J’AI GRAVE LA DALLE COMME DIRAIT L’AUTRE . DILIGHT

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Mer 17 Mai 2017 - 20:40
J’AI GRAVE LA DALLE COMME DIRAIT L’AUTRE

DILIGHT



Mr Jones établissait son réseau social à la périphérie de deux ou trois lieux cibles dans la ville. Le dinner Reggie avait tout de suite pris les allures de son quartier général. L’endroit possédait tous les atouts attendus par un petit trafiquant. La localisation -Newington zone étudiants- était idéale pour toucher la clientèle sans avoir les policiers dans le collimateur. Les horaires, lui permettait de prendre des rendez-vous tout au long de la nuit, sans avoir à se préoccuper de la météo. La carte et les prix restaient abordables pour un garçon sans le sou. Contrairement aux idées reçues, seuls une poignée de narco-trafiquants pouvaient vivre de leur commerce. Ceux comme Mr Jones, sans pédigré, ni réseau, devaient conserver un travail alimentaire pour survivre.

Mr Jones avait trouvé une place dans un fast-food “de luxe” grâce à son expérience acquise au Bronx. Les tendances insomniaques -dont il souffrait depuis ses débuts dans la drogue- lui permettaient d’accumuler les heures sans en faire pâtir sa double-vie. Néanmoins, pour ce qui était des “études” -en un mois- le taux d'absentéisme de Mr Jones crevait les plafonds. La PH -utilisé de façon familière pour désigner l’école spécialisée- n’était pas sa priorité. Il y revenait pourtant de façon hebdomadaire pour aller à la séance avec le psychologue.

*Les pancakes d’Angie. Voilà ce qu’il te faut mec. Un truc bien sucré pour remonter.
Plus jamais, je prends chez lui...
*

Mr Jones arrivait généralement -le plus souvent- sur les coups de 22h00. Le créneau qui annonçait la fin d’un long service et le début de la nuit. Il est prouvé que l’être humain met naturellement en place des rituels de vie. La ritualisation créer l’illusion d’un contrôle qui aide à contenir les angoisses. Mr Jones était si bien coupé de la réalité, avec les psychotropes, qu’il déjouait les statistiques. Il n’avait pas de siège, de plat, ou de serveuse préférée. Il était imprévisible, taciturne, bavard, avec l’envie de danser, ou de draguer. Cependant, la gentillesse était de mise toutes les nuits.

*Merde, est-ce qu’elle bosse ce soir ? On est quel jour ? Jeudi… Non, mercredi.

Chier, j’ai encore oublié d’appeler maman. Je me faire... Tant pis, rappelles-toi, elle est loin.
*

Mr Jones ne sortait jamais sans : son stock de vente, une photo “hot” de Lindsey Morgan -jeune actrice métisse- et les enceintes de son lecteur de musique. Régulièrement, à chaque fois que le jukebox tombait en panne, “Eddy” se faisait DJ.

"Salut Angie, ce soir, je veux bien… Mmm… heu… les lasagnes s’teup! "

Mr Jones, avait la tête des jours de fatigue. Avec une horloge biologique complétement détraquée et une absence total de soins. Il déposa ses affaires sur la banquette prés de lui et dû retenir une éruction inconvenante. Il était chez lui.
Ed
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Mar 23 Mai 2017 - 10:50
J'aimais ce moment où la nuit commençait vraiment, charnière entre la fin de journée et le début de la précédente, au petit matin. J'avais l'impression de voir le monde changer en direct, passer d'un état à l'autre, ce qui m'apaisait, quelque part. Peut-être y trouvai-je une certaine affinité, à la manière dont je pouvais moi-même changer de personnalité. Le plus rassurant, dans tout ça, c'était qu'un nouveau jour suivait toujours le dernier. Même après les pires. C'était simple, mais cela me permettait d'avancer, et de garder espoir. Tant que Chez Reggie serait là, on m'y trouverait derrière le comptoir, pour offrir café, nourriture et un sourire à ceux qui en avaient besoin. Peu importait où se trouvait le restaurant : en Australie, en Écosse, ou ailleurs. Il y aurait toujours des clients, des habitués, ceux qui avaient besoin d'une tasse, d'une bonne assiette, d'un moment de répit.

La fin de soirée était plutôt calme, il n'y avait que quatre personnes attablées. Un couple d'adolescent qui terminait leur repas en partageant un milk-shake, se dévorant des yeux à la manières des amours naissantes. Le diner était le cadre de bien des relations et, je m'en réjouissais, de plus de débuts que de fins. Linda était là, infirmière qui venait toujours prendre un bon café et un manger un morceau avant de prendre son service de lui. Et puis il y avait George, vieil homme solitaire et insomniaque à qui j'étais heureuse d'apporter un peu de compagnie. Hernando était en cuisine, bien sûr ; lui aussi dormait peu. Et Larry, le serviteur de la Famille qui était pour moi devenu un de mes plus anciens amis, était installé au piano, sur la petite scène. Il jouait un air calme et discret, qui accompagnait à merveille l'atmosphère tranquille.

Pour ma part, j'étais occupée à préparer un nouveau pot de café maison, mixant les grains exotiques que j'avais enfin reçus la veille. J'espérais beaucoup de ce nouveau mélange, et espérais pouvoir ajouter la concoction à ma carte pour le mois ; j'aimais l'agrémenter d'offres temporaires, de petites surprises que je pouvais proposer au client. Et le café était devenu pour moi un art, une autre partie de moi que j'avais hérité d'Angie, et que je conservais comme un trésor. Les effluves torréfiées étaient plutôt engageantes, ce qui me confortait dans mon choix du soir. Je relevai la tête de mon œuvre lorsque le carillon de la porte sonna, et ne fut pas surprise de voir qu'il s'agissait d'Ed. Le jeune homme était nocturne, et je l'avais plus d'une fois nourri au cœur de la nuit ; c'était un autre de mes habitués, avec qui j'entretenais le lien sacré de la restauratrice et du restauré.

« Bonsoir Ed ! Installe-toi, j'arrive tout de suite. »

Je terminai ce que j'avais à faire, tout en commandant une assiette de lasagnes en cuisine. Puis j'allai retrouver mon jeune ami, une tasse fumante de mon nouveau breuvage à la main.

« Essaie moi ça, tu m'en diras des nouvelles. Et on dirait que tu en as bien besoin. » Le pauvre Ed n'avait pas l'air très en forme, et j'avais l'impression que son état se dégradait depuis quelque temps. Ce qui m'inquiétait peut-être plus que de raison. Mais sans trop savoir pourquoi, je ressentais pour lui une certaine connexion que je n'arrivais pas à expliquer, et qui me poussait à vouloir en prendre soin du mieux que je pouvais. « Journée difficile ? »

Comme je n'avais pas grand chose d'autre à faire pour le moment, je m'assis sur la banquette en face de lui, coudes sur la table, visage dans les mains, sourire encourageant sur les lèvres.

« Attention, c'est chaud ! » Hernando était sorti des cuisines pour venir apporter une platée de lasagnes brûlantes à Ed, qu'il déposa sur la table. « Bon appétit petit ! Tu as de la chance, c'était la fin du plat. Je t'ai mis tout le reste, tu m'en diras des nouvelles ! »
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Dim 28 Mai 2017 - 21:26

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Mr Jones était plein d'habitudes alimentaires. Par exemple, il détestait le thé. Il avait parfois des réactions épidermiques devant les avocats. Il ne supportait pas non plus les fruits de mer. Les préceptes de vie de la femme qui l'avait élevée avait presque failli en faire un végétarien. L'âge, et les besoins nutritifs d'un corps en croissance, avaient remporté la victoire sur la philosophie. Mr Jones avait d'ailleurs recement subi une perte de poids assez importante, qui était le contrecoup de sa dépendance au cannabis. Ce n'était que l'un des symptômes les plus visibles.

"Ouais, on peut dire ça. " (Il se pencha au-dessus de la tasse pour humer le parfum.) "Ça me rappelle le pays ! Mama ! "

Le goût amer du café fit l’effet de la madeleine de Monsieur Proust à Mr Jones. Il pouvait revoir Nassir son grand-père qui faisait cuire les grains du café dans la vieille poêle en fonte. Un sourire d'enfant flottait sur son visage marqué. Mr Jones avait vue sa concentration -déjà limitée- diminuer de moitié, avec l'usage des drogues. Il était rarement à même de mener une conversation de son début à sa fin. Les interlocuteurs finissaient par s'y habituer, ou bien cessaient ils de tenter de communiquer. Cela posait parfois des soucis aux moments des transactions.
"Il faisait ça super tôt, j'me souviens. "

*Heureusement que t'es pas là pour voir ça... *

Mr Jones était tant perdu dans sa propre vie qu'il faisait souvent recours aux sensations et aux souvenirs passés. La méthode était connue. Les victimes de traumas y avaient recours. Il s'agissait d'une façon plutôt facile de fuir la réalité, lorsque celle-ci s'avérait trop dure à supporter. Mr Jones s'y était réfugié. Il n'arrivait plus à se projeter plus loin que la nuit suivante. Il était devenu quasiment impossible pour lui d'anticiper. A ce rythme Mr Jones finirait sans aucun doute par perdre pied un jour ou l'autre.

Mr Jones avait déjà perdu tout intérêt pour ce qui se passait dans le reste de l'archipel. Cartésien par défaut, il n'en était pas moins débarrassé des questions de sa génération. Seules les séances de psychanalyse forcées parvenaient à le maintenir à flot du monde réel. Ce n'était que grâce à un système de notations et d'alarmes, qu'il arrivait à organiser ses sessions de vente nocturnes. Il avait de plus en plus de mal à arriver au travail. C'était le besoin d'argent qui le maintenait debout.

Dans ses rares moments de lucidité Mr Jones comprenait que sa vie ne serait jamais celle d'un grand producteur de disque, ni même celui d'un père de famille.

"Cimer Hernando ! T'es cool mec ! "


Mr Jones demeurait assez philosophe sur sa condition. Il n'attendait plus rien d'autre que sa prochaine dose. L'existence s'était retrouvée simplifiée par la « maladie ». Il n'y avait plus de source d'angoisses -sauf la peur de retrouver assez de cervelle pour que la capacité agisse-, ou d'exaltations si ce n'est quelques tripes sur une trans-music ou un échange de flux corporel sous exta. Sans la présence d'un oncle et d'une équipe pédagogique déterminés, Mr Jones se serait volontiers laissé glisser dans les abysses.

"Woarf, c'est bon ce machin. Ils devraient vous mettre une de ces étoiles, comme à la TV. "


*Vivre pour bouffer mon gars. *

Mr Jones faisait toujours un peu plus d'efforts quand il était au Reggie. Il ne savait pas exactement pourquoi il en faisait. Malheureusement, ces efforts pouvaient sembler vains. Mr Jones pouvait pressentir jusque dans ses os que la lutte était perdue d'avance. L'organisme commençait déjà à s'accoutumer aux produits, poussant à augmenter la fréquence de consommation.

"T'as encore de tes pancakes ? Je te les payes demain soir ? Deal ?"


Ed
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Mar 6 Juin 2017 - 13:56
Chez Reggie n'était pas ouvert depuis très longtemps, mais j'avais déjà eu l'occasion d'y voir défiler bien des clients. Il y avait ceux de passage, qui s'y étaient arrêtés une fois un peu par hasard, et puis les touristes à la recherche d'une pause lors de leurs déambulations. Il y avait ceux qui s'arrêtaient régulièrement pour un café ou un repas, mais qui ne s'épanchaient pas plus que cela sur leur compte. Et puis il y avait les habitués, ceux qui donnaient rapidement l'impression de faire partie de la famille, comme des cousins un jour éloignés qui rentraient enfin à la maison. Pour eux, mon diner était un sanctuaire, un asile, un havre de paix, ou simplement un endroit où ils pouvaient retrouver un peu d'énergie, échanger quelques mots, un sourire.

Et parmi eux, il y en a avait de toutes sortes. Les oiseaux de nuits aux insomnies incurables, les travailleurs nocturnes qui croisaient leurs collègues du jour, les personnes âgées en recherche de compagnie et les jeunes de la Potential Home qui s'y arrêtaient pour un milk-shake après les cours. Enfin, il y avait ceux qui étaient un peu paumés : sans abris, ivrognes, ou en manque, ils étaient les bienvenus aussi bien que n'importe qui. Tous savaient qu'ils trouveraient une boisson et un plat bien chauds qui les y attendaient, voire un lit de camp dans l'arrière-boutique. Parfois, je leur proposais de travailler quelque temps pour moi, le temps de retomber sur leurs pattes, et puis pour ménager leur susceptibilité. Je restais intransigeante sur leurs vices, que je n'acceptais pas en mes murs, mais je ne les jugeais pas pour autant. Et si je le pouvais, je les aidais de mon mieux.

Ed était l'un de ceux pour qui j'avais développé un intérêt particulier. Le jeune homme avait quelque chose de fascinant, un feu intérieur qu'il s'évertuait à étouffer, comme s'il avait peur de finir dévoré par les flammes. Alors à la place, il se no yait dans la drogue, un peu comme on échangeait une mort pour une autre ne serait-ce que pour partir selon ses propres termes. C'était un spectacle que j'avais observé bien des fois au cours de ma longue vie. Et je le comprenais d'autant plus que j'en avais été la victime. J'avais plus d'une fois tenté de briser le cycle de mes pouvoirs en m'abrutissant avec toutes les substances possibles, espérant que la torpeur finirait par m'en libérer. Cela n'avait jamais été le cas, et avait même causé bien plus de mal que de bien lorsque mes dons brisaient le barrage des narcotiques pour se déverser en une vague destructrice et incontrôlable. Je m'étais résignée, puis j'avais voulu devenir quelqu'un d'autre... Aujourd'hui, je réalisais qu'on ne pouvait pas échapper à son destin...mais que ce dernier n'était pas unique. Et qu'on pouvait trouver le bon chemin.

« Le pays ? Comment c'était ? » Je ne savais finalement pas grand chose sur Ed, hormis le fait qu'il étudiait à la Potetial Home et qu'il dealait autant qu'il consommait. Et pourtant, j'avais la curieuse impression de le connaître, comme si nous partagions un lien qui ne demandait qu'à se faire connaître.

En tous les cas, ce qui ne diminuait jamais chez le garçon, c'était bien son appétit. Le regarder dévorer les lasagnes d'Hernando, c'était quelque chose d'impressionnant. Il les engouffrait comme si sa vie en dépendait...et d'une certaine manière, peut-être bien que c'était le cas. Plus je l'étudiais, et plus je voyais à quel point il avait mauvaise mine. Les traits tirés, le visage creux, pâle, les yeux comme perpétuellement embrumés, voilés pour se préserver d'une chose inconnue qu'ils ne voulaient pas regarder en face. Je ne pouvais m'empêcher d'être inquiète pour lui ; mais comment réussir à lui faire entendre raison ?

« Deal. Et en parlant de ça... Comment ça se passe, en ce moment ? Tu as l'air encore moins en forme que d'habitude... Tu sais que si je peux faire quelque chose pour t'aider, tu peux compter sur moi. »

Ayant suivi de loin, Hernando arrivait déjà avec une généreuse pile de pancakes.
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Mer 7 Juin 2017 - 16:17
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" “ T’ais jamais allée à Silver ? C’est là qu’il était Grand-pa. On y allait pour noël. ” "

Mr Jones, d’un point de vue génétique était ce que l’on peut dire très riche. La branche maternelle était issue d’un métissage afro-mexicain. Tricha Brown avait-elle même épousé un fils d’Irlandais, qu’elle avait rencontré dans un pub new-yorkais. Elle répondait inconsciemment aux instincts de son espèce. Plus le mélange était important et plus la descendance serait forte. Il aurait fallu trois générations ascendantes pour parvenir en Centre-Afrik, l’arche sur laquelle se trouvaient actuellement les racines les plus anciennes répertoriées. Jones de part son niveau social, n’était jamais allé plus loin, que le village de Nassir.

* Mouais j’serais bien mieux chez toi Nassir, plutôt que sur ce pu**in de cailloux où il peut tout le temps. *

" Je kiffe Mexico! Ils savent bouger là-bas. "

Mr Jones posait son poing devant sa bouche pour retenir une malencontreuse éructions. Il avait peu de souvenir de son père. Cependant, les principes fondamentaux de l’ouvrier lui était resté à l’esprit. Il n’était pas digne d’éructer devant une dame. Il fallait se tenir et impressionner les demoiselles. Aussi, Mr Jones s'enfonça sur la banquette en essayant d’être moins avachi.

" Ouais non, ça se passe. je suis crevé parce que Luke me réveille l’matin avant d’aller au taff. "

Mr Jones écarquilla les yeux de faim en voyant passer le cuisinier. Il conservait des instincts primaires et incontrôlables. Son corps dysfonctionnait et lui réclamait du combustible supplémentaire pour fonctionner. Mr Jones pouvait avaler des quantités astronomiques de nourriture. Le restaurant de la PH était d’ailleurs l’une des rares zones collectives où on le voyait plus d’une fois la semaine.

"C’est cool Ange. Thx. Mais bon, t’sais, peut pas faire grand-chose. "
(Il décala le plat vide et tira les pancakes vers lui.)
" C’est cool Ange. J’ai un péte au casque comme ils disent. "

Mr Jones se concentrait sur le goût du pancakes. Le sucre et le gras venaient combler les micros carences nocturnes. Il ne faudrait pas quatre heures avant que toutes ces calories soient brûlées. Il avait pourtant une journée de travail devant lui. Mr Jones mâchait avec énergie pendant un moment. La musique provoquait une sensation d’apaisement. Mr Jones ressentit peu à peu l’envie de partager et de se confier. L'interlocuteur importait moins que le besoin de sortir les mots.

" Je suis grillé. Pour ça qu’ils m’ont mit dans cet’école de timbrés. Avant j’étais bien, j’avais le garage, la danse, les nanas. J’étais bien, ‘fin tu vois. "

Mr Jones ne se confiait pas ou très peu aux “adultes”. Il avait pour “Angie” une estime sincère. Il appréciait qu’elle ne lui ait jamais dit : quoi faire, comment régler sa vie, comment sortir du trou. Mr Jones baissait lentement sa garde. Il ne se rendait pas compte de sa propre vulnérabilité. Malheureusement, Mr Jones pouvait sentir la chape artificielle s'alléger. Il sentit une bouffée d’angoisse le submergeait brutalement, pour le faire plonger dans un tourbillon de pensées noires. Une coulée de sueur vint lui glacer le dos.

Mr Jones identifiât deux réactions symptomatiques liées à son mode d’automédication. Le malaise s’insinuait dans la chair. Mr Jones n’arrivait pas à saisir le pourquoi de cette crise. Il agissait de façon quasi médicale pour maintenir un état constant. Il avait fait pour cela de savants calculs. Aussi savait-il que ce qui lui arrivait était une erreur.

* Ce connard m’a encore flousé sur la cam’ ! *

Mr Jones perdait des couleurs. Le rythme cardiaque s’emballait. L’angoisse galopa quand un fourmillement familier se manifesta à l’arrière gauche du crane.

" Faut que j’parte. "
(Il chercha à se lever, mais ses pieds étaient aussi lourds que du plomb.)

Ed
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Lun 12 Juin 2017 - 13:24
« Non, je n'y suis jamais allée. Peut-être un jour, qui sait ? » Après tout, ce n'était pas comme si je manquais de temps. Et même en deux millénaires, j'étais finalement loin d'avoir tout vu, ce qui était une pensée plutôt rassurante. Il y avait encore bien des endroits à découvrir, les arches étaient innombrables, surtout les plus petites, des fragments de l'ancienne terre qui étaient maintenant comme autant de petites planètes. Un jour, j'espérais prendre le temps de voyager à nouveau. Pour le plaisir cette fois-ci, pour la découverte ; et plus pour la fuite. Mais pour ça, j'avais besoin de savoir si je pouvais conserver mon équilibre, trouver un moyen de ne plus nuire. Ici, comme ailleurs.

« Nassir, c'est ton grand-père ? Et il ne pleut pas tout le temps, ici. La pluie ne fait pas de mal, au fond. Ça nettoie. Ça rafraîchit. Ça fait partie du cycle. »

Je n'étais pas là depuis longtemps, mais le temps de l'Arche ne me gênait pas. J'avais toujours aimé la pluie, un phénomène qui m'apaisait plus qu'il ne me déprimait. Il y avait autant de pluies que d'humeurs, finalement, et on était toujours capables d'y trouver son compte. Et lorsqu'on regardait par-dessus le bord, on pouvait voir la pluie tomber plus bas, toujours plus bas, et l'imaginer arriver jusqu'à la surface craquelée d'un monde disparu. Le temps était différent, en haut. Le changement était subtil, et peut-être était-ce seulement mon impression, mais il n'avait pas la même saveur. Un univers à découvrir.

« J'ai déjà dansé, au Mexique. On y a passé de bons moments, avec ma sœur. La fête des morts, c'est quelque chose à vivre au moins une fois. Et faut bien se réveiller le matin. Mais si tu avais le choix, qu'est-ce que tu voudrais faire ? »

Hernando m'avait également apporté quelques pancakes, que je mangeais avec moins d'intensité que mon jeune ami, mais avec non moins de plaisir. Dans la vie, il fallait toujours trouver un moment pour manger des pancakes, sinon à quoi bon ? Et puis Hernando les préparait comme personne. Ou comme quelqu'un qui les préparait à merveille, au minimum. J'étais vraiment heureuse qu'il m'ait suivie jusqu'ici. Mais malgré la nourriture qu'il engloutissait, Ed avait l'air si maladif qu'il faisait un peu peur à voir. Il avait beau me dire de ne pas m'inquiéter, je ne pouvais pas m'en empêcher. Quelque chose le travaillait, mais soit il n'avait pas l'air de vouloir en parler...ou de savoir comment le faire.

« Grillé ? Qu'est-ce que tu entends par là ? L'école ne te convient pas ? »

Finalement, je savais très peu de choses sur Ed. Tout en ayant ce curieux sentiment de le connaître, comme si nous avions un lien particulier que je n'arrivais pas tout à fait à définir. Quant à ce qui le troublait autant... S'il était à la Potential Home, c'était peut-être dû à un don, et j'en savais quelque chose sur la matière.

« Ed ? »

Le garçon était en proie à une soudaine panique, comme une bête prise au piège. Il s'agitait, ou plutôt il essayait, son corps ne répondant visiblement plus comme il l'espérait. Je me levai pour venir à ses côtés, posant doucement une main sur son bras pour essayer de le rassurer.

« Tout va bien ? » fit une nouvelle voix, qui ne me surprit pas. J'avais entendu le carillon de la porte et, peu avant, le rugissement de la moto. Death était directement venue vers nous. Et dès qu'elle aperçut Ed, elle resta un instant interdite, l'observant avec une grande intention. Puis elle s'approcha de Ed, lui prenant une main dans les siens avec beaucoup de douceur.

« Du calme. Tu es parmi les tiens. »
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Jeu 15 Juin 2017 - 0:29
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" Comment tu sais qu’il s’appelle Nassir ? "
(Il scruta la jeune femme avec une pointe de folie au fond des yeux.)

* Put’ain ça s’trouve c’est une « cramée » elle aussi… Nan, pas Angie, c’est pas possible. *

Mr Jones avait participé à Al Día de los Muertos par deux fois. Cette tradition vieille de plus de trois milles ans venait des Aztèques. Mr Jones avait été porté des offrandes sur la tombe de Soledad, mère de sa mère. Une femme dont la douceur avait irradié la vie de chaque personne qu’elle avait croisée. Mr Jones avait en lui un respect pour la Mort et tout ce qui s’y rapportait. Aussi Halloween n’était pour lui qu’un simulacre de la cérémonie sacrée de son ancêtre. Il ne supportait pas de voir des gens se moquer des anciennes traditions.

"Hmm. Si j’avais le choix, je sais pas, je retournerais à NYC. J’ouvrirais mon garage. "

Mr Jones sentait qu’il n’avait rien à craindre venant de la serveuse. Il avait déjà entendu d’autres élèves de l’école dire qu’ils allaient au Reggie. Le diner était une safe zone pour les prodiges. Il avait envie d’avoir un autre interlocuteur que le psychiatre de l’école. Les discours fondés sur des grandes théories de la psychanalyse ont une tendance à lui faire peur. Seulement, Mr Jones n'était pas le plus grand des expressifs sur les sujets de fond. Il était selon l'entendement commun un jeune homme pudique. Sans doute blessé dans son enfance d'avoir été rabroué par un père incapable de s'occuper de lui.

"Nan. Je voulais pas venir ici. Mais, ma mère savait plus quoi faire de moi. J’en fais partie, tu vois ? les prodiges comme ils disent. Je vois pas ce qu’il y a de prodigieux là dedans, sérieux ? "

Le dernier incident était survenu plus d’un mois en arrière. Mr Jones en avait encore des sueurs froides, quand il y repensait. Il se voyait déjà sombrer sous un déluge d’informations malignes. Il assistait impuissant à la levé du voile sur ses capacités cérébrales anormales. Le réveil des connexions neuronales s’accompagnait de tremblement musculaire. Le signe que son esprit, comme son corps, cherchaient à rejeter le don. Mr Jones entrait irrémédiablement dans l’état de pétrification. En plus d'être tout bonnement malade.

* je ne veux pas savoir, je ne veux pas savoir, je ne veux pas savoir… j’veux pas… je veux pAS… *

Mr Jones agissait à présent comme un animal. Il s’écartait d’Angie. Mais, le furtif contact entre eux fit son effet. Une masse d’informations s’imposa brutalement dans la tête de Mr Jones. Or il n’avait ni le moyen musculaire, ni les connaissances suffisantes pour filtrer les données. Il voyait sur la silhouette d’Angie une cartographie de l’intérieur de son corps. Le schéma anatomique était d’une grande précision. Il ne comprenait rien mais s'étonna de ne pas voir la date funeste de son trépas dans l'angle gauche.

* Ne me dis pas, ne me dis pas, ne me dis pas, ne me dis pas…*

Mr Jones sentit confusément qu’on lui prenait la main. Même si, ce touchait le rassurait un peu, il refusait de lever les yeux. Déjà sous ses paupières apparaissait une deuxième identité. Une deuxième femme venait de le toucher. Il ne la connaissait pas. Or Mr Jones percevait les événements de façon incorrecte. L’angoisse, la folie, rendaient la réalité autre. C’est ainsi qu’il cru entendre la voix de sa mère. Un mirage vocal dont son esprit perturbé se safisfaisait.

" Je veux pas savoir. Enlève ça de ma tête… steuplait…  "
(Il se prenait la tête dans les mains et se balançait lentement d'avant en arrière.)

Mr Jones avait l'impression que la bulle protectrice de son refuge s'étiolait. Son esprit devenait un radar dysfonctionnel. Il captait malgré les ondes humaines aux alentours de la banquette. Il fallait néanmoins un contact physique, voire visuel, pour que le diagnostic indésiré se fasse. Mr Jones maintenait donc ses yeux obstinément baissé vers le sol. Il regardait ses baskets en cherchant en lui l'énergie pour se lever.
Ed
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Lun 19 Juin 2017 - 10:18
« C'est un beau projet, New York. Et peut-être bien que tu finiras par le faire, qui sait ? La mécanique, c'est ton truc ? »

J'appréciais en apprendre plus sur Ed. Il se livrait de manière erratique, et pas toujours dans l'ordre auquel on s'attendait, mais chaque information en plus me révélait une partie du jeune homme qui se cachait derrière le dealer à l'ouest. C'était rassurant, de se dire qu'il avait ses aspirations, ses rêves. Beaucoup de gens s'arrêtaient bien vite sur leur idée des gens, sans se soucier de ce qu'il y avait derrière. J'en avais été victime, surtout en tant qu'Angie ; quelle complexité pouvait cacher « une simple serveuse », après tout ?

« Prodige n'est peut-être pas le bon terme, quand on y pense. Mais il vaut mieux qu'un autre. Ce n'est pas mauvais en-soi, tout dépend de ce que l'on en fait. J'en sais quelque chose. Cela ne se passe pas bien, à l'école ? Ils n'arrivent pas à t'aider ? »

Après tout, ils étaient les mieux placés pour. Je savais qu'ils avaient une bonne équipe en place, et qu'ils faisaient tout leur possible pour aider leurs élèves, leur apprendre à vivre avec leurs pouvoirs. Cependant, le premier pas à faire devait venir des jeunes prodiges, et accepter son don était indispensable pour vraiment réussir à travailler dessus. Je ne connaissais pas la nature de celui de Ed, mais sa nature devait lui être intensément pénible pour qu'il soit aussi dans la fuite.

« Ta mère a voulu t'aider, à sa manière. Mais cela ne marche pas toujours comme on le voudrait... »

La fibre maternelle n'avait jamais été profondément ancrée en moi, mais je pense que je comprenais le geste. J'avais laissé mes enfants vivre leur vie, présente de loin. Je les aimais, bien sûr, mais j'avais longtemps été trop changeante ; et j'avais trop peur qu'ils subissent l'influence de mes pouvoirs. Aujourd'hui, je n'étais même pas sûr du nombre de mes descendants encore en vie, y compris parmi mes rares enfants immortels. Parfois, je songeais à tenter de les retrouver, de renouer un véritable contact. Un jour. En attendant, je me contentais d'aider ceux qui franchissaient la porte de mon diner, de mon sanctuaire. J'étendais ma famille. Et maintenant, cela signifiait faire tout ce que je pouvais pour aider Ed.

Heureusement, je n'étais pas seule. Death était arrivée au bon moment, une curieuse habitude qu'elle avait prise au cours des siècle. Elle n'avait pas son pareil pour ça, ce qui était étrangement rassurant. De plus, comme moi, elle savait ce que c'était que de vivre avec un don qui s'imposait à nous qu'on le veuille ou non, et de manière plutôt désagréable. Son aide ne serait pas de trop ; elle avait toujours su comment s'y prendre pour rassurer les gens.

« Tu peux te laisser aller, tout va bien ici... » Elle me jeta un regard interrogateur.

« Ed. »

« ...Ed. Il ne va rien se passer, maintenant. Regarde moi. Regarde nous. Nous allons bien, et tu ne vas rien voir. Concentre toi sur nous. » Elle avait pris la main de Ed dans les siennes, la serrant fermement mais avec compassion. « Tu ne risques rien, avec nous. » Puis, avec un sourire : « Je m'appelle Death. Et pour simplifier un peu, je crois que je suis ton arrière-grand-mère. Avec quelques arrière de plus. Heureuse de te rencontrer. »
Delight
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Lun 26 Juin 2017 - 0:21
J’AI GRAVE LA DALLE COMME DIRAIT L’AUTRE

DILIGHT
 

Mr Jones observait la jeune femme de loin. Il la trouvait jolie, selon ses propres critères. Il ressentait de façon assez confuse une attraction pour elle. Celle-ci n’était pas liée à une pulsion sexuelle quelconque. Le sentiment venait d’une zone plus profonde de son être. Mais Mr Jones ne savait pas comment interpréter cette forte intuition.

* Je remonterais dans le temps pour ne jamais sortir pendant ce salopard d’orage.*

Mr Jones avait supporté le poids de beaucoup d’étiquettes. Fils d’un tolard et d’une ex-camée, il avait entendu les moqueries. L’école du coin ne lui avait pas apporté de soutien. Il avait souvent aidé ses oncles dans le garage. Ils avaient passé des dimanches entiers à rafistoler des VAP. Il devait à un pote d’enfance d’avoir découvert la danse. Mr Jones n’arrivait plus à synchroniser ses gestes. Il ne pouvait pas retenir les chorégraphies. Mr Jones essayait de se convaincre que cette situation était temporaire.

Mr Jones haussa des épaules. Il n’avait pas envie de parler sur le dos des professeurs. Il n’avait rien à leur reprocher en tant que tel. Gear était drôle. Rubis était classe. Il voyait très bien qu’ils faisaient tous le maximum pour que chaque jeune se sente bien. Mr Jones considérait pourtant qu’il sortait du lot. Il ne vivait pas dans le manoir avec les autres. Il avait son oncle et son bizness à gérer. Il ne voulait pas s’intégrer dans le système. Mr Jones était profondément anticonformiste.

" Je sais… elle croit toujours bien faire. Mais, elle se plante tout le temps.  "

* Y a qu'à voir son ex...*

Ils n’eurent pas le temps d’approfondir. La crise de tétanie coupa Mr Jones du reste du monde. Pendant, que son corps contrait maladroitement le phénomène, l’esprit se focalisa sur le son de la voix de la nouvelle femme. Mr Jones avait besoin de quelque-chose auquel s’accrocher. Il sentait la douceur à travers les mots. La pression sur sa main l’aidait à garder une conscience de son propre corps. Il avait envie de faire confiance à cette inconnue. Mr Jones cherchait son chemin vers le monde tangible. Il remontait la vague.

Mr Jones se redressa très doucement. Il vit d’abord la main posée sur la sienne. Elle ressemblait à celle de sa mère, elle aussi. Il sentait la chaleur qu’elle dégageait sur sa main mouate. Il leva lentement les yeux pour découvrit un visage beaucoup plus jeune que ce à quoi il pouvait s’attendre. Mr Jones la scruta étonné en guettant les chiffres fatidiques. La femme avait raison… Aucune date prophétique, pas de maladie, de soucis, comme si le radar était cassé.

* Comment tu peux être ça et avoir l’air plus jeune que ma mère…*

" J’comprends rien… Toi… t’es ma grand-mère ? Mais…"

Mr Jones avait entendu parler des « immortels » à la PH. Il n’en avait pas encore rencontré en vrai. Il détourna son regard sur Angelina pour observer la même absence de date. Il chercha son assentiment, une validation pour ce qu’il avait pu entendre de la bouche de l’inconnue. Une part de l’angoisse reflua. Il parvint à retrouver un minimum de concentration fixe. Il pouvait ressentir la tension, le manque, la faim, dans ses os. Mr Jones était trop curieux pour se focaliser sur ces détails. Il fixa celle qui disait s’appeler «Death ».

"… ma mère m’a jamais parlé de toi."(Ed cacha ses mains entre ses cuisses pour les coincer et contenir le tremblement nerveux.) "Sorry, je suis pas hyper présentable. T'es vraiment ma grand-mère ? C'est pas une blague ? "

Mr Jones se racla la gorge en signe de malaise. Il n’arrivait pas à détacher ses yeux de la jeune femme à présent. Il la trouvait belle. Il avait presque l’impression de voir une aura scintiller autour d’elle. Il n’en était rien. Malheureusement le manque provoquait une réaction au niveau des neurones qui amplifiait la tendance au délire et aux hallucinations. Mr Jones avait également la nuque couverte de sueur ainsi que son dos.

" C’est marrant de t’appeler « Death ». Enfin, marrant, je me comprends. C'est pour quoi ce nom ? S’trouve que j’ai pas mal de problèmes avec ce sujet depuis quelques temps. "

Mr Jones chercha à prendre une posture plus assurée. Il ne voulait pas avoir l’air d’un faible devant ces filles.
Ed
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