Faites de beaux rêves les filles. ( Angie & Ava )

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Sam 29 Avr 2017 - 15:25


TAREK & SVEDA


La naissance de Samuel avait profondément chamboulé l’état de vie de la rose du désert. Et pas que la sienne. Ce petit être merveilleux, par la beauté de son innocence, renforçait la fois profonde de Sveda. Cette fois en l’humanité avec laquelle elle arpentait l’éternité. C’était de nouveau armée et pourtant sereine que la belle nomade abordait son rôle de mère une nouvelle fois. Le lien intersec qu’elle partageait avec son fils lui rappelait la puissance d’un amour incompressible, celui d'une mère pour son enfant. Cette mère et son nourrisson baignaient, avec l'archéologue, dans une harmonie quasi divine. Il y avait les petits coics du quotidien mais rien ne parvenait à la faire descendre de ce petit nuage matelassé de bonheur. Ils acceptaient avec patience le rythme de vie que leur imposait la petite crevette devenue un bébé.

Les nuits étaient donc courtes ! Ou plutôt les siestes nombreuses, dans la maison du bonheur. Tohum avait beau être le marchand de sable le plus charmant de l'archipel, elle était, comme tous les talentueux de leurs arts, la seule personne à ne pas pouvoir en profiter. Avec Strega cela va de soit. Mais toute règle à son exception. Même si c'est celle que l'on n'aime pas, mais alors pas du tout. Tout cela pour dire que Sveda, sur son petit nuage dormait moins ces temps-ci. Que se passe-il quand la blonde ne dort pas assez ? Les barrières mentales sont en peine. Ce qui ouvre le champ à un vieux démon égyptien j'ai nommé : Hypnos. Pensez-vous que nous l'avions oublié ? Ce serait vraiment mal nous connaître. Il fallait seulement que le Samouraï libère la place du grand méchant de l'histoire.

L'animal, ou plutôt le morceau d'âme, était sorti de son silence vers la fin de la grossesse. Ce n'était pas la première fois. Tel un parasite cette énergie cherchait une voie d'extraction dans le corps de la nomade. Quel meilleur habitacle attendre qu'un nourrisson ? Ces petites choses venaient au monde infinie et demeuraient ainsi malléables. Hypnos avait été proche du but une fois là. Sveda n'en avait pas eu conscience à l'époque. C'était juste avant l’Armageddon. Nji était née au cœur du désert (du grand-père de Kussi si vous voulez savoir, petits curieux!) Une magnifique enfant. Une petite-fille dont le charme avait atteint les oreilles des villages voisins. A force de lutter contre le monstre qui lui volait son esprit la petite s'était épuisée trop vite. Son corps n'avait pas survécu, non moins que son âme. Mais, Lui, avait réussi à réintégrer son premier cocon.

Depuis, il retentait le coup, chaque fois. Tohum avait fini par comprendre. Elle avait parcouru une bonne partie de l'archipel pour trouver une personne capable de la séparer de ce revanchard. Elle s'était perdue sur les îlots les plus reculés. Mais le don de Tarek était celui d'un prodige. Les sciences anciennes ne pouvaient rien face à lui. Kussi et Sveda avaient donc trouvé un moyen de le contenir, l'enfermer, dans un coin de son esprit. Malheureusement, le jeune sorcier n'était pas arrivé à temps pour accoucher son amie. Hypnos en avait profité pour attaque les défenses. Et voilà, Sveda se retrouvait une fois encore à devoir faire attention à ses songes. Cependant, une nouvelle détermination la poussait à reprendre les recherches pour trouver une solution définitive au problème. D'où sa prise de contact avec Delight. C'est bon vous suivez ?

Ce n'était pas Delight elle-même mais son frère dont Tohum espérait avoir une aide. Car Dream était, comme qui dirait, un calé de l'onirique et de tout ce qui s'en rapproche. La bonne fortune étant avec Sveda depuis quelques temps tout coïncidait pour une fois en terme d'espace-temps. Enfin, alors qu'elle croisait la Famille depuis des siècles, un rendez-vous pouvait s'organiser. Puisque la rose ne faisait pas les choses à moitié, elle avait convaincue sa chère et tendre fille -Riley- de l'accompagner. Ava, en plus de ce don auquel elle ne comprenait rien, était reliée au monde astral. Elle pouvait voyager dans l'esprit des personnes endormies et visiter leurs songes. Quelques conseils sur tout cela ne serait pas du luxe. Pourquoi s'entêter me direz-vous ? C'est vrai la Russe suivait le traitement de Feuerbach. Elle serait bientôt sans dons extraordinaires. Sveda, vous la connaissez, n'en gardait pas moins l'espoir que la demoiselle renonce à son idées avant qu'il ne soit trop tard ! Mère et fille avaient pris le chemin du centre-ville profitant que la journée soit belle et ensoleillée.

Sveda marchait fièrement au bras de sa fille, dont on aurait pu croire que c'était en fait sa jeune sœur. Elle avait retrouvé sa taille de guêpe et son allant en peu de temps. Ses beaux cheveux de blés retombaient lâchement sur ses épaules. Aucune bague ne venait orner sa main, mais elle dégageait la joie des amoureux. Le pas aussi léger que le cœur qui bondissait dans la poitrine dés l'instant où l'autre apparaît. Tohum avait laissé les deux hommes de sa vie nouvelle, là-bas, prés de la plage. Il n'y avait pas pire déchirement au monde que de quitter ce petit monde qui se créaient à trois. Son instinct, ses sens, ses sentiments, tout la retenait avec Sam et Dante. Heureusement que ce dernier savait comment lui parler. Pourtant toutes les pensées étaient tournées vers ce bébé et son père jusqu'à ce que Riley apparaisse.

« Qu'est-ce que tu dirais de faire un pique-nique le week-end prochain ? Si le temps s'y prête ça pourrait être agréable.  Une première sortie pour ton frère. Kent ralentit pour les arrêter devant la vitrine du Dinner. C'est là ! Mmm on est un peu en avance. » Qui ne l'était pas quand Sveda était en charge de l'organisation ? Elle attrapa ma poignée pour ouvrir la porte à la jolie blanche. J'ai envie d'un milk-shake, pas toi ? » Tohum passa ensuite et posa un regard charmé sur l'endroit. Dire qu'elle était passé devant plusieurs fois sans jamais y entrer. Viens ! Là.

Le cuir de la banquette était tiède à cause du soleil qui se réverbérait dans la vitrine. Sveda ne tarda pas à enlever sa veste en jean pour relever une robe de saison blanche aux motifs rouges. Elle souriait à sa fille avant de porter un regard en direction de la salle pour tenter d'apercevoir Angie. Elle avait eu beau chercher, elle ne savait plus à quand remontait la dernière fois, où qu'elle s'étaient vues toutes les deux. Savoir l'Immortelle en Écosse avait réconforté la nomade. Delight faisait partie de ses individus en qui Tohum avait fois depuis très longtemps. Même si elle ignorait encore que celle-ci était en connexion directe avec Verstand. Encore lui. Enfin pour l'heure tout allait bien. Tohum était sur son petit nuage. Et dans pas longtemps, normalement, elle ferait de jolis rêves.

 « Alors, raconte-moi un peu ? La Ph ? Ça va ? Tu as fait des rencontres ? »

Allez Ava avoue que le sourire de ta mère est contagieux. Personne n'y résiste éternellement, tu sais.
Tohum
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Mar 2 Mai 2017 - 10:19
Chaque nouvelle journée au diner réservait son lot de surprises comme d'habitués. Depuis son ouverture, Chez Reggie accueillait une foule variée, ses clients venant de tous les coins -et toutes les sphères- de la ville. On y trouvait aussi bien les jeunes élèves de la Potential Home qui venaient y prendre un milk-shake après les cours que les hommes d'affaires qui s'y réfugiaient pour une brève pause, sans oublier les retraités et les travailleurs nocturnes qui s'y attablaient pour un café tôt le matin. Des pancakes aux burgers, la nourriture était préparée avec amour par Hernando, le loyal cuistot qui m'avait suivie jusque sur l'arche écossaise. Sans lui, j'aurais difficilement pu mener cette entreprise à bien, et je lui en étais grandement reconnaissante. Il n'était pas vraiment au courant de ma véritable identité, du moins il n'en donnait pas l'impression ; il s'était toujours montré discret, se contentant d'offrir un support enjoué quoi qu'il arrive. Quelque part, je trouvais rassurant d'avoir gardé avec moi une partie de la brève vie que j'avais menée en tant qu'Angie ; pour lui, elle avait aussi existé que n'importe qui.

Hernando n'était pas le seul à m'offrir une aide précieuse : Larry était là, lui aussi. Le fidèle Larry qui servait la famille depuis quelques siècles maintenant, suite au marché qu'il avait passé avec Destiny et Death. Un simple humain qui n'avait rien d'un prodige, au destin et à la mort suspendus indéfiniment dans le temps, heureux de simplement continuer à vivre. Son aide s'était avérée précieuse, car il avait toujours su naviguer les courants de la société humaine avec expertise. Et là où Destiny et Dream le considéraient comme un serviteur utile, Death et moi en étions venues à le considérer comme un petit frère. Lors de mon retour, la Famille avait décidé de me l'envoyer pour m'aider à me réadapter, et il travaillait depuis avec moi Chez Reggie. Quand il ne s'occupait pas de l'inventaire ou servait à table, il lui arrivait de jouer au piano sur la scène du restaurant, ce qu'il faisait avec un talent certain. Il s'y employait quand Sveda et sa fille arrivèrent, les notes de l'instrument emplissant les lieux d'une douce mélodie. Apercevant les deux femmes, je leur fis signe de derrière le comptoir, leur indiquant que j'allais les rejoindre. Glissant mon crayon derrière l'oreille, je traversai la salle avec entrain. Voilà bien longtemps que je n'avais pas vu Sveda, une immortel que nous connaissions depuis longtemps dans la famille, et que j'avais toujours appréciée. J'étais heureuse de la retrouver, et intriguée par sa demande. D'autant qu'elle ne concernait pas que moi...

« Bonjour Sveda ! Cela me fait plaisir de te voir. Salut Ava ! »

Je souris à la jeune femme. J'avais rapidement appris à l'apprécier, depuis qu'elle travaillait à temps partiel au diner. Une serveuse discrète, à l'air toujours un peu ailleurs, comme s'il lui fallait souvent faire preuve d'un gros effort pour se rappeler qu'elle avait bel et bien les pieds sur Terre plutôt que sur la lune. J'avais pris sur moi de lui offrir la structure dont elle pouvait avoir besoin lorsqu'il s'agissait de travailler, et mon affection pour elle était sincère. Quand j'avais appris qu'elle était la fille de Sveda, je n'avais pas été si surprise que ça : je pouvais aisément concevoir le lien qui les unissait. J'étais surtout heureuse qu'elles aient pu enfin se retrouver ; je savais ce que c'était que d'être séparée de sa famille.. Et en parlant de ça, il manquait encore une personne pour notre petite rencontre...

« Dream ne devrait pas tarder. Il n'a pas une très bonne notion du temps ; on la perd vite, quand on vit dans les rêves... En attendant, qu'est-ce que je vous sers ? »
Delight
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Mer 14 Juin 2017 - 1:30
La bonne humeur de la Rose se propageait sans mal à son entourage. A ses côtés, sa plus jeune fille souriait. Elle trouvait sa mère rayonnante. Elle n'aurait pu nier que la maternité lui allait à merveille.
Par un miracle étonnant, les nuits de sommeil entrecoupé ne semblaient avoir altéré ni sa beauté ni son enthousiasme et Sveda marchait de ce pas léger et insouciant qui les guidait toutes deux dans les rues de la capitale. Une insouciance qui partageait Riley entre le soulagement et l'amusement, car en dépit des circonstances, l'éclat du bonheur qui brillait dans l’œil de Sveda redonnait confiance à la jeune immortelle. Marchant à ses côtés, elle avait soudainement envie de se laisser porter par la perfection de l'instant ; la douce luminosité de cette fin de matinée, la brise portée par la mer qui venait caresser ses bras nus, sa main, dans celle de sa mère, balançant au rythme mesuré de leurs pas.

La russe n'était pas une grande bavarde. Ni une bavarde tout court. Elle était de ceux qui cultivait le silence aussi bien par goût que par habitude. Le silence lui rappelait les hivers blancs de son enfance. En cela, il avait quelque chose de profondément réconfortant. A l'inverse de beaucoup, Ava y trouvait une barricade derrière laquelle elle avait toujours trouvé refuge. Un silence était toujours moins durement jugé que certaines paroles.
Le destin s'était tissé de telle façon qu'elle n'avait jamais vraiment su mettre de mot sur ce qu'elle ressentait. Ses propres pensées lui avait échappé bien trop souvent pour qu'elle ne puisse les partager. Quant à ses peines, ses peurs et ses doutes, il lui avait rapidement fallut les enfouir, ce qu'elle avait fait grâce à l'héroïne.
Peut-être ne savait-elle simplement plus faire autrement.
Aussi, la fille de l'hiver laissait bien souvent sa mère faire la conversation pour deux. Taciturne, elle ne l'écoutait pas moins d'une oreille attentive, répondant toujours par des sourires bienveillants. Si sa bouche restait close, son regard riaient aux remarques de Tohum. C'était, chez elle, une forme d'approbation tacite.

Souriant pour elle-même, elle laissa sa mère passer devant, observant distraitement la rue qu'elles venaient de remonter. Il y avait quelque chose d’extrêmement familier dans ce quartier, qui avait le don de mettre à l'aise la jeune immortelle. Elle suivit la Rose à l’intérieur avec une étrange impression. Celle d'être « à la maison ». Chez Reggie avait été bien plus qu'un petit job parmi d'autres. Il avait été un refuge. Un ancrage dans le monde réel. Un lieu où elle avait pu se reconstruire.
Les odeurs étaient familières. Elle ferma les yeux un instant, laissant venir à elle les douces sensations que lui provoquait ses souvenirs de plus en plus tangibles. Elle connaissait les lieux comme la carte, c'était à dire, par cœur.
Une mélodie au piano flottait dans l'air. Larry était installé au clavier et jouait un air feutré. Ava lui fit un petit signe de la main auquel il répondit d'un hochement de la tête et d'un sourire absent, perdu dans ses notes. Elle fit pareil avec Hernando, qui passait une tête depuis la cuisine.

Mère et fille s'était installée dans un coin au soleil, derrière la vitre et Delight était rapidement venue à leur rencontre. La fille de l'hiver avait une affection particulière pour la gérante. Cette dernière s'était toujours montrée compréhensive. Elle avait offert du travaille à Riley, lui avait permis de se réintégrer après sa sortie de désintoxication, elle s'était toujours adaptée aux difficultés de la jeune immortelle et s'était accommodée de son attention parfois vaporeuse. Elle avait prit le temps de lui montrer les ficelles du métier, la patience de les voir intégrées.
Riley ne travaillait plus au diner à proprement parlé, mais elle n'hésitait jamais à se rendre disponible lorsqu'Angie en avait besoin et venait parfois donner un coup de main.

-Il semblerait que maman ait une envie de milk-shake, s'amusa Riley qui sortait enfin de son mutisme. Et on ne peut même plus parler des envies de femmes enceintes...

Elle souriait distraitement. Ils attendaient donc le dernier protagoniste de cette histoire. Le ventre de la jeune immortelle faisait des tours sur lui-même. Elle n'avait pas la moindre idée de ce qui allait émerger de cette rencontre. Elle ne voulait trop y penser pour le moment.
Ses yeux balayèrent la salle. Elle ne voulait pas plonger trop rapidement dans l'inconnu. Le temps de bonheur suspendu lui allait bien et se pencher dans ce qui s'était passé dans les rêves de Sveda n'était pas pour la rassurer.
Riley
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Jeu 15 Juin 2017 - 0:35
MUSIQUE



Marie & Tarek  Al-Qāhira (Egypte) 1347


    Les soldats mamelouks grossissaient leurs rangs depuis plusieurs semaines. Les raides nocturnes s’étaient multipliés par deux en l’espace de quelques jours. Des caravanes entières de chrétiens fuyaient vers le sud dans l’espoir de trouver asile. Quand ils arrivaient à passer les remparts. La rumeur d’une nouvelle croisade commençait à se répandre, éveillant les velléités des survivants de la précédant. Bagdad était prête à imploser.

    Alors que la peste s’insinuait dans les maisons.

    Dans un petit dispensaire au nord de la ville Tarek Bashir –le médecin particulier de la première épouse- tentait de soigner un jeune homme à la gorge couverte de bubons noirs. C’était le troisième qu’on leur apportait depuis la veille. Pourtant ce n’était pas le sujet de ses préoccupations. Il soufflait entre ses dents.

    Il faut que tu partes.

    Un rayon de soleil passa à travers le rideau. La lumière éclaira furtivement le visage du mourant. Un gémissement perça le silence du moratoire. Une main douce épongea le front du malheureux.

    Sveda… La jeune beauté plongeait le linge dans l’eau fraîche.

    Je ne te laisserais pas ici tout seul. Hors de question. Hypnos s’avança et attrapa les mains de son assistante pour la forcer à l’écouter.

    Les chrétiens ne sont plus en sécurité. Tu l’as bien vue. Il pressa ses mains en cherchant son regard. Enméne Hachim à Alexandrie. Là-bas, rejoint les forces de Saint Louis. Ils…

    NON ! La voix de la belle Sveda se fendit dans un cri malheureux. Cela faisait plus d’une semaine que le médecin tentait de la convaincre de quitter la capitale. Non… Chuchota-t-elle d’une voix meurtrie et suppliante. La maladie se propage. Tu vas avoir besoin de moi. Je ne pars pas. Une fois encore, l’Immortel se résigna à attendre.

    Moins de deux mois plus tard l’épidémie avait déjà emporté quelques cinquante milles âmes. Il n’était plus question de conquête de Jérusalem. Plus de chasse à l’homme, non plus. La peur de la peste rendait les gens fous. La guerre civile couvait. La cour impériale se préparait à déserter la ville.  La sultane réclamait son médecin auprès d’elle pour le départ. Bashir avait réussi à éviter la garde impériale par trois fois… Mais ce n’était qu’une question de temps.

    Ils  arrivent… Une colonnade remontait. Ils étaient armés. La Rose reconnu l’homme de tête. Son sang se visage sur son visage. La rumeur disait qu’il était le bourreau du premier conseillé. Un tueur né.

    Enméne Joachim. Je vais les retenir.

    Non Tarek…

    SVEDA ! L’amante et leur enfant sursautèrent. Hachim était encore petit. Mais il comprenait que quelque-chose de grave était sur le point d’arriver. L’homme observa alors sa compagne et son fils. Il soupira doucement. Si la garde les trouvaient, elle la chrétienne lui le batard,  ils seraient exécutés. Tarek offrit un tendre sourire à sa rose, si jeune et déjà si déterminée. Il ignorait encore qu’ils vivaient leurs derniers instants… Je vous rejoindrais. Je te le promets.

    Une voix tonitruante héla le docteur de la rue. Un dernier appel. Au nom du Sultan ! Ouvrez !

    Maintenant va. Murmura-t-il en embrassant le front de son fils. Et ne te retourne pas. Lui ordonna-t-il en attrapant la poignée de l’épée.

    Hypnos sortit de l’ombre. Quelques secondes plus tard les hurlements de terreur s’élevèrent dans l’aube.



***


Sveda détournait tranquillement son regard des doux traits de sa fille pour saluer dignement Delight. Angie, comme beaucoup de prodiges immortels ne changeaient pas d’un point de vue physique. Ce qui pouvait être rassurant dans le mouvement perpétuel de l’univers. Bonnes ou mauvaises connaissances, les plus anciens d’entre eux s’apparentaient à une minorité ethnique. D’ailleurs, malgré les recensements, il était impossible de connaître leur nombre exact.

« Angela ! Moi aussi, j’essayais de me souvenir de la dernière fois… »

Entendre Riley faire de l’humour était un plaisir pour la Rose. Elle appréciait chaque jour la façon dont la belle slave s’assumait. Elle la sentait plus sereine, car calme c’était sa nature, plus posée. C’était tout ce que Kent espérait. La prochaine état pour cette lionne à la grande portée serait d'aider son ténébreux fils asiatique.

« Hahah, amusant. Non, c’est vrai, c’est juste pour le plaisir de goûter à la cuisine de monsieur Hernando. »

En fait, si Tohum n’avait pas une seule fois intercédé dans la vie d’Ava Baker depuis son retour, c’est parce que quelqu’un s’en était chargé pour elle. Elias avait tout de suite dit oui. Il aimait sa petite sœur de ce sentiment honnête et puissant qu’il le caractérisait. Comme un ange protecteur il avait joué les Castiel sans ailes. Il ne lui en avait jamais rien dit. Ce n'était pas le but. Mais il faut le savoir, quelque soit les aléas, aucun des membres de la Lignée de la Rose, ne se retrouvait totalement seul, ou isolé. Jamais.

« Je suis contente d’avoir enfin une occasion de venir. J’avais prévu de le faire plus tôt ! »

En fait le temps était passé comme l’éclair. Cela devait faire presque un an que Catherine Kent n’avait pas arrêté, entre l’hôpital, le labo, les… ennuis, oui appelons les ainsi. Mais, les choses rentraient dans l’ordre. Caleb et son art de vivre contribuaient à amener Tohum sur des eaux plus calmes. Aussi, pour la première fois depuis ? Depuis la naissance d’Ava, sa mère se voyait couler des jours heureux et calmes. Si c’était possible. Mais, Kim était alors sur le point de commencer une course au trône qui allait sensiblement tout bousculer.

« Comment vas-tu ? Tu es rayonnante. Est-ce que tout va bien ? » Tohum connaissait plus ou moins les dons de la « demoiselle ». Ils lui avaient d’ailleurs inspiré une équation. Infructueuse, certes, mais qui lui avait permit de faire avancer la problématique. « Tu as dû trouver mon appel étrange. Je te remercie d’avoir contacté ton frère pour nous. » Sveda coula un regard à la jeune femme qui l’accompagnait. Ni elle, ni Delight, n’avait pu connaître le père de Hachim (Joachim selon la connaissance commune) avant… « Je crois que ton frère est le dernier à pouvoir tenter quelque-chose. »

Disant cela, le sourire de la belle se fit un rien mélancolique. Evoquer ainsi Hypnos faisait remonter des souvenirs dont elle ne savait toujours pas si elle voulait les garder ou les effacer. Le fil de la pensée déviait, de Tarkek à Hachim, puis à sa fille elle-même Natacha. Prise dans la fleur de l'âge, cette petite-fille n'avait pas eu d'enfant à son tour. Avec elle s'était éteint un nom.
Tohum
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Mer 21 Juin 2017 - 13:40
« Hernando en sera ravi.Il a toujours su apprécier les compliments sur sa cuisine. »

D'autant que cette dernière était vraiment son domaine. J'avais maîtrisé l'art du café, et je me débrouillait pas avec les milk-shakes et les pancakes, mais je n'arrivais pas à la cheville du cuistot lorsque la nourriture entrait en ligne de compte. Parfois, je me disais que les mortels étaient capables d'exceller plus que n'importe lequel d'entre nous dans un domaine, peut-être parce qu'ils n'avaient qu'une courte vie pour ce faire et qu'ils s'y adonnaient alors avec une passion qui nous était parfois inconnue.

« Lors d'une de mes grossesses, j'avais une furieuse envie de thon en boîte. Enfin, je ne le savais pas vraiment, le thon en boîte n'existait pas encore. Ce qui s'est révélé plutôt problématique. »


Quand je voyais Sveda, je me demandais ce qu'aurait été ma vie si je m'étais autant dédiée à ma descendance, plutôt que de la garder à distance. Aurais-je moi aussi rassemblé toute une tribu autour de moi, une véritable dynastie d'amour et de soutien ? Je ne le saurai sans doute jamais. Et puis je n'étais pas seule pour autant, j'avais la Famille. Les liens du sang n'étaient pas les seuls qui pouvaient compter autant.

« Je n'ai pas à me plaindre. Le diner marche bien, je me plais sur l'Arche, j'ai retrouvé les miens... J'ai atteint un certain équilibre, je crois. Pour le moment, mes personas sont sous contrôle, et j'espère que ça va continuer. Au moins jusqu'à ce que je trouve le moyen de les juguler pour de bon. A ce propos... Je serais curieuse d'avoir ton avis sur Alexander Feuerbach. J'ai passé un marché avec lui, afin d'y arriver. Il m'a aidée, en Australie, quand je n'étais pas...moi-même. Et il cherche un moyen pour moi de vivre sans être sous l'influence de mes dons. Je me rends bien compte qu'il ne le fait pas par altruisme, mais...disons que tout espoir est bon à prendre. Et je reste prudente. »

J'étais vraiment curieuse d'avoir l'avis de la rose des sables sur la question. Peut-être connaissait-elle mieux que moi l'allemand, et puis son avis était toujours bon à prendre. Au point où j'en étais, j'appréciais toutes les perspectives. Mais ce n'était pas pour moi que nous nous étions réunies aujourd'hui. Ava était là également, avec sa mère, et j'étais heureuse de les voir ensemble. Reconstruire un lien n'était jamais facile, mais elles semblaient s'être retrouvées. La jeune femme avait changé aussi, à sa manière : j'avais pu l'observer au diner, où elle s'était ouverte un peu plus, petit à petit. Ava était une présence calme, rassurante, que j'avais très vite appris à apprécier, et sur qui je sentais pouvoir compter. Si je pouvais les aider de quelque manière que ce soit, je le ferai.

« En parlant de mon frère... »

Le carillon retentit, et Dream fit son entrée dans le diner. Il portait un grand manteau noir sur son costume, sombre lui aussi, et ne semblait pas se soucier de la chaleur. Peut-être avait-il emmagasiné assez de fraîcheur dans sa crypte au fil des siècles pour s'en accommoder, ou qu'il ressentait vraiment les choses différemment. C'était toujours difficile de savoir de quelle manière il considérait ce qu'il appelait le monde de veille. Il resta un instant sur le pas de la porte, à observer les alentours de l'air confus qu'il affichait souvent quand il était forcé de se déplacer physiquement sur ses deux jambes. Après nous avoir repéré, il se dirigea vers nous et resta debout à côté de la table. Il inclina la tête à l'adresse de la rose et de sa fille: « Sveda. Cela fait longtemps. »

« Ne reste pas planté là comme un épouvantail... » Je me déplaçai sur la banquette pour lui faire une place, et il donna l'impression de réfléchir soigneusement avant de s'asseoir. Il avait perpétuellement l'impression de ne pas être vraiment à sa place, comme si les stimuli du monde extérieur l'agressaient.

« Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Même si je me doute de ce qui t'as poussée à demander mon aide... Tu n'es pas seule, n'est-ce pas ? »
Delight
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Mer 20 Sep 2017 - 8:22
Un doux sourire espiègle se posa sur les lèvres de la fille des neiges. Elle était plutôt satisfaite de son trait d'esprit et salua la réplique de sa mère d'un petit hochement de la tête. Elle ne pouvait nier que la cuisine du chef était l'une des rares à éveiller, chez elle, ce sentiment si exceptionnel de faim et de gourmandise. Ici, les odeurs délicieuses d'oeufs au plat et de bacon, de café chaud s'associaient à mille autres senteurs pour créer l'essence même du plaisir. Des odeurs que la jeune immortelle avait associé au confort d'une routine, à la chaleur d'un foyer qui lui avait permis de retrouver une stabilité. Ce fumet délicieux n'était pas seulement associé au plaisir de chaque repas pris au diner, c'était aussi synonyme d'une légèreté de son existence.

La russe écoutait converser sa génitrice et la gérante des lieux avec plaisir. Elle les observait tour à tour, un petit sourire discret aux lèvres. Elle savourait la joie simple d'être heureuse, entouré de proches dans un environnement familier.
En dépit des raisons qui avaient poussé la Rose des sables à rencontrer un autre des membres de la Famille, Ava avait bonne espoir que toutes les conditions seraient réunies pour que tout se passe au mieux. Il ne restait plus qu'à attendre l'arrivée de Dream, ce frère capable de voyager dans le monde onirique.

L'attention de la fille de l'hiver fut de nouveau piquée lorsque l'antique prodige exprima son désir de juguler son don ainsi que ses manifestations aléatoires. Elle avait visiblement, elle aussi, fait la rencontre de Feuerbach. Pour une raison dont elle n'avait l'explication, l'homme d'affaire avait fait le déplacement jusqu'en Australie pour trouver l'antique prodige. Ce que Delight confiait à sa mère, c'était bien la première fois qu'elle l'entendait, elle fut surprise de cette révélation. Angie avait donc ce même rapport de distance avec ses pouvoirs, et le désir de chercher, qui ce n'était à s'en débarrasser, au moins à les contenir. C'était grâce à l'intermédiaire de Kim qu'elle-même avait pu rencontrer l'allemand. En présence de son demi-frere, l'homme s'était montré courtois mais détaché, sans la moindre émotion et pragmatique. De plus, il s'était révélé précis et intransigeant quant aux conditions de leur collaboration et Riley s'était toujours demandé pour quelle raison l'industriel avait accepté de l'aider. Elle imaginait qu'il tirait des bénéfices de leur arrangement mais elle n'avait toutes les cartes en main pour appréhender lesquels. Au delà des recherches que pouvait ainsi mener l'allemand sur les prodiges et les immortels, cela avait-il un impact sur les rapports qu'il entretenait avec Kim ? Qu'obtenait le chinois en échange ? Des questions dont on se gardait bien de lui fournir les réponses.

Se perdant dans ses pensées, Ava fut ramenée à la réalité au son du carillon de l'entrée. Un sourire se dessina sur ses lèvres, curieuse, elle se tourna légèrement afin de pouvoir observer le nouvel arrivant. C'était la première fois qu'elle rencontrerait Dream. Elle lui sourit et hocha de ma tête pour le saluer tandis qu'Angela l'invitait à s'installer à leur côtés. Elle aimait les manières chaleureuses de la prodige, et L'homme s'installa à son tour sur la banquette.
Il posa finalement la question que Riley redoutait tant.
La fille de l'hiver posa son regard sur la table. Le frère de Delight disait avoir une idée de ce qui avait poussé la Rose à prendre contact, était-il, d'une façon ou d'une autre, au courant de se qui hantait Sveda ? Pouvait-il le percevoir ?
Elle-même ne s'était jamais douté de se qui dormait en un coin de l'âme de sa mère, l'aurait-elle d'ailleurs jamais su, si elle n'avait pas expérimenté un don enfoui ?
Cette découverte avait laissé la russe perplexe. Probablement inexprimé à cause de la prévalence de son autre don -celui qu'elle n'avait jamais su contrôler - cette capacité très probablement hérité de la lionne n'avait jamais eu l'occasion de s'exprimer.

Elle se remémorait maintenant le léger rictus qui s'était dessiné sur les lèvres de Feuerbach lorsqu'elle avait rapporter cette expérience en dépit du sérum qu'il lui injectait régulièrement pour lutter contre sa condition de prodige.
Il avair répondu sans détour que les dosages qu'il expérimentant inhibaient très certainement la partie plus prédominante de son pouvoir, laissant la liberté à d'autres capacité de s'exprimer, et qu'en conséquence, il se pouvait que son immortalité soit intacte.
La russe n'avait rien répondu. Les répondes directes et précises de l'allemand lui laissaient une impression étrange, comme s'il ne se cachait jamais de rien sans pour autant lui dire toute la vérité.
Quoi qu'il en soit, et malgré les demandes de Kim d'être tenu au courant, Ava tentait de garder un minimum pour elle ces échanges avec l'allemand.
Riley
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Sam 30 Sep 2017 - 16:59

Tohum acquiesçait, avec sur les lèvres un sourire de connivence pour sa consœur. Elles avaient eu le temps d’expérimenter tous les affres et les bonheurs de la grossesse. On n’accouche pas de la même façon en 1205 qu’en 1953. Même avec le même corps rien ne se passait jamais de façon identique. Nous passerons sur les plus désagréables, ainsi que les quelques ratés de la nature. Parce que tout bien considéré, dans l'ensemble Sveda avait de la chance.

« Pendant que j’attendais sa sœur Abby je rêvais de beurre toute la journée. J’ai fini par vendre une broche pour en trouver sur le marché noir. »

Les contacts entre Feuerbach et Kent étaient très sporadiques depuis qu’ils étaient parvenus à éliminer Jao Wang. Ils échangeaient peu mais avec cordialité. Comme Kim ne lui avait encore rien dit de ses accointances avec l'Allemand, Sveda ne pouvait pas savoir tout ce qui se tramait, elle était à l’affût. Elle soupçonnait Verstand d’être beaucoup moins clair sur ses intentions. Il était en couple avec un Cavalierri, en lien avec les Lampeduza, en rivalité avec Rose… Cela faisait tout de même beaucoup de connexions douteuses.

«J’ai eu l’occasion de collaborer avec lui il y a quelques temps. Ce n’était pas dans le domaine scientifique, enfin pas directement. Tu as peut-être appris ? Le Samouraï est mort. » La Famille était une entité, ou presque, à elle toute seule. Ils étaient invisibles et pourtant leur influence était notable. Delight, même en étant parfois coupée du monde à cause de ses dons, avait entendu parler des Wang et de leur empire en cours de reconstruction. « Il a… beaucoup de moyens. Il est intelligent et visionnaire. Mais, oui, reste prudente. Ce ne serait pas le premier génie à se retourner contre ses patients. » Quoi qu'elle évoquait Pietro de façon spontanée la rose ne s'attarda pas plus.

Les yeux de la nomade accompagnèrent l’arrivée du quatrième immortel avec douceur. Tohum et Dream se connaissaient un peu. Ils avaient des rapports plus faciles, qu’avec d’autres membres de la fratrie. Il faut bien dire aussi que certains étaient encore plus difficiles d'accès. Cela venait peut-être du fait qu’ils partageaient un lien spécifique avec le sommeil ? Peut-être aussi parce que Dream inspirait quelque-chose de rassurant à la fille de l’Orient. Le calme avec lequel il abordait le monde et les être était rassurant. D'ailleurs, cela lui faisait penser à Carso et à sa philosophie de vie.

« A peu près quatre siècles… »

Pendant un très court instant la belle les revoyait côte à côte entrain de discuter autour d’un feu, avec une fête qui battait son plein en fond de décor. Elle ne pouvait plus donner la date et le lieu exacts de la rencontre. C'était trop loin. Mais celle-ci lui évoquait des émotions agréables. Sveda lui offrait un sourire. La question qui lui posait alluma une lumière étrange dans le centre de son iris. Parler d'Hypnos n'était pas facile. Elle n'en parlait qu'à de très rares occasions et jamais avec les enfants. Il appartenait à une partie de son histoire dont Tohum n'avait jamais réellement pu faire le deuil. Il y avait encore des nuits où l'odeur de la peste noire venait la hanter. Sans parler de la fin tragique de Tarek et de la douleur qu'elle en avait conçue.

Le doux regard de la rose épia un instant celui de son enfant. Riley ne lui avait pas tout raconté encore. Mais, c'était aussi la raison de cette rencontre.

« C’est Hypnos… il se manifeste à nouveau de façon intensive. Ça précède toujours l’arrivée d’un des enfants… tu sais. Je crois que ce qu'il a lié à moi cherche à se réincarner. » Savait-il ? Elle lui en avait peut-être parlé un jour ? Après la naissance d’Élias ? Elle ne savait plus ça non plus. Tarek était là depuis tellement de temps… Comme Cass' avait son père, qui le hantait. Comme Rix avait son démon qui la persécutait. Ils étaient les prisonniers de leurs esprits. « Je voudrais qu’il s’en aille, pour de bon. »

Dant’ et Samuel lui donnait ce courage là. En plus de quoi, les différentes menaces qui planaient sur l'Arche et sur le monde l'incitaient à mettre toutes les chances de son côté. Ils allaient en avoir besoin pour assurer la défense des innocents.

« J'ai tenté plusieurs expériences. Ça n'a jamais marché. Il faisait parti des premiers prodiges. Il pouvait voyager dans l'inconscient des autres. Je ne saurais pas décrire exactement le procéssus. Je n'avais pas les connaissances que j'ai maintenant à l'époque. J'étais jeune et vulnérable, quand c'est arrivé. » C'était cette présence néfaste qui l'avait persuadée de rejoindre l'Ordre par le passé. Mais même les sciences de Strega n'y avait rien fait. Les hindouistes avaient ensuite échoués. Les Tenobi -ces grands sorciers d'Afrique noire- n'avaient rien pu faire non plus. « Je suis à cours d'idées. Je suis fatiguée d'avoir peur de son ombre. »

Et cette fois, oui cette fois, elle allait mettre un terme à cette peur ancestrale.
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Mer 4 Oct 2017 - 9:41
Mes grossesses m'avaient toujours laissé une impression étrange. Notamment parce que j'avais toujours eu peur que mes humeurs l'emportent sur le processus : que se passerait-il si Delirium ou Despair prenaient le dessus alors que j'attendais un enfant ? Le pire, c'était que je ne pouvais même pas être sûre que ce n'était jamais arrivé. Il y avait des périodes de sa vie dont je n'avais aucun réel souvenir, uniquement des impressions confuses. Une raison de plus qui m'avait poussée à me replier dans la persona d'Angie, loin de considérations aussi compliquées.

« Une broche pour du beurre... On dirait les premiers ingrédients d'un compte. Comment va Abby ? Et Elias ? »

Je connaissais un peu les autres enfants de Sveda, et étais curieuse d'avoir de leurs nouvelles. L'immortelle avait une grande famille, qui s'était composée au fil des générations, et je me demandais ce que pouvait signifier une telle vie. J'étais à la fois fascinée et apeurée par une situation de ce genre, moi qui avais parfois de la peine à assurer ma situation au sein de la Famille, pourtant bien, bien moins nombreuse.

J'avais pu apprendre à mieux connaître Ava, surtout depuis qu'elle travaillait au diner. La blonde était une présence calme, qui complétait à merveille le dynamisme de Charlie, l'autre serveuse qui travaillait Chez Reggie. A nous trois, nous formions une bonne équipe en salle, une autre de ces petites familles qui se créaient au long d'une existence. C'était ce que j'espérais pour le diner, finalement : que tous ceux qui passaient entre ses murs s'y sentent chez eux, à l'abri. Derrière des tours de pancakes et des douves de café bien chaud si besoin.

« J'ai entendu dire pour le Samouraï. Cela n'a pas dû être facile. Pour toi...et pour Kim. » On ne pouvait pas dire que j'avais jamais eu des liens de loin ou de près avec la pègre chinoise, mais je savais que Sveda avait une histoire compliquée avec cette dernière. Je pouvais au moins lui apporter mon soutien dans ce qui était une épreuve de plus au long d'une longue vie. Quant à Feuerbach, c'était encore autre chose, mais j'appréciais d'avoir l'avis de la Rose sur la question. « Je prends note, et je resterai prudente. Pour le moment, Alexander s'est montré correct avec moi, et j'espère vraiment qu'il saura m'aider. Même si je ne fais pas d'illusions sur ce qui l'a poussé à le faire. »

A vrai dire, jusqu'ici je trouvais que ma collaboration avec l'allemand se passait plutôt bien : j'appréciais même nos rencontres. Nos échanges étaient rarement très longs, mais j'y trouvais une certaine émulation qui n'était pas désagréable, et j'avais l'impression que c'était pareil pour lui. Dans une certaine mesure. Mais nous n'étions pas réunies ici pour parler de lui, ou des chinois. Non, comme le montrait la venue de mon frère, nous étions ici pour Sveda. Dream n'avait pas hésité à répondre à l'appel, ce qui était une bonne chose. Autant dire que lorsque cela touchait son domaine, il se montrait bien plus réactif qu'on aurait cru possible d'un homme tel que lui, si éloignée des considérations terrestres.

« Quatre siècles, ou quatre ans... Au fil du temps, c'est la même chose. Surtout quand on est habitués aux distorsions oniriques : le temps ne passe jamais aussi bizarrement que dans les rêves. »

Puis Sveda nous expliqua pourquoi elle avait tenu à cette rencontre, et je mentirais si je disais que je n'étais pas surprise. C'était quelque chose de nouveau pour moi, et après deux mille ans d'existence, ce n'était pas commun. J'échangeai un regard avec Ava, essayant de voir ce qu'elle pouvait bien penser de la situation. Elle était là pour soutenir sa mère en tous les cas, et certainement pour une bonne raison : sa présence n'était pas anodine. Pour ma part, je n'étais que l'entremetteuse qui avait permis la venue de mon frère, mais j'étais prête à faire tout ce que je pouvais pour donner un coup de main, si c'était possible.

« Je vois. » dit simplement Dream, comme si Sveda lui avait appris qu'elle avait un rhume. C'était toujours difficile de devenir ce qu'il pensait vraiment. « Je ferai ce que je peux pour t'aider. Une entité pareille ne peut pas rester indéfiniment. Hypnos -ou ce qui reste de lui- va toujours chercher à interagir avec le monde de la veille. D'une manière ou d'une autre. Comme une sorte de parasite mental. La grossesse t'y rend peut-être plus réceptive. Décris moi exactement comment il se manifeste, comment il se conduit. Cela me permettra de me faire une meilleure idée de la situation...et de comment le détruire. Car c'est le seul moyen : pour te libérer de sa présence, il nous faudra effacer toute trace de son existence. Pour de bon. Es-tu prête à cela ? »
Delight
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