Clouds in my coffee| McGrenouille

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Jeu 11 Mai 2017 - 1:14
Dire qu'Holli était une fille du soleil était très exagéré. Si la métisse ne détestait pas l'astre solaire, et appréciait ses rayons la plupart du temps, elle lui préférait largement la pluie. Une chance qu'elle soit née écossaise, en un sens, puisque la pluie, à Edimbourg, c'était aussi rare qu'un pigeon à Paris. Ou Londres. Ou n'importe quelle grande ville avec assez de miette par terre pour attirer la gente aviaire.
Toujours était-il que les cordes, chiens et chats ou peu importe ce qui crevait les nuages et s'abattait sur les toits, avaient tendance à ravir la jeune femme, pour une raison aussi étrange qu'inconnue. On aurait pu penser qu'une Prodige douée du don de pyrurgie aurait tendance à préféré la chaleur brûlante d'un été caniculaire, mais il fallait croire qu'Ash avait toujours eu l'esprit de contradiction.

Aussi, quand en ouvrant un oeil ce jour-là, elle avait entendu la pluie marteler les vitres, un grand sourire avait étiré ses lèvres avant même qu'elle n'ouvre les yeux. Un rapide coup d'œil au réveil qui traînait, retourné, sur le carton qui lui servait de table de nuit l'informa que soit Kenny était définitivement à la bourre pour aller à l'école, ou alors qu'il avait tout fait pour ne pas la réveiller en se préparant. Par acquis de conscience, elle sauta à terre, enfila la seule pantoufle qu'elle trouva près du lit et courut jusqu'à la chambre pour vérifier que son gamin n'avait pas, lui, loupé le réveil. La chambre était déserte, et la montée d'adrénaline redescendit aussi sec, alors qu'elle passait le bras par la porte de la salle de bain pour chopper à tâtons son peignoir, qui pour une fois ne traînait pas au pied de son lit. Elle alluma la radio, qui se mit à égrener une musique rock assez entraînante. Holli repassa derrière le paravent qui protégeait son coin chambre à la recherche de sa pantoufle manquante. Planquée sous ses vêtements de la veille.

L'appart' n'avait qu'une chambre, qu'elle avait laissé à son fils, s'aménageant une partie du salon en chambre, dissimulée par une bibliothèque et un paravent métallique qui lui servait à l'occasion de portemanteau et de penderie. C'était le seul endroit de la maison ou son fils n'avait pas l'autorisation de mettre de l'ordre, et heureusement pour lui, il se serait arraché les cheveux. Holli quitta son nid en sifflotant l'air de la chanson des Beach Boys jouée par le poste radio, et pris la direction de la cuisine, passant une main dans ses boucles en bordel. Elle contempla avec une grimace la cafetière vide, puisqu'elle oubliait de racheter du café depuis à peu près trois semaine et six jours. D'habitude, du jus d'orange faisait l'affaire. Mais d'habitude, elle était pressée. Aujourd'hui, peu importait, le lundi était son jour de congé. Alors tant pis si elle se levait a 10h passées, et si elle devait commencer sa journée en achetant du café... où en allant s'installer à une table d'un café avec un bouquin auquel elle ne toucherait probablement pas, et regarder la pluie en dessinant des trucs dans la buée soufflée sur la vitre.

Rien que cette perspective la mettait de bonne humeur. Elle passa un jean tâché de peinture et le premier tee-shirt qu'elle put trouver, enfila une veste à capuche par dessus et sauta dans ses rangers marrons toutes déglinguées sans les lacer et s'en fut, choppant son sac au passage. Sans parapluie, les parapluies, c'est pour les faibles. Roulant et s'allumant une clope du doigt (le majeur) devant la loge de la petite vieille qui épiait le moindre de ses faits et gestes, elle poussa la porte et sortit.

Trente secondes plus tard, elle était trempée, sa clope était éteinte et ressemblait plus à une demi-molle qu'à une cigarette. Elle la jeta, cherchant des yeux un abri. Haha! Trouvé. Non loin, la devanture d'un café se détachait des façades d'immeuble. Holli se mit à courir pour parcourir les quelques 200m qui la séparait du Nirvana. Une de ses chaussures décida de lui fausser compagnie, préférant le suicide au milieu de la rue que de continuer à vivre une vie aussi irresponsable.

La métisse se retourna, pour la fixer des yeux, et, à moitié soupirant, à moitié morte de rire, rebroussa chemin pour sauver la malheureuse de la noyade assurée, avant de continuer sa course.

Plus occupée à regarder ses pieds que devant elle, elle rentra dans un corps étranger qui entrait, sortait ou simplement passait devant le café, n'ayant rien demandé à personne.


- Oh! Scusez-moi.

Holli releva le visage, sincèrement désolée, de la pluie dégoulinant sur ses joues, un peu ahurie. elle reconnu la victime de son sprint erratique.

- Hey! M'sieur McGregor, c'est ça? Vous allez bien?

Un sourire qui dépassait probablement de son visage succéda à la surprise. Il était intervenant à la Potentiel Home, et Kenny avait eu l'occasion d'avoir cours avec lui de musique et spectacle plus d'une fois. Il l'aimait bien. Elle aussi, du peu qu'elle avait pu voir, les rares fois ou elle l'avait croisé, dans les couloirs. Mais il n'y avait pas grand monde qu'Ash détestait. Ou plutôt si, mais pas sans une bonne raison, que le musicien ne lui avait pas encore fournie. Puis lui vint à l'esprit que le pauvre homme n'avait probablement pas en tête les visages de tous les parents d'élèves, fussent-ils intervenants occasionnels. Elle vida sa chaussure en la retournant et la laissa tomber au sol, y glissant sa chaussette et son pied détrempés. Puis, joyeusement, elle sécha sa main sur son tee shirt, trouvant presque par miracle une zone qui avait épargnée par la pluie, et la lui tendit.


- Holli. Maxwell. La mère de Kenny. De la House Arts. Il joue du piano.

Elle fit une grimace désolée, interrompant sa litanie visant à décrire son fils.

- Pardon de vous être rentré dedans.
Ash
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Sam 13 Mai 2017 - 19:46



« Some people feel the rain. Others just get wet. »
Roger Miller

Je poussais un énorme soupir, les yeux rivés sur la fenêtre. Il pleuvait, encore. D’un autre côté, ce n’était pas si étonnant, et depuis le temps que je vivais à Edimbourg, j’aurais dû le savoir. Il n’empêche, cela me déplaisait toujours autant. Quand j’étais enfant, j’avais interdiction de sortir quand il pleuvait, à moins de porter tout un tas de pulls et un anorak par-dessus, en plus du parapluie et de bottes en caoutchouc. Les médecins avaient été très clairs : au moindre petit frimas, je pouvais passer du simple rhume à une pneumonie sévère. C’était ça de naître avec des bronches en carton : elles ne supportaient pas la moindre humidité.

Heureusement, le temps hivernal était passé, et l’air n’était plus aussi froid qu’il y a quelques mois, c’’était toujours ça. Pour autant, j’allais me chercher une grosse couverture pour m’emmitoufler dedans, me laissant choir sur le canapé avec un paquet de chips et une théière à côté de moi, profitant du calme pour imaginer de nouvelles mélodies. Petit à petit, mon appartement se remplit de couleurs, d’odeurs, de sensations et surtout de musique. Cela avait beau n’être que dans ma tête, c’était ainsi que je travaillais le mieux : quand j’étais dans mon propre monde.

Un bruit sourd me ramena cependant d’un seul coup à la réalité, et je me retrouvais nez-à-nez avec une petite boule de poils rousse. Liszt se tenait sur la table basse, à côté de lui, sa boîte à biscuit métallique. Vide. Comme pour être sûr que j’étais bien conscient, il poussa la boîte dans ma direction, et le message était assez clair. Pour un écureuil, il était sacrément intelligent. Ou peut-être que tous les écureuils étaient comme ça, mais je n’en connaissais un, alors, je ne pouvais juger que d’après lui.

Et ce que je savais aussi, c’était qu’il pouvait se montrer très têtu, surtout quand j’avais oublié de lui acheter ses cookies préférés. Mon regard passa de lui à la fenêtre, derrière laquelle il continuait de pleuvoir aussi fort, et je fis une légère moue.

"Bon… Mais c’est vraiment parce que c’est pour toi."

Rassemblant le peu d’énergie que j’avais, je me levais, et commençais à m’habiller, sans que le cœur ou la motivation y soit. Une fois mon immonde anorak jaune et les bottes assorties mis, je laissais Liszt entrer dans l’une des énormes poches du manteau, et tentais de me motiver au mieux pour pousser la porte de l’entrée et sortir de mon petit nid douillet.

Je le regrettais d’autant plus lorsque j’arrivais devant la porte du magasin, close. Vacances des propriétaires. Fatum de mes deux. Je jetais à Liszt, et soupirais encore plus profondément. Où est-ce que j’allais bien pouvoir aller ? J’avais l’habitude de CE magasin, placé assez idéalement, pas trop loin de chez moi et dans une rue remplies de snacks et autres restaurants. Même si d’ordinaire, je me faisais tout livrer à domicile, la sortie pour acheter ces fameux biscuits étaient aussi l’occasion d’aller faire un tour dans ces petits bouibouis et m’acheter une cargaison de nourriture pour mieux retourner m’enfermer chez moi.

Mais là, il me fallait trouver des biscuits à la noisette. Où diable allais-je pouvoir trouver ça, alors que ma connaissance des magasins se limitait à ce qui était nécessaire pour ma survie d’asocial ? Alors que j’errais, tel une âme en peine à la dérive sous le déluge, je regardais dans les différentes vitrines, espérant y voir quelque chose qui ressemblait à des biscuits contenant de la noisette. D’un côté, je ne pouvais pas me plaindre d’avoir un écureuil compliqué, l’étant moi-même tout autant.

Le choc avec une autre personne fut d’autant plus violent qu’inattendu, et j’en perdis presque l’équilibre tandis que Liszt couinait de protestation. Mais le plus surprenant, ce fut de voir que l’autre maladroit semblait me reconnaître. Malgré la capuche qui enserrait ma tête comme un sac plastique. Mais, de mon côté, et avec mon incapacité à me rappeler du visage des gens, ce d’autant que j’en croisais beaucoup. Beaucoup trop, mais c’était comme ça. Est-ce que je la connaissais d’un orchestre ? D’une soirée ? De la PH ? Cette dernière option sembla la bonne, puisqu’elle finit par se présenter, et à me parler de son fils, Kenny. La lumière se fit petit à petit dans mon esprit.

"Ah oui, Kenny Maxwell. Piano…" Quelques secondes s’écoulèrent encore, le temps que mes neurones ne reconnectent à nouveau. Oui, je voyais très bien. Un jeune garçon, au teint semblable à la femme qui me faisait face. Je tendis une main dans un geste peu assuré. "Euh, bonjour. Et, ce n’est pas grave, je crois que tout va bien…"

Un peu perdu, je remarquais alors l’énorme assortiment de cookies du café. Mon regard se fixa dessus durant quelques secondes, et je me retournais vers la dénommée Holli

"Vous croyez qu’ils en ont aux noisettes ? Et je ne dirais pas non à une boisson chaude…"

Je parlais tout haut, mais, dans l’état où je me trouvais, c’était tout ce dont j’étais capable. Et rester sous la pluie n’aidait certainement pas.
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Jeu 18 Mai 2017 - 23:10
De fait, McGregor n'avait pas paru la remettre de suite. Pas si étonnant. Ses frasques et son caractère étaient plus connus des élèves ou professeurs de la House Mechanic, ceux qui l'avaient vus jongler avec des tournevis ou bien se mettre à cracher du feu en pleine intervention, mais aussi se baisser pour ramasser une vis et se beigner le museau dans l'établis et lâcher une bordée de jurons inventive. Pour les autres, elle était la maman du discret Kenny, et ne paraissait pas plus extravertie que son garçon.

Ash ne s'était pas présentée aux quelques élèves qu'elle avait eux comme Holli Maxwell, pour ne pas que l'on fasse le lien avec Kenny. Histoire d'éviter de trop lui foutre la honte. Au début de l'adolescence, avoir une mère qui traîne dans les parages, surtout une qui enchaîne les conneries, c'est pas forcément le souhait de tout le monde.

Le musicien face à elle lui tendit à son tour une menotte peu assurée. Mais la métisse brisa les quelques centimètres qui séparaient les deux paumes, et la lui serra, avec la vigueur que lui donnait sa bonne humeur, alors que lui assurait qu'à priori, il n'avait rien de cassé. Ça n'était peut-être plus valable : ses phalanges venaient après tout d'être quelque peu malmenées par une poignée de main de magnitude 5 sur l'échelle de Richter.

Les yeux bruns suivirent bientôt ceux de son interlocuteur, et la collection de pâtisserie du café réveilla en sursaut son estomac, qui se mit à rappeler bruyamment son existence. Un magnifique borborygme retentit dans le silence urbain, heureusement à moitié couvert par une voiture qui passait par là, projetant une gerbe d'eau après avoir roulé dans une flaque. Les dernière gouttelettes arrivèrent bien trop près de la jeune femme, qui jeta un regard noir à l'automobiliste, déjà loin.


- Aux noisettes..? Des cookies, vous voulez dire? Oh, probablement. Attendez, bougez pas, je vais demander.

L'Holli Détrempée (monstre de niveau 3) ouvrit toute grande la porte du café, et se précipita à l'intérieur d'un bon bas, laissant derrière elle une traînée de gouttes d'eau. Elle happa une serveuse au passage et désignant les gâteaux, posa la question fatidique. Après une réponse affirmative bien que quelque peu surprise, la jeune maman passa une tête bouclée débarrassée de sa capuche par l'encadrement de la porte et fit un sourire plein d'entrain. Sa main apparut à son tour, faisant signe au jeune homme d'approcher.


- Ils ont! Allez, venez, j'vous offre un truc à boire pour me faire pardonner. Ça vous remettra d'aplomb!

La brunette avait beau aimer la pluie, rester trempée dessous ne l'attirait pas plus que ça. Les douches sauvages, en soi, elle n'était pas contre, mais disons que le contexte et la compagnie participaient aussi. Elle se laissa tomber sur une banquette qui donnait sur la rue, comme pour vérifier que McGregor rentrait bien, lui aussi. Il avait l'air d'un chiot piteux, sous la pluie, et la jeune femme se sentait - il fallait bien l'avouer- un peu coupable de l'avoir pris pour un quarterback. Et puis, Holli aimait rencontrer des gens. C'était toujours une expérience enrichissante, même si la personne en face était un crétin fini. Peu de chance que ça soit le cas de l'intervenant, ceci dit. Kenny l'aimait bien, et la métisse avait tendance à faire confiance au jugement de son fils, bien plus qu'au sien, à vrai dire.

En sus, elle était curieuse. Pourquoi les noisettes?
Ash
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Sam 3 Juin 2017 - 22:22
La poignée fut franche, et beaucoup plus forte que ce à quoi je m’étais attendu. Ceci était sans doute accentué par le fait que mes propres doigts étaient à l’image du reste de mon corps : fins et délicats. Je fis de mon mieux pour cacher la légère grimace de douleur, heureusement, la capuche de mon anorak y contribuait en partie. Au moins, maintenant, j’étais certain de ne jamais oublier cette femme. Et puis, plus les secondes passaient, plus je parvenais à resituer son fils. Un petit garçon discret, mais sérieux et non dénué de talent. Il me semblait d’ailleurs que sa poignée de main était aussi froide que celle de sa mère était enflammée, mais c’était sans doute un sujet à ne pas ramener sur le tapis. Moi-même, je n’avais pas toujours bien vécu les comparaisons familiales, aussi pouvais-je supposer qu’il en allait de même chez les autres.

Je revins à des considérations plus immédiates lorsque mon regard se posa sur les cookies entreposés dans la vitrine du café à côté de nous. Ma réflexion fut suivie par un étrange gargouillement, puis une giclée d’eau, qui me rendirent confus durant quelques secondes. Heureusement, Madame -Mademoiselle ? Miss ? Je ne savais jamais- Maxwell sembla être dotée d’une meilleure attention, se dépêchant d’aller demander à l’intérieur s’ils avaient les précieux biscuits que Liszt réclamait. J’eus à peine le temps de bredouiller des remerciements, la suivant du regard à l’intérieur du café et à travers la vitre parsemée de gouttes d’eau. La première image qui me vint à l’esprit fut celle que j’avais vu un jour à la télévision d’une tornade qui s’engouffrait dans un magasin. C’était un peu la même chose, sauf que la femme ne détruisit pas tout sur son passage.

Perplexe, je la regardais interagir avec une serveuse, avant qu’elle ne revienne vers l’entrée pour me faire signe d’entrer. J’hésitais un instant à entrer à mon tour, baissant le regard vers ma poche. L’agitation de Liszt, puis les réclamations de mon estomac finirent de me convaincre. Mais ne parvinrent pas vraiment à me rassurer. Ce n’était pas tant Madame Maxwell qui m’effrayait, pas vraiment. Mais plutôt… la perspective de me retrouver face à elle autours d’une boisson chaude. Elle finirait pas découvrir que je n’étais pas un type très loquace, ou pire, très intéressant.

Mais pour l’heure, je tâchais de mettre de côté ces pensées pour me concentrer sur une chose à la fois. Aussi à l’aise qu’un goéland à terre, je m’installais en face de la métisse, et entrepris de me débarrasser de mon attirail anti-pluie, non sans peine. Une fois mon corps enfin extrait de l’anorak, et miraculeusement assez sec en dehors de quelques mèches de cheveux, je déposais ce dernier sur le dossier de la chaise avec beaucoup de soin. Une petite tête rousse poppa alors d’une poche, fixant avec curiosité la jeune femme qui me faisait face. Je l’enfonçais du mieux que je pus au fond de la poche, me doutant que les animaux n’étaient pas forcément les bienvenus dans l’établissement.

"La raison pour laquelle il me fallait ces cookies." soupirai-je à l’attention de mon interlocutrice. "Il est très difficile, question nourriture. J'espère que vous n'avez pas peur des rongeurs. Ou en êtes allergique..."

Est-ce qu'on pouvait être allergique aux écureuils ? Je devrais me renseigner tiens. Lorsque la serveuse vint prendre notre commande, je lui demandais tout son stock, avant de passer à ma propre commande, lorsque Madame Maxwell eut demandé ce qu’elle souhaitait.

"Je voudrais… un morceau de tarte aux pommes, un muffin aux myrtilles, un fudge, un carré de brownie, des scones avec de la confiture. Et un thé, s’il vous plaît." Ignorant le regard ébahi de la serveuse, je me retournais vers la femme en face de moi, et ajoutai au bout d’un moment. "Vous avez dit que vous m’offriez la boisson, je paierai le reste de ma poche, bien sûr… Enfin, je peux aussi tout payer, ça ne me dérange pas…"

Elle ne devait pas savoir, pour mon énorme appétit. Il fallait dire que je ne pensais pas qu’être surnommé le gouffre sans fond soit quelque chose qu’on puisse dire dans des conversations civilisées. Non ? Et puis, en matière d’addition, j’étais toujours perdu sur qui devait payer quoi. L’homme ? La femme ? Les deux équitablement ? Mais si je commandais beaucoup plus, qu’est-ce qui était équitable ? Mieux valait que je ne me perde pas maintenant dans ce genre de débats intérieurs.

"Alors, Madame Maxwell…" repris-je en me triturant les mains, cherchant un sujet intelligent de conversation. "Vous aussi, vous aimez les cookies aux noisettes ?"

Mouais, pas terrible.
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Mer 19 Juil 2017 - 22:40
Holli s’était installée sur une banquette avec vue sur la rue, d’où elle pourrait continuer à regarder les gouttes d’eau dessiner des motifs aléatoires sur la vitre. Elle se délesta de sa veste imbibée d’eau et la suspendit devant un radiateur qui par un heureux coup du sort se trouvait à proximité. Son tee-shirt délavé déformait avec une inventivité somme toute relative la devise londonienne, la transformant en un circonspect « Keep calm & avoid zombies » agrémenté d’un symbole biohazard vert fluo. L’objet était un cadeau d’une amie aujourd’hui perdue de vue, qui avait trouvé ça hilarant à l’époque. Holli quand à elle s’était toujours dit que le jour ou les zombies deviendraient un problème réel, le tee-shirt aurait tout de l’uniforme et plus simplement de la blague… En attendant, elle le portait tout de même régulièrement : il n’était pas plus idiot qu’un autre dans sa garde-robe dépareillée et digne d’une ado…

La brunette secoua la tête comme un chien s’ébroue et fit tomber quelques gouttelettes d’eau sur la table, qu’elle essuya –étala- d’un revers d’avant-bras, tandis que Mr McGregor s’installait devant elle… un peu piteusement. Le jeune homme n’avait clairement pas à l’aise, mais la jeune maman n’avait pas tout à fait assez d’empathie pour se demander si elle était la cause de ce malaise latent, ou s’il n’aimait tout simplement pas sortir dans le monde réel. Il lui semblait se rappeler que Kenny lui avait mentionné que son professeur avait tendance à être un peu… dans son monde ? Etait-ce ça qu’il avait dit ? D’un coup, elle ne savait plus. Boh, aucune importance.

Lorsque qu’une tête toute poilue émergea d’une des poches de l’anorak, Holli commença un cri d’admiration qui se transforma bien vite en piaillement étouffé lorsque son propriétaire la rangea du mieux qu’il pouvait au fond d’une poche : un écriteau annonçait effectivement que les chiens n’étaient pas autorisés… mais qu’en étaient-il des écureuils ? Une faille à exploiter, peut-être ?


- Il est trop mignon !

Elle fut presque discrète, se contentant de s’extasier à voix basse.

- Je savais pas que les écureuils, ça pouvait s’apprivoiser…

La jeune femme s’interrompit cependant lorsque la serveuse arriva pour leur commande. Elle hésita à peu près un quart de seconde avant de commander un caramel macchiato tout à fait décadent avec sa garniture de crème fouettée et d’amandes effilées, ainsi qu’une part de brownie. McGregor suivit, et Holli ne put s’empêcher de rire de bon cœur en entendant sa commande gargantuesque.


- Donnez-moi votre secret ! Vous avez un métabolisme mutant, c’est ça ?

Elle ne s’embarrassa pas d’un excès de timidité et de politesse. Elle était comme ça : toujours à dire ce qu’elle pensait ou ce qui lui passait par la tête, sans vraiment se soucier de savoir si elle allait vexer quelqu’un ou mettre les pieds dans le plat. L’embarras de son vis-à-vis rapport à l’addition l’amusa aussi un peu. Elle sourit et accepta le premier marché qu’il lui proposait, consciente de ses moyens.

- Non non, j’ai dit que je vous offrais une boisson chaude, j’y tiens !

Elle sourit et passa sa main dans ses cheveux encore bien humide et s’empara d’une serviette en papier dans un de ces distributeurs vintage pour éponger ce qui pouvait l’être. Sans aucune gêne, sans s’excuser d’être qui elle était. Holli pensait pratique, et n’avait pas vraiment peur de se rendre ridicule. C’était une pitre dans l’âme, un peu loufoque, un peu à l’ouest, qui trouvait des solutions à ses problèmes au fur et à mesure qu’ils se présentaient.
D’aucuns peut-être auraient sortis un mouchoir de leur poche, ou fait un détour par les toilettes pour se rendre plus présentable. Elle, non. Pourquoi se faire chier avec des détours inutiles ?

Ce faisant, elle écouta le prof en face d’elle, qui manifestement cherchait très sympathiquement à trouver un sujet de conversation. Elle le corrigea cependant sur le « Madame », d’un très naturel :


- C’est « mademoiselle » en fait. Mais peut-être qu’ « Holli » peut suffire ?

Elle lui laissait le choix, après tout. Elle-même tutoyait assez facilement et employait avec encore moins de difficulté le prénom de ses interlocuteurs, mais au fond, elle était consciente que tout le monde n’appréciait pas forcément son franc parler ou ses familiarités… Elle sourit et reposa la serviette en papier chiffonnée sur un coin de la table, dessinant au passage un nuage et quelques gouttes de pluie sur la vitre embuée.

- Je pense que j’aime moins que votre petit compagnon… Mais c’est vrai que je suis assez gourmande, de toute manière.

Elle laissa la le sujet. Après tout, il se fichait probablement de savoir ce qu’elle mangeait le matin ou le fait qu’elle détestait le fenouil. La serveuse arrive avec les boissons et les deux brownies, ajoutant un « j’arrive tout de suite avec le reste » encore un peu ébahi. La métisse s’empara de sa boisson et trempa son doigt dans la crème fouetté avant de la goûter avec un air définitivement morfalou. Affamé, dirons-nous. Elle rajouta de la cannelle en poudre au sommet et observa son œuvre, manifestement satisfaite.

- Je suis vraiment désolée pour tout à l’heure. J’ai un peu tendance à pas regarder ou je vais… Et puis, j’avoue que je ne pensais pas qu’il y ait beaucoup de monde dans la rue sous cette pluie !

Elle rit, un peu.


- Vous savez, Kenny aime beaucoup avoir cours avec vous. Il dit que c’est grâce à vous qu’il progresse en piano. Vous enseignez depuis longtemps ?
Ash
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