Vanilla Twilight || Delight

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Lun 8 Mai 2017 - 9:58
Étais-je coupable d'avoir trop ressassé le passé ? Peut-être bien. En y réfléchissant bien, ce dernier était une des raisons principales qui m'avaient poussé à mon exil. Les tragédies dont j'avais été la source me revenaient sans cesse en tête, au point de ne plus savoir comment leur échapper même à travers ma persona la plus inoffensive. En tant que Delight, j'avais eu trop longtemps l'impression de me retrouver prisonnière des conséquences nées des actions sur lesquelles je n'avais eu que peu de contrôle. Chacune de mes autres facettes était un danger redoutable à sa manière. Delirium apportait la folie, poussant les gens à perdre leurs repères et à agir de manière imprévisible, sans aucune considération pour leur sécurité ou celle des autres. Despair plongeait autrui dans une morosité et une apathie qui culminaient en un désespoir si insondable qu'il pouvait aller jusqu'à pousser ceux qui en étaient victime à s'ôter la vie. Et puis il y avait Destruction, l'équivalent d'une bombe à retardement dont l'explosion pouvait se révéler ravageuse. J'avais depuis bien longtemps perdu le compte des vies que j'avais détruites ou changés malgré moi. Malgré les siècles qui passaient et le soutien de la Famille, je n'avais jamais su comment briser le cycle, ou garder le contrôle de mes autres visages.

Alors j'avais fui. Je m'étais retirée loin de tout, cherchant la quiétude et la solitude d'une existence aux confins de la société, là où je risquais le moins possible de faire du mal à qui que ce soit. Dans le désert d'une petite arche australienne, j'avais espéré que plus jamais je n'aurais à faire du mal à qui que ce soit. Que les manifestations de mes pouvoirs ne risqueraient plus d'influencer d'autres vies que la mienne. Je m'étais faite ermite, moi qui avait toujours aimé vivre parmi les gens, proche d'une humanité que je n'avais jamais voulu perdre. A la place, je m'étais perdue d'une autre façon, laissant derrière moi tout ce qui pouvait m'attacher à la personne que j'étais vraiment. Ou, du moins, celle que je voulais être. J'avais pensé que ce serait plus facile, mais pour ce faire, j'avais laissé tout ce qui comptait pour moi. La Famille, mes amis, mes descendants... Et même là, on m'avait trouvée, on m'avait capturée en profitant de la faiblesse née de ma solitude. J'aurais pu accepter la perte de liberté, si cela avait permis au monde d'échapper à ce dont j'étais capable. Mais on m'avait prise pour utiliser mes pouvoirs, et mes pouvoirs avaient été la perte de mes captifs. C'est là que Death et Dream intervinrent, et qu'Angela Daniels naquit. J'avais enfin trouvé la paix...mais je n'étais plus moi-même.

Aujourd'hui, je savais que j'avais fait le bon choix en revenant parmi les miens, en étant Delight à nouveau. Le risque que mes pouvoirs continuent d'échapper à mon contrôle était encore présent, mais je ne pouvais pas l'ignorer indéfiniment en croyant être quelqu'un d'autre. J'avais retrouvé la Famille, mes amis, et je m'en étais fait des nouveaux. J'avais retrouvé l'espoir. Un espoir que je pouvais sentir habiter les murs et les couloirs de la Potential Home, un véritable symbole que tout était possible pour les prodiges. Qu'ils pouvaient apprendre, trouver leur place, et devenir ce qu'ils voulaient être. C'était un sentiment agréable, qui contribuait plus que jamais à renforcer ma conviction.

« Tu es sage, Alex. Il m'aura fallu bien longtemps pour arriver à cette conclusion, mais je crois bien que tu as raison. La meilleure chose que je puisse faire, c'est affronter l'avenir avec la conviction que j'ai de quoi le changer. Que je ne serai pas éternellement l'esclave de mes pouvoirs. Et que j'ai la possibilité de bâtir quelque chose de bon, comme tu es en train de le faire avec cette école. Si ce n'est pas pour moi, pour tous ceux qui pourraient avoir besoin d'un peu d'espoir. »

« Ma sœur a raison, il y a de la sagesse en vous, Alex Mason. Bien des gens abuseraient d'un pouvoir comme le vôtre sans se soucier des conséquences. Réussir à ne pas utiliser le pouvoir dont on dispose reste le plus grand pouvoir qui soit. Et...je ne suis pas dépourvu de compassion, lorsque je rencontre les prisonniers de leurs rêves. Mais la plupart du temps, on ne peut pas aider quelqu'un avant qu'il ne décide de s'aider soi-même. Mes solutions seraient temporaires, ou au contraire bien trop définitives : les conséquences, encore une fois. Un rêve ou un cauchemar peut changer beaucoup de choses. »


Mon frère était étonnamment loquace, à croire qu'entre Alex et Lily-Rose, ils savaient comment s'y prendre pour éveiller son intérêt. La plupart du temps, il considérait les veilleurs mortels comme bien trop simples pour capter son attention très longtemps ; il préférait leurs rêves, bien plus riches. Une infinité dans le cœur de chacun. Ce qu'il voyait dans ces deux-là, je ne pouvais pas vraiment le savoir, mais son instinct le trompait rarement. Quand la jeune femme le serra dans ses bras, il ne se raidit qu'un instant, avant de lui tapoter le dos ; ce qui, pour Dream, était un signe d'affection qu'on voyait rarement plus d'une ou deux fois par décennie.

« Tu voleras. Peut-être pas dans les airs, mais tu voleras. Il y a plus d'un moyen de le faire, tu sais. »

Il sourit à l'élève, et je lui adressai un clin d’œil avant de prendre la suite d'Alex. Peut-être bien que mon frère avait la même impression que moi concernant l'assistante autoproclamée du directeur ; Lily-Rose représentait quelque chose d'important. Et elle accomplirait de grandes choses ; ce qu'elle avait de faire, elle en serait capable, je n'avais aucun doute là-dessus. Et c'était en partie grâce à cette école, et à des gens comme Alex.

« Peut-être que je viendrai donner des cours de pâtisserie. Et apprendre comment faire un bon café est une qualité indispensable dans la vie de tout étudiant, c'est quelque chose qu'on oublie bien trop souvent. A quoi bon apprendre comment résoudre une équation au deuxième degré quand on ne se fait pas faire un bon café ? Ou un bon thé, d'ailleurs. J'espère que tu n'oublies pas tes responsabilités lorsqu'il s'agit de pourvoir tes élèves en bon thé. »

Parler à Alex était vraiment agréable, et je réalisai à quel point il m'avait manqué. Le retrouver aujourd'hui me faisait du bien, et renforçait l'espoir que j'avais en cette nouvelle existence. Et puis j'étais heureuse de voir qu'il était aussi à sa place, et visiblement épanoui, aussi bien dans sa vie professionnelle que privée. Il avait trouvé sa vocation, et ceux qui étaient importants pour lui. C'était un exemple qui m'encourageait à croire que c'était possible pour moi aussi.

« Je te suis ! »

J'étais curieuse de découvrir la bibliothèque de l'école ; j'avais toujours aimé lire. L'avantage de l'immortalité, c'est qu'on avait bien du temps à consacré aux bouquins, et que ces derniers étaient assez nombreux pour remplir plusieurs existences. De son côté, Dream était surtout fasciné que la lecture puisse autant influencer l'inconscient humain, qu'il soit personnel ou collectif. Les livres étaient la source de bien des rêves, qui devenaient autant d'histoires qu'il pouvait découvrir.

« Alex Mason parle du monde des rêves, où je suis capable d'accéder à tous les livres qui ont été écrits, tous ceux qui seront écrits...et tous ceux qui auraient pu être écrire. Mais la vôtre est aussi très....pittoresque, j'imagine. »


« Mon frère n'a pas beaucoup de manières, mais c'est parce qu'il a grosso modo le sens de réalité d'une apserge... Enchantée ! Et voilà un pouvoir plutôt pratique... J'imagine qu'il n'est pas de trop, dans le métier. »
Je serrai la main tendue, souriante. Ailein m'apparut aussitôt sympathique. « Je suis contente de voir que malgré les siècles qui passent, les livres restent toujours aussi importants. »
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Dim 28 Mai 2017 - 21:16
La fuite était rarement une solution qui fonctionnait, même pour protéger les autres. C’était au moins l’une des leçons que j’avais apprises depuis mon arrivée à la Potential Home, et qui m’avait sans doute permis d’arriver où j’en étais désormais. Être directeur, c’était avoir de lourdes responsabilités, et je ne pouvais pas fuir devant les problèmes à ce stade. Trop de personnes dépendaient de moi. Aussi, j’avais dû prendre mon courage à deux mains et me lancer, même si c’était toujours aussi effrayant d’affronter le monde. Mais un peu moins à chaque fois, il fallait l’admettre. Cependant, toutes les situations étaient différentes, et celle de mon amie était complexe. Mais je voulais croire qu’elle parviendrait un jour à surmonter ses démons. Elle semblait déjà en bonnes voies.

"Chacun a son propre chemin à faire, et je ne pense pas qu’on puisse se comparer. Tu as sans doute mieux réussi que moi dans d’autres domaines. Et puis, j’imagine qu’il y a différents types de sagesse. Ne pas utiliser le sien pour détruire le monde, c’est vrai que c’est déjà beaucoup." Après ce léger trait d’humour, je fixais plus sérieusement Dream, trouvant là une autre forme de paroles sage à méditer. Ne pas pouvoir aider quelqu’un qui ne le souhaitait pas était une situation difficile, surtout quand il s’agissait d’enfants ou de prodiges. "Et vous ne trouvez pas ça trop dur ? Même si ça fait partie de votre travail, et de la vie, finalement ?"

Au moins, Lily-Rose parvenait à nous ramener à des considérations moins graves et plus légères. Comme souvent d’ailleurs. Malgré tout ce qu’elle avait vécu, elle arrivait encore à garder le sourire, et à le transmettre aux autres. Encore une personne inspirante dans mon entourage, j’étais vraiment très chanceux. Elle rit une nouvelle fois aux paroles du frère de Delight, qui, même en étant passablement mystérieuse, devaient tout de même lui parler. J’espérais simplement qu’elle ne l’interprétait pas comme une incitation à fumer des substances illicites, mais cela ne me semblait pas être le cas, et sans doute pas ce que souhaitait Dream. Ce qui était certain, c’est qu’elle l’avait définitivement adopté. Lily-Rose s’entendait toujours très vite avec les gens, mais il y en avait qui avait tout de même sa préférence, instinctivement. Et c’était visiblement le cas ici.

"Oh, ne m’en parle pas, si tu savais ce que j’ai dû ingérer comme caféine durant mes études ici, et encore maintenant." soupirai-je, car le mentionner mes donnait tout à coup envie d’en boire. Et puis, aussi idyllique qu’était la Potential Home, cela ne voulait pas dire qu’on s’y tournait les pouces. Loin de là. "Et je n’oublie pas cette part importante dans l’éducation des jeunes, non. Mais c’est vrai qu’avoir quelque pour me seconder et enseigner l’art du café et de la pâtisserie, ce ne serait pas de trop."

Je proposais ensuite d’aller visiter un autre endroit de l’école, et on laissa alors Lily-Rose derrière nous, non sans grands signes et promesses de garder contact. Quoique, quand elle décidait quelque chose et de prendre des nouvelles, Lily-Rose le faisait, avec la même énergie que pour le reste. Il était donc assez certain que la Famille entendrait encore parler d’elle. J’emmenais Delight et son frère visiter la bibliothèque, certain que cela les intéresserait d’une manière ou d’une autre.

Ne serait-ce que par sa bibliothécaire, et son étrange don. C’était toujours impressionnant à voir, la première fois. Et, il fallait l’admettre, Ailein était elle-même assez impressionnante. Toujours à monter aux barricades, sans jamais se montrer intimidée, malgré son jeune âge. Elle n’en demeurait pas moins une personne fiable sur qui on pouvait compter.

"Pittoresque ?" Elle arqua un sourcil et plissa le bout de son nez, fixant Dream pour savoir s’il s’agissait d’une critique ou non. Mais la perspective d’une bibliothèque des rêves détourna très vite son attention. "Eh bien, ça doit faire un sacré paquet de bouquins. J’espère que vous avez de bonnes méthodes de classement, et surtout, un personnel compétent pour gérer tout ça."

Elle se tourna ensuite vers Delight, lui souriant plus franchement.

"Oh, vous en faites pas. Ici, on a aussi nos spécimens. Du coup, c’est vrai qu’être à plusieurs endroits, c’est assez pratique." On pouvait d’ailleurs voir passer parfois un de ses doubles à travers les rayons, portant des livres à ranger ou à fournir à des personnes les ayant demandés. "On a pas encore inventé de quoi les remplacer complètement, heureusement ! Un domaine d’intérêt en particulier que je peux vous montrer ?" Elle lança un regard à Dream : "Un guide du savoir-vivre en société, peut-être ?"

"Pourquoi pas les livres de cuisine que tu as ?" proposai-je plutôt avec un petit sourire. "Et puis, ceux sur Edimbourg. Je sais que ce sont des documents parfois rares et importants."

"Et comment !" enchaîna Ailein en affichant effectivement un sourire radieux et plein de fierté. "Mes prédécesseurs et moi avons rassemblé presque tout ce qui est paru concernant l’arche, et c’est une collection de référence pour les chercheurs du monde entier ! Surtout les ouvrages d’avant Armageddon, vous pensez bien."
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Lun 5 Juin 2017 - 12:32
L'école avait sur moi un effet apaisant. Je m'y sentais accueillie à bras ouverts, en sécurité ; un endroit où tout le monde y serait accepté, quelles que soient ses origines ou ses particularités. Comparativement à l'histoire des prodiges elle n'existait pas depuis longtemps, mais elle avait déjà fait une nette différence pour tous ceux qui avaient eu la chance d'y avoir accès. Et ailleurs dans le monde, d'autres suivaient l'exemple. L'Institut de NéoSéoul avait ouvert ses portes, et d'autres établissements existaient, offrant un sanctuaire à ceux qui en avaient besoin, et un moyen de s'intégrer au monde plutôt que de vivre des ses marges, à craindre la réaction du reste de l'humanité. Pourrons-nous vraiment vivre en totale harmonie avec les êtres dépourvus de dons un jour ? C'était un beau rêve, un que j'espérais voir se réaliser plutôt que d'être confiné au seul domaine de mon frère.

L'espoir. Depuis mon retour, puis mon arrivée sur l'Arche, c'était le principal sentiment que je redécouvrais, à un point tel que j'avais l'impression qu'il faisait plus partie de moi que jamais. Grâce à ceux qui m'entouraient, et qui avaient refusé de m'abandonner quoi qu'il arrive. La Famille, Alex, Larry et Hernando au diner. Puis les nouvelles rencontres. Même Alexander, à sa manière, m'offrait de l'espoir. Un espoir intéressé, certes, mais que nous partagions tous les deux. L'impulsion de ne jamais abandonner malgré toutes les épreuves à l'air insurmontable que la vie met en travers de notre chemin. Ne jamais abandonner, toujours croire qu'il existe un autre moyen. La différence avec Feuerbach, finalement, revenait au fait que je n'étais pas prête à tout : je refusais que ma croisade risque de briser d'autres vies, par exemple. Mais pour le moment, l'aide qu'il m'offrait était précieuse, et nous semblions nous entendre.

« C'est plutôt un bon début. Même s'il y en a qui ont tendance à l'oublier ; quand on vit trop longtemps, on en finit parfois à considérer le monde comme son terrain de jeu privé... Peut-être que cette école existe pour ça, aussi : pour apprendre au prodiges, même les plus puissants, qu'ils font partie du monde au même titre que les autres. Et qu'il n'incombe qu'à nous de le laisser un peu meilleur qu'on l'a trouvé. Certains considèrent l'espoir comme de la petite monnaie, j'aime le voir comme un investissement. Car si on n'en as pas pour le futur, qu'est-ce qui nous reste ? »

De son côté, Dream n'avait pas eu à beaucoup réfléchir pour répondre à Alex : « Non. Je ne pense pas en ces termes : est-ce trop dur ? Ou pas assez ? C'est, tout simplement. Les rêveurs pris au piège le sont presque toujours de leur propre fait. Ce n'est pas à moi d'intervenir, et je n'en ai pas envie. Ils vont et viennent, et jusqu'à ce que le dernier rêveur disparaisse, je serai là pour observer. Peut-être est-ce là mon seul rôle, finalement : m'assurer qu'il y ait toujours quelqu'un pour regarder, pour ne jamais laisser le moindre rêve se perdre définitivement dans l'oubli. »

Mon frère ne sortait pas souvent, mais il ne pouvait pas s'empêcher d'être théâtral lorsqu'il interagissait avec ceux qu'il appelait les veilleurs. Parfois, il semblait étrange de considérer que Dream était véritablement humain ; et c'était pareil pour tous les membres de la Famille. Humains... L'étions-nous encore vraiment ? Avec tous ces pouvoirs, et après tout ce temps ? Je n'y songeais pas par orgueil ; simplement, nous finissions parfois par nous définir par notre fonction plus que par le reste, devenant de véritables personnifications anthropomorphiques des concepts que nous incarnions. Mais qui nous avait poussé à les incarner, ces concepts ? Pourquoi avions-nous choisi cette voie ? A l'époque reculée de notre naissance, c'était peut-être le meilleur moyen que nous avions de percevoir notre existence, dans un monde alors propice aux mythes. Pouvais-je vraiment concilier tout cela avec le fait d'être une simple serveuse dans un diner ?

« Considère moi comme ta source d'approvisionnement, alors. Tant que je serai là, tu ne manqueras pas de café ! Et si je peux me rendre utile en la matière auprès de l'école... Pourquoi pas ? Il y a bien des manières d'apprendre, j'imagine. »
L'idée de fréquenter l'endroit d'une manière ou d'une autre me plaisait bien. Après tout, le choix que j'avais en Australie n'étais pas le seul possible, je m'en rendais compte maintenant. Si je pouvais donner un coup de main à Alex, je le ferai ; surtout si je pouvais aussi aider les élèves. Et puis comme ça, je ne serais pas loin de Gear, ce qui avait certains avantages, me surpris-je à penser avec un sourire amusé. « Comment se gère l'école au quotidien, d'ailleurs ? Vous êtes complètement autonome, par rapport au gouvernement par exemple ? Vous n'avez pas trop de problèmes avec des groupes anti-prodiges ? »

Cela ne devait pas être de tout repos à gérer, au-delà de la seule gestion du travail administratif. J'étais curieuse de savoir à quel point la Potential Home dépendait ou non d'autres organismes comme le gouvernement, et j'espérais qu'aucun élément ne cherchait à s'en prendre à elle. Beaucoup de gens n'étaient pas prêts à accepter le changement que l'avènement des tempêtes soufflait sur le monde, maintenant que les prodiges étaient de plus en plus nombreux. Là encore, je voulais garder espoir, croire que l'harmonie serait possible. En attendant, je continuais de découvrir avec plaisir toutes les facettes de l'école. Il y avait quelque chose de rassurant avec les bibliothèques : les livres sur les étagères représentaient un savoir tangible, impérissable. A l'époque de l'information dématérialisée, ils étaient...rassurants. Et ils continuaient de survivre malgré tout, sans forcément paraître obsolète. Un sacré tour de force, quand on y pense.

« Dream ne sort pas beaucoup. »
expliquai-je, tandis que je fichai un léger coup de coude dans les côtes de l'intéressé, geste qui le rendit particulièrement perplexe. A force de vivre dans les rêves, il avait tendance à oublier comment réagir à des choses aussi simples que le véritable contact physique.

« Si c'est pour expérimenter des stimulis aussi désagréables, je n'en vois pas l'intérêt. Pas plus que je ne vois celui d'avoir un système de classement. Je n'ai qu'à songer au livre que j'ai envie de lire pour qu'il apparaisse dans mon domaine. Vous n'y arrivez pas ? C'est bien pratique. Et je n'ai pas de personnel pour ça. Seulement ceux qui veillent sur mon corps quand je dors. Et un corbeau, mais il n'a pas toujours très bon goût en matière de littérature.»

Une conversation avec Dream avait de quoi être déconcertante, mais il fallait visiblement bien plus à Ailein pour la déstabiliser. Une qualité sans doute indispensable aux bons bibliothécaires. Pour ma part, j'appréciai aussitôt la jeune femme, dont la franchise et le charme n'étaient pas pour me déplaire. « Décidément, tu sais bien t'entourer. » soufflai-je à Alex, amusée.

« Le savoir-vivre, j'ai toujours considérer que c'était quelque chose qui n'arrivait qu'aux autres. » continuait Dream avec son tact naturel.

« Pourtant, ça ne ferait pas de mal... » Puis, à Ailein : « Je serai ravie de voir ce que vous avez à me montrer ! Vous devez être pourvue d'une sacrée collection, j'en suis sûre ! »
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Dim 25 Juin 2017 - 14:21
A force de côtoyer des prodiges comme Gear, ou encore Sveda ou Wisdom ; on en venait parfois à oublier qu’ils avaient accumulé plus d’année d’expériences que nous. Ce qui pouvait expliquer certaines de leurs réactions, ainsi que leur comportement. La nonchalance d’Elias, ou l’altérité renforcée de la Rose des sables ou de mon interlocutrice ; des points de vue uniques, mais qui, je l’espérais, n’étaient pas incompatibles avec ceux de mortels. Cette école en était peut-être la plus belle des preuves. Delight le soulignait d’ailleurs très justement, et je ne pouvais qu’être d’accord avec elle.

"Une fortune commence par de petites économies." continuai-je sur sa métaphore. "Mais à force d’efforts et de temps, elles prennent de plus en plus de valeurs. C’est un investissement à long terme, et humain. J’espère que notre exemple pourra convaincre le maximum de personnes de cette vision."

L’avenir nous le dira, mais quand je voyais ce que l’école avait déjà fait en à peine un demi-siècle, je trouvais cela plus qu’encourageant.

La vision de Dream était cependant particulière, et il me fallut plusieurs réflexions et questions pour la comprendre mieux et l’appréhender. Ce n’était pas sans logique, mais c’était assurément une logique différente. Le monde des rêves était après tout un univers si différent du nôtre, avec ses propres règles.

"J’espère que ce rôle vous convient alors, et qu’aucun rêve ne tombera effectivement dans l’oubli. Mais vous avez l’air de prendre votre travail au sérieux, alors je ne m’inquiète pas." commentai-je avec un léger sourire.

"Tout à fait, et nous avons toujours misé sur toutes sortes d’apprentissage." confirmai-je ensuite à l’intention de sa sœur. Et puis, je voyais que la perspective de venir à la PH de temps en temps l’enthousiasmait. C’était d’ailleurs tout à fait réciproque, et il suffisait de voir la réaction de Lily-Rose pour voir que la Famille serait très bien accueillie ici.
"Les quatre directeurs de maisons et moi-même assurons la gestion de l’école, aidés par les professeurs et des externes. Le gouvernement nous offre une aide financière, mais autrement nous sommes totalement indépendants. Quant aux groupes anti-prodiges…" Je fis une pause quelques instants, une expression plus sérieuse, avant de retrouver un léger sourire. "Disons que nous faisons de notre mieux pour nous en protéger. Là aussi, le gouvernement nous offre son soutien, et c’est davantage son rôle de protéger la population. Du moins, en théorie."

Heureusement, pour le moment, nous n’avions pas déploré d’incidents graves. Et tout était fait en sorte pour que cela n’arrive pas. Mais le risque zéro n’existait pas, et nous avions toujours conscience que cela pouvait arriver. Aussi, nous tenions-nous toujours prêts pour faire face à cette éventualité.

La visite de la bibliothèque nous permit de sortir de ces thématiques un peu sombres, d’autant que les interactions entre Ailein et Dream étaient assez… intéressantes. Voire totalement amusantes, si on mettait de côté le fait qu’énerver notre bibliothécaire pouvait être dangereux. Mais pour l’heure, elle semblait surtout considérer le frère de Delight comme un étrange phénomène. Elle qui était si terre-à-terre, ce n’était pas si étonnant.

"Et le jour où vous aurez Alzheimer ? Ou, plus probable, si quelqu’un a une terrible envie de vous en coller une ? Ça doit arriver souvent, même dans le monde des rêves. C’est à ça que sert aussi le savoir-vivre : éviter de se recevoir des baffes bien méritées." Elle croisa les bras pour le toiser, nullement impressionnée. "J’espère que vous les payez bien alors. Parce que, comme vous le décrivez, ça ressemble soit à de l’esclavage, ou à un job bien pourri. Et, même pour un corbeau, les goûts sont différents pour chacun. Ce qui est de la mauvaise littérature pour vous ne l’est pas nécessairement de manière universelle."

A l’entendre, on pouvait croire qu’Ailein était agacée par le comportement lunaire de Dream. Mais son petit sourire en coin témoignait qu’au contraire, cet échange l’intéressait. Il était assez rare qu’on lui tienne tête, ou qu’on la contredise, et son tempérament compétiteur se réveillait lorsqu’elle trouvait un adversaire à sa taille. Pour une joute verbale dans le cas présent, et heureusement, car je n’étais pas certain que, immortel ou non, Dream puisse faire le poids dans un combat au corps-à-corps avec elle.

"L’école sait bien s’entourer." répondis-je à mon amie en partageant son amusement. Je lui pris ensuite le bras, alors que notre bibliothécaire entamait son tour de présentation. "Ça va durer un petit moment, mais c’est très intéressant, vous verrez."

Je ne vis ainsi pas passer le reste de l’après-midi. Surtout qu’en plus de la présentation d’Ailein, la voir interagir avec Dream était un spectacle en soi. Vint ensuite l’heure d’aller récupérer Death et Gear à l’atelier. Ce dernier semblait avoir beaucoup apprécié de pouvoir bricoler de vieilles bicoques avec la sœur de Delight, mais fut tout aussi ravi de retrouver cette dernière. Même s’il était temps de se dire au-revoir, pour aujourd’hui du moins.

"Merci beaucoup pour votre visite, et pour votre présence." les remerciai-je avec un sourire dans le hall d’entrée, où nous avions raccompagnés. Je me tournai vers Delight : "Et je suis toujours heureux de te voir, mon amie."

"Tu as intérêt à revenir !" déclara Ailein à Dream en pointant un doigt vers le visage de l’homme, mais avec un sourire de défi sur les lèvres. Peut-être que je m’avançais, mais j’avais l’impression que le frère de Delight… lui plaisait. Sur ce point, je pouvais la comprendre. Enfin, mieux valait ne pas le lui dire à voix haute, sous peine de se prendre un coup.

"Tu m’appelles quand tu veux." dit Gear à Delight en lui offrant un clin d’œil et en lui prenant la main pour y déposer un baiser, séducteur. Il se tourna ensuite vers Death, un air tout coup beaucoup plus enfantin : "Et nous, on se revoit pour que je puisse tester cette merveille de moto !"

"On se revoit bientôt au diner !" termina Lily-Rose en s’approchant d’Angie pour la serrer dans ses bras, avant de faire de même avec Death et Dream. "Vous deux aussi, j’espère vous voir plus souvent. On s’amuse trop en votre compagnie !"

"C’est vrai." confirmai-je avec un sourire. "J’espère que l’école vous aura plus, et que vous reviendrez bientôt."

Mais cela ne faisait pas de doute.
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Mer 28 Juin 2017 - 12:05
« C'est agréable de savoir que le gouvernement de l'Arche vous soutient, du moins dans une certaine mesure. Ceux qui sont au pouvoir ne sont pas toujours aussi conciliant ; j'ai connu mon lot de chasses aux sorcières... »

L'humanité avait avancé au fil du temps ; elle n'avait pas eu le choix, pas avec le cataclysme qui avait ravagé la surface et l'émergence de plus en plus de prodige. Mais ce n'était pas parce que Édimbourg était relativement sûre et dans l'acceptation qu'elle représentait le reste du monde. Il y avait encore bien des arches où les gens dotés de pouvoirs étaient mal vus, voire pire : l'ancienne Russie, la Fédération du Sud des États-Unis... L'histoire globale revenait souvent à faire un pas en avant, deux pas en arrière. Je restais prudente quant à mes espérances, mais après avoir franchi les portes de la Potential Home, je me prenais à y croire plus que jamais.

« Ce n'est pas un travail, plutôt...une fonction. Je n'ai pas d'autre choix en la matière que celui de respirer. Et je suis toujours sérieux. »

C'était le cas de le dire. L'humour comme la légèreté venaient aussi difficilement à mon frère que la joie de vivre à, disons, Alexander Feuerbach. Tiens, voilà un homme dont je me demandais à quoi pouvaient bien ressembler les songes. Peut-être pourrais-je le demander à mon frère, même si je doutais de le faire ; je n'étais pas du genre à espionner autrui. Mais je restais curieuse...

« Ce qui compte, c'est que les élèves ici se sentent en sécurité. Et qu'ils aient les mêmes chances que n'importe qui d'autre dans le monde. Qu'ils puissent se protéger, aussi. »

J'avais vu trop de prodiges, jeunes et moins jeunes, à la merci d'oppresseurs, incapables de se défendre correctement, souvent parce qu'ils avaient trop peur de ce qu'ils pouvaient faire. Et j'en savais quelque chose, je ne m'étais pas isolée toutes ces années pour rien. Mais ici, tout le monde aurait sa chance. Il me suffisait de voir l'effet que cet endroit avait sur Lily-Rose, et sur Alex : élèves comme professeurs, ils en retiraient tous énormément.

« Alzheimer n'est pas quelque chose dont j'aurai jamais à me soucier. Et les rêves sont la seule mémoire dont j'ai vraiment besoin. Mais je comprends l'amour des mortels pour les bibliothèques, pour les livres. Dans le monde de la veille, ils sont votre mémoire à tous, la mémoire du monde. Et il est agréable de savoir que des gens comme vous en sont les garants, Aeilein Douglas. Quant à mes aides, les rêves sont leurs récompenses comme le savoir et les livres sont les vôtres.»

J'échangeai un regard amusé avec Alex ; je ne savais pas trop ce qui se passait entre mon frère et la bibliothécaire de l'école, mais c'était plutôt distrayant. Peu de gens arrivaient à retenir ainsi l'attention de Dream, du moins quand ils étaient éveillés. Mais aujourd'hui, entre Alex, Lily-Rose et Ailein, il semblait plus stimulé que jamais par le monde réel ; peut-être que cela lui ferait du bien, il avait besoin de conserver un lien avec ce monde, plus qu'il ne pouvait lui-même le croire.

Le reste de la visite se déroula tout aussi agréable. J'écoutais avec intérêt les explications d'Ailein et Alex, ravie d'en apprendre plus sur l'école. Je m'y sentais vraiment bien, et elle m'ouvrait petit à petit un éventail de possibilités que je n'aurais pas crue possible il y a encore peu de temps auparavant. Nous passâmes récupérer ma sœur à l'atelier, et je ne fus pas surprise de la retrouver maculée de cambouis ; elle était incapable de résister à un moteur lorsqu'elle en avait un sous la main.

« Mais j'y compte bien ! Merci pour la bricole ! Et pour le tour. »
lança-t-elle à Gear et Alex, avant de nous rejoindre.

« Quand je veux, vraiment ? » lançai-je d'un air innocent à Gear, faisant mine de me pâmer lorsqu'il m'embrassa la main. « J'espère que tu n'auras pas à la regretter, je risque d'en faire bon usage. »

Je rendis son étreinte à Lily-Rose, venue nous dire au revoir, en l'assurant que je ne manquerai pas de revenir, et le reste de la Famille non plus.Puis je serrai également Alex contre moi : « Merci pour le tour. L'école m'a plus que plu ; c'est quelque chose en laquelle je peux croire. Je reviendrai, tu peux en être sûr. Ce que tu fais ici, ce que vous faites tous, c'est important. Et...je crois que j'aimerais y contribuer, si je le peux. On se revoit bientôt. »

De cela, j'étais certaine : c'était loin d'être la dernière fois que nous franchirons ces portes, ma famille et moi.

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