La Belle et le Genie

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Jeu 10 Nov 2016 - 15:44


La Belle et le Génie

Lieu :

Appartement de Leith

Date de l'événement :

Octobre 2016

Participants :

Delight

Précédemment :

Qu'il parle maintenant ou se taise à jamais.

A suivre :

Vingts minutes






Pensif, une cigarette calée entre ses doigts fins, Alexander contemplait d'un œil distrait l'horizon et cette mer improbable qui, quelques kilomètres plus loin se perdait dans le vide. Une bande de lourds nuages gris était comme posée sur le rebord du monde et dissimulait entièrement la limite presque invisible entre les cieux et la terre suspendue, tel un amas brumeux propice au surgissement, mystérieux ou fantomatique.
Mécaniquement, le jeune homme porta la cigarette à demi consumée à ses lèvres fines, d'une pâleur qui dénotait une santé fragile. Il tira une bouffée de nicotine "light" avant de recracher la fumée dans l'air matinal. Sa main, dans ce geste pourtant anodin, tremblait légèrement et laissait transparaître une faiblesse qui s'était emparé de son corps depuis plusieurs jours maintenant.

Verstand était installé sur la terrasse de son appartement de Leith qui dominait l'ensemble de la baie. En dépit de la fraîcheur d'octobre et de la paresse du soleil, il ne portait, avec son pantalon de costume anthracite, qu'une chemise de coton blanc de façon qu'il semblait indifférent climat pourtant peu clément.

Lorsque son assistante personnelle passa le seuil de la terrasse pour lui annoncer l'arrivée de son rendez-vous, l'ex-mannequin le trouva plongé dans de multiples réflexions. Elle n'avait fait qu'effleurer la surface de sa conscience et pourtant elle pouvait sentir le bouillonnement de l'esprit sous marbre du corps. Chercher à s'aventurer plus en profondeur dans l'intellect sur-développé de l'allemand ne pouvait se faire sans risque. Ni sans son consentement.
Aussi se tenait-elle en retrait le temps qu'il décèle sa présence et veille à réduire et cibler le flux des pensées qui pouvait atteindre son assistante. Sa seule présence dans une pièce pouvait provoquer, chez une empathe aussi fine et sensible de miss Sorensen, maux de tête et saignement de nez...

Sans un mouvement, ni même un regard, qui était resté fixé sur l'horizon, le milliardaire avait demandé à ce que l'on face passer miss Daniels dans le salon où il allait la recevoir sous peu. Sans avoir à le préciser, il savait qu'Hayden se chargerait des détails qui incombaient à la courtoisie de l'hospitalité en lui proposant rafraîchissement et délices, le temps qu'il se prépare.

S'extirpant ainsi prématurément des méandres de son esprit, le génie écrasa le reste de sa cigarette dans un cendrier à proximité puis porta son regard sur la perfusion suspendue à ses côtés et reliée à son bras d'une blancheur presque translucide. La poche maintenant presque vide, finissait de délivrer son sérum dans l'organisme de l'homme d'affaire. D'un geste plutôt assurée en dépit de sa condition, il retira lui même l'aiguille plantée dans le creux de son bras frêle avant d'y placer un pansement. Il appuya quelques secondes sur l'endroit particulièrement sensible. Ses veines bleutées ressortaient particulièrement sous la peau diaphane et plusieurs hématome s'était formé là où l'aiguille avait de trop nombreuse fois percé la peau.

Avec des gestes les plus précis possibles, il avait replacé et reboutonné la manche de sa chemise, refermé son col, mis une cravate, laissé à proximité et repassé sa veste de costume. Il observa une dernière fois le ciel sombre avant de n'avoir qu'une commande à exécuter du bout des doigts pour faire déplacer son fauteuil qui lévitait à quelques centimètre du sol. Conséquence du traitement expérimental qu'il s'était infligé à haute dose pour être en pleine possession de ses moyens au mariage de sa cadette, mais surtout à la chute de l'un de ses ennemis. Il avait fait ce choix en connaissance de cause et en acceptait les conséquences, il n'en demeurait pas moins convaincu qu'il trouverait un moyen de récupérer ses capacités puisqu'après tout, rien n'était impossible...
Seulement, il devait aussi faire face à une rapidité et une imprévisibilité de l'évolution de la dégénérescence qu'il n'avait jamais eu à confronter dans ses années de maladie et pour lequel il devait trouver une solution. Rapidement. Avant qu'il ne soit trop tard. Et puisque Lotte refusait catégoriquement tout traitement, il devait prendre des mesures.

Une fois prêt, il délaissa la terrasse ainsi que ses sombres pensées, qu'il porta à un autre niveau de réflexion. Comme autant de tâche en arrière plan qui s'exécutaient sans que son attention n'en soit véritablement accaparé. Traversant le long couloir qui desservait le somptueux duplex, il arriva bientôt dans le salon où il trouva installé la prodige aux dons aussi étonnants que convoités.
A peine avait-il passé le seuil, qu'un petit sourire s'était dessiné sur ses lèvres. Imperceptible. Seul signe de l'étrange légèreté qui s'était emparée comme une douce chaleur de son esprit. Son esprit rationnel lui rappelait qu'il ne s'agissait que d'une douce illusion mais malgré sa conscience du phénomène, il peinait à lutter contre. Aussi, il fixa son regard de jais dans celui de l'immortelle. Elle avait l'air de se porter au mieux. D'un coup d’œil aussi discret que rapide, il avait détaillé sa physionomie, son attitude, tout ce qui constituait sa personne, pour obtenir un portrait plutôt fiable de l'état d'esprit de son interlocutrice.
Il la salua avec une neutralité commune chez l'allemand, sans chaleur mais avec une politesse d'usage, qui pouvait presque paraître sincère :

-Miss Daniels, j'espère que vous vous portez au mieux. Je vous remercie d'avoir répondu à cette demande d'entrevue. Elle ne sera pas longue, rassurez vous.

Selon les termes du contrat établi entre eux, Alexander avait pour devoir de subvenir aux besoin de la prodige mais aussi de lui apporter une aide quant au contrôle difficile de son don. De son côté, la demoiselle devait se plier à divers examens réguliers afin de permettre aux équipes de Feuerbach d'étudier ses capacités afin de mieux les comprendre et de lui proposer, à terme, une solution.

-Comment vous plaisez-vous a Edimbourg ?
Verstand
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Mar 15 Nov 2016 - 10:06
La mer, voilà qui m'avait manqué, en Australie. Je le réalisais pleinement, maintenant que j'avais retrouver l'ensemble de ma mémoire et de ma personnalité. Ici, au bord de l'Arche, elle offrait un spectacle à couper le souffle. Je me demandais encore comment une telle chose était possible, à la voir ainsi se déverser dans le vide dans un grondement diffus, une cascade permanente qui se reflétait sous le pâle soleil d'automne. J'aurais pu contempler ce spectacle pendant des heures, concentrant mon esprit sur une unique vision hypnotisante, comme si moi-même je me déversais hors de la ville pour me disperser dans l'infini du ciel dans un nuage de gouttelettes. Et pourtant, aussi saisissante que fut cette vision, la mer d'antan me manquait. Celle qui s'étendait à perte de vue, ses limites se confondant avec l'horizon au point qu'il devenait parfois impossible de dire là où s'arrêtait la mer et où commençait le ciel. Le monde avait bien changé, et j'avais encore de la peine à m'y faire. A me dire que la surface que j'avais foulée des siècles durant était devenue si inhospitalière qu'on ne pouvait s'y rendre sans risquer de succomber à tous ses dangers. Que tous les paysages que j'avais connus avaient été ravagés par ce cataclysme que nous avions été incapable d'affronter. Mais nous avions survécu à la destruction, et c'était entre autre de cette pensée que je tirais la force nouvelle qui m'animait depuis mon retour.

Aujourd'hui, je n'étais pas venue au port pour m'y promener en profitant du paysage, non ; la raison de ma venue était tout autre, et j'étais encore hésitante sur ce que je pouvais bien en penser. J'attendais cette première convocation depuis mon installation en ville, car elle émanait de mon bienfaiteur. Un terme que je ne pouvais cependant associer à Alexander Feuerbach sans réaliser qu'il attendait autant de moi que j'attendais de lui. Après tout, c'était là les termes du marché que nous avions passé après l'Australie. Quand j'avais accepté de le suivre lui plutôt que mon vieil ami Alex. Une décision sur laquelle je revenais souvent dans ma tête pour l'examiner sous toutes les coutures, me sentant coupable d'avoir décliné l'aide du directeur de la Potential Home. Mais j'avais eu trop peur de mêler son école et ses étudiants au danger que je pouvais représenter, et...je n'étais pas prête pour me consacrer à une telle institution. Pas avant que je ne retrouve enfin le contrôle. Pour de bon. Et c'était justement ce que Feuerbach m'avait offert. Quoi que je puisse penser de l'allemand sur un plan personnel, il avait clairement les moyens et les capacités de s'attaquer à un tel problème. Ce n'était pas une garantie pour autant, mais cela suffisait à renforcer l'espoir nouveau qui m'habitait depuis que j'étais redevenue Delight. Je n'étais pas naïve pour autant, et je savais qu'il ne m'aidait pas par bonté d'âme ; il attendait quelque chose en retour, un savoir qui allait lui bénéficier d'une manière ou d'une autre. Alex m'avait conseillé de me méfier de lui, ce que j'aurais fait de toute façon. L'espoir ne me rendait pas naïve, et les recherches que j'avais faites m'avaient confortée dans cette opinion. Ce qui ne voulait pas dire que notre arrangement ne pouvait pas être mutuellement bénéfique.

Après une marche le long du port, j'avais rejoint le bâtiment où j'étais attendue, où je fus reçue par l'assistante d'Alexander. Hayden était une jeune femme aussi sympathique qu'elle était superbe, ce qui ne gâchait rien. Elle me proposa de quoi me rafraîchir et grignoter, mais je déclinai son offre dans un sourire. J'avais eu tout ce qu'il me fallait au diner avant de venir, et je n'avais pas envie de poireauter en salle d'attente plus qu'il n'était nécessaire. Ce qui m'intéressait, c'était d'en venir au vif du sujet le plus rapidement possible, afin de savoir à quoi m'en tenir dans ce marché particulier. J'attendis donc qu'Hayden m'introduise dans le salon, où m'attendait mon hôte. Après l'avoir remerciée, je posai mes yeux sur l'homme...et réussit à cacher ma surprise. Après tout, je savais qu'il était malade, atteint d'une sorte de dégénérescence qui s'attaquait à son corps. Qu'il soit passé de la canne au fauteuil à répulseur était un signe que sa condition s'était récemment aggravée. Et s'il conservait toute sa contenance, j'imaginais à quel point cela devait être difficile pour un homme aussi fier de se retrouver piégé par quelque chose qu'il était incapable de contrôler. Du moins pour l'instant. Ma compassion ne me faisait pas oublier ce dont il était capable pour autant, et je partageais sa détermination : lui comme moi cherchions à reprendre le contrôle, après tout.

« Alexander. » Je lui souris, car c'était après tout ma nature. J'étais redevenue Delight après tout, et c'était un sentiment qui m'étreignait également, et dont je tirais ma force. Car c'était finalement la personnalité qui s'accordait le plus à ma véritable nature, et celle que j'étais réellement lorsque mon pouvoir ne me forçait pas à adopter une autre persona. Je me demandais à quel point quelqu'un comme Feuerbach en subissait les effets ; un peu de bonheur, même involontaire, ne lui ferait pas de mal...

« Oh, je ne suis pas pressée. Et il est normal que je sois venue : je n'oublie pas les termes de notre marché. Édimbourg me plaît, je crois qu'on peut dire que je suis bien installée, maintenant. Le diner marche bien, et je suis redevenue moi-même. Et même si cela fait partie du contrat, je voulais vous remercier pour votre aide. Et pour l'Australie, encore une fois. » Malgré mes réserves, je restais cependant sincère ; quel que soit son but, il m'avait véritablement aidée en Australie, et grâce à lui, le pire avait été évité. Je n'allais pas l'oublier de sitôt.

« Que puis-je pour vous, Alexander ? Qu'attendez-vous de moi ? »

Il était temps que nous passion au vif du sujet : si nous voulions arriver à percer le secret de mes pouvoirs pour apprendre à les garder sous contrôle, il fallait bien commencer quelque part.
Delight
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Mer 11 Jan 2017 - 18:21
Hochant sobrement du chef, Alexander accueillit les paroles de l'immortelle avec une impassibilité parfaite. Seul son regard intense, maintenait posé sur la jeune femme, l'assurait de toute son attention. D'un geste neutre, il désigna un large sofa où il invita Delight à s'installer à son aise avant d'aller plus en avant dans cet entretien.
Pourtant, les traits de l'allemand étaient moins tirés, moins sombres qu'à son habitude. En dépit de ses efforts pour contrôler les effets puissants du pouvoir de la prodige, son cerveau semblait plutôt disposer à évacuer une part de la noirceur de son tempérament. Et ce constat, qui aurait dû assombrir un peu plus son humeur, ne lui inspirait qu'une vague indifférence face à cette faiblesse de son esprit. Après tout, le côté rationaliste de sa personnalité devait reconnaître que cela n'influençait en rien sur ses capacités...

Feuerbach était resté silencieux aux remerciements de son interlocutrice lorsqu'elle aborda le sujet de l'Australie. Son ingérence dans cette affaire n'avait été qu'une petite démonstration d'esbroufe, il le reconnaissait. Son goût du challenge l'avait poussé à faire tout ce qui était dans ces moyens – illimités – pour mettre la main sur l'incroyable prodige. Un caprice, certes, mais qui paierait s'il arrivait à percer le secret des pouvoirs de la prodige.
Aussi, il n'y avait rien à répondre à cela. Ce qui devait être fait l'avait été et l'industriel ne voyait son intervention que comme une démarche nécessaire à ses plans. En ce sens, n'y portait aucun jugement de valeur. Les répercutions négatives ou positives de ses actes ne l'intéressaient que de façon minime, d'autant plus si celle-ci ne venaient pas influencer directement l'issue desdits plans. Alexander estimait que lui prêter de trop bonnes intentions pouvait se révéler être un manque de jugement puisqu'il s'aidait lui-même avait d'aider les autres. Mais soit, il n'était pas là pour détromper qui que ce soit.

Alors, lorsque miss Daniels entra finalement dans le vif du sujet, l’œil du génie brilla d'une lueur nouvelle et un petit sourire se dessina au coin de la bouche de l'allemand. L'immortelle était loin d'être naïve et il aimait cette tournure plus directe. Deux questions pour une seule réponse. Le ton du génie était posé et ses mots choisis avec soin :

-Vous pouvez m'aider en me permettant de déceler l'origine de votre don et je n'attends que votre collaboration. Il n'y avait là qu'une pure vérité et peut-être un peu d’omission.

Au même moment, une jeune femme habillée de blanc et poussant un chariot de matériel médical, entra dans la large pièce. Silencieuse, elle vint placer le chariot non loin de Delight et resta debout à côté, parfaitement docile et silencieuse.

-Je cherche à comprendre le mécanisme de votre don, si je parviens à en isoler le fonctionnement, je pourrais cibler une réponse pour le bloquer. Et j'ai pour cela, besoin de réaliser quelques procédures. Rien d'invasif pour le moment. Et jamais sans votre autorisation.

Après une seconde de silence parfaitement calculé, il ajouta :

-J'aurais peut-être besoin d'avoir accès à vos autres persona le moment venu, réfléchissez si vous êtes prête, ou non, à cette démarche.
Verstand
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Dim 22 Jan 2017 - 13:19
Je n'étais guère surprise de l'absence de réaction dont fit preuve Feuerbach lorsque je le remerciai pour l'Australie. Je me rendais bien compte qu'il n'était pas homme à chercher la gratitude et que tout ce qu'il faisait, c'était dans l'attente d'accomplir un but concret. Les résultats avant tout, les sentiments pouvaient attendre. Je ne lui niais cependant pas le fait d'en avoir ; seulement, il devait probablement les mettre de côté, les enfermant quelque part dans son esprit là où ils ne le gêneraient pas. Ce qui devait lui accorder une lucidité d'esprit exemplaire, du moins lorsqu'on ne prenait en compte que la plus pure logique. Alexander n'était pas pour autant une parfaite énigme à mes yeux, car il me rappelait beaucoup quelqu'un que je connaissais bien ou, du moins, aussi bien qu'il acceptait. Destiny et le génie allemand avaient bien des points communs, au-delà de leur intellect : tous deux faisaient preuve d'une maîtrise d'eux-mêmes considérable, capable de ne jamais laisser transparaître une émotion qu'ils ne voulaient pas exprimer. Imperturbables, scrutateurs, analytiques, se targuant de toujours avoir une longueur d'avance, et se complaisant dans le fait que la plupart du temps, c'était la bonne. Et tous deux savaient comment s'y prendre pour faire pencher la balance en leur faveur. Cependant, et même si elles étaient bien cachées, Alexander restait animé par des passions qui restaient étrangères à mon frère, qu'il s'agisse du désir d'écraser un ennemi ou de celui de vouloir être le meilleur. Destiny n'avait jamais fait preuve de telles envies ; il se contentait d'être, et n'agissait qu'en raison d'un plan qu'il assurait inexorable, et qui ne souciait guère de qui que ce soit, lui compris. Je me demandais ce que pourrait bien donner une rencontre entre ces deux-là ; voilà qui ne manquerait pas d'un certain intérêt...

« Déceler l'origine d'un don reviendrait à trouver l'origine de tous les dons, d'une certaine manière. Ils ont beau se manifester de différentes manières, et provoquer des effets différents chez chacun, on peut concevoir qu'ils dérivent tous de la même base. Comprendre comment ça marche, trouver l'élément commun... Voilà qui ouvrirait bien des portes, dont l'immortalité du corps ne serait pas la moindre. »

Il n'était pas difficile de deviner qu'Alexander cherchait -entre autre- à trouver un moyen de rendre à son corps la vigueur perdue. Pour un esprit tel que le sien, se retrouver prisonnier d'une enveloppe défaillante, à la merci d'une biologie à l'inexorable dégradation, voilà qui devait être insupportable. Mais il refusais certainement de voir l'insupportable devenir insurmontable, et il était prêt à tout pour se libérer d'un tel carcan. Ce que je comprenais, moi-même piégée par des pouvoirs sur lesquels je n'avais pas de réelle emprise. Si mon corps fonctionnait, c'était mon esprit qui se modifiait sans que je ne puisse vraiment l'empêcher. Si percer le secret de mes pouvoirs pouvait lui donner la moindre chance de comprendre sa souffrance, il n'allait pas laisser passer une telle occasion. Qui étais-je pour la lui refuser ? Non seulement cela me donnait une chance de continuer à espérer pour mon cas, mais je ne pouvais oublier l'aide qu'il m'avait apportée. Si la gratitude n'était pas importante pour lui, elle restait pour moi aussi élémentaire que le fait de respirer. Mais je ne restais pas naïve pour autant : lutter contre les effets négatifs de nos pouvoirs respectifs était une chose, mais s'il pouvait trouver d'autres manières profitables d'utiliser ces recherches, il n'hésiterait pas. Feuerbach aurait saisi une opportunité même si elle avait été couvertes d'épines, des fois qu'on puisse en faire quelque chose. Pour l'allemand, retourner la situation à son avantage était un art. Je me montrerai donc prudente. Je n'allais pas le laisser abuser de ces recherches d'une manière qui ne me conviendrait pas sur le plan éthique, même si je devais renoncer à une solution définitive quant aux imprévisibles et redoutables effets de mes capacités.

« Vous aurez ma collaboration...jusqu'à un certain point. Tant que nous serons d'accord sur l'usage qui sera fait de tout cela, il ne devrait cependant pas y avoir de problèmes. Je suis prête à me soumettre aux procédures nécessaires, et je ferai mon possible pour coopérer. La science n'a jusqu'ici jamais trouvé de moyen d'en finir avec tout ça, mais cela ne veut pas dire qu'elle est impuissante. Surtout aux mains d'un homme comme vous. »

Je me rendais bien compte qu'Alexander ne me disait pas tout, mais je ne m'en offusquais pas. Il me faudrait rester vigilante, mais nos intérêts communs devraient pour le moment suffire à nous unir dans cette quête. Du moins je l'espérais, décidée à voir les choses sous leur meilleur angle. En tous les cas, mon interlocuteur ne perdait pas de temps, et une infirmière nous avait rejoins avec son matériel. Je la saluai d'un sourire, hochant la tête à son encontre, avant de me tourner vers Feuerbach, dont la dernière ne manqua pas de m'intriguer...et de m'inquiéter. Comme à chaque fois qu'il s'agissait de mes autres personas.

« Vous pouvez sans autre commencer les tests. Pour mes autres facettes... Je vais y réfléchir. En général, elles se manifestent d'elles-mêmes, suivant mon état émotionnel. Je n'aime guère essayer de provoquer ces changements, en grande partie à cause des dégâts dont elles sont capables. Il faudrait mettre en place un moyen infaillible de les contenir, pour les empêcher de nuire. Elles ont toujours été imprévisibles, comme vous avez pu en faire l'expérience en Australie. »

Non, l'idée ne me ravissait guère. Cependant...si quelqu'un accordait de l'importance à un terme comme infaillible, c'était bien Alexander Feuerbach.
Delight
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Mer 22 Mar 2017 - 14:30
L'immortelle voyait juste. Une lucidité appréciée par l'allemand, même s'il n'en laissait rien transparaître. Son regard de jais n'avait pas quitté son interlocutrice, tandis qu'elle s'exprimait sur les véritables enjeux de leur conversation. Il se contenta hocher doucement du chef lorsqu'elle eut fini, pour abonder dans son sens. Il n'y avait rien à ajouter sur le sujet qui n'aurait été redondant.

La question des dons n'avait jamais cessé d'intriguer les hommes. Confrontés à l'ignorance du phénomène – et à la peur qu'elle engendre – les anciens s'étaient inventés une puissance supérieure en laquelle croire pour expliquer l'inexplicable. Ils avaient fait le choix d'adorer un dieu qui, dans sa clémence bienveillante distribuait aux élus le fruit de sa grâce, et qui, dans son ire, déchaînait contre le monde les forces dévastatrices du ciel.
Mais de tout temps, certains hommes avaient se besoin de trouver des réponses, celles qui allaient à l'encontre de la foi, des réponses concrètes et palpables. Aussi, la science avait pris le pas sur la religion et si beaucoup de questions demeuraient pourtant encore sans réponses, il n'y avait plus que quelques illuminés pour percevoir dans les ouragans les conséquences d'une colère divine.
A l'heure actuelle, découvrir l'origine des dons chez les prodiges revenait à trouver la clé qui permettrait de décoder n'importe quel pouvoir. Ainsi que les contrepartie qui leur était parfois associé. Saisir le mécanisme, identifier l'essentiel, reviendrait à pouvoir les contrôler. Les inhiber, les répliquer, les décupler... Les applications devenaient alors infinies. Il s'agirait d'un progrès incomparable, d'une avancée probablement plus remarquable que n'importe quelle technologie.
La clé se trouvait dans l'analyse d'un phénomène météorologique encore mal compris, celui des orages magnétiques, et la façon dont ils influençait le système nerveux de certains êtres humains. Que déclenchait-il au niveau cellulaires mais également au niveau moléculaire qui fait d'un homme normal, un prodige doté de pouvoir aussi incroyables que variés. Que différait entre un prodige capable de voler et celui capable de guérir ou de percevoir les pensées d'autrui ? Autant de question qui n'attendaient que d'être résolues et qui demandait des recherches nécessitant du temps, des infrastructures et de l'argent. Alexander ne manquait, à l'heure actuelle, que du premier.
L'industriel avait lancé depuis quelques années un vaste programme dans lequel il mobilisait une grosse partie de ses ressources, ainsi que de son énergie, à la résolution de ce mystère.
Seulement, face au déclin rapide des ses facultés motrices et aux crises de plus en plus rapprochées de sa cadette, l'allemand ne pouvait plus se permettre de prendre son temps. Il devait trouver une solution efficace et ce, rapidement.

Des prodiges tels que Delight ou la jeune sœur de Wang pouvaient être des pièces non négligeables du puzzle. De plus, avec une partie des travaux de celle qui s'était faite appelée Catherine Kent, Verstand pouvait combiner ses travaux à une partie de la formule d'Enée. De nouvelles pistes s'ouvraient, même si le génie avait sa propre idée du chemin à emprunter. Enée n'était, à ses yeux qu'un palliatif et non la solution finale.

Lorsque miss Daniels lui assura sa collaboration, du moins, dans les limites de son éthique, Feuerbach hocha une nouvelle fois de la tête. Il n'avait aucun intérêt à émettre de réserve. Il ne pouvait nier qu'il aurait préférer un cobaye un peu moins regardant à ses agissements, mais on pouvait difficilement en demander moins à une immortelle centenaire.

-Vous aurez un droit de regard sur les expérimentations réalisées à partir des matériaux que vous nous fournirez, lui assura-t-il avec calme. Vous n'aurez qu'à demandez.

Il n'allait pas jusqu'à faire la promesse de ne rien lui dissimuler. Un mensonge par omission n'en était pas un.
Et puisqu'elle lui donnait l'autorisation de commencer la procédure de test, Alexander fit un petit signe à l'infirmière qui commença par une série de prises de sang rapides et indolores. Il n'y avait, pour le moment guère plus à faire et Delight pouvait récupérer son bras et la jeune femme s'en retournait avec son chariot. Hayden entrait au même moment dans le salon avec un plateau de thé et des pâtiseries et autres pâtes de fruit. Si elle n'avait pu s'en rendre compte, le don de sang avait été plutôt conséquent et, mine de rien, personne ne voulait que l'immortelle ne fasse un malaise. Alexander invita Delight à se servir.

-L'imprévisibilité n'est qu'une illusion qui peut être contrecarrée par des calculs de statistiques et de probabilités. Expliqua-t-il en guise de réponse. Le genre de calcul qui ne résistaient pas à l'esprit de l'allemand.

Il comprenait cependant les réticence de la prodige à provoquer l'apparition des autres facettes de sa personnalité. Lui-même devait reconnaître les multiples dangers. Il avait pu expérimenter à petite dose les effets de son pouvoir en Australie et cela n'avait été en rien au chose agréable et qui, s'il n'était intervenue, aurait pu virer à la catastrophe. Il avait également lu les rapports retrouvés lors des expérimentations qui avaient déjà été tentée sur l'immortelle aux allures de jeune femme. Reproduire l'expérience n'était pas sans risque. Pourtant, le changement d'état de Delight à ses autres personas, Delirium, Despair et Destruction, pouvait être un indice non négligeable pour trouver les éléments déclencheurs des dons, et dans ce cas précis, de sa mutation. Sans compter la ressource inestimable qu'il pouvait représenter lors de sa reproduction.
De plus, Feuerbach avait les moyens de ne par reproduire les erreurs stupides qui avait été faites par le passé et pourrait tout mettre en œuvre pour que tout se déroule dans le moindre soucis.

-Dans votre intérêt comme dans le mien, je peux vous assurer que si nous tentez l'expérience, ce sera dans des conditions optimales.

Pas que mettre en danger ou sacrifier une équipe de chercheur lors de la tentative puisse réellement ébranler la conscience de notre homme, les dommages collatéraux étaient un risque qui, pour l'évolution de la science, valait toujours la peine d'être pris. Cependant, une erreur, même infime, pourrait détruire en quelques minutes des mois de recherches et faire partir en fumée des données inestimables. Aussi, pour le bien de tout le monde, mieux valait ne pas en faire.

Les échantillons qui venaient d'être prélevés allaient être étudiés sous les plus brefs délais. Les premiers résultats de ces études étaient pour le moment encourageants, mais pas innovants. Alexander se pliait lui-même régulièrement à ces mêmes protocoles d'où ils avaient pu tirer un jeu de piste compliqué entre chemins neuronaux, séquences d'ADN, hormones et structures moléculaires qu'ils décryptaient petit à petit et qui avait permis la mise au point du sérum que l'on connaissait.
Non, la réelle innovation se trouvait encore dans les laboratoires Feuerbach. Une nouvelle donnée qui allait peut-être tout changer, faire avancer à grand pas la recherche. En effet, grâces aux données et aux informations relevées lors du dernier ouragan qui s'était abattu sur l'Arche quelques mois plus tôt, Alexander et ses équipes tentaient actuellement de reproduire des conditions similaires aux tempêtes magnétiques afin d'en isoler et d'extrapoler les facteurs à l'origine du déclenchement des dons chez un individu.
Voilà ce à quoi, une fois mis au point, Alexander voulait exposer ses cobayes.
Verstand
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Lun 27 Mar 2017 - 11:26
Après toute une vie à être projetée d'un état à un autre en raison de pouvoirs sur lesquelles je n'avais pas de réelle emprise, j'en étais venue à refuser le moindre symbole d'espoir. A quoi bon, après tout ? Quoi qu'il arrive, j'allais recommencer le cycle, causer la folie, le désespoir et la destruction autour de moi. Parfois à une échelle bien plus considérable qu'on aurait pu le croire. Alors j'avais fui, épuisée par des siècles qui se répétaient dans un cycle sans fin. Je m'étais de plus en plus éloignée des autres, laissant derrière moi la moindre attache, persuadée que si je me retirais du monde, il aurait moins à craindre de moi. La solitude était l'une des seules choses qui me permettait de temporiser mes changements d'état, qui dépendaient principalement de ma configuration émotionnelle. Dans le désert d'une arche australienne, j'avais aspiré à la paix. Ou, plutôt, à l'oubli, je m'en rendais compte maintenant. C'était une solution de facilité condamnée à échouer sur le long terme, une fausse tranquillité. Car en réalité, je n'étais pas faite pour être seule, pour me couper du monde et de ceux qui m'étaient proche.

Je le savais, maintenant que j'avais retrouvé la Famille et mes vieux amis comme Anima et Alex. Et puis il y avait Angie, que je portais toujours en moi, et les nouvelles personnes qui comptaient. A m'occuper de Chez Reggie, j'apprenais à me refaire à une vie en société, d'une manière plus simple que je n'aurais crue possible. Je pouvais juste être une serveuse dans un diner, à m'occuper des clients qui voulaient profiter d'un bon repas et d'un moment agréable. J'y trouvais une routine paisible, positive, qui me laissait penser que je pouvais vraiment aspirer à la stabilité. Voilà pourquoi j'étais prête à participer aux expériences d'Alexander Feuerbach ; s'il pouvait me donner une vraie chance de continuer sur cette voie...

« Je vous remercie. Je ne suis pas une scientifique, mais j'apprécie de pouvoir garder un œil sur le processus. » Je serai bien en peine de comprendre les détails dans leur exactitude, mais vivre aussi longtemps m'avait laissé quelques notions. Et puis j'avais des amis à qui demander quelques précisions de mon côté, en cas de besoin.

« Vous êtes donc capable de prévoir absolument chaque possibilité ? Voilà quelque chose d'impressionnant. »
Je haussai un sourcil, amusée. La présomption de mon hôte n'avait guère de limite, et témoignait pour moi d'une vie décidément bien courte. « Peut-être est-ce là votre illusion, Alexander. Celle qui vous permet de garder le contrôle. »

Je ne cherchais pas à déstabiliser Feuerbach ; je me rendais bien compte que cet homme ferait tout pour ne jamais rien laisser le perturber. Il était bien trop sûr de lui pour envisager le moindre changement ; c'était une force comme une faiblesse. Et je pouvais apprécier sa conviction inébranlable ; s'il devait m'aider, cela allait s'avérer précieux. Du moment que je ne perdais pas de vue mes objectifs, et encore moins les siens.

« Je ne doute pas de vos mesures de sécurité. Vous n'êtes pas du genre à prendre ce genre de détails à la légère, ne serait-ce que pour votre propre sécurité, et celle de vos recherches. Pour être tout à fait honnête, l'idée de faire venir à la surface mes autres personas ne m'enchante guère, mais...c'est logique. Elles font partie de l'équation, et si nous voulons la résoudre... J'imagine que vous êtes le genre d'homme à toujours garder quelques endroits isolés sous la main, configurés pour tout type d'expérience...intéressante. »

Je ne pouvais m'empêcher d'apprécier la conversation malgré les doutes et les non-dits, car Feuerbach était doté d'un esprit acéré auquel il était stimulant de se confronter. Quel dommage que sa moralité ne suive pas... Je restais prudente, et ne perdais pas de vue nos objectifs respectifs. Même si les siens restaient nébuleux.

« Dites moi, Alexander... Pourquoi moi ? Pourquoi être venu me chercher en Australie ? Il y a des prodiges bien plus malléables et moins dangereux avec lesquels expérimenter sur la nature des dons... »
Delight
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Mar 4 Avr 2017 - 12:32
La chose était suffisamment rare pour être notée, Alexander appréciait l'esprit de son interlocutrice. L'intelligence de ses réponses était appréciable et donnait à cette entrevue un intérêt que l'allemand n'éprouvait pas pour la grande majorité de ses semblables. Même dans les sphères les plus élevées de la société, les échanges n'étaient que très rarement stimulants. L'ennui que provoquait la médiocrité ambiante avait cette tendance à pousser le jeune milliardaire dans la misanthropie. Il n'éprouvait, au mieux, que du dédain pour ses congénères. Il appréciait donc tout particulièrement de rencontrer des êtres, aussi peu nombreux qu'ils pouvaient être, qui savaient éveiller sa curiosité et s'avéraient digne d'intérêt. Delight était ce ceux là. Son âge et son expérience étaient deux atouts non négligeables qui procurait à la prodige millénaire un esprit un peu plus élevé que la moyenne. Ils avaient également donné à son regard une teinte particulière qui contrastait avec la jeunesse de ses traits. Une apparence trompeuse que ne sous-estimait pas l'industriel.

La pertinence des répliques de l'immortelle tirait au jeune homme quelques sourires, à peine perceptibles sur ses lèvres exsangues. Le pouvoir de son interlocutrice n'y était d'ailleurs pas étranger.

-Vous avez très probablement raison, concéda l'allemand dont le regard brillait d'une flamme d’excitation lorsqu'elle pointa du doigt cet orgueil qu'il ne niait pas. Il le voyait comme une force et non une faiblesse. Se reconnaître des limites est une entrave à l'amélioration, au dépassement de soi. Comment rendre l'impossible, possible, autrement ? C'est pour cela que je ne m'en reconnais aucune, pas même celle de mon propre esprit. L'esprit du génie était en consente évolution, par définition, il n'avait de limite que l'évolution qui n'avait pas eu encore lieu et dans l'absolu, il n'en avait donc aucune. Que cela soit réel ou fictif ne m'importe pas, seul le résultat compte. Ses affirmations n'étaient pas une simple vantardise, mais l'expression d'une façon de voir un monde où aucun mur ne pouvait se dresser face à la détermination.

Alexander n'avait quitté Delight des yeux, son ton s'était teinté d'une forme de sincérité qu'il était rare de lui voir employer en de telle circonstance :

-En théorie, mon esprit peut calculer des milliers de variables ainsi que leur probabilité de change de se réaliser pour choisir la ou les meilleures à mettre en œuvre. Dans la pratique, il nous faudra espérer que cela suffira à parer à toutes éventualités. Mais notre univers et régit par les mathématiques, je leur fais confiance.

A la suite des paroles de la serveuse, Feuerbach se contenta d'un hochement du chef. Elle voyait juste, aussi, il n'y avait guère d'intérêt à s'entendre davantage sur le sujet. Sa question suivante, en revanche, attendant davantage de réponses. Le regard sombre de l'allemand sondait la prodige avec une lueur indéchiffrable. Alexander n'avait pas besoin de réfléchir pour lui fournir la réponse qu'elle attendait, il prit cependant quelques secondes avant de la formuler, il préférait donner du temps à ses paroles plutôt que des les asséner du tac au tac.

-Quel est votre avis sur le sujet ? Se contenta-t-il de répondre dans un premier temps. Il était curieuse d'avoir l'idée que se faisait Delight à ce propos. Lorsqu'il repris la parole pour finalement lui donner sa réponse, c'était encore une fois avec une sincérité peu commune, mais très détachée.

-Le dossier de votre cas ne s'est pas retrouvé par hasard sur mon bureau. En un sens, la personne qui m'a mis sur votre piste – que je sais maintenant être votre « frère » - avait estimé que j'avais un rôle à jouer dans cette histoire. A l'époque, je n'avais qu'une façon de le savoir, j'ai cherché à en savoir davantage. Lorsque votre cas c'est dessiné, je ne pouvais refuser un défi aussi intéressant. Pas plus que je ne pouvais concevoir de ne pas obtenir ce que je désirais, c'est à dire vous. Il fallait que mes actions détermine votre choix. Voilà pourquoi je suis venue vous chercher en Australie. La raison pour laquelle je veux expérimenter ma théorie sur vous est exactement la même. Destiny vous a mis sur mon chemin, il y a une raison à cela, la probabilité la plus élevée est que nous avons à nous apporter mutuellement quelque chose.

Le silence s'installa à nouveau quelques secondes dans la pièce, un temps pendant lequel le jeune génie s'était servi une tasse de thé
Verstand
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Dim 9 Avr 2017 - 14:40
Converser avec Alexander Feuerbach était une expérience intéressante. A bien des égards, l'esprit de l'allemand n'était pas si différent de celui de bien des immortels que j'avais pu rencontrer. Analytique, précis, vaste et ancien. Ancien avant l'âge, en ce qui concernait l'industriel. Mais les épreuves de la vie l'avaient fait mûrir bien vite, culminant avec le mal dont été victime son corps. Il n'avait peut-être pas encore autant d'expériences que les prodiges plus vieux, mais il compensait avec une formidable capacité de réaction et d'adaptation. Malgré tous ses discours sur la certitude et les probabilités, il avait déjà montré ne pas avoir son pareil pour improviser en cas de besoin. L'Australie l'avait prouvé. Et il suffisait de se renseigner un peu sur ses activités pour s'en rendre compte.

« C'est une belle manière de voir les choses. Il est parfois bon de s'affranchir des limitations que la vie nous impose. Ne pas se laisser dominer, toujours trouver le moyen d'avancer. C'est quelque chose que j'ai redécouvert il y a peu. En partie grâce à vous. J'ai décidé de croire qu'il y avait toujours un moyen de dépasser nos limites. Et quelque chose me dit que pour ça, j'ai frappé à la bonne porte. »

Il ne restait qu'à espérer que je n'aurai pas à le regretter dans le futur. Aussi impressionnée que je pouvais l'être par mon interlocuteur, il restait mortel, et victime de son orgueil : une combinaison dangereuse. Mais maintenant que j'avais retrouvé l'espoir, je n'allais pas le lâcher de sitôt. Même lorsqu'il était question de quelqu'un comme Alexander.

« Le résultat compte, mais la manière de l'obtenir aussi. Tous les prix ne sont pas bons à payer. C'est une vue d'ensemble que j'ai appris à considérer au fil des siècles. Mais je ne doute pas de votre...ténacité à résoudre ce que vous considérez comme des limites. S'affranchir de celles de votre corps n'est qu'un début, n'est-ce pas ? J'imagine qu'un esprit comme le vôtre n'apprécie guère l'idée d'être aussi limité dans le temps, lorsque l'âge est pris en compte... Quelle est la prochaine étape ? Il y en a toujours une. » Surtout avec des gens comme vous, se retint-elle de dire. A vrai dire, avec des gens comme Feuerbach, il y avait sans doute au moins trois ou quatre étapes ultérieures ; il n'allait pas s'arrêter en si bon chemin. Quant à voir à quoi il emploierait réellement tout ceci, c'était encore une autre histoire... Mais elle avait le temps. Plus que bien des gens. Au fond.

« Mon avis sur le sujet est simple : vous considérez tout ce qui peut vous être utile, de près ou de loin. Vous êtes capable de déterminer l'utilité de tout ce qui peut sembler sans importance sur l'instant...et vous aimez être le premier. Le reste peut venir plus tard. L'important, c'est de toujours garder une longueur d'avance, n'est-ce pas ? Même si je ne pouvais pas vous être utile maintenant, mieux valait que je ne puisse pas l'être pour un adversaire potentiel. »

Je croisai les jambes, m'adossant confortablement contre mon siège. La conversation ne manquait décidément pas d'intérêt, c'était plutôt agréable.

« Cela ne m'étonne pas de Destiny. Ce n'est pas tant qu'il s'amuse à prédire ce qui peut se passer ; il vous dira que tout est écrit, et qu'il ne fait que suivre le cours de la narration. Maintenant que j'ai enfin l'occasion de vraiment vous parler, je vois que mon frère et vous avez beaucoup en commun...sur certains points. Et vous vous en doutez sans doute, mais je vous préviens tout de même : mon frère ne fait rien au hasard. S'il vous a choisi, c'est qu'il attend quelque chose de vous en retour. Et même si vous refusiez, il vous dirait que c'était prévu, et que vous ne feriez que ce qui était écrit. S'il nous a réuni de cette manière, ce n'est pas uniquement par bonté d'âme ; mais c'est une manière de faire qui ne vous est pas étrangère, j'imagine. »

Je ne doutais pas que Destiny, à sa manière, ait voulu m'aider parce qu'il tenait à moi, à la Famille. Mais ce n'était jamais sa seule raison d'agir... Et si Feuerbach était impliqué dans sa manière curieuse de considérer l'avenir, j'étais curieuse de découvrir comment.
Delight
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Lun 1 Mai 2017 - 23:19
D'un hochement sérieux du chef, Alexander accueillit les paroles de Delight.

Si son approbation était rare, elle était toujours donnée de manière sincère. Marquée d'un simple signe de la tête, elle était l'expression, certes sobre, d'une considération qui n'en était pas moins dénuée de valeur, si on savait la repérer. Car attendre davantage du génie aurait été vain. Une marque d'intérêt inhabituelle et d'autant plus notable, que détachée du plus pur pragmatisme.

En vérité, en raison de son esprit brillant, de la rapidité de son analyse, de ses capacités hors du commun, le jeune génie avait le besoin de se créer un environnement stimulant dans un monde décidément bien trop lent pour lui, rien que pour ne pas succomber à l'ennui. C'était pour cette même raison que le milliardaire - qu'on aurait facilement pu imaginer oisif - était un bourreau de travail, pour cette même raison encore, qu'il avait autant diversifié ses activités, et une fois encore pour cette raison, qu'on avait bien souvent l'impression qu'il était partout. Et même lorsqu'il semblait, en apparence, inactif, son cerveau ne cessait jamais de fonctionner, traitait, analysant, gérant différentes tâches en même temps.

Aussi, il n'était guère étonnant qu'il puisse chercher, dans ses relations avec autrui, une stimulation semblable - ce qui n'était pas toujours donné, lorsque l'on évoluait dans un aquarium essentiellement peuplé de poissons rouges.

Certes, son éducation aristocratique lui valait de montrer, en société, un visage, assurément froid et hautain, mais non dénuée de bonnes manières. Respectant les codes de la courtoisies, il les réduisaient à son strict nécessaire, se pliant aux règles de la société tout en s'assurant de ne jamais susciter la sympathie. Les politesses d'usages lui permettaient d'être accepté par ses pairs, cependant, sa capacité à faire subtilement comprendre à ses interlocuteurs les moins désirables son désintérêt pour tout ce qui pouvait sortir de leurs bouches lui valait de porter une réputation hautaine et imbu de lui-même - une réputation qu'il soignait d'ailleurs tout particulièrement.

Alexander n'était pas le genre de personne à gâcher de son temps en mondanités inutiles avec des personnes qui n'avaient, in fine, rien à lui apporter. Et, me direz vous, pour ce qui était de ceux dont l'intérêt était inversement proportionnelle à leur utilité ? L'allemand avait développé des techniques remarquables pour feindre d'écouter toute en faisant autre chose, aussi pouvait-il remercier son esprit multi-tâche et sa mémoire parfaite.

Cependant, il existait quelques exceptions: celles du sang - à l'évidence - celles également qui, inexplicablement, arrivait à attirer son intérêt au delà du charnel.

Pourtant, il y avait presque immanquablement, quelques choses chez les Immortels, qui retenait son attention. Leur expérience infiniment plus grande, leur vision du monde plus affinée, leur connaissances plus étendues, leur perspicacité plus développée, une vivacité d'esprit développée avec l'âge étaient, semblait-il, autant de facteurs qui compensaient souvent le manque de certaines capacités cognitives.

À voir la façon dont se déroulait la conversation, Delight faisait partie de ces rares personnes qui avaient réussies à capter l'intérêt d'Alexander. Et sous l'apparente neutralité et la distance implicite, le jeune homme appréciait, à sa façon, la justesse des remarques de son interlocutrice et la pertinence de sa répartie.
Miss Daniels se révélait être une bonne surprise et la preuve était qu'il était encore possible de surprendre positivement le génie.

Donnant une nouvelle fois raison à son interlocutrice par un second hochement de tête, tandis qu'elle le questionnait sur l'affranchissement des ses propres limites, force était de reconnaître qu'elle cernait parfaitement les problèmatiques autour des motivations de Verstand.

Si dépasser la maladie en était une, échapper à la mortalité en était une autre.
L'immortalité, un rêve formulé par beaucoup depuis des millénaires et qui semblait aujourd'hui à portée de main.
L'allemand avait, depuis quelques mois, donné un nouveau tournant aux recherches qu'il avait entreprises des années auparavant, aux premiers signes de sa défaillance. Des investigations scientifiques qui avançaient, sinon plus vite que prévues, au moins de façon significative. Et si l'espoir de balayer d'un revers de main dédaigneux son affliction débilitante en faisait un moteur, la condition de sa cadette en faisait une urgence.

Il était une chose, pour un génie d'être limité à l'espace paradoxalement vaste et réduit de son cerveau, il en était une autre pour une artiste qui ne vivait que pour la liberté du mouvement. Aussi réductrice que sa condition puisse être, l'esprit était capable de raisonner et, sinon d'accepter, au moins de composer avec son état, dans l'attente de trouver les solutions.
Dans le cas de Lotte, Alexander craignait qu'au delà d'un mal d'autant plus fulgurant et violent que le sien, la danseuse qui avait toujours laissé ses passions prendre le pas sur sa raison, ne cède à une angoisse qui la pousse à agir de façon inconsidérée. Moins que son aîné, la brillante étoile ne supportait pas sa condition, repoussait sans cesse et dangereusement ses limites, par peur des perspectives réduites et probablement fatales qui se présentaient à elle. Un comportement que le milliardaire jugeait parfaitement inapproprié et irréfléchi, mais qu'il ne pouvait empêcher.
La prochaine étape se résumait donc à cela, trouver le moyen de sauver sa soeur.

Mais, comme Delight pouvait le pressentir, Alexander ne fonctionnait jamais une étape après l'autre. Chaque acte, chaque opportunité ouvrait la voie à un champ des possibles. Un homme tel que l'industriel ne pouvait se réduire à n'en choisir qu'une, il fallait les expérimenter toutes.
En ce sens, les recherches entreprises pour palier à sa déficience moteur, en étant liée à son don, ouvrait la voie à des découvertes sur les prodiges, la nature des dons, leurs origines, leur lien avec les orages, les phénomènes météorologiques et physiques encore très mal connus. La connaissance donnait le contrôle, et le contrôle offrait le pouvoir.

Il n'y avait pas de prochaine étape à proprement parler, il y avait un plan général et de multiples opportunités à saisirs. Ces possibilités seraient exploitées ou mises de côté en fonction des résultats mais aussi au regard d'un contexte indépendant de la seule volonté de Verstand. Un contexte politique et économique mondial -clairement influençable- mais auquel il était plus rentable de s'accommoder que de tenter de modifier. L'adaptation.
L'adaptation amenait à revoir, modifier, interchanger la notion d'étapes. Si seul le but comptait, il n'y avait pas qu'un seul but, qu'une seule façon d'y arriver. Et si l'immortelle prodige revendiquait que tous les chemins n'étaient pas bon à emprunter, Alexander entendait son avis éclairé par l'expérience. Mais il était un chose de le respecter, une autre de le suivre.

-La prochaine étape découle inévitablement de la réussite ou de l'échec de notre entreprise, répondit laconiquement le jeune génie. Sans résultats concrets, il n'y aura pas de prochaine étape.

Lorsqu'Angela émit son hypothèse, Alexander la revue d'un signe de la main qui semblait vouloir dire. "Vous avez tout compris, était-ce seulement vraiment nécessaire de poser la question, alors que vous possédiez la réponse ?" Il s'abstient cependant de dire quoi que ce soit et se contenta de préciser quelques points en donnant les faits.

Le sujet de Destiny était autrement curieux. Cet autre prodige que miss Daniels associait à la "Famille", semblait posséder un don indéfinissable, sur lequel Alexander ne pouvait que spéculer.

-Je vois... Murmura l'industriel, qui semblait songeur.

Il s'agissait donc d'un geste calculé. Un très fin sourire s'étirait sur ses lèvres exsangues à la dernière remarque de son interlocutrice. Il pouvait en effet reconnaître une manière de procéder qu'il connaissait bien, mais en conséquence qu'il pouvait peut-être plus facilement détourner.

Cette notion de "Destin" le laissait perplexe. Une notion qui réfutait le libre arbitre, faisait des choix une illusion.
Sous bien des aspects, un don tel que celui que possédait le "frère" de Delight l'intriguait. Au même titre que les prodiges dotés de talents pré-cognitifs ou temporels qui laissait entendre que tout, dans le vaste univers était écrit. Verstand, appréhendait ces questions sous la forme d'une vaste toile pré-dessinée, mais que rien n'obligeait personne à colorier sans dépasser...

En ce qui concernait les raisons qui avaient poussé Destiny à mettre sa soeur sur la route du génie, ce dernier partait du principe que s'il était autant au moins pragmatique que lui, il n'aurait pas pris cette peine s'il avait estimé que l'allemand allait refuser la contre-partie. Une prise de risque bien trop élevée pour être rentable. Après tout, Feuerbach avait de l'influence sur Delight, ne serait-ce que parce qu'il était, pour le moment, le seul à pouvoir lui fournir un traitement temporaire pour limiter l'apparition de ses autres personas.
Verstand
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Mar 16 Mai 2017 - 10:53
Entretenir une conversation avec un être comme Alexander Feuerbach me donnais un peu l'impression de naviguer dans un champ de mine. On ne savait jamais derrière quel mot pouvait se cacher une arme, ni à quoi elle pouvait bien être employée. Ils étaient utilisés comme une pièce sur un échiquier, sur un plateau dont seul le génie avait une vision d'ensemble. Il me donnait l'impression d'attaquer la vie entière comme une gigantesque partie dont il se voulait le maître, et je ne pouvais m'ôter la désagréable impression de n'être pour lui qu'un pion de plus. Je chassai cette idée, non pas parce qu'elle était inexacte de son point de vue, mais parce que je n'avais pas à m'y confirmer de mon côté. Quels que soient les objectifs de mon complexe bienfaiteur, je restais ma propre personne. Au fond, moi aussi je comptais l'utiliser afin d'atteindre mon but. Sur ce point, nous étions sur la même longueur d'onde.

Nous formions une bien curieuse paire : la belle et le génie. Nul doute que chacun à notre façon, nous ne considérions pas égaux. Mais cela ne nous empêchait pas de nous accorder, du moins je l'espérais, un peu de respect. Je reconnaissais apprécier l'exaltation d'une telle conversation, curieuse de ce que je pourrais bien en tirer. Autant tenter d'apprendre à connaître l'homme qui allait collecter des échantillons de ma personne. Ou, du moins, de m'en faire une idée, car je doutais qu'on puisse réellement connaître autre chose que ce qu'il voulait bien faire voir. Ce qui ne me perturbait pas plus que cela : après tout, moi aussi je m'y connaissais en masques.

« Cela me convient. » dis-je. Je n'attendais pas grand chose de plus, de toute façon. « Nous n'avons plus qu'à espérer que les premiers résultats soient concluants. »

Je statuais l'évidence bien sûr, ce que mon interlocuteur ne manquerait pas de relever avec morgue -voire ennui- dans un coin de son esprit, mais qu'il pense ce qu'il veule. Malgré toute son intelligence, j'avais sûr lui deux mille ans d'expérience, ce qui permettait au moins de maintenir un certain niveau. Et j'en vins à me demander si l'intelligence de mon hôte était exponentielle, si elle avait grandi avec lui, et si elle allait continuer tout au long de sa vie. Si Feuerbach trouvait un jour le moyen de prolonger son existence non seulement en éliminant son affliction, mais aussi en repoussant les limites de sa longévité mortelle, son esprit continuerait-il de s'étendre ? Que deviendrait une telle intelligence après deux mille ans ? Voilà qui était aussi effrayant que fascinant.

En tous les cas, Alexander se montrait maintenant plutôt avare de mots. Mais je n'étais pas venue pour lui faire la conversation, et je me rendais bien compte que lui non plus. Nous n'étions pour l'autre qu'un moyen utile d'arriver à ses fin, après tout. Oui, il n'était pas vraiment si différent de Destiny... Une rencontre entre ces deux-là aurait de quoi être intéressante, bien que probablement avare en mots. Et je n'étais pas sûre d'avoir très envie de voir ce qui pourrait en résulter.

« Je laisse mon sort entre vos mains. Pour l'instant. Vous me ferez savoir lorsque vous aurez les résultats, et pour les prochains tests s'ils s'avèrent nécessaires. » Je me levai, rejetant mes cheveux en arrière. « Nous n'avons peut-être pas le même but, mais je vous remercie néanmoins, Alexander. »

Il était temps pour moi de partir ; j'avais à faire au diner, et Alexander n'avait sûrement pas de temps à perdre en civilités. Il était temps pour tous deux de nous mettre au travail...et d'attendre.
Delight
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