Il y croit dur comme fer... / Ikea

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Mer 22 Fév 2017 - 18:09



“L'Aeolisme est le culte qui regroupe le plus de fidèles depuis les années 40. La raison ? ”
Marek Halter



Hugo CHEVALIER




    Claire avait laissé la boutique entre les mains de Fanny. Une fois encore son frère venait l'enquiquiner avec ses histoires. Elle réussi à avoir un bus assez rapidement pour traverser la ville. Heureusement l'exposition universelle était en pose, il y avait donc moins d’affluence et de touristes dans les transports. Mais le chemin lui avait quand même paru long. Sans doute parce qu'elle était nerveuse. Elle avait envoyé un message à Lewis sur ton téléphone pour le prévenir. D'expérience, on sait à quelle heure on entre dans un commissariat, mais pas quand on en sortira.

    Ce n'était pas de chance vraiment. Hugo avait été tranquille pendant tout l'automne. Alors que sa sœur avait redouté que l'ouragan réactive le mouvement religieux rien ne s'était passé. La secte s'était faite ultra discrète. La fileuse comprenait maintenant pourquoi. Ces fous furieux avaient juste attendu le bon moment pour sortir de l'ombre. Contrairement à ce qu'avait cru le patriarche des Chevalier, Hugo n'était pas encore tiré de ce bourbier spirituel.

    La presse numérique parlait déjà de l'événement. La manifestation s'était achevée devant le Parlement de la ville. Les choses avaient très vite dégénérées. Un Prédicateur avait commencé à hareng la foule pour l'exhorter de mettre à bas les pouvoirs politiques. Le discours contre les impie s'était transformé en un appel aux règlements de compte. Dire que son frère était aux premières lignes...!

    Claire arriva devant le bâtiment de sécurité en courant presque. Elle sortit son passe-identitaire pour le présenter aux vigiles postés devant l'entrée. Elle se rendit compte, avec une certaine amertume que le chemin lui était resté en tête depuis la dernière fois. Hugo était un récidiviste. Deux ans plus tôt il avait déjà était arrêté de la même façon. Le juge avait été très clair une incartade de plus et ce serait la prison. La fileuse espérait pouvoir faire entendre la cause de son frère avait que la Justice prenne des mesures. Un homme comme Hugo ne pourrait pas survivre derrière des barreaux.

    L'homme approchait tranquillement la quarantaine. Il avait des cheveux roux grisonnants sur les tempes et un visage assez carré. Il portait un costume bade-gamme d'un gris vieillot. La chemise bleue canard en-dessous était délavée. Les chaussures n'étaient pas non plus dans un super état. Il portait un bracelet en cuire au poignée gauche. L'un des signes distinctifs des Aeoliens pratiquants. Il n'avait pas fait de résistance au moment de l'arrestation. Il s'était même montré souriant et doux avec la jeune femme qui l'avait escorté. Mais depuis, il n'avait répondu à aucune de ses questions de l'agent. Il se contentait de réciter les prières journalières en boucle.

    Claire pénétra dans le bureau précédé par un agent qui l'introduisit, comme étant la sœur cadette de l'homme interpellé : Claire Richards, épouse de Lewis Richards l'animateur de la radio d’Édimbourg. Les yeux verts de la fileuse se concentrèrent immédiatement sur son frère. Cela devait bien faire trois semaines qu'ils ne s'étaient pas vues. Claire était lancée dans la création de la collection de printemps à la boutique. Elle n'avait pas beaucoup de temps. A présent, elle s'en voulait de ne pas avoir été plus alerte.

    Bonjour Madame. Merci de m'avoir appelée. Je suis vraiment désolée pour les ennuis qu'a causé mon frère vraiment. Je...

    La mélopée familière des prières arriva aux oreilles de la couturière. Elle vira son regard sur le croyant. Un profond soupire de lassitude remonta de sa gorge quand elle remarqua son état général. C'était plus grave que ce qu'elle s'était d'abord imaginée. Hugo semblait avoir replongé dans ses délies. Claire était dépitée. Elle attrapa la chaise vide devant le bureau et s'y enfonça avant de poser son sac à ses pieds.

    Il y a eu des blessés ?

    Claire n'avait rien à voir avec son frère, en tous les cas dans l'apparence. On pouvait voir au premier coup d’œil que cette femme prenait soin d'elle. Elle ne faisait pas vraiment son âge. Elle portait l'une de ses créations, un pantalon blanc taillé haut et un sous-pull noir et une veste cintrée. Ses cheveux courts étaient coiffés. Il y avait juste quelques signes de fatigues dû à un planning bien rempli. Mais l'un comme l'autre dégageait une aura paisible.
Charadh
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Sam 25 Fév 2017 - 0:10
Sigrid ne croyait pas en un pouvoir supérieur. Un orage était un orage, rien de plus. Alors quand on l'avait envoyé en renfort sur une manifestation de Prédicateurs aeoliens, elle avait un peu renâclé. En tant qu'athée convaincue, elle ne parvenait pas à comprendre l'entêtement de certains à se mêler de la vie des autres en leur expliquant quoi croire et pourquoi. Qu'aujourd'hui, ils allaient apprendre au monde comment vivre. Les fanatiques la fatiguaient. Parce qu'aucune conversation n'était possible avec eux. Mais être flic n'a pas grand chose de reposant, de toute manière.

Ils avaient débarqué, toute une équipe, pour disperser les Aeoliens qui commençaient a catéchiser la foule contre le gouvernement en place. Il était grand temps de disperser tout ça. L'ordre était simple: embarquer tout ce petit monde, et trier plus tard. Ce qu'ils firent, harnachés de gilets pare-balle, prêts à parer à toute éventualité. Des fois que l'un de ces prêcheurs soit armé, et décide que l'intervention de la police était un manquement à l'ordre divin... Pas de coups de feu, mais en revanche, l'arrivée des forces armées, assistés des militaires, avait un peu créé la panique. Ils avaient eu de la chance qu'aucune émeute ne se déclenche... Ils n'avaient pas besoin de ça, en plus du reste.

Certains des fanatiques avaient pu s'échapper. Les autres les avaient suivis, plus ou moins tranquillement. Un grand nombre de suspects à interroger et pas assez de flics pour le faire : ils avaient devant eux quelques heures de casse-tête. Mais l'homme qui attendait devant la Suédoise n'avait pas grand chose du grand criminel. Aimable, poli, il n'avait pas fait des siennes et l'avait suivi docilement. C'était presque trop facile.

Sigrid avait vite déchanté en constatant qu'au delà de son savoir vivre irréprochable, Hugo Chevalier n'avait aucunement l'intention de coopérer plus que ça : elle n'avait rien pu en tirer. Pas de noms, pas de lieux, de raisons à leur acte. Il n'avait fait que prier... ce qui, il fallait l'avouer, lui mettait les nerfs en boule. Elle s'était fait apporter son dossier et avait joint la personne qui s'était déjà occupé de lui, deux ans auparavant, à sa première... incartade : sa sœur. Peut-être que ça lui délierait la langue.

La rouquine avait raccroché, puis s'était mise à tambouriner des doigts sur le bois de son bureau, ne sachant pas trop comment réagir.


- Votre soeur va venir.

Le marmottement des prières ne s'était pas interrompu pour autant. La jeune femme frotta ses tempes douloureuses : elle sentait poindre une migraine. Pourvu qu'il n'essaie pas de l'endoctriner... Et enfin, la sœur était arrivée, accompagnée par un agent qui les avait bien vite laissés.

- Mademoiselle.

La correction était sortie presque machinalement, alors que Sigrid levait son nez du rapport qu'elle était en train de consulter, cherchant la moindre faille, n'importe laquelle. Les yeux bleus de la Suédoise rencontrèrent ceux de la femme qui lui faisait face, et elle sourit légèrement, comme pour atténuer la sécheresse de son premier propos. Sa voix avait un léger accent étranger.

- Excusez-moi, la journée a été difficile. Agent Andersson. Bonjour.

Elle se leva à demie et tendit la main à Claire Richards. Un bandage immobilisait son poignet, reste peu contraignant de l'accident de voiture causé par un de ses collègues quelques jours plus tôt. Sigrid se rassit. Elle l'observa quelque peu, sans vraiment s'en cacher, et intercepta le regard lancé à son frère, lu la fatigue sur son visage.

- Rien de trop grave.

Elle ne rentra pas dans les détails.

- Mais ce genre de... manifestations ne se fait généralement pas sans heurts. Mr Chevalier s'est laissé faire sans résister, ce n'est pas le cas de tous ses... collègues.

Celle qu'on nommait Ikea eut une moue:

- Votre frère n'a pas souhaité répondre à mes questions. Je lis dans son dossier qu'il en est à sa deuxième arrestation... Et dans ces conditions, je suis censée le mettre en garde à vue...au moins pour ce soir. Le reste sera décidé par mes supérieurs, mais ça ne s'annonce pas bien...

Quelque chose dans le regard du quadragénaire la mettait mal à l'aise, elle n'aurait sû dire quoi cependant. En temps normal, Sigrid n'aurait pas dû se poser de question : l'homme se condamnait par son silence, et le dossier était clair : s'il ne se tenait pas à carreaux, la prison l'attendait. Mais un je-ne-sais-quoi d'inexplicable l'avait poussé à appeler la soeur. L'espoir, sans doute, que sa présence fasse parler le prêcheur?

- Vous sauriez me dire, ou lui demander de me dire, depuis quand il fait partie de cette secte? Il n'a pas prononcé un mot en dehors de ses prières.
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Sam 18 Mar 2017 - 20:34



“L'Aeolisme est le culte qui regroupe le plus de fidèles depuis les années 40. La raison ? ”
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    Une petite tension chercha à s'installer. La situation était loin d'être évidente. Charadh n'en menait pas bien large. Elle avait été tellement loin de l'accusé ces derniers mois. Elle n'était pas certaine d'être en mesure d'arranger les choses cette fois-ci. Mais, cet homme était son frère et un sacro-saint devoir familial la ramenait à lui, comme à chaque fois.

    Pardon.

    Claire fit amande honorable d'un sourire respectueux. Elle comprenait fort bien le besoin d'affirmer son statut pour une femme aujourd'hui. Malgré ce que les manuels scolaires racontaient la société demeurait patriarcale. On reprochait encore aux femmes de vouloir être des êtres libres et indépendants. Charadh rencontrait d'ailleurs régulièrement des freins dans son métier à cause d'énergumènes énergumènes ultraconservateurs. Mais, à sa façon, elle menait le combat contre le sexisme, pour que ses enfants et tous les autres grandissent dans un monde plus juste.

    Claire. Richards. Je suis la sœur d'Hugo.

    La pièce dans laquelle ils se trouvaient était bien isolée. Ils n'entendaient pas ce qui se passait dans le reste du commissariat. Madame Richards se demanda combien d'autres membres de la manifestation se trouvaient entre ces murs. Elle essayait de juguler la nervosité qui avait tendance à monter, à l'idée de croiser ces extrémistes. Elle conservaient d'eux un très mauvais souvenir. Les camarades d'Hugo lui avait beaucoup compliqué la vie par le passé.

    Je comprends oui.

    Les nouvelles n'avaient elles malheureusement rien de surprenant. La famille Charpentier était déjà passée par tout cela. Claire appréhendait déjà le coup de fil que leur mère ne manquerait pas de passer dans la soirée. Hugo et sa sœur étaient des enfants de cultivateurs. Ils avaient grandis dans la campagne de l'arche française. Ils venaient d'un milieu modeste comme le disait si bien les médias. Pourtant, ils avaient eu un accès aux études. Ils avaient pu sortir de leur province et voir le monde. Leurs parents leurs avaient transmis des valeurs. Aucun d'eux ne comprenaient donc pourquoi, comment, les Aeoliens avaient procédés pour enrôler l'aîné.

    Oh non... La fileuse sentit le ciel écraser ses épaules.

    Elle se prit la tête dans les mains le temps d'accuser la nouvelle. Le cerveau en hyperactivité l'amenait à calculer les conséquences directes d'une incarcération. Hugo, lui, paraissait totalement imperturbable. Avait-il conscience de ce qui était sur le point de se jouer ? Claire fermait les yeux, essayant d'ignorer l'aeolien qui filtrait autour d'elle. Elle connaissait ces phrases par cœur à force de les avoir entendu. Elle savait aussi, sans le voir, qu'Hugo allait incliner son index vers le bas, puis le pouce droit, puis les faire se rejoindre au moment de dire : « Konsekrita »

    [...] vento konsekrita.

    Il n'y a aucun moyen d'empêcher une sanction ? Comme vous le dites, il n'a fait de mal à personne. Oui. Ça... Je peux vous le dire.

    La voix de la couturière resta en suspension dans l'air. Elle se redressa pour se donner un peu de contenance. Ses mains de fées se rejoignirent pour se raccrocher l'une à l'autre. Elle regarda son frère à la volée puis se racla la gorge, pour gagner encore une poignée de secondes. Cela n'avait jamais été facile de raconter. Les Chevalier partageaient un sentiment d'échec et de honte. A force d'entendre tout le monde dire qu'ils étaient responsables. De voir le village leur tourner le dos. Ils avaient fini par le croire eux aussi qu'ils étaient les coupables. Claire, elle avait eu la chance de partir pour une grande ville à son école. Là où personne ne la connaissait. Encore aujourd'hui très peu de ses proches connaissait la vérité.

    Ça a commencé quand il avait dix-sept ans. Une nouvelle famille est arrivée en ville.

    Avec un bon esprit de synthèse madame Richards rapporta les différentes étapes de la radicalisation de son frère. Bien entendu, au début personne n'y avait vraiment cru. Hugo était selon le sens commun : un bon gamin. Il n'avait pas fait d'histoire. Jusqu'en 1990 quand il avait brusquement quitté la ferme pour aller vivre avec ses "amis" dans les montagnes pour être en communion avec la nature. Ils n'avaient plus eu de nouvelles de lui pendant presque deux ans. Jusqu'à ce que les éoliennes de Troyes explosent. Hugo avait fait parti des suspects de cet acte de terrorisme. Leur parents avaient essayé de le ramener à la raison sans succès. Le jeune homme s'était enfui en arche belge.

    Ils ont même réussi à le faire aller à Paris, dans un centre de déradicalisation. Mais...

    Là encore, il n'y avait pas eu de résultat probant, puisque moins deux trois mois plus tard le frère partait carrèment à l'autre bout de l'archipel. Il semblait être revenu à la raison au moment de la guerre des Cultes. Peut-être parce que le conflit avait faillit atteindre sa famille ? Ou peut-être parce qu'il avait eu peur pour sa propre peau. Il aurait été diffcile d'avoir des réponses définitives sur ce qui se passait dans le crâne de cet homme. Il avait semblé faire amande honorable. Enfin, l'attaque de ce matin allait contre tout l'argumentaire de Claire.

    [...] vento konsekrita.

    La mélopée n'avait pas cessé. Tout comme le sourire de l'homme n'avait pas bougé. Il suivait la conversation des deux femmes sans y prendre part. Cependant, dans son regard, on pouvait deviner une lueur d’intelligence. Hugo ne pouvait pas se cacher derrière l'appauvrissement de l'esprit. Il était très lucide et comme les gens marginaux, détaché des contraintes et des règles de la société. C'était une liberté que la fileuse lui avait parfois envié.

    Je sais que c'est dur à croire, après tout ce que je raconte et ce que vous avez vu. Mais Hugo n'est pas un méchant homme. Que puis-je faire pour qu'il n'aille pas en prison ?

Charadh
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Lun 20 Mar 2017 - 22:47
Lorsque la jolie blonde s'excuse, la flic agite la main dans les airs, comme pour balayer le sujet - et sa gène en même temps. Elle n'aurait probablement pas dû réagir de cette manière, mais les habitudes avaient la vie dure, et elle répétait ce "Mademoiselle" depuis tellement longtemps que ça en devenait automatique.

Les yeux pâles de la Suédoise guettaient les réactions de son vis-à-vis à ses différentes affirmations. Elle s'appliquait à rester imperturbable, en débit du poids manifeste que la sentence qu'elle venait de prononcer faisait peser sur la nuque de Claire. Ses doigts jouaient machinalement avec un style, comme souvent lorsqu'elle était nerveuse et depuis qu'elle avait arrêté de fumer.

Elle avait l'impression de se retrouver dans un de ces vieux films noirs des années 50. Elle, dans le rôle du détective privé, asocial, désagréable, mais qui cache un coeur d'or, et Miss Richard, la soeur éplorée, venue supplier de sauver son frère. Sigrid imaginait parfaitement la scène, du bureau en bois un peu abîmé sur lequel traînait un verre de whisky et un cendrier rempli de mégots jusqu'à en déborder. Elle aurait les pieds sur la table, et un Fedora qui lui masquerait à moitié le visage. Elle aurait la voix rauque et assurerait que pour quelques billets, elle ferait tout pour éviter la prison à "ce cher Hugo." comme elle appelerait probablement l'aéolien qui priait toujours en fond sonore. Mais elles n'étaient pas dans un film. C'était la vraie vie et Sigrid se retrouvait pour la première fois face à un récidiviste et un de ses proches lui demandant d'interférer en sa faveur.


- Le fait qu'il n'ait fait de mal à personne ne veut pas dire qu'il n'avait pas l'intention d'en faire ou qu'il n'en aurait pas fait par accident ou en connaissance de cause si on ne l'avait pas arrêté avant.

Les mots sont il semblerait sans appel, bien que la voix soit douce. Il fallait que la soeur de Chevalier comprenne la situation avec laquelle se débattait actuellement Sigrid. Elle avait entre les mains un agitateur religieux qui refusait de coopérer, et qui avait déjà été condamné. Doucement, elle se pinça l'arrête du nez, un geste qui lui était familier lorsqu'elle réfléchissait avant de prendre une décision plus ou moins importante, et que tous ses proches savaient reconnaître. Mais des proches, dans cette pièce, il n'y en avait pas. Ni même dans cette ville, pour ce que ça valait. Elle releva les yeux vers Claire Richards, qui paraissait placer énormément d'espoir en sa petite personne, et écouta son histoire, au travers de celle de son frère.

Ladite histoire n'apporta pas de décisions.


- Vous êtes consciente que vous êtes en train de m'avouer que ça fait plus de vingt ans que votre frère est suspecté de terrorisme et d'agitation à caractère religieux?

Le ton était clairement sceptique. Sur la solvabilité du cas qui lui était tombé sur les bras. Si un tel passé était rapporté à un juge, l'homme n'avait aucune chance de revoir la lumière du jour à un moment. Mais ils avaient forcément fait leurs recherches, il y a deux ans, pour la première condamnation. Ils devaient le savoir et l'avoir excusé, ou avaient merdé sur toute la ligne. Chevalier aurait dû être en taule, et pas en liberté.

La flic jeta un oeil à l'interpellé qui priait toujours, et le stylo qu'elle tenait toujours vient frapper répétitivement le bord du bureau. Ce type n'était pas un simple d'esprit. Il refusait de répondre en toute conscience. Pourquoi? La question a 1 million.

La dernière phrase de son interlocutrice alluma une sirène. Jusqu'où était-elle prête à aller pour sauver son frère? Jusqu'où des flics comme celui qui l'avait reçu à la mort de sa mère la feraient aller? Quel était son prix? Elle chassa ces pensées sombres de son esprit.


- Ecoutez, Madame Richards, je ne dis pas qu'il est mauvais. Faire les mauvais choix ou suivre les mauvaises personnes, ça arrive à tout le monde. La justice est en général prête à accepter la rédemption, mais ce n'est manifestement pas le cas de votre frère. Son mutisme ne l'aide pas, ni son parcours, et encore je ferais comme si je n'avais pas entendu l'histoire que vous venez de me raconter.

Ce qui était définitivement mieux pour le frangin. vers qui la rouquine se tourna, dans une dernière tentative, l'air fatigué:

- Monsieur Chevalier. Je sais que vous comprenez votre situation. Votre soeur est présente et essaie de vous aider. Reconnaissez au moins ça, et pour elle, si ce n'est pour vous, essayez de me répondre, d'accord? Je ne peux pas vous aider si vous ne me donnez rien à quoi m'accrocher...
Avez-vous fait partie de la manifestation de ce matin de votre plein gré, ou y avez-vous été forcé d'une quelconque manière?


Sigrid ne s'attendait à aucune réponse, aucune interruption dans la litanie qui tournait en boucle depuis leur arrivée dans ce bureau. Cela aurait été un miracle, et elle était bien trop épuisée pour pouvoir accepter l'idée d'un miracle maintenant. Et même si la détresse de cette femme l'émouvait, en tant que flic, il n'y avait pas grand chose qu'elle puisse faire. Pas grand chose...
Red
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Dim 2 Avr 2017 - 18:37



“L'Aeolisme est le culte qui regroupe le plus de fidèles depuis les années 40. La raison ? ”
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    Claire n'avait rien à opposer de valable à son interlocutrice et elle le savait. Mais même sans ça son instinct lui dictait de continuer de défendre son frère. C'était ainsi, chez les Chevalier, on n'abandonnait pas l'un des leur. Elle cherchait un recourt pour faire entendre son point de vu à la jeune femme et la gagner à sa cause. S

    ... oui, peut-être...

    Aux paroles de l'agent une puissante lueur irradia les yeux verts de la fileuse. Elle se redressa sur son siège sous une surcharge d'énergie. Ses mains s'accrochaient au bureau avec détermination. Et elle s’engouffra par la porte de la raison. L'avenir d'Hugo dépendait des décisions qui seraient prises à la suite de cet entretien. Ils n'avaient pas le droit à l'erreur.

    Susceptible, oui, justement. C'est toute la nuance. Je vous assure, il n'est pas un extrémiste.

    Malheureusement même la plus puissante conviction de madame Richards ne pouvaient pas contredire les faits. Claire ne se rendait pas compte que son amour filiale l'aveuglait. Lewis avait plusieurs fois tenté de lui faire voir la réalité. Mais certaines choses restaient impossible à comprendre.

    Cela anéantirait notre mère... Je... Mon Dieu, je vous assure, on fait tout ce que l'on peut.

    Claire se rendait bien compte que sa défense n'était pas la bonne. Elle devait sans aucun doute s'estimer heureuse que la policière ne les dénonce pas ou fasse une autre action définitive sur le champ. Au moins, cette femme se montrait patiente et même compréhensive. Mais, cela n'allait peut-être pas suffire pour sauver notre homme d'une condamnation. L'enjeu était si grand. Cette fois la sœur ne pourrait pas sauver son frère contre son grès. Elle fit une rotation pour le voir. Il continuait ses prières. Toujours les mêmes satanées phrases.

    Sous la pression, la fileuse sentit la colère monter doucement. Elle voulait qu'Hugo prenne enfin la peine de se défendre, qu'il fasse quelque-chose. Elle était stressée et excédée de devoir supporter le poids d'erreurs qu'elle n'avait pas commises. Si elle en avait eu le courage, Claire aurait abandonné cet homme à ses responsabilités, une bonne fois pour toutes.

    Hugo... Bon sang ! Répond ! Le secoua-t-elle enfin.

    Les Chevalier étaient de nature plutôt douce et posée. Ils ne sortaient pas de leurs gonds facilement. Claire haussait rarement le ton sans avoir une raison. Elle préférait nettement le dialogue aux cris, qui ne fonctionnaient pas. Qu'elle agresse ainsi son frère démontrait que son angoisse avait dépassé un certain palier. Elle voyait le moment où des hommes allaient venir chercher Hugo pour le mettre en cellule.

    Ce fut peut-être cette peur qui incita l'accuser à stopper ses marmonnements. Il se tut enfin. Ses yeux se posèrent sur le visage de sa sœur pour la première fois. Il parut avoir un mouvement de conscience lorsqu'il découvrir l'étrange éclat dans son regard. Il pouvait ressentir la nervosité de Claire. Il devinait qu'elle n'était pas loin de céder à ses craintes. Cet état ranima son esprit pragmatique. Il se détourna lentement de la couturière pour fixer la femme rousse face à eux.

    C'est en effet de mon plein gré que je suis allé sur cette place.

    Oh non... Hug' L'interpellé leva une main pour stopper la critique sororale.

    Claire. Tout va bien. Laisse-moi parler. Je vais lui expliquer. Nous ne cherchons pas à faire du mal aux hommes. Nous voulons seulement les aider avant qu'il ne soit trop tard. Avant la Fin. Ils doivent savoir...

    C'est pas vrai... Souffla la couturière d'un air désespérée en retrouvant le discours allumé du Culte Aoelien.

    L'homme ne prêtait pas attention à tout ça, maintenant entièrement concentré sur son interlocutrice. Il ne montrait aucun signe de folie à présent. Au contraire, il était calme et très sûre de lui. C'était bien Hugo Charpentier. Il eu soudain l'air térriblement solenelle. Il tendit ses mains pour les rendre visibles sur la table. Sur chacun des dos de ces mains se dessinait les lignes d'un tatouage bleu. La rune représentait le dieu du vent, le Salvateur, l'appelait-on parfois.

    Le Monde va bientôt s'effondrer. A moins que nous fassions ce qu'il faut pour l'empêcher. Il est très important que les gens le comprenne.

    Madame Richards secoua alors doucement la tête. Elle passa une main nerveuse sur son visage pour se donner un peu de contenance.
Charadh
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Mer 12 Avr 2017 - 19:15
Qu'une mère se sente responsable de ce qu'étaient devenus ses enfants, Sigrid pouvait le comprendre. Non pas qu'elle ait des enfants elle-même, mais elle avait vu l'étincelle de fierté dans les yeux de sa propre mère lorsque après le décès de son père, ses notes étaient remontées. Quand elle avait obtenu son diplôme de secondaire, puis celui d'infirmière. Quand elle était venue à la fête de Noël du Södersjukhuset, et que les médecins comme les infirmières avaient parus avoir adopté sa fille et l'avoir intégré sans souci à leur fonctionnement. Et son sourire, le jour où Sigrid lui avait présenté son premier petit ami. Kristin aimait voir que sa fille s'en sortait. Qu'elle pouvait affronter la vie, s'en sortir seule et sans avoir de problèmes. Alors oui, la rouquine n'était pas surprise que si Hugo Chevalier se retrouvait en prison, ses parents ou sa soeur en sorte dévasté. Ils se demanderaient probablement ce qu'ils avaient raté, sans penser que c'était une question à laquelle il n'y avait pas de réponse. Les êtres humains font leurs propres choix, leurs propres erreurs, et suivent le chemin qu'ils veulent suivre. Rien de ce que pourrait dire ou faire sa famille ne permettrait à quelqu'un de vivre sa vie sans jamais faire une erreur. C'était ainsi.

La situation actuelle de l'Aéolien dépendait de lui, et de lui seul. Elle sourit doucement à la femme assise face à elle.


- Je sais. Mais des fois il n'y a rien que vous puissiez faire. Certaines choses ne dépendent pas de vous.

L'infirmière se retrouvait dans ce discours. Celle qui rassurait une mère angoissée d'avoir détourné les yeux un instant et laissé sa fille se cogner à une table.

Les prières continuaient, mélopée un peu étrange. Il ne répondait toujours pas... Mais cette fois Claire Richards était là. Et sa colère valait tous les déclencheurs du monde. Et, surtout, réussissait là ou les flics avaient échoués, là ou les psychologues avaient échoués, là ou tous avaient rencontré un mur. Elle avait réussi à le faire parler. En lui criant dessus, certes, ce qui était peu souvent la meilleure manière, mais hé! qui était-elle pour juger. Tant que la méthode apportait des résultats, la Scandinave n'allait pas se mettre à critiquer. Et après avoir posé son regard sur sa sœur, le prêcheur le détourna vers la flic qui s'était évertuée à essayer de lui extorquer une parole, autre que ces foutues prières.

Elle haussa un sourcil, cependant. Un instant, elle avait espéré qu'Hugo s'était rendu à cette réunion contraint et forcé par sa communauté, ou qu'il protégeait quelqu'un d'une manière ou d'une autre. Cela aurait rendu son cas bien plus simple, et surtout, bien plus sympathique face à un juré. Un léger soupir s'échappa des lèvres de la rouquine, qui tripotait la bande velcro qui maintenait son attelle en place. Elle craignait la suite.

Elle n'avait pas tord. Parce qu'Hugo Chevalier prêchait la fin du monde et se voyait comme annonciateur d'une catastrophe, qu'il devait partager afin de prévenir le monde. Et que ce genre de considération mettait clairement à mal sa décision d'éviter de rentrer dans un débat avec un fanatique religieux. Elle mourrait d'envie de lui agiter un texte sous le nez et de lui demander de pointer la ligne ou quelqu'un, il y a 3000 ans, avait écrit "21 mai 2017, fin du monde, tout le monde meurt." dans ces termes ou d'autres, tout aussi clairs. Elle mourrait d'envie de lui dire qu'il n'y avait pas de prophètes, pas de divination, pas de messages de l'au-delà. Que personne ne pouvait prédire la fin du monde, et que même la prédire ne changerait rien au destin de l'humanité. Sigrid avait tendance à penser que les gens pouvait avoir leur propre foi, mais que ce n'était pas une raison pour emmerder le monde avec.

Mais elle ferma les yeux et inspira, une fois, deux fois. Compta jusqu'à cinq, pour ne pas se laisser emporter par un éclat qui ferait mauvais genre. Elle devait essayer de le comprendre. Alors, le plus posément possible, elle déclara:


- Et vous ne croyez pas qu'il y a plus efficace pour communiquer que de créer une manifestation devant le Parlement en vitupérant contre le pouvoir politique en place?

Sa question resta en suspens quelques instant, alors qu'elle s'interdisait d'aller trop loin. Elle reprit, avec précaution.

- Monsieur Chevalier, vouloir avertir une population d'un danger, c'est louable. Mais l'enfer est pavé de bonnes intentions. Je suis certaine que des gens se sont penchés sur le problème que vous soulevez et tentent de le régler.

"De manière scientifique". Mais ça, elle ne le rajouta pas. Elle était au courant d'une arche effondrée, mais c'était à la communauté scientifique de régler le souci. La foi n'avait jamais sauvé personne. Sa présence, assise sur cette chaise au sein de Scotland Yard, en témoignait. Si un dieu, quel qu'il soit, veillait sur "son troupeau", ou il était particulièrement cruel, ou cela faisait bien longtemps, comme dans les histoires que sa mère lui racontait, petite, qu'il était endormi. Si la foi sauvait les gens, il n'y aurait pas de flic.
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Mer 19 Avr 2017 - 11:53



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    Hugo Chevalier se fendille d'un sourire conciliant pour la mécréante. La réaction de cette dernière n'était en rien surprenante. Les trois quart de la population mondiale ignorait ce qui se passait. La vérité était beaucoup trop dure à accepter. Le dénie était neuf fois sur dix la réaction à laquelle le pratiquant avait à faire. Il ne bougea pas d'un iota, toujours d'un calme olympien, malgré l'agacement des autres. Il se contenta de répondre au dernier argument.

    Les scientifiques sont au courant depuis des années. Mais les lobbies contrôlent l'information.

    Le gouvernement aussi était au courant. Jusqu'au Comité de supervision des Nations qui avait volontairement caché les faits après le passage de l'ouragan Ayo en juillet. Oui, les forces savaient et elles le gardaient pour elles. Ce n'était pas la première fois dans l'Histoire que les puissants taisaient un danger. Armageddon avait été prévu ! Mais, les dirigeants n'avaient rien dit. Hugo savait que son interlocutrice n'était clairement pas prête à faire face à l’accablante vérité.

    Bientôt les arches vont toutes se mettre à tomber.

    Charadh quitta sa chaise d'un bond, excédée et paniquée par ce qu'elle entendait. Ou plutôt par le niveau du délie dans lequel son frère s'était enfoncé. Elle le prit à parti les bras grands ouverts en signe d'exaspération.

    Tu te rends compte de ce que tu dis !

    Claire, je sais que tu as peur...

    Oui ! J'ai peur pour toi !! C'est insensé !

    L'homme accusé vira son attention sur la fliquette. Les coudes levés sur la table et les mains croisées, il avait une attitude d'attente. Tel qu'il l'avait anticipé la mère de famille reprit la parole dans l'espoir (faux) de le faire revenir à la raison.

    Tu as bien entendu Mad... Miss Andersson, non ? Ce n'est pas possible que personne ne surveille ça. Il existe des lançeur d'alerte. Hugo ! Ouvre les yeux. Tu passes pour un fou. Si tu continu sur ces délires il vont devoir t'incarcérer !! Est-ce que...

    La sonnerie d'un téléphone portable coupa la fileuse dans sa nouvelle diatribe. Claire était si choquée qu'elle eu un temps de latence avant de faire le lien entre ce son et son appareil de communication. Elle s'excusa auprès de l'agent qui était avec eux et attrapa le communicateur pour regarder le nom de l'expéditeur. Son cœur se contracta dans sa poitrine quand elle lu le nom de Carène Chevalier. Après un temps d'hésitation la blonde décida d'ignorer l'appel.

    Dans le mouvement pour aller chercher l'appareil madame Richards s'était rassise sur son siège. Une fois la pièce replongée dans le silence, l’irréalisme de la situation, sembla la frapper de plein fouet. Elle braqua ses yeux verts sur l'homme responsable de son état de découragement. Hugo ne démontrait aucun signe d'inquiétude, encore moins de repentie. Il irradiait de tranquillité. Charadh alla donc chercher le secours de la policière car elle était à court d'idées pour tirer son frère de là.

Charadh
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Sam 6 Mai 2017 - 23:37
Les lobbys. Belle excuse. Il est facile de se tourner vers ce genre d'explications pour pallier à un manque de fait. Les lobbys nous mentent. On nous cache la vérité. Bien sûr, que les gens mentent. Bien sûr, que tout le monde n'était pas au courant de tout. C'était probablement ce qui permettait au monde de tourner rond. Un éclair furieux passa dans les yeux de la flic. Un éclair non pas de colère, mais de frustration, de ne pas savoir quoi dire, ou quoi faire, de ne pas comprendre cet être, extra-terrestre, presque, de ne pas connaître les mots qui lui permettraient de s'ouvrir, de parler, de sortir de sa bulle. Elle s'en serait bouffé les jointures.

Elle s'obligea à prendre une inspiration, calme. Non, Sigrid, ne fait pas avaler sa cravate à ce gentil extrémiste religieux. Tu protèges et tu sers, les gens avec qui tu es d'accord comme les autres. Tout va bien se passer. L'échange entre Chevalier et sa soeur eut au moins le mérite de l'empêcher elle-même de faire un coup d'éclat. De l'empoigner par le col et de le secouer dans tous les sens en lui demande ou était son dieu, désormais, pour le sauver de sa colère scandinave et millénaire. Elle pencha le corps de quelques centimètres pour éviter le mouvement de bras exaspéré de Mrs Richards, qui décapita son pot à crayon. Discrètement, la rouquine se surprit à sourire. Il était bon, parfois, de pouvoir se défouler dans l'intimité de son esprit : ça évitait les avertissements. Que la soeur soit dans un tel état, ça n'était pas grave. Mais elle? Les flics se faisaient suffisamment cracher dessus par une certaine partie de la population, elle n'allait pas en plus donner des armes aux journalistes.

Les yeux de Chevalier se posèrent sur elle, attendant sa réaction. Sigrid se rejeta dans le fond de son fauteuil, faisant jouer les doigts de sa main immobilisée, soutenant son regard. Qu'attendait-il d'elle. Qu'elle calme la cadette? Qu'elle se comporte comme la sale païenne qu'il s'attendait à ce qu'elle soit?


- Et le monde comporte-t-il tant d'individus bons et admirables que vous cherchiez à les sauver en les prévenant? Ou iront-ils, alors, si la Terre est invivable et que les Arches condamnés à la chute? J'ai l'impression que ce que vous et vos amis avez essayé de créer, Mr Chevalier, c'est une émeute. Et si je ne peux pas vous faire enfermer pour vos croyances, je le peux pour incitation à l'anarchie.

La jeune femme avait prononcé ces mots avec un calme olympien, juste après que la sonnerie du téléphone de la soeur de l'interpellé ait retenti. Elle n'avait pas décroché, et de ce que Sigrid avait pu voir du coin de l'oeil, avait même paru gênée par l'appel. Elle s'était depuis rassise, découragée. C'était compréhensible. Malgré l'intelligence évidente d'Hugo Chevalier, il ne paraissait simplement pas comprendre les tenants et les aboutissants de sa présence ici.


- Vous avez déjà été en prison, Mr Chevalier?

La question avait été posée avec un joli sourire, presque innocent. La flic s'étonnait d'ailleurs d'être capable de jouer ce genre d'expression faciale, elle dont les lèvres avaient le plus souvent une moue boudeuse, ou un stoïcisme rageant. Elle s'empara d'un stylo, le coinça entre ses doigts et écrivit maladroitement quelques mots sur un carnet à l'allure officielle. Des recherches à faire. Puis, les yeux pâles de la flic alternèrent entre les deux frangins. Elle compatissait pour l'une, avait envie de bâillonner l'autre : cruel dilemme. Pour la femme assise face à elle, elle eut un vrai sourire, désolé.

- A mon échelle, il n'y a pas grand chose que je puisse faire. Vu l'état actuel du dossier et la... coopération de votre frère, à moins qu'on obtienne des éléments incriminants ou atténuants à l'interrogatoire des autres aéoliens qui ont atterrit ici...
Le juge ordonnera probablement un séjour dans un centre de déradicalisation, au minimum. Une peine de prison est possible. Probable. Si les choses vont jusqu'à un procès... Qui sait.


Ce qui posait problème, actuellement, c'était qu'il avait toute sa tête, et que donc, il était dans une organisation extrémiste en toute connaissance de cause. Il partageait leurs croyances.
Enfin... "posait problème" était un terme trompeur. En vérité, Sigrid n'était pas le moins du monde impliquée. Le reste regardait la famille. Elle pouvait très bien le foutre en garde à vue, fermer le dossier et congédier tout ce petit monde pour rentrer chez elle. Elle aurait tout de même fait son boulot. Une fois de plus, la flic se pinça l'arrête du nez, le regard perdu dans le vide. Et quand ses yeux retrouvèrent le chemin de la réalité, ce fut pour se planter dans ceux de l'agitateur :


- Dites-moi ceci, maintenant, Mr Chevalier. Est-ce qu'une croyance vaut le coup de perdre sa famille? De voir ses parents et sa soeur s'éloigner? De ne pas connaître ses neveux parce qu'on vous tient éloigné d'eux? La prison est un acte qui ne s'efface pas aussi bien qu'une nuit en garde à vous. Vous voulez être cet homme? Celui qui mets mal à l'aise, et à qui on évite de parler? Qui sonne à la maison de sa sœur en vain, parce qu'elle préfère faire semblant d'être absente que d'avoir à vous affronter?

Le visage de la rouquine n'exprimait rien. Ni compassion, ni intérêt. Les mots étaient déroulés les uns après les autres, implacables.

- Vous savez, mon but ce n'est pas de détruire vos croyances. Moi, personnellement, que vous sortiez libre ce soir, ou que vous preniez trois ans de prison, ça m'est égal. Je me dis juste que peut-être, au lieu de vouloir sauver la vie de gens qui vous sont inconnus et qui vous rient au nez, vous pourriez essayer de ne pas pourrir celle de votre sœur et de sa famille, ceux qui vous connaissent et vous aime.

La Scandinave ferma le dossier devant elle d'un coup sec, montrant qu'elle en avait fini avec la conciliation, à essayer de chercher des circonstances, d'essayer d'aider quelqu'un qui refusait qu'on l'aide.

- Maintenant, tout ça, ça vous regarde.
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Ven 19 Mai 2017 - 23:38



“L'Aeolisme est le culte qui regroupe le plus de fidèles depuis les années 40. La raison ? ”
Marek Halter




    La fratrie échangea un regard puis un sourire naquit que le visage de l'incriminer, un sourire amusé. Car si la situation actuelle le présentait comme un extrémiste dangereux face à une femme prônant l’apaisement, il n’était pas l’unique détenteur d’un passif. La seule différence étant que sa sœur Claire s’était illustrée dans le champ politique plutôt que dans le religieux. Cela leur faisait un point commun. Bien que ce ne soit pas le plus appréciable à imaginer dans une famille.

    Non, mademoiselle, je ne suis jamais allé en prison.

    Au cours de ses années d’études la fileuse s’était entichée d’un membre du Partie anarchiste parisien. (P.A.P) Celui n'existait plus vraiment depuis les années 2000. Elle s’était prit de passion pour les idées du fondateur. Pendant prés de trois ans Claire avait été un membre très actifs. Elle avait même passé quelques jours derrière les barreaux de la prison de Nanterre. Une erreur de jeunesse comme l'avait fait beaucoup de sa génération.

    «Le tribunal ! »

    Cette fois Hugo haussa un sourcil circonspect. Ce n’était pas qu’il avait peur. Mais le Culte avait quelques soucis financiers. Aller devant les juges allait coûter de l’argent. Cet argent il ne l’avait pas. Tout était parti dans le projet “L'Éveil” voté par les Sages. Ce n’était donc pas le moment d’attirer l’attention. Le croyant devait donc considérer les faits dans leur ensemble. Il pouvait sentir Claire en train de cogiter juste à côté de lui. Il pouvait facilement imaginer la conversation que leurs parents étaient en train d’avoir. Ce serait facile de se fondre dans la masse, comme il l’avait déjà fait.

    Vous avez raison Miss Andersson ce serait regrettable.

    Les yeux du Français furent attirés par le dossier clôt. Il cherchait un moyen de gagner la confiance de cette jeune femme. Ce n’était pas évident étant donné la position qu’elle avait adopté depuis le début de l’entretien. Mais, elle lui avait elle même fournit la clef de son “salut”. Il n’avait qu’à être convaincant. Il y avait pour cela deux techniques. En ex-manager Chevalier les maîtrisait. Il adopta une mine légèrement contrit. Il n’en fallait pas trop. Un revirement trop brusque paraîtrait suspect.

    Je ne voudrais pas être coupé de ma famille, non. Je sais que mes neveux m’en voudrait beaucoup. Si je veux un monde plus sûr c’est d’abord et avant tout pour eux. Pour qu’ils puissent grandir.

    Ces quelques mots suffirent à calmer la nervosité de la couturière assise près du menteur. Hugo employait les mots que sa sœur avait envie d’entendre. Claire de son côté avait tellement envie d’y croire qu’elle ne les remettait pas en question. Au contraire, elle les intégrait directement et laissa s’épanouir le soulagement. Instinctivement, la blonde cherchait à ramener son frère dans des pensées positives. De toute façon, elle n'avait pas d'autre possibilité pour le soutenir et l'aider.

     «Personne ne doute de tes intentions Hugue… Les enfants seraient heureux de passer plus de temps avec toi, tu le sais. Nous le serions tous. »

    Claire s'accrochait à cet espoir ténu. Elle n'avait pas d'autre choix. Ils ne pouvaient pas se permettre de repartir dans ces délies. Les choses avaient changées depuis leurs jeunes années. Madame Richards ne pouvait plus soutenir leurs parents comme elle l'avait fait la première fois. Elle avait fondé sa propre famille et ses enfants avaient besoin d'elle eux aussi.

     « Quand allons-nous savoir ce qu'il en est pour la suite ? »

    A présent qu'une lueur se voyait à l'horison Charadh n'attendait qu'une chose. C'était de pouvoir quitter cet endroit. Elle n'avait qu'une envie, rentrer chez elle, serrer ses enfants dans ses bras avant d'aller se confier à son mari. Ce genre de pensées très égoïste la faisait culpabiliser. Mais sans doute moins maintenant qu'elle avait vieilli. Quoi qu'il en soit, son frère semblait avoir comprit qu'il n'était pas seul. Peut-être était-ce le seul point positif de toute cette affaire.

    Oui, ais-je le droit de partir, maintenant ?
Charadh
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Sam 20 Mai 2017 - 1:56
"Vous avez raison"? Comment ça, "vous avez raison"? Il avait passé les trois quarts du temps à l'ignorer, puis à rester obstinément buté sur une idée fixe, et d'un coup, elle avait raison? Ce mea culpa puait un peu, non? Ses paroles avait-elles déclenché une épiphanie et lui avait fait trouver le salut, la rédemption, ou elle ne savait quoi d'autre? Elle était tentée d'y croire. Ce serait beau. La jeune femme cogitait, férocement. Si son passé d'infirmière lui avait appris quelque chose, c'était qu'un drogué en manque ferait tout pour avoir sa dose. Cela pouvait se transformer en principe plus général : quelqu'un qui a désespérément besoin de quelque chose fera tout pour l'obtenir. Tuer, voler, menacer... mentir.

Sigrid n'avait pas croisé des masses de fanatiques religieux, des vrais. Mais l'histoire et la littérature avait appris au monde de quoi ils étaient capable. Le Massacre de la Saint Barthélémy, les moines de Sade, Raspoutine, Hitler... Elle avait lu un jour une citation de Churchill qui lui revint en tête à ce moment précis : "Un fanatique est quelqu'un qui ne veut pas changer d'avis et qui ne veut pas changer de sujet". Elle avait essayé de lui faire changer d'avis, oui, naïvement, peut-être, pour aider cette femme qui paraissait complètement anéantie par la situation. Mais maintenant qu'il se ralliait à sa vision des choses, elle trouvait ça bizarre. Voire suspect. Aucune certitude, cependant, comment en avoir?

Mais l'agent Andersson n'était pas, de base, quelqu'un qui avait une grande foi en l'être humain. A tort, peut-être, elle voyait en premier le mauvais de l'Homme. Elle avait grandi avec cette pensée que peu importe les sourires qu'on pourrait lui faire, les coups de ceintures viendraient bien assez tôt. Et pour pallier à cette blessure qu'elle jugeait inévitable, la jeune femme n'accordait pas sa confiance facilement. Tout le monde ment, c'était son motto. Une sceptique, une vraie. Et c'était ce septicisme, qui ne croyait pas en cette illumination soudaine. C'était juste trop beau pour être vrai. Et l'expérience lui avait prouvé que si c'était trop beau pour être vrai, souvent c'était une illusion.

Mais il était doué. Il y avait un élan de sincérité dans sa voix, et la mention à ses neveux - la génération future, tout ça - était un ajout bien trouvé. Bluffait-il, réellement? Dans le doute, elle préféra voir le verre à moitié vide - voir complètement asséché. Voir ce type comme un menteur, un manipulateur de génie - de la graine de gourou. Mais ça marchait sur Mrs Richards, visiblement soulagée. Sigrid, elle, attendait de voir. Sa main valide tripota le coin du dossier, comme si elle était prête à le rouvrir - à faire des concessions. Elle aussi, elle pouvait jouer.

Lorsque l'inculpé lui demande, rebondissant sur les paroles de sa soeur, s'il pouvait être relaxé, la rouquine a un rire sans joie. Pressé. Trop. La... joie d'avoir accédé au pardon de sa soeur, probablement... Mouais.


- Oh, ce n'est pas si simple, malheureusement.

Ces mots s'adressaient plus à la soeur qu'au frère.


- Dans des situations comme ça, j'ai besoin de l'aval d'un supérieur pour relâcher un suspect. Le temps qu'on examine tous les témoignages et qu'on les recoupe, vous comprenez.


Rien n'était faux dans ce qu'elle disait, malgré la pointe de sarcasme qu'elle n'avait pas réussi à gommer. La Scandinave avait du mal à choisir entre l'empathie qu'elle avait pour la jeune femme et l'antipathie qui se manifestait dès qu'elle se concentrait de nouveau sur l'homme. Elle s'évertuait vraiment à ne pas rendre les choses personnelles, mais vu la tournure récente des évènements, ça devenait de plus en plus difficile. Sigrid croisa les jambes sous le bureau, se rejetant dans le fond de son fauteuil. Les yeux clairs étaient fixés sur Hugo Chevalier, et elle garda le silence, pendant un moment. Les secondes s'égrenèrent, se transformant en toute une minute.

- Le fait que vous me preniez pour une conne, c'est parce que je suis une femme, ou juste parce que je suis flic?

La voix était tranquille, et la phrase un constat. Attaquer, toujours, et toujours voire le pire dans l'être humain, le soupçonner de tout quitte à devoir faire machine arrière. C'était comme ça qu'on ne faisait pas d'erreurs graves. Comme relâcher un type qui dans deux semaines allait faire exploser une bombe devant le Parlement, pour punir les politiciens qui ne disaient pas au bon peuple la vérité. On ne progresse pas dans la police en était naïve.

- Vous vous dites que parce que j'ai été sympa et que je vous ais pas foutu direct au trou comme j'aurais dû le faire vu vos antécédents, vous pouvez vous payer ouvertement ma gueule, et jouer les repentis, c'est ça?

Le vocabulaire châtié était parti aux oubliettes, et la jeune femme s'en voulut. Elle faisait preuve, à son sens, d'un manque de professionnalisme blâmable. Mais Chevalier avait réussi à atteindre les limites somme toutes pas si lointaine de la rouquine, en lui courant aussi gentiment et aussi longuement sur le haricot. Patience est mère de sureté, disait-on, mais Sigrid avait épuisé ses réserves.
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Ven 26 Mai 2017 - 13:07



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    Claire avait posé la question tout en se doutant que la réponse ne serait pas forcément bonne. Elle ne connaissait rien au milieu policier, mais elle avait lus assez de romans du genre pour savoir que les suspects étaient rarement « innocents jusqu'à preuve du contraire ». cependant, elle-même, n'avait pas plus de marche de manœuvre. Elle acquiesça donc une fois encore avec la politesse qui était de mise.

    « Bien sûr, oui, je comprends. Est-ce que vous avez une idée du temps que cela va prendre ? »

    Il y avait des éléments très pragmatiques dans la vie de Mrs Richards à prendre en compte. Elle avait, en plus de son travail, une vie de famille à gérer. C'était un jour de semaine, les enfants étaient donc à l'école. Mais, il n'y avait pas que l'école, les activités, les devoirs, des choses qui prenaient du temps. La vie des enfants n'avaient pas à être chamboulée à cause de leur oncle.

    Charadh était en train d'élaborer le plan de secours de la soirée quand l'agent de police brisa le silence. La forme et le contenu de l'agression provoqua une vive surprise chez la fileuse. Elle ne s'attendait pas à ce que l'entretien prenne une tournure aussi vive. Estomaquée, elle ne sut comment réagir et se tourna plutôt vers son frère. Là, elle la vit, la petite lueur moqueuse dans le fond de son regard. Hugo ne cillait même pas sous l'attaque, aussi calme qu'un moine sur son rocher.

    Je ne vois pas de quoi vous voulez parler. D'ailleurs j'ai un énorme respect pour l'institution judiciaire. Je suis un militant pour la parité depuis des années.

    Monsieur Chevalier eu l’intelligence de ne rien afficher du tout. La mine toujours aussi placide, il observait la tornade rousse passer. Il savait que cette femme ne tenait encore rien de concret. Et il aurait un vrai plaisir à aller la saluer une fois qu'il serait libéré. Car, il allait être libéré, c'était une obligation. Hugo était peut-être un peu chagriné de devoir manipuler sa petite-soeur. Claire n'était pas en mesure de comprendre toute la teneur du combat, mais il avait besoin d'elle de son côté. Ce qui pouvait l'aider était de détourner l'attention vers un autre problème.

    Miss Andersson, votre colère n'a pas lieu d'être. Il y a seulement une différence de méthode, mais je crois que nous voulons tous les trois la même chose... un monde plus sûr. Sans... crise, sans guerres, sans mafias pour menacer nos concitoyens, ou de tueur en série. Voilà nos combats, Miss Andersson.

    Un frisson avait fait trembler les épaules de la fileuse à la mention du tueur en série. Une réaction, somme toute normale, quand on connaissait un peu cette affaire. En particulier, quand l'un de ses fils avait le même l'âge que les victimes... Les journaux l'avait surnommé le « Tueur d'Anges ». Le cas du jeune Thomas faisait beaucoup parler les gens, depuis quelques semaines. Mais, il était vrai aussi que les forces de police ne disait rien sur le sujet. Comme le prévoyait l'accuser Claire ne manqua pas d'être interpellée.

    « C'est vraiment horrible, oui. Ce fou... Est-ce que vous avez une idée de son identité ? »

    Mrs Richards n'était pas le genre de femme à apprécier les détails malsains glissé dans les journaux à scandale. Non, ce qu'elle avait envie de savoir c'est si ils devaient continuer d'avoir peur.
Charadh
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Lun 3 Juil 2017 - 15:47
Comment un frère et une sœur, élevés par les même parents, pouvaient être aussi différent et provoquer des émotions aussi radicalement opposés? Il était certain qu'étant fille unique, Sigrid ne s'y connaissait pas plus que ça en fraternité, et qu'il semblait logique que deux personnes avec des vécus différents ne se ressemblent pas, même en partageant le même code génétique. Mais tout de même : pourquoi avait-elle simplement envie d'offrir un thé à Claire, en lui assurant que tout allait bien se passer et qu'elle n'avait pas à s'inquiéter, et dans le même temps, d'encastrer la tête d'Hugo dans le plâtre du mur?

Elle ferma les yeux, une seconde, et prit une inspiration, avant de répondre, enfin à son interlocutrice :


- Honnêtement, je ne pourrais pas vous dire. La journée, très probablement, et peut-être celle de demain. Si tous les interpellés sont aussi peu coopératifs que votre frère...

Puis elle se tourna de nouveau vers l'aéolien, et son visage totalement inexpressif. En un instant, elle se vit, à sa place. Etaient-ils vraiment différents, au fond? Elle s'était appliquée, au cours de sa vie, à apprendre elle aussi à masquer ses émotions, afin de ne laisser personne rentrer dans sa vie, ou pire, dans sa tête. Alors, au final, où était la frontière? Qu'est-ce qui faisait qu'elle se considérait comme un être humain asocial, mais viable, et lui, comme une personne potentiellement dangereuse, avec en tous les cas un don pour la manipulation? Le fait qu'elle se tenait assise du "bon" côté du bureau, probablement. Elle n'aspirait pas au chaos, et n'avait jamais essayé le trifouillage mental pour obtenir ce qu'elle voulait. L'amour que sa sœur avait pour lui jouait sans doute énormément et lui offrait vraisemblablement une vraie marge de manœuvre. Ses yeux redevinrent froid alors qu'elle les fixait sur lui.

- Oh, je ne suis pas en colère. Pas encore. Mais si vous continuez comme ça, ça pourrait bien venir.

Et la mention au tueur en série. Du génie. Une partie de la flic admirait son aisance. Il naviguait dans la conversation en en évitant tous les écueils et en se dirigeant vers l'unique issue possible d'habiles coups de pagaie : sa libération. Elle le lut dans son regard : il savait qu'elle n'avait rien contre lui. Pour le moment... Parce qu'il y avait peut-être une chose qu'il n'avait pas anticipé. Le fait que quand on cherchait Sigrid Andersson, on la trouvait. Et là, dans ce bureau, face à eux, la Suédoise prit une décision : qu'elle allait tout faire pour le mettre hors-jeu... dans le sens le plus légal du terme. Au delà du fait qu'elle vivait clairement mal le fait qu'il se joue d'elle avec cette lueur de triomphe dans le regard, la rouquine n'aimait pas les pervers narcissiques. Et la façon dont Hugo manipulait sa sœur le plaçait pour elle dans cette catégorie. Elle tourna son visage vers Claire, avec un air désolé.

- Nous y travaillons, Madame. Les meilleurs agents de New Scotland Yard sont sur l'affaire. Mais le temps de la police serait bien mieux utilisé à se concentrer sur ces crimes, mais malheureusement, nous nous retrouvons actuellement à devoir gérer une trentaine d’hommes et de femmes comme votre frère, qui se paient notre tête et nous regarde nous débattre dans notre impuissance.

Ce n'était probablement pas tout à fait exact : elle doutait que les lieutenants dépêchés sur les crimes du "Tueur d'Anges" tel qu'il avait été nommé, aient en ce moment un aéolien en face d'eux. Ils avaient autre chose à faire, et heureusement pour la ville. Sigrid espérait que le tueur serait bientôt mis hors d'état de nuire. Elle-même n'avait pas d'enfant en âge d'être une victime, ni même n'en connaissait, mais elle préférait son lieu de vie dénué de tout psychopathe... même si c'était un doux rêves, vu les tordus qui parcouraient probablement les rues d'Edimbourg chaque jour.

Elle ignora superbement l'homme de foi, avant de rouvrir le dossier et d'y griffonner deux-trois choses avec difficulté, vu sa main immobilisée, et changea de sujet :


- Honnêtement, Mrs Richards, Mr Chevalier va très certainement passer le reste de la journée en garde-à-vue. Mais... vous n'avez pas à rester ici. Vous avez une vie, un travail, et n'avez pas à sacrifier, ni l'une, ni l'autre, pour l'erreur de votre frère. Nous vous appellerons dès que nous aurons du nouveau.

Au vu cependant de... l'attitude de Mr Chevalier, je vais probablement conseiller à ce qu'il soit placé en centre de déradicalisation. Pour lui donner les meilleurs chances, vous voyez. Ou à défaut, en liberté surveillée, et habite chez vous, si vous y consentez. Être proche de sa famille lui ferait probablement du bien.


Chevalier jouait les repentis? Il utilisait sa famille pour s'en sortir? Elle allait la lui coller au train, sa famille. Faire en sorte qu'il ne soit jamais tranquille. Et avec si possible un bracelet électronique et une assignation à résidence de 19h à 8h du matin. Une partie d'elle culpabilisait de refourguer une telle tâche à Claire, qui n'avait concrètement rien demandé. La famille ne demandait jamais rien. Mais parfois, ils n'avaient pas le choix.
Red
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Lun 10 Juil 2017 - 15:20



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Hugo Chevalier



    Claire ne pu masquer sa contrariété. Elle voyait cette infernale journée se profiler sous ses yeux. Elle avait un peu de mal à faire bonne figure. Ce n'était pas vraiment pour l'arranger, surtout qu'elle avait du travail par dessus la tête en ce moment. Elle sentait que son frère n'allait rien faire pour faciliter les choses et poindre ce genre de disputes dont elle avait horreur. Cela la fatiguait d'avance...

    « La journée... »

    Mademoiselle Anderssen vous ne pouvez reprocher à ces gens de se défendre. C'est un comportement naturel.

    Charadh était une personne sensée. Ses incartades de jeunesse étaient loin derrière elle. Écossaise par adoption, Claire était une bonne citoyenne. Elle s'impliquait dans la vie de son quartier. Elle faisait régulièrement des dons à des associations. La dernière chose qu'elle aurait voulue était de ralentir une enquête sur un fou furieux qui tuait des enfants innocents. Elle pouvait imaginer que la police n'avait pas des ressources à foison. Ça ne devait pas être des plus évident de couvrir la sécurité de toute une ville. En plus de ça Édimbourg était sous les projecteurs avec l'installation de l'Exposition Universelle, ce qui ne devait pas aider à l'apaisement général.

    « Oui... ils vous font perdre beaucoup de temps. » La couturière balança ensuite à son frère : « Imagines si ce fou s'en prend encore à un jeune ? À Colm ? Tu y as pensé ? »

    Personne ne va s'en prendre à Colm, Claire. Chevalier avait beau être catégorique, sa sœur ne se démontait pas devant lui.

    « Quand même, cette affaire... c'est important. »

    Le croyant acquiesça en arborant une mine grave. Il comprenait pourquoi sa sœur s'inquiétait autant. Mais Claire avait tout de même un tempérament de poule couveuse avec sa progéniture. Alors que, mise à part la tranche d'âge, Colm n'avait pas réellement de points en communs avec les victimes du tueur. Il n'y avait pas de raison qu'il soit la cible du malade mental. Cependant, Hugo n'insistait pas, son sang-froid aurait été interprété, et à juste titre, comme de l'indifférence.

    Il va de soi que l'agent Andersson devait rester focalisée sur l'affaire qui les réunissait tous les trois. Aussi le présumé coupable se garda de faire rebondir la conversation une fois de plus. De toute les façons, il pouvait deviner que sa victoire était faite. Oui, il avait remporté le premier round. Seul un léger et furtif pli au niveau de son front, marqua son agacement, face à la tactique de la rouquine. Cette femme n'allait pas abandonner facilement. Ce qui n'arrangeait pas les affaires de Chevalier.

    « D'accord. Votre collègue a bien prit tous mes coordonnées. » Charadh écouta consciencieusement le bilan de la policière. Elle jeta un regard de biais vers Hugo pour avoir sa réaction. Il allait également de soi, qu'entre les deux options, Claire s'arrangerait pour que son frère ne finisse pas enfermé. Elle devait avant tout voir ce que Lewis allait penser de l'idée. « Ce serait un bon compromis. »

    Au moins je verrais les gamins ! Cela faisait un moment qu'il n'avait pas vus les petits derniers. Il savait qu’Élise était trop entière pour qu'il en obtienne quoique ce soit. Par-contre son frère... Andrew Richards avait tout le potentiel pour devenir un Aoelien de talent.

    La remarque d'Hugo fit tout de même planer une petite ombre sur le front de Mrs Richards. Elle ne releva pas, encore incertaine sur l'attitude qu'elle devait avoir face à tout ceci. Mais, elle devait bien reconnaître, que la représentante de l'ordre avait fait preuve de doigté, surtout que son frère n'avait pas été des plus aidant. Ils avaient eu de la chance d'être tombés sur elle.

    « Merci pour tout mademoiselle. Vraiment ! Vous nous sauvez la mise. »

    C'est une belle preuve d'ouverture, oui.

    Pendant que Chevalier et Anderssen échangeaient, la couturière se dépêchait de rassembler ses affaires. Elle ne voulait pas perdre une minute. Fanny et Chloé l'avaient remplacé au pied levé et la patronne ne voulait pas les faire attendre. Une fois son sac en bandoulière à l'épaule, la veste sur le bras, Claire s'avança devant son aîné. Ils se regardèrent dans les yeux l'un l'autre. La blonde fût la première à faire venir un sourire sur son visage.

    « Alors... »

    ... à ce soir.

    « Voilà. » Claire se concentra ensuite sur la jeune femme assise derrière le bureau. Un sourire plus spontané et franc adoucie alors ses traits. Dans les yeux verts de la fileuse fusait tout à la fois : reconnaissance, gratitude, admiration. « Merci pour tout. »

    Enfin Mrs Richards pu quitter la Scotland Yard et essayer de reprendre le cours de sa vie.
Charadh
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