Une pièce pour une pièce, dans une pièce. | Saturn

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Dim 27 Nov 2016 - 21:42


Une pièce pour une pièce, dans une pièce.
feat. Saturn

      Sluuurp! Ce doux son de float aspiré avec un enthousiasme nouveau. Ou peut-être avec l'habituel. Qui sait vraiment...? Rare sont les experts la matière, mais peut être ceux-ci devraient-ils sortir un guide pour résoudre cette question. Ou non. Certains secrets sont fait pour le rester, après tout. Quoiqu'il en soit, ce float est contenu dans un verre et ce verre tenu par une paire de mains. Paire de mains qui appartiennent à Fawn. Depuis toujours, semble-t-il. Si vous vous posiez la question. Elles sont rapidement reconnaissables aux traces de cambouis qu'elle n'arrive pas à faire partir complètement avant les lendemains de réparations. Et ce, uniquement si celui-ci accepte de se montrer coopératif bien sûr. Car celui-ci peut avoir une rancune contre vous assez longtemps et décider de faire tache plus longtemps encore. Ces tâches, de vrais pots de col.

      Enfin, la n'est pas le sujet, en vérité. Il faut plutôt s'intéresser à son sourire qu'a ses mains noires de jais. Par jet. Son sourire lui est blanc. D'un blanc normal pour une suite de dents. Pas plus blanc que le commun des mortels mais elle les cache si souvent que les voir apparaître ainsi entre ses lèvres peut être... un événement à lui seul. La raison de cette démonstration? Elle a rendez-vous. Pas avec son médecin, et encore moins un éventuel prétendant. Non, elle a rendez-vous avec son idole. Et comme Fawn ne veut jamais rien faire comme les autres, ce n'est ni une actrice, ni une chanteuse. Non, c'est une mécano. Comme elle. Une super star rendue célèbre auprès des férus de boulons. Ou peut être juste d'elle. L'important c'est qu'elle a travaillé sur un des projets sur lesquelles Ridley fait des recherches depuis un bail. La téléportation. Autant dire qu'elle vendrait volontiers à sa mère pour quelques informations ou formules. Même si techniquement, elle n’est pas sûre que ça ait une quelconque valeur, pour être honnête. Mais une vie est une vie, après tout. De quoi au moins obtenir un indice.

      Alors quand la jeune femme a appris qu'un Venus PX-800 était en vente pas très loin, elle lui a écrit une lettre. A son idole, pas à sa mère. Une lettre écrite à la main. Ou plutôt au stylo. Elle n'est pas des fans hystériques qui iraient jusqu'à s'ouvrir pour calligraphier des lettres de sang. Non, elle s'est contentée d'une lettre simple où elle explique sa trouvaille. Et a proposé du même coup une rencontre, puisque le vendeur, en bon commerçant, à accepter de la lui réserver. Il faut dire qu'elle est sûrement l'une de ses meilleures clientes. Seulement cette fois, le prix et son irrépressible envie d'en savoir plus, ont su la faire résister à ce petit bijou de technologie. Qui n'a de bijou que l'adjectif, tant il fait partie des reliques de ce monde. Il a beau être rouillé et sûrement nécessité quelques heures de réparations, ça n'en reste pas moins une pépite pour toute personne douée d'une intelligence mécanique. Ahhh, le rêve! Dommage qu'il soit aussi cher. Et dommage qu'elle le cède ainsi sous couvert d'amitié. Mais parfois, certains sacrifices se valent. C'est donc avec l'adresse sous le coude qu'elle se retrouve à attendre, en sirotant son float. Qui ne contient pas de sirop, d'ailleurs, mais qu'elle sirote tout de même.

      Un peu plus loin, une des serveuses roule de table en table pour apporter leurs commandes aux clients. C'est une petite blondinette, certainement accro au sucre. Ou à tout autre substance en poudre blanche, à voir son énergie. Et surtout la tâche sur sa joue gauche. Fawn l'observe un moment, n'ayant rien de mieux à faire. Ou plutôt ne voulant rien faire d'autre. Jusqu'à ce que son verre n'émette un bruit de plus déchirant. Son float arrive sur sa fin. Bientôt il reposera en paix. C'est donc pour lui faire ses adieux qu'elle baisse les yeux sur lui. Le pauvre est à l'agonie. Un dernier sluuuurp, et c'en est finit de lui. Ses pensées parties vers le défunt float, la mécanicienne ne voit pas l'ombre nous approcher dans son dos.

      ▬ Je vous en remets un? qu'elle lui chante, avec enthousiasme.

      Et là c'est le drame.

      Parce qu'il faut jamais prendre un chat au dépourvu et espérer s'en sortir sans trop de dommages. Aussi Fawn s'est retournée si vite de surprise qu'elle en a fracassé la carafe de café qui se trouvait dans la main de la furtive serveuse. Qui n'a en réalité de furtive que l'inattention de la jeune femme. C'est une serveuse normale, quoique légèrement plus bruyante. Et Fawn, un chaton trempé de café, désormais. Voilà qui va arranger sa rencontre, tiens. Si au moins il servait des mets invisibles dans cet endroit, peut-être aurait-elle pu s'en sortir mieux. En attendant, la voilà qui se renfrogne à vue d'œil. Comme un pruneau sècherait. Puis tel un félin de bande dessinée laisse échapper :

      ▬ ...Je hais le café. Je hais les lundis.
Cheshire
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Mer 7 Déc 2016 - 10:08
Un Venus PX-800. Je ne pouvais m'empêcher de prononcer le mot à voix haute tandis que je cheminais dans la rue, savourant comment chaque syllabe roulait sur ma langue. C'était délicieux, meilleur encore qu'une bonne part de tarte à la banane. Ou peut-être pas, il ne fallait quand même pas pousser. Et puis, je n'allais pas la manger, cette pièce. Après tout, il était de mauvais ton de manger quelque chose que l'on pouvait comprendre. Heureusement que les bananes ne me tapaient pas la causette, tiens. Pour en revenir au sujet qui m'obnubilait depuis que j'avais appris la nouvelle : un Venus PX-800, bon sang ! Pas un 700 (ils étaient tout bonnement devenus introuvables), pas un 700-B (j'en avais déjà trois), et surtout pas un 900 (une catastrophe). Les 800 étaient réputés pour être le meilleur modèle, et j'étais impatiente de lui poser la question directement pour s'en faire une idée. De plus, voilà un morceau qui serait parfait pour Big Bob.

Ma venue à Édimbourg continuait de me surprendre, et j'étais de plus en plus curieuse de découvrir ce que ce voyage allait me réserver. Quand Mesa m'y avait envoyée pour l'exposition universelle, je m'étais d'abord dit que cela risquait de mettre un frein à mes recherches. Je ne pouvais tout de même pas te laisser tomber pour faire de la communication, Hailey ! Et puis je m'étais souvenue des instants que nous avions partagés sur l'Arche, qui ferait somme toute une bonne base d'où continuer ma quête pour ce coin du globe. J'y avais déjà fait une rencontre des plus intéressantes, Camille le sombre professeur, et qui sait comment allait se dérouler le rendez-vous du jour ? Si j'en croyais la lettre que j'avais reçue, il allait être des plus intéressants. Une lettre que je gardais dans une poche de mon manteau, et que j'appréciais relire depuis que je l'avais reçue. Envoyer une lettre, voilà qui n'était pas commun, de nos jours. Te rappelles-tu celles que nous nous envoyions, toi et moi ? Nous les faisions passer sous nos portes à l'Institut, et nous n'avions jamais cessé. Je les ai gardées aussi, bien sûr.

En franchissant les portes du diner, je sus que l'établissement allait me plaire. On s'y sentait bien, il dégageait une ambiance agréable, et l'atmosphère était...et bien, heureuse. Il était occupé par un grand nombre de clients à l'humeur joyeuse, et bourdonnait d'une joyeuse ambiance. L'odeur des pancakes et des burgers étaient alléchante, et j'étais en train de me demander pourquoi il n'était pas possible de mixer le tout afin de profiter de l'ensemble d'une seule lampée. Pour la science, bien entendu. Je saluai la brune en tenue de serveuse qui m'accueillit, un pot de café à la main. Bon, maintenant, trouver la bonne table. Et celle qui m'attendait, avec la précieuse pièce. Et si je ne me trompais pas, elle avait déjà pris son café. Et pas qu'un peu, la pauvre.

« Fawn ? » Je m'installai à sa table, tandis qu'une serveuse revenait avec des serviettes éponges. « Un milk-shake à la banane, s'il vous plaît. » Puis, à Fawn : « Je suis heureuse de te voir. Merci pour ta lettre, je l'ai encore ! On n'envoie plus assez de lettres, je trouve. C'est dommage. »

Et voilà qu'on m'apportait mon milk-shake. Je remerciai la serveuse, avant d'en slurper une première lampée. Il était parfait : onctueux, mais pas trop dense, goûteux, mais pas trop sucré. Du pur bonheur qui s'aspirait avec une paille ; tu aurais adoré, Hailey. Le jour où je te retrouverai, je t'emmènerai ici. Et puis nous irons sur la jetée, profiter de la marrée. Mais c'était un jour pour un autre jour.

« Ça va aller, avec le café ? Il faudrait inventer quelque chose pour ce genre de problème... Je me demande si on pourrait utiliser un Venus PX-800, d'ailleurs. Ou peut-être un 600, mais ça ne vaut pas les 800, surtout en ce qui concernant les stries. C'est super important, les stries. »

Ah ça, on ne plaisantait pas avec les stries.
Saturn
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Mer 28 Juin 2017 - 21:48

      Le café. Quelle invention étrange. Qui s’est donc dit un jour « Tiens, carbonisons des baies, pour en faire une décoction » ? Et surtout, qui avait été l’idiot pour lui répondre que c’était assurément une bonne idée ? Fawn ne comprendra jamais. Elle est consciente de l’effet d’éveil de la mixture mais elle ne supporte ni l’odeur, ni le gout. Et aujourd’hui, elle peut ajouter l’aspect liquide à la longue liste. S’il avait été de cube, solide, elle ne se serait assurément pas prise une telle douche. Et elle ne jouerait pas les grumpy cat de la sorte non plus, alors que la petite tête blonde tente d’éponger sa tenue. Mais le café est liquide, alors c’est exactement ce qu’elle fait. Avant d’entendre son nom prononcé derrière elle par une voix féminine.

      Ses yeux s’écarquillent alors comme si cela allait aider à absorber le café. Ce n’est pas le cas. Elle lève donc son regard pour observer la demoiselle qui vient de s’assoir sur la banquette de cuir face à la sienne. Aucun doute, c’est bien Summer Sullivan. Elle baisse de nouveau les yeux sur sa tenue. Bravo pour la première impression… Bien que celle-ci ne semble pas plus que ça s’offusquer de sa présentation. En effet, elle a déjà pris ses aises et commande à l’autre serveuse un milkshake à la banane ; avant de se rintéresser à la mécano encaféinée.

      ▬ Je… Je trouve aussi ! Avec la technologie, on oublie souvent les anciennes techniques, mais c’est elles qui nous en apprennent le plus et…

      Elle se coupe dans son élan. Elle est toujours debout, une serviette éponge sur le ventre et elle commence déjà à déblatérer sur la magie des vieilles pièces. Sur l’importance de connaitre le passé pour forger un futur plus solide. Elle se fait violence pour s’arrêter là. Et la scientifique de renom face à elle profite de ce silence pour lui demander si ça va aller avec le café. Cela ne semble pas être une attaque, mais une véritable question. La tendance à digression qui s’en suit annonce, de plus, qu’elle n’est apparemment pas la seule à faire cela. Fawn se détend un peu.

      ▬ Les stries, et la chevillette de serrage ! Faut pas oublier la chevillette de serrage ! ajoute-t-elle.

      Combien de fois l’avaient-ils oublié en cours de mécanique avec Mason, tout ça pour se voir couvert de cambouis à devoir changer toutes les courroies ? Bien trop souvent pour qu’elle oublie encore de vérifier cet élément-là. Non vraiment, les stries ésont importants mais cette pièce là… Un Enfer, sans. Pourtant, alors qu’elle commence à oublier l’énorme tache brûlante qui trempe les cinquante pourcents de ses habits, la serveuse, elle, s’obstine. Ne réussissant pas à magiquement la faire disparaître ou la sécher d’un coup de baguette magique, elle s’excuse auprès de l’invitée de Fawn et traine celle-ci dans les vestiaires. Sans vraiment lui demander son avis.

      La serveuse en question s’appelle Charlie, à en croire son tag.

      ▬ Je suis vraiment désolée ! Je vais faire sécher vos vêtements. Prenez donc une de mes blouses le temps de votre rendez-vous !

      Un tout autre jour, Fawn l’aurait certainement envoyé jouer près de l’autoroute VAPs, mais Summer Sullivan l’attend. Pas le pape, pas Ronald MacDonald, mais bel et bien la très reconnue scientifique de la Mesa. Aujourd’hui elle peut accepter le café. Elle peut même accepter le lundi. Alors une blouse, ça devrait faire l’affaire. Surtout si elles rechangent au moment de l’addition. Elle retire donc pantalon et gilet, et troque le tout contre la petite robe turquoise qu’on lui tend. Surprenamment, cette tenue lui va comme un gant. Elle accentue même un coté poupée qu’elle tache habituellement de faire disparaître.

      Une fois changée, elle retourne donc à sa table. La scientifique s’y trouve toujours. Soupir de soulagement. Elle s’approche discrètement, presque gênée de se présenter dans pareil tenue en dehors d’une mission, et tente de se justifier, tenant d’une main l’un des godets.

      ▬ Eh… La serveuse a insisté pour que j’enfile une de ses tenues le temps que la mienne sèche…

      Décidément, cette rencontre ne se passe pas du tout comme elle avait pu le prévoir. Les imprévus de la vie. Pour autant, elle ne perd jamais le nord, en bonne chercheuse, elle aussi.

      ▬ Avec des portails portatifs, j’aurais pu aller simplement me changer !
Cheshire
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Sam 8 Juil 2017 - 13:38
« J'ai toujours trouvé ça bizarre, le café. Bon, ça donne de l'énergie, ça tient réveillé, mais ce n'est pas très bon. Je préfère d'autres trucs. Genre les milk-shakes à la banane, c'est plein de protéine. Mais s'il faut vraiment en arriver là, tu peux toujours tremper ta banane dans ton café. Les bananes améliorent à peu près n'importe quoi, on devrait toujours en avoir une sur soi. »

Le café, ça avait toujours été ton rayon, Hailey. Tu carburais à ça, comme tout le monde dans le labo d'ailleurs. Même Cecil ne pouvait pas s'en passer, il disait que c'était ce qui lui donnait une voix aussi veloutée, et que Carlos n'auraient sûrement pas eu d'aussi beaux cheveux sans. Je ne voyais pas vraiment en quoi, scientifiquement, mais c'était possible. Tout était possible, quand on le voulait assez fort. Ce n'était pas pareil que ce qui était réel.

« Ah ça, faut pas oublier ce qui vient avant. Sans le discombulbateur à friction, on aurait jamais pu développer l'étrilleur atomique. Et quand l'atome nous lâche, on est toujours content de savoir comment s'en tirer avec la bonne vieille friction. Innover, c'est bien, mais ça ne veut pas dire qu'on doit oublier pour autant. Y a tellement de choses à savoir, c'est terrible d'en perdre en cours de route. C'est pour ça que les stries sont aussi importantes que le reste. Comme les chevillettes. Peu de gens pensent aux chevillettes. C'est dommage. Le monde serait meilleur si on serrait mieux les chevillettes, j'l'ai toujours dit. Y a rien de plus exaspérant que quelqu'un qui serre pas comme il faut ses chevillettes. »

J'avais l'habitude de passer d'un sujet à l'autre dans mes conversations comme dans ma tête ; laisser mon esprit suivre son cours, voilà ce qui fonctionnait le mieux. Ce qui n'était pas toujours évident pour mes collègues ou mes interlocuteurs, mais essayer de ralentir m'ennuyait, et lorsque je m'ennuyais, je devais aussi inutile qu'une chevillette sans serrage. Au moins, avec quelqu'un qui s'y connaissait comme Fawn, c'était plus facile : je ne me rendais pas vraiment compte de sa nervosité, et j'appréciais son enthousiasme. J'agitai joyeusement une main à l'intention de la serveuse qui emmenait la jeune femme, avant de m'absorber dans la contemplation de ce que j'avais à disposition sur la table, histoire de m'occuper. Quand ma nouvelle amie revint vêtue d'une robe propre, j'avais construit une petite structure en pailles, qui rappelait un peu ces anciennes peintures d'escaliers à l'improbable perspective tarabiscotée ; j'en étais au point d'y ajouter une catapulte à boulette de papier à l'aide d'un jeu d'élastiques.

« Sympa la robe, ça te va bien ! Est-ce que tu aurais un élastique ? Il m'en manque juste un, c'est bête. » Et cela ne me ressemblait pas : je ne me sentais pas moi-même, sans assez de bidules, de trucs et de machins. « Oh, tu dis ça, mais on travaille dessus, les portails portatifs. Mesa aimerait bien en arriver au stade où tout le monde pourrait avoir le sien chez soi, dans lequel se transporter facilement. Mais tu ne l'as pas entendu de moi, ou Cecil risque de me taper sur les doigts. Enfin, pas vraiment, mais métaphoriquement, c'est pas un homme violent. Il a failli s'évanouir en marchant sur un lego, une fois. C'est quelque chose qui t'intéresse, les portails ? »
Saturn
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