[CLOS] J’AI GRAVE LA DALLE COMME DIRAIT L’AUTRE . DILIGHT

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Mer 17 Mai 2017 - 20:40
J’AI GRAVE LA DALLE COMME DIRAIT L’AUTRE

DILIGHT



Mr Jones établissait son réseau social à la périphérie de deux ou trois lieux cibles dans la ville. Le dinner Reggie avait tout de suite pris les allures de son quartier général. L’endroit possédait tous les atouts attendus par un petit trafiquant. La localisation -Newington zone étudiants- était idéale pour toucher la clientèle sans avoir les policiers dans le collimateur. Les horaires, lui permettait de prendre des rendez-vous tout au long de la nuit, sans avoir à se préoccuper de la météo. La carte et les prix restaient abordables pour un garçon sans le sou. Contrairement aux idées reçues, seuls une poignée de narco-trafiquants pouvaient vivre de leur commerce. Ceux comme Mr Jones, sans pédigré, ni réseau, devaient conserver un travail alimentaire pour survivre.

Mr Jones avait trouvé une place dans un fast-food “de luxe” grâce à son expérience acquise au Bronx. Les tendances insomniaques -dont il souffrait depuis ses débuts dans la drogue- lui permettaient d’accumuler les heures sans en faire pâtir sa double-vie. Néanmoins, pour ce qui était des “études” -en un mois- le taux d'absentéisme de Mr Jones crevait les plafonds. La PH -utilisé de façon familière pour désigner l’école spécialisée- n’était pas sa priorité. Il y revenait pourtant de façon hebdomadaire pour aller à la séance avec le psychologue.

*Les pancakes d’Angie. Voilà ce qu’il te faut mec. Un truc bien sucré pour remonter.
Plus jamais, je prends chez lui...
*

Mr Jones arrivait généralement -le plus souvent- sur les coups de 22h00. Le créneau qui annonçait la fin d’un long service et le début de la nuit. Il est prouvé que l’être humain met naturellement en place des rituels de vie. La ritualisation créer l’illusion d’un contrôle qui aide à contenir les angoisses. Mr Jones était si bien coupé de la réalité, avec les psychotropes, qu’il déjouait les statistiques. Il n’avait pas de siège, de plat, ou de serveuse préférée. Il était imprévisible, taciturne, bavard, avec l’envie de danser, ou de draguer. Cependant, la gentillesse était de mise toutes les nuits.

*Merde, est-ce qu’elle bosse ce soir ? On est quel jour ? Jeudi… Non, mercredi.

Chier, j’ai encore oublié d’appeler maman. Je me faire... Tant pis, rappelles-toi, elle est loin.
*

Mr Jones ne sortait jamais sans : son stock de vente, une photo “hot” de Lindsey Morgan -jeune actrice métisse- et les enceintes de son lecteur de musique. Régulièrement, à chaque fois que le jukebox tombait en panne, “Eddy” se faisait DJ.

"Salut Angie, ce soir, je veux bien… Mmm… heu… les lasagnes s’teup! "

Mr Jones, avait la tête des jours de fatigue. Avec une horloge biologique complétement détraquée et une absence total de soins. Il déposa ses affaires sur la banquette prés de lui et dû retenir une éruction inconvenante. Il était chez lui.
Ed
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Mar 23 Mai 2017 - 10:50
J'aimais ce moment où la nuit commençait vraiment, charnière entre la fin de journée et le début de la précédente, au petit matin. J'avais l'impression de voir le monde changer en direct, passer d'un état à l'autre, ce qui m'apaisait, quelque part. Peut-être y trouvai-je une certaine affinité, à la manière dont je pouvais moi-même changer de personnalité. Le plus rassurant, dans tout ça, c'était qu'un nouveau jour suivait toujours le dernier. Même après les pires. C'était simple, mais cela me permettait d'avancer, et de garder espoir. Tant que Chez Reggie serait là, on m'y trouverait derrière le comptoir, pour offrir café, nourriture et un sourire à ceux qui en avaient besoin. Peu importait où se trouvait le restaurant : en Australie, en Écosse, ou ailleurs. Il y aurait toujours des clients, des habitués, ceux qui avaient besoin d'une tasse, d'une bonne assiette, d'un moment de répit.

La fin de soirée était plutôt calme, il n'y avait que quatre personnes attablées. Un couple d'adolescent qui terminait leur repas en partageant un milk-shake, se dévorant des yeux à la manières des amours naissantes. Le diner était le cadre de bien des relations et, je m'en réjouissais, de plus de débuts que de fins. Linda était là, infirmière qui venait toujours prendre un bon café et un manger un morceau avant de prendre son service de lui. Et puis il y avait George, vieil homme solitaire et insomniaque à qui j'étais heureuse d'apporter un peu de compagnie. Hernando était en cuisine, bien sûr ; lui aussi dormait peu. Et Larry, le serviteur de la Famille qui était pour moi devenu un de mes plus anciens amis, était installé au piano, sur la petite scène. Il jouait un air calme et discret, qui accompagnait à merveille l'atmosphère tranquille.

Pour ma part, j'étais occupée à préparer un nouveau pot de café maison, mixant les grains exotiques que j'avais enfin reçus la veille. J'espérais beaucoup de ce nouveau mélange, et espérais pouvoir ajouter la concoction à ma carte pour le mois ; j'aimais l'agrémenter d'offres temporaires, de petites surprises que je pouvais proposer au client. Et le café était devenu pour moi un art, une autre partie de moi que j'avais hérité d'Angie, et que je conservais comme un trésor. Les effluves torréfiées étaient plutôt engageantes, ce qui me confortait dans mon choix du soir. Je relevai la tête de mon œuvre lorsque le carillon de la porte sonna, et ne fut pas surprise de voir qu'il s'agissait d'Ed. Le jeune homme était nocturne, et je l'avais plus d'une fois nourri au cœur de la nuit ; c'était un autre de mes habitués, avec qui j'entretenais le lien sacré de la restauratrice et du restauré.

« Bonsoir Ed ! Installe-toi, j'arrive tout de suite. »

Je terminai ce que j'avais à faire, tout en commandant une assiette de lasagnes en cuisine. Puis j'allai retrouver mon jeune ami, une tasse fumante de mon nouveau breuvage à la main.

« Essaie moi ça, tu m'en diras des nouvelles. Et on dirait que tu en as bien besoin. » Le pauvre Ed n'avait pas l'air très en forme, et j'avais l'impression que son état se dégradait depuis quelque temps. Ce qui m'inquiétait peut-être plus que de raison. Mais sans trop savoir pourquoi, je ressentais pour lui une certaine connexion que je n'arrivais pas à expliquer, et qui me poussait à vouloir en prendre soin du mieux que je pouvais. « Journée difficile ? »

Comme je n'avais pas grand chose d'autre à faire pour le moment, je m'assis sur la banquette en face de lui, coudes sur la table, visage dans les mains, sourire encourageant sur les lèvres.

« Attention, c'est chaud ! » Hernando était sorti des cuisines pour venir apporter une platée de lasagnes brûlantes à Ed, qu'il déposa sur la table. « Bon appétit petit ! Tu as de la chance, c'était la fin du plat. Je t'ai mis tout le reste, tu m'en diras des nouvelles ! »
Delight
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Dim 28 Mai 2017 - 21:26

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Mr Jones était plein d'habitudes alimentaires. Par exemple, il détestait le thé. Il avait parfois des réactions épidermiques devant les avocats. Il ne supportait pas non plus les fruits de mer. Les préceptes de vie de la femme qui l'avait élevée avait presque failli en faire un végétarien. L'âge, et les besoins nutritifs d'un corps en croissance, avaient remporté la victoire sur la philosophie. Mr Jones avait d'ailleurs recement subi une perte de poids assez importante, qui était le contrecoup de sa dépendance au cannabis. Ce n'était que l'un des symptômes les plus visibles.

"Ouais, on peut dire ça. " (Il se pencha au-dessus de la tasse pour humer le parfum.) "Ça me rappelle le pays ! Mama ! "

Le goût amer du café fit l’effet de la madeleine de Monsieur Proust à Mr Jones. Il pouvait revoir Nassir son grand-père qui faisait cuire les grains du café dans la vieille poêle en fonte. Un sourire d'enfant flottait sur son visage marqué. Mr Jones avait vue sa concentration -déjà limitée- diminuer de moitié, avec l'usage des drogues. Il était rarement à même de mener une conversation de son début à sa fin. Les interlocuteurs finissaient par s'y habituer, ou bien cessaient ils de tenter de communiquer. Cela posait parfois des soucis aux moments des transactions.
"Il faisait ça super tôt, j'me souviens. "

*Heureusement que t'es pas là pour voir ça... *

Mr Jones était tant perdu dans sa propre vie qu'il faisait souvent recours aux sensations et aux souvenirs passés. La méthode était connue. Les victimes de traumas y avaient recours. Il s'agissait d'une façon plutôt facile de fuir la réalité, lorsque celle-ci s'avérait trop dure à supporter. Mr Jones s'y était réfugié. Il n'arrivait plus à se projeter plus loin que la nuit suivante. Il était devenu quasiment impossible pour lui d'anticiper. A ce rythme Mr Jones finirait sans aucun doute par perdre pied un jour ou l'autre.

Mr Jones avait déjà perdu tout intérêt pour ce qui se passait dans le reste de l'archipel. Cartésien par défaut, il n'en était pas moins débarrassé des questions de sa génération. Seules les séances de psychanalyse forcées parvenaient à le maintenir à flot du monde réel. Ce n'était que grâce à un système de notations et d'alarmes, qu'il arrivait à organiser ses sessions de vente nocturnes. Il avait de plus en plus de mal à arriver au travail. C'était le besoin d'argent qui le maintenait debout.

Dans ses rares moments de lucidité Mr Jones comprenait que sa vie ne serait jamais celle d'un grand producteur de disque, ni même celui d'un père de famille.

"Cimer Hernando ! T'es cool mec ! "


Mr Jones demeurait assez philosophe sur sa condition. Il n'attendait plus rien d'autre que sa prochaine dose. L'existence s'était retrouvée simplifiée par la « maladie ». Il n'y avait plus de source d'angoisses -sauf la peur de retrouver assez de cervelle pour que la capacité agisse-, ou d'exaltations si ce n'est quelques tripes sur une trans-music ou un échange de flux corporel sous exta. Sans la présence d'un oncle et d'une équipe pédagogique déterminés, Mr Jones se serait volontiers laissé glisser dans les abysses.

"Woarf, c'est bon ce machin. Ils devraient vous mettre une de ces étoiles, comme à la TV. "


*Vivre pour bouffer mon gars. *

Mr Jones faisait toujours un peu plus d'efforts quand il était au Reggie. Il ne savait pas exactement pourquoi il en faisait. Malheureusement, ces efforts pouvaient sembler vains. Mr Jones pouvait pressentir jusque dans ses os que la lutte était perdue d'avance. L'organisme commençait déjà à s'accoutumer aux produits, poussant à augmenter la fréquence de consommation.

"T'as encore de tes pancakes ? Je te les payes demain soir ? Deal ?"


Ed
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Mar 6 Juin 2017 - 13:56
Chez Reggie n'était pas ouvert depuis très longtemps, mais j'avais déjà eu l'occasion d'y voir défiler bien des clients. Il y avait ceux de passage, qui s'y étaient arrêtés une fois un peu par hasard, et puis les touristes à la recherche d'une pause lors de leurs déambulations. Il y avait ceux qui s'arrêtaient régulièrement pour un café ou un repas, mais qui ne s'épanchaient pas plus que cela sur leur compte. Et puis il y avait les habitués, ceux qui donnaient rapidement l'impression de faire partie de la famille, comme des cousins un jour éloignés qui rentraient enfin à la maison. Pour eux, mon diner était un sanctuaire, un asile, un havre de paix, ou simplement un endroit où ils pouvaient retrouver un peu d'énergie, échanger quelques mots, un sourire.

Et parmi eux, il y en a avait de toutes sortes. Les oiseaux de nuits aux insomnies incurables, les travailleurs nocturnes qui croisaient leurs collègues du jour, les personnes âgées en recherche de compagnie et les jeunes de la Potential Home qui s'y arrêtaient pour un milk-shake après les cours. Enfin, il y avait ceux qui étaient un peu paumés : sans abris, ivrognes, ou en manque, ils étaient les bienvenus aussi bien que n'importe qui. Tous savaient qu'ils trouveraient une boisson et un plat bien chauds qui les y attendaient, voire un lit de camp dans l'arrière-boutique. Parfois, je leur proposais de travailler quelque temps pour moi, le temps de retomber sur leurs pattes, et puis pour ménager leur susceptibilité. Je restais intransigeante sur leurs vices, que je n'acceptais pas en mes murs, mais je ne les jugeais pas pour autant. Et si je le pouvais, je les aidais de mon mieux.

Ed était l'un de ceux pour qui j'avais développé un intérêt particulier. Le jeune homme avait quelque chose de fascinant, un feu intérieur qu'il s'évertuait à étouffer, comme s'il avait peur de finir dévoré par les flammes. Alors à la place, il se no yait dans la drogue, un peu comme on échangeait une mort pour une autre ne serait-ce que pour partir selon ses propres termes. C'était un spectacle que j'avais observé bien des fois au cours de ma longue vie. Et je le comprenais d'autant plus que j'en avais été la victime. J'avais plus d'une fois tenté de briser le cycle de mes pouvoirs en m'abrutissant avec toutes les substances possibles, espérant que la torpeur finirait par m'en libérer. Cela n'avait jamais été le cas, et avait même causé bien plus de mal que de bien lorsque mes dons brisaient le barrage des narcotiques pour se déverser en une vague destructrice et incontrôlable. Je m'étais résignée, puis j'avais voulu devenir quelqu'un d'autre... Aujourd'hui, je réalisais qu'on ne pouvait pas échapper à son destin...mais que ce dernier n'était pas unique. Et qu'on pouvait trouver le bon chemin.

« Le pays ? Comment c'était ? » Je ne savais finalement pas grand chose sur Ed, hormis le fait qu'il étudiait à la Potetial Home et qu'il dealait autant qu'il consommait. Et pourtant, j'avais la curieuse impression de le connaître, comme si nous partagions un lien qui ne demandait qu'à se faire connaître.

En tous les cas, ce qui ne diminuait jamais chez le garçon, c'était bien son appétit. Le regarder dévorer les lasagnes d'Hernando, c'était quelque chose d'impressionnant. Il les engouffrait comme si sa vie en dépendait...et d'une certaine manière, peut-être bien que c'était le cas. Plus je l'étudiais, et plus je voyais à quel point il avait mauvaise mine. Les traits tirés, le visage creux, pâle, les yeux comme perpétuellement embrumés, voilés pour se préserver d'une chose inconnue qu'ils ne voulaient pas regarder en face. Je ne pouvais m'empêcher d'être inquiète pour lui ; mais comment réussir à lui faire entendre raison ?

« Deal. Et en parlant de ça... Comment ça se passe, en ce moment ? Tu as l'air encore moins en forme que d'habitude... Tu sais que si je peux faire quelque chose pour t'aider, tu peux compter sur moi. »

Ayant suivi de loin, Hernando arrivait déjà avec une généreuse pile de pancakes.
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Mer 7 Juin 2017 - 16:17
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" “ T’ais jamais allée à Silver ? C’est là qu’il était Grand-pa. On y allait pour noël. ” "

Mr Jones, d’un point de vue génétique était ce que l’on peut dire très riche. La branche maternelle était issue d’un métissage afro-mexicain. Tricha Brown avait-elle même épousé un fils d’Irlandais, qu’elle avait rencontré dans un pub new-yorkais. Elle répondait inconsciemment aux instincts de son espèce. Plus le mélange était important et plus la descendance serait forte. Il aurait fallu trois générations ascendantes pour parvenir en Centre-Afrik, l’arche sur laquelle se trouvaient actuellement les racines les plus anciennes répertoriées. Jones de part son niveau social, n’était jamais allé plus loin, que le village de Nassir.

* Mouais j’serais bien mieux chez toi Nassir, plutôt que sur ce pu**in de cailloux où il peut tout le temps. *

" Je kiffe Mexico! Ils savent bouger là-bas. "

Mr Jones posait son poing devant sa bouche pour retenir une malencontreuse éructions. Il avait peu de souvenir de son père. Cependant, les principes fondamentaux de l’ouvrier lui était resté à l’esprit. Il n’était pas digne d’éructer devant une dame. Il fallait se tenir et impressionner les demoiselles. Aussi, Mr Jones s'enfonça sur la banquette en essayant d’être moins avachi.

" Ouais non, ça se passe. je suis crevé parce que Luke me réveille l’matin avant d’aller au taff. "

Mr Jones écarquilla les yeux de faim en voyant passer le cuisinier. Il conservait des instincts primaires et incontrôlables. Son corps dysfonctionnait et lui réclamait du combustible supplémentaire pour fonctionner. Mr Jones pouvait avaler des quantités astronomiques de nourriture. Le restaurant de la PH était d’ailleurs l’une des rares zones collectives où on le voyait plus d’une fois la semaine.

"C’est cool Ange. Thx. Mais bon, t’sais, peut pas faire grand-chose. "
(Il décala le plat vide et tira les pancakes vers lui.)
" C’est cool Ange. J’ai un péte au casque comme ils disent. "

Mr Jones se concentrait sur le goût du pancakes. Le sucre et le gras venaient combler les micros carences nocturnes. Il ne faudrait pas quatre heures avant que toutes ces calories soient brûlées. Il avait pourtant une journée de travail devant lui. Mr Jones mâchait avec énergie pendant un moment. La musique provoquait une sensation d’apaisement. Mr Jones ressentit peu à peu l’envie de partager et de se confier. L'interlocuteur importait moins que le besoin de sortir les mots.

" Je suis grillé. Pour ça qu’ils m’ont mit dans cet’école de timbrés. Avant j’étais bien, j’avais le garage, la danse, les nanas. J’étais bien, ‘fin tu vois. "

Mr Jones ne se confiait pas ou très peu aux “adultes”. Il avait pour “Angie” une estime sincère. Il appréciait qu’elle ne lui ait jamais dit : quoi faire, comment régler sa vie, comment sortir du trou. Mr Jones baissait lentement sa garde. Il ne se rendait pas compte de sa propre vulnérabilité. Malheureusement, Mr Jones pouvait sentir la chape artificielle s'alléger. Il sentit une bouffée d’angoisse le submergeait brutalement, pour le faire plonger dans un tourbillon de pensées noires. Une coulée de sueur vint lui glacer le dos.

Mr Jones identifiât deux réactions symptomatiques liées à son mode d’automédication. Le malaise s’insinuait dans la chair. Mr Jones n’arrivait pas à saisir le pourquoi de cette crise. Il agissait de façon quasi médicale pour maintenir un état constant. Il avait fait pour cela de savants calculs. Aussi savait-il que ce qui lui arrivait était une erreur.

* Ce connard m’a encore flousé sur la cam’ ! *

Mr Jones perdait des couleurs. Le rythme cardiaque s’emballait. L’angoisse galopa quand un fourmillement familier se manifesta à l’arrière gauche du crane.

" Faut que j’parte. "
(Il chercha à se lever, mais ses pieds étaient aussi lourds que du plomb.)

Ed
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Lun 12 Juin 2017 - 13:24
« Non, je n'y suis jamais allée. Peut-être un jour, qui sait ? » Après tout, ce n'était pas comme si je manquais de temps. Et même en deux millénaires, j'étais finalement loin d'avoir tout vu, ce qui était une pensée plutôt rassurante. Il y avait encore bien des endroits à découvrir, les arches étaient innombrables, surtout les plus petites, des fragments de l'ancienne terre qui étaient maintenant comme autant de petites planètes. Un jour, j'espérais prendre le temps de voyager à nouveau. Pour le plaisir cette fois-ci, pour la découverte ; et plus pour la fuite. Mais pour ça, j'avais besoin de savoir si je pouvais conserver mon équilibre, trouver un moyen de ne plus nuire. Ici, comme ailleurs.

« Nassir, c'est ton grand-père ? Et il ne pleut pas tout le temps, ici. La pluie ne fait pas de mal, au fond. Ça nettoie. Ça rafraîchit. Ça fait partie du cycle. »

Je n'étais pas là depuis longtemps, mais le temps de l'Arche ne me gênait pas. J'avais toujours aimé la pluie, un phénomène qui m'apaisait plus qu'il ne me déprimait. Il y avait autant de pluies que d'humeurs, finalement, et on était toujours capables d'y trouver son compte. Et lorsqu'on regardait par-dessus le bord, on pouvait voir la pluie tomber plus bas, toujours plus bas, et l'imaginer arriver jusqu'à la surface craquelée d'un monde disparu. Le temps était différent, en haut. Le changement était subtil, et peut-être était-ce seulement mon impression, mais il n'avait pas la même saveur. Un univers à découvrir.

« J'ai déjà dansé, au Mexique. On y a passé de bons moments, avec ma sœur. La fête des morts, c'est quelque chose à vivre au moins une fois. Et faut bien se réveiller le matin. Mais si tu avais le choix, qu'est-ce que tu voudrais faire ? »

Hernando m'avait également apporté quelques pancakes, que je mangeais avec moins d'intensité que mon jeune ami, mais avec non moins de plaisir. Dans la vie, il fallait toujours trouver un moment pour manger des pancakes, sinon à quoi bon ? Et puis Hernando les préparait comme personne. Ou comme quelqu'un qui les préparait à merveille, au minimum. J'étais vraiment heureuse qu'il m'ait suivie jusqu'ici. Mais malgré la nourriture qu'il engloutissait, Ed avait l'air si maladif qu'il faisait un peu peur à voir. Il avait beau me dire de ne pas m'inquiéter, je ne pouvais pas m'en empêcher. Quelque chose le travaillait, mais soit il n'avait pas l'air de vouloir en parler...ou de savoir comment le faire.

« Grillé ? Qu'est-ce que tu entends par là ? L'école ne te convient pas ? »

Finalement, je savais très peu de choses sur Ed. Tout en ayant ce curieux sentiment de le connaître, comme si nous avions un lien particulier que je n'arrivais pas tout à fait à définir. Quant à ce qui le troublait autant... S'il était à la Potential Home, c'était peut-être dû à un don, et j'en savais quelque chose sur la matière.

« Ed ? »

Le garçon était en proie à une soudaine panique, comme une bête prise au piège. Il s'agitait, ou plutôt il essayait, son corps ne répondant visiblement plus comme il l'espérait. Je me levai pour venir à ses côtés, posant doucement une main sur son bras pour essayer de le rassurer.

« Tout va bien ? » fit une nouvelle voix, qui ne me surprit pas. J'avais entendu le carillon de la porte et, peu avant, le rugissement de la moto. Death était directement venue vers nous. Et dès qu'elle aperçut Ed, elle resta un instant interdite, l'observant avec une grande intention. Puis elle s'approcha de Ed, lui prenant une main dans les siens avec beaucoup de douceur.

« Du calme. Tu es parmi les tiens. »
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Jeu 15 Juin 2017 - 0:29
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" Comment tu sais qu’il s’appelle Nassir ? "
(Il scruta la jeune femme avec une pointe de folie au fond des yeux.)

* Put’ain ça s’trouve c’est une « cramée » elle aussi… Nan, pas Angie, c’est pas possible. *

Mr Jones avait participé à Al Día de los Muertos par deux fois. Cette tradition vieille de plus de trois milles ans venait des Aztèques. Mr Jones avait été porté des offrandes sur la tombe de Soledad, mère de sa mère. Une femme dont la douceur avait irradié la vie de chaque personne qu’elle avait croisée. Mr Jones avait en lui un respect pour la Mort et tout ce qui s’y rapportait. Aussi Halloween n’était pour lui qu’un simulacre de la cérémonie sacrée de son ancêtre. Il ne supportait pas de voir des gens se moquer des anciennes traditions.

"Hmm. Si j’avais le choix, je sais pas, je retournerais à NYC. J’ouvrirais mon garage. "

Mr Jones sentait qu’il n’avait rien à craindre venant de la serveuse. Il avait déjà entendu d’autres élèves de l’école dire qu’ils allaient au Reggie. Le diner était une safe zone pour les prodiges. Il avait envie d’avoir un autre interlocuteur que le psychiatre de l’école. Les discours fondés sur des grandes théories de la psychanalyse ont une tendance à lui faire peur. Seulement, Mr Jones n'était pas le plus grand des expressifs sur les sujets de fond. Il était selon l'entendement commun un jeune homme pudique. Sans doute blessé dans son enfance d'avoir été rabroué par un père incapable de s'occuper de lui.

"Nan. Je voulais pas venir ici. Mais, ma mère savait plus quoi faire de moi. J’en fais partie, tu vois ? les prodiges comme ils disent. Je vois pas ce qu’il y a de prodigieux là dedans, sérieux ? "

Le dernier incident était survenu plus d’un mois en arrière. Mr Jones en avait encore des sueurs froides, quand il y repensait. Il se voyait déjà sombrer sous un déluge d’informations malignes. Il assistait impuissant à la levé du voile sur ses capacités cérébrales anormales. Le réveil des connexions neuronales s’accompagnait de tremblement musculaire. Le signe que son esprit, comme son corps, cherchaient à rejeter le don. Mr Jones entrait irrémédiablement dans l’état de pétrification. En plus d'être tout bonnement malade.

* je ne veux pas savoir, je ne veux pas savoir, je ne veux pas savoir… j’veux pas… je veux pAS… *

Mr Jones agissait à présent comme un animal. Il s’écartait d’Angie. Mais, le furtif contact entre eux fit son effet. Une masse d’informations s’imposa brutalement dans la tête de Mr Jones. Or il n’avait ni le moyen musculaire, ni les connaissances suffisantes pour filtrer les données. Il voyait sur la silhouette d’Angie une cartographie de l’intérieur de son corps. Le schéma anatomique était d’une grande précision. Il ne comprenait rien mais s'étonna de ne pas voir la date funeste de son trépas dans l'angle gauche.

* Ne me dis pas, ne me dis pas, ne me dis pas, ne me dis pas…*

Mr Jones sentit confusément qu’on lui prenait la main. Même si, ce touchait le rassurait un peu, il refusait de lever les yeux. Déjà sous ses paupières apparaissait une deuxième identité. Une deuxième femme venait de le toucher. Il ne la connaissait pas. Or Mr Jones percevait les événements de façon incorrecte. L’angoisse, la folie, rendaient la réalité autre. C’est ainsi qu’il cru entendre la voix de sa mère. Un mirage vocal dont son esprit perturbé se safisfaisait.

" Je veux pas savoir. Enlève ça de ma tête… steuplait…  "
(Il se prenait la tête dans les mains et se balançait lentement d'avant en arrière.)

Mr Jones avait l'impression que la bulle protectrice de son refuge s'étiolait. Son esprit devenait un radar dysfonctionnel. Il captait malgré les ondes humaines aux alentours de la banquette. Il fallait néanmoins un contact physique, voire visuel, pour que le diagnostic indésiré se fasse. Mr Jones maintenait donc ses yeux obstinément baissé vers le sol. Il regardait ses baskets en cherchant en lui l'énergie pour se lever.
Ed
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Lun 19 Juin 2017 - 10:18
« C'est un beau projet, New York. Et peut-être bien que tu finiras par le faire, qui sait ? La mécanique, c'est ton truc ? »

J'appréciais en apprendre plus sur Ed. Il se livrait de manière erratique, et pas toujours dans l'ordre auquel on s'attendait, mais chaque information en plus me révélait une partie du jeune homme qui se cachait derrière le dealer à l'ouest. C'était rassurant, de se dire qu'il avait ses aspirations, ses rêves. Beaucoup de gens s'arrêtaient bien vite sur leur idée des gens, sans se soucier de ce qu'il y avait derrière. J'en avais été victime, surtout en tant qu'Angie ; quelle complexité pouvait cacher « une simple serveuse », après tout ?

« Prodige n'est peut-être pas le bon terme, quand on y pense. Mais il vaut mieux qu'un autre. Ce n'est pas mauvais en-soi, tout dépend de ce que l'on en fait. J'en sais quelque chose. Cela ne se passe pas bien, à l'école ? Ils n'arrivent pas à t'aider ? »

Après tout, ils étaient les mieux placés pour. Je savais qu'ils avaient une bonne équipe en place, et qu'ils faisaient tout leur possible pour aider leurs élèves, leur apprendre à vivre avec leurs pouvoirs. Cependant, le premier pas à faire devait venir des jeunes prodiges, et accepter son don était indispensable pour vraiment réussir à travailler dessus. Je ne connaissais pas la nature de celui de Ed, mais sa nature devait lui être intensément pénible pour qu'il soit aussi dans la fuite.

« Ta mère a voulu t'aider, à sa manière. Mais cela ne marche pas toujours comme on le voudrait... »

La fibre maternelle n'avait jamais été profondément ancrée en moi, mais je pense que je comprenais le geste. J'avais laissé mes enfants vivre leur vie, présente de loin. Je les aimais, bien sûr, mais j'avais longtemps été trop changeante ; et j'avais trop peur qu'ils subissent l'influence de mes pouvoirs. Aujourd'hui, je n'étais même pas sûr du nombre de mes descendants encore en vie, y compris parmi mes rares enfants immortels. Parfois, je songeais à tenter de les retrouver, de renouer un véritable contact. Un jour. En attendant, je me contentais d'aider ceux qui franchissaient la porte de mon diner, de mon sanctuaire. J'étendais ma famille. Et maintenant, cela signifiait faire tout ce que je pouvais pour aider Ed.

Heureusement, je n'étais pas seule. Death était arrivée au bon moment, une curieuse habitude qu'elle avait prise au cours des siècle. Elle n'avait pas son pareil pour ça, ce qui était étrangement rassurant. De plus, comme moi, elle savait ce que c'était que de vivre avec un don qui s'imposait à nous qu'on le veuille ou non, et de manière plutôt désagréable. Son aide ne serait pas de trop ; elle avait toujours su comment s'y prendre pour rassurer les gens.

« Tu peux te laisser aller, tout va bien ici... » Elle me jeta un regard interrogateur.

« Ed. »

« ...Ed. Il ne va rien se passer, maintenant. Regarde moi. Regarde nous. Nous allons bien, et tu ne vas rien voir. Concentre toi sur nous. » Elle avait pris la main de Ed dans les siennes, la serrant fermement mais avec compassion. « Tu ne risques rien, avec nous. » Puis, avec un sourire : « Je m'appelle Death. Et pour simplifier un peu, je crois que je suis ton arrière-grand-mère. Avec quelques arrière de plus. Heureuse de te rencontrer. »
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Lun 26 Juin 2017 - 0:21
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DILIGHT
 

Mr Jones observait la jeune femme de loin. Il la trouvait jolie, selon ses propres critères. Il ressentait de façon assez confuse une attraction pour elle. Celle-ci n’était pas liée à une pulsion sexuelle quelconque. Le sentiment venait d’une zone plus profonde de son être. Mais Mr Jones ne savait pas comment interpréter cette forte intuition.

* Je remonterais dans le temps pour ne jamais sortir pendant ce salopard d’orage.*

Mr Jones avait supporté le poids de beaucoup d’étiquettes. Fils d’un tolard et d’une ex-camée, il avait entendu les moqueries. L’école du coin ne lui avait pas apporté de soutien. Il avait souvent aidé ses oncles dans le garage. Ils avaient passé des dimanches entiers à rafistoler des VAP. Il devait à un pote d’enfance d’avoir découvert la danse. Mr Jones n’arrivait plus à synchroniser ses gestes. Il ne pouvait pas retenir les chorégraphies. Mr Jones essayait de se convaincre que cette situation était temporaire.

Mr Jones haussa des épaules. Il n’avait pas envie de parler sur le dos des professeurs. Il n’avait rien à leur reprocher en tant que tel. Gear était drôle. Rubis était classe. Il voyait très bien qu’ils faisaient tous le maximum pour que chaque jeune se sente bien. Mr Jones considérait pourtant qu’il sortait du lot. Il ne vivait pas dans le manoir avec les autres. Il avait son oncle et son bizness à gérer. Il ne voulait pas s’intégrer dans le système. Mr Jones était profondément anticonformiste.

" Je sais… elle croit toujours bien faire. Mais, elle se plante tout le temps.  "

* Y a qu'à voir son ex...*

Ils n’eurent pas le temps d’approfondir. La crise de tétanie coupa Mr Jones du reste du monde. Pendant, que son corps contrait maladroitement le phénomène, l’esprit se focalisa sur le son de la voix de la nouvelle femme. Mr Jones avait besoin de quelque-chose auquel s’accrocher. Il sentait la douceur à travers les mots. La pression sur sa main l’aidait à garder une conscience de son propre corps. Il avait envie de faire confiance à cette inconnue. Mr Jones cherchait son chemin vers le monde tangible. Il remontait la vague.

Mr Jones se redressa très doucement. Il vit d’abord la main posée sur la sienne. Elle ressemblait à celle de sa mère, elle aussi. Il sentait la chaleur qu’elle dégageait sur sa main mouate. Il leva lentement les yeux pour découvrit un visage beaucoup plus jeune que ce à quoi il pouvait s’attendre. Mr Jones la scruta étonné en guettant les chiffres fatidiques. La femme avait raison… Aucune date prophétique, pas de maladie, de soucis, comme si le radar était cassé.

* Comment tu peux être ça et avoir l’air plus jeune que ma mère…*

" J’comprends rien… Toi… t’es ma grand-mère ? Mais…"

Mr Jones avait entendu parler des « immortels » à la PH. Il n’en avait pas encore rencontré en vrai. Il détourna son regard sur Angelina pour observer la même absence de date. Il chercha son assentiment, une validation pour ce qu’il avait pu entendre de la bouche de l’inconnue. Une part de l’angoisse reflua. Il parvint à retrouver un minimum de concentration fixe. Il pouvait ressentir la tension, le manque, la faim, dans ses os. Mr Jones était trop curieux pour se focaliser sur ces détails. Il fixa celle qui disait s’appeler «Death ».

"… ma mère m’a jamais parlé de toi."(Ed cacha ses mains entre ses cuisses pour les coincer et contenir le tremblement nerveux.) "Sorry, je suis pas hyper présentable. T'es vraiment ma grand-mère ? C'est pas une blague ? "

Mr Jones se racla la gorge en signe de malaise. Il n’arrivait pas à détacher ses yeux de la jeune femme à présent. Il la trouvait belle. Il avait presque l’impression de voir une aura scintiller autour d’elle. Il n’en était rien. Malheureusement le manque provoquait une réaction au niveau des neurones qui amplifiait la tendance au délire et aux hallucinations. Mr Jones avait également la nuque couverte de sueur ainsi que son dos.

" C’est marrant de t’appeler « Death ». Enfin, marrant, je me comprends. C'est pour quoi ce nom ? S’trouve que j’ai pas mal de problèmes avec ce sujet depuis quelques temps. "

Mr Jones chercha à prendre une posture plus assurée. Il ne voulait pas avoir l’air d’un faible devant ces filles.
Ed
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Sam 1 Juil 2017 - 12:11
Des jeunes comme Ed, il y en avait beaucoup. Enfin, pas comme lui exactement, nous étions tous uniques, mais j'avais rencontré bien des prodiges aussi désemparés au fil du temps. Les pouvoirs n'étaient pas un choix, ils nous tombaient dessus qu'on le veuille ou non. Il y avait bien ceux qui se précipitaient dans les orage en brandissant une fourchette, mais on ne pouvait pas dire que c'était un moyen infaillible. Et même si cela fonctionnait, cela revenait à participer à une grande loterie, et tous les lots n'étaient pas égaux. La plupart des pouvoirs venaient avec leur contrepartie. Je me demandais quel pouvait bien être celle de Ed, pour que cela le mette dans un tel état. Pour qu'il ait tellement besoin de fuir qu'il se perdait de plus en plus dans l'abus des substances dont il avait fait son fond de commerce.

« C'est jamais facile, d'être une mère. Parfois, on ne peut pas s'empêcher de faire des erreurs, on ne sait pas comment s'y prendre. J'ai jamais été très douée non plus. »

Nous avions beau nous appeler la Famille, aucun d'entre nous n'avait jamais vraiment eu la fibre parentale. J'étais trop changeante, Death souffrait de son pouvoir, et je ne savais même pas si Dream et Destiny avaient eu des descendants ; ce n'était pas vraiment quelque chose dont nous parlions, avec mes frères... Desire avait été plus proche que nous de ses enfants, qui s'étaient révélés inévitables. Mais elle avait disparu, son lien avec nous inexplicablement brisé. Penser à elle restait douloureux, même après tout ce temps. Et en parlant de descendance, la révélation de Death expliquait bien des choses ; elle était arrivée au bon moment, peut-être saurait-elle aider Ed mieux que moi.

« Grand-mère n'est pas le terme exact. Disons qu'il faudrait rajouter « arrière » un certain nombre de fois. Quand on a deux mille ans, cela devient difficile de gérer toute sa descendance. Je pourrais être l'ancêtre de ta mère, ou de ton père, et aucun d'eux ne le saurait. » 


« Et ça fait de moi ta grande tante, ou quelque chose du genre. Death est ma sœur. Bienvenue dans la Famille ! »

« On a la possibilité de ressentir ceux qui sont liés à nous, par le sang par exemple. Ce qui explique comment je l'ai su. »

Death prit place sur la banquette, maintenant que Ed semblait avoir retrouvé un peu de calme. La situation l'intriguait manifestement assez pour qu'il reprenne un peu ses esprits. Pour le moment, la curiosité avait pris le dessus ; ce n'était pas tous les jours qu'on rencontrait des membres de sa famille, surtout de cette façon... Mais cela expliquait l'affinité que je ressentais pour lui, depuis que je le connaissais. Le sang n'était pas la seule manière de définir une famille, et nous finissions par ressentir un lien avec les descendants des uns des autres, comme à travers une curieuse résonance morphique qui moulait la réalité.

« C'est le seul nom que je me connais vraiment. J'en ai sans doute eu un autre, à ma naissance, mais on ne peut pas dire que je m'en rappelle. Et celui-ci définit un aspect de mon pouvoir : quand je vois quelqu'un, je peux savoir quand il va mourir, si sa mort devait être naturelle. Je pourrais te dire combien de temps il te reste à vivre, même si le pronostic serait sans doute faussé par tout ce que tu prends. »

Il n'y avait pas d'accusation dans la voix de ma sœur, elle ne faisait que constater. Elle et moi, nous étions bien placées pour savoir ce dont quelqu'un pouvait être capable pour se protéger des effets de ses pouvoirs. Et peut-être que cela nous permettrait d'aider Ed, d'une manière ou d'une autre.

« Et quelque chose me dit que la nature de ta capacité n'est pas très éloignée... »
Delight
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Lun 10 Juil 2017 - 15:00
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Mr Jones était un fils unique. Il était né à cause d'une mauvaise contraception. Clay et Patty étaient tombés d'accord, sur le fait qu'ils n'étaient pas pour retenter l'expérience. Ils avaient eu cette présence d'esprit. Mr Jones ignorait ce que cela voulait dire d'appartenir à une fratrie. Il avait néanmoins quelques cousins germains, du côté de la branche paternelle, dont il se souvenait très mal. Quelques amis d'enfance avaient donc fait office de frères de lait.

" Vous ? Vous êtes sœurs ? Non mais, j'ai une hallu' ? C'est ça ?"

Mr Jones inclina la tête sous le feu de ce regard féminin. Il était presque intimidé par la force qui rayonnait dans le fond de ces pupilles charbons. Il se sentait faible, voire vulnérable, en présence de ces deux femmes dont ils découvrait, qu'elles avaient l'âge du monde. Mr Jones se rendait compte de toute sa petitesse. Il ignorait ce qu'il pouvait dire ou ne pas dire devant des êtres supérieurs au reste d'entre eux. Le lien de "sang" énoncé par "Death" lui paraissait d'autant plus improbable.

" J'crois que je préfères pas savoir."

Mr Jones redevint un peu nerveux à la mention de son propre pouvoir. Il ouvrait facilement la bouche pour se dire « cramé », mais pour ce qui était d'expliquer la nature de la capacité, ce n'était pas aussi simple. Les professeurs de la Potentiel Home, avaient mis trois semaines, pour obtenir un début d'explication. Le concours du docteur Dumber avait beaucoup aidé. Mais, cela demeurait un sujet difficile à abordé comme tout ceux qui sont relié à un traumas.

*Elles vont me prendre au sérieux ?*

" Ils m'ont mis chez les « détecteurs ». " (Eden s'agita sur son siège. Il se racla la gorge.) " En gros, ça veut dire que je capte des trucs sur les personnes ». "

Mr Jones ne s'était pas livré à un exercice conscient d'évaluation depuis plusieurs mois. Il repoussait le flux de connaissance dans une zone hyper-concentrée de son lobe gauche. Mais, il n'avait qu'à ouvrir la "porte" pour que les données s'écoulent dans son esprit comme un flux de pensées sans interruption. Il devait alors réussir à sélectionner l'un des fils de connaissances et à le retranscrire en mots clairs.

"Tu vois la fille avec les cheveux frisés là-bas ?». " (Il désignait l'une des clientes qui était assise au bar du diner. Il la scruta un instant.) " Elle a 34 ans. Espérance de vie... 52 ans. Elle a des soucis eczémas depuis qu'elle est gamine. Elle s'est cassé une cheville y a 4 ans, la... droite. Elle a des bleus au niveau des cuisses... du ventre... des bras. Elle a 77% de chance d'avoir un cancer du sein dans 3 ans. Et 84% de chance de développer une sénilité précoce à cause d'un trauma crânien.». "


Mr Jones n'avait aucun contrôle sur cette capacité. Il faisait avec et comme cela venait. Il perforait l'intimité de total inconnus, sans pouvoir bloquer ou refuser, les informations qui lui étaient transmises. Cela lui faisait l'effet d'être un voyeur, un violeur de destin. Car Mr Jones ne considérait pas qu'il avait le droit de savoir tout cela. Il gardait en mémoire, gravé au fer rouge, le visage de ce gamin qu'il avait croisé dans la rue après l'Ouragan. L'enfant lui était apparu comme condamné dans deux jours. Ce que la rubrique nécrologique lui avait confirmé plus tard.

*La vie c'est pas comme dans Marvel, p'tain ! Qu'est-ce que j'en ai à battre de voir les gens mourir ! *

" Vous voyez le topo ? J'veux retrouver ma vie. C'tout... "

Ed
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Mer 19 Juil 2017 - 13:37
« Nous sommes bien sœurs. Notre famille s'est choisie il y a bien longtemps ; elle s'est simplement forgée sur autre chose que du sang. Et le lien n'en est pas moins fort. »

« Tu vois, au fond, tu n'es pas si différent : bien peu de gens veulent savoir. Cela fait des siècles que je pose la question, et rares sont ceux qui ont entendu la réponse. A croire qu'il y a quelque chose de plus rassurant à l'idée de ne pas savoir... C'est peut-être pour ça qu'autant de mortels arrivent à vivre leur vie aussi pleinement en aussi peu de temps. »

Il n'y avait rien de péjoratif dans le terme de mortel, surtout dans la bouche de ma sœur. Là où Destiny et Dream avaient la fâcheuse tendance à les considérer comme inférieurs, Death et moi avions toujours d'une certaine manière envié la brièveté de leur existence. Quand on vivait éternellement, il devenait parfois de plus en plus difficile de réellement accomplir certaines choses. On pouvait se perdre dans de longues délibérations, proche d'un état d'esprit à part qui s'affranchissait du court normal du temps. Au point de distordre nos émotions, comme les éternels qui cherchaient toujours plus de pouvoir, ou de devenir...quelque chose d'autre, de plus tout à fait humain, à la manière de nos frères. Dream et Destiny incarnaient leurs domaines plus qu'ils ne vivaient réellement leur vie. De notre côté, Death et moi avions toujours pris soin de cultiver notre humanité, pour ne pas la voir flétrir. Desire aussi, avant qu'elle ne disparaisse ; par bien des façons, elle avait toujours été la plus vivante d'entre nous...

« De quel genre ? » demandai-je à Ed, tandis qu'il nous parlait de ses pouvoirs de détection. Et il me renseigna en en faisant aussitôt la démonstration. J'échangeai un regard avec ma sœur ; si quelqu'un pouvait comprendre, c'était bien elle. Et elle était la preuve qu'on pouvait vivre bien longtemps avec un tel don sans qu'il ne prenne inévitablement le dessus sur notre vie.

« C'est assez proche de ce que je peux faire ; je ne peux simplement pas établir de diagnostic, juste la réserve de vie. C'est comme...c'est comme observer le monde à travers un sablier : quand je me concentre, je vois la vie s'écouler comme du sable, comme si leur peau, leur corps tout entier se désagrégeait extrêmement lentement. C'est aussi voir la lueur dans leurs yeux se ternir avec une lenteur minérale, qui ne m'échappe pas pour autant. C'est un don qui passe plus pour une malédiction, je te l'accorde. Et si on ne peut pas vraiment le contrôle, on peut apprendre à vivre avec. »

La voix de Death était douce, empreinte de la compassion dont elle avait faire sa marque de fabrique. Mais elle y conférait aussi l'assurance rassurante de sa longue vie passée avec cette capacité. Je savais qu'il y a bien longtemps, cela avait été très dur pour elle, avant que la Famille ne se rassemble. Et qu'encore aujourd'hui, il y avait des jours où cela pouvait l'accabler d'une profonde tristesse. Mais voir la mort ne lui avait jamais enlevé l'amour de la vie, et plus encore l'amour des autres. Pour elle, c'était devenu un moyen d'appeler tout ceux qui voulaient bien l'entendre à vivre pleinement, en lui rappelant qu'elle avait aussi la sienne.

« Les dons de la Famille ne sont jamais faciles à posséder, j'en sais quelque chose. Je ne vois pas les gens mourir, ni leur condition, mais...disons que mes pouvoirs sont dangereux malgré moi, et que j'ai plus d'une fois chercher à me couper du reste du monde. Là, j'ai décidé de retrouver espoir, et de revenir parmi les miens. Et ça aide. Ce que je veux dire, c'est que tu n'es pas seul, Ed. »

L'affection que je ressentais pour le jeune homme était plus profonde encore que je ne l'aurais cru, et je comprenais enfin pourquoi. La famille ne passait pas toujours par les liens du sang, et je l'avais instinctivement reconnu comme l'un des miens. Je savais qu'il en était de même pour Death, qui l'avait aussitôt accepté.

« Je peux t'aider à vire avec ce fardeau, si tu le souhaites. Ce ne sera jamais facile, mais c'est possible de le faire, et en restant soi-même. »

« Tout ce que tu prends... Est-ce que c'est parce que ça t'aide à contenir tes pouvoirs ? »
demandai-je, commençant à y voir plus clair.
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Ven 4 Aoû 2017 - 15:07
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Mr Jones était dérouté. Il avait l'impression d'être entré dans la 5éme dimension, sans avoir pris assez de drogue pour y arriver. Il faisait cependant un réel effort pour intégrer ce que lui racontait les sœurs. Il fixait leurs lèvres bouger pour être certain de ne rien manquer. Elles semblaient savoir de quoi elles parlaient. C'était au moins ça de positif, même s'il aurait donné cher pour se retrouver dans son pieu, là tout de suite.

"Ouais, c'est pas faux. "

Mr Jones n'était pas complètement aveugle. Il voyait ses interlocutrices échanger des regards. Il comprenait pourquoi Angie avait précisé qu'elle avait choisie sa famille. Mr Jones avait fait la même chose étant jeunes avec ses amis. La famille était un groupe d'individus rassemblés par un point commun. Dans les sociétés contemporaines moderne c'était le lien génétique qui en définissait la composition. Cependant l'humanité s'était établi en bande sur bien des critères.

"Ça veut dire que tu sais quand est-ce que ta sœur va mourir ? "

* Mouais vivre avec... merci bien !*

Mr Jones, à l’émergence de son don, avait su par « accident » qu'elle était l'espérance de vie de sa mère. Il devait à présent vivre avec cette information. Il refusait de rendre visite en prison à son père pour ne pas que cela se reproduise. Lorsqu'il était sous substance, son cerveau était trop stimulé, pour qu'il ait accès aux pensées les plus terrifiantes. Malheureusement, il ne faisait que repousser l'élémentaire. La peur le maintenait prisonnier dans cette suite sans fin de sauts entre réalité et fantasme.

"Il sont dangereux comment ? Tu fais des boules de feux ? Ou un truc du genre ? "

* Bon au moins détecter ça ne tue pas.*

Mr Jones était un cas difficile même pour les professeurs de la Potentiel. Il s'était prêté au jeu, une fois, ou deux, pour les tests médicaux. Il n'existait aucun moyen efficace de contenir une capacité passive. Pouvait-on priver un être humain de l'un de ses cinq sens sans dommages ? Le discours avait donc tout suite été calqué sur la raison. Quand on ne pouvait pas éliminer le problème il fallait travailler à une cohabitation. Mais Mr Jones ne savait pas comment cela pouvait être possible.

"Ouais. Au début je faisais d'la fumette. Mais ça a pas tenu long. Il a fallu que je passe à plus puissant. "

Mr Jones était un consommateur de drogue sérieux. Il avait une relation à cette drogue à l'égal du patient qui suit un traitement. Il n'y avait donc pas de raison pour lui de stopper. Les discours de prévention et autre dispositif de santé fait à l'école ne le touchait pas. Il n'encourageait personne à la consommation. Il ne fournissait pas les mineurs. Il était aussi clean que le lui permettait sa dépendance.

"Vous savez quoi ? L'plus ironique, c'est que quand j'étais un môme, je rêvais de ça. Être un prodige, avoir des supers pouvoirs. Wouarf. Conneries... "

Mr Jones ne montrait pas souvent cette partie de sa personnalité, ni à quel point sa situation lui pesait, sur sa vie, sur son moral. Il n'était pas du genre à se plaindre de toute façon. Il sentait pourtant que devant ces filles-là, il avait le droit de s'exprimer. C'était probablement la première fois qu'il s'ouvrait de cette façon sans être dans le cabinet. Il acceptait pudiquement d'imaginer qu'il y avait peut-être d'autres options.

[right]"Tu peux vraiment faire ça ? M'aider ? Comment ? " (Éden planta ses yeux dans ceux de son ancêtre. Derrière le voile imposé par la drogue se lisait une détresse sans fond.)
Ed
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Sam 12 Aoû 2017 - 11:54
« Ce qu'il te reste à déterminer, c'est quelle vie tu as envie de vivre. Si tu n'avais pas eu ces capacités, qu'est-ce que tu aurais fait ? »

Death avait le don de mettre la plupart des gens à l'aise, à la manière d'une vieille copine. C'était sans doute ainsi qu'elle avait fini par considérer la mort : une vieille connaissance, à laquelle elle serait éternellement liée. J'en savais quelque chose, moi aussi : en deux mille ans, j'avais perdu bien des proches. Amants, amantes, ma sœur Desire...et des enfants. Ces derniers, ça avait toujours été le plus dur, ce qui expliquait probablement pourquoi je m'étais détachée de la fibre maternelle.

« Non, je ne sais pas. Delight est immortelle, comme moi. Nous avons cessé de vieillir il y a bien longtemps. C'est sûrement ce qui nous a permis de former une famille, avec nos frères. La certitude de savoir que le temps n'allait pas nous arracher les uns aux autres. »

Peut-être que même Destiny avait fini par se sentir seul, même si ça semblait curieux de lui prêter une telle émotion. Toujours est-il qu'il avait décidé de nous réunir, d'entremêler les fils de nos destins pour former celui de la Famille. Rien que pour ça, je lui en serai toujours reconnaissant. La vie était moins dure quand on avait des proches sur qui compter quoi qu'il arrive. Et si Death et moi pouvions faire partie de ces personnes pour Ed, j'espérais que ça puisse l'aider, ne serait-ce qu'un peu.

« Pas de boules de feu, non. J'aurais préféré. » Je souris malgré tout, amusée par la supposition. « Mes pouvoirs peuvent influencer l'humeur des gens autour de moi : quand je suis heureuse, je les rends heureux, quand je suis triste, je les rends triste, quand je suis en colère, je les rends furieux... Mais ça ne s'arrête pas là : quand les émotions deviennent trop difficiles à gérer, ma personnalité bascule. De Delight, je deviens Delirium, et je provoque la folie. Puis je deviens Despair, et Destruction. Beaucoup de gens sont morts, à cause de moi; même si je ne l'ai jamais voulu. Et le cycle recommence. J'ai...causé beaucoup de dégâts, et plus d'une fois. La folie, le désespoir, la destruction, elles m'ont longtemps parues inévitables tout autour de moi, alors j'ai essayé de fuir. Le plus loin possible, là où je ne ferai de mal à personne. Mais ça n'a rien changé. Et puis j'ai retrouvé Death, et le reste de ma famille, et... l'espoir. De me dire qu'un jour, je ne serai plus l'esclave de mes pouvoirs. Tu as peur de ce que tu vois chez les gens, j'ai peur...du mal que je peux leur faire directement. Du mal que j'ai fait à bien trop de monde au fil du temps. Peut-être qu'à nous deux, nous arriverons à dépasser tout ça un jour, tu n'as pas envie d'y croire ? »

Je me confiais rarement autant sur l'étendue de mes pouvoirs, mais Ed faisait après tout partie de la famille, et peut-être qu'une nouvelle perspective pourrait l'aider à y voir un peu plus clair. Ne serait-ce que pour lui montrer qu'il n'était pas seul, et qu'il était possible de combattre l'influence de nos dons.

« J'ai essayé beaucoup de choses, moi aussi. C'est fou ce que l'humanité est créative lorsqu'il s'agit de s'adonner à l'oubli. Et parfois, il est plus que bienvenu. » Il n'y avait aucun jugement dans la voix de ma sœur, et elle sourit pour bien le montrer. « Il y avait de ces mélanges, dans le temps, pfou, je ne sais toujours pas ce qu'il y avait dedans... Tu te rappelles quand on s'est retrouvées sur le toit du Parthénon avec Desire, une nuit, sans savoir comment nous étions arrivées là ? »

« Je me souviens surtout qu'on a jamais réussi à savoir comment on avait réussi à y faire monter deux chèvres et toutes ces amphores. »

« Avec talent, voyons ! » Puis, à Ed : « Je comprends l'envie de fuir, crois moi. Quand je regarde quelqu'un qui n'est pas immortel, c'est comme s'il se désagrégeait lentement devant mes yeux ; je vois sa peau, son corps tout entier se fissurer, comme si je les voyais à travers un sablier. Et je n'ai aucun moyen de les aider. Je peux seulement voir leur vie s'écouler, et me faire une idée de leur espérance de vie, pour peu que leur mort soit naturelle. Je ne peux pas voir les maladies qui s'en prennent à eux, je ne peux pas les avertir, ni les aider... Tout ce que je peux faire, c'est les accompagner du mieux que je peux. Chaque vie est précieuse, qu'on meure à dix ou cent ans. Alors je fais de mon mieux pour la célébrer. Ce n'est pas facile, et j'ai eu très longtemps pour m'y faire, je ne vais pas te mentir. Mais c'est possible de ne pas être l'esclave de son don. Et si tu es d'accord, je ferai de mon mieux pour t'y aider. Mais si tu ne te reposes que sur la drogue, surtout de cette manière, surtout autant, tu finiras par te détruire bien plus vite que tous ceux que tu évites. »

« Tu sais, peut-être que tu as de quoi en faire un super pouvoir. D'aider les gens, de leur permettre de combattre la maladie avant même qu'ils ne la ressentent. Cela ne rendra pas les choses plus faciles, je sais bien, mais ça leur donnera peut-être...une raison d'être. Une manière pour toi de garder le contrôle de ce que tu veux en faire, plutôt que d'être contrôlé par tout ça. »
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Lun 21 Aoû 2017 - 12:59
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Mr Jones avait de plus en plus de mal à se souvenir de ce qu'il avait voulu faire. Il avait progressivement perdu tous ses contacts avec les gars de son quartier. La vie continuait sans lui là-bas. Il n'y avait que sa mère qui continuait de lui donner des nouvelles du pays et il va de soit qu'elle ne racontait pas tout. Mr Jones lui en était reconnaissant, même si elle était totalement responsable, de son exile sur ce cailloux. Les semaines passant la perspective du retour était de plus en plus dure à appréhender.

"J'me serais arrangé avec un pote pour ouvrir notre garage à nous. "


Mr Jones faisait un effort pour concevoir le principe d'immortalité. Cependant, il avait à présent une toute autre approche de la vie et de la mortalité, de par sa capacité. Il était difficile pour quelqu'un d'aussi jeune que Mr Jones d'imaginer que la vie puisse dépasser les soixante-dix ans de son grand-père. Il comprenait pourtant que c'était la vérité. Mr Jones se demandait ce que cela pouvait être de vivre assez longtemps pour voir le monde changer du tout au tout. Il arrivait à mettre de côté tout le reste.

"Ah... Y en a beaucoup des comme vous ?"


Mr Jones savait écouter les autres. Il avait gardé de sa mère une curiosité pour la pensée de l'autre. Il aimait comprendre comment les gens pensaient et réfléchissaient. Mais, il ne savait pas comment réagir face à Angie maintenant. Ce qu'elle lui racontait était très très loin de ce qu'il aurait pu imaginer. Mr Jones ressentait un sincère élan d'empathie, pour cette serveuse toujours si souriante. Il aurait eu envie de faire quelque-chose pour elle.

*P'tain la pauvre... *

Cela donnait une autre envergure aux problèmes que Mr Jones croyait avoir. Il était forcé de reconnaître qu'il n'était pas le plus à plaindre sur cette arche. Mr Jones ressentait une nouvelle fois la connexion entre ces deux femmes. Il se sentait heureux pour elles de les savoir ensemble. Il eu un autre sursaut d'humanité pour celle qui était sa lointaine grand-mère. Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus ressentit une émotion pour quelqu'un d'autre. Cette expérience avait un aspect salutaire.

"On peut dire que vous êtes courageuses... La vache."
(Éden s'ébroua brutalement pris d'un frisson.)

*Dommage que t'ai pas refilé c'courage à la famille. *

"J'sais pas si j'ai assez de courage pour faire comme vous les filles. Franchement, j'en sais rien. "


Mr Jones était mis face à sa propre lâcheté. Mais, il avait fallu attendre cette double rencontre, pour que celle-ci ait un impact sur lui. Il comprenait pour la première fois qu'il existait peut-être une échappatoire. Il ressentait de nouveau le poids de sa propre existence et des responsabilités qu'il avait envers elle. Malheureusement, la crise de manque l'avait mis dans un état tel que sa réflexion ne pouvait pas aboutir plus loin pour le moment.

"Vous s'avez, j'crois que ça aurait aidé ma mère de vous connaître avant."
(Éden tremblait à nouveau dans un sursaut. Une sueur froide perlait sur ses tempes. Il renâclait doucement.)

Ed
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