Une pièce pour une pièce, dans une pièce. | Saturn

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Dim 27 Nov 2016 - 21:42


Une pièce pour une pièce, dans une pièce.
feat. Saturn

      Sluuurp! Ce doux son de float aspiré avec un enthousiasme nouveau. Ou peut-être avec l'habituel. Qui sait vraiment...? Rare sont les experts la matière, mais peut être ceux-ci devraient-ils sortir un guide pour résoudre cette question. Ou non. Certains secrets sont fait pour le rester, après tout. Quoiqu'il en soit, ce float est contenu dans un verre et ce verre tenu par une paire de mains. Paire de mains qui appartiennent à Fawn. Depuis toujours, semble-t-il. Si vous vous posiez la question. Elles sont rapidement reconnaissables aux traces de cambouis qu'elle n'arrive pas à faire partir complètement avant les lendemains de réparations. Et ce, uniquement si celui-ci accepte de se montrer coopératif bien sûr. Car celui-ci peut avoir une rancune contre vous assez longtemps et décider de faire tache plus longtemps encore. Ces tâches, de vrais pots de col.

      Enfin, la n'est pas le sujet, en vérité. Il faut plutôt s'intéresser à son sourire qu'a ses mains noires de jais. Par jet. Son sourire lui est blanc. D'un blanc normal pour une suite de dents. Pas plus blanc que le commun des mortels mais elle les cache si souvent que les voir apparaître ainsi entre ses lèvres peut être... un événement à lui seul. La raison de cette démonstration? Elle a rendez-vous. Pas avec son médecin, et encore moins un éventuel prétendant. Non, elle a rendez-vous avec son idole. Et comme Fawn ne veut jamais rien faire comme les autres, ce n'est ni une actrice, ni une chanteuse. Non, c'est une mécano. Comme elle. Une super star rendue célèbre auprès des férus de boulons. Ou peut être juste d'elle. L'important c'est qu'elle a travaillé sur un des projets sur lesquelles Ridley fait des recherches depuis un bail. La téléportation. Autant dire qu'elle vendrait volontiers à sa mère pour quelques informations ou formules. Même si techniquement, elle n’est pas sûre que ça ait une quelconque valeur, pour être honnête. Mais une vie est une vie, après tout. De quoi au moins obtenir un indice.

      Alors quand la jeune femme a appris qu'un Venus PX-800 était en vente pas très loin, elle lui a écrit une lettre. A son idole, pas à sa mère. Une lettre écrite à la main. Ou plutôt au stylo. Elle n'est pas des fans hystériques qui iraient jusqu'à s'ouvrir pour calligraphier des lettres de sang. Non, elle s'est contentée d'une lettre simple où elle explique sa trouvaille. Et a proposé du même coup une rencontre, puisque le vendeur, en bon commerçant, à accepter de la lui réserver. Il faut dire qu'elle est sûrement l'une de ses meilleures clientes. Seulement cette fois, le prix et son irrépressible envie d'en savoir plus, ont su la faire résister à ce petit bijou de technologie. Qui n'a de bijou que l'adjectif, tant il fait partie des reliques de ce monde. Il a beau être rouillé et sûrement nécessité quelques heures de réparations, ça n'en reste pas moins une pépite pour toute personne douée d'une intelligence mécanique. Ahhh, le rêve! Dommage qu'il soit aussi cher. Et dommage qu'elle le cède ainsi sous couvert d'amitié. Mais parfois, certains sacrifices se valent. C'est donc avec l'adresse sous le coude qu'elle se retrouve à attendre, en sirotant son float. Qui ne contient pas de sirop, d'ailleurs, mais qu'elle sirote tout de même.

      Un peu plus loin, une des serveuses roule de table en table pour apporter leurs commandes aux clients. C'est une petite blondinette, certainement accro au sucre. Ou à tout autre substance en poudre blanche, à voir son énergie. Et surtout la tâche sur sa joue gauche. Fawn l'observe un moment, n'ayant rien de mieux à faire. Ou plutôt ne voulant rien faire d'autre. Jusqu'à ce que son verre n'émette un bruit de plus déchirant. Son float arrive sur sa fin. Bientôt il reposera en paix. C'est donc pour lui faire ses adieux qu'elle baisse les yeux sur lui. Le pauvre est à l'agonie. Un dernier sluuuurp, et c'en est finit de lui. Ses pensées parties vers le défunt float, la mécanicienne ne voit pas l'ombre nous approcher dans son dos.

      ▬ Je vous en remets un? qu'elle lui chante, avec enthousiasme.

      Et là c'est le drame.

      Parce qu'il faut jamais prendre un chat au dépourvu et espérer s'en sortir sans trop de dommages. Aussi Fawn s'est retournée si vite de surprise qu'elle en a fracassé la carafe de café qui se trouvait dans la main de la furtive serveuse. Qui n'a en réalité de furtive que l'inattention de la jeune femme. C'est une serveuse normale, quoique légèrement plus bruyante. Et Fawn, un chaton trempé de café, désormais. Voilà qui va arranger sa rencontre, tiens. Si au moins il servait des mets invisibles dans cet endroit, peut-être aurait-elle pu s'en sortir mieux. En attendant, la voilà qui se renfrogne à vue d'œil. Comme un pruneau sècherait. Puis tel un félin de bande dessinée laisse échapper :

      ▬ ...Je hais le café. Je hais les lundis.
Cheshire
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Mer 7 Déc 2016 - 10:08
Un Venus PX-800. Je ne pouvais m'empêcher de prononcer le mot à voix haute tandis que je cheminais dans la rue, savourant comment chaque syllabe roulait sur ma langue. C'était délicieux, meilleur encore qu'une bonne part de tarte à la banane. Ou peut-être pas, il ne fallait quand même pas pousser. Et puis, je n'allais pas la manger, cette pièce. Après tout, il était de mauvais ton de manger quelque chose que l'on pouvait comprendre. Heureusement que les bananes ne me tapaient pas la causette, tiens. Pour en revenir au sujet qui m'obnubilait depuis que j'avais appris la nouvelle : un Venus PX-800, bon sang ! Pas un 700 (ils étaient tout bonnement devenus introuvables), pas un 700-B (j'en avais déjà trois), et surtout pas un 900 (une catastrophe). Les 800 étaient réputés pour être le meilleur modèle, et j'étais impatiente de lui poser la question directement pour s'en faire une idée. De plus, voilà un morceau qui serait parfait pour Big Bob.

Ma venue à Édimbourg continuait de me surprendre, et j'étais de plus en plus curieuse de découvrir ce que ce voyage allait me réserver. Quand Mesa m'y avait envoyée pour l'exposition universelle, je m'étais d'abord dit que cela risquait de mettre un frein à mes recherches. Je ne pouvais tout de même pas te laisser tomber pour faire de la communication, Hailey ! Et puis je m'étais souvenue des instants que nous avions partagés sur l'Arche, qui ferait somme toute une bonne base d'où continuer ma quête pour ce coin du globe. J'y avais déjà fait une rencontre des plus intéressantes, Camille le sombre professeur, et qui sait comment allait se dérouler le rendez-vous du jour ? Si j'en croyais la lettre que j'avais reçue, il allait être des plus intéressants. Une lettre que je gardais dans une poche de mon manteau, et que j'appréciais relire depuis que je l'avais reçue. Envoyer une lettre, voilà qui n'était pas commun, de nos jours. Te rappelles-tu celles que nous nous envoyions, toi et moi ? Nous les faisions passer sous nos portes à l'Institut, et nous n'avions jamais cessé. Je les ai gardées aussi, bien sûr.

En franchissant les portes du diner, je sus que l'établissement allait me plaire. On s'y sentait bien, il dégageait une ambiance agréable, et l'atmosphère était...et bien, heureuse. Il était occupé par un grand nombre de clients à l'humeur joyeuse, et bourdonnait d'une joyeuse ambiance. L'odeur des pancakes et des burgers étaient alléchante, et j'étais en train de me demander pourquoi il n'était pas possible de mixer le tout afin de profiter de l'ensemble d'une seule lampée. Pour la science, bien entendu. Je saluai la brune en tenue de serveuse qui m'accueillit, un pot de café à la main. Bon, maintenant, trouver la bonne table. Et celle qui m'attendait, avec la précieuse pièce. Et si je ne me trompais pas, elle avait déjà pris son café. Et pas qu'un peu, la pauvre.

« Fawn ? » Je m'installai à sa table, tandis qu'une serveuse revenait avec des serviettes éponges. « Un milk-shake à la banane, s'il vous plaît. » Puis, à Fawn : « Je suis heureuse de te voir. Merci pour ta lettre, je l'ai encore ! On n'envoie plus assez de lettres, je trouve. C'est dommage. »

Et voilà qu'on m'apportait mon milk-shake. Je remerciai la serveuse, avant d'en slurper une première lampée. Il était parfait : onctueux, mais pas trop dense, goûteux, mais pas trop sucré. Du pur bonheur qui s'aspirait avec une paille ; tu aurais adoré, Hailey. Le jour où je te retrouverai, je t'emmènerai ici. Et puis nous irons sur la jetée, profiter de la marrée. Mais c'était un jour pour un autre jour.

« Ça va aller, avec le café ? Il faudrait inventer quelque chose pour ce genre de problème... Je me demande si on pourrait utiliser un Venus PX-800, d'ailleurs. Ou peut-être un 600, mais ça ne vaut pas les 800, surtout en ce qui concernant les stries. C'est super important, les stries. »

Ah ça, on ne plaisantait pas avec les stries.
Saturn
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Mer 28 Juin 2017 - 21:48

      Si Fawn n’aime pas le café, cela semble également ne pas être la tasse de thé de son interlocutrice bananophile. Son carburant, la banane. Son oxygène, la banane. Et il est fort à parier qu’elle aurait pu dresser un autel au nom de ce fruit, si cela avait été une idée qui lui traversait l’esprit. Pour autant, ce grain de folie dans les rouages de son esprit ne semble pas déranger Fawn plus que cela. Après tout, c’est le cas de tous les gens bien.

      ▬ Vous en avez une sur vous ?

      De là à savoir si c’est par jeu ou par volonté d’essayer qu’elle use de cette question, seule sa petite personne doit en avoir la réponse. Bien que celle-ci pourrait aisément être obtenue en l’interrogeant directement. Contrairement à Ms. Sullivan qui n’a guère besoin d’y être invitée pour tout commenter. Au plus grand plaisir de la plus jeune, qui n’est pas la plus douée pour la causette. Oh, elle l’a été un jour, c’est inscrit dans ses gènes, mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Le silence est devenu son mode par défaut, quand celui de Saturn semble être opposé. Pour autant, et ce malgré son débit de paroles prononcé, Fawn ne peut qu’opiner du chef pour montrer son accord.

      ▬ Comprendre la base pour pouvoir aller plus loin, c’est toujours le plus important, sinon on manque de fondations ! reprit-elle Rien de tel qu’une chevillette mal serrée pour détruire un bon ZV-649 ; je parle en connaissance de cause... Cela dit, ça fait de très beau feu d’artifices !

      Ces chevillettes de la mort ou de l’an, elle en serrerait bien autour du cou de certains… A commencer par la petite serveuse. Au moins en pensées. Surtout quand celle-ci l’entraine dans l’arrière-boutique. Pour la changer, en blouse de Diner. Bien soit, c’est mieux qu’une tenue couverte de café, certes… Grincheuse, elle obtempère pourtant, lâchant quelques grumble grumble au passage.

      Revenue à leur table, elle observe la structure qu’elle venait de créer. C’est tout simple mais efficace – comme la robe qu’on lui a prêté apparemment – mais il manque un élément essentiel : un élastique. Fawn retire donc celui qui retient ses cheveux pour le lui tendre, sans réfléchir plus. La bricole d’abord ! Avant que la blonde ne la reprenne sur les portails. Apparemment, ils travaillent sur des portails portatifs, avec la Mesa. Mais elle n’a rien entendu, bien sûr, sous peine de violence métaphorique. Et si elle se serait bien gardée de répondre à sa question en toute autre occasion, elle se prend à répondre.

      ▬ Je travaille aussi dessus, pour qu’ils soient transportables partout. Mais pour le moment… Disons qu’aucune des pommes que j’ai envoyées au travers n’est ressortie. Du moins, dans le même état… Et j’ai pas encore réussi à l’adapter au portal-gun… reconnait-elle, soupirant sur ses dernières paroles. C’est d’ailleurs en cherchant une pièce pour ça que je suis tombée sur le Venus PX-800 ! Et c’est pour ça que tu es ici, je vais t’y amener ! continue-t-elle d’une traite, aussi rare cela puisse être. C’est dans la boutique juste en face, suis moi ! Puis se retournant vers la serveuse, lui tendant quelques billets. Pour les milkshakes. Je reviendrai chercher ma tenue juste après, si ça vous va ?

      Oubliés les désagréments occasionnés, elle va faire découvrir le petit bijou qu’elle a découvert à une de ses modèles, autant dire que cela n’est plus dans ses priorités. Entrainant Summer derrière elle, elle traverse la rue pour pousser une porte en fer. Derrière la lumière grésille légèrement. Pour finalement révéler un grand hangar. Ou comme elle l’appelle bien plus souvent : la Caverne d’Ali Baba. Et de ses 39 voleurs. Toutes les pièces rares qu’elle a jamais trouvées viennent d’ici. Il lui a fallu chercher plusieurs heures parfois, certes, mais tout fini par se trouver ici ! Même un Venus PX-800 ; ce qui les intéresse aujourd’hui.

      Frappant trois coups contre l’une des boites à lettres de l’entrée, elle invoque le propriétaire. C’est du moins l’impression que cela donner. Sortant de nulle part, un petit homme d’un mètre quarante apparaît devant elle. Utilisant des lunettes pour le moins particulières, il zooma sur le visage qui lui est inconnu. Il l’observa longuement, grattant son menton.

      ▬ Bienvenues chez Moi. Fawn, qu’est-ce que je peux faire toi ?
      ▬ Je viens pour la pièce que tu m’as mise de côté !
      ▬ Oh, enfin les moyens ? Ou c’est pour ton amie ?
      ▬ Pour mon… amie.

      Ce dernier mot dans sa bouche sonne légèrement décalé. Cela fait longtemps qu’elle n’a plus appelé quelqu’un comme ça. Et surtout elle ignore si elle peut se le permettre. Après tout, ce n’est pas à elle d’en décider, si ? Qui décide de ces choses-là ? Quoi qu’il en soit, la Taupe se glissa de nouveau sous son comptoir et en ressorti cinq minutes plus tard. Couvert de suie et de bleus.

      ▬ Voilà la bête ! Je vous laisse admirer.

      Fawn se décale donc pour laisser la place à l’autre mécanicienne. Qu’elle vienne voir ce pourquoi elle s’est déplacée.

      ▬ Tada!

Cheshire
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Sam 8 Juil 2017 - 13:38
« J'ai toujours trouvé ça bizarre, le café. Bon, ça donne de l'énergie, ça tient réveillé, mais ce n'est pas très bon. Je préfère d'autres trucs. Genre les milk-shakes à la banane, c'est plein de protéine. Mais s'il faut vraiment en arriver là, tu peux toujours tremper ta banane dans ton café. Les bananes améliorent à peu près n'importe quoi, on devrait toujours en avoir une sur soi. »

Le café, ça avait toujours été ton rayon, Hailey. Tu carburais à ça, comme tout le monde dans le labo d'ailleurs. Même Cecil ne pouvait pas s'en passer, il disait que c'était ce qui lui donnait une voix aussi veloutée, et que Carlos n'auraient sûrement pas eu d'aussi beaux cheveux sans. Je ne voyais pas vraiment en quoi, scientifiquement, mais c'était possible. Tout était possible, quand on le voulait assez fort. Ce n'était pas pareil que ce qui était réel.

« Ah ça, faut pas oublier ce qui vient avant. Sans le discombulbateur à friction, on aurait jamais pu développer l'étrilleur atomique. Et quand l'atome nous lâche, on est toujours content de savoir comment s'en tirer avec la bonne vieille friction. Innover, c'est bien, mais ça ne veut pas dire qu'on doit oublier pour autant. Y a tellement de choses à savoir, c'est terrible d'en perdre en cours de route. C'est pour ça que les stries sont aussi importantes que le reste. Comme les chevillettes. Peu de gens pensent aux chevillettes. C'est dommage. Le monde serait meilleur si on serrait mieux les chevillettes, j'l'ai toujours dit. Y a rien de plus exaspérant que quelqu'un qui serre pas comme il faut ses chevillettes. »

J'avais l'habitude de passer d'un sujet à l'autre dans mes conversations comme dans ma tête ; laisser mon esprit suivre son cours, voilà ce qui fonctionnait le mieux. Ce qui n'était pas toujours évident pour mes collègues ou mes interlocuteurs, mais essayer de ralentir m'ennuyait, et lorsque je m'ennuyais, je devais aussi inutile qu'une chevillette sans serrage. Au moins, avec quelqu'un qui s'y connaissait comme Fawn, c'était plus facile : je ne me rendais pas vraiment compte de sa nervosité, et j'appréciais son enthousiasme. J'agitai joyeusement une main à l'intention de la serveuse qui emmenait la jeune femme, avant de m'absorber dans la contemplation de ce que j'avais à disposition sur la table, histoire de m'occuper. Quand ma nouvelle amie revint vêtue d'une robe propre, j'avais construit une petite structure en pailles, qui rappelait un peu ces anciennes peintures d'escaliers à l'improbable perspective tarabiscotée ; j'en étais au point d'y ajouter une catapulte à boulette de papier à l'aide d'un jeu d'élastiques.

« Sympa la robe, ça te va bien ! Est-ce que tu aurais un élastique ? Il m'en manque juste un, c'est bête. » Et cela ne me ressemblait pas : je ne me sentais pas moi-même, sans assez de bidules, de trucs et de machins. « Oh, tu dis ça, mais on travaille dessus, les portails portatifs. Mesa aimerait bien en arriver au stade où tout le monde pourrait avoir le sien chez soi, dans lequel se transporter facilement. Mais tu ne l'as pas entendu de moi, ou Cecil risque de me taper sur les doigts. Enfin, pas vraiment, mais métaphoriquement, c'est pas un homme violent. Il a failli s'évanouir en marchant sur un lego, une fois. C'est quelque chose qui t'intéresse, les portails ? »
Saturn
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Lun 31 Juil 2017 - 0:08

      Si Fawn n’aime pas le café, cela semble également ne pas être la tasse de thé de son interlocutrice bananophile. Son carburant, la banane. Son oxygène, la banane. Et il est fort à parier qu’elle aurait pu dresser un autel au nom de ce fruit, si cela avait été une idée qui lui traversait l’esprit. Pour autant, ce grain de folie dans les rouages de son esprit ne semble pas déranger Fawn plus que cela. Après tout, c’est le cas de tous les gens bien.

      ▬ Vous en avez une sur vous ?

      De là à savoir si c’est par jeu ou par volonté d’essayer qu’elle use de cette question, seule sa petite personne doit en avoir la réponse. Bien que celle-ci pourrait aisément être obtenue en l’interrogeant directement. Contrairement à Ms. Sullivan qui n’a guère besoin d’y être invitée pour tout commenter. Au plus grand plaisir de la plus jeune, qui n’est pas la plus douée pour la causette. Oh, elle l’a été un jour, c’est inscrit dans ses gènes, mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Le silence est devenu son mode par défaut, quand celui de Saturn semble être opposé. Pour autant, et ce malgré son débit de paroles prononcé, Fawn ne peut qu’opiner du chef pour montrer son accord.

      ▬ Comprendre la base pour pouvoir aller plus loin, c’est toujours le plus important, sinon on manque de fondations ! reprit-elle Rien de tel qu’une chevillette mal serrée pour détruire un bon ZV-649 ; je parle en connaissance de cause... Cela dit, ça fait de très beau feu d’artifices !

      Ces chevillettes de la mort ou de l’an, elle en serrerait bien autour du cou de certains… A commencer par la petite serveuse. Au moins en pensées. Surtout quand celle-ci l’entraine dans l’arrière-boutique. Pour la changer, en blouse de Diner. Bien soit, c’est mieux qu’une tenue couverte de café, certes… Grincheuse, elle obtempère pourtant, lâchant quelques grumble grumble au passage.

      Revenue à leur table, elle observe la structure qu’elle venait de créer. C’est tout simple mais efficace – comme la robe qu’on lui a prêté apparemment – mais il manque un élément essentiel : un élastique. Fawn retire donc celui qui retient ses cheveux pour le lui tendre, sans réfléchir plus. La bricole d’abord ! Avant que la blonde ne la reprenne sur les portails. Apparemment, ils travaillent sur des portails portatifs, avec la Mesa. Mais elle n’a rien entendu, bien sûr, sous peine de violence métaphorique. Et si elle se serait bien gardée de répondre à sa question en toute autre occasion, elle se prend à répondre.

      ▬ Je travaille aussi dessus, pour qu’ils soient transportables partout. Mais pour le moment… Disons qu’aucune des pommes que j’ai envoyées au travers n’est ressortie. Du moins, dans le même état… Et j’ai pas encore réussi à l’adapter au portal-gun… reconnait-elle, soupirant sur ses dernières paroles. C’est d’ailleurs en cherchant une pièce pour ça que je suis tombée sur le Venus PX-800 ! Et c’est pour ça que tu es ici, je vais t’y amener ! continue-t-elle d’une traite, aussi rare cela puisse être. C’est dans la boutique juste en face, suis moi ! Puis se retournant vers la serveuse, lui tendant quelques billets. Pour les milkshakes. Je reviendrai chercher ma tenue juste après, si ça vous va ?

      Oubliés les désagréments occasionnés, elle va faire découvrir le petit bijou qu’elle a découvert à une de ses modèles, autant dire que cela n’est plus dans ses priorités. Entrainant Summer derrière elle, elle traverse la rue pour pousser une porte en fer. Derrière la lumière grésille légèrement. Pour finalement révéler un grand hangar. Ou comme elle l’appelle bien plus souvent : la Caverne d’Ali Baba. Et de ses 39 voleurs. Toutes les pièces rares qu’elle a jamais trouvées viennent d’ici. Il lui a fallu chercher plusieurs heures parfois, certes, mais tout fini par se trouver ici ! Même un Venus PX-800 ; ce qui les intéresse aujourd’hui.

      Frappant trois coups contre l’une des boites à lettres de l’entrée, elle invoque le propriétaire. C’est du moins l’impression que cela donner. Sortant de nulle part, un petit homme d’un mètre quarante apparaît devant elle. Utilisant des lunettes pour le moins particulières, il zooma sur le visage qui lui est inconnu. Il l’observa longuement, grattant son menton.

      ▬ Bienvenues chez Moi. Fawn, qu’est-ce que je peux faire toi ?
      ▬ Je viens pour la pièce que tu m’as mise de côté !
      ▬ Oh, enfin les moyens ? Ou c’est pour ton amie ?
      ▬ Pour mon… amie.

      Ce dernier mot dans sa bouche sonne légèrement décalé. Cela fait longtemps qu’elle n’a plus appelé quelqu’un comme ça. Et surtout elle ignore si elle peut se le permettre. Après tout, ce n’est pas à elle d’en décider, si ? Qui décide de ces choses-là ? Quoi qu’il en soit, la Taupe se glissa de nouveau sous son comptoir et en ressorti cinq minutes plus tard. Couvert de suie et de bleus.

      ▬ Voilà la bête ! Je vous laisse admirer.

      Fawn se décale donc pour laisser la place à l’autre mécanicienne. Qu’elle vienne voir ce pourquoi elle s’est déplacée.

      ▬ Tada!

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Ven 4 Aoû 2017 - 14:26
Je ne savais pas trop d'où me venait mon obsession pour la banane. L'un des psychiatres de Mesa avait évoqué un complexe d’œdipe refoulé, ce qui m'avait bien fait rigoler quand j'avais pris la peine de me renseigner. Déjà parce que je ne connaissais pas mon père (parfois je me demandais même si j'en avais eu un ; je me demandais si c'était réellement nécessaire, quoi qu'en dise la biologie), ensuite parce que le médecin n'avait même pas pu regarder ma banane en face, au point de se demander ce qu'il pouvait bien faire de la sienne. La seule figure vaguement paternelle que j'avais dans ma vie, c'était le docteur Horst, qui avait vite vu que le toubib en question ne méritait pas vraiment sa place. Faut dire que j'en avais croisé, des médecins, des psys et tout ce qu'il y avait entre deux, depuis l'enfance. Pour s'assurer de mon bon développement, il paraît, vu mon background peu banal pour la simple raison que personne ne savait vraiment de quel background il s'agissait. Tout ce que je savais, pour ma part, c'était que ma vie avait réellement commencée quand tu m'avais trouvée, Hailey. Du coup, remonter plus loin était pour moi sans importance. Peut-être qu'on ne naissait vraiment que lorsqu'on avait trouvé la bonne personne, ou la bonne cause.

« J'ai déjà essayé d'améliorer le café en le touillant à la banane, mais les résultats n'étaient pas concluants. Pis c'est dommage de gâcher le fruit, et c'est pas pratique d'essorer une banane. J'travaille aux dernière modifications de mon extracteur de café : normalement ça devrait, ben, extraire le café de n'importe quelle boisson. J'en ai un peu marre de me priver des mélanges trop cool qu'on peut trouver, comme ceux avec de la guimauve ou de la citrouille juste parce que les gens se sentent obligés de ne les servir qu'avec une base de café. Et bien sûr que j'ai ma chevillette sur moi, j'me sentirais à poil, sinon. Mieux vaut oublier sa culotte que sa chevillette, j'l'ai toujours dit ! »

Je ne plaisantais pas avec les chevillettes. Avec les sous-vêtements non plus, mais eux, c'était parce qu'ils étaient rarement drôles de tout façon. Comme la plupart des obligations sociales auxquelles je me pliais avec la force de l'habitude sans pour autant jamais cesser de me demander pourquoi. Pourquoi avait-on décrété que manger les coudes sur la table, ce n'était pas poli ? Pour quelle raison avait-on décidé déposer les couteaux à droite et les fourchette à gauche ? Parfois, les origines des comportements et le domaine de la sociologie me confondaient bien plus que la plus ardues des sciences, notamment parce qu'il était moins facile de trifouiller les rouages de quelqu'un avant de lui donner un coup de clef à molette histoire de voir si ça marche mieux maintenant ; ou du moins, ce n'était pas très poli.

« Tu peux me tutoyer, hein ! Ou j'peux arrêter si ça te dérange, mais paraît que j'le fais avec un peu n'importe qui. Enfin surtout les gens que j'aime bien, et je t'aime bien, c'est décidé ! Et y a rien qui tient sans une bonne fondation. La fondation c'est, euh, la base. Mais les feux d'artifice, c'est chouettos aussi. Même si Carlos n'aime pas trop quand ça se produit dans le labo. Mais je crois qu'il a l'habitude. Pis pour trouver la bonne fondation, parfois faut tout casser avant pour le remonter après. Merci pour l'élastique ! »

Avec adresse, j'entortillai l'objet ici et là, m'assurant de sa capacité de tension et de la force dont il était capable. Puis je saisis un morceau de marshmallow qui baignait au fond de mon milk-shake déjà pratiquement vide, avant de le déposer sur ma petite invention. Puis d'une chiquenaude, j'enclenchai le mécanisme et la catapulte de pailles projeta sa charge, qui déclina un bel arc de cercle avant d'atterrir dans la boisson d'un autre clients, deux tables plus loin. Je me renfonçai aussitôt dans ma banquette, brandissant un menu à l'envers devant mon visage, laissant juste un œil dépasser : « Sorry dude... Mais ça peut qu'être meilleur avec un peu de guimauve, de toute façon. »

J'observai ma nouvelle amie -ça aussi, c'était décidé- qui semblait un peu plus à l'aise maintenant que la conversation était lancée, surtout sur un sujet aussi chouette. Déjà, elle était passé au tutoiement, et puis elle s'animait au fur et à mesure, oubliant l'incident du café et la robe de rechange. Une vraie mécano jusqu'au bout des ongles, pour qui rien d'autre n'existait une fois concentrée sur ses objectifs. J'étais intriguée par sa mention des portails, ne serait-ce que parce que Mesa se montrait extrêmement protectrice de sa création... Mais la société s'était assurée son monopole pour une bonne raison : la seule personne qui connaissait réellement leur origine avait disparue, et il ne restait plus que moi pour travailler sur ses fondations.

« Fais gaffe à pas te faire choper par Mesa, ils aiment pas trop les gens qui bricolent sur les portails. Après, c'est pas moi qui vais cafarder. Pour être honnête, j'suis même pas sûre de savoir comment ils marchent vraiment, de toute façon. J'me contente...de continuer le travail d'une amie. » Comme toujours, parler de toi me rendait triste, Hailey, mais t'éviter aussi. Alors je choisis de ne pas me laisser démonter, continuant la conversation. « T'as pu te dégotter un portail du coup ? Parce qu'on les vend une blinde aux particuliers, ces machins, et Mesa a pratiquement éradiquer leur marché noir avant même qu'il ne commence. Sans compter toutes les restrictions qu'ils ont conçues pour empêcher les p'tits malins de le trifouiller, ou de les copier. En tout cas, les rendre portables, c'est le rêve ! Et va falloir que tu m'en dises plus sur ce portal gun, ça a l'air géant ! Je me demande où sont arrivées les pommes, par contre... »

Peut-être t'avaient-elles trouvée, Hailey ? J'enverrais bien quelques bananes... Mais l'heure n'était pas au passé ; Fawn semblait de plus en plus impatiente à l'idée de me montrer sa découverte, et son enthousiasme faisait plaisir à voir. Je la suivis alors à l'extérieur, adressant un large sourire d'adieu à la gentille serveuse, avant de remercier ma comparse : « Merci pour le milk-shake dude, la prochaine tournée sera pour moi ! »

Puis j'entrai avec elle dans la caverne d'Ali Baba, ou ce qui devait s'en rapprocher le plus sur l'Arche. Je regardais tout autour de moi avec un air appréciateur, reconnaissant ici une pièce de seconde main d'un bidule à franges qu'on ne trouvait plus sur le marché depuis des années, là un sous-moteur B-38 qui semblait en parfaite condition, ce qui était étonnant lorsqu'on considérait le fait que la production avait été stoppée avant même sa commercialisation. Tous ces objets et plein d'autres vibraient d'une vie accumulée à travers les matériaux, dont je pouvais percevoir la chanson à travers mon don. C'était un véritable vivier de découvertes en devenir, un trésor de futures inventions, plutôt qu'un cimetière d'idées mortes.

« C'est trop cool ici ! » m'exclamai-je, ravie, avant de diriger mon attention sur le propriétaires des lieux, le petit homme qui nous avait faites entrer. Je me penchai et, fermant un œil, je dirigeai l'autre droit sur ses grosses lunettes pour mieux les observer. « Je kiffe les lunettes, dude ! »

Mais plus intéressant encore, voilà de contempler le Venus PX-800 ! Et lorsque Fawn me le présente, je ne perds pas de temps à la rejoindre dans son ravissement : « Wooooow ! »

J'en fais le tour avec précaution, n'osant pas le toucher, des fois qu'il tombe en miettes. Mais je m'aperçois bien vite qu'il est en bon état, authentique, et je peux presque le sentir m'appeler d'une voix enjôleuse. Sans vraiment m'en rendre compte, je commence à sautiller tout autour en battant des mains, avant d'attraper Fawn et de nous lancer dans une brève gigue impromptue suivie d'un gros hug ; puis je m'écarte, et m'approche un peu plus de la pièce, les yeux brillants.

« C'est magnifique ! Rien que de la voir, c'est magique ! Merci dude ! » Puis, à l'intention du petit homme : « Où est-ce que vous avez trouvé cette merveille ? »
Saturn
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Dim 17 Déc 2017 - 12:19

      Une chose est sure, mademoiselle Sullivan est volubile. A force d’extracteur de café, de bananes et autres sous-vêtements… Son débit de paroles est si impressionnant que la petit Fawn en perdrait presque le fil. Heureusement, avec comparse si bavarde, la plus jeune peu se contenter de réponses monosyllabiques, sans que cela ne paraisse étrange. Un savant équilibre, en somme. Equilibre qui est rapidement rétabli sur le plan hiérarchique, puisque la chercheuse l’autorise à la tutoyer. Plus que ça, elle décide qu’elle l’aime bien. Fawn n’a pas le temps de se demander quoi faire de cette information que l’autre est déjà passé à autre chose. Un commentaire sur l’importance des fondations, son attrait pour les feux d’artifice, la mention d’un certain Carlos, … Autant d’informations à assimiler alors que l’ainée est déjà passée à l’action avec sa catapulte.

      La sucrerie décrit une belle arabesque dans le ciel avant de finir sa course dans le verre d’un autre client. Devant une telle prouesse de visée, Ridley aurait bien applaudit, si elle ne se sentait pas obligée de suivre le mouvement de retrait. S’affaissant dans la banquette de faux cuir, elle retient un rire. C’est tellement idiot, pourtant elle ne peut s’en empêcher. La tête de l’homme ciblé a été tellement outrée que c’est plus fort qu’elle. Et l’excuse en demi-teinte de Sullivan ne fait qu’en rajouter une couche.

      Récupérant son élastique à cheveux –le méfait maintenant accompli –, elle écoute la mise en garde sans vraiment en tenir compte. Après tout, elle n’est plus à un problème près. Et surtout, pas du genre à se dégonfler au moindre danger. Pour autant, la blonde n’a pas l’intention de cafarder et c’est tant mieux. Car si Fawn n’est pas du genre à s’attaquer à ce genre de risques potentiels, je ne suis pas du même bois. Une question de priorités entre questions et attaques. Et la voir demander plus d’informations me met la puce à l’oreille, contrairement à ma petite Alice. L’appel de la mécanique est bien trop grand pour elle, quand bien même elle sait rester prudente.

      ▬ Je… Je suis tombée dessus. C’est la vérité, mais elle reste élusive volontairement. Ah ça… j’ai pu voir oui, pour les restrictions. Je dois bien avoir quelques cicatrices à cause de ces fichus protocoles mais rien ne me résiste ! énonce-t-elle simplement.

      Il n’y a pas réellement de vantardise dans sa voix, juste de la joie. Elle a passé tant d’heures sur ce projet que chaque avancée, même minime, représente une source de félicité certaine ! Et si elle n’a pas accès aux recherches initiales, elle dispose de deux sources de connaissances importantes. D’abord, la Potential Home, entre sa formation et les cerveaux qui y émulent. Ensuite sa propre habilité à la téléportation. En effet, elle avait rapidement pu se rendre compte que portails comme ombres, sont basés sur les mêmes principes. Tester ses idées était tout de suite plus aisé. La question était de savoir si la Mesa détenait également ce genre d’informations.

      ▬ J’espère qu’elles réapparaîtront quelque part, ce serait dommage d’avoir gâché autant de nourriture.

      Parce que des pommes, y en a pas mal qui y sont passé. Au kilo. La réflexion ne reste en suspens que très peu de temps, cependant, car il est enfin l’heure d’échanger le royaume des milkshakes pour la Caverne d’Ali Baba. Et pour cela, il leur suffit de traverser la rue. Laissant Sullivan s’émerveiller quelques minutes, la Taupe ne tarde pas à être invoqué par la benjamine. Et rapidement se retrouve devant elle le sacro-saint Graal. Un Venus PX-800 en parfait état.

      ▬ Je les vends aussi, contre une belle somme, si elles vous intéressent, mademoiselle. répond le gérant, tout sourire, après la remarque sur les lunettes.

      Il aurait vendu jusqu’au moindre de ses cheveux, si cela pouvait lui rapporter quelques billets supplémentaires. Cependant, c’est quelque chose de bien plus précieux qui tire actuellement des étoiles aux yeux des deux mécaniciennes. Plus que des étoiles, la blonde se met à danser, entrainant Fawn dans le mouvement avant de la prendre dans ses bras. Celle-ci reste interdite un moment, avant de réorienter son attention vers le duo qui discute à présent de l’objet de tous les désirs.

      ▬ Si je devais me rappeler d’où je trouve tout ce que j’ai ici, je m’en sortirais pas, mademoiselle. Et surtout, mieux valait ne pas le savoir. Je le vends normalement à £9 000, mais vu que vous avez l’air amie avec Fawn, je vous la fais à £6000 aussi. J’descendrai pas plus bas, inutile de marchander. termine-t-il avec toute l’amabilité dont il sait faire preuve, à savoir aucune.

      Bien sûr le même prix a été proposé à la plus jeune mais il fallait avouer qu’avec son salaire de domestique, quand bien même payé par les Lampeduza, cela reste hors de ses moyens. Comme bien souvent d’ailleurs.


Cheshire
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Jeu 21 Déc 2017 - 15:50
Il paraît que je parle beaucoup. Enfin, à ce qu'on me dit. Carlos et les autres me le font souvent remarquer, au labo. Surtout quand ils essaient de résoudre un calcul compliqué et que je leur mentionne les différentes vertus de la banane. Il faut dire qu'en-dehors de la science, ils sont rarement très volubiles, et je fais de mon mieux pour leur faire penser un peu à autre chose de temps en temps. C'est important, aussi, de ne pas passer tout son temps le nez dans les nombres et l’œil sur un microscope. S'aérer un peu la tête, il n'y a que ça de vrai pour repartir de plus belle ! C'est une des nombreuses choses que tu m'avais apprises, Hailey. Quand on passait des jours enfermées à Mesa, à travailler sur les portails, et que finalement tu relevais tes lunettes sur ton front, t'essuyais les yeux et me lançait d'un ton joyeux : « Summy, si on allait à la mer ? ». Alors tous mes soucis s'envolaient, c'était comme si tous mes nerfs se détendaient d'un coup, et après, on repartait revigorées, on trouvait la solution et la machine se relançait !

« Ah bon ? J'espère que tu ne t'es pas fait trop mal. » J'imagine bien que ce n'est pas arrivé littéralement, mais je ne peux pas m'empêcher de m'en amuser. J'apprécie de voir ma nouvelle amie sourire, se détendre. On dirait qu'elle n'en a pas l'habitude, et pourtant ça fait un bien fou ! Au fond, je ne m'intéresse pas tant que ça à la manière dont elle a pu récupérer un peu de technologie des portails. Moins j'en sais, moins j'ai à cacher à Mesa. Je ne suis pas très douée pour mentir, même si je sais parler. Et puis je ne voudrais pas que Cecil s'inquiète trop, notre chargé des relations publiques se fait vite un sang d'encre ; on pourrait y brancher nos stylos, on n'aurait plus jamais besoin de les changer. De plus, j'avoue que je me méfie un peu de Mesa, surtout depuis la Corée du Nord et ce qui t'est arrivé, Hailey. Je sais que les portails peuvent aider les gens, mais on dirait que ce n'est pas ce qui intéresse le plus la compagnie. Peut-être qu'il est temps que je m'en soucie, surtout si on veut éviter une catastrophe...et pour te retrouver. « De toute façon, personne ne peut vraiment opérer un portail à part moi. Depuis...depuis que celle qui les a inventés n'est...plus là, je suis responsable de faire fonctionner la pièce essentielle de chaque nouveau portail. C'est lié à l'énergie qui les anime, Hailey... Enfin je suppose que je ne suis pas supposée parler de tout ça. Mais... rien que le coup des pommes, cela n'aurait pas dû être possible. Je ne sais pas ce que tu as fait, mais ça m'intéresse. C'est une première.»

Il n'y aurait guère dû avoir de danger, car Fawn n'aurait pas normalement pu le faire fonctionner, même aussi erratiquement. Quand je dis que tous les portails dépendant de moi, ce n'est pas une exagération : je suis responsable de raviver l'étincelle de l'énergie de Hailey qui leur est intrinsèquement liée. Ils ne réagissent qu'à moi, ce qui ennuie un peu Mesa, mais qui me révèle indispensable à leurs yeux. Ta dernière astuce, Hailey, comme la clause en petits caractères en bas du contrat... Voulais-tu t'assurer qu'ils ne pouvaient pas tomber entre de mauvaises mains ? Chaque jour, je me demande si ces portails ne risquent pas d'être utilisés pour quelque chose de terrible... Mais je ne peux pas arrêter maintenant, j'ai besoin de tout ce support, si je veux te trouver un jour. Pour moi, c'est clairement le plus important. Et cela me conforte dans une chose: peut-être que d'une manière ou d'une autre, Fawn pourra m'y aider.

« Peut-être que ces pommes auront fait des heureux ! Je pense que les portails peuvent être utilisé pour faire de bonnes choses, pour aider le plus de monde possible... Mesa s'intéresse plus à les vendre cher, mais...je ne peux pas trop les quitter pour le moment. Mais j'aimerais pouvoir les démocratiser. Imagine : que tout le monde puisse s'en servir, aux quatre coins des cieux ! Pour transporter des gens, mais aussi des ressources, et peut-être même découvrir un nouveau monde, qui sait ! »

Je parle avec de plus en plus d'enthousiasme, comme à chaque fois que le sujet revient sur le tapis. Je songe à ce monde d'énergie que j'ai entr'aperçu, lors de l'incident de Pyongyang. Celui où je pense que tu as fini, Hailey, si ce n'est ailleurs. J'ai besoin d'y croire, et même sans ça, qu'y a-t-il de plus excitant que de découvrir un nouveau monde ? Je suis sûr que Fawn serait emballée elle aussi, je peux deviner qu'elle aspire à de nouvelles révélations, je reconnais l'étincelle dans ses yeux. Voilà pourquoi je l'ai trouvée instantanément sympathique. Peut-être bien que j'aurai l'occasion de lui en parler plus en avant, mais je me restreins pour le moment ; la prudence ne m'est pas naturelle, mais je commence à comprendre qu'elle est parfois nécessaire. En tout cas, avec cette caverne d'Ali Baba qu'elle me fait découvrir, elle ne peut que marquer des points ! Mes yeux passent d'un appareil à l'autre, d'une pièce à l'autre, d'un outil à l'autre, si vite que j'ai l'impression qu'ils vont me jaillir des orbites. Après ma petite danse improvisée -j'ai senti la petite tension chez ma nouvelle amie, et j'espère qu'elle ne m'en veut pas- je continue de trépigner comme une enfant dans un magasin de bonbons. Sauf que ce qu'il y a de bien avec la mécanique, c'est que ça colle moins au dent. Enfin, généralement.

« Vous êtes amis depuis longtemps ? » je demande au vendeur, dont je ne soupçonne pas la roublardise. Après tout, si c'est un ami de Fawn, je peux lui faire confiance, non ? On me dit aussi que je suis trop confiante, mais c'est parce que je n'aime pas perdre du temps avec la duplicité. Alors je pars du principe que les gens que j'apprécie vont se montrer francs avec moi, et Fawn n'a pas l'air de m'avoir amenée ici pour me faire arnaquer ! « Du moment que ça marche, peu importe où on les trouve, j'imagine. Woah dude, carrément ? Merci pour le prix ! Tu parles que je vais le prendre ! »

Je fouille dans une poche pour en sortir ma carte de crédit au nom de Mesa. La compagnie a toujours pourvu à mes besoins. Du coup, la notion d'argent m'est un peu nébuleuse, je dois bien l'avouer. Je ne me rends pas vraiment compte à quoi peuvent correspondre neuf ou six mille livres.

« C'est une bonne affaire non ? »
Je regarde Fawn, qui en sait sûrement plus que moi. « Ça fait combien en bananes ? »
Saturn
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