbères dont le savoir été aussi ancien que le monde.

    Papa ? Le plus jeune avait fini par se désintéresser de son coffret au trésor. Il réclamait de l'attention des adultes, encore et toujours. Je veux jouer avec Chat !

    Azenzâr avait encore l'âge où tout refus était une frustration insupportable. Même s'il était beaucoup plus quémandeur que ne l'était sa sœur de toute façon. Anima était le seul à savoir créer des illusions aussi réalités. Il serait donc le seul à décider. Sveda observait sa fille avec un petit sourire complice, avant de d’atelier à servir une deuxième fois le thé.

    « Sahar, chérie, si tu nous jouais un peu de musique ? » Son jeune âge n'y changeait rien, cette enfant avait un don en ce qui concernait la musique.

    Ils ignoraient encore qu'elle finiraient par avoir également des dons prodigieux. Peut-être même que ce talent artistique était un prémisse inconscient. Le résultat était le même, un transport de l'âme. C'était un trésor qu'il aurait été égoïste de ne pas partager. Cependant Tohum savait qu'elle relation intime pouvait développer un artiste avec son œuvre, aussi faisait-elle attention à ne jamais mettre de pression à ce sujet.

    « Messieurs ? Jouez-vous de la musique ? » S'interrogeait amicalement la belle nomade.
Tohum
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Jeu 25 Jan 2018 - 17:52
La perspective de devenir grand-mère semblait ravir Marie. Et je n’avais aucun doute que ce nouveau rôle lui irait à ravir. Avec un peu de chance, ce ne serait pas la seule fois que cela se produirait. Sahar et Azenzar étaient encore jeunes, bien sûr, mais naître dans une famille heureuse aidait parfois à vouloir en fonder une également. Mais pour l’heure, il s’agissait de se concentrer sur Hachim et sa compagne. Les revoir plairait à la Rose, cela ne faisait aucun doute. Je n’avais donc à hésiter, avant de proposer d’aller à leur rencontre, son bonheur faisant le mien. Et tout le monde était toujours le bienvenu parmi nous, c’était un fait.

"Invitons-les dans ce cas. Ils auront sûrement beaucoup de choses à nous raconter."

C’était cela qui était également passionnant avec ces rencontres et ces retrouvailles : le partage. Que cela soit de connaissances, de sensations, de biens ; nous enrichir les uns les autres était une passion que nous avions en commun, Sveda et moi. Et que nous tâchions de transmettre à nos enfants. Sahar prouvait déjà que cette curiosité et cette bienveillance lui avaient été transmises. Noter fils était encore trop jeune pour que cela se constate, mais des premiers signes montraient qu’il allait également dans cette direction, malgré un caractère plus affirmé que celui de sa sœur.

L’ouvrage ramené par notre visiteur eut cependant vite fait d’attirer notre attention, en bons érudits que nous étions. Ce qui n’échappait pas à Aziz, ce dernier se retenant manifestement de rire en nous voyant nous extasier devant l’encyclopédie, comme s’il avait amené le Saint Graal. De notre point de vue, ce n’était sans doute pas trop éloigné de la réalité.

"C’est vraiment un travail incroyable." confirmai-je, effleurant les dessins du bout des doigts, ayant presque peur de trop les abîmer en les touchant directement. "Nous devrions rencontrer des calligraphes. Ou peut-être trouver un scriptorium dans lequel nous rendre, si c’est possible. Observer ce genre de travaux être réalisés, c’est magique !"

De la beauté de la création, on passa à une période un peu plus sombre de l’Histoire. De tout temps, les hommes avaient détruits par ignorance et par peur, au détriment de la Science. C’était toujours le cas, d’ailleurs. Mais j’avais bon espoir que cela cesserait un jour, et étais prêt à y mettre les efforts qu’il fallait. En attendant, je concoctais mes propres théories dans mon coin, ne pouvant actuellement pas me permettre de me faire remarquer et nous mettre en danger. Ce qui ne m’empêchait pas de rêver, bien sûr. Je partageais un regard tendre avec ma compagne, nous sachant sur la même pensée et avec les mêmes valeurs. Nous nous soutenions mutuellement, ce qui était d’une aide inestimable.

"C’est une explication poétique, mais il y a sans doute de cela." Et c’était exactement pour ce genre de choses que je l’aimais. Je passais doucement un bras derrière ses épaules pour un moment d’affection, avant de me tourner vers notre hôte et de confirmer que Marie n’avait rien à m’envier. "Ses connaissances sont vraiment extraordinaires ! L’autre jour encore, elle a réussi à faire partir une entorse que je m’étais faite en un rien de temps. Ou à apaiser les maux de ventre de Sahar. Tu vas aider beaucoup de monde, j’en suis persuadé."

Et étais son premier et plus grand admirateur. Nous nous complétions vraiment bien, et nos travaux avançaient en conséquence beaucoup plus vite lorsque nous nous les entions valorisés. La demande de notre fils me fit adresser un regard d’excuse à notre invité, et je me concentrais sur notre petit bonhomme quelques instants pour faire apparaître à nouveau le chat, non sans passer une main affectueuse dans les cheveux d’Azenzar, avant de le voir filer vers la bête imaginaire pour la serrer dans ses bras. Heureusement, ce n’était pas un véritable animal, et l’illusion parvint à se dégager pour lui apprendre avec douceur qu’il fallait se montrer plus délicat avec ses congénères réels.

Pendant ce temps, Sahar répondit avec un léger hochement de tête à la proposition de sa mère. Elle se leva pour revenir avec son qanûn, en accordant un peu les cordes du bout de ses doigts délicats. Ce qui nous laissa le temps de nous installer autour d’elle, et même Azenzar interrompit ses jeux pour venir écouter sa sœur. A la question de Marie, Aziz secoua la tête en riant, et je fis de même.

"Rien qui puisse égaler Sahar, en tous cas !"

A cette remarque, notre fille s’empourpra légèrement, avant d’inspirer pour se mettre à jouer. C’était une mélodie qu’elle avait entendu une fois, lorsque nous avions croisé un autre camp Berbère et que nous avions passé une soirée ensemble. Il avait suffi à Sahar d’écouter cette chanson une fois pour savoir la reproduire à la perfection. Au moment où sa voix s’éleva dans les airs, l’atmosphère se transforma, vibrant au son de ses cordes vocales. A nouveau, je passais un bras derrière le dos de Sveda pour l’attirer doucement contre moi, tout en ne perdant pas une miette du concert. Nous nous disions certainement la même chose : quelle chance d’avoir des enfants comme eux, c’était un don du ciel.
Wairua
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Sam 27 Jan 2018 - 18:02

    Rien ne pouvait d'avantage enchanter cette âme voyageuse que la perspective d'un nouveau voyage. Il n'y avait pas un coin du globe que la belle Hélianthème ne voulu aller explorer. Elle était ainsi faite. Et sans doute cela participait-il à enjoliver à ses yeux le concept de l'immortalité. Elle était encore trop jeune pour comprendre exactement les enjeux que celle-ci comportait.

    « C'est une bonne idée. J'aimerais beaucoup les rencontrer oui et pouvoir en apprendre plus sur leurs méthodes.» Sveda cherchait alors le regard de leur visiteur. « « Connaissez-vous de ces artistes Aziz ? Quelqu'un qui acceptait de partager son savoir avec nous ? »

    Sveda sentait la main dans son dos et se tournait pour échanger un sourire avec son compagnon. Inspirée par son regard elle se penchait pour déposer un baiser sur sa joue, en s'attardant une seconde contre lui.

    « Les rêveurs ne sont pas si loin de la réalité... » S'amusait la belle rose.

    Car si les sciences étaient une passion de toujours, la poésie lui plaisait aussi beaucoup. En fait, tout ce que l'Homme pouvait créer de beau.

    « C'est vrai que vous êtes mes meilleurs cobayes tous les trois. Haha ! »

    Même si « patient » était la définition adéquate pour décrire le comportement de Sveda devant les petits bobos du quotidien. Il était vrai que cette femme était pourvue d'une douceur et d'une patience qui faisait d'elle une bonne infirmière. Ce qui d'ailleurs ne se démentirait pas au cours du temps. Soigner l'autre était sans aucun doute une façon pour « Constance » de prouver sa reconnaissance envers la vie. Elle voulait profondément apporter du bonheur autour d'elle et elle savait combien la joie pouvait dépendre de la santé.

    Le regard de la rose se focalisaient naturellement sur les gestes de sa fille. Sahar était une enfant gracile et délicate. Elle avait une telle façon d'aborder le monde avec et les choses, bienveillante et sereine... Sveda s'en trouvait très souvent émue et subjuguée. Elle ressentait alors une immense reconnaissance envers la vie pour lui avoir permit de connaître cette individue. Alors, elle se pressait, contre le père des enfants, avec un bonheur infini. Et si fière, si fière, de pouvoir participer à l'existence de ces merveilleux petits êtres.

    Sveda tirait délicatement le bébé blond prés d'eux, qu'ils profitent ensemble de cet agréable moment. Une fois encore la voix de la jeune fille eu un impact direct sur les émotions de la nomade. Impossible d'ignorer qu'ils étaient en présence d'un don incroyable. Sahar apportait tant de paix. Azen lui même en ressentait inconsciemment les effets. Il reposait sa tête contre son père, apaisé et tendre.

    « Chérie cette mémoire. » Sveda relâchait délicatement la main d'Anima pour se lever et aller prés de la petite. Elle posait une main douce à l'arrière de son crâne. L'émotion faisait briller ses yeux bleus de façon très prononcée. « C'est magnifique. »

    Tout le monde eu besoin d'un moment pour s'extraire d'une rêverie doucereuse. Ils étaient dans le même état que les chamanes après une transe. Aziz et son acolytes fixaient la demoiselle avec une expression impressionnée. Bien entendu son frère fût le premier à retrouver son état ordinaire. Il se balançait d'arrière en avant, en se tenant les pieds, avec la souplesse de son âge. Le tout en riant joyeusement.

    Sasa ! Danse !

    Le garçonnet évoquait là un autre morceau de musique. L'un de ceux qu'ils jouaient pour danser. D'ailleurs, bondissant sur ses pieds le petit entamait la danse en baragouinant une imitation des paroles berbères. Un vrai clown qui ne tardait pas à provoquer une tendre hilarité dans le cercle des nomades. Marie souriait, charmée par l'entrain de leur bout de chou et l'accompagnait sans attendre. Elle restait prés de lui et suivait son rythme en prenant garde à ce qu'il ne tombe pas. Sa voix soutenait la tentative de chant dans le rire et la bonne humeur. Une paume se tendait vers le serviteur d'Aziz pour l'encourager à se joindre à eux.

    Le bruit, même s'il était assourdi par les dunes, pouvait s'entendre sur plusieurs mètres à la ronde. Si bien qu'il finissait par attirer l'attention de la faune du désert. Des paires d'oreilles dressées se devinaient à la périphérie du campement. Une famille de mangouste qui chassait dans les environs approchait à l'ombre des dunes. Un hérisson du désert sortait timidement la tête de son terrier encore tout assoupi.

    « Bravo mon petit lynx !» Acclamait la jeune rose à la fin du morceau. Elle portait leur garçon contre sa hanche pour lui faire un baiser esquimau. Elle le reposait sur le sable.

    Le fanfaron blondinet en profitait aussitôt pour fondre sur la jolie et talentueuse musicienne, porté par cette joie innocent.

      « Voulez-vous entendre ma théorie sur le soin par la danse ? » Demandait vivement la scientifique, que ce petit moment musical avait encore plus désinhibée. Elle venait reprendre sa place dans le cercle à côté d’Émile. Avec un sourire passionnée Sveda commença à expliquer comment selon elle la danse pouvait aider les personnes souffrant de maladies liées au cœur. Ses doigts agiles traçaient un schéma dans le sable.
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Lun 12 Mar 2018 - 16:55
J’avais vécu assez longtemps pour savoir que le bonheur pouvait avoir plusieurs définitions. Et que ce que nous vivions actuellement, avec notre petit clan, en était une. Des moments plus difficiles viendraient, et même moi savais que cela pouvait dépasser ce que j’imaginais. Alors, je voulais en profiter le plus possible. Et essayer de le faire comprendre aux enfants, et même à Sveda. Elle restait si jeune en comparaison de mes siècles, et j’avais parfois l’impression que l’existence n’avait pas encore entaché son enthousiasme et son innocence. En espérant que cela viendrait le plus tard que possible.

En attendant, j’étais ravi de pouvoir planifier nos prochains voyages. Un autre point commun que nous partagions : nous tenions rarement en place. Pour découvrir des scriptoriums européens, cela ne devait pas poser trop de problème, et j’avais assez de relations dans les différents pays d’Europe qui en comptaient pour trouver un moyen d’un visiter un. Cependant, la perspective de découvrir la calligraphie arabe était beaucoup plus incertaine, mais plus fascinante encore. Je m’en remis donc à notre invité, beaucoup plus au courant de ce qui était possible. Il nous expliqua connaître quelques endroits où les étrangers étaient les bienvenus, notamment plus au nord vers la méditerranée et vers la Perse.

"Cela pourrait être une prochaine destination intéressante." dis-je avec un sourire à ma compagne. "On pourrait ensuite en profiter pour retourner un moment en Europe. Voudrais-tu vois l’Irlande ? Le soleil est beaucoup moins présent, mais ils ont de magnifiques monastères et des techniques d’enluminures particulières."

Le monde s’offrait à nous en ce temps. Et désormais, les enfants étaient plus âgés, ce qui nous permettait de voyager plus aisément. J’avais envie de montrer tellement de choses à Marie, et le monde était si gigantesque. Mais à nous deux, tout semblait possible. Profitant de sa présence contre la mienne, je fermai les yeux un instant, avant de sourire.

"Ils sont l’avenir. Des précurseurs." C’était ainsi que je le voyais. Que je nous voyais. Et en la matière, Sveda n’avait rien à m’envier, bien au contraire. Je me joignis à son rire, complice. "Quand on voit les résultats, on ne regrette pas un seul instant."

Et il y avait beaucoup de sa mère chez Sahar. Une douceur, et un sourire qui ne trompait pas sur le lien de parenté. Posant une main sur la tête de notre fils, je profitais du concert donnée par la jeune fille, même pas encore une adolescente mais qui était dotée d’une sensibilité incroyable. En particulier dans le domaine musical. C’était assurément quelque chose de surnaturel, et j’en étais d’autant plus persuadé lorsque je voyais l’état de transe dans lequel elle arrivait à mettre son audience. Plus qu’une facilité musicale, c’était quelque chose qu’elle avait dans les veines. Tout comme son humilité, et elle se contenta d’hocher la tête face aux compliments de sa mère, un peu gênée de toute cette attention.

L’arrivée de son frère lui redonna le sourire, et elle se pencha à son niveau pour échanger avec lui un rire. Sahar se remit ensuite à son instrument pour exhausser les souhaits d’Azenzar, et débuter un morceau plus entraînant. Il n’en fallut pas plus à son cadet pour se mettre à danser. Si notre fille avait la musique dans le sang, le rythme et le mouvement semblaient être dans celui de son frère. Très vite, tout le monde se retrouva à danser avec lui, avec bonne humeur et légèreté. Un moment hors du temps.

Je retournais aux côtés de Marie lorsque le petit monstre fut relâché pour se précipiter vers sa sœur, cette dernière le prenant dans ses bras pour jouer avec lui. Ces deux-là partageaient quelque chose qui nous échappaient même à nous.

"Très volontiers !" encourageai-je Sveda lorsque nous reprîmes place, avant de l’écouter avec la plus grande des attentions. Comme à chaque fois qu’elle parlait de manière si passionnée. On ne pouvait être que subjugué. Ou alors, est-ce que j’étais un tantinet peu objectif ? Une fois ses explications données, j’hochai la tête pour ajouter : "La musique existe depuis la nuit des temps. Et elle doit ne pas avoir qu’un propos récréatif. Je suis certain qu’on pourra un jour prouver qu’elle apaise les maux. Il suffit de voir Marie et sa fille, dont les qualités tendent vers les mêmes buts."
Wairua
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Lun 2 Avr 2018 - 17:07

    Marie ne connaissait encore qu’une infime partie de ce qui constituait le globe terrestre. Elle venait de Constantinople et avait suivi les voies les plus ensoleillées, comme les animaux au sang froid. Ce qui ne voulait pas dire qu’elle resterait en terrain désertique tout le temps. Anima était un guide sage et patient et avec lui donner un plus grand goût pour l’aventure. Et ce goût ne faiblierait pas. Tout juste étouffé quand un amour passerait sur son chemin.

    «Non, pas encore, jamais. Allons-y ! J'aimerais tout découvrir. Tant mieux si cela nous permet d'en savoir plus. »

    Emile et les enfants qu’ils avaient été un point d’ancrage pour Sveda. Elle qui n’avait ni mère, ni père. Elle qui n’était rien aux yeux du monde. Elle avait trouvé une identité et un rôle en étant la mère de ses enfants et la compagne de Wairua. C’était ce perpétuel besoin de servir qui l’amènerait à faire les plus grosses erreurs et les plus grandes réussites de son immortalité. Mais à cette époque elle était encore une créature innocente.

    Elle avait tendrement effleuré les doigts du scientifique pendant qu’ils regardaient les enfants danser. Elle avait encore au frais dans sa mémoire les premiers pas de Sahar. Elle l’imaginait plus tard, jeune fille, bouleversant le cœur et l’âme des hommes et des femmes.

    Ce fût porté par cette joie, qu’elle exposait ses idées sur le sujet devant les trois hommes. Elle était volubile, souriante, telle une jeune femme, encore un peu enfant. Elle parlait des muscles, des émotions, des vibrations. De tout ce que la science contemporaine étiqueterrait sous « bien-être ».

    « Il y a encore tellement de choses que nous allons encore découvrir. Nous pourrons en découvrir pour toujours… par Hator… » Soufflait-elle avant que sa voix s’envole dans un rire. Puis, elle se levait pour aller retirer le thé du feu et partager ce qu’il restait.

    Le soleil tendait vers la cime. Les heures les plus pénibles de la journée ne tarderaient plus. Il n’y avait pas grand-chose à faire pour échapper au courroux solaire que d’aller se mettre à l’abri sous les bâches de tissu.  Azenzar lui-même ralentissait ses courses autour du campement. Il allait plutôt près des bêtes et se glissait sous le ventre de la plus grande d’entre elles. Assis en tailleur, un pouce dans la bouche, il jouait avec le sable de sa main libre.

    Sveda caressait le dos de sa fille alors qu’elle se penchait pour récupérer les bols de terre cuite.  

    « Messieurs, je propose que pendant que mes deux chéris font de  l’algèbre, je vous exploite pour démêler une traduction sur laquelle je boque depuis des semaines. »»

    Marie avait une certaine maîtrise du jargon scientifique arabe. Mais elle péchait encore en ce qui concernait l’arabe écrit, l’arabe dit littéraire. Bien sûr, elle aimait la belle écriture, les textes poétiques, les fictions exaltantes. Les finesses de cette langue lui échappaient par son manque pur et simple d’études. Elle était comme en toute chose conduite par son instinct et les connaissances d’Anima.

    « Ensuite nous pourrions faire un jeu tous ensemble. Qu’est-ce que tu en dis mon oiselle ? »

    La perspective d’une activité plus ludique adoucirait un peu la jeune demoiselle face à ce qui l’attendait. Elle n’en avait pas encore conscience sans doute, mais toutes ces contraintes n’avaient qu’un but, faire d’elle une personne indépendante et lucide. Quelqu’un capable d’appréhender le monde dans toute sa valeur… et ses dangers aussi. Les St Agnan savaient d’ailleurs autant être sérieux que s’amuser et ça Sahar le savait.

    «Où voulez-vous vous installer ? Sous la tente ? » Tout en fixant Emile, Sveda agitait discrètement ses doigts contre son ventre. Une sculpture de sable émergeait lentement du sol pour former un auvent protecteur au-dessus du garçonnet.
Tohum
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"Le bonheur c'est mieux quand on le partage."


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Lun 28 Mai 2018 - 17:59
Je savais que j’avais de la chance. Une vie, même parfois mouvementée, pouvait être un perpétuel ciel sans nuages. Et je pouvais en connaître plusieurs, certaines étant arrivées, d’autres à venir. Cependant, je prenais rarement le temps d’y penser. Lorsqu’on est heureux, on ne profite que de l’instant présent. Le temps viendrait où ce ne serait plus le cas, mais en cet instant, je vivais pleinement chaque seconde qui m’était donnée. Le soleil, bien que brûlant, était également source de vie et d’énergie. Autant en profiter, avant de peut-être partir vers des destinations plus pluvieuses.

"C’est toujours ce que je me dis. Le monde est vaste, et à tellement à nous offrir." Je déposai un baiser sur sa tempe. "Nous prévoirons ça alors. Un voyage au-delà de la mer."

Une belle perspective, vite éclipsée par le spectacle de nos deux enfants. J’avais beaucoup de motifs de fiertés, dans ma carrière professionnelles. Mais cela ne soutenait pas la comparaison, si tant est qu’elle soit seulement justifiée, avec celle apportée par mes enfants. Chacun dans leur domaine, ils semblaient déjà faire preuve d’une très grande sensibilité. Et je n’étais pas sans me douter que cela devait beaucoup aux enseignements que Marie et moi avions choisi de leur donner. Des pédagogues dans l’âme, mais surtout, d’excellents élèves.

Le monde était une source constante de curiosités, et donc de découvertes. Chaque endroit que nous visitions, chaque personne que nous rencontrions, chaque ouvrage que nous consultions était une porte ouverte à d’autres connaissances. Et c’était ainsi sans fin. Ce qui tombait bien, car nous avions tout le temps pour nous y consacrer pleinement. Notre soif de savoir était une qualité commune que nous avions également transmise à nos enfants, et qui nous motivaient dans la vie.

"J’espère bien, sinon, je mourrais très vite d’ennui !" répondis-je dans un rire qui rejoint celui de Sveda.

Le thé fut le bienvenue, d’autant que la chaleur s’annonçait de plus en plus forte avec l’avancée de la journée. La proposition de Marie fut donc accueillie avec un hochement de tête, du moins en ce qui me concernait. Sahar semblait moins encline à se lancer dans ses leçons d’algèbre, mais elle continua à sourire et finit par acquiescer. Elle alla récupérer son frère, pendant que je proposais :

"Un petit jeu d’échecs sous la tente ? Ça nous permettra de garder un œil sur les jeunes élèves pendant leurs études. Et je crois que notre invité me doit une revanche."

Aziz accepta bien volontiers, et j’aidais à ramener tout le matériel à l’intérieur de la tente. Protégés du vent et des rayons directs du soleil, l’endroit se prêtait mieux à la détente. Sahar récupéra son frère pour l’entraîner avec elle, et reprit avec lui les bases d’algèbre. C’était un bon exercice pour elle que de répéter à son cadet, et elle montrait déjà une grande patience nécessaire à la pédagogie. Je sortis le plateau et les pièces, que j’installais sur une table basse avec des sièges adaptés.

"Je vous laisse commencer une première partie." dis-je à Marie et à notre invité, tandis que j’allais ensuite aider notre ainée à débuter ses exercices. J’allais ensuite lancer un nouveau thé à la menthe, qui ne serait pas de trop pour nous désaltérer.

"Comment imagines-tu le nord, Marie ?" demandai-je en m’installant à leurs côtés et en les regardant commencer à jouer. "N’y a-t-il pas un endroit que tu souhaiterais voir là-bas ? En particulier ?"
Wairua
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