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Sam 25 Mar 2017 - 13:08
Ermintrude était un peu capricieuse. Son moteur arrière gauche avait tendance à s'agiter, et le fuselage pouvait se mettre à vibrer par gros temps. Pourtant, l'engin était aussi sûr que possible, et en ce qui concernait Amelia Caine, il y avait une très bonne raison à ceci : c'était un des projets de Lexy. Ses talents de mécaniciennes étaient presque aussi avancés que ceux de leur amie Fawn, à qui elle n'avait d'ailleurs jamais hésité à demander conseil. La pilote aimait presque autant bricoler les moteurs que de les faire vrombir, et il se passait rarement un jour sans qu'elle ait les mains dans le cambouis. Elle possédait trois véhicules qu'elle avait assemblé au fil des années, en partant d'éléments de base. Son petit chasseur une place, qu'elle utilisait pour les courses et les acrobaties, construit pour la vitesse pure ; le VAP quatre-places qui servait de véhicule de transport usuel pour le couple, et Ermintrude. Cette dernière était son projet le plus récent, auquel elle était encore en train de mettre les dernières touches. Il s'agissait d'un petit transport qu'elle avait récupéré au surplus de la flotte via les connexions d'Amelia, et qu'elle avait modifié pour en faire un petit yacht de voyage. On pouvait y loger quatre personnes confortablement, six en se serrant dans les deux petites cabines. Une baie vitrée à la proue, sous le poste de pilotage, permettait d'avoir une vue imprenable une fois en vol, et une voile solaire installée à l'arrière -une des fiertés de Lexy- contribuait à donner une certaine élégance au vaisseau.

Les deux femmes l'avaient baptisé deux semaines auparavant, le prenant pour son premier vol longue durée, profitant d'un long week-end de trois jours pour se balader dans les environs de l'Arche. Les tests s'étaient avérés concluants, et passer un peu de temps avec sa compagne, loin de la ville et de son quotidien, avait fait le plus grand bien à Amelia. Depuis le combat qu'elle avait dû mener contre les pirates, cela avait été une longue lutte pour retrouver le calme, et accepter ce qui s'était passé ce terrible jour. Aussi bien les pertes qui en avaient résulté, que les félicitations qu'elle avait reçues pour avoir agi au mieux de ses capacités. Sa tendance angoissée s'était nourrie de toutes ces émotions, mais elle arrivait enfin à mieux reprendre le dessus sur elles. Elle se sentait enfin prête à reprendre du service, même si elle n'était pas contre passer encore un peu de temps en civil, avec Alexis. Tout en était impatiente d'avoir enfin son premier commandement ; l'envol du Harrington serait le point d'orgue du final de l'Exposition Universelle...et il serait à elle. C'était aussi effrayant que grisant...et elle estimait enfin avoir le droit d'y prétendre plutôt que d'être uniquement rongée par la culpabilité. Au nom des vies perdues, elle ferait honneur à son poste.

Aujourd'hui, elle n'avait cependant pas à s'en faire pour ça. Alexis et elle étaient de sortie de nouveau, et elles n'étaient pas seules. La pilote s'était fait une nouvelle amie à Scotland Yard, une suédoise qui était entrée il y a peu dans les forces. En un sens, cela n'avait rien d'étonnant : Lexy se faisait facilement des amies. Elle avait toujours été d'un tempérament sociable, allant facilement vers les autres, sachant les faire se sentir à l'aise. C'était une des innombrables choses qui plaisaient à Amelia, qui l'avait attirée en premier lieu, là où elle pouvait se retrouver si paralysée par l'anxiété. De ce que Lexy avait dit, Sigrid ne connaissait pas encore grand monde sur l'Arche, aussi s'était-elle aussitôt rapprochée d'elle, désireuse de lui permettre de se sentir plus à l'aise dans cette nouvelle vie. Naturellement, elle avait tenu à la présenter à Amelia, et le couple avait invité Sigrid pour une séance de vol à bord d'Ermintrude. Une manière de découvrir l'Arche et ses environs d'une autre manière. Amelia était en civil, ayant opté pour une chemise blanche et une paire de jeans ; elle avait passé une veste bleue légère sur le tout. Pour sa part, Lexy portait encore sa salopette de travail, tâchée d'huile et de graisse de moteur.

« Sigrid ! Nous sommes là ! » Alexis agita joyeusement la main ; Amelia et elle se tenaient devant le yacht, amarrée à sa place au port de plaisance de Leith. Quand la policière les rejoignit, la pilote s'empressa de faire les présentation : « Sigrid Andersson, agent d'exception, et Amelia Caine, lieutenant de vaisseau. Et de mon cœur. »

« Ravie de vous rencontrer enfin. » Souriante, Amelia tendit la main à Andersson.

« Nous pouvons monter à bord, j'ai effectué les dernières vérifications, et Ermintrude est parée à partir ! »
Solaris
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Jeu 30 Mar 2017 - 0:02
Sigrid n’était pas quelqu’un qui avait beaucoup d’amis. Non pas qu’elle était incapable de s’en faire, mais elle ne prenait en général simplement pas le temps. Pas le temps de construire quoique ce soit, pas le temps de laisser une relation se bâtir. Pour être franc, elle tenait le plus souvent les autres à distance. Au départ involontairement, par son silence et son cynisme, et par la suite, pour se protéger. Avoir des amis, des relations, cela voulait dire pouvoir être blessée. Et la jeune femme estimait globalement avoir assez donné durant la première partie de sa vie. Devoir courir après l’école pour rentrer chez soi afin de vérifier que sa mère n’était pas allongée inconsciente sur le carrelage de la cuisine, n’aidait pas à se lier avec ses petits camarades d’écoles.

Au lycée, ça aurait pu s’arranger. Son père était mort, et avec lui la terreur qu’il inspirait. Mais le mal était fait : la jeune Sigrid était méfiante envers son prochain, et désabusée. Elle n’avait plus depuis bien longtemps les préoccupations de ses congénères ni leur insouciance. C’était cette maturité trop importante pour ses quatorze ans qui l’éloignait de ses camarades, pour qui elle était définitivement cette fille un peu bizarre, un peu trop cassante pour qu'on lui propose de venir passer une soirée sur le bateau du père de Lars Nilsson.

Elle s'y était faite, au final. Ses rencontres les plus humaines avaient eu lieu alors qu'elle était infirmière. Oh, pas spécialement à l'école, où un élève sur trois était là par défaut et les autres trop différents d'elle. Mais au Södersjukhuset, où elle avait obtenu son premier poste. Être infirmière aux urgences avait été une véritable expérience humaine. Il y avait eu les cas difficiles, entre la femme exigeant un brancard moins dur pour sa sœur, ou la mère qui faisait une crise de nerf parce que personne ne s'était encore occupé du saignement de nez de son petit garçon de trois ans. Mais ils y avaient ceux qui rendaient ce boulot tellement importants... La jeune femme battue par son copain, qui trouve le courage de le dénoncer à la police après une discussion. Le vieil homme malicieux qui s'excusait de demander un verre d'eau parce que "vous avez tellement à faire, mon petit". Plusieurs autres, qui rappelaient jours après jours à la rouquine pourquoi elle avait voulu être infirmière. Mais ces gens, tout humains qu'ils soient, n'étaient que des rencontres passagères. Et faisaient désormais partie de son passé. Elle avait quitté cette vie-là en quittant l'Arche Scandinave, et bien que la nostalgie l'ait momentanément touchée il y a quelque temps, alors qu'elle attendait à l'hôpital qu'on lui recouse le scalp, Sigrid ne regrettait pas d'être flic.

Et même si quelques uns de ses collègues étaient des crétins, même si les élèves de l'école aimaient la surnommer Ikea et la faire parler suédois... La vie sur l'Arche d'Edimbourg n'était certainement pas pire qu'ailleurs. Et puis. Une intuition lui disait qu'il y avait moyen qu'elle se plaise à Scotland Yard. Ils avaient une bonne salle de sport. L'inspecteur Kreizler, du moins le peu qu'elle en avait vu, avait l'air d'être compétente et puis il y avait Lexy.

Sans aller jusqu'à croire à une amitié "à la vie, à la mort" avec la jeune femme, la rouquine était contente que la pilote/mécanicienne soit apparue dans sa vie. Il était bon d'avoir quelqu'un à qui parler... quelqu'un de son milieu, ou presque. De qui elle pouvait se plaindre de Doherty, avec qui elle pouvait se plaindre de la machine à café et avoir... juste une vie normale, être une flic normale, et oublier un instant, son père, sa mère, ce pour quoi elle se battait. Et si elle s'était d'abord montrée réservée avec sa toute nouvelle collègue, la Suédoise avait fini par baisser sa garde.

Preuve en était sa présence au port de plaisance de Leith, un endroit qu'elle fréquentait peu, à part pour un éventuel jogging lorsqu'elle était motivée à courir plus que ses quarante cing minutes tri-hebdomadaires. Elle avait accepté une invitation d'Alexis à découvrir l'Arche vue d'en haut... et à rencontrer sa compagne. Sigrid était un peu nerveuse, elle se l'avouait. Rencontrer des nouvelles personnes n'était pas son point fort, vu sa solitude relative malgré les trois années passées à Edimbourg. Mais pour une fois, elle s'était dit qu'il fallait changer ses habitudes. Accepter les gens, autour d'elle. Essayer, au moins. Alors elle avait dit oui.

Et la voilà, en bottes plates et robe pull, son cuir passé par dessus le tout, cherchant des yeux la pilote, et sa voix des oreilles. Cela ne tarda pas : la main d'Alexis s'agitait en l'air, pour signaler leur présence. Sigrid prit une inspiration, ferma les yeux et accrocha un sourire léger à ses lèvres. C'était le moment de se sentir sociable. Elle s'approcha du jeune couple et serra de bon coeur la main d'Amelia Caine lorsqu'elle lui fut présentée. Elle fit cependant une grimace et, rangeant une mèche de cheveux en veilleité de fuite derrière son oreille, minimisa :


- Alexis exagère. Tout ce que j'ai réussi à faire, pour le moment, c'est me faire ouvrir le crâne par un collègue. Mais enchantée de te connaître aussi.

Si Amelia avait ouvert avec un vouvoiement, Sigrid enchaîna avec un "tu" qui sonnait plus juste à ses oreilles. Quant à savoir s'il serait accepté, c'était une autre histoire. Son regard pâle dériva sur le bateau, qu'elle admira quelques secondes en silence.

- C'est marrant, quand tu parlais d'Ermintrude, je m'attendais plutôt à une vache. Vague souvenir d'enfance, peu importe.

Elle se souvenait de se dessins animé, vieillot, en mauvaise qualité, dont elle avait des enregistrements, enfant. Mais comme toute chose liée à son enfance, ce souvenir venait avec son gang d'amis : Violence, Alcool, Insultes et Beugleries. De tristes compères. Alors Sigrid laissa sa mémoire plantée là et se concentra de nouveaux sur ses vis à vis.

- Pilote et Lieutenant. Vous savez quoi, mesdemoiselles? Je vous envie, l'une comme l'autre.

Elle tapota le bord de ses lunettes d'un air entendu, avant de laisser un sourire éclore sur ses lèvres:

- Permission de monter à bord?
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Lun 3 Avr 2017 - 11:45
« Ah ça, c'est quelque chose que je connais. Un camarade de promotion m'a démis l'épaule lors de mon premier mois en tant que cadette ; il avait de sacrés problèmes d'ego, mais je lui ai démis bien plus en retour. Au sein de la flotte, le respect ne se gagne pas facilement, mais il dure. Et mieux vaut régler ce genre de soucis rapidement. Ceci dit, je ne compte plus non plus les accidents d'entrainement, ou ceux à bord: dans des coursives étriquées, on a vite fait de se blesser par mégarde entre nous quand on n'a pas encore l'habitude. Qu'est-ce qui a poussé ton collègue à t'ouvrir le crâne, du coup?»

Amelia n'était pas quelqu'un de belliqueux par nature, ne serait-ce que parce que ses angoisses prenaient souvent le pas sur le reste. Elle ne se laissait pas pour autant marcher sur les pieds, et s'il en fallait beaucoup pour la pousser conflit, elle s'y dédiait avec autant d'ardeur que partout ailleurs. Quand elle commençait quelque chose, elle le faisait aussi bien que possible, et jusqu'au bout. Elle n'était pas du genre à laisser quoi que ce soit en suspend.

« C'est marrant que tu dises ça. » intervint Lexy. « Ermintrude, c'était le nom d'une chouette, dans un petit zoo de New Victoria. Il était dans le quartier où j'ai grandi, et c'est en la voyant voler dans la serre que j'ai su que je serai pilote. Ce qu'il y a de bien dans mon domaine, c'est que je me fais rarement ouvrir le crâne. Ou démettre quoi que ce soit. Je sais pas vous, mais je trouve ça plutôt agréable. » Mettant un pied sur la passerelle, elle déposa un léger baiser sur la joue du lieutenant. « C'est quand vous voulez. »

« On arrive. » Amelia sourit, amusée par la simagrée de Sigrid ; elle l'appréciait déjà. Elle se redressa, se lançant dans un garde-à-vous exagéré : « Permission de monter à bord accordée ! »

Elle invita leur invitée à les suivre, puis actionna la commande qui repliait la passerelle. Elles purent alors s'engager dans la coursive qui menait à l'intérieur, jusqu'au poste de pilotage. Surélevé, il permettait d'avoir une belle vue sur les environs grâce à sa grande baie vitrée. Les commandes étaient aussi perfectionnées que possible, à l'image du reste de l'aéronef. La technologie était non seulement à la pointe, mais elle la dépassait de quelques longueurs grâce aux avancements fournis par Arkadia. La pilote se tenait déjà à son poste, faisant courir ses doigts sur les appareils avec l'habileté de l'expérience. Plusieurs voyants s'allumèrent, et elle jeta un œil aux écrans pour s'assurer des conditions. Les moteurs se mirent à ronronner, et le sol se mit à vibrer doucement sous les pieds des passagères.

« L'Ermintrude est parée au départ, identification Z-008, Alexis Stone. » Elle avait enclenché la radio, signalant son départ aux autorités portuaires de Leith.

« Bien reçu Ermintrude. Le port vous donne le feu vert, bon vol. »


Doucement, presque sans qu'on le réalise, le yacht s'éloignait de la jetée...et bascula dans la vide. Poussant les moteurs, Lexy ajusta la descente, attendant les conditions idéales, et fit s'élever le vaisseau jusqu'à ce qu'il file au-dessus du bord de l'Arche. Elle maintenait une vitesse de croisière, le temps de s'assurer des performances.

« Oh, être lieutenant n'est pas aussi glamour qu'on pourrait le croire, tu sais. Le poids des responsabilités, tout un équipage à gérer... Ce n'est pas évident. Grisant, certes, mais tout peut basculer tellement vite. Même si, au fond, je ne changerais ma vie pour rien au monde. Je t'envie aussi, ceci dit. Scotland Yard est une carrière honorable ; faire régner l'ordre, la justice, protéger ceux qui en ont le plus besoin... Cela demande une grande force, et ça ne doit pas être facile tous les jours. »

Amelia était aussi passée naturellement au tutoiement, se sentait à l'aise avec Sigrid. Elle était heureuse que la policière ait accepté leur invitation, et de l'avoir enfin rencontrée.
Solaris
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Mer 12 Avr 2017 - 21:13
Lorsque son jeu de mot nautique fut jugé acceptable et accepté, Sigrid suivit Amélia sur la passerelle qui menait sur le pont de la nommée Ermintrude, presque naturellement, et lui répondit avec un petit sourire:

- Une épaule démise, dans le genre, c'est pas rien non plus. Je suppose qu'on a pas choisi les univers ou c'est le plus simple pour une femme de s'imposer.

Elle haussa les épaules. Débarquer dans un univers d'hommes, ça laissait plus de place au changement. Et voir l'air blasé, dépité ou mécontent de ceux dont elle bousculerait les habitudes, avait un petit côté réjouissant. Sigrid avait tendance à défoncer les préjugés et les piétiner sans même un regard, quitte à se cogner au passage. Un bulldozer à idées préconçues. Elle reprit, avec juste ce qu'il faut de lassitude dans la voix pour que ce soit comique.

- Il trouve que conduire une voiture en regardant la route, c'est pour les faibles. Conduire avec 3 heures de sommeil et 5L de café, en fermant les yeux, c'est vachement plus drôle.

Doherty avait eu la décence de s'excuser, et de paraître sincère. Mais peu importait, celle qu'il appelait encore Ikea ne l'avait pas loupé, lorsqu'elle avait été le voir sur son lit d'hôpital. Il s'était pris un savon, et peu importait le fait qu'elle ne soit à Scotland Yard que depuis quelques semaines et encore considéré comme la petite nouvelle. Quand Sigrid avait des choses à dire, elle les disait, et sur ce coup-là, elle l'avait trouvé foncièrement con, et ne s'était pas privé pour le lui dire. En apportant tout de même la carte de rétablissement des collègues et un bouquet de fleur. Elle ne lui en voulait pas, pas vraiment. Elle lui avait fait comprendre qu'il avait merdé et qu'à l'avenir, s'ils travaillaient ensemble, il faudrait qu'il mette de côté son machiste et accepte de la laisser s'occuper de certaines choses. S'il pouvait arrêter d'être orgueilleux et être d'accord avec le fait que Sigrid conduise mieux que lui et soit capable de porter une arme, peut-être qu'ils pourraient fonctionner correctement. Peut-être. A condition qu'il oublie son humour à la con.

- Je m'en suis sortie avec quelques points de sutures, les cervicales en vrac et une entorse au poignet. Que dalle, quoi. Il a eut moins de chance, et encore, je me suis pas vengée...

Son sourire s'élargit, se faisant presque machiavélique. Un air qu'elle se donnait. Bien sûr qu'elle n'allait pas le ligoter et l'abandonner sur les rails du métro. Le fait qu'elle en ait rêvé la nuit passé ne voulait absolument rien dire.

Les deux femmes rejoignirent la pilote, à qui Sigrid lança d'une voix défaitiste:

- Tu sais qu'ils m'ont collé partenaire de Doherty? Soi-disant que ça nous ferait du bien à tous les deux de nous confronter à notre nemesis... Puis quant à te faire ouvrir le crâne... méfie toi, t'as pas encore bossé avec moi. Sait-on jamais, des fois que je te fasse prendre un chasse un cambrioleur en train de s'échapper.

Un air de parfaite innocence se peignit sur le visage régulier de la Scandinave. Il lui était facile d'être à l'aise avec Lexy, et manifestement, la présence d'Amelia ne lui posait aucun soucis : elle craignait de se renfermer sur elle-même en présence d'une inconnue, mais manifestement, il est toujours possible de se surprendre soi-même...

La rouquine rebondit sur le précédent sujet:


- Je suis jamais allée à New Victoria. Ni au zoo, d'ailleurs. C'est comment? New Victoria, je veux dire, le zoo, je me fais une idée assez précise.

La flic ne regardait plus ses interlocutrices, absorbée par la vue qu'elle avait du poste de pilotage, et qui réveillait tous ses rêves d'enfant, quand elle dessinait des VAP et s'imaginait pilote de chasse, vivant d'incroyables aventures. Sa vision périphérique lui permettait de voir les doigts de Lexy pianoter sur les différents boutons et leviers nécessaire à la bonne marche du yacht, presque aussi nettement que si elle l'avait en face d'elle. Elle admira sa dextérité en silence, se taisant le temps que la manœuvre de départ soit terminée. Le cœur de Sigrid se mit à battre autant d'appréhension que d'excitation, lorsque le véhicule bascula dans le vide. Une bonne peur : elle faisait confiance à sa camarade pour maîtriser la situation.

Et très vite, la vue fut encore plus belle. La Scandinave essayait de tout embrasser du regard : son pouvoir l'y aidait pas mal... Elle finit par se détacher de la baie vitrée pour poser de nouveau ses yeux sur la compagne de Lexy, à qui elle sourit, doucement. Les évènements auxquels elle avait été mêlés avait été relayés par la presse. Honnêtement, la rouquine ne savait pas comment elle-même aurait géré une situation aussi stressante ramenée à son champ d'expertise. Une prise d'otage par exemple. Elle n'en avait que plus de respect pour Amelia.

Lorsque le sujet revint à Scotland Yard, elle balaya le sujet d'une main désinvolte.


- Oh, je suis flic pour la paie, uniquement. Avec les pots-de-vins, il y a moyen de se faire un petit paquet de pognon.

Son sérieux était à toute épreuve... jusqu'à ce qu'il se brise d'un sourire en coin, légèrement espiègle. Le second degré, son humour favori. Il lui permettait aussi de changer de sujet sans trop de soucis, et d'éviter la question de ce qui l'avait poussé à entrer dans la police.

- Mais toi, tu es dans l'armée depuis longtemps? C'est quelque chose que tu as toujours voulu faire?
Red
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Jeu 20 Avr 2017 - 11:29
« Du moment que ce n'est qu'une épaule. » dit Amelia en haussant les siennes. « Il y a toujours pire. Mais je dois avouer que jusqu'ici, j'ai eu de la chance : je suis rarement tombée sur d'autres militaires qui estimaient que mon sexe était un problème. Idéalement, dès qu'on porte l'uniforme de la flotte, on est de son bord avant tout. En réalité, ce n'est pas toujours aussi simple...mais l'essentiel du temps, ça marche. Quand on se retrouve coincés dans les coursives exiguës d'un aéronef, et que la survie de tous en situation de combat dépend des actes de chacun, la confiance devient rapidement nécessaire. C'est différent dans la police ? »

Amelia ne se voilait pas la face : le chemin pour une égalité réelle et globale était encore long, et ardu. Il y avait encore bien des injustices à corriger, des plus flagrantes au sexisme ordinaire, et elle estimait qu'il s'agissait de son devoir en tant qu'officier et en tant que femme de faire sa part. Pour elle, cela consistait à représenter au mieux les valeurs de son uniforme, de prouver qu'elle en était aussi capable que n'importe quelle personne décidée et dévouée. Que seuls importaient les compétences et le sens du devoir, plutôt que le genre, l'origine ou la naissance. C'était ce qui l'apaisait, de se dire qu'elle pouvait contribuer ainsi à l'idéal de la flotte qu'elle portait en elle.

« Je ne comprendrai jamais à quel point autant de gens peuvent aimer le café ; j'ai toujours carburé au thé. Espérons au moins que ton partenaire aura appris sa leçon. Il y a des règles qui sont faites pour être respectées en toute circonstance ou presque. Comme ouvrir les yeux lorsqu'on conduit. Comme je l'ai déjà répété à une certaine personne... »

« Hey ! » protesta Lexy. « Je ne l'ai fait qu'une fois avec toi ! Ou deux. »

« Seulement deux ? »


« C'est pour m'assurer que tu continues d'être éblouie par mes formidables compétences. »

« Ce n'est pas une raison. »

L'échange, plus tendre qu'agacé, laissait entendre la réelle complicité qui liait les deux femmes. Elles se sentaient parfaitement à l'aise ensemble, complémentaires : Amelia l'angoissée, à cheval sur le règlement, et Alexis l'esprit libre, agissant à l'instinct. Elles révélaient le meilleur chez l'autre, tout en tempérant leur caractère respectif.

« Doherty, sérieux ? Tu parles d'un assemblage... Ils ont parfois des drôles d'idée, au commandement. Enfin, peut-être que tu arriveras à lui enfoncer un peu de plomb dans la tête, s'il ne fracasse pas la tienne avant. Je serais toi, je garderais le volant à partir de maintenant ; je ne confierais pas un tricycle à ce type... Au moins, avec moi, je peux t'assurer que si on doit s'ouvrir ou se briser quoi que ce soit, ce sera avec une classe folle ! »

« J'aimerais autant éviter... » sourit Amelia, faussement réprobatrice. L'enthousiasme de sa compagne était contagieux, ce dont elle s'était aperçue plus d'une fois à ses dépends. Lexy n'avait pas son pareil pour la convaincre de prendre des risques, elle qui calculait la plupart de ses actions sous toutes les coutures avant de prendre une décision. Parfois trop, elle s'en était rendue compte lors du combat contre les pirates. Il lui fallait apprendre à agir plus vite, à réagir organiquement lorsque c'était nécessaire, à trouver l'équilibre entre sa raison et son instinct. Des vies dépendraient d'elle, lorsqu'elle commanderait son bâtiment.

« C'est plutôt sympa. » répondit Lexy, sans quitter ses instruments des yeux, surveillant le moindre relevé de performance pour s'assurer de la bonne marche du yacht lors de son premier véritable vol. « C'est une ville avant tout, mais dans le genre grande. Tentaculaire. Une forêt d'immeubles de pierre, de verre et d'acier, où l'ancien se mêle au nouveau. Et beaucoup d'espaces verts aménagés, pour qu'on se sent un peu respirer. Et des gens partout dans la rue, le bruit constant de la circulation, l'agitation frénétique... A côté, Édimbourg fait pour moi office de bourgade tranquille. Ce qui est plutôt agréable, même si l'excitation de la grande ville me manque parfois. On va essayer d'y retourner cet été avec Amy ; pour voir la famille, et retrouver le meilleur stand de hot-dogs de la ville. »

« J'accuse New Victoria d'avoir fait de toi une telle casse-cou. Mais en même temps, je peux difficilement lui en vouloir... Et toi, Sigrid, comment est l'arche suédoise ? Je connais mal la Scandinavie... Tu te plais à Édimbourg ? »


Tandis qu'elles parlaient, Amelia ne se lassait pas de contempler le paysage qui défilait sous le vaisseau. Elle ne pouvait imaginer le jour où une telle merveille ne lui ferait plus rien. Voler, elle l'avait dans le sang. D'une autre manière que Lexy, qui avait besoin de le vivre en étant aux commandes, mais toute aussi forte. Il y avait dans les airs une liberté qui contrastait avec son besoin de contraintes, et qui l'attirait sans doute pour cette raison ; et puis la possibilité de s'élever au-dessus du monde, de se rendre n'importe où sur le globe, comme si le sang antique de toute une lignée d'explorateurs battait dans ses veines...

« Tu touches des pots-de-vin, toi ? La chance ! Je n'ai même pas droit à un donut. »

La voix de Lexy la ramena à la conversation, de même que la question de Sigrid. Elle prit quelques instants pour y réfléchir, de manière à mieux formuler sa pensée.

« Je me suis engagée à la sortie de la Potential Home, à mes dix-huit ans. La flotte recrute sur le campus, et elle a des programmes qui permettaient de continuer des études à un niveau universitaire, tout en préparant sa carrière. Cela va faire...onze ans, maintenant. Les premières années, c'était surtout académique. Ensuite, j'ai été cadette, puis j'ai entamé ma formation d'officier dans le but de pouvoir un jour assumer mon propre commandement. C'était mon plan depuis le début. J'ai toujours été attirée par l'armée ; pas dans son sens militarises ou guerrier, mais pour son unité, son devoir de protection. Et puis j'ai toujours aimé avoir une véritable structure, la sensation de faire partie de quelque chose de plus grand que moi-même. Je crois que l'uniforme me rassure, quelque part, me permet de me garder entière. Il y a de l'ordre au sein de la hiérarchie ; et comme j'avais envie de voler, j'ai choisi la flotte. Je ne l'ai jamais regretté. »

C'était quelque chose de très clair pour Amelia, aussi n'avait-elle aucun mal à en parler. Elle s'épancha un peu plus sur la question, cependant ; elle appréciai Sigrid, avec qui elle se sentait en confiance.

« Comment c'est, la vie de policière, sur l'arche ? Cela correspond à tes attentes ? »
Solaris
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Lun 8 Mai 2017 - 1:04
La question sur la confiance dans la police laisse Sigrid interdite. Elle ne savait pas quoi répondre. Bien sûr, la confiance semblait nécessaire. Que l'on aborde la question d'un point de vue logique, ou que l'on se base sur les nombreuses fictions sur l'univers de la police... Tous ces flics, les asociaux comme les autres, tous avaient réussi, au fil du temps, à se faire apprécier de leur équipe, qui malgré leurs caractères, le soutenaient et l'épaulaient peu importe le sujet. Mais c'était de la fiction.

Dans la vraie vie, qu'en était-il?

La rouquine haussa les épaules :


- Je suppose que non. Je n'ai pas encore une grande expérience des opérations policière. La seule à laquelle j'ai pris part m'a offert une semaine de congés, une cicatrice, et ce petit accessoire seyant.

Elle agita la main droite, doucement, dont le haut était encore emprisonné dans une coque de résine qui descendait jusqu'à la moitié de son avant-bras avec une moue dépitée.


- Je ne suis diplômée que depuis un petit mois. Alors la camaraderie policière, je t'avoue, je n'ai pas encore vraiment eu l'occasion de la tester.

En réalité, Lexy était approximativement la seule avec qui elle entretenait des rapports cordiaux, voire amicaux. Les autres, elle les saluait d'un signe de tête dans les couloirs, levait les yeux au ciel lorsque les quelques camarades de classe de l'Académie qui bossaient au même endroit hurlaient joyeusement son surnom au milieu de l'open space, adressait quelques mots lorsqu'on lui demandait quelque chose, et c'était bien tout. Elle n'avait jamais su aller spontanément vers les gens. Si Alexis n'était pas venue lui parler, nulle doute que la Scandinave passerait encore sa pause café toute seule, le nez plongé dans une autobiographie de Fritz Lang.

Elle eut un sourire, à la mention de l'éternel duel thé-café. Elle-même avait commencé le café à quatorze ans, et ne passait pas une journée sans en avoir avalé au moins une tasse. Le thé était réservé aux occasions plus calmes. Une journée pluvieuse, qu'elle passerait à lire sur le rebord de sa fenêtre, par exemple.


- Je suppose que quand on sait conduire, ne pas regarder la route, ça se tente. Surtout lorsqu'on a une demoiselle à impressionner...

Sigrid eut un moment de latence, prenant conscience de ses propres mots. Non... ça n'était tout de même pas ça, la cause de cet accident stupide? Il n'avait tout de même pas voulu la séduire en jouant les trompes-la-mort..? Elle secoua la tête. Non. Doherty était simplement un crétin. Elle s'en tiendrait à ça. L'alternative ne la tentait pas des masses. Les yeux pâles de la flic revinrent à la réalité, où elle observa les deux jeunes femmes se chamailler avec plus d'affection que d'exaspération. Elle s'abstint de tout commentaire. A vrai dire, elle s'abstint même de penser à quoi que ce soit, et sauta sur le changement de sujet, en levant les yeux au ciel:

- Doherty est un crétin macho. Je l'ai prévenu que je ne montais plus en voiture s'il était au volant, de toute manière. Et je suppose qu'il va falloir que je lui prouve que je tire mieux que lui si je veux éviter un commentaire sexiste à chaque fois que je sors mon arme - et un avertissement pour lui avoir flanqué mon poings dans la mâchoire.

Elle grommelais, peu satisfaite de cet état des choses. Enfin, avec un peu de chance, Doherty ne reprendrait pas du service avant quelques semaines, vu sa fracture au bras. Ça laissait le temps au commandement de décider qu'elle pouvait être utile à autre chose qu'à arrêter les manifestants aeoliens, et de la mettre sur une vraie affaire, avec un partenaire digne de ce nom.

Ecoutant par la suite Lexy parler de New Victoria, Sigrid ne put s'empêcher d'acquiescer. Edimbourg faisait effectivement petite ville, même comparé à l'Arche Scandinave, probablement moins gigantesque que les Arches américaines. Mais c'était au moins un lieu où l'on ne vendait pas du rêve à la pelle, en cachant la misère et les drames quotidiens derrière des panneaux publicitaire montrant une famille de tête blondes heureuse à en étouffer.


- Stockholm, c'est... un bel endroit. Des espaces verts partout, des statistiques économiques à tomber en pâmoison. Des beaux paysages, un beau mode de vie, bonne bouffe, authenticité, valeurs, traditions.

Un relent d'amertume pouvait être entendu dans ses propos, résumé de brochure touristiques.

- C'est juste un peu épuisant de devoir être aussi heureux au quotidien. Je préfère Edimbourg. Au moins, on a le droit de faire la gueule.

Elle rit, doucement. Jaune. Et se perdit de nouveau dans la magnificence du paysage environnant, avant de réagir, tout comme Amelia manifestement, à la protestation de sa camarade.

- Si c'est les donuts qui te manquent, je t'en apporterais lundi, promis. Y'a un diner près de chez moi qui en fait des vachement bons. Le seul problème, c'est qu'il est sur mon itinéraire de jogging, et que je dois me faire violence pour pas ruiner mes efforts en en achetant un sur le retour.

La Suédoise écouta ensuite Amelia parler de son parcours, hochant de temps à autre du chef.

- Et la police t'as jamais tenté? C'est probablement moins cadré, ceci dit. J'admire le fait de se sentir une vocation. Je n'ai jamais eu cette sensation, personnellement. Policière, je le suis devenue sur un... coup de tête. Je voulais aider les gens.

Ça n'était qu'un tout petit mensonge. Une omission, en réalité. Rien de bien grave. Pourquoi s'étendre sur sa vie privée, après tout? En dire un peu impliquait qu'elle en dise plus, plus, toujours plus. Autant se taire.

- Comme je t'ai dit, je ne sais pas encore grand chose. Mais j'aime la personne que je suis devenue. La rigueur, l'exercice... Faire l'Académie de Police a dévoilé une partie de moi que je ne soupçonnais pas. Je me demandais même si j'irais jusqu'au bout.

La rouquine fit une grimace, entre la moue comique et le froncement de nez dubitatif.


- Je me suis surprise moi-même, et c'est déjà beaucoup. Quand à la vie de flic... j'espère qu'elle correspondra à mes attentes. On verra bien.

Elle sourit à demie, haussant les épaules à demie, réagissant à demie. Puis relança, sur un sujet tout autre:


- Tu parlais de la Potential Home. J'en ai entendu parler un peu, mais... ça fonctionne comment? C'est une école, non? y'a des cours spéciaux? Ça t'a aidé, pour ton pouvoir? Je veux dire, à comprendre comment il fonctionne, et...

Sigrid se mordit la lèvre inférieure.

- Désolée, je suis pas très... je ne sais pas si c'est... quelque chose dont on peut parler, les dons? J'ai cru comprendre que c'était un sujet... délicat.

Le dernier mot se perdit quelques part entre sa gorge et ses lèvres, sous le coup d'une gêne venue d'on ne sait où. On lui avait dit qu'avec les pros-dons et ceux qui étaient contre, le sujet des dons pouvait être sensible. Elle s'en voulait d'avoir peut-être mis les pieds dans le plats. Juste quand elle commençait à se dire que finalement, interagir avec le genre humain n'était pas si compliqué, ni si déplaisant.
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Mer 17 Mai 2017 - 11:27
Amelia ne s'était jamais demandé si elle pouvait réellement compter sur ses camarades au sein de la flotte. Pour elle, il était simplement impensable d'envisager la chose autrement : ils comptaient sur elle, elle comptait sur eux. Ce qui ne voulait pas forcément dire que tout le monde s'appréciait, mais cela n'entrait pas vraiment en ligne de compte, du moins dans la manière dont elle voyait les choses. L'uniforme avait cela de pratique qu'il mettait tout le monde dans le même bateau ou, dans le cas présent, le même aéronef. Peut-être plus qu'une plaque, il était fédérateur d'un certain esprit de corps. Ce que Amelia avait toujours cherché, à la recherche d'un réel sentiment d'appartenance à quelque chose de plus grand quel. Là où l'esprit, le genre ou l'origine n'importaient plus du moment que l'on faisait ses preuves. Et jusqu'ici, elle n'avait pas connu de quoi briser cette conviction. La vie n'était pas toujours rose au sein de l'armée, mais elle était globalement juste. Elle ne niait pas non plus avoir eu de la chance, mais elle luttait chaque jour pour que son privilège ne soit pas une exception.

« Sacré baptême. Tu vises l'autre bras pour la prochaine fois ? » Amelia laissa échapper un sourire. Pas étonnant que Lexy et Sigrid se soient entendues. Deux casse-cou qui se retrouvaient au sein de la police, voilà qui promettait des opérations...intéressantes. « Tu as encore le temps de voir venir. Le truc, c'est qu'on est pas obligé de s'entendre avec ses collègues, du moment qu'on peut leur faire confiance ; c'est comme ça dans la flotte, en tout cas. J'espère que tu auras l'occasion de vivre ça avant d'être à court de membres. Évite de monter avec Lexy, et tout devrait bien se passer. »

« Hey ! » réagit une Alexis depuis son poste de pilotage, faussement offensée. « Aucun agent ne s'est cassé quoi que ce soit dans mon véhicule ! » Puis, après une brève pause. « Ou alors ils se sont jetés eux-mêmes contre les cloisons. »

« Ce qui m'a le plus impressionné en tant que demoiselle, c'est l'effort conscient que tu as fait de regarder la route, et de te contenter d'un seul looping pour la forme. »

« Tu aimes mes loopings. »

« Coupable. »

« Peut-être que je devrais emmener Doherty faire un tour, un jour. On ne sait jamais, un accident est si vite arrivé. Je ne voudrais pas que tu t'esquintes la main. Et puis les amis c'est fait pour ça, faut bien se rendre service. »

Les deux compagnes écoutèrent avec intérêt leur nouvelle amie parler de Stockholm, même si elle ne s'épancha pas sur le sujet. Peut-être que cette ville ne lui rappelait pas de très bons souvenirs, elle ne s'était jamais vraiment livrée à Lexy sur la question. Amelia était simplement curieuse à l'idée de découvrir de nouveaux endroits, de nouvelles arches. Avec de la chance, son service lui permettrait de continuer à découvrir de nouveaux horizons. Mais aussi loin qu'elle vole, elle avait le sentiment qu'elle reviendrait toujours chez elle, à Édimbourg. C'était sa maison, là où elle avait grandi, son point de chute. C'était plus facile de partir lorsqu'on avait un endroit où revenir. Encore aujourd'hui, elle ne se lassait pas de la découvrir du ciel, tandis que le yacht s'élevait paresseusement au-dessus des anciens bâtiments de pierre qui se mêlaient aux constructions plus modernes.

« Ah ça, on sait très bien faire la gueule ici, si on veut. On a souvent le temps pour, faut dire. Y en a même qui sont nés pour ça : regarde Doherty. Et je ne dis pas non pour les donuts ; si tu veux, je peux manger les tiens aussi. Pour sauver ton jogging. »

« J'y ai songé, oui. » répondit Amelia sur le sujet de la police. « Mais ma mère était dans la flotte active, avant son accident, alors on peut dire que j'ai suivi ses traces. Et puis la possibilité de voler à bord d'un aéronef, de parcourir le monde... Je crois que ça a été l'élément déterminent entre toutes les carrières privilégiant la structure et l'ordre. Je me sens à ma place. Et si tu ressens ça pour la police, j'en suis heureuse. Se sentir à sa place, c'est important. C'est comme ça qu'on peut réellement faire une différence. Pour soi...et pour les autres. »

Elle venait de la rencontrer, mais le lieutenant appréciait déjà beaucoup Sigrid, avec qui elle se sentait une certaine affinité, du moins dans leur désir d'appartenir à quelque chose de plus grand qui leur permettrait d'aider ceux qui en avaient besoin. Chacune à leur manière.

« C'est principalement une école, oui. Elle ne diffère pas vraiment des autres en ce qui concerne l'éducation de base ; elle est plus poussée sur pas mal de domaines, peut-être. Concernant les prodiges, elles nous aide surtout à comprendre nos pouvoirs, à les maîtriser pour garder le contrôle. Personne ne sait encore vraiment comment ils marchent, ni quelle est leur véritable nature, mais c'est important d'avoir un environnement où on peut se sentir à l'aise, accepté. Les professeurs connaissent leur affaire, même si la plupart sont un peu excentriques. Et puis sans la PH, je n'aurais sans doute pas approché ma carrière actuelle avec le même aplomb...et je n'aurais jamais rencontré Lexy. »

« C'est une chouette école. De très bons placards à balai, c'est important pour une éducation saine et complète, les placards à balai. »

Amelia leva les yeux au ciel, décidant de ne pas relever, avant de continuer : « Cela dépend des gens. Il y a des prodiges qui n'aiment pas parler de leurs pouvoirs, ou des non-prodiges qui y réagissent mal, ou ne savent pas trop comment réagir tout court. Je n'ai pas de problèmes à en parler, cela fait partie de moi. C'est quelque chose que l'école m'a appris à accepter. Et à contrôler. »

Saisie d'une impulsion, elle se concentra pour appeler à elle l'énergie emmagasinée au grand air, et sa peau se mit à irradier d'une lueur dorée, faisant miroiter l'air tout autour d'elle. Elle augmenta petit à petit l'intensité, jusqu'à faire plisser les yeux si on la regardait directement puis, doucement, elle laissa l'énergie s'échapper jusqu'à ce que la lumière s'éteigne pour de bon.

« Au début, ce n'était pas facile. Quand on a douze ans, qu'on est déjà une angoissée de la vie, et qu'on n'est pas sûre de soi, se mettre à briller devant tout le monde n'est pas très agréable. Et toutes les réactions ne sont pas bonnes. Mais mes parents l'ont accepté tout de suite, et la PH m'a permis de le considérer comme un don. Une partie de moi, plutôt qu'une tare. »

« Mon don est moins voyant. » ajouta Lexy. « C'est difficile à expliquer... C'est comme une sorte de prescience qui se déclenche à la micro-seconde, ce qui me permet de booster mes réflexes et d'agir à l'instinct. Ce qui aide pas mal pour le pilotage. »

« Comment on considère les prodiges, d'où tu viens ? Et...tu n'es pas obligée de répondre, bien sûr, mais...est-ce que tu as un don ? »
Solaris
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Jeu 29 Juin 2017 - 1:47
Sigrid eut un léger rire:

- J'aurais préféré l'autre bras. Je serais pas obligée de coincer un stylo entre deux doigts pour réussir à écrire comme quand j'avais quatre ans.

Le Dr Emerson avait été formel. Au moins trois semaine. Elle n'en était qu'à deux et déjà, elle devenait folle. Avoir du mal ne serait-ce qu'à retirer son manteau le matin était très frustrant, et Ikea avait un caractère tout à fait accomodant, qui faisait qu'elle refusait de demander de l'aide, et pire, qu'elle envoyait paître tous ceux qui essayaient de lui en apporter une. Et elle était présentement incapable de s'entraîner au tir, ni même, bien plus simple, de frapper dans un punching-ball pour évacuer ce trop-plein de sentiments et d'émotions négatives. Heureusement qu'il lui restait le jogging...

L'échange entre les deux compagnes la fit sourire, rien qu'un peu, et elle acquiesça avec une grimace.


- Arrange-toi pour me le clouer à l'hosto pendant trois mois alors, moins je vois sa tête, mieux je me porte.

A vrai dire, ce qui lui permettait de gérer la décision de la hiérarchie avec une certaine philosophie, c'était le fait que son binôme n'était pas encore prêt de revenir bosser. Il avait passé quelques jours à l'hôpital et se reposait actuellement chez lui, avec une bimbo ou une bière. Au fond, Doherty était peut-être un gars bien. Peut-être. Mais ce qu'elle en avait vu lui donnait plus l'envie de foncer droit dans un mur que de le fréquenter plus avant.

- Deal. Me blâme pas si tu deviens accro et que tu es obligée de venir t'entraîner avec moi, après. Je plaide non coupable.

La jeune femme haussa les mains, paumes en avant, en signe de reddition. Elle reprit pour Amelia :

- Je ne dis pas que je vais pas regretter l'hôpital. Mais je pense que la Police... me corresponds mieux. A l'hosto, tu arrives toujours après, et souvent, bien trop tard.

La phrase était prononcée avec une pointe d'amertume, qui se dissipa bien vite lorsque le sujet bifurqua vers la Potential Home, ce lieu qui intriguait la rouquine au plus haut point. Avoir une école affichée "pour les prodiges", ça devait être quelque chose. A Stockholm, elle n'avait pas connaissance d'une telle institution. Il y en avait probablement une : l'Arche Scandinave n'aurait pour rien au monde brisé son image de paradis flottant en étant anti-prodiges. L'acceptation, ça fait bien sur les affiches. La tolérance est une bonne propagande... Mais Sigrid n'avait jamais eut besoin d'une école de prodiges, jusqu'à ce qu'elle arrive à Edimbourg, aussi n'était-elle pas très renseignée. Elle eut un sourire à la mention des placard à balais faite par son amie.

- Vous vous êtes rencontrées à l'école, alors? Ça fait longtemps?

Une curiosité authentique. Sigrid n'avait pas une expérience très exhaustive concernant l'amour, mais son caractère cynique lui faisait douter de l'existence même du grand amour, et de la pérennité des couples qui se formaient de toute manière. N'étaient-ils pas tous voués à se haïr, au fil du temps? Il était bon parfois qu'on lui agite sous le nez la preuve qu'elle se trompait. Et Lexy et Amélia semblaient être cette preuve. La Suédoise l'espérait de tout cœur pour elles, en tous les cas.

La démonstration du pouvoir d'Amélia la laisse admirative. La lumière qui l'auréolait lui conférait une beauté irréelle. Puis, terre-à-terre aussitôt, la flic en elle se surprit à penser qu'il ne valait mieux pas que les aéoliens mettent la main sur ce genre de Prodiges, qu'ils auraient probablement vite fait de taxer d'ange ou de prophètes...

Elle hocha la tête, une nouvelle fois, avant de répondre.


- Sur l'Arche Scandinave, on prône la tolérance. Les Prodiges sont bienvenus, accueillis à bras ouverts, en fait. Sur le papier. J'ignore ce qu'il en est en vrai. J'avoue ne pas m'être posée la question avant. J'ai... quelque chose. J'ignore si c'est un don, ou une mutation génétique rare, en fait... ni si je l'ai toujours eu.

La rouquine fait une grimace, consciente de son ignorance.

- Le médecin de l'Académie a découvert ça pendant un test d'aptitude de combat. J'ai la vision périphérique d'un animal plutôt que d'un être humain. Du coup... je vois les choses, les gens, avant les gens qui m'entourent. Du coup... j'ai plutôt de bons réflexes, et il est difficile de me prendre par surprise. Sans dire que j'ai des yeux derrière la tête... On en est pas si loin.

Chaque jour, Sigrid explorait les limites de son don, et se rendait compte, au-delà de toute logique anatomique, qu'en travaillait, celui-ci s'améliorait. Elle avait l'impression de voir plus loin, de jour en jour, et explorait curieusement pour savoir s'il n'y avait que sa vision périphérique qui était touchée.

- Découvrir ça à Edimbourg et à l'âge adulte m'a probablement été bénéfique. Je n'ai pas eu le temps d'avoir peur, et j'étais entourée de gens qui pouvaient m'aider. Et comme c'est facile à cacher, en plus... J'ai eu de la chance.

La rouquine était consciente que ce n'était pas le cas de tout le monde.

- Les anti-Prodiges sont virulents ici? Je n'en ai pas eu l'impression, mais j'ai pas mal de documentation à rattrapper, si je veux être à jour sur l'histoire policière d'Edimbourg.
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Lun 10 Juil 2017 - 10:44
« Je me suis cassé le bras, quand j'avais treize ans, en grimpant dans un des arbres du jardin. Ce n'est vraiment pas pratique, on se sent diminué. » Amelia n'aimait pas perdre le contrôle ; elle avait toujours besoin d'être maîtresse de toutes ses facultés, et ce à tout moment et quoi qu'il arrive. Si elle n'était pas complète, elle n'était pas elle-même, l'équilibre était rompu et c'était la voie pour le désordre. « Ça n'a pas aidé pour le violon, mais l'archet s'est révélé très pratique pour se gratter là où il faut. »

« Pour Doherty, on peut toujours s'arranger pour le faire muter ! Je suis sûr qu'il s'amuserait beaucoup aux archives ; ce serait pire que de le clouer sur un lit d'hôpital. Et je te prendrai au mot pour les donuts. Pour le jogging je ne sais pas : pourquoi courir quand je peux voler ? »

« Il n'y a rien de pire que d'arriver trop tard. » reprit Amelia. « Un des rôles de la flotte, du moins comme je le conçois, se doit avant tout d'être un rôle de prévention. Si par notre seule existence, on peut dissuader quelques personnes de faire ce qu'il ne faut pas, c'est déjà ça. Pour le reste, on se doit de faire de notre mieux. Beaucoup associent l'armée à quelque chose de belliqueux ; pour moi, on est là pour évier d'en arriver là. Lorsque c'est le cas, on a échoué, comme tout le monde. Et j'admire la police, pour la même raison, et parce que vous êtes aussi là pour aller au fond des choses, et pas seulement pour réagir. »

Si sa mère ne lui avait pas communiqué l'amour des cieux, et les valeurs de la flotte, peut-être bien qu'Amelia se serait dirigée vers les force de l'ordre. Après tout, elle y aurait aussi trouvé la structure dont elle avait besoin pour bien fonctionner, et elle aurait au service de la communauté. Ce qui la poussait d'autant plus à vouloir travailler main dans la main avec les forces de l'ordre, et à apprécier Sigrid d'autant plus.

« A l'école, oui. » rebondit joyeusement Lexy. « Deux élèves de la House Mechanics. Amy était un peu réservée, alors j'ai pris sur moi de la faire sortir un peu de sa coquille. Au début, c'était comme essayer d'ouvrir un tatou au pied de biche, mais ça a fini par payer. »

« Tu sais ce qu'il te dit, le tatou ? »

« Que je suis la meilleure ? C'est gentil de sa part, mais je le sais déjà. »

« On a fait toute notre scolarité ensemble, et on et vite devenues inséparables. Et puis j'ai rejoint la flotte, Lexy a rejoint la police, nous sommes restées amies...et il y a cinq ans, on a finalement réalisé qu'on était bien plus que ça. »

Amelia sourit tendrement à l'attention de sa compagne. Oui, elles avaient mis bien du temps à réaliser à quel point elles comptaient l'un pour l'autre, mais leur longue amitié avait permis de rendre la transition étonnamment naturelle. Sans doute parce que c'était la seule manière dont Amelia aurait pu envisager une relation durable, même si elle ne le savait pas. Avant d'être en couple, elles avaient toutes deux fréquentés d'autres personnes, mais ce n'était qu'ensemble qu'elles s'étaient vraiment retrouvées chez l'autre.

« Et toi, quelqu'un de spécial ? » Lexy était beaucoup plus volubile que sa compagne lorsqu'il s'agissait d'exprimer sa curiosité. C'était en partie ce qui lui permettait de franchir les barrières d'Amelia, par exemple. « C'est marrant, nos dons ne sont pas très éloignés... Je dispose d'une sorte de prescience, qui s'active dans des situations extrêmes. Sur quelques fractions de secondes, ce qui me donne des réflexes accrus, et une sorte de sixième sens. Ce qui est plutôt pratique pour piloter. »

« Les anti-prodiges ont toujours été présents ici, mais c'est le cas partout. Ils n'ont jamais été trop violents sur l'Arche, ni très organisés, peut-être parce que la présence de la Potential Home a aidé à rendre notre acceptation plus normale ici. Mais depuis quelque temps, ils se montrent effectivement plus virulents. Comme si quelque chose leur donnait de quoi se montrer plus hardi. Ou les organisait... Ils vous posent des problèmes, à Scoland Yard? Et il n'y a pas que les lunatiques. Certaines parties du gouvernement commencent à s'intéresser à l'école d'une manière qui n'est pas pour nous rassurer. »

Cette seule pensée avait de quoi être inquiétante. Amelia et Lexy s'étaient toujours senties en sécurité à Édimbourg. Et aujourd'hui, c'était toujours le cas, mais quelque chose dans l'air les poussait à se montrer plus prudentes.

« Accrochez-vous les filles, petite zone de turbuleeeence ! »

L'Ermintrude piqua du nez, secouée par un ensemble de vent plus violents qui se déchaînaient parfois de manière imprévisible le long des arches. Parfaitement concentrée sur le pilotage, Lexy avait néanmoins un grand sourire sur les lèvres ; la situation n'était pas dangereuse, et elle n'avait pas l'attention de la laisser dégénérer. Laissant son instinct tirer partie de son don, elle lança le yacht en avant, à la manière d'un surfer sur la vague. La vitesse grimpa jusqu'à plaquer les passagères en arrière, leur offrant la même sensation qu'un manège lancé à toute allure. Et parce qu'elle ne pouvait pas résister à un peu d'esbroufe lorsqu'elle en avait l'occasion, Lexiy plongea loin sous l'eau qui se déversait du bord de l'Arche, là où elle devenait une fine cascade, de quoi légèrement les humidifier sans pour autant les tromper, qu'elle franchit en poussant un cri de joie avant de continuer pour se retrouver sous l'Arche.

« Show off. » lança Amelia, qui se passa une main sur le front pour le sécher, sans pouvoir s'empêcher de sourire. Puis elle leva les yeux : les aéronefs de la flotte ne s'amusant pas à passer sous les arches en temps normal, ce n'était pas un spectacle qu'elle voyait toujours les jours...
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