To hold infinity in the palm of your hand || Riley

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Dim 14 Mai 2017 - 16:49



« To see a world in a grain of sand and heaven in a wild flower,
Hold infinity in the palms of your hand and eternity in an hour. »
William Blake

Certaines personnes n’appréciaient pas les étoiles. La vue de ces immensités éloignées, et le sentiment de leur indifférence totale à ce qui pouvait nous arriver les ramenaient à des angoisses somme toute primaire, que l’Homme avait tenté d’apaiser en créant des dieux ou des objets d’idolâtrie. Pour essayer de se prouver que nous n’étions pas entrés dans l’existence par le plus pur des hasards, et que nos vies avaient un sens qui dépassait l’univers qui nous entourait. Plus qu’une vanité, c’était un moyen de vivre, survivre, malgré la brièveté de notre passage sur cette terre et sans savoir ce qui nous attendait après.

En cela, j’étais différent. Le ciel étoilé me confirmait qu’il y avait quelque-chose au-delà, au-dessus de moi. Une constance immuable qui était là avait, et serait encore là après. Quoique cet après soit. Face à des considérations plus quotidiennes et humaines, la voûte céleste m’apaisait, me rappelait que tout venait à passer. Même pour moi. Même maintenant.

Mon existence s’était peu à peu délitée ces derniers mois, perdant ses dernières couleurs, ses derniers remparts. J’avais le sentiment de me transformer petit à petit en une sorte de machine qui fonctionnait en pilote automatique, répétant toujours les mêmes tâches : donner des cours, avancer notre recherche sur le sérum, assister à des réunions, répondre à mes mails, rentrer chez moi pour la simple et bonne raison que je n’avais tout simplement rien d’autre à faire ni d’endroits où aller, dormir quand mon corps s’effondrait de fatigue et pas autrement. Un détachement progressif de l’humanité, où même me salir les mains ne soulevait plus la moindre objection morale chez moi.

Sveda pouvait bien s’inquiéter de ce qui m’arrivait, j’étais en train de devenir tout ce qu’elle craignait et détestait. Mais je n’avais même plus l’énergie d’y faire quoi que ce soit.

Lorsque l’ennui me prenait aux tripes et que le sommeil ne me venait pas, j’avais pris pour habitude de sortir me promener, peu importe l’heure. Mais si c’était la nuit, au calme, et alors que je n’avais rien d’autre à faire ; c’était mieux. C’était généralement le seul moment où je me sentais suffisamment en paix pour que Johanna apparaisse. Et son sourire rallumait une brève flamme à l’intérieur de ma poitrine.

Je connaissais bien le Royal Conservatory, pour y être venu souvent en tant que visiteur ou conférencier. L’astronomie n’était plus ma spécialité depuis plusieurs siècles, mais je continuais à m’y intéresser, d’autant que les découvertes dans ce milieu étaient toujours de plus en plus prometteuses et extraordinaires. De nouvelles étoiles, planètes, galaxies. Peut-être qu’un jour, je serais là pour voir un être humain s’envoler vers d’autres univers.

Mais pour l’heure, et selon des considérations beaucoup plus pragmatique, c’était un endroit isolé, calme et d’où l’on pouvait avoir une vue dépouillée de la pollution lumineuse de la ville. Avec les faux bords de mer de l’arche, c’était devenu un endroit où j’aimais aller durant mes promenades nocturnes. En nous ayant éloignés de la terre et des océans, les arches nous avaient au moins rapproché un peu des étoiles.

Bien sûr, à cette heure de la nuit, le conservatoire en lui-même était fermé au public. J’avais donc décidé de m’en tenir aux alentours du bâtiment, quand bien même il m’aurait été facile d’entrer à l’intérieur. Je n’en avais pas besoin, tout ce que je souhaitais se trouvant hors des murs et dans des lieux non-confinés. L’immensité de l’espace à portée de main, et pour moi seul.

Du moins, c’est ce que je croyais, lorsque, après quelques instants à marcher, je distinguais une autre silhouette dans la nuit, tombant presque nez-à-nez avec elle tant j’étais perdu dans mes pensées. Et peut-être qu’elle non plus ne m’avait pas remarqué, jusque-là, tant mon pas était distrait et mes habits sombres n’aidant pas à me repérer dans la nuit. Cependant, une fois la légère surprise passée, j’observais la jeune femme avec un œil intrigué, la reconnaissant peu à peu.

"Bonsoir."
Wairua
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Dim 21 Mai 2017 - 13:57


Lieu :

Royal Conservatory

Date de l'événement :

Mai 2017

Participants :

Wairua

Précédemment :


A suivre :




TO HOLD INFINITY IN THE PALM OF YOUR HAND

♦ ♦ ♦

---------------------------------------------------

Le sommeil se faisait désirer. Il n'était pas rare qu'il ne se présente même pas du tout. Pendant des années son corps s'était forgé d'habitudes dont il semblait maintenant bien incapable de se détacher. Dans ces moments, la jeune immortelle se laissait guider par ses pas dans la ville endormie. A défaut de trouver le repos, elle appréciait ces moments rien qu'à elle, loin de l'agitation de la journée. Riley aimait particulièrement le silence relatif de la nuit, ce calme ponctué par les bruissements feutrés de la vie nocturne.

Une cigarette allumée entre les doigts, assise sur un banc, elle observait le ciel dégagé et les étoiles scintillantes. Elle s'étonnait toujours de voir comme ces astres fascinants semblaient toujours plus brillants lorsqu'on ne les regardait pas directement. Elle tentait également de retrouver les quelques constellations qu'on avait pu lui montrer.
Elle avait ce vague souvenir de son enfance en Russie, des nuits brûlantes d'été dans les plaines désertes, allongée dans l'herbe parmi les siens. Elle avait conservé cette fascination pour cet univers infini qui faisait naître en elle tous les fantasmes.

Le parc autour de l'observatoire d’Édimbourg offrait l'emplacement idéale pour ses errances noctambules. Le lieu était presque tout le temps désert aux heures où elle le fréquentait. Le plus souvent elle venait y passer les quelques heures qui précédaient le levé du soleil. Elle fumait une dernière cigarette en regardant pointer les premières lueurs du jour avant de commencer une nouvelle journée.

La jeune femme porta la cigarette incandescente à ses lèvres, inspira une bouffée de fumer, avant de la relâcher dans l'air en volutes paresseuses. Son esprit s'était laissé happer par ses rêveries multiples. Elle pensait notamment à Kim, dont elle n'avait pas eu de nouvelles depuis son SMS où il lui annonçait son départ. Elle s'était évidemment inquiétée mais ne pouvait s'empêcher de se demander si elle avait bien fait de prévenir Aby. La blonde n'était peut-être pas celle avec qui Kim et elle s'entendaient le mieux, mais elle était définitivement celle qui, de la fratrie, était la plus à même d'agir. Les nouvelles que lui avait rapporté l'immortelle quelques jours plus tard l'avait quelque peu inquiété.
Savoir son frère à Pékin dans ces conditions ne la rassurait pas. Elle avait également apprit que le chinois avait eu une fille mais Abugael était restée vague quant à ce qui s'était exactement passé à l'aéroport. Et Kim qui restait silencieux à ses messages...

Riley écrasa le mégot de sa cigarette et s'était levée du banc pour aller le jeter à une poubelle qui se trouvait non loin de là où elle s'était installée. Ses yeux s'étaient plutôt bien accommodés à l'obscurité ambiante, pourtant, elle n'avait pas vu ni entendu l'individu qui lui fit soudainement face.
Sa surprise lui tira un sursaut et un hoquet. Instinctivement, elle recula de quelques pas, jurant pour extérioriser la peur qui l'avait saisi en à peine une seconde. Son cœur battait à tout rompre. Elle respira lentement pour calmer la montée soudaine d'adrénaline, mais sans quitter l'homme du regard. C'était bien la première fois qu'elle croisait quelqu'un à cette heure et s'était laissée surprendre. Préférant rester sur ses gardes, elle répondu a ses salutations d'un :

-'Soir... un peu méfiant.

Les raisons de l'inconnu de ce trouver là pouvait être nombreuses. Le visage pâle et cireux de l'individu lui donnait une mine affreuse et Riley n'était pas sûre d'avoir envie d'engager une conversation. Le plus étrange était la façon dont son œil intrigué s'était posé sur elle, alors qu'il aurait très bien pu la saluer tout en continuant son chemin..
Riley
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Mer 7 Juin 2017 - 21:15
Quoi qu’on puisse dire, rien ne vaudrait jamais les nuits de désert. Ou encore, au milieu de l’océan, loin de toute côte. Loin de toute civilisation, et de toute source de lumière artificielle créée par l’homme. Le ciel se déployait dans toute son immensité, plus lumineux que ce que nous ne pourrons jamais réaliser. Cela me manquait, surtout maintenant. La solitude caractéristique de ces lieux était également attrayante, quoique je l’aie rarement expérimentée dans les faits. Repenser au désert, cela ne pouvait se faire sans repenser à Sveda. Et, par association de pensées, aux malheurs que je lui avais apportés récemment.

Il n’y avait pas de quoi être fier, et je ne l’étais pas. Je savais très bien qu’elle ne méritait pas ça. Mais d’un autre côté, c’était aussi pour cela qu’elle serait certainement mieux sans moi. Moi, et mes problèmes. Même en voulant l’aider, je n’avais fait qu’empirer la situation. Peut-être fallait-il tout simplement reconnaître que, dans cette vie, elle et moi n’étions pas faits pour avoir la même complicité qu’autrefois. Et que seul le temps saura nous dire si les choses pourront un jour redevenir comme elles étaient. Mais d’expérience, je savais qu’il valait mieux ne pas trop espérer de ce côté-là. Sveda le ferait assez bien pour nous deux, de toute manière.

Mais en parlant d’elle, je ne m’attendais pas du tout à croiser quelqu’un de la lignée de la Rose, comme ceux qui les fréquentaient avaient pris l’habitude de les appeler. D’autant plus qu’il s’agissait sans doute de l’un des enfants de Sveda que je connaissais le moins. Le peu que je savais au sujet d’Ava Baker, je le tenais de Sahar, ou l’avais déduis. Ses cheveux blancs, sa disparition, son retour, son nouveau nom, son don problématique, et, bien sûr, qui était son père. Sveda n’avait pas toujours su faire les meilleurs choix de partenaires, et il était regrettable que cela retombe sur ses enfants par la suite, ces derniers n’ayant assurément rien demandé.

Et je devais assez fréquenter Kassianov pour savoir au premier regard que sa fille n’était pas comme lui, et qu’hériter d’un père pareil était davantage un fardeau qu’autre chose. Cela, et son lien familial avec Sveda et Sahar, rendirent mes premières impressions d’emblée sympathiques, sans que j’y puisse grand-chose à dire vrai.

Cependant, en voyant sa réaction effrayée, puis méfiante, je réalisais que surgir au milieu de la nuit dans un lieu désert n’était sans doute pas des plus recommandés. Surtout au vu de mon état actuel, et en sachant qu’elle ne devait pas me reconnaître. Restant immobile, je lui fis simplement un signe de tête pour m’excuser, tout en veillant à rester à une certaine distance polie. Quelques silencieuses secondes s’écoulèrent, avant que je n’ajoute, en guise de présentation :

"Camille Wintertowne. Mais, Sveda doit sans doute m’appeler Anima." Un nouveau silence. "Le père de Sahar. Ou du moins, je l'étais."

Quelque part, je l’étais toujours. Mais, à l’instar de ma relation avec Sveda, c’était quelque chose dont je préférais m’écarter pour le moment. Pour ne pas la faire souffrir plus que nécessaire. Elle avait après tout appris depuis longtemps que son père était mort au moment où la vie que j’avais passé avec elle, son frère et Sveda s’était achevée pour moi. A ma renaissance suivante, je ne l’étais déjà plus, et cessais de l’être toujours un peu plus à chaque nouvelle vie.

Et pourtant, quelque part, il m’était impossible de l’oublier complètement. Il me restait d’elle encore beaucoup de souvenirs, presque uniquement positifs. Et son sourire me rappelait tellement celui de sa mère.

"Tu lui ressembles." pensai-je à voix haute en observant les traits de Riley. Sans préciser si je pensais à Sahar, à Sveda, ou même aux deux. "J’espère qu’elle va bien. Que vous allez tous bien. Et toi aussi, après tout ce qui s’est passé."

Là encore, je ne précisais pas s’il s’agissait ces récents événements entre les Wang ou la mort de Natacha, ou son histoire plus personnelle. Peut-être que je n’aurais jamais dû l’aborder, ou passer mon chemin pour l’éviter comme je le faisais avec sa mère ou sa sœur. Et pourtant, quelque chose me retenait vers elle. Les étoiles, le calme, le silence, peut-être. Ou alors, le fait qu’elle était l’une des raisons qui m’avaient fait rejoindre le clan de Cnossoss, en jurant de protéger toujours les enfants de la Rose, et qu’elle était assurément celle que je connaissais le moins. Ou tout simplement, parce qu’elle était elle-même, et possédait quelque chose d’intrinsèque qui m’intriguait.
Wairua
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Dim 30 Juil 2017 - 23:06
Pendant plusieurs secondes, les deux individus se dévisagèrent dans le plus parfait silence. Une chouette hulula à proximité, donnant à cette rencontre des allures gothiques. L'obscurité ambiante nimbait d'ombres leurs visages et dissimulait à demi leurs traits, mais l’œil de la fille des neiges, suffisamment accoutumé à l'obscurité, pouvait saisir la physionomie de l'inconnu et détaillait avec attention les signes d'une fatigue bien au delà du seul manque de sommeil. Son regard scrutateur n'en était pas moins neutre de tout jugement envers cette mine blafarde, creusée de cernes noires si profondes que seul l'éclat d’onyx du regard de l'inconnu permettait de discerner une pupille dans les cavités sombres de ses yeux.
Le silence qu'observait l'homme encourageait son propre mutisme. Son cœur battait un peu plus rapidement qu'à l'accoutumée et une pointe de méfiance était palpable sous le léger froncement de ses sourcils. Pour une raisons qui lui était inconnue, elle demeurait dans l'expectative de quelques mots supplémentaires, qui auraient rendu cette attente moins gênante. Ou était-ce à elle de prendre la parole ? Aurait-elle dû continuer son chemin, sans rien dire ? Ou faire éclater cette bulle atemporelle dans laquelle ils semblaient être entrés sans même sans rendre compte ?
Mais le noctambule prit la parole. Sa voix ne déchira pas le silence comme on aurait pu s'y attendre. Ce fut davantage comme si elle avait délicatement perforée un voile de soie.
Camille Wintertowne. Son ton posé avait quelque chose de captivant. Anima. Oui, elle connaissait ce nom. A cette information, la russe se détendit immédiatement. Un sourire se dessina instinctivement sur ses lèvres, poli, soulagé également, sincère assurément.

-Riley, se présenta-t-elle plus par convenance que par réelle utilité.

La mention de sa mère et de Sahar l'avait mise en confiance et lui indiquait que lui, avait su à qui il avait eu affaire. Ce qu'Ava connaissait de cet homme se réduisait à ce que sa génitrice lui en avait dit. C'était à dire, peu de choses. Un homme qu'elle avait aimé, qui lui avait donné Sahar et qui avait pour malédiction de se réincarner en un membre de sa propre famille. La jeune prodige appréhendait l'immortalité comme un fardeau, ce don lui apparaissait comme une malédiction. Aucun moyen de fuir, ou d'y échapper, du moins, pas de façon permanente. Elias avait été celui qui avait répondu le plus à sa curiosité au sujet du père de leur demi sœur la plus âgée. Il lui avait fait comprendre que Wintertowne connaissait son père à elle, de par les recherches qu'ils avaient mené, elle ne savait cependant rien de leur collaboration actuelle. Probablement son attitude se serait-elle révélée différente.

Il y avait des paroles comme "Ravie de vous rencontrer", ou "J'ai beaucoup entendu parler de vous", qui, certes banales, était nécessaire à l'art de la conversation. Un art que Riley n'avait jamais parfaitement compris. Aussi, elle demeurait silencieuse. Une économie de paroles commune chez la fille de l'hiver qui n'avait jamais saisi les besoins de la superficialité.
Heureusement pour eux, et pour cette rencontre, Camille se chargea de mener la discussion. Sa remarque intrigua notre jeune héroïne. Était-ce un constat ou une question ? Elle sonnait d'avantage comme une réflexion personnelle que comme une réelle adresse et la fille de la Rose resta muette. En un sens, elle était davantage surprise qu'autre chose. Elle n'avait jamais eu l'impression de se retrouver dans les traits des membres de cette familles aux ramifications compliquées. Il lui semblait que Kim, comme elle, avaient davantage hérité du Samouraï et du Russe que de la lignée des sables. L'entendre de la bouche de l'un des maris de la lionne lui laissait une impression étrange. Elle baissa les yeux pour une seconde, scrutant les ténèbres. La suite appelait à une réponse, il n'avait pas précisé sa pensée, mais Ava n'en avait pas besoin.

-Je crois, oui... Souffla-t-elle dans un murmure. Leur famille étaient solides malgré les épreuves, les pertes douloureuses, la tribu avait toujours su faire front et se soutenir. Mais Riley se doutait surtout que, Sahar comme sa mère, auraient probablement préféré entendre directement cette question de la bouche d'Anima. Elle savait que l'immortel avait pris ses distances avec la lignée, elle n'en connaissait cependant les raisons.

-Ils ont toujours su se relever de l'adversité, n'est-ce pas ? Répondit-elle un peu distraite, comme perdue dans ses propres pensée.
Sa main plongea dans la poche de son gros gilet de laine, qu'elle traînait partout. Elle en sortit un paquet de cigarettes, en porta une à ses lèvres avant de tendre le paquet à son interlocuteur. Elle alluma sa clope et relâcha dans l'air un trait de fumée.

-Je ne croise jamais personne à cette heure. Dit-elle finalement de sa voix douce. Insomnie ?

Elle s'était assise sur un banc à leur proximité et tirait avec régularité sur sa cigarette. Elle avait tournée son visage vers celui de l'homme, sans pouvoir s'empêcher de le détaillée. Il y avait dans cette physionomie grave quelque chose qui l'intriguait. Elle attendait une réponse qui viendrait, ou pas. Elle ne voulait pas se faire plus curieuse qu'elle n'aurait dû.
Sur ce banc, sous les étoile, elle se sentait sereine. Elle n'avait pas peur de dire quelque chose de travers ou du jugement qu'il aurait pu porter sur elle. Étrangement, elle avait cette impression que cette solitude qu'elle appréciait tant prenait une autre dimension aux côtés de cet inconnu.
Riley
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Lun 21 Aoû 2017 - 18:21
Cette rencontre était écrite quelque part. Ou peut-être pas. Quelle importance ? Le résultat était le même, et nous nous tenions face à face, dans un silence religieux. Ou mystique, c’était selon le point de vue. Les deux tendaient à se confondre, surtout lorsque l’on a vécu assez pour voir, vivre et mourir des croyances et des rituels. Et il y avait un peu de sacré dans ce silence nocturne, un instant hors du temps, hors de tout. Avec pour seuls témoins, les étoiles dans la voûte du ciel. Même les lueurs de la ville semblaient si lointaines qu’elles en étaient devenues presque inexistantes.

Je fus le premier à rompre le silence. Pas par galanterie, parce que j’étais l’aîné ou n’importe laquelle de ce genre de raisons. Mais tout simplement parce que je sentais que j’avais à le faire. Nous ramener dans la réalité et l’instant présent. Sa réaction ne fut pas vraiment celle à laquelle je m’attendais, alors qu’un sourire s’esquissa sur les lèvres de la fille de Sveda. Un sourire qui m’en rappela d’autres. Mais finalement, c’était plutôt logique : mieux valait rencontrer une personne connue qu’un parfait inconnu. Et peut-être pouvait-elle enfin mettre un visage à un nom souvent entendu.

"Riley…" répétai-je simplement en écho à ses paroles. Les noms changeaient, mais les personnes aussi. En cela, je pouvais la comprendre.

Ce qui ne l’empêchait pas de ressembler à sa famille. Ce qui sembla la surprendre. Ce n’était pas vraiment des traits précis, quoique, mais davantage une impression. Je connaissais la Rose depuis si longtemps que je pouvais toujours la retrouver quelque part chez ses enfants. Même si ces derniers ne souhaitaient pas revendiquer cet héritage. C’était quelque chose dont on ne pouvait parfois jamais se défaire.

Et peut-être le réalisaient-ils tous, maintenant que la situation était si compliquée dans le clan de la Rose, et même au-delà. Et dans cette guerre, j’avais choisi mon camp. Ce qui ne m’empêchait pas de demander comment ils se portaient, car c’était pour eux que j’avais rejoint la Duchesse. Pour essayer de les protéger. Mais je savais que Sveda en avait été affectée. Qu’elle n’aurait pas approuvé mon choix si je lui avais laissé le loisir de donner son avis. Je l’avais blessée, et même si c’était un moindre mal, c’était tout de même un mal.

Cela sembla plonger la jeune Riley dans une profonde réflexion, presque distante.

"Ils ont beaucoup de ressources." confirmai-je, en levant le regard pour fixer un point au loin. "Mais vous pouvez toujours compter les uns sur les autres."

Et cela restait vrai même lorsqu’on me retirait de l’équation.

J’acceptais la cigarette, pensant que, de toute manière, dans mon état, cela ne pouvait rien empirer. Cela faisait longtemps que je n’avais pas fumé, d’ailleurs. Je me rappelais l’avoir fait de temps en temps, quand je vivais encore en Nouvelle-Zélande. Jamais devant mes filles, bien sûr. Mais Johanna savait que j’en avais parfois besoin, alors elle n’avait jamais rien dit.

"On peut dire ça." répondis-je en haussant les épaules. "Je suppose que tu connais un peu ma situation ? Parfois, on préfère rester éveillé plutôt que de sombrer dans des rêves que l’on ne voudrait pas voir. Mais j’ai appris à faire avec. Et puis, ça me permet de me promener au calme. Ou de travailler."

Je menais de front plusieurs recherches, en parallèle du travail pour Strega sur le sérum. J’avais mis ce dernier projet en priorité pour honorer mes engagements, ayant même réduit mes heures d’enseignement. Mais c’était toujours mieux que d’être assailli de visions du passé et de personnes disparues à jamais.

"En revanche, ta propre situation doit être différente." Je fis tomber quelques cendres de ma cigarette et observait la jeune femme avec un regard neutre. "Des choses te tracassent ?"

Si mes problèmes n’avaient pas de solutions, peut-être n’était-ce pas le cas de ceux de Riley. Rien ne m’obligeait à l’aider, c’était vrai, j’honorais déjà la promesse faite à sa mère d’une autre manière. Pourtant, quelque chose chez elle me poussait à aller vers elle. Ce quelque chose qui la différenciait de sa mère et de sa fratrie, peut-être. Car, peu importe sa famille, elle n’en restait pas moins unique et différente.

"Et…" ajoutai-je finalement, après une légère hésitation. "Tu as le droit de poser des questions. Ou même de ne pas me répondre. Ça ne me dérange pas."
Wairua
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