The Deal, Part I. [One-shot]

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Jeu 6 Juil 2017 - 23:39
You Are the Warning - The Spiritual Machines

Ce n'est pas une arche, à vrai dire ça mérite tout juste l'appellation de gros caillou flottant. Un caillou sur lequel traînent dans l'herbe sèche d'autres cailloux plus petits. En terme d'intérêt, on avait connu mieux, et un tas de rochers plus in n'auraient pas hésiter à s'en moquer. On allait pas y construire de ville, sur ce caillou-là ; il y avait à peine de la place pour une hutte. Il n'était même pas assez intéressant pour que deux pays se le disputent par principe, comme c'était souvent le cas. On n'y habitait pas non plus, si on oubliait les inévitables insectes, les oiseaux de passages, et une colonie de souris qui se rapprochait de plus en plus d'un conflit direct avec la consanguinité. Personne n'y vivait, il ne s'y passait rien, et il n'appartenait à personne.

L'endroit idéal pour une réunion discrète.

« Le désert australien avait plus de cachet, tu ne trouves pas ? »

La voix de Marisa n'avait pas changé. Chacune de ses intonations était précise, modulée exactement de la façon dont elle l'avait voulu, entre la menace et l'envoûtement. On dirait un poignard enrobé de velours. Elle se tient debout en face de lui, les pan de son grand manteau beige flottant au vent, de même que ses longs cheveux auburn. Elle est venu avec son apparence réelle, sans le déguisement de Carla Stone, membre du directoire de Mesa. Quelle que soit la manière dont elle le fait fonctionner, Percy ne s'y intéresse pas vraiment ; cela n'a guère d'importance. Il est trop occupé à se rappeler le sable rouge d'Australie ; il y avait des cailloux bien plus intéressants que celui-ci d'ailleurs, il s'en souvenait parfaitement. Comme de son doigt sur la gâchette, qui se contractait aujourd'hui dans le vide, et du coup de feu qui avait retenti dans l'immensité. L'odeur de poudre, le sang rouge dans la poussière rouge. Le corps qu'il avait brûlé était celui de sa femme, tous les tests l'avaient montré. Mais elle se trouve devant lui aujourd'hui, en vie. Ce n'est pas une usurpatrice, personne ne serait capable de dégager la même confiance en soi teintée de malveillance, un esprit si large qu'on aurait pu en faire le tour, et pourtant incapable de se séparer de l'ambition qui le nourrissait. Il ne savait toujours pas comment elle avait échappé à son destin, comme elle s'était jouée de lui. Il avait des idée, des pistes. Rien de concret. Là encore, ce n'était pas important. Ce qui était important, c'était aujourd'hui et maintenant.

« Que veux-tu ? Je me simplifie, avec l'âge... »

« Tu te ramollis, plutôt. Avant, tu n'aurais jamais pu refuser au sens du spectacle. »

« Sois sans crainte, je ne t'ai pas fait venir pour rien. »

« Personne ne me « fait venir », Perceval. Mais tu as piqué ma curiosité. »

Percy n'a pas vraiment peur, pas exactement. Marisa n'est pas du genre à vouloir le tuer sur une île déserte, sans personne pour en témoigner. Elle a besoin d'être désignée comme la gagnante, et c'est sans doute le plus gros défaut dans sa cuirasse, si on savait l'exploiter. Il le sait, parce qu'il a longtemps souffert du même. Le sens du spectacle... En un sens, c'est ce qui les a réuni. Plus que l'amour, c'était l'assurance d'en donner à l'autre pour son argent qui les avait rapproché. Et puis leurs chemins s'étaient séparés. Marisa avait vu trop gros. Elle a appris, tout de même ; elle est plus patiente, elle attend son heure. Mais il sait qu'elle n'aurait pas pu résister à une telle invitation.

« Je ne sais pas ce que tu prépares, avec Mesa. Et je ne veux pas le savoir. »

« Là, je sais que tu me mens : tu veux toujours tout savoir. »

« Peu importe. Ce n'est pas comme si tu allais me révéler tes plans, de toute façon. Non,je t'ai fait venir pour autre chose. Pour trouver un moyen qui nous empêchera de nous détruire. »

« Si tu imagines pouvoir le faire, c'est que tu en sais encore moins que tu le crois... »

« Peut-être. Mais quoi que tu fasses, tu sais que je peux me révéler pénible, même quand je suis dépassé. Tu as trouvé le moyen de me berner une fois, je dois prendre en compte que ce ne sera pas la dernière. Et en ce qui me concerne, je ne suis pas encore prêt à tirer ma révérence. Quoi qu'il arrive. »

« Ah, voilà qui ressemble plus au Perceval que je connais ! » Un sourire mauvais, satisfait ; un éclat dans les yeux qui ne trompe pas. C'est un peu comme se retrouver face à un serpent. Percy n'a pas vraiment peur...mais on ne sait jamais. D'autant que comme elle, il est venu seul. Miranda n'est pas à ses côtés, et il songe à la colère de la jeune femme si elle devait l'apprendre. Le moment venu.

« Je ne sais pas si je suis capable de t'arrêter, ni même si j'en ai vraiment en vie. J'ai travaillé trop longtemps pour faire d'Arkadia ce qu'elle est, je refuse de disparaître maintenant. Pas après tout ce que j'ai fait pour elle. Pas après te l'avoir arrachée. »

« Ton organisation ne m'intéresse plus, mon cher. Je suis passée à autre chose. Mais je ne vois pas pourquoi je me priverais de l'écraser si j'en avais l'occasion... »

« Parce qu'en échange, je te donnerai ce que tu veux. » De nouveau, un éclat dans le regard. Il la tient ! Il ne veut pas s'avancer, et il se retient de le montrer, mais il ne peut s'empêcher de le penser. Sinon, il fait tout ça pour rien.

« Je les prendrai quand j'en aurai envie. Tu penses bien que ce n'était qu'une démonstration, un coup de semonce ! »

« Peut-être.Mais ils ne viendront jamais à toi volontairement. Et je ne veux pas qu'ils en souffrent. Alors je me propose...de faciliter la transition. »

« Voilà l'homme que j'ai rencontré, celui qui est prêt à tout pour s'en sortir ! Pour garder son pouvoir ! Tu joues les papys gâteaux en pleine rédemption, mais tu caches bien ton jeu ! Tu n'as plus d'autres cartes à jouer, de toute façon, mais je te reconnais bien là. »

« Je fais ce que je peux pour survivre. Il y a dans ce monde des causes plus grandes que la famille, tu en sais quelque chose. »

« Le pouvoir. Les imbéciles cherchent l'argent ou le savoir, mais ils ne servent à rien sans le pouvoir. Et...c'est ma famille aussi, que tu le veuilles ou non. »

« Je vois ça. »

« Parce que tu as fait mieux que moi, peut-être ? »

« Sans doute que non. » Il s'interrompt, hésite, puis reprend : « Tu te demandes parfois comment les choses se seraient passées, si on avait fait nos choix différemment ? »

« Comment ça ? » Les hypothèse, voilà qui n'est pas son fort. Elle sait tellement qui elle est qu'elle en devient incapable d'imaginer autre chose.

« Si on avait pris le temps de s'occuper de Matthew, de s'occuper de notre fils. De mettre de côté nos ambitions, pour lui. »

« C'est toi que me l'a enlevé. »

« Tu ne m'as pas laissé le choix. »

« Ce sentimentalisme ne te ressemble pas. Ces conjectures non plus. On est ce qu'on est, on ne renie pas sa nature. A quoi bon s'imaginer ce qui n'existe pas ? » Puis, après un moment : « Je ne suis pas sans cœur, Perceval. Je sais le mettre de côté, c'est tout. J'aime Matthew, et les filles... Ce que je veux, c'est leur bien. Leur permettre de faire de grandes choses, d'accomplir leurs destinées. Et je veux le revoir, lui dire que... » Elle se reprend, ce bref moment d'humanité aussitôt mis de coté : « Cela ne change rien. Mais je t'écoute. »

« Je t'amènerai ce que tu veux. Et en échange, tu me laisseras en paix. »

« Et j'imagine qu'on va se croire sur parole ? »

« Bien sûr que non. Je pensais à autre chose, plus en accord avec tes...talents. »

« Dis moi tout ! » Elle rit ; il n'y a pas d'humour dans son rire, seulement l'accent du triomphe.

« Un rituel, un pacte de sang. »

« C'est une magie puissante. »

« Je crois savoir que tu as eu un bon professeur. »

« Et je suis allée plus loin encore. Soit. Tu m'offres ce que je cherche, et en contrepartie, le ritue m'empêchera de te faire directement du mal. J'en vois l'intérêt. Quand ? »

« Après l'exposition, laisse moi encore un peu de temps. Je te contacterai. »

« Très bien. Ce sera plus facile comme ça, Perceval. J'aurai ce que je veux, les choses rentreront dans l'ordre, et tu pourras continuer de t'occuper de tes petites affaires, comme tu l'as toujours fait. Seul compte le pouvoir que l'on a amassé, il se trouve que j'ai juste vu plus grand. Mais nous avons fait nos choix.»

« Très bien. »

Il lui tend la main.

Elle la serre.

La magie opère l'espace d'une fraction de second se donnant un air d'infini, puis ils se séparent. Il n'y a rien d'autre à dire. Aucun passé digne de ce nom sur lequel s'appesantir.

Ce n'est qu'un caillou flottant. Certainement pas une arche. Il ne s'y passe jamais rien. Personne n'y vient. On n'y fait même pas que passer. Mais parfois, les meilleurs plans viennent de rien, quand on imagine ne plus avoir le choix, et qu'on se retrouve le dos au mur.

Il faut toujours se méfier des apparences...


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