[Clos] Art is not what you see || Charadh

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Sam 25 Fév 2017 - 18:11



« Art is not what you see, but what you make others see. »
Edgar Degas

Je n’avais plus rien à me mettre. C’était le constat auquel était arrivé mon agent, et la raison pour laquelle il m’envoyait dans une boutique de vêtements. J’avais eu beau protester, nuancer qu’il s’agissait uniquement de tenue de concert, pas de ma garde-robe en entier, aussi, il n’y avait pas besoin d’en faire tout un foin. Certes, mon seul costume assez élégant pour être utilisé lors des concerts avait rencontré une triste fin : un pan de mon veston s’était coincé dans l’étui d’une contrebasse par accident, déchirant plusieurs coutures, non seulement de ma veste, mais également de mon pantalon, lorsque j’avais tenté de me libérer. Résultat des courses : plus de costume. Mais tout de même, je n’avais pas de concert prévu avant quelques semaines, donc il n’y avait rien d’urgent.

Mais la vraie raison, c’était que je détestais faire les magasins de vêtements. Surtout que, pour le coup, je devais faire faire mon costume sur mesure. Les couturières qui devaient s’occuper de moi posaient toujours un regard empli de pitié sur mon corps maigre et décharné, comme si je mourrais de faim en permanence. Elles ne m’avaient jamais vu durant un repas, c’était certain, et le mystère de mon métabolisme restait, encore à ce jour, inexpliqué. Qu’un être qui puisse manger autant reste aussi malingre, cela défiait presque la raison. Mais cela faisait depuis longtemps que je n’y prêtais plus attention. Contrairement à la pitié qu’on pouvait me témoigner, et me mettait toujours dans un étrange état d’embarras et de colère.

Mais Adrian n’avait rien voulu entendre : il avait trouvé une charmante petite boutique, avec un charmant personnel pour s’occuper de ce travail. C’étaient ses mots, non les miens. Apparemment, c’était Dahlia Anderson qui lui avait conseillé les lieux, et si j’avais tendance à faire confiance à la jeune femme pour ce genre de choses, cela ne me rendait pas plus motivé à y aller. Mais le rendez-vous avait été pris par mon agent, et je n’avais donc d’autre choix que de m’y plier, avec tout le désespoir du monde.

Le jour J, Adrian alla même jusqu’à me larguer devant la boutique, et à rester dans le taxi devant l’enseigne jusqu’à ce que j’entre, pour être certain que je ne fuirais pas au dernier moment. Je levais les yeux au ciel –même si je devais admettre que l’idée m’avait traversé la tête, et entrais dans la boutique, en traînant des pieds.

Un léger carillon signala mon arrivée, et j’aurais souhaité qu’il ait manqué mon entrée. Ce genre de signal sonore au-dessus des portes des magasins me donnait l’impression d’être une proie que l’on signalait à tous les prédateurs. Et les vendeurs ressemblaient souvent à des prédateurs, de mon point de vue. Je sortis un papier de la poche de mon jeans, là où Adrian avait noté tout ce qu’il me fallait acheter, et le lus à voix haute, d’une voix monotone et absolument pas motivée :

"Bonjour, je m’appelle Sebastian McGregor. J’ai pris rendez-vous pour un costume, et une queue de pie. Merci de vous occuper de moi."

Je poussais un soupir, et relevai enfin le regard de mon aide-mémoire. J’avais vraiment l’impression d’être un enfant. Mais il fallait reconnaître qu’autrement, je ne serais pas venu ici.
McGrenouille
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Mar 14 Mar 2017 - 23:31



La mode doit être une forme d’échappatoire, et non une forme d’emprisonnement.”

Alexander Mc Queen





    Le taxi disparu à l'angle de la rue, quand le nouveau client termina de réciter sa réplique, devant Rachel. Cette dernière affichait un sourire polis mais ses yeux étaient plissés par de la dérision. Point de malice mais un amusement non dissimulé. En voilà un qui n'était clairement pas dans son élément. La jeune femme appliqua la stratégie conseillée par sa tutrice et se lança dans le bain de la com'.

    Bonjour Mr monsieur... ? Bienvenue ! C'est votre première visite chez nous ? Merci.

    La demoiselle passa dans le dos du jeune homme pour lui faire quitter sa veste. Elle attrapa un cintre dans la petite penderie, celle prés de l'accueil, pour l'y installer avant de ranger le tout. Elle pu ainsi examiner l'homme de plus prés et ajouta un chiffre sur la note à l'attention de la patronne.

    Un costume et une queue de pie. Mmm. Très bien ! Une costumière va venir vous voir dans un instant. En attendant, je peux vous servir une boisson. Laissez moi deviner Vous c'est le thé n'est-ce pas ?

    A l'arrière de la boutique, derrière une porte avec code, une petite équipe s'activait autour d'une commande de dernière minute. Le fil d'argent et la dentelle volait dans les recoins. Les voix piaillaient pour se donner du cœur dans l'ouvrage forcené.

    Madame Richards ? Claironna l'indienne sur le pas de la porte.

    Rachel, appelle-moi Claire s'il te plat. Qu'y a-t-il ? Lui répondit une femme blonde aux yeux verts.

    Un nouveau client Ma...Claire. Il veut un costume … et une queue de pie.

    J'arrive dans une minute. Fais le patienter.

    Charadh arriva sept minutes plus tard. D'un geste léger de la main elle chassa un fil rebelle de ses cheveux retenus par des épingles en argents, tout en souriant à l'inconnu. L'amabilité irradiait jusque dans ses prunelles claires, qui débordaient d'énergie. Claire Richards arborait une silhouette pulpeuse et ferme, malgré ses quarante ans bien passées. Une robe, sur mesure évidement, mettait en valeur ses lignes arrondies, qui avaient encore leurs petits succès sur les hommes d'âge mûre.

    Monsieur MacGregor ? Bonjour, je suis Madame Richards. C'est moi qui vais m'occuper de vous. Vous me suivez ?

    Une pièce était prévue spécifiquement pour les premiers rendez-vous. Un salon particulier qui permettait aux clients de s'exprimer en toute tranquillité quant à leurs attentes. L'augmentation constante de la clientèle posait de plus en plus de soucis de planning. Pour palier à cela Claire avait refait une demande de travaux, auprès du service de l'urbanisme de la ville. Tout le monde espérait que la réponse allait enfin être positive. Autrement la boutique devrait revoir ses objectifs à la baisse.

    Claire referma la porte et alla s'asseoir sur le sofa. Elle était lente et posée Elle relu rapidement le papier que lui avait donné l'apprentie sur le trajet. La commande était déjà bien définie. Le client devait donc avoir une idée précise de ce qu'il voulait. Une chance, cela faisait gagner du temps. Richard concentra son attention sur l'artiste. Elle préférait toujours poser les questions les plus ennuyeuses en premier. Comme ça, ils en seraient débarrassés et ils pourraient se concentrer sur l'essentiel, le travail de création.

    D'accord. Avez-vous déjà fait faire du sur mesure Monsieur MacGregor ? Nous allons plutôt sur quelle gamme ? Moyenne ? Haute ? Est-ce que vous avez un budget ?

    Le mètre était pendu autour de son cou. Mais Claire du tendre le bras pour pour atteindre le cahier dans lequel elle gardait ses fiches de mesures vierges. D'un mouvement enlevé elle indiqua les informations factuelles : date, nom, sexe, commande. Elle croisa ses jambes et utilisa son genou comme d'un appui.
Charadh
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Lun 27 Mar 2017 - 18:06
Ce fut une femme au teint ensoleillé qui m’accueillit, avec un petit sourire espiègle, et ce malgré mon manque flagrant d’envie de me trouver dans cette boutique. D’un autre côté, si elle s’était mise à tirer la tronche avec moi, je suppose que cela n’aurait pas été très… commercial, comme on dit. Avant que je puisse répondre, plus rapide que l’éclair, elle se trouva dans mon dos pour enlever ma veste. Ou me la voler, mais, au vu du contexte, je pense qu’on pouvait plutôt plancher pour la première possibilité. Cela m’embêterait beaucoup de devoir en plus me retrouver une veste.

"Euh oui, c’est la première fois que je viens ici, c’est mon agent qui a pris le rendez-vous…"

Après une légère acrobatie pour enlever mes long bras de ces manches étroites, le tout en manquant d’éborgner quelques fois la vendeuse, elle parvint victorieusement à placer l’habit sur un cintre. Toujours un peu étourdi par le retirage de la veste, puis le flot de paroles de la vendeuse, je ne pus qu’acquiescer faiblement et après quelques instants, lorsqu’elle me proposa un thé. Est-ce que c’était écrit sur mon front ? Ou peut-être avait-elle un don pour deviner les boissons que désiraient les clients. Cela pouvait être pratique. Comme tous les dons qui permettaient de comprendre les gens sans avoir à leur parler, cela ne pouvait qu’avoir un certain attrait à mes yeux.

Ma tasse en main, j’attendis donc l’arrivée de la costumière promise, laissé à moi-même dans ce monde hostile et inconnu. Enfin, de nombreux endroits correspondaient à cette description, ce n’était pas uniquement contre cette boutique. Tous les endroits où il y avait des interactions sociales me mettaient mal à l’aise. Comme souvent, pour éviter d’y penser, je m’enfermais dans mon esprit, et commençais à composer, pour passer le temps. Mes doigts tapotaient la tasse en rythme, alors que mes pensées étaient envahies de musique, de couleurs, de sensations.

L’arrivée d’une femme blonde d’une quarantaine d’année mis fin à ma composition, sans que je sache s’il s’était écoulé quelques minutes ou quelques heures. Comme une bulle de savon qui éclatait, je quittais mon monde musical pour revenir à la réalité. Je saluais néanmoins la dame, Claire Richards, avec politesse, la suivant docilement. Comme l’indienne qui m’avait accueillie, la couturière était souriante et enjouée. D’ailleurs, en y pensant, ce nom de famille ne m’était pas complètement inconnu…

Avec autant d’élégance qu’un hippopotame, je m’asseyais en face de la dame, la laissant observer un papier où devait se trouver des informations sur moi et ma commande. Lorsqu’elle reposa son regard sur moi, je me redressai légèrement, et mis toute ma concentration à essayer de lui répondre.

"Je pense, mais c’était à l’étranger… Et je crois avoir grandi depuis." Pour le reste, je ressortis mon papier, où Adrian avait inscrit d’autres informations, notamment le prix à disposition. Plusieurs milliers de dollars, car, disait-il, il ne fallait pas lésiner sur les costumes. Il trouverait les mécènes pour le financer, je n’en doutais pas. Je tendis le papier à la couturière, me grattant la tête dans un geste un peu embarrassé. J’avais l’impression d’être un touriste dans un pays où il ne parle pas la langue qui doit donner une adresse à un indigène pour se repérer. "Je n’y connais vraiment rien, désolé… Le mieux que l’on peut avoir avec ce prix, de résistant ? Je dois pouvoir faire des gestes amples et larges, surtout pour la queue de pie. C’est pour des concerts…"

Je fronçais légèrement les sourcils, essayant de trouver d’autres informations à lui donner. Mais rien ne me venait.
McGrenouille
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Dim 2 Avr 2017 - 18:38
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La mode doit être une forme d’échappatoire, et non une forme d’emprisonnement.”

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    Madame Richards sourit montrant ainsi qu'elle comprenait la situation. D’ailleurs, elle se rendait bien compte que son client n'était pas à l'aise. Il dégageait tous les signaux. Claire adopta donc un comportement encore plus bienveillant qu'elle n'en avait l'habitude. Un commerçant devait souvent s'adapter de cette façon. Les individus étaient si différents les uns des autres que c'était inévitable.

    D'accord, nous allons reprendre les bases.

    L'homme entreprit de présenter sa démarche. Ce fut quand il parla de concert que Claire eu une lueur d'esprit. Elle faisait enfin le lien entre les éléments. Le musicien n'avait pas prit le rendez-vous. Voilà pourquoi il lui avait fallu un temps pour comprendre, d'où lui venait l'impression de familiarité. Ils s'étaient déjà rencontré. Mais le contexte était complètement différent.

    Mais oui ! Je me disais bien que j'avais déjà entendu votre nom. C'est vous qui avez accompagné Aurore au concert de l'école, n'est-ce pas ? Et votre solo... J'en ai encore des frissons !!

    Le souvenir de la journée des portes ouvertes de la Potentiel Home tirait un sourire à la fileuse. Elle avait passé un moment plaisant. Ils avaient tous bien profité de se ce que les jeunes avaient organisé. Cela avait aussi participé au fait qu'ils inscrivent les jumeaux à la rentrée scolaire du printemps. Luke et Élise venaient de débuter. Pour le moment, ils semblaient enchantés.

    Je suis la femme de Lewis, le directeur des arts. Ravie de faire face à un ancien élevés de la PH ! Je n'y ais pas été élève, mais c'est peu tout comme avec un mari à l'intérieur. Mes deux plus jeunes débutent tout juste les cours.

    Claire instaurait de fait une connivence entre eux. Ils partageaient quelque-chose de particulier. En plus de gravité autour du même univers, ils étaient tous les deux des partisans de l'intégration pleine et complète des Prodiges dans la société. Monsieur MacGregor gagnait naturellement en sympathie aux yeux de la costumière. Même si elle n'était pas sensée faire de favoritisme ou de privilège Charadh ne se priva pas.

    Bien ! Voyons ce que l'on peut faire de beau. Ne vous en faites pas, j'ai déjà travaillé avec des musiciens. Je connais vos contraintes. Attendez, je vais vous montrer ce que l'on a déjà fait. Je crois qu'il nous en reste une en stock.

    Aussi vive que l'éclair la dame-fileuse se déplaça jusqu'à la porte. Elle l'entrouvrit à demi et appela l'une des filles. Chloé, se présenta la première. La jeune fille était pimpante et souriante. Sa main était redevenue fonctionnelle. La mésaventure du fer ne l'avait absolument pas découragée à devenir costumière. Une chance parce que cette demoiselle faisait du bon travail. Richards lui expliqua où retrouver la queue de pie dans la réserve et la remercia.

    Je vais commencer par prendre vos mesure. Vous voulez bien vous placer devant le miroir en pied la-bas, au centre ?

    Une fois le porte-document récupéré, Charadh le déposa sur une petite table ronde, non loin du miroir. Elle approcha du jeune homme et lui indiqua gentiment comment se tenir. Une main venait appuyer sur la clavicule droite pour corriger un angle. Claire lui demanda aussi de redresser le menton, non sans lui adresser un sourire complice dans la glace. Puis, elle commença à prendre ses mesures. Ses mains délicates s'agitaient comme les ailes d'un oiseau un peu partout. Entre deux inscriptions sur la feuille, elle fit la conversation :

    Avez-vous des projets en préparation ?

    Le parfum d'un thé chaud monta lentement dans la pièce ensoleilée. De quoi oublier la frénésie qui régnait dans le reste de la boutique.
Charadh
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Jeu 20 Avr 2017 - 22:02
La couturière avait un visage doux et maternel, tout en affichant une expression sereine et bienveillante. Je me détendis quelque peu, rassuré de la voir s’adapter à ma maladresse. Ce n’était de loin pas le cas de tout le monde, et si cela passait avec des personnes que je connaissais bien comme Adrian, qui savait exactement comment me rentrer dedans sans trop me fatiguer ; venant de la part d’inconnus, c’était plus compliqué. Elle accepta de reprendre à zéro, avec patience, ce qui, avec moi, était plus qu’un geste commerçant.

Cependant, je ne m’étais pas attendu à ce qu’elle m’ait vu durant les portes ouvertes de la Potential Home. Surpris par ses compliments, je clignais plusieurs fois des yeux, essayant de la relier avec ce qui s’était passé durant cette journée. Après tout, c’était possible, il y avait eu tellement de monde ce jour-là. En revanche, lorsqu’elle déclara être la femme de Lewis Richards, je me rappelais ma vague intuition, et me détendis encore un peu plus. Même s’il me fallut faire un nouvel effort pour suivre toutes ses paroles. Un peu emprunté, je lui répondis :

"Ah euh… oui, c’était moi. Merci beaucoup. Si ça vous a plu, c’est le plus… important." Sa sincérité et son enthousiasme me donnaient presque le tournis, mais je parvins à retrouver suffisamment mes esprits pour enchaîner : "J’ai beaucoup d’admiration pour votre mari, pour son travail. Il se trouve que ce jour-là, nous avons participé ensemble à un cours de cuisine moléculaire, par hasard…" Comment nous en étions arrivés là, c’était une autre question. Mais l’atelier s’était finalement passé sans heurts, et, il fallait que je le reconnaisse, cela avait été assez amusant. Hésitant, je finis par ajouter : "C’est une très bonne école. Vos enfants seront entre de bonnes mains. Ils sont jeunes ?"

Ils m’avaient géré moi, alors, dans mon esprit, ils pouvaient tout gérer. Et ces hasards de la vie avaient en conséquence modifié l’atmosphère entre nous deux, rendant nos relations un peu moins professionnelles et plus légères. Cela ne me rendait pas plus à l’aise dans mes interactions, ou très peu, mais au moins, toute ma tension s’était envolée. C’était plutôt bon signe. Aussi, j’acquiesçai doucement lorsqu’elle revint à ma commande, plus en confiance désormais.

Ensuite, j’obéis docilement à toutes ses demandes, m’installant devant le miroir avant de la laisser m’indiquer comment me tenir. Ce qui n’était pas une mince affaire, puisque je me tenais très souvent de manière recourbée et me tenir droit n’était ainsi plus naturelle. Un affaissement en partie due à mes poumons faibles et ma cage thoracique, ainsi qu’à une tendance à me renfermer sur moi. Au propre, comme au figuré. Il n’y avait cependant que durant les concerts où je faisais l’effort de me redresser, tout particulièrement lorsque je devais diriger. Cela ne faisait pas une très bonne impression aux musiciens si le chef d’orchestre se tenait comme Quasimodo.

Les mains de la couturière s’agitèrent autour de moi, virevoltant entre les mesures et la feuille sur laquelle elle les inscrivait. Une telle proximité ne m’était pas habituelle, mais avec elle, cela ne me dérangeait pas. Elle agissait avec tellement de naturel et de bonne humeur que je ne ressentais pas l’impression d’être envahi dans mon intimité. De temps à autres, j’essayais de lui rendre ses sourires dans la glace, mais pour constater que je n’arrivais globalement qu’à faire des sortes de grimaces informes. Ce n’était pourtant pas que je manquais de volonté, mais sourire n’était pas un geste naturel pour moi.

"Quelques-uns, oui." répondis-je, toujours sans bouger. "Des concerts prévus, en tant que pianiste surtout. Je fais quelques remplacements de chef d’orchestre, mais c’est dans un cadre plus confidentiel. Je suis toujours en train d’apprendre…" Et cela me demandait encore beaucoup de travail et d’énergie. Être soliste, ou directeur d’orchestre, c’était deux statuts différents. Et le dernier demandait beaucoup plus de contacts humains, domaine où je pêchais encore et toujours. Mais ce n’était toutefois pas la motivation qui me manquait. "J’ai aussi un projet d’écriture d’opéra, pour un concours. On verra bien ce que cela va donner. Vous… aimez bien la musique ?"
McGrenouille
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Ven 26 Mai 2017 - 13:02
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La mode doit être une forme d’échappatoire, et non une forme d’emprisonnement.”

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    Claire Richards souriait spontanément au compliment sur son mari. Grimm était devenu une figure de proue à la Potentiel Home. Depuis qu'il était le directeur de la maison des arts son visage était presque aussi connue que sa voix l'était sur les ondes. Lewis profitait d'une certaine aura et il était une « star » du milieu artistique. Ce qui ne l'empêchait pas de garder la tête sur les épaules. Guillaume n'était pas là pour en profiter, mais les autres enfants et Charadh découvraient souvent les fans du prodige. Ils ne manquaient pas de fierté de le voir tant apprécié.

    C'est très gentil. Nous sommes tous fiers de lui. Ce qu'il fait à l'école et même à la radio, c'est important. Sans l'art et l'imagination... nous perdons accès à beaucoup de la beauté du monde. Ce n'est pas à un musicien que je vais l'apprendre.

    Il en fallait peu pour lancer la fileuse, en particulier pour parler de sa petite famille. Même si c'était un peu plus gênant de parler de son frère Hugo par exemple. Mais, cela arrivait presque jamais, car peu de monde était au courant que Claire avait un grand frère. Enfin, elle n'avait aucun problème pour se livrer, à partir du moment où elle était en confiance. Elle partait du principe que c'était ainsi que tout le monde pouvait vivre ensemble. C'était aussi par le dialogue que leur société évoluait et que les différences étaient plus facilement acceptées.

    Oh oui, encore ! Ils vont avoir 8 ans dans quelques semaines. Vous avez des enfants ?

    Le processus de mise en confiance se poursuivait. Il n'y avait qu'à laisser les choses se faire. Claire avait une certaine expérience du genre humain. Le monde du commerce permettait de le découvrir sous toutes les coutures. Elle voyait tout le malaise contenu chez le jeune homme. Son œil expert avait également remarqué le manque de confiance en soi. Sur cela au moins, Charadh pouvait aider. Elle n'avait pas son pareil pour révéler la beauté des individus. Celle-ci ne concernait d'ailleurs pas les critères esthétiques.

    Mmm. Vous avez raison de commencer avant la fin des études. Il n'y a rien de plus formateur que le travail.

    De cela Charadh pouvait en témoigner. Elle n'avait pas lambiné. Dés que possible elle avait trouvé un travail d’appoint, autant pour avoir un peu de sous, que pour s'exercer. Ces premières années avaient été une très bonne expérience. Elles laissaient une impression agréable dans l'esprit de la couturière. La suite n'avait pas été moins intense cependant. Il fallait beaucoup d'énergie et de volonté pour être auto-entrepreneur. Lewis aurait pu témoigner sur le sujet. Les premières années qui avaient suivies l'ouverture de l'atelier n'avaient pas été de tout repos. Ce n'était jamais totalement terminé puisqu'ils envisageaient maintenant d'agrandir le commerce. Claire avait patiemment attendu que les jumeaux grandissent.

    Un concours. Bonne chance dans ce cas. J'espère que vous y arriverez !

    Se lancer des défis était aussi dans les habitudes de Madame Richards. Mais, c'était périlleux quand il n'y avait personne pour vous soutenir. Grâce à l'appui de Lewis, Claire arrivait à mener de front une vie de famille et une vie professionnelle de front. Il fallait en souhaitant tout autant à ce jeune prodige musical.

    Beaucoup oui. J'en écoute très souvent. Mon mari joue un peu de guitare. J'ai joué un peu de piano étant plus jeune. Et j'aime beaucoup le classique.

    A cette remarque un silence passa entre la couturière et son client. Charadh, en évoquant ce sujet, se retrouvait à penser à Sersen. Elle se radait compte qu'elle n'avait pas eu de ses nouvelles depuis une éternité. C'était un peu étrange. Ce n'était pas dans les habitudes de cet ami de rester dans un silence prolongé. Aussi Claire se promit de faire son enquête sur la question.
Charadh
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Sam 17 Juin 2017 - 19:50
Son mari était peut-être une figure connue et charismatique dans le milieu artistique et sur l’arche de manière générale, mais Madame Richards se défendait elle-même très bien dans le domaine. Elle avait la même sorte d’aura apaisante, plus maternelle mais c’était assez logique. Quelque chose me disait qu’elle devait être une bonne mère, en plus d’être une personne accomplie. Pas que j’y connaisse grand-chose, mais il paraissait que concilier les deux n’était pas toujours facile dans notre société. Et cela, c’était quelque chose que je pouvais tout à fait me représenter.

Ses paroles tenaient presque de la berceuse. Peut-être était-ce à cause de sa voix, douce mais rythmée, ou du sens de ses mots. Ce qu’elle disait sur l’art me parlait très bien, en effet.

"Chacun a un rôle à jouer, paraît-il." C’était parfois assez dur à croire, mais en ce qui concernait la musique, j’arrivais à espérer que c’était le cas. Que ma musique était importante. Au moins pour quelqu’un, si ce n’était pour moi. "Cela doit être pareil pour votre art et votre imagination. Et… je suppose que votre famille doit aussi être fière de vous."

J’avais dit cela avec un peu plus d’hésitation. Pas que je doute de ce ces paroles, mais je ne savais pas vraiment si j’avais mon mot à dire. Je ne savais jamais si j’avais mon mot à dire. Mais je pensais ne pas faire de bourde en abordant la question des enfants. Puisqu’ils avaient le même âge, je supposais qu’ils devaient être jumeaux. Je fis un effort de concentration pour savoir si j’avais déjà eu l’occasion de les croiser, durant mes quelques visites à la PH.

"Peut-être que je les ai déjà vus, alors… Un garçon, et une fille ? Elle plus énergique et lui plus réservé ?" Leurs noms m’échappaient. Je n’avais jamais été très doué pour m’en rappeler, de manière générale. Ce qui donnait de longues soirées d’entraînement avec Adrian, où ce dernier me montrait des cartes avec des photos de chaque membre de l’orchestre avec lequel je travaillais ainsi que leur instrument et leur nom. Si je n’avais jamais de problème à me rappeler qui était flûtiste, ou violoniste, le reste était… plus compliqué. Tout comme la question abordée par mon interlocutrice. Je baisais les yeux dans une expression pensive. "Non. Je ne peux… pas en avoir, apparemment. Trop mauvaise santé."

Cela ne m’avait jamais vraiment attristé. Je n’avais jamais songé à avoir des enfants. Du moins, avant que Juliet n’arrive dans ma vie. Elle aurait bien aimé, je crois. Et peut-être que nous aurions trouvé une autre solution pour en avoir. Mais maintenant qu’elle n’était plus là, ce n’était plus d’actualité. Enfin, ce n’était peut-être pas un sujet à aborder. Et puis, même si je n’étais pas toujours à l’aise avec les enfants, je me rendais compte que donner des cours de musique avec eux, de temps à autre et avec un peu d’aide, ce n’était pas si mal.

J’espérais ne pas avoir brisé l’ambiance cependant, et fus soulagé de pouvoir discuter d’un sujet que je maîtrisais un minimum : ma musique, et mes choix de carrière.

"Vous parlez d’expérience ? Quelle formation faut-il faire pour travailler dans la couture ?" Un domaine aussi étranger que la composition atmosphérique de Saturne. Mais pas dénué d’intérêt non plus. Pour le reste, je me contentai d’un signe de tête reconnaissant, ne sachant pas vraiment quoi dire, à part : "Merci."

Il me semblait que la guitare faisait partie des nombreux talents de Lewis. Mais la mention du piano de la part de la couturière attira tout autant mon attention. Ce n’était pas mon instrument de prédilection pour rien.

"Quels compositeurs aimez-vous ?" demandai-je, le terme classique regroupant tellement de genres et de styles différents. Beethoven ne ressemblait pas à Satie, pas plus que Mozart à Debussy. Puis, après une nouvelle hésitation : "Et, ça ne vous manque pas, de ne plus en jouer ?"

Une telle chose était pour moi inconcevable. Sans musique, je ne savais pas ce que je deviendrais. D’un autre côté, je n’avais pas un autre travail à côté, ou une famille à gérer. Sauf si un écureuil comptait comme une famille.
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Sam 1 Juil 2017 - 21:16



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    La fileuse terminait de remplir la fiche sans se départir de son sourire. Elle ne contredisait pas son client, car elle savait que Lewis et les enfants lui donnait souvent leur avis sur ses créations. Guillaume en avait moins l'opportunité depuis son départ de la maison. Mais, Claire savait qu'elle avait le soutien de toute sa famille. Elle n'aurait pas tenter cette aventure sans leur assentiment complet.

    C'est bien eux, oui ! Luke et Élise, deux petits blonds.

    La description du musicien était assez juste. Ils étaient peut-être nés le même jour mais ils étaient très différents. Madame Richards était souvent fascinée par tout ce que ses enfants avaient d'unique. Chacun de ces quatre merveilles était une source d'étonnement quotidien. Il n'y avait pas un jour sans que Claire remercie la vie de lui avoir donné ses enfants.

    Je suis désolée... Votre santé ne pourrait pas s'améliorer ? La médecine avance de plus en plus vite !

    Heureusement, le sujet pénible ne durait qu'un instant. Charadh rebondissait immédiatement sur le sujet des études pour ne pas trop gâter l'ambiance.

    Oui ! J'ai commencé à travailler à 15 ans, en aidant ma mère qui travaillait la broderie à domicile. Puis, j'ai pu entrer dans une école pour me former... à Paris. Mais, il y en a un peu partout.

    Au départ, Claire s'était mise au piano de façon intéressée, pour travailler sa souplesse et sa dextérité des mains. Elle y avait vu un bon moyen de gagner en force et en rapidité pour la couture. En soi, une erreur tactique, car ces deux arts ne demandaient pas du tout les mêmes gestes. Mais, elle avait poursuivit ensuite par plaisir. Elle s'était d'abord prise d'amour pour Maurice Ravel. Mais Schubert l'avait alors émue aux larmes. Jusqu'à ce qu'elle découvre les préludes d'un autre compositeur.

    Une question difficile, mais je dirais Serge Rachmaninov. J'ai toujours rêvé de réussir à jouer son Prélude n°12. Charadh se posait réellement la question du manque ou non. De temps en temps, si. Mais, je me suis toujours dit que je reprendrais des leçons un jour, quand les enfants auront grandis.

    Une fois que les jumeaux seraient plus indépendants, Grimm et elle pourraient progressivement reprendre leurs activités de jeunesse. Voir d'autres projets... Claire pensait souvent à l'époque où elle assistait les OMG sur des chantiers solidaires. Elle avait beaucoup aimé faire ce genre de choses. Mais l'idée eu à peine le temps de l'effleurer.

    Et vous, qui vous inspire le plus ?

    Quelques secondes plus tard les mesures étaient enfin terminées. La fileuse laissa donc de l'espace à son jeune client. Elle se tourna vers l'un des établis pour poser son carnet et y inscrire les tous derniers chiffres. Une fois cela fait, elle abandonna le document. Ils pouvaient donc passer à la deuxième étape. Claire espérait que le jeune homme allait oser s'exprimer.

    C'est fait pour les mesures. Maintenant parlez-moi de vos goûts ? Une couleur de prédilection ?
Charadh
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Mer 2 Aoû 2017 - 16:16
Pendant que Madame Lewis prenait des notes, je me demandais comment cela se passait chez elle, dans sa famille. Ils avaient l’air d’être… normaux. Pas banals, mais normaux. La normalité était un concept vague et différent pour chaque personne, mais je savais que personnellement, je ne l’étais pas. Et tout ce qui ne me ressemblait pas avec donc une chance de l’être. Mes parents ont toujours fait de leur mieux avec nous. Et, je pense qu’avant le décès de ma sœur, nous étions déjà plus dans la norme. Mais perdre un enfant changeait tout. Malgré tout, je pense que mon père et ma mère ne s’en remettront jamais. Mon frère a choisi sa voie et moi la mienne. Mais on ne l’oubliera sans doute jamais non plus.

C’était presque un drôle de hasard d’apprendre que mon interlocutrice avait aussi des jumeaux. Et, à la réflexion…

"Ils nous ressemblent un peu. A ma sœur et moi. Enfin, je suppose."

Elle n’était plus là pour que je puisse en être certain. Mais je regrettais d’avoir dit cela, tout comme d’avoir parlé de ma santé. Je n’avais pas envie que la couturière soit attristée par ma situation. Mais j’étais toujours aussi doué pour mettre les pieds dans le plat et plomber l’ambiance. J’essayais de rattraper cette erreur, un peu maladroitement.

"Ne le soyez pas. Et c’est vrai. Peut-être qu’un jour… cela paiera, d’essayer de se montrer optimiste."

J’esquissai un sourire hésitant. Puis, l’écoutait me parler de sa formation, sujet bien plus intéressant et moins problématique. Je restais un instant songeur.

"Quinze ans, c’est tout de même jeune. Et je connais bien Paris. J’ai aussi suivi des cours là-bas. C’est… une jolie ville."

Un peu trop polluée et sale à mon goûts, mais certains quartiers n’étaient pas trop moches. Et puis, je supposais qu’elle n’y était pas allée pour le paysage. C’était une ville réputée pour sa mode, croyais-je me souvenir. Je ne faisais tellement pas attention à ce genre de détails, mais à force de côtoyer du monde là-bas, cela finissait par rentrer dans mon cerveau limité.

J’eus un peu peur d’avoir fait une bourde lorsqu’elle me répondit que ma question était compliquée, mais me rassurait un peu en entendant son choix. C’était le genre de choses qui m’aidaient à mieux me représenter les personnes. Leurs goûts musicaux. Aimer Bach, Mozart ou Gershwin, ce n’était pas pareil.

"C’est un morceau technique oui. Avec sa main droite et les passages de la main gauche. Mais pas impossible, quand on est motivé. Et si vous cherchez un professeur…"

Je m’interrompis, hésitant. Est-ce que ce n’était pas profiter de la situation pour me vendre ? Pourtant, c’était une vérité. J’enseignais le piano, et si elle cherchait quelqu’un… Enfin, peut-être voudrait-elle quelqu’un d’autre. C’est important, le choix d’un bon professeur. Un qui vous corresponde et s’adapte à vous.

"Chopin." répondis-je, sans même vraiment y réfléchir. Il était des réponses naturelles, comme une évidence. J’hésitais un instant, puis ajoutai : "Il y a des esprits… ou des gens avec qui on sent qu’il y a des connexions, une résonnance. Même quand ils sont mort bien avant votre naissance. Cela… vous parle ?"

C’était un sentiment difficile à décrire. D’aussi loin que je me souvienne, Chopin m’avait envie de jouer du piano. Bach et Mozart avait bercé mon enfance, initié à la musique. Mais c’était le compositeur franco-polonais qui m’avait vraiment poussé à créer ma propre musique.

Madame Richards termina ses mesures, et s’éloigna. Je profitais de mon espace vitale à nouveau mien, mais réalisais que la présence de la coutière ne m’avait pas tant dérangé que cela. Jusqu’à une légère montée de stress lorsqu’elle me posa des questions. Mes goûts en matière de couleurs ? Est-ce que je pouvais endosser une aussi grande responsabilité ? Je savais à peine assortir mes vêtements, alors choisir la couleur de mon costume. Est-ce que c’était trop glauque de répondre noir ? Adrian aurait sûrement répondu arc-en-ciel, mais même moi sentais que c’était une mauvaise idée. Je tâchais de me calmer, et de réfléchir de manière plus logique. Garder le silence trop longtemps serait suspect ou étrange.

"Pourquoi pas… bleu ? Ou est-ce que c’est trop… ça irait avec mon teint ? Ou ça ne se fait pas ?"
McGrenouille
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Mar 15 Aoû 2017 - 15:31



La mode doit être une forme d’échappatoire, et non une forme d’emprisonnement.”

Alexander Mc Queen



    Décidément le hasard semblait bien s'amuser ce jour-là.

    Ah une sœur jumelle ?

    La spontanéité de Madame Richards était bien connu dans la boutique. Elle avait une vraie facilité pour créer des liens avec les individus. Elle partait du principe que chaque rencontre enrichissait. Quelques fois celles-ci étaient même plus profitables que celles qui étaient imposées par le hasard de la génétique. Cela expliquait en partie sa curiosité.

    Et puis si la science n'y arrive pas, il y a aussi des personnes qui savent soigner autrement.

    Sebastian McGregor avait été un élève au manoir des prodiges. Il devait bien être au courant qu'il existait des personnes capables de soigner sans utiliser de bistouri. Charadh en était un exemple. Même si son don était extrêmement limité et pas du tout de taille pour traiter une pathologie aussi profonde. Castiel cependant aurait peut-être eu de quoi l'aider. Mais ce n'était pas à la couturière d'en parler. Sans doute demanderait-elle son avis à Lewis sur la question.

    L'une des plus belles de l'archipel oui !

    Paris était l'une des villes les plus imposantes de cette partie de l’archipel. Il y avait beaucoup de monde là-bas. Mais Claire avait grandie en province, dans un corps de ferme, et elle ne revenait plus dans cette capitale que pour le travail. Après tout cette ville était l'un des épicentres de la mode. C'est là qu'elle avait le plus de chance de pouvoir faire connaître son atelier et leurs créations. Peut-être aussi de trouver des mécènes comme Monsieur de Lascelle, pour la boutique.

    Converser sur les beautés de la musique plaisait tout autant à la couturière. Ce n'était pas un hasard si Charadh avait été séduite par un conteur d'histoires. Le tempérament créatif de Grimm avait répondu à sa soif de beauté. Elle avait une sincère attirance pour les artistes. Ils avaient un regard sur ce monde qui lui plaisait énormément. Une autre raison pour laquelle elle appréciait les clients comme ce jeune homme.

    Vous seriez d'accord pour me donner des leçons ? Je reconnais que je ne pensais pas m'y remettre dans l'immédiat. Mais pourquoi pas essayer et voir à quel point je suis rouillée ? Haha !

    Claire méditait un peu sur la question qui avait un accent plutôt spirituel. Ce n'était pas évident de donner une réponse définitive à ce type d'interrogation. Elle se taisait essayant de faire peser la question. Avait-elle déjà ressentie ce genre de connexions métaphysiques... Peut-être avec sa mère, une fois, quand elle était petite. Pendant qu'elles étaient entrain de coudre toutes les deux sous la véranda de la maison.

    Je crois que oui.

    La timidité avait ressurgis d'un seul coup chez le musicien. Madame Richards l'observait et retrouvait ce petit sourire bienveillant. Elle n'avait aucun jugement à porter sur les hésitations qu'il formulait à juste titre. Car en effet toutes les couleurs n'étaient pas toujours harmonieuses.

    Si cela se fait. C'est une couleur fait pour la sobriété et le chic. Ça irait très bien pour vos concert. Je vais vous montrer nos échantillons.

    Il y avait tout ce dont ils avaient besoin dans cette pièce. La fileuse ne mit pas longtemps à retrouver son échantillonnage. Elle revenait près du pianiste pour lui montrer les tissus bleus. Il y avait au moins 5 teintes différentes qui lui étaient proposé. Mais les filles pouvaient en créer d'autres si cela était nécessaire. A l'Edimburg's secret le plus important était de faire des clients des Princes.

    Prenez votre temps. Lui soufflait-elle tranquille avant de reprendre ses notations.
Charadh
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Mar 5 Sep 2017 - 21:25
Je préférais ne pas m’attarder davantage sur le sujet de ma sœur. Déjà, parce que je n’aimais pas spécialement ça, et ensuite, parce que ça mettait généralement les autres mal à l’aise. Et je ne voulais pas de la pitié des autres, raison pour laquelle je faisais tout pour éviter de la susciter. Le sujet de ma santé n’était pas vraiment plus sympathique, aussi me contentais-je d’un léger hochement de tête. Parfois, je me disais que des capacités sociales pourraient m’être utiles. Surtout avec des personnes avenantes et positives comme Madame Richards. Elle donnait envie d’interagir avec elle, comme n’importe quelle personne normale.

Heureusement pour moi, parler de Paris était déjà plus aisé. Il y avait des choses que j’avais appréciées là-bas, et même si je n’étais vraiment bien nulle part, mon séjour là-bas n’avait pas été complètement désagréable. Ce qui était déjà beaucoup pour quelqu’un comme moi.

"J’ai eu beaucoup l’occasion de voyager, et c’est vrai qu’aucune autre arche ne lui ressemble. C’est une atmosphère… particulière. Et très artistique."

Autant dire que c’était l’un des points les plus importants de mon point de vue. Vienne pouvait aussi rivaliser au niveau de sa scène musicale, tout comme certaines arches italiennes ou anglaises. Les arches chinoises et japonaises s’étaient démarquées ces dernières années, avec une qualité de plus en plus impressionnante. Mais Paris, c’était autre chose. Beaucoup de compositeurs ne s’y étaient pas trompés d’ailleurs. Alors, je pouvais bien passer outre la pollution et la dureté de certaines de ses habitants.

Et comme la musique était un des rares domaines dans lequel je me sentais assez à l’aise pour tenir une conversation, j’interrogeais la couturière sur ses propres expériences dans le domaine. Qui, semblait-il, remontaient à loin. Face à sa question, je hochais simplement les épaules, avant de me rappeler, penaud, que ce n’était pas la chose à faire lorsque l’on prenait vos mesures.

"Bien sûr. Je donne des leçons. Vous en cherchez. C’est plutôt une solution logique, non ? Et on est parfois étonné de voir comme cela revient vite, avec un peu de travail." Je fronçais les sourcils, me rappelant qu’elle venait de dire qu’elle ne pensait pas s’y remettre de suite. "Enfin, prenez le temps de décider. Je serai toujours là."

Normalement, du moins. En tous cas, je ne risquais pas de partir loin, avec mes leçons à la Potential Home, mes cours privés et mes études pour l’orchestre. Et puis, même après avoir voyagé, l’Ecosse n’était pas si mal, à la réflexion. En dehors de tous les souvenirs qui s’y attachaient. Au moins, j’avais trouvé des gens assez sympathiques, pour compenser le mauvais temps.

J’essayais ensuite d’expliquer ce lien inexplicable que je ressentais envers certains artistes. Quelque chose qui dépassait la notion même de temps, ou même d’espace. Je pouvais peut-être passer pour un fou, d’autant que je m’exprimais aussi bien qu’une chaussette coincée au fond d’un panier à linge sale. Mais visiblement, mon interlocutrice sembla saisir. J’esquissais un léger sourire.

"Tant mieux. Parfois, je me dis que mon cerveau n’est pas programmé comme les autres, alors… ça me confirme que peut-être pas totalement."

Mes parents avaient fait des tests quand j’étais jeune : je n’étais ni sociopathe, ni psychopathe. Ces derniers temps, mon médecin suggérait peut-être que je me situais dans le spectre de l’autisme, certains de mes comportements d’apparentant à ceux d’un Asperger léger. Mais cela n’avait pas été confirmé, et à quoi bon ? Cela ne résoudrait pas mes problèmes. Je savais que j’étais différent, savoir que cela avait une raison médicale ou non ne me semblait pas utile. Enfin, c’était mon avis.

Vint un moment plus embarrassant, où j’avouais ne rien y entendre en couleurs. Heureusement, mon interlocutrice vola à mon secours, avec beaucoup de patience. J’observais les cinq échantillons, et répondis avec un signe de tête :

"Merci."

Fixant les différentes teintes, je finis par les toucher également. J’avais une sensibilité particulière aux différents sens, sans doute dû à ma synesthésie. J’éliminais ainsi deux échantillons, avant de me concentrer sur les trois restants. Un tout particulièrement attirait mon regard. C’était une sorte de bleu roi, si je ne me trompais pas. Il n’y avait pas de raisons logiques à le choisir plutôt que les deux autres, mais, quelque chose me plaisait chez lui, et mon regard aimait l’observer.

"Je crois que mon choix est fait. Qu’en pensez-vous ?"

L’œil expert avec le dernier mot, après tout.
McGrenouille
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Mar 12 Sep 2017 - 23:02




La mode doit être une forme d’échappatoire, et non une forme d’emprisonnement.”

Alexander Mc Queen



    Les yeux de la fileuse scintillaient à la mention des plus belles villes de l'archipel. Elle avait du attendre d'être en études pour pouvoir voir le monde. Elle avait profité de chaque opportunités qui lui avait été présentées. Ses parents avaient tôt fait de la surnommé « l'oiseau volage ». Grimm avait été un comparse d'aventures. Ensemble ils avaient profité de leurs premières années de mariage pour aller découvrir des cultures de l'autre bout de l'Archipel.

    En ville artistique Vienne n'a pas son pesant en or. La musique est partout ! Les gens jouent dans les rues.

    Lewis avait emmené Claire sur l'arche autrichienne, un petit voyage à deux, alors que Colm était encore petit garçon. C'était donc avant la naissance des deux derniers. Ils avaient beaucoup aimé la capitale et encore plus les villages voisins. C'était là qu'ils avaient vraiment approché le cœur de cette culture. On avait l'impression que la musique coulait dans les veines des habitants, un souvenir magique.

    C'est gentil, merci !

    Charadh n'était jamais contre des nouvelles activités ou expériences. Il s'agissait seulement de savoir placer ses priorités. Pour le moment les jumeaux et Colm étaient les siennes et celles de leur père. Mais, ils n'auraient eux aussi allaient finir par prendre leur envol. Bien qu'ils adoraient les enfants Lewis et Claire avaient quelques fois hâte d'aborder cette nouvelle étape de leur histoire.

    Leurs circonvolutions philosophiques à propos de musique donnaient envie à Madame Richards de se remettre à lire des auteurs plus complexes que ceux des romans policiers qu'elle affectionnait tant. Le problème était que pour lire, il fallait avoir la tête libre. On ne pouvait pas tout faire, surtout quand les journées ne comptaient que vingt-quatre heures. Elle n'en restait pas moins convaincue que son interlocuteur était plus équilibré que énormément de personnes qui ne sortaient jamais du sentier.

    C'est très bien d'être extra-ordinaire. C'est comme ça qu'on arrive à rendre l'impossible possible. Si j'ai un conseil monsieur XXX, n'écoutez pas trop les gens qui savent rentrer dans des cases, ils sont souvent ennuyeux et sans aucune imagination ou goût du risque.

    C'était une chose qu'elle répétait souvent à Andrew quand lui aussi se demandait s'il n'avait pas un problème. C'était la société qui était étrange et pas forcément les gens qui la composait. D'ailleurs, Claire souriait devant la méthode utilisée par son client pour choisir une couleur. Elle avait elle aussi pour habitude de sentir les tissus, pire, elle les humait. Elle était comme un bibliophile devant une bibliothèque de livres rares.

    Le bleu roi, un très bon choix.

    Une fois la référence de la couleur inscrite sur la feuille de commande la costumière refit un tour complet du futur chef d'orchestre. Des petits « Hum » brisaient le silence installé entre eux. La plume venait ensuite gratter le papier. C'était au stade suivant que Charadh pouvait démontrer tout son art créatif. Charadh posait ses papiers sur une table avant d'annoncer joyeusement.

    Eh bien, j'ai de quoi faire les premiers modèles. Je vous propose de repasser dans une semaine pour que je vous les montre. Cela vous irait ? Même jour, même heure peut-être ? Ce sera plus facile à retenir.

    Les derniers détails se voyaient avec le sourire et même un début de complicité de la part de la fileuse. Elle avait apprécié l'entretien qu'ils avaient eu pendant ce premier rendez-vous. C'est donc avec une énergie décuplée qu'elle raccompagna le jeune homme vers l'entrée de la boutique. Elle patientait tranquillement le temps qu'il se rhabille et lui donna une note sur laquelle elle avait écrit les références bibliographiques d'un conte musical. C'était l'un des favoris de la famille Richards.

Charadh
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Hier à 20:37
C’était étrange comment un lieu a priori hostile et étrange –comme tout endroit nouveau et inconnu, en sommes-, pouvait tout à coup paraître rassurant et calme, grâce à une seule personne. Il fallait dire pour ma défense que tout ce qui concernait les vêtements n’était pas ma tasse de thé, et c’était encore pire lorsque l’on parlait de mon corps, et de l’examiner de près. J’avais toujours été fin, trop, comme un pantin désarticulé. On pouvait croire que je m’étais échappé d’un cirque, où m’attendait mon numéro de contorsionniste. Le genre où une personne peut se ranger dans une boîte de trente centimètre sur trente. Autant dire que je n’étais pas à l’aise avec, et que j’avais plus l’impression d’avoir un poids avec moi qu’une véritable enveloppe charnelle.

Mais tout s’était déroulé pour le mieux. Plus que je n’aurais jamais pu l’imaginer. Et la présence de Madame Richards y était pour beaucoup. Pour ne pas dire tout, parce que la jeune femme qui m’avait reçu n’avait pas l’air méchant non plus. Discuter était devenu naturel, et absolument pas forcé comme cela arrivait souvent avec moi. Et inversement, j’aimais beaucoup l’écouter. Et l’imaginer déambuler dans les rues de Vienne, avec son grand sourire et son regard curieux. Oui, je pouvais me l’imaginer. J’esquissais un sourire, acquiesçant doucement. La musique pouvait transformer une ville du tout au tout. Et pour moi, cela faisait toute la différence.

"C’est magique." ajoutai-je simplement, ne trouvant pas de mot plus juste.

Et si elle ne souhaitait pas prendre de cours de musique tout de suite, je pouvais attendre. Ce n’était pas comme si j’allais aller bien loin. Et puis, au vu de l’expérience positive d’aujourd’hui, j’envisageais de peut-être revenir, pour un prochain costume. Ou simplement pour dire bonjour, lorsque j’aurais appris comment bien débarquer à l’improviste. Adrian s’y connaissait dans le domaine, il saurait me renseigner.

La remarque de la couturière sur les personnes extraordinaires me surprit, mais me fit également réfléchir. C’était sans doute pour cela que mes parents n’avaient jamais voulu pousser plus loin les tests médicaux. Il fallait dire qu’avec mes bronches, j’avais déjà mon lot. Se mettre dans des cases, cela ne résolvait pas tout. Et ceux qui les imposaient ne pouvaient effectivement pas comprendre. Je me sentis un peu plus léger à cette idée.

"Je n’avais pas vu les choses comme ça. C’est vrai que ce n’est pas si mal, finalement." Je n’échangerais jamais ma créativité contre un moyen de me conformer à la société, c’était vrai. "Ne me reste plus qu’à rendre l’impossible possible…"

Mais ne l’avais pas déjà fait ? Certaines personnes ne m’avaient-elles pas dit que je ne parviendrais jamais à devenir musicien ? Ou même à vivre aussi longtemps ? Alors, ceux qui disaient que je ne pouvais pas être chef d’orchestre pouvaient également se tromper.

Laissant ces encourageantes pensées de côté, je fis de mon mieux pour remplir l’une de mes seules taches ici, à savoir trouver la bonne couleur pour mon costume. Et fus rassuré de voir que la professionnelle semblait approuver. Elle fit un dernier tour pour tout revérifier, et je la laissais faire sans broncher.

"Déjà ?" demandai-je, étonné de n’avoir pas vu le temps passer. Je pris un petit moment pour réfléchir, avant d’acquiescer : "La semaine prochaine, même heure. Très bien. Merci beaucoup. Pour tout."

Me rhabillant, j’adressai un dernier signe au reste du personnel, puis à Madame Richards. Je fus un peu confus lorsqu’elle me tendit un titre de conte musical, mais promis d’y jeter un œil, curieux. Il allait falloir que je trouve un moyen de lui retourner la pareille. Peut-être en lui composant quelque chose ? Je passais le temps que j’avais à attendre Adrian qui venait me chercher à réfléchir à la question, absorbé comme jamais. Comme à chaque fois que mon imagination reprenait le dessus sur le quotidien.

Sujet terminé
McGrenouille
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