Vanilla Twilight || Delight

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Mer 9 Nov 2016 - 20:43



« Autumn, the year’s last, loveliest smile. »
William Cullen Bryant


L’atelier principal de la House Mechanics tournait à plein régime en ce début d’après-midi. Les portes ouvertes approchant à grands pas, les élèves redoublaient d’effort pour terminer leurs travaux à temps. Ou leur VAP et autres aéronefs, en ce qui concernait mon ancienne maison. Le tout sous le regard vigilant de Spanner, qui faisait des allers et retours entre les plans de travail et les différentes constructions, sans toutefois perdre son calme. Ce qui était impressionnant, car, je me rappelais bien qu’à sa place, il y a quelques années, je peinais à garder la tête sur mes épaules alors que l’échéance approchait inexorablement. Mais nous avions toujours fini à temps, et je ne doutais pas que cela soit le cas encore cette année.

Je venais vérifier que tout allait bien, mais également régler quelques détails de types organisationnels et administratifs. Nous avions obtenu une autorisation spéciale de la ville pour agrandir exceptionnellement la zone de vol autour de l’école, ce qui était vraiment une excellente nouvelle pour les Golden Cog, augmentant ainsi la surface disponible pour leur course. Le parcours allait pouvoir être revisiter en plus grand, et c’était quelque chose que nous devions encore valider avec la directrice de maison, elle-même une aviatrice renommée.

Une fois tout cela régler, et même s’il restait encore un certain nombre de choses à faire, je laissais les élèves et profs se débrouiller, ayant volontairement pris mon après-midi de congé pour recevoir Delight et sa famille. J’avais de toute manière travaillé plus que d’ordinaire la semaine précédente en prévision de cette journée, et je me réjouissais de revoir mon amie après l’exposition universelle. Le souvenir de cette dernière rencontre se teintait toujours d’un peu de tristesse, puisque le déroulement de ce carnaval ne s’était pas produit comme prévu, et s’était clôt sur la nouvelle de la chute d’une arche au sud de l’Angleterre.

Après un dernier coup d’œil à l’atelier, je me dépêchais de retourner à ma chambre pour enfiler une tenue plus décontractée. Je frappais ensuite à la porte de Gear, juste à côté de la mienne, mais n’obtins aucune réponse. Soit il était sorti, soit il était ailleurs dans l’école. Ce qui était dommage, puisqu’il avait semblé particulièrement impatient de revoir Delight… Enfin, peut-être avait-il simplement oublié, cela arrivait souvent. Je n’avais de toute façon pas le temps de l’appeler ou de le chercher, me dirigeant finalement vers le hall d’entrée où j’avais donné rendez-vous à mon amie.

Le temps d’y arriver, ils s’y trouvaient déjà, et je m’empressai d’aller les saluer et de les accueillir comme il se fallait.

"Bonjour, bienvenue ! Cela me fait plaisir de vous revoir, le trajet s’est bien passé ?" Je leur adressai un grand sourire, avant de me concentrer en particulier sur Delight, qui était après tout celle que je connaissais le mieux et avec laquelle j’étais, pour l’instant, le plus proche et le plus à l’aise : "J’ai prévu de vous faire un tour de l’école, si ça vous va ? Ou on peut commencer par un café, c’est comme vous préférez ? Ils ne sont peut-être pas aussi excellents que chez toi, mais ils sont très bons malgré tout."

D’un autre côté, j’avais rarement goûté un aussi bon café que Chez Reggie, à l’exception peut-être de ceux que l’on trouvait en Italie. Et encore. Je remarquais alors que j’avais oublié les clés dans mon bureau, et proposai qu’on y fasse un détour avant toute chose, m’excusant pour la gêne occasionné. Mais cela leur donnerait déjà un aperçu de l’école, alors que les couloirs grouillaient d’élèves et de profs qui courraient partout et dans tous les sens.

"Les portes ouvertes sont pour bientôt." expliquai-je à mes invités. "Tout le monde s’active pour tout terminer à temps, mais il y a de toute manière toujours beaucoup d’animation toute l’année. La PH propose toujours beaucoup d’animations ou d’activités, c’est parfois dur à suivre, même pour nous."

Arrivant enfin devant mon bureau, j’attendis que toute la famille arrive avant d’ouvrir la porte pour leur présenter l’endroit. Mais je me stoppai net, paralysé et incapable d’entrer dans la pièce lorsque je vis Gear à l’intérieur, complètement nu et en train de faire sécher sa tenue de travail avec un énorme sèche-cheveux.

"Oh salut Alex. Désolé, j’avais besoin d’espace pour tester cette nouveauté, et comme j’avais rien d’autre sous la main à sécher que mes fringues…" Il sembla enfin remarquer la présence des autres, et leur adressa un grand sourire charmeur, comme si tout était parfaitement normal. "Hey, salut."

Je refermais immédiatement la porte d’un coup brusque, et affichais un petit sourire navré et légèrement gêné à Delight et aux autres.

"Désolé… Il est un peu… Gear, voilà."

"Quoi ?" déclara Gear à travers la porte. "Je suis obligé de me rhabiller, c’est ça ? Pffff."

Je roulais des yeux avant de pousser un soupir. J’avais oublié à quel point il pouvait être pénible parfois. Et je ne pouvais même pas savoir s’il avait fait exprès ou non, même si j’avais appris que le hasard existait rarement chez lui. Au moins, je l’avais retrouvé…
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Lun 14 Nov 2016 - 11:26
J'avais toujours aimé les changements de saison. Le moment où l'une laissait sa place à l'autre, progressivement, jour après jour. C'était pour moi un signe de renouveau plutôt que de fin, et la preuve que le cycle continuait, sans jamais rester bloqué. Bien sûr, je ne pouvais m'empêcher d'y voir un parallèle avec ma propre situation et, quelque part, cela me rassurait. De me dire que moi non plus, je n'étais pas piégée indéfiniment dans un état ou un autre, condamnée à la folie, au désespoir...ou pire. Je pouvais moi aussi faire tomber mes feuilles, traverser l'hiver, et reprendre le contrôle. Car chaque retour à ma persona de Delight était comme une véritable renaissance. Cela avait été le cas lorsque j'avais repris mes esprits en Australie, abandonnant l'identité d'Angie Daniels. Je m'étais réveillée, non pas d'un cauchemar, mais...d'une autre vie. Et il était temps que je retrouve le contrôle de la mienne.

Penser à l'Australie me faisait évidement penser à Alex, qui avait fait partie de ceux qui étaient venus m'y trouver pour me sortir de mon illusion. Mon vieil ami n'avait pas hésité à faire le voyage et à se mettre en danger pour moi alors même que je ne me rappelais plus l'avoir jamais connu. Lui, Feuerbach, Destiny : sans leur intervention, qui sait ce que je serais devenue...et ce que Destruction aurait fait subir à la petite ville où Angie s'était retrouvée. Et comment avais-je remercié Alex ? J'avais décliné son offre de le rejoindre à la Potential Home, pour à la place accepter celle d'Alexander. Je continuais de penser que je l'avais trahi, d'une certaine manière, même s'il m'avait assurée du contraire. A l'époque, je n'avais tout simplement pas pu me résoudre à risquer de le mettre en danger, ainsi que son école et tous ses étudiants. Et sa compréhension et sa gentilles me rassurait, même si je continuais de me sentir un peu coupable. J'espérais tout simplement pouvoir lui retourner la faveur, d'une manière ou d'une autre.

Aussi avais-je été ravie de son invitation à la Potential Home. Nous n'avions guère eu l'occasion de discuter depuis mon arrivée à Édimbourg, entre mon installations et ses devoirs. Nous nous étions croisée à l'ouverture de l'exposition universelle, qui avait été écourtée par la terrible tempête. La même qui avait fait chuter une petite arche non loin, tuant dans le même temps la majeure partie de sa population. Une tragédie qui n'avait manqué de me toucher, maintenant que j'étais pleinement revenue dans le monde. Nous n'avions pas manqué d'en parler dans la Famille, même si Destiny ne s'était pas montré très bavard, comme à son habitude. D'ailleurs, il n'y avait que lui pour ne pas s'être joint à moi aujourd'hui. Death et Dream m'accompagnaient pour la visite, curieux à l'idée de découvrir l'école.

« Alex ! » Lorsqu'il vint à notre rencontre dans le hall, je me précipitai vers lui pour le serrer dans mes bras. J'étais sincèrement heureuse de le voir, chacune de nos rencontres me rappelant à quel point il m'avait manqué. « Je suis contente d'être là, et de découvrir enfin l'école. On peut commencer par le tour du coup, nous avons pris un café avant de venir. Tu connais Death et Dream ; Destiny était occupé ailleurs. A faire je ne sais quoi. »

« Belle école ! » Death lui adressa un sourire radieux, tandis que Dream hochait poliment la tête : « Bonjour, rêveur. Votre nuit s'est une fois de plus révélée des plus intéressantes. »

« En parlant de café... » Je lui tendis le gobelet que je lui avais apporté de Chez Reggie, toujours chaud. « On te suit ! »

Death avait raison : c'était une belle école. Et qui bourdonnait d'activités, à en croire les étudiants et les professeurs qui déambulaient dans les couloirs. L'environnement était agréable, et on s'y sentait bien. Je m'y sentais bien, en tout cas, et je me demandais plus que jamais si j'avais fait la bonne décision. Tout en me confortant dans l'idée que je ne pouvais décemment pas risquer de la mettre un jour en danger.

« L'Arche ne manque pas d'activités en ce moment, c'est plutôt agréable. Je ne doute pas que l'école saura nous épater. Tu sembles faire du bon travail en tout cas ! Alors, comment est la vie de directeur ? Quelque chose me dit que ça ne doit pas être de tout repos... Et je te connais : quand tu te mets à quelque chose, tu t'y met à fond ! »

Alex avait un sens aigu des responsabilités, au point de parfois s'oublier lui-même. J'espérais qu'il prenait un peu le temps de se détendre lorsqu'il le pouvait, et qu'il ne se laissait pas submerger par tout ce travail. En tout cas, si je pouvais l'aider d'une manière ou d'une autre, je le ferai. Il nous mena jusqu'à son bureau, que j'étais curieuse de découvrir. Mon ami avait fait bien du chemin depuis dans notre première rencontre qui, paradoxalement, était bien plus éloignée pour moi que pour lui. Il fallait dire qu'elle s'était déroulée d'une manière peu commune... Autant dire que j'étais heureuse que nous soyons enfin au même temps, pour ainsi dire. Tout en nous parlant des préparatifs qui animaient l'école, il ouvrit la porte...pour nous dévoiler un spectacle des plus inattendus.

« J'ai déjà vu des rêves comme ça. » commenta sobrement Dream, qui ne semblait guère étonné par une telle scène. Quant à Death, elle éclata de rire, proclamant qu'on ne risquait pas de s'ennuyer dans une école pareille. Pour ma part, je m'avançai un peu, me disant qu'il n'y avait après tout pas de mal à tenter d'en voir un peu plus. Après tout, c'était un grand bureau. J'adressai mon plus grand sourire à Gear, tout aussi charmeur que lors de notre rencontre à l'exposition. Alex s'était définitivement fait des amis des plus...intéressants. Il referma rapidement la porte, entre l'embarras et l'agacement.

« J'aime beaucoup ton mobilier. J'espère que les conditions de travail ne sont pas trop dures. » Je me fendis d'un clin d’œil amusé à l'adresse d'Alex, avant de me rapproche de la porte, élevant un peu la voix pour me faire entendre à travers le bois : « Est-ce que ça marche sur tous les types de vêtements ? Non parce qu'il y a besoin de plus de tests, je suis toujours prête à contribuer. Ce serait la moindre des choses. Pour la science. »

Après tout, autant s'amuser de la situation ; et puis elle était loin d'être désagréable...
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Lun 28 Nov 2016 - 12:53
A la vue de mon amie, je me précipitais vers elle pour aller la saluer, la serrant également dans mes bras avec affection. La revoir me mettait naturellement de bonne humeur, et je me trouvais à nouveau à songer que j'étais sincèrement heureux de la savoir sur la même arche et aussi radieuse. Au final, c'était tout ce qui m'importait. Je réalisais d'autant plus à quelle point notre séparation m'avait peinée maintenant que je la revoyais devant moi à l'école. Et aussi, de constater que le temps avait bien filé. Mais, qu'à cela ne tienne, nous avions maintenant l'occasion de passer des moments ensemble et je comptais bien en profiter. De même, découvrir sa famille m'intriguait au plus haut point.

Je pus d'ailleurs constater que les deux membres que j'avais le plus croisés durant le carnaval étaient également présents : la souriante Death et l'énigmatique Dream. Si la première attirait, à l'instar de sa sœur, ma sympathie immédiatement; son frère m'impressionnait toujours autant que lors de notre première rencontre. Je les saluais tous les trois avec le même sourire ravi.

"Va pour le tour alors ! Et merci." dis-je à l'attention de Death. "Je prends le plus grand soin de l'héritage de mes prédécesseurs, j'espère être à la hauteur de tout ce qu'ils ont pu accomplir avant moi pour ces lieux." Rougissant ensuite légèrement à la remarque de Dream, j'essayais de me rappeler de mon rêve de la nuit précédente. Rien de trop honteux, j'espérais. Mais sans doute devait-il y avoir un peu de Charlie, cela ne m'étonnerait pas. Je pus donc seulement répondre, un peu embarrassé : "Ah euh, merci..."

Heureusement, Delight m'offrit à cet instant un café de son établissement, me permettant de penser à autre chose. J'en humais l'odeur enivrante, sentant déjà les effluves de caféine parvenir jusqu'à mon cerveau pour me donner un coup de fouet.

"Merci beaucoup d'avoir pensé à moi." J'en bus une gorgée, savourant la saveur incomparable du breuvage de Chez Reggie. "Vraiment, il n'y a pas à dire, c'est le meilleur de toute l'arche !"

Sur ce, je les invitais à me suivre, commençant notre tour par une visite à mon bureau où il me fallait récupérer mes clés. Ce serait tout de même plus intéressant pour leur montrer l'entièreté des lieux, dont certains endroits étaient rarement ouverts au public ou même aux intervenants externes. De plus, avec les préparatifs des portes ouvertes, de nombreux locaux étaient fermés ou réquisitionnés, et n'étaient donc pas forcément ouverts. Et je tenais vraiment à montrer le meilleur à mes invités, qui méritaient amplement une visite aux petits oignions.

"Je suppose que ça doit aussi te faire pas mal de monde qui passe au diner ? Et vous ?" Demandai-je aux deux autres. "Vous appréciez les festivités ?" Je ris ensuite légèrement lorsqu'elle me demanda comment était la vie de directeur, et lui désignai le café qu'elle m'avait si gentiment apporté. "Je n'ai jamais eu autant besoin de caféine de toute ma vie. Mais ça me plaît vraiment. L'école a toujours son toit et tout semble bien se passer, donc je suppose que je ne me débrouille pas si mal... J'ai surtout la chance d'être si bien entouré, et les autres directeurs et professeurs veillent à ce que je ne me tue pas au travail."

Le nombre de fois où Kender où Spanner étaient venues me tirer de mon bureau par la peau du cou pour que j'aille dormir ne se comptait plus. Mais ça durait même depuis le temps où j'étais étudiants et assistant. De mon côté, je tempérais souvent le tempérament parfois explosifs des deux directrices, et finalement, nous nous équilibrions assez bien. L'alchimie du personnel et du corps enseignant de la PH expliquait en grande partie son succès et l'atmosphère agréable qui y régnait. Sans doute mes visiteurs parvenaient à le sentir, malgré l'animation permanente qu'il y avait ces derniers temps.

Mais je ne m'imaginais pas une seule seconde qu'en ouvrant la porte de mon bureau, ils seraient confrontés à une toute autre sorte de surprise. D'un autre côté, j'aurais pu m'en douter, venant de la part de Gearwheel. Il était particulièrement doué en ce qui concernait les péans foireux et tordus. Et lui et la pudeur étaient deux concepts totalement étrangers.

Même si la réaction de la famille alla de l'amusement au constat banal, j'en fus terriblement gêné. Mais sans doute était-ce plus parce que Gear avait ce don de savoir m'embarrasser comme personne, pour son plus grand amusement.

"Ça ne m'étonne même pas, je dois peupler les rêves de beaucoup de monde." eut-il le temps de répondre à Dream, avant d'adresser un clin d'œil à Delight qui profitait bien de la vue. Jusqu'à-ce que je ferme la porte, l'excusant malgré tout pour son comportement.

"Si tu savais." parvins-je à soupirer à l'attention de mon amie et en m’adossant contre un mur. S'occuper de Gear était vraiment un travail à temps plein, que j'avais endossé durant de nombreuses années.

"Avec grand plaisir ma chère !" répondit le fondateur à travers la porte. "Toute participation est bonne à prendre. Pour la science, bien sûr. Mais ce sera assurément plus agréable et sympathique avec toi. Ou avec ta charmante famille."

Je levais les yeux au ciel. Toujours aussi... incorrigible.

Finalement, après quelques instants, la porte s'ouvrit sur un Gear habillé d'un simple jeans et d'un t-shirt, et son incontournable sourire séducteur sur les lèvres. Il s'adossa contre l'encadrement de la porte.

"Je ne vous attendais pas si tôt, Alex, tu aurais pu me prévenir !"

Je lui adressai un nouveau regard noir, avant de soupirer à nouveau et de passer à côté de lui pour entrer dans la pièce.

Mon bureau était toujours assez ordonné, surtout si on le comparait à celui que Gear avait lorsqu'il était encore directeur de la House Mechanics. Mais ce qui frappait surtout, c'était la quantité de montres et horloges qui s'y trouvaient. Souvent des modèles que j'avais réalisés moi ou ramenés de mes voyages, temporels ou spatiaux. Un beau repère d'horloger. Une fois que j'eus récupéré les clefs, Gear se tourna vers nos invités.

"Et si on commençait la visite par nos ateliers mécaniques ? On connaît bien avec Alex."

Je n'étais pas certain d'apprécier le regard ambigu qu'il me lança, ni son clin d'œil. Heureusement, il reporta rapidement son attention sur les trois autres, un sourire plus doux sur le visage.

"Merci de prendre soin de lui. Dire que quand je l'ai connu, ce n'était qu'un bébé."

"J'avais 20 ans." soupirai-je, ne sachant une nouvelle fois s'il plaisantait ou non.

"Il vous apprécie en tous cas, ça se voit." continua-t-il en ignorant ma remarque. Il désigna Dream avec amusement. "Et toi, s'il n'avait pas déjà quelqu'un... Tu es tout à fait son gen..."

"Bon, on y va à cet atelier ?" L'interrompis-je en urgence, en commençant à avancer dans le couloir, espérant pouvoir cacher ma gêne. Ce qui amusa encore plus mon ancien mentor.
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Mer 14 Déc 2016 - 11:19
« Oh, je ne sais pas si c'est le meilleur café, mais je fais de mon mieux. Il suffit généralement de trouver le bon pot. »

De tous les arts que j'avais appris à maîtriser au cours de ma longue vie, j'avais hérité de celui du café d'Angie, ma brève mais si agréable identité australienne. Il m'était venu naturellement, alors que je n'avais guère à m'inquiéter d'autre chose que de réaliser le meilleur des breuvages. Autant dire que cela me servait grandement pour m'occuper de Chez Reggie, dont la réputation n'était déjà plus à faire. Je souris aux compliments d'Alex, heureuse de le voir apprécier sa boisson.

« J'espère que tu n'oublies pas de te nourrir régulièrement. Je pourrais demander à Charlie de te ramener des pancakes après son service, en espérant qu'ils survivent au voyage. Elle m'est d'une grande aide au bistrot, d'ailleurs. C'est vraiment une chouette fille. »

Si c'était bien ce que je pensais, j'étais heureuse pour Alex et elle. Je ne doutais pas qu'ils avaient de quoi beaucoup s'apporter l'un à l'autre, et qu'ils se révélaient complémentaires. Dans tous les cas, ils formaient un duo étonnant, et je ne leur souhaitais que du bonheur. Et puis j'étais ravie d'avoir fait la connaissance de Charlie, que je considérais déjà comme une amie et qui apportait beaucoup de vie au diner. Son enthousiasme et sa bonne humeur étaient un véritable bonheur. Si elle pouvait en apporter dans la vie de mon vieil ami, ce n'en était que mieux.

« Tu m'as tout l'air d'être à la hauteur. » commenta Death tandis que le tour continuait. « Qu'un tel établissement existe, c'est une belle chose. Et c'est important. De donner aux jeunes prodiges qui en ont besoin un cadre pour leur permettre de s'épanouir, de se sentir acceptés. C'est un projet qui mérite que l'on s'y consacre. »

Je n'étais pas étonnée de l'intérêt que ma sœur portait à l'école. C'était le genre de projet qui avait de quoi la passionner, elle qui s'était toujours intéressée au sort de ses semblables avec une compassion inépuisable. Je continuais de penser qu'elle aurait fait un bon professeur, à sa manière toute particulière et qui sait : peut-être qu'une telle opportunité allait finir par se présenter à elle ?

« Le diner ne désemplit pas. Je n'ai pas le temps de m'ennuyer, et je crois que j'aime bien ça. Ça me rappelle Angie, et puis ça m'occupe. Avec l'exposition, j'ai des clients qui viennent des quatre coins du monde, et ça met de l'ambiance. Sur une arche, on a facilement l'impression de se retrouver coupé du monde ; ce genre d'événement nous rappelle que ce n'est pas le cas. »

« On ne s'ennuie pas, c'est ce que j'aime avec ça. »
ajouta Death, tandis que Dream sursauta légèrement, comme si la question d'Alex le ramenait à la réalité. Il avait tendance à se perdre dans ses pensées lorsqu'il était éveillé, au point qu'il donnait presque l'impression de dormir debout. Il n'allait sûrement pas tarder à s'en repartir dans son royaume ; parcourir le monde de la veille le lassait vite, lui qui était habitué aux merveilles infinies de l'univers des rêves. J'étais touchée qu'il ait décidé de faire le déplacement malgré tout, et profitais de sa présence tant que je le pouvais.

« Il n'est pas de festival plus coloré et fascinant que celui qui se déroule chaque nuit, chez chaque dormeur, mais ces festivités ne manquent pas d'un certain charme. Tant de gens différents, rassemblés au même endroit, dans un même but. » Puis il braqua son regard sur Gear, qui était ressorti du bureau dans une tenue hélas plus présentable. « De beaucoup de personnes, je ne sais pas, mais vous peuplez bien les vôtres. »

« Tu peux sur moi, pour la science et le reste. Rien de tel qu'un peu de pratique, après tout. » Je n'étais pas prête de me lasser de la situation, d'autant que je ne pouvais le trouver que charmant. Et puis, au fond, pourquoi se priver ? J'avais toujours été du genre à facilement aller vers les autres, et j'appréciais toujours un peu de compagnie.
« On peut vous laisser, si vous voulez, hein. » lâcha une Death bien plus amusé qu'exaspérée. « Du moment que l'on oublie pas la visite de l'atelier mécanique. Peut-être que je devrais y amener ma moto ; elle est antique, mais je suis sûre qu'on pourrait en faire un beau cas d'école. »

« Je n'ai jamais compris la mécanique. Toutes ces clefs... Et je ne sais jamais de quel côté va le volant. »

« C'est pour ça qu'on ne t'a jamais laissé conduire. Tu n'as jamais passé le moindre permis. »

« J'ai étudié les rêves de nombreux conducteurs. »

« Les rêves d'un pilote de course ne sont pas vraiment ce qu'on a envie d'avoir en tête lorsqu'on circule au bord d'un arche. »


Qu'il était agréable d'avoir à nouveau son frère et sa sœur à ses côtés, en train de se chamailler avec une familiarité rassurante. Cela m'avait manqué, comme beaucoup d'autres choses que j'avais fui lors de mon exil. J'avais eu tort, je le réalisais un peu plus chaque jour. Fuir mes problèmes ad vitam aeternam n'aurait rien changé. Aujourd'hui, j'espérais avoir une vraie chance d'enfin modifier mon destin.

« Et comment avez-vous rencontré Alex ? » demandai-je à Gear, tandis que je prenais son bras en chemin. « De mon côté, je dois dire que nous nous sommes connus d'une manière...intéressante, vous en a-t-il déjà parlé ? On peut dire que cela remonte à loin. »

« Qu'est-ce que votre exubérant compagnon voulait dire, en me considérant comme votre type ? » enchaîna Dream tandis que Death réprimait un nouvel éclat de rire. Décidément, il était bien difficile de ne pas s'amuser un peu aux dépends du pauvre Alex ; peut-être allait-il finir par regretter la visite...
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Ven 6 Jan 2017 - 17:50
Le café ne tarda pas à faire effet, même si le plaisir et l’enthousiasme d’être en la compagnie de mes visiteurs aurait sans doute suffi à me faire carburer le reste de la journée. Enfin, mieux valait ne pas vérifier cette théorie, et mon corps avait besoin de sa dose de caféine ou de théine quotidienne, trop habitué ces derniers mois à compter dessus pour supporter tout ce qu’il y avait à faire. Il me semblait d’ailleurs que la House Sciences travaillait sur les effets du café sur les émotions, sans doute ferais-je un bon cobaye. Si toutefois j’avais eu le temps.

"Oh crois-moi, j’ai pu tester de nombreux cafés, et ils n’arrivent pas à la cheville du tien. Tu dois avoir trouvé de sacrés pots alors." La mention de Charlie ne manqua pas de me faire réagir, et je détournai un instant le regard pour éviter qu’elle ne voie mon visage s’empourprer trop. Ce qui serait sans doute peine perdue. Mais je ne pouvais m’empêcher de me demander si elle savait. Elle travaillait avec Charlie, et savait sans doute mieux deviner ce genre de choses que moi. "J’essaie de ne pas rater de repas, comme on les prend en commun, j’ai tout le staff de l’école pour y veiller. Je suis… content que Charlie puisse t’aider, c’est vrai que c’est une belle… enfin, une chouette fille. Et peut-être que si tu fais des pancakes salés…"

Je passais une main sur ma nuque en affichant une expression un gênée, ne sachant pas si je devais en dire plus ou non. Moi-même j’avais déjà de la peine à le réaliser, et je ne savais jamais comment en parler. Mais peut-être que mon sourire parlait pour moi. Heureusement, la remarque de Death me sauva la mise, et je fus ravi d’enchaîner sur l’école. Un projet pour lequel j’étais fier et heureux d’apporter ma pierre.

"Exactement, et c’est une bonne chose que ce genre d’écoles commence enfin à se démocratiser, autour de la planète. L’ouverture est ce qui nous tient le plus à cœur. D’ailleurs, si vous voulez venir voir des cours à l’occasion, vous êtes tous les bienvenus. Ou si vous vous sentez l’âme d’enseigner, nous accueillons toujours de nouveaux professeurs, même pour une simple conférence."

Quelque chose me disait que la famille de Delight avait certainement beaucoup de choses à raconter. Du moins, si cela les intéressait. Tout en marchant à travers les couloirs en direction de mon bureau, j’enchaînais en prenant des nouvelles du Diner et de l’impact de l’exposition universelle. Sur elle, ainsi que sur sa famille.

"Je suis ravi de l’apprendre, et j’espère que ça va continuer. De tels événements, ça permet de voir d’autres choses, et de rencontrer d’autres gens." répondis aux deux sœurs avec un léger sourire. Je fus un peu plus hésitant face à la surprise de Dream, et à sa réponse qui confirmait qu’il ne vivait pas toujours dans le même monde tangible que nous. "Je suppose que vous devez en voir, des choses colorées… Mais tant mieux si la réalité parvient aussi à vous plaire."

Mais comme souvent, la situation dérapa avec l’arrivée de Gear. Ou plutôt, avec son entrée fracassante et dénudée. Le temps de le laisser mettre quelque chose de plus présentable ne me suffit pas à me remettre de mes émotions, mais au moins, je savais que, maintenant qu’il était là, je pouvais m’attendre à tout. Et toute ces années sans lui m’avaient un peu fait perdre la main, je devais l’admettre.

"J’aime bien m’entourer, dans mes rêves comme ailleurs." répondit-il à Dream, avant de reporter son attention sur Delight. "En particulier ceux qui partagent ma vision de la science."

Au moins, la famille semblait assez vite avoir cerné le personnage. Et avec notre nouvel arrivant, le groupe commença à se diriger vers l’atelier mécanique

"Pas du tout, plus on est de fous, plus on rit !" renchérit Gear en adressant cette fois-ci son grand sourire à Death. "Oh oui ? Quel modèle ? Quelle année ? On aime bien retaper les cas d’école ici. Bon, je ne respecte pas toujours les réglementations en matière de puissance de moteur, mais ça restera entre nous, hein ?"

Je fis mine de ne pas avoir entendu cela, surtout en tant que directeur général. La discussion entre Dream et sa sœur retint cependant mon attention, et j’esquissai un sourire à les voir se comporter comme une vraie famille. Et cela semblait également plaire à Delight, ce que je pouvais tout à fait comprendre.

Malheureusement pour moi, la conversation revint sur ma personne, alors que Delight, au bras de Gear, l’interrogeait sur notre rencontre. Je fixai l’ancien directeur avec un regard à la fois menaçant mais également résigné.

"Oh, il a été mon élève et mon assistant, quand il est arrivé à l’école. Sans vouloir me vanter, il me doit beaucoup, et dans beaucoup de domaines." fanfaronna-t-il, avant de d’échanger un regard avec moi. Je ne pouvais pas vraiment le nier, mais d’un autre côté… Ce n’était peut-être pas le moment de le mentionner. Enfin à mon sens, c’était rarement le bon moment pour en parler, et Gear n’en faisait de toute façon qu’à sa tête. Cependant, lorsque mon amie mentionna notre propre rencontre, je sus que je l’avais définitivement perdue dans le jeu de Gear, à mon grand malheur. "Nooooon, il ne m’a rien dit, le garnement ! Raconte-moi, je veux tout savoir !"

Je tentai alors de me tourner vers Death et Dream pour tenter de discuter d’autre chose, mais la remarque de ce dernier me fit prendre une nouvelle teinte pivoine, sous les rires de sa sœur.

"Euh, eh bien…" commençai-je, sans savoir où me mettre et sans oser l’observer directement dans les yeux, terriblement gêné.

"L’exubérant compagnon voulait dire que c’est un très grand timide quand il s’y met, et il ose très rarement signaler à quelqu’un qu’il ou elle lui plaît. " intervint Gear, en mettant manifestement beaucoup d’efforts pour ne pas rejoindre Death dans son fou-rire. "Mais c’est pas grave Alex ! Je t’ai toujours dit que ça faisait ton charme. Vous ne trouvez pas ?"

Inspirant profondément, je tentai d’ignorer cette remarque, et notre arrivée devant la porte de l’atelier principal m’y aida heureusement. Je les invitai à entrer, dévoilant une grande pièce dans laquelle se trouvait plusieurs tables de travail, de nombreux outils et machines, ainsi qu’un certain nombre de véhicules et autres créations dont la House Mechanics s’occupait, qu’il s’agisse de réparations ou d’inventions.

"Bienvenue dans notre atelier principal." dis-je en ayant retrouvé une expression et une couleur plus normale.

"Si tu aimes les motos, tu devras apprécier ça." dit Gear en direction de Death après avoir galamment laissé Delight à mes côtés pour approcher d’un modèle de VAP sur lequel il travaillait actuellement, et dont la forme évoquait les bonnes vieilles motos traditionnelles. "Un joli petit bijou, qui peut piquer des pointes sur route et sur air à plus de 200 km heure. Et j’ai pris modèle sur la 1450 FLHR Road King de chez Harley. J’en avais une par le passé, elle tenait vraiment bien la route."

"Jusqu’à ce qu’elle finisse dans le mur." ajoutai-je, en souriant cependant, toujours aussi amusé de le voir aussi passionné.

"On m’avait grillé la priorité." dit-il, boudeur, avant de retourner vers Death. "Alex n’a jamais aimé monter dans un véhicule quand je conduis. Allez savoir pourquoi… Mais tu devrais venir avec moi un jour !"

Et voilà, il était reparti. Je me tournais vers Delight et Dream :

"Je vous fais le tour des lieux ? Là, je crois qu’il est parti pour continuer un moment, mieux vaut les laisser." J’ajoutai ensuite, après un soupir : "Désolé, il prend un peu de place… J’espère que ça ne vous dérange pas."
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Mer 11 Jan 2017 - 14:25
J'étais heureuse de voir que le poids des responsabilités n'avait pas pour autant diminué l'enthousiasme d'Alex pour son école. Le manteau du directeur lui allait bien ; après tout, il était lui-même issu des rangs, et il avait toujours été pédagogue, même s'il ne s'en rendait pas forcément compte. En tout cas, à l'entendre parler des lieux, je le sentais plutôt épanoui malgré les difficultés. Et puis il y avait Charlie, dont la simple mention suffit à le faire rougir. Charlie ne m'avait rien dit, mais elle ne le réalisait sans doute pas entièrement non plus ; mais la manière dont ils parlaient l'un de l'autre, ainsi que leur comportement lorsqu'ils étaient ensemble ne laissait que peu de doutes à ceux qui avaient des yeux. Pour ma part, j'étais heureuse qu'ils se soient trouvés. Le bonheur était plus rare qu'on le pensait, et plus encore lorsqu'il s'agissait de trouver la bonne personne.

« Jamais je n'oserai me montrer aussi cruelle envers Charlie! Tu imagines son air de déception peint sur le visage à la première bouchée d'un pancake qu'elle imaginait sucré ? Quelle idée ! Dis moi, tu es bien plus retors que tu ne veux le laisser paraître, n'est-ce pas ? Penser à un truc pareil?!»

Comme Gear, je trouvais très difficile de résister à l'envie de taquiner un peu notre ami commun. Il s'empourprait si facilement, sans parler des premiers balbutiements ! Mais cela restait bon enfant, et un signe de ma profonde affection. Après tout, il n'y avait guère que les membres de la Famille que j'embêtais tout autant.

« Blague à part, je suis heureuse que vous vous soyez trouvés, tous les deux. Il était temps que vous vous rendiez compte. » Je me fendis d'un léger coup d'épaule affectueux, prenant garde à ne pas lui faire renverser son café pour autant, ce qui aurait été tout bonnement criminel. « Je ne sais pas ce que j'aurais à apprendre, je crois que je suis encore trop occupée à reprendre mes marques. A retrouver qui je suis vraiment. »

Je rebondissais, pensive, sur sa proposition. Je n'avais jamais été très versée en pédagogie, ce qui m'arrachait un pincement de culpabilité en songeant aux enfants que j'avais pu avoir au fil des siècles. En y réfléchissant, je n'avais jamais été très douée pour établir quoi que ce soit de permanent. J'avais toujours rechigné à m'installer où que ce soit, à instaurer la moindre routine. Les fois où je m'étais laissé tenter s'étaient soldées par des échecs déplaisants, presque toujours liés à mes pouvoirs. Ou du moins m'en étais-je convaincue. Si aujourd'hui, je voulais vraiment tenter de changer mon destin, peut-être était-il enfin temps de faire autrement. Poser des racines m'apparaissait effrayant, presque contre-nature, mais je devais bien avouer que je me sentais bien à Édimbourg. La paix que j'avais temporairement trouvée via la persona d'Angie ne s'était pas totalement dissipée, et m'avait montré qu'un autre chemin était possible, même après ce qui m'avait semblé être une éternelle fuite en avant.

« Peut-être bien que je me laisserai tenter. J'ai toujours été favorable à ce genre d'initiatives, et puis j'aime bien travailler avec les jeunes. Leurs esprits me remettent à ma place, quelque part. C'est important. Rien de tel qu'un de philosophie, après tout. »

Cela ne m'étonnait pas de la part de ma sœur, qui avait toujours accordé beaucoup d'intérêt à l'esprit humain. Elle le considérait comme un véritable trésor dont elle faisait partie plutôt que de s'en éloigner via son immortalité. Par bien des aspects, elle était la plus terre.à-terre -et la plus humble- de la Famille. De plus, elle avait toujours su transmettre son savoir avec aise ; elle ferait un bon professeur, à sa manière. Puis elle répondit au flamboyant Gear dans un grand sourire, heureuse d'avoir rencontré un autre enthousiaste des machines : « Une Harley de 1950. J'ai dû changer chaque pièce au moins une fois depuis, mais ça reste pourtant toujours la même. Les réglementations changent tellement souvent dans une vie comme la mienne que je ne m'en suis jamais vraiment souciée, à vrai dire. Du moment que ça roule et que ça n'explose pas. »

« Voilà pourquoi j'ai toujours préféré voyager dans les rêves. Quand les choses y explosent, cela n'a rien de définitif. »

Dream gardait un mauvais souvenir de la seule fois où il avait accepter de monter sur l'engin de Death, et il ne manquait pas une occasion de le lui rappeler. Ceci dit, même marcher n'était pour lui qu'un moyen de locomotion malcommode et beaucoup trop dangereux pour pas grand chose. Comme la plupart des impératifs du monde physique, même s'il ne rechignait jamais devant une bonne tasse de chocolat chaud, surtout avec des marshmallows. Mais il était d''embarrasser un peu plus Alex, ce qui prenait de plus en plus l'allure d'un sport national dont Gear et moi aurions pu nous discuter la médaille d'or.

« Et bien figure toi que notre brave Alex avait un peu trop reculé dans le temps, au point d'y rester coincé. Je ne me rappelle plus trop de quel siècle il s'agissait -j'oublie de compter ce genre de choses- mais il portait très bien les collants d'époque. Et tu aurais dû le voir avec une fraise ! Bref, nous nous sommes rencontrés dans ce qui était pour lui le passé et pour moi le présent, et cela fut suivi de son lot d'aventures rocambolesques jusqu'à ce qu'il puisse repartir. Je ne te dis comme j'ai été heureuse de le retrouver, il y a peu. Il m'a beaucoup aidée, tu sais. C'est un homme bien. » Je me tournai vers le principal intéressé : « Merci encore, pour tout. Et...je suis vraiment désolée de ne pas t'avoir suivi, je crois...je crois que j'avais trop peur de moi pour infliger ça à quelqu'un qui compte. »

J'essayais de ne pas trop regretter le passé, mais je me demandais encore si ma décision avait été la meilleure, même si Alex persistait à me dire qu'il ne m'en voulait pas. De toute façon, j'avais retrouvé mon ami, même si je n'avais pas rejoint la Potential Home. Pour le reste, j'avais encore le temps de voir venir, notamment en ce qui concernant Alexander Feuerbach. J'estimais avoir fait de mon mieux, et je me concentrais avant tout sur ma vie au jour le jour. Nous finîmes par arriver au fameux atelier mécanique qui se révéla fort impressionnant, même pour moi qui n'y entendais pas grand chose. Dream observait les lieux d'un air désintéressé, tandis que Death avaient les yeux qui brillaient d'excitation.

« Sacré garage ! Tu m'étonnes que vous ayez de quoi bricoler... Les gosses doivent adorer ! »

Elle-même avait l'air d'une gamine le matin de Noël, qui découvrait ses cadeaux sous le sapin. La capacité sans limite qu'avait ma sœur de s'émerveiller sans cesse malgré plus de deux mille ans d'existence ne cessait de m'impressionner, et j'essayais le plus possible de suivre son exemple. Là aussi, Angie m'y avait beaucoup aidée. Avec l'air de la connaisseuse, Death laissa glisser sa main le long du véhicule qui faisait la fierté de Gear.

« Bel ouvrage ! J'ai toujours été un peu vieux jeu pour ça, je préfère la sensation d'avoir la route sous mes roues, mais ça doit bien se conduire. Je serais ravie de t'accompagner un de ces quatre ! »

« Oui, je crois bien qu'on les a perdus. » souris-je en prenant le bras d'Alex. J'espérais tout de même que Gear ne m'oublierait pas par la suite ; j'étais toujours disposée à expérimenter...pour la science. Il fallait aussi dire que cela faisait longtemps que je n'avais pas partagé l'intimité de qui que ce soit, et que cela commençait à me manquer. D'autant que Gear était un spécimen plutôt acceptable. « Oh, ne t'inquiète pas, j'ai été ravie de faire son... entière connaissance. En ce qui me concerne, il peut prendre toute la place qu'il veut. »

« Je n'ai jamais vraiment compris ce qu'il y avait de si fascinant à échanger ses fluides. Dans le monde réel, c'est si...basique. » intervint un Dream perplexe, comme souvent lorsqu'il s'agissait d'expérimenter la réalité.

« Allez, montre nous le reste de ton école, monsieur le directeur ! » lançai-je, ravie d'être là, avec mes amis et ma Famille.
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Mar 17 Jan 2017 - 18:51
Je fus à la fois perplexe et étonné d’entendre Delight me dire que j’étais une personne tordue, parce que j’avais suggéré qu’elle fasse des pancakes salés. Mais le doute s’immisça immédiatement dans mon esprit : et si c’était vrai ? Est-ce que c’était si cruel que ça ? A bien y penser, c’était vrai que Charlie serait très déçue si elle tombait sur un pancake salé. Et je ne voulais certainement pas la décevoir, ou la rendre triste. Alors, peut-être que mon amie avait raison.

"Tu crois ?" lui demandai-je donc, plus soucieux. Avant de réaliser qu’elle plaisantait. Cependant, je n’eus même pas le temps de lui en tenir rigueur, puisqu’elle ajouta qu’elle était heureuse pour nous. Elle avait donc bien deviné. Un peu plus embarrassé, j’esquissai un petit sourire gêné en reprenant quelques couleurs. "C’était si évident ? Tu sais, je ne m’y connais vraiment pas en termes de relations à long terme, et c’est un peu une première alors…"

Alors, je n’étais pas certain de tout faire correctement. Ou même de savoir si je pourrais gérer ça. Mais je n’avais pas d’autres choix que de me remettre à mon bon sens, et de me jeter à l’eau. Pour le moment, cela n’allait en tous cas pas trop mal. Du moins, j’avais l’impression. Et de mon côté, j’étais plus qu’heureux de la situation, j’espérais donc qu’il en allait de même pour Charlie.

Puisque nous parlions ensuite de l’école, je proposais à mes invités de venir suivre des cours, ou d’en donner, si cela les intéressait. En plus des professeurs honoraires, la PH accordait beaucoup d’importance aux intervenants externes qui venaient partager leurs expériences concrètes. Et ce dans le plus de domaines possibles. Du moins, si cela les intéressait. Cela ne pas être le cas de Delight, qui avait évidemment sa propre situation à gérer. Je lui adressais un sourire compréhensif et encourageant.

"Pas de souci, je comprends. Mais sache que si un jour tu le souhaites, les portes de l’école te seront toujours ouvertes." Puis, à Death, qui elle semblait plus emballée par la proposition. "Nous serions ravis de vous avoir parmi nous, dans ce cas. Peut-être devrions-nous trouver le temps d’en discuter ensemble, après cette visite ou à l’occasion ?"

Enfin, si elle souhaitait toujours travailler ici après avoir vu Gear à l’œuvre. Nous n’étions de loin pas tous comme lui à l’école, même s’il fallait avouer qu’il était unique et qu’un seul exemplaire était déjà largement suffisant. Après son incursion remarquée dans notre visite, et son plaisir manifeste de retrouver Delight, il s’intéressait avec Death à un autre de ses grands sujets de prédilection : la mécanique. Ce qui me laissa un peu de répit.

"Oh, joli ! Il faut que tu nous l’amènes alors, c’est effectivement un joli cas d’école. Et je suis d’accord avec toi, tant qu’on tue personne, on devrait pas avoir de problèmes !"

"Vraiment ?" demandai-je à Dream, intéressé par son expérience des rêves. "Cela doit comporter d’autres dangers, peut-être ?"

Pour la suite, je ne savais pas si c’était finalement une si bonne idée que Delight et Gear discutent ensemble de leurs souvenirs à mon sujet. Dans un cas comme dans l’autre, ce n’était pas toujours glorieux. Essayant de ne pas montrer la légère honte que j’éprouvais face à mes –nombreuses- erreurs de jeunesse, je portais mon attention sur Dream. Mais cela ne m’aidait pas vraiment non plus, à dire vrai…

"Aha, Alex et sa maladresse ! Et quel dommage d’avoir raté ça. Mais dis-moi que quelqu’un a fait un portrait de ça ? Qu’il reste une trace de cette merveille quelque part ? Sinon, Alex, je sais quoi t’offrir pour ton prochain anniversaire, et ça ferait un malheur aux portes ouvertes !" Après son grand amusement, Gear afficha une expression plus douce, et il hocha la tête. "Et bien sûr que c’est un garçon bien. Il me supporte depuis dix ans, c’est déjà beaucoup."

Etonné par le ton plus sérieux et plus flatteur, j’eus un peu de peine à répondre à Delight.

"Ah, euh, mais de rien. Toi aussi, tu m’as beaucoup aidé, je t’en remercie également." Mon sourire se fit un peu plus franc. "Et ce n’est vraiment pas grave, tu sais… Je comprends que tu vis une situation compliquée, et que tu es celle qui connaît ce qui est le mieux pour toi. Il te faut du temps pour te retrouver, comme il m’en a fallu quand je suis arrivé ici."

"Ah ça, je peux le confirmer." ajouta Gear en tapotant le bras de Delight. "C’était un vrai empoté, avec une confiance en lui qui devait être aussi élevée que la température en Sibérie durant l’hiver, et des capacités sociales aussi limitées que celle d’un poisson en bocal. Et regarde maintenant, un véritable conte de fée !"

Je levais les yeux au ciel, même s’il y avait beaucoup de vrai dans ce qu’il disait. Heureusement, notre arrivée à l’atelier détourna son attention de moi, et il se retrouva très vite à présenter ses petits jouets à Death. Sur le moment, on aurait clairement pu oublier qu’ils étaient des immortels dont la durée de vie dépassait largement la mienne. C’était assez attendrissant, même pour Gear.

"Yep, mais y a pas que les gosses qui ont le droit de s’amuser ! Et je te ferai tester, tu changeras peut-être d’avis sur la conduite aérienne. Enfin, seulement si tu me promets un tour sur ta Harley !"

Je secouais la tête en souriant, avant d’attraper le bras de Delight pour prendre le relai du fondateur. Ce n’était pas plus mal, j’avais de nouveau mon amie pour moi, au moins pour quelques temps. Enfin, pas que ce soit un concours, de toute manière. Et puis, j’avais appris depuis longtemps que je n’avais pas besoin de constamment me comparer à Gear, pour quoi que ce soit.

"Ne t’en fais pas, il ne va pas t’oublier. C’est juste qu’il n’a pas l’habitude d’avoir quelqu’un comme ta sœur pour lui parler de ce qu’il aime. Mais après ça, il reviendra vite vers toi. Tu lui as trop tapé dans l’œil pour qu’il rate l’occasion de mieux te connaître." la rassurai-je en lui adressant un clin d’œil, puis en les guidant elle et Dream vers la sortie de l’atelier pour continuer la visite. La remarque de son frère me surprit à nouveau, et j’inclinai la tête avec un air interrogatif et curieux. "Et comment cela se passe, dans le monde des rêves ?"

J’avais de la peine à visualiser, pour être sincère. Je les dirigeais vers la salle commune des élèves de la House Arts, ce qui serait sans doute plus intéressant pour eux que les ateliers. L’endroit était déjà un peu plus animé, puisque quelques élèves y avaient trouvé refuge pour continuer à travailler sur les différents projets pour les portes ouvertes. La salle était remplie d’œuvres en tous genres, que cela soit des sculptures, des costumes exposés ou des fresques sur le mur. Un vrai repère d’artistes.

Mais si je pensais que ce serait plus calme pour moi, je me trompais assez lourdement. A peine entré dans la pièce en la présentant à mes invités, une personne me fonça dessus, se jetant sur mon dos en guise de salutation.



JOY


"Saluuuuuuuuuut Alex !"

"Salut Lily-Rose." lui répondis-je avec un sourire, malgré le constat qu’elle était de plus en plus influencée par Charlie. Enfin, je supposais qu’il y avait pire, comme modèle.

"Oh, tu as des invités ?" demanda-t-elle en remarquant le frère et la sœur. Toujours sur mon dos, elle leur adressa de grands signes, ainsi qu’un immense sourire plein de bonne humeur. "Bonjour, bienvenue à la PH !"

"Tu connais Delight, du diner, avec son frère, Dream. Et voici Lily-Rose. C’est une élève de la House Arts, mais aussi… mon assistante personnelle, en quelque sorte ?"

"C’est ça ! Il faut bien quelqu’un pour te rappeler de faire ta lessive ou pour s’occuper de Tulio, Monsieur le directeur !" Elle secoua la tête en riant, et je poussais un soupir, en souriant néanmoins.
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Mar 24 Jan 2017 - 13:00
L'air soucieux d'Alex à l'idée de s'être montré plus cruel que nécessaire en mentionnant les pancakes salés en devenait terriblement attendrissant. J'avais oublié à quel point il pouvait être facile de l'inquiéter, surtout en ce qui concernait l'inquiétude qu'il pouvait avoir concernant son propre caractère. Comme s'il était angoissé à l'idée de devenir un jour plus sombre qu'il ne pouvait le supporter. Pourtant, c'était bien la dernière personne que j'aurais imaginé prendre un tel chemin : Alex avait l'une des âmes les plus nobles que j'avais croisées tout au long de ma longue vie. Il suffisait juste de le lui rappeler de temps en temps, à travers sa modestie.

« T'inquiète va, je sais bien que tu n'es pas un monstre. » Je le gratifiai d'un petit coup d'épaule amical. « Évident ? Disons que tu rayonnes tellement dès qu'on la mentionne qu'on aurait presque besoin d'une bonne paire de lunettes de soleil. Et je pense que tu n'as pas à t'inquiéter, quelque chose me dit qu'elle est un peu dans le même bain. Vous allez vous en sortir, tous les deux. Petit à petit. C'est toujours un peu compliqué, quelle que soit l'expérience. Avec une nouvelle personne, c'est toujours une première fois, finalement, avec beaucoup de choses à apprendre. Mais je ne m'en fais pas pour vous. Je suis heureuse, même : je suis sûre que vous allez beaucoup vous apporter. »

Oui, j'étais réellement ravie pour mes deux amis. Il m'avait toujours été agréable de voir deux âmes se retrouver ainsi ; ce n'était pas jamais évident de trouver une bonne personne, et il fallait saisir l'occasion dès qu'elle se présentait. Je ne pouvais m'empêcher de me sentir un peu nostalgique, en songeant aux relations que j'avais pu avoir par le passé. En deux mille ans, j'avais connu bien des rencontres, mais peu avaient réellement été significatives. J'avais aimé, bien sûr, mais je n'avais que peu vécu le véritable amour. J'avais toujours été trop volage, peu encline à m'installer, à la manière de mes pouvoirs. J'avais eu tendance à suivre mes passions plus que mon cœur, et si j'avais quelques regrets, peut-être que je trouverai le moyen de vivre différemment maintenant que je m'accordais une deuxième chance.

« Merci Alex. Je n'oublierai pas ton offre ; le jour où je me sentirai l'envie d'enseigner, l'école sera mon premier arrêt. » Au fond, on ne vivait pas aussi longtemps sans apprendre quelques trucs qui pourraient intéresser des élèves curieux. D'un point de vue historique, un compte-rendu de visu pouvait se révéler intéressant. Quant à Death, sa réaction ne m'étonnait pas, et je pouvais tout à fait l'imaginer dans le rôle du professeur. Elle avait toujours su communiquer ses passions et son savoir, et elle savait s'y prendre avec les jeunes.

« J'en serai ravie ! Je vais rester quelque temps sur l'Arche, nous trouverons bien le temps. Je serais honorée d'apporter mon concours à une telle institution. »


Je ne l'imaginais pas s'installer ici pour de bon -elle n'était pas du genre à poser ses valises- mais j'étais heureuse de l'avoir près de moi pour un temps. De même que mes deux frères, même s'ils retourneraient sans doute bien plus tôt à leurs activités. J'allais profiter de la Famille tant qu'elle était réunie, et j'espérais qu'ils allaient eux-aussi en profiter, du moins à leur manière. Et puis si je pouvais profiter un peu de Gear dans la foulée, je ne dirais pas non... Amusée par mes pensées vagabondes, je repris le fil de la conversation, tandis que Gear et Death continuaient de parler moto. L'histoire de ma rencontre avec Alex ne manqua pas d'amuser son vieil ami mécano, ce qui était l'effet escompté.

« Peut-être bien qu'il existe un tableau, dans une galerie, quelque part... »
dis-je avec la plus grande innocence, me retenant de rire. « Et tu aurais dû le voir marcher avec ! Mais mine de rien, Alex s'est vite adapté ; il a de la ressource. L'époque a été plus intéressante, grâce à lui. On a vécu de belles aventures. Et j'ai été plus que ravie de le retrouver aujourd'hui. C'est un homme bon, et capable de grande choses, quand il ne laisse pas ses angoisses prendre le dessus. Je suis heureuse de savoir qu'il a eu des amis comme vous sur qui compter...et pour lui rappeler de se détendre de temps en temps. »

Pour le reste, j'étais soulagée de voir qu'Alex ne me tenait nullement rigueur pour l'Australie. Il comprenait les besoins des gens, c'était une autre de ses qualités, et cela ferait de lui un bon directeur. Il était à l'écoute, il se souciait des autres, et il savait généralement comment en appeler à leurs meilleurs côtés. Tout aussi anxieux qu'il soit, pour autrui, il restait quelqu'un d'apaisant, et c'était très agréable. Il méritait la confiance placée en lui, et j'espérais qu'il finirait par se l'accorder au moins autant qu'il l'accordait aux autres. De leur côté, Death et Gear continuaient de parler mécanique avec entrain.

« J'espère que nous aurons bientôt l'occasion de...causer détente. » lançai-je à l'adresse de Gear avec un clin d’œil. 

« Ça marche ! Un tour contre un tour. Maintenant, explique moi comment tu as fait pour régler le... »

Nous laissâmes les deux aficionados de la mécaniques à l'atelier pour continuer notre petit tour des lieux. Enfin, comme s'il avait longuement pris le temps de réfléchir jusqu'ici, Dream prit la parole.

« Cela se passe comme toujours, dans le monde des rêves : de manière indescriptible. Les éveillées n'ont pas les mots nécessaires pour rendre justice à la vie qui fourmille dans les rêves et les cauchemars. Les passions des hommes y sont des empires en proie aux nations rebelles de leurs doutes et de leurs démons intérieur. Ce n'est pas un monde, mais une multitude, un multivers accessible via un seul esprit. Mais aucun esprit -pas même le mien- n'est assez grand pour le contenir dans son ensemble. Il contient tous les rêves, les peurs et les espoirs de tous ceux qui ont vécu et qui vivront ; comme une bibliothèque contenant tous les livres qui ont non seulement été écrit, mais aussi ceux qui ne l'ont jamais été. » Puis, comme s'il se rappelait soudain d'un détail important, il ajouta d'un air solennel : «  Parfois, on y trouve des accordéons rigolos qui descendent un escalier. »

C'était tout lui, ça ; il ne pouvait s'empêcher de vouloir impressionner les veilleurs, mais peut-être que ces derniers l'impressionnaient tout autant, à se satisfaire de leur vie éveillée. Toujours est-il qu'il ne s'était pas intéressé à Alex pour rien, et qu'il continuait de l'observer avec curiosité.

« Quant aux dangers des rêves, Alex Mason... Ils sont innombrables. Le plus pernicieux d'entre tous étant celui qui piège les rêveurs dans leurs propres rêves. Et je ne parle pas des cauchemars ; les cauchemars nous donneront toujours envie de nous réveiller, pour ne plus laisser qu'un mauvais souvenir. Non, je parle des bons rêves, ceux qui paraissent tellement parfaits que nous réveiller deviendrait la pire des torture, nous forçons à retrouver un monde où rien de tout cela s'est réalisé. Méfiez-vous des bons rêves, Alex Mason, et tirez leçon de vos cauchemars. »

La fin de sa tirade aurait sûrement été plus impressionnante s'il n'avait pas dû maladroitement s'écarter au passage d'une jeune fille qui bondit sur Alex. Je reconnus aussitôt une des élèves qui passait régulièrement au diner. Et que je savais maintenant être la fille de Wairua, mon plus vieil ami. Elle ignorait que son père était toujours envie, et j'avais promis de ne pas révéler son secret ; c'était à lui de se faire connaître, s'il le désirait un jour. Quoi qu'il en soit, Lily-Rose semblait heureuse et épanouie ici, à l'école. Et Alex pouvait compter sur une personne de plus pour le détendre un peu.

« Ravie de te revoir ! A nous deux, je crois qu'on devrait arriver à lui rappeler de se nourrir, et de laver son linge. Pour le reste, il n'y a pas de miracle... Qui est Tulio? »

Je ne me rappelais avoir entendu Alex mentionner ce Tulio. Dream, lui, observait la scène avec l'air perpétuellement étonné qu'il affichait dans un monde où il n'avait pas le contrôle.
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Jeu 2 Fév 2017 - 18:03
C’était plus fort que moi, mais je n’arrivais pas à me remettre en question en permanence. Peut-être que cela datait de l’époque où je savais que mon temps pouvait être compté, et ne voulais pas partir en laissant derrière moi la moindre chose négative, ou des mauvaises impressions. Ou le syndrome de l’orphelin, toujours inquiet qu’on le laisse seul derrière. Mais quoi qu’il en soit, j’étais toujours attentif à donner le meilleur de moi-même, sans toutefois être certain de mes capacités. En résultait une inquiétude de mal faire, surtout lorsque l’on avait sous sa responsabilité une école, des élèves et un corps professoral. Mais, heureusement, en dehors des boutades, je semblais ne pas faire un trop mauvais travail. De même, je devais être assez facile à lire, surtout pour une personne comme Delight. Enfin, l’écouter me décrire ce qui l’avait mené à deviner, pour Charlie et moi, c’était même embarrassant, tant cela semblait évident.

"Merci." répondis-je néanmoins avec un petit sourire. "J’espère aussi, mais je ferai tout pour. Et concernant l’école, vous êtes toutes les deux les bienvenues, quand vous le souhaiter."

Un échange d’expériences serait certainement profitable à tout le monde, et l’enseignement pouvait parfois apporter plus que ce que l’on pensait, je pouvais bien en témoignée. Je m’interrogeais néanmoins quelques instants sur la situation de mon amie dans ce domaine. Nous n’en parlions pas vraiment, mais je supposais qu’être immortel devait changer beaucoup de choses. Et compliquer encore plus certaines situations. Mais pour l’heure, je préférais ne pas relever, comprenant que cela pouvait être un sujet délicat. J’espérais que mon amie parviendra déjà à trouver une situation plus stable et tranquille avant toute chose. Après, on ne sait jamais, il peut se passer tellement de choses dans une vie.

Comme l’apparition inopinée d’un Gearwheel, plus en forme que jamais. Bras dessus dessous avec Delight, les voilà qui s’amusaient à partager leurs meilleurs souvenirs me concernant, entre deux flirts tellement évidents qu’ils n’échappaient même pas à Dream.

"Je vais mettre mes meilleurs éléments à la recherche de ce tableau !" répondit Gear, avec son éternel air à la fois joueur et sérieux.

"Cours toujours. Je suis me suis assuré de le faire disparaître à jamais." soupirai-je.

"C’est cela, oui. Tu as trop de respect pour faire une chose pareille." ajouta-t-il en m’adressant un grand sourire, avant de se tourner vers les autres, un peu plus sérieux. "Elle a raison, Alex est un gentil garçon, mais avec beaucoup de ressources. Il a fait beaucoup de chemin depuis notre rencontre. Et j’ai pu le vérifier moi-même !"

Il m’adressa un clin d’œil, qui me fit secouer la tête de consternation, avec un léger sourire amusé cependant. Gear et Death se trouvèrent ensuite parfaitement dans l’atelier mécanique, et je proposais de les laisser un instant pour continuer la visite avec mes deux autres invités. Le fondateur adressa un dernier clin d’œil à Delight, avant de retourner à ses clés et autres outils pour montrer ses créations à sa nouvelle amie de motos. Je profitais du nouveau calme pour interroger le plus calme de la fratrie, qui avait visiblement tout autant de choses à dire, et pas des moindres.

Fasciné et impressionné, je l’écoutais avec la plus grande attention, méditant ses paroles qui ressemblaient à la fois à un grand poème, ou aux paroles d’un personnage de contes.

"Je crois… que je peux le concevoir. Cela doit faire beaucoup de possibilités, et de choses à découvrir, cela dépasse en-effet l’entendement." répondis-je, sérieusement et après réflexion. Son interpellation au sujet des dangers ne manqua pas d’avoir un certain effet sur moi. "Je vois. Et… qu’en est-il des gens qui ne peuvent pas rêver ? N’est-ce pas une sorte de danger également ?"

Je pouvais certainement encore parler de longues heures à ce sujet, d’autant que le frère de Delight donnait un intérêt accru à ce genre de discussions. C’était sans compter notre arrivée à la salle commune de la House Arts, et l’arrivée de Lily-Rose. Si on devait situer ses influences, on pourrait facilement deviner que Gear et Charlie servaient de modèle pour la jeune adolescente, qui avait hérité de l’espièglerie du premier ainsi que de l’énergie de la seconde.

"Exactement ! Il en a de la chance, d’avoir deux charmantes personnes pour s’occuper de lui comme ça ! En plus de Charlie, il n’a vraiment pas de quoi se plaindre !" répondit-elle en s’accrochant plus fermement sur mon dos, et en riant une nouvelle fois. "Ça me fait plaisir de te revoir aussi. Comment va le diner ? Vous faites toujours ces délicieux Milkshakes ? On devrait y retourner plus souvent, hein Alex ?"

"Tulio est mon chien." répondis-je à mon amie avec un sourire. "Je l’ai eu il n’y a pas très longtemps, mais il a autant d’énergie que Charlie, c’est te dire. Et c’est un grand ami de Miguel, que tu as vu à l’exposition universelle, je crois. Heureusement, il lui arrive de dormir parfois, et c’est le cas maintenant. Mais je le prendrai une fois au diner, si les animaux sont acceptés ?"

Remarquant Dream, Lily-Rose quitta mon dos pour aller vers lui pour lui serrer énergiquement la main.

"Enchantée ! Dream, c’est ça ? Qu’est-ce que c’est classe comme nom ! L’école vous plaît ? Et notre salle commune ? Venez, je vais vous montrer tout ce qui est exposé !"

Et ce faisant, elle le tira par la main, l’amenant vers l’un des murs où étaient présentés des peintures, dessins et autres créations d’élèves. Amusé, j’invitais Delight à les suivre, elle présentait après tout mieux que moi le travail d’elle et de ses camarades.
Dastan
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Ven 10 Fév 2017 - 11:02
Il était toujours aussi facile de faire tourner Alex en bourrique, et je me sentais aussi coupable qu'amusée d'en profiter ainsi. Je réalisais surtout à quel point cela m'avait manqué. A quel point mon ami m'avait manqué. Au fil de ma longue vie, j'avais finalement rarement tissé des relations très fortes avec des gens en-dehors de la Famille et de Wairua. Alex en faisait partie, si bien que je le considérais comme un jeune frère. Et avant tout, j'étais fière de lui, fière de qu'il était devenu. Les années lui avaient plutôt réussi, et je le trouvais plus sûr de lui, plus à l'aise avec ce que la vie lui réservait. Il conservait ce côté angoissé qui faisait partie de lui et qui se nourrissait de son envie de faire au mieux pour tout le monde, mais il avait l'air de mieux le canaliser. Diriger la Potential Home ne devait pas être de tout repos, mais la tâche lui allait bien. Si bien que maintenant, je n'aurais pas pu l'imaginer dans un autre rôle. Je me demandais si c'était ainsi que Destiny percevaient les choses, leur prêtant une sorte de destinée cosmique.

« Je n'en doute pas. Ne te prends pas la tête plus que nécessaire, et tout se passera bien. » Je serrai affectueusement son bras. « Merci. C'est agréable de savoir que je serai toujours la bienvenue quelque part. On apprend quelques tours, au fil du temps. »

Death hocha la tête en signe d'assentiment, enthousiaste. Je la connaissais assez pour savoir qu'elle passait mentalement en revue tout ce qu'elle pourrait bien enseigner. Enseigner n'était pas tout à fait le mot juste ; partager, plutôt. Elle avait toujours su interagir avec les autres, et s'entendait toujours très bien avec les jeunes esprits. L'opportunité de les aider de quelque manière que ce soit était pour elle difficile à refuser. Un concept comme celui de cette école était quelque chose qu'elle avait en tête depuis longtemps, et elle était heureuse de voir d'autres le réaliser aujourd'hui. Elle avait officié de manière itinérante, incapable de poser ses racines. Une caractéristique partagée par l'ensemble de la Famille. Même Destiny ne restait jamais longtemps au même endroit. Et si Dream reposait dans les sous-sols de son château depuis bien longtemps, il parcourait sans cesse le monde des rêves. Cela devait être agréable, de poser ses racines quelque part ; c'était un autre sentiment que je devais à Angie. Peut-être bien que l'Arche m'offrait une opportunité de voir -et vivre- ma vie différemment.

« Je suis sûre qu'il y aurait pas mal de monde ravi de t'aider sur le coup. Ça ferait une belle sortie scolaire, à la recherche du tableau. Peut-être même que je viendrai vous donner un coup de main ; le monde de l'art mérite qu'on retrouve cette œuvre. »

Gear avait tellement de personnalité qu'elle aurait pu venir vous taper sur l'épaule avant de vous offrir un verre. L'exubérance cachait néanmoins une certaine profondeur, et un esprit à la hauteur. Le tout n'était pas sans dégager un certain charme auquel je ne pouvais pas être insensible. D'autant qu'il n'était pas désagréable à regarder, même si je ne comptais pas le lui dire ; j'avais dans l'idée que son ego n'avait pas besoin d'être nourri plus que nécessaire. Plus important encore, c'était quelqu'un de bien, et j'étais contente qu'Alex ait un ami comme lui.

« Merci d'avoir été là pour lui. Et j'espère que nous aurons l'occasion de vérifier bien des choses également, toi et moi. »

Sur un dernier clin d’œil, je laissai ma sœur et Gear à leurs machines, qui se comportaient comme deux gamins déballant leurs cadeaux de Noël. Si on ne les arrêtait pas, il y avait bien des chances pour qu'ils y soient encore le lendemain.

« Un nombre infini de possibilités, pour être exact. Les rêve sont ce qui se rapprochent le plus d'un concept de multivers. Un peu comme si chaque décision possible était rêvée au moins une fois, et que le monde qui en résultait existait quelque part. Tout y est possible, sans les réserves imposées par la conscience, sans les barrières de l'ego. Une fois que l'on connaît cela, le monde physique peut paraître bien terne. Ce n'est qu'une possibilité, face à toutes les autres. »

Dream se montrait rarement aussi expansif. La plupart du temps, il n'accordait guère d'importance à aucun des éveillés, comme il les appelait. Mais il avait choisi Alex pour m'aider, ce qui devait bien vouloir dire qu'il lui accordait un certain intérêt.

« Je n'ai jamais connu quelqu'un qui ne pouvait pas rêver, d'une manière ou d'une autre. Ceux qui proclament le contraire sont généralement incapables de le réaliser, et c'est une tragédie plus qu'un danger. Peut-être ne sont-ils tout simplement pas faits pour s'y confronter. »

Je me demandais à quoi pouvait ressembler les rêves d'Alex, et si mon frère visitait souvent les miens. A bien y réfléchir, je me demandais surtout à quoi pouvait rêver Dream. Quand on parcourait inlassablement ceux des autres, plongé dans un sommeil qui pouvait être éternel, rêvait-on également ? Ou alors, devenait-on le rêve ? Au fond, cela ne faisait pas de mal à mon frère de se balader un peu dans le monde réel. Ne serait-ce que pour conserver une certaine conscience de la réalité. Mais là encore, peut-être bien que la réalité n'était pas un concept universel, et qu'elle était propre à chacun. Mes interrogations furent interrompues par l'arrivée enthousiaste de Lily-Rose, qui semblait très attachée à Alex.

« Le diner va bien. Et il y a toujours un milkshake à ton nom ; je pensais lancer un sondage pour de nouveaux parfums. Des idées ? » J'appréciais beaucoup la jeune fille, dont la joie de vivre était communicative. « Bien sûr que les animaux sont les bienvenus Chez Reggie ! Je serais heureuse de rencontrer Tulio ! Entre Miguel et lui, vous avez de sacrés compagnons. »

Quand elle se dirigea droit sur Dream, ce dernier se laissa prendre la main, l'air particulièrement confus. Même lui était incapable de lui résister, aussi n'eut-il aucun moyen de ne pas se laisser entraîner. Lily-Rose pouvait être une force aussi inamovible que la gravité ; toute résistance était futile. De mon côté, en la voyant, je ne pouvais évidemment pas m'empêcher de penser à Wairua. Je savais que mon vieil ami ne se sentait pas prêt à la contacter, et cela n'était pas à moi de m'en mêler. J'étais avant tout heureuse de voir qu'elle semblait épanouie malgré tout ce qu'elle avait traversé. C'était un signe d'une grande force, et puis elle pouvait compter sur la Potential Home pour la soutenir.

« Je n'avais imaginé que mon nom pouvait être...classe. Il représente ce que je suis, voilà tout. Est-ce que ça veut dire que je suis...comment vous dites, classe ? » Difficile à dire, mais j'avais l'impression que mon frère s'amusait finalement de la situation, tout en restant vaguement éberlué. « C'est une école intéressante. Et c'est une belle salle commune. Très, euh, commune. Et on dirait bien une salle. C'est très bien. Salle, et commune. Deux attributs essentiels, je pense. Non ? »

« Alors, comment ça se passe, dans cette école ? Qu'est-ce qu'on fait, dans votre maison ? » demandai-je, prenant leur suite, curieuse d'en apprendre plus sur comment fonctionnait la Potential Home.
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Lun 13 Mar 2017 - 20:30
A croire que les gens se passaient le mot, et que c’était à celui qui arriverait m’embarrasser le plus. Et venant de la part de personnes comme Gear, c’était même plus que probable. Mais je m’étais résigné depuis longtemps, et l’acceptais mieux que par le passé. Cela me rappelait même de bons souvenirs passés en compagnie de Delight, il y a des années de cela. Et des siècles pour elle. Mine de rien, elle me connaissait bien, sa présence et ses conseils avaient donc un côté très rassurant, et je savais que je pouvais compter sur son aide, ainsi que sur son savoir.

Aussi, lorsqu’elle me disait que je n’avais pas de mouron à me faire, je la croyais bien plus que lorsque c’était moi qui tentais de me convaincre sur le même sujet. Je lui souris avec affection, hochant doucement la tête pour partager sa confiance et son optimisme.

"C’est aussi le rôle de cette école : être un lieu d’accueil pour tous ceux qui n’en ont plus. Tu trouveras donc toujours de l’aide ici, et pour longtemps encore, je l’espère."

Car je ne comptais pas que l’école s’arrête avec moi, même s’il était encore un peu tôt pour y songer. Heureusement, la structure hiérarchique de la Potential Home, avec ses quatre maisons et leurs directeurs, faisaient que le pouvoir n’incombait pas à une seule personne. Le directeur n’était donc pas quelqu’un de totalement irremplaçable. Enfin, mieux valait ne pas parler de malheur, surtout en compagnie de mes invités.

Depuis notre rencontre avec Delight, on pouvait dire que j’avais réussi à me poser. A l’époque, et tout comme elle, je restais rarement en place, par la force des circonstances. Mais dans le fond, j’avais découvert que j’avais toujours aspiré à trouver un endroit où m’installer durablement, et je pouvais désormais affirmer avec certitude que je l’avais trouvé. Cependant, je pouvais comprendre que cela ne soit pas le cas de mon amie. Elias lui-même tenait rarement en place plus que quelques années, et, entre les arches américaines et le reste du monde, il trouvait toujours un nouvel endroit où voyager et rencontrer des gens. Là aussi, ils se ressemblaient, avec Delight. Pas étonnant qu’ils s’entendent autant, et j’étais certain qu’ils auraient beaucoup à se raconter.

En espérant que cela soit d’autres choses que mon tableau. Ce semblait plutôt mal parti, et je ne serais pas étonné de constater que Gear était déjà en train d’organiser une expédition pour retrouver l’œuvre, entraînant Delight et quelques élèves dans l’affaire. La lueur d’intérêt et de malice dans son regard en était la preuve, et je me contentais d’un signe de la main accompagné d’un soupir résigné. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent, si cela pouvait les amuser.

Une fois Death et Gear laissés à l’atelier, je profitais du calme retrouvé et de mes deux invités restants, un peu plus serein. Les explications de Dream étaient à la fois fascinantes et vertigineuses, et je les écoutais avec concentration, pensif.

"Cela remet beaucoup en perspective…" Je retrouvai un léger sourire. "Mais, même si ce n’est qu’une possibilité, ce monde possède des choses qui le rendent unique, et c’est aussi ce qui fait sa beauté. Vous avez de la chance de pouvoir le constater encore plus en ayant conscience de toutes les autres possibilités. Et puis, vous avez sans doute raison. Ne pas être capable de rêver, ce doit être bien triste…"

Il s’y connaissait mieux que moi dans le domaine, après tout. Mais, même s’il le décrivait comme terne, il se passait toujours des choses étonnantes dans ce monde. Autant en bien qu’en mal.

Notre arrivée dans la salle commune de la House Arts signa la fin de notre calme à peine retrouvé, avec l’arrivée de Lily-Rose. Mais elle était de toute évidence ravie de voir et rencontre Delight et son frère, ce qui semblait réciproque.

"Hum, et qu’est-ce que tu dirais de Cookie-Banane-Chocolat ? On pourrait l’appeler le Lily-Rose 2.0 !"

J’étais assez certain de voir le même regard plein d’étoiles chez Charlie à la mention de ce milkshake, et à cette pensée, je souris un peu plus.

"J’amènerai Tulio la prochaine fois alors, il sera sûrement heureux de te rencontrer. Et tu ne seras pas surprise d’apprendre que Miguel et lui s’entendent à merveille, de vrais compagnons d’aventures."

Après, allez savoir ce qu’ils allaient pouvoir vivre ensemble, débrouillards et inventifs comme ils l’étaient. Mais c’était certainement quelque chose que nous humains n’apprendront jamais.

Pendant ce temps, Lily-Rose avait porté son attention sur l’énigmatique Dream, mais ne se montrait pas le moins du monde intimidée, comme à son habitude.

"Exactement ! Vous êtes classe aussi !" répondit-elle avec un nouveau rire, avant de s’esclaffer franchement, serrant toujours son bras contre elle. "Vous êtes vraiment quelqu’un de drôle ! Je vous aime bien, vous devriez venir nous voir plus souvent. On ne doit jamais s'ennuyer dans votre famille !"

Le tirant vers les œuvres exposées, elle en profita pour répondre à Delight :

"Ici, à la House Arts, on aime créer. Dans tous les domaines artistiques possibles et imaginables ! Peinture, musique, écriture, sculpture, graphisme, cuisine, couture, spectacle…" Tout en avançant devant les réalisations des élèves, certaines figures sur des tableaux ou des dessins prirent vie pour nous saluer. C’était le pouvoir de Lily-Rose, et je la soupçonnais de le faire sans s’en rendre compte. Mais cela donnait un certain charme à la visite, après tout. Elle se tourna à nouveau vers le frère et la sœur : "Et vous ? Vous avez un hobby artistique ? Même Alex s’essaie parfois à la photo, et il n’est pas trop mauvais !"

Je levai les yeux au ciel, un sourire amusé sur les lèvres.

"J’ai eu de bons profs ici, ils ont réussi à faire quelque chose de potable avec moi."

Il est vrai qu’autrement, je n’aurais jamais tenté de me lancer dans n’importe quelle branche artistique. Mais l’école avait aussi cela de bien qu’elle permettait de découvrir de nouveaux domaines, et ce, sans pression.
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Jeu 16 Mar 2017 - 19:56
Découvrir la fameuse Potential Home en compagnie d'Alex était une expérience agréable. Je m'étais immédiatement sentie à l'aise entre ces murs, au point de me demander une fois de plus si j'avais pris la bonne décision en Australie. Nul doute que j'aurais été bien accueilli ici, parmi les prodiges jeunes et moins jeunes. Qui sait, peut-être aurais-je même eu l'occasion de leur apprendre quelques trucs ; en deux mille ans, j'avais mine de rien assimilé un certain nombre de savoirs sans même m'en rendre compte. Disons que je n'avais jamais vraiment envisagé la chose sous cet angle, qu'ils puissent se révéler utiles de cette manière. Mais en voyant les élèves -pour la plupart réjouis- qui déambulaient dans le couloir, en rencontrant des membres de l'école comme Gear, et en voyant le travail accompli ici chaque jour, je me renforçais dans l'idée que j'avais fait le bon choix. Pour le moment, je craignais trop d'évoluer dans un tel environnement, de peur que mes pouvoirs m'échappent à nouveau. L'école n'avait pas besoin d'un tel risque. Mais qui savait de quoi l'avenir été fait ? Je n'avais pas retrouvé l'espoir pour rien, après tout. Le temps viendra peut-être où je pourrai enfin évoluer dans ce monde sans craindre d'y causer des ravages.

Je suivis mon ami, laissant Gear et ma sœur à leurs machines, et me fit la réflexion amusée que d'une certaine façon, Alex était mon plus vieil ami. Enfin, il y avait la Famille et Anima, bien sûr, mais ces immortels faisaient partie de ma vie depuis toujours ou presque, et je n'avais guère lié de liens avec d'autres prodiges dotés d'une longue vie au cours des siècles. Alex était différent : mortel, du moins à ma connaissance, mais lui et moi, nous remontions à loin. Et j'étais ravie de le retrouver enfin, et plus encore de le voir aussi épanoui dans sa vie. Malgré le stress de son poste, il avait l'air d'aimer s'occuper de l'école, il était entouré d'amis fidèles et de collègues émérites, et puis il y avait Charlie. Je savais qu'il était du genre à s'angoisser pour peu, simplement parce qu'il voulait toujours faire de son mieux pour tout le monde ; mais là, il avait l'air d'avoir trouvé un bon équilibre.

« Il se peut que je te prenne au mot, mon ami. Le temps où je faisais l'ermite est révolu, et je compte bien profiter de ce que la vie a encore à m'apporter. »

Cela, c'était un autre cadeau d'Angie. Souvent, je me demandais à quel point elle avait été réelle. Pouvait-on dire que lorsque j'étais intimement persuadée d'être elle, elle avait existé pour de bon ? Après tout, elle avait touché des vies, laissé un impact. Au fond de moi, je sentais que je lui devais bien ça. Illusoire ou non, elle m'avait sauvée, à sa manière. Elle résultait des efforts conjugués de Death et Dream, et je leur en serai toujours reconnaissante, mais si l'apparition d'Angie était de leur fait, ses actes n'avaient été qu'à elle. Je lui ferai honneur, c'était une promesse que je m'étais fait dès mon arrivée sur l'Arche. Toute ville avait besoin d'un Chez Reggie, après tout.

« Oui, chaque monde est unique, vous avez raison. » Dream sourit à Alex, d'un air sincère qui montrait que pour une fois, il s'impliquait vraiment dans sa conversation avec un mortel. « Et le monde de la veille plus que les autres. Mais ses innombrables possibilités ont des conséquences si terribles, que je ne peux m'empêcher d'y préférer celles, évanescentes, des rêves et des cauchemars. Je n'ai encore jamais rencontré quiconque étant incapable de rêver. Ceux qui le prétendent ne s'en rappellent tout simplement pas, ou les refoulent de manière inconsciente. Ce sont souvent ceux qui ont le plus peur de perdre le contrôle : dans ses propres rêves, on est totalement le sujet de sa conscience, de ses pulsions et de ses ressentis les plus profonds. Cela peut s'avérer terrifiant. Ou enivrant ; beaucoup y développent leur propre addiction. Plus d'une fois, j'ai découvert un dormeur piégé par ses propres rêves. »

L'enthousiasme de Lily-Rose coupa court à la discussion sérieuse, et je ris en la voyant entraîner ainsi mon frère à sa suite. Dream ne savait pas comment réagir ; pour lui, l'intensité avec laquelle la jeune femme vivait son existence devait lui donner d'elle une image tellement réelle qu'il devenait incapable de réagir à sa façon sibylline habituelle. Voilà qui lui ferait du bien, d'ailleurs. Je réalisai que la fille d'Anima avait le potentiel de faire énormément de bien en ce monde, qu'elle s'en rende compte ou non. A vrai dire, ce dernier semblait se modifier tout autour d'elle de manière imperceptible, comme pour mieux se conformer à sa vison joyeuse de la vie.

« C'est noté ! Je suis sûre que ce milk-shake fera un tabac, si Charlie en laisse aux clients. On pourra envoyer Miguel et Tulio faire de la pub ! » Puis, tandis qu'elle s'accaparait Dream, je me rapprochai d'Alex : « C'est une jeune fille qui déborde de vie. On dirait qu'elle rend le monde plus...réel. Plus ancré dans la joie. C'est une gamine spéciale, à sa façon, sans doute encore plus qu'elle ne peut l'imaginer. C'est quelqu'un de bien, et elle sera appelée à devenir mieux encore. Je pense qu'elle ne pourra tout simplement pas s'en empêcher. C'est bien, ce que tu fais, avec cette école. D'avoir repris le flambeau. Les jeunes comme elles auront toujours besoin d'une telle structure pour les accompagner. Je me demande comment j'aurais tourné, si j'étais née à cette époque, si j'avais eu tout ça... »

Il n'y avait pas de regret dans ma voix ; ce qui était fait était fait, et puis j'avais eu la Famille pour me soutenir. J'étais simplement curieuse. De son côté, Dream faisait de son mieux pour suivre la cadence effrénée de sa nouvelle amie.

« Je ne crois pas qu'on m'ait déjà trouvé drôle. Il paraît que je ne suis pas très doué pour raconter des blagues. Et puis je n'ai jamais vraiment aimé tous ces rêves de clowns... » En réalité, Dream était souvent drôle, mais sans s'en rendre compte. Il suffisait de voir ses réactions quant au monde qui l'entoure. Ce qui n'avait jamais manqué de nous amuser, Death et moi. « Cette manière que vous avez d'insuffler de la vie dans ces dessins... Je vous envie, mademoiselle ; si je suis capable d'être le spectateurs de tous les rêves possibles, vous, vous avez leur pouvoir de leur donner vie. Car l'art, n'est-ce pas la représentation de rêves ? Vous avez un don magnifique. Et je suis rarement impressionné. »

Ça, c'était bien vrai. Il en fallait beaucoup pour que Dream éprouve ne serait-ce qu'un modeste intérêt pour ce qui était du monde de la veille. Il formait une curieuse paire avec Lily-Rose, mais une paire assortie malgré tout, à leur façon. A sa manière, elle le rendait plus réel, elle aussi.

« Tu as été bien entouré, et j'en suis contente, Alex. Mais plus que tout, c'est toi qui a réussi à faire quelque chose de potable avec toi-même. Et quelque chose me dis que tu n'es pas près de t'arrêter en si bon chemin ! »
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Lun 3 Avr 2017 - 18:44
Gear ne laissait personne indifférent. Tout était généralement dans les extrêmes avec lui, soit on l’adorait, soit on le détestait. Parfois les deux, à quelques minutes d’intervalle. Mais dans le fond, malgré tous les airs qu’il se donnait, c’était une personne bienveillante, qui savait se montrer sérieux lorsqu’il le fallait. Ce qui voulait dire, très rarement. Mais, dans le cas présent, trouver une nouvelle camarde de jeu pour retaper des véhicules faisait partie de ces moments touchés par la grâce où l’on pouvait espérer avoir un peu de calme. Heureusement, mes invités semblaient l’avoir apprécié, ou même plus. J’en étais cependant heureux pour Delight, car cela se voyait que cela lui faisait plaisir et l’amusait de côtoyer Elias.

Le bras de mon amie sous le mien, je l’emmenais continuer la visite en compagnie de Dream, laissant derrière nous les ateliers et les passionnés de mécanique.

"Dans ce cas, si tu te décides à t’installer plus longtemps dans le coin, tu peux prendre au mot tout ce que tu souhaites." lui indiquai-je avec un sourire et un clin d’œil. "Je suis vraiment heureux de te savoir sur la même arche, et d’autant plus si tu as l’occasion de faire de nouvelles rencontres. Ça m’a beaucoup aidé, en tous cas, et j’espère que ce sera également ton cas."

Et cela continuait, puisque je sentais déjà que la rencontre avec Death et Dream m’apporterait également beaucoup. Cette famille était vraiment des plus intrigantes, et des plus sympathiques. Du moins, pour les membres que j’avais eu l’occasion de connaître davantage. Mais assurément, Delight restait celle avec qui j’avais le lien le plus fort, et je doutais que cela change un jour. Sans parler de ce que nous avions vécu, et vivront encore, elle avait un caractère qui la rendait profondément attachante, et plus humaine qu’elle semblait le croire.

Ce qui ne m’empêchait pas d’être totalement pris dans les explications de son frère concernant les rêves. Lui aussi m’attirait, même si d’une toute autre manière, et son intérêt réciproque ne fit qu’accentuer ce sentiment amical qu’il m’inspirait.

"Oui, je vois ce que vous voulez dire. La réalité a une logique implacable, et les retours en arrière sont difficiles pour rattraper nos erreurs…" J’en savais quelque chose. "L’inconscient peut être effrayant, car c’est une sorte de mise à nu de choses que l’on ne contrôle pas. J’espère en tous cas que vous n’avez pas trop souvent l’occasion de croiser ces personnes perdues dans leur rêve. Vous pouvez les aider, dans ce cas-là ?"

C’était toujours bon à savoir, des fois que. Lily-Rose et la House Arts nous ramenèrent à des considérations plus réelles et immédiates cependant, d’autant que la jeune fille s’était très vite accaparé Delight, puis son frère.

"Ah oui, gérer Charlie, c’est toute une affaire, hein Alex ?" J’évitais son regard peu équivoque en faisant mine de regarder ailleurs. Heureusement, l’idée de Delight sembla attirer son attention. "Très bonne idée ! Ils vont nous faire venir plein de monde ! On leur fera un petit uniforme pour compléter la team !"

"C’est un euphémisme." soupirai-je à mon amie, en gardant néanmoins un petit sourire, tandis que Lily-Rose s’occupait de Dream. "Mais oui, Lil’ est assez spéciale. Comme tous les enfants ici, mais, depuis qu’elle est dans l’école, l’ambiance est devenue beaucoup plus… joyeuse. C’est juste sa façon d’être. Et je suis certain qu’elle fera de grandes choses." J’acquiesçai ensuite de la tête, une expression profondément reconnaissante sur le visage. "C’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire. Et tu sais, les choses ne sont jamais définitives, tu peux toujours choisir de tourner d’une autre manière, même maintenant. Il n’est pas trop tard."

Je posais une main sur son bras dans un geste affectueux. Tandis que, devant nous, la tornade Lily-Rose avait emporté Dream, mais ce dernier semblait plutôt bien s’en sortir.

"Pas besoin de raconter des blagues ou d’être un clown pour être drôle. Regardez Alex, il peut être hilarant parfois ! Et moi, je vous trouve très amusant en tous cas !" Cependant, les compliments du frère de Delight firent mouche chez la jeune fille, dont les joues rosirent quelque peu, mais qui ne se départit pourtant pas de son grand sourire ravi. "Merci, ça me touche beaucoup. Je ne maîtrise pas encore très bien ce don, mais un jour, j’espère pouvoir y arriver. Et il ne faut pas dire n’importe quoi ! Les rêves, c’est très important ! Sans eux, pas d’art, et même pas de vie ! Vous avez vraiment un rôle primordial, pour moi aussi, et je suis vraiment heureuse d’avoir pu faire votre connaissance !"

Et cela se voyait clairement sur le visage radieux de l’adolescente. Elle se liait facilement avec les autres, mais savait toujours admirer les qualités des autres et les faire ressortir. Un autre de ses pouvoirs qu’on ne s’expliquait pas, et qui n’avait sans doute rien à voir avec son statut de prodige.

"C’est parce que vous m’avez aidé à ne pas me perdre en chemin, et à me retrouver. Moi aussi, je suis vraiment heureux d’avoir fait votre connaissance, et la tienne." répondis-je à mon amie, tout en suivant les deux autres et en admirant les dessins qui prenaient vie dans un charmant parcours interactif que les meilleurs musées n’auraient pas su réaliser. "Il nous reste la House Sciences et la House Social à visiter, qu’est-ce qui vous intéresserait le plus pour commencer ?"
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Jeu 6 Avr 2017 - 18:30
A bien y réfléchir, je n'avais jamais été à l'école. Mon enfance remontait à plus loin que certaines civilisations, et autant dire qu'à l'époque, la scolarité n'était pas vraiment sur la liste des priorités de qui que ce soit. On apprenait ce qu'on pouvait auprès de qui on pouvait, et le savoir se reposait pratiquement exclusivement sur la transmission orale. Honnêtement, je ne prétendais pas me rappeler plus que cela de cette lointaine époque, comme si le cerveau humain -même immortel- n'était pas fait pour accumuler autant de souvenirs. Je croyais être originaire d'Europe de l'Est, mais j'aurais été bien incapable d'en déterminer le pays. Mes racines, je ne les avais vraiment découvertes que le jour où Dream m'avait contactée sur la demande de Destiny. Quand la Famille m'avait trouvée, et que javais trouvé ma famille.

« Je me demande comment auraient tourné les choses, si on avait eu de telles installations au cours de ces dernières années. Si on avait su comment prendre en charge les prodiges, afin de nous permettre de nous adapter. De réellement partager ce monde. Les humains normaux ont certes facilement peur de nous, mais certains d'entre nous leur ont en donné raison. Surtout parmi mes...condisciples en matière de longévité. Mais quand je vois cette école, je vois un futur pour tout le monde, une union plutôt qu'une concurrence. »

« Les rêves sont une manière de retourner en arrière. De revisiter certains événements, débarrassés des filtres de la conscience. Souvent, ils nous permettent de nous voir comme on ne l'aurait jamais cru possible...et comme on ne l'aurait jamais voulu. » Je voyais bien que Dream appréciait sa discussion avec Alex, mais cela n'avait rien d'étonnant : il avait toujours été ravi d'exposer ses idées sur la question. Il ne parlait pas de grand chose d'autre, à moins qu'il ne soit interloqué par certaines nouvelles découvertes du monde réel. Death et moi avions notamment passé un long week-end à lui expliquer le concept des croissants, qu'il avait eu particulièrement de la peine à intégrer. « Mais vous êtes capables de revenir en arrière dans la veille, si vous le souhaitez. Ce qui n'est pas sans conséquences non plus. Je crois savoir que ce n'est pas une capacité dont vous souhaitez profiter. Quant à ceux qui sont prisonniers de leurs rêves... Personne ne peut les en sortir de force, même pas moi. Chacun est responsable de sa propre prison. Ceux qui en restent la proies le veulent bien, même s'ils ne s'en rendent pas compte. Et c'est souvent là que se trouve le problème, qu'on soit éveillé ou non. Mon rôle n'est pas de les libérer, de toute façon. Je n'ai pas à m'en mêler, et je n'en ai pas envie. »

Dream pouvait se montrer un peu...abrupt. Ce n'était pas qu'il manquait de moralité, ou même de compassion, mais il ne voyait pas trop l'intérêt de le signaler autrement. Il était de ceux qui préféraient s'occuper de leurs affaires, et de ne pas se mêler de celles des autres ; il trouvait les gens bien trop complexes pour ça, et il avait toujours préféré les observer. Les laisser faire leur propre choix. Mais il n'avait pas hésité à m'aider, quand Death et lui m'avaient secouru, quand ils m'avaient permis de m'évader un temps sous les traits d'Angie la serveuse australienne. Peu de gens comptaient réellement pour lui, mais sa loyauté était indéniable.

« Je ne sais pas qui de Alex ou Charlie gère l'autre, mais quelque chose me dit qu'ils vont s'en sortir. » J'adressai un clin d’œil à Lily-Rose ; encore une fois, difficile de ne pas asticoter Alex quand l'occasion se présentait. « Merci, Alex. Et...ce que tu fais pour Lily-Rose, pour tous ces jeunes... c'est important. Ils ne pourraient pas être en de meilleures mains, tu sembles avoir trouvé ton but. Et dans la foulée, tu permettras peut-être bien à quelqu'un comme elle de réaliser le sien. Car elle fera de grandes choses. Quand on a mon âge, on finit par développer un instinct pour ce genre de choses... »

Pendant un bref instant, je faillis faire allusion à son lignage sans même m'en rendre compte. Je me retins cependant, car ce n'était pas mon rôle. Et puis je ne devais pas oublier qu'avant même d'être la fille d'Anima, elle était avant tout sa propre personne. Ce qui comptait, c'était Lily-Rose, et ce qu'elle voulait faire de sa vie. Si je pouvais l'aider de quelque manière que ce soit en chemin, je serai là. Non seulement au nom de mon vieil ami, mais surtout parce que c'était une exceptionnelle jeune femme, et que je retrouvais en elle un enthousiasme qui m'avait trop longtemps fait défaut. Elle était l'avenir ; elle, et tous les autres jeunes qui étudiaient à la Potential Home.

« Je suis...content d'être amusant. » répondait Dream à sa guide. « Je ne crois pas qu'on m'ait déjà décrit comme tel. Tu es plutôt amusante, toi aussi. Je te remercie de ta sollicitude. Mais les rêves n'ont pas toujours l'importance qu'on peur donne. Certains se doivent de rester à leur place, quant à ceux que vous réalisez dans ce monde...vous ne le devez qu'à vous. Ils existent, et qu'on le remarque ou non, ils déposent une trace dans la réalité. Je me réjouis de voir ce que tu accompliras dans la futur, fille du cormoran. »

« Et bien, pourquoi pas la House Social ? »
Je profitai de la question d'Alex pour interrompre mon frère, qui ne se souciait pas vraiment de ce qu'il fallait dire ou non dans ce genre de situation. « Je suis curieux de voir ce que cela implique pour une telle école. Les sciences aussi bien sûr, mais je n'ai jamais eu l'esprit très scientifique... »
Delight
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Lun 1 Mai 2017 - 13:43
Il était vrai que certains prodiges immortels agissaient ou avaient agis de façon dangereuse. Ou même des prodiges sans le don d’immortalité, d’ailleurs. Et ce fut la raison pour laquelle l’intégration des prodiges fut difficile et douloureuse durant le XXème siècle. Heureusement, il semblait que nous nous dirigions vers une accalmie, même si tout n’était définitivement pas réglé. Et le rôle de la Potential Home dans cette paix progressive avait certainement été déterminant. C’était aussi le but de ses fondateurs, après tout, et on pouvait dire qu’en cela, ils avaient réussi.

"Il ne faut pas trop ressasser le passé, tu sais. On ne peut pas le changer, et c’est mieux ainsi. Aussi compliqué soit-il, il fait aussi partie de nous et de ce que nous sommes devenus. Et puis, dans le fonds, je crois que, prodiges ou non, nous restons humains, et nous commettons les mêmes fautes. Nous ne sommes pas différents, alors, autant s’allier pour le meilleur."

Même si j’avais bien conscience que tout n’était pas gagné. L’humanité progressait petit à petit, et une chose à la fois. Pour ma part, j’étais heureux de pouvoir faire avancer certaines causes, même si je savais que je n’en verrais pas la fin. Cela faisait partie d’une vie humaine, la mienne, et se battre pour ce qui était juste était une fin en soi.

"Disons que c’est beaucoup trop de responsabilités pour un seul homme, et que jouer avec le temps a des conséquences qu’on ne mesure pas…" Je poussais un léger soupir, songeant aux leçons que j’avais dû apprendre pour en arriver là. Mais, comme je l’avais dit à mon amie, je ne les changerais pas pour rien au monde, car elles m’avaient permis d’apprendre beaucoup de choses sur moi et sur mon don. J’acquiesçais ensuite doucement. "Je comprends. On ne choisit pas non plus notre don ni ses conséquences, et, quelque part, nous n’avons aucune obligation. Après, chacun le ressent différemment."

Aider les autres, c’était tout simplement dans mon caractère. Cependant, je savais que cela avait des limites, et remonter dans le passé pour empêcher certains événements d’arriver, cela en constituait une. La tentation était parfois grande, mais je savais désormais qu’agir de la sorte ne faisait qu’empirer la situation. Une maigre consolation.

Lily-Rose pouffa aux remarques de mon amie, complice, tandis que je levais les yeux au ciel en essayant de les ignorer. Sans trop y parvenir, il fallait l’avouer.

"Je suis ravi de l’apprendre alors, et je m’en remets totalement à ton instinct." répondis-je à Delight, un peu plus serein et souriant, pendant que Lily-Rose avait tourné son attention vers Dream. "J’espère qu’elle et les autres élèves pourront s’épanouir autant que moi ici. Et sans passer par la case retour dans le passé foireux."

Même si, avec le temps, j’avais réussi à en rire. C’était signe que c’était derrière moi. Et puis, cela n’avait pas eu que des désavantages, comme en témoignait la présence de Delight et de sa famille aujourd’hui.

"Ça me va, comme philosophie." répondit Lily-Rose en tapotant l’épaule de Dream. "J’aime beaucoup mon rêve d’être Batman, mais je conçois que le monde se porte mieux sans qu’il se réalise, hein ?" Elle arqua un sourcil lorsqu’il la dénomma d’une étrange manière, avant de rire avec bonne humeur. "J’aime bien les oiseaux oui ! J’aurais bien aimé voler d’ailleurs, mais là aussi, c’est un rêve qu’il vaut mieux garder pour moi. Alex perdrait ses cheveux, il pourrait plus me courir après !"

"Va pour la House Social alors, ce n’est pas loin." répondis-je à mon amie en l’invitant à sortir de la salle de la House Arts. "Tu as d’autres qualités très importantes, comme faire des très bonnes pâtisseries et un excellent café." La taquinai-je.

Lily-Rose nous salua pour nous dire au revoir, s’agrippant à Dream pour lui faire un câlin d’au-revoir avant de finalement le lâcher pour nous laisser partir. Après quelques minutes de marche, nous finîmes par arriver vers la salle commune de la House Social, mais je dérogeais un peu à ma promesse en lui indiquant une autre porte.

"Je te propose de commencer par-là, c’est la bibliothèque de l’école. Elle est adjacente à la salle commune, et ça vaut le détour."

Avec la cafétéria et la grande salle de spectacle, c’était l’une des plus grandes pièces de l’école. Et c’était aussi une deuxième salle commune pour tous les élèves de la House Social. Une fois à l’intérieur, on en vit d’ailleurs plusieurs en train de travailler ou de s’agiter pour des travaux de groupes.

"Je ne pense pas que cela vaille la bibliothèque de vos rêves." indiquai-je à Dream avec un petit sourire. "Mais pour l’école, cela nous suffit largement."

"Quelle bibliothèque serait mieux que la mienne ?"



Ailein


"Ah, Ailein, bonjour. Je te présente mes amis, Delight et son frère Dream. Voici Ailein, notre bibliothécaire."

"Enchantée !" déclara-t-elle avec un petit sourire fier et en tendant une main pour les saluer avec force. "Bienvenue à la bibliothèque."

"ON NE MANGE PAS DANS LA BIBLIOTHEQUE " cria la voix d’Ailein plus loin vers une table d’étudiants, où elle se trouvait également. Tandis qu'une autre Ailein était en train de s'occuper du prêt à l’accueil. Sa capacité à créer des doubles était surprenante, la première fois qu’on la voyait. Mais on s’y faisait. Surtout que cela lui permettait de gérer presque seule la bibliothèque, en plus de son rôle d’assistante à la House Social. Ça, et son caractère bien trempé.
Dastan
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