Arkadia's Angels: Singapour [Nikiya, Persona, Head]

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Sam 17 Sep 2016 - 17:55

Singapour


Thème du gala




Singapour. L'arche entière n'était plus qu'une unique mégalopole volante, aux tours modernes de verre, de béton et d'acier. La plupart blanches et éclatantes, elles étaient presque toutes recouvertes d'un des nouveaux alliages développés par Mesa Corporation ; le matériau rappelait la céramique, et se révélait aussi flexible dans ses usages que léger et résistant. De jour comme de nuit, la ville était sans cesse animée d'une agitation policée : l'activité y bourdonnait, mais d'une manière étrangement calme. De la cité-état au régime strict, il ne restait que le nom : suite à une série d'habiles manœuvres et de négociations, Mesa en avait fait son siège principal, donnant alors naissance au premier véritable état corporatiste. Ses dizaines de milliers d'habitants travaillaient tous pour la corporation d'une manière ou d'une autre, et cette dernière détenait tous les pouvoirs sur son arche, des événements mondains les plus quotidiens aux grandes décisions capitales. Véritable place forte, la mégalopole volante surveillait étroitement tous ceux qui obtenaient l'autorisation d'y mettre les pieds, et Mesa n'accordait pas le droit de passage à n'importe qui.

Mesa Corporation. Il s'agissait probablement de la méga corporation la plus grande, la plus riche et la plus influente de ce nouveau monde. Née dans les années soixante -du moins dans sa forme actuelle, plusieurs sources prétendant qu'il s'agissait d'une fusion discrète de sociétés diverses plus anciennes- elle avait rapidement gravi les échelons de la société, ne se faisant remarquer qu'au moment le plus opportun. Aujourd'hui, elle avait des branches dans un peu près tous les domaines, et se révélait particulièrement implantée dans l'industrie pharmaceutique et médicale, ainsi que celle des transports et celle de la robotique. La découverte de la technologie des portails -dont elle gardait le secret et le monopole- ne l'avaient que rendue plus puissante encore, ainsi qu'insidieusement indispensable pour un nombre toujours plus grand non seulement d'individus, mais aussi d'états et d'autres organisations. Mesa était à la pointe du progrès, Mesa était là pour vous aider, Mesa était partout (1).

Autant de choses qui poussaient un homme comme Perceval Rose à se méfier d'une telle institution. Ce n'était pas le fait que Mesa soit capable de faire de l'ombre à des sociétés comme Arkadia ou Feuerbach Corp qui l'inquiétait le plus ; la concurrence ne lui faisait pas peur, et il la trouvait même plutôt stimulante. Non, c'était son intime conviction que Mesa préparait...quelque chose. Quoi ? Il n'aurait pas su le dire, et c'était bien ce qui le chiffonnait. Les analyses les plus poussées n'arrivaient qu'à vaguement confirmer les soupçons nés de son instinct, mais il avait vécu assez longtemps pour savoir repérer certains signes inconscients qui ne trompaient pas. L'ennui, c'était qu'il était extrêmement difficile d'apprendre quoi que ce soit sur Mesa que cette dernière ne voulait pas que vous sachiez. Elle était passée maîtresse dans l'art des relations publiques, et ses défenses face à l'espionnage de toutes les sortes étaient on ne peut plus à la pointe du progrès. Rose n'avait encore jamais réussi à infiltrer un agent d'Arkadia à un poste concluant, et il avait la désagréable impression que Mesa n'était que trop consciente de son regard inquisiteur...et qu'elle le lui rendait bien.

Et pourtant, une occasion s'était finalement présentée. Le Directoire de Mesa -l'organe exécutif de la société- avait décidé d'organiser un grand gala à Singapour, afin de permettre à ses très nombreux investisseurs de se rencontrer. Des sociétés entières étaient devenues des satellites de Mesa, et leurs représentants allaient se joindre à ceux d'autres organismes ; des entreprises qui espéraient se faire remarquer assez pour gagner le droit de rejoindre le conglomérat, ou des ambitieux qui ne reculeraient devant rien pour obtenir une part du gâteau. Toujours est-il que des organisations qui continuaient de se montrer farouchement indépendantes n'avaient pas été invitées : c'était le cas d'Arkadia, de la Feuerbach Corp, et de quelques autres irréductibles. Non, cet événement s'adressait avant tout à ceux que Mesa tenait déjà dans le creux de sa main. Mais cette soirée donnait aussi l'occasion à Percy d'essayer d'en savoir un peu plus sur le fonctionnement de Mesa. Pour la première fois, il avait pu mettre en place une équipe dotée de cette chance. Il s'agissait plus d'une tentative de reconnaissance qu'une véritable infiltration, et il gardait à l'esprit qu'il pouvait s'agir d'un piège, mais il aurait été stupide de passer à côté d'une telle occasion. Trouver le moyen de permettre à des agents de se rendre à Singapour pour le gala était compliqué, aussi avait-il soigneusement composé son petit groupe, tirant profit des avantages de chacun. Ou plutôt, de chacune. Trois personnes qu'ils avaient à disposition avaient la chance d'avoir une raison légitime de se trouver sur place. Lotte Hoffmeister et Dahlia Anderson, en raison de leurs qualités d'artistes renommées, n'avaient pas eu de peine à se faire invitées par Mesa elle-même, qui ne se refusait rien lorsqu'il s'agissait d'amener du beau monde pour distraire ses invités. Dahlia était aussi sa fille, et il n'était pas encore sûr de savoir comment réagir à une telle nouvelle ; il avait décidé de ne pas laisser cette nouvelle information s'immiscer dans leurs relations professionnelles, du moins pour le moment. Quant à Amélia Clark -qui allait participer à sa première mission sur le terrain pour Arkadia- il n'avait pas été compliqué de l'ajouter au petit détachement du CSN que Mesa avait convié par pur politesse. Le Comité de Surveillance des Nations n'avait aucun réel pouvoir sur une corporation comme celle de Mesa ; l'invitation restait purement symbolique, et le CSN devait bien s'en rendre compte, à son grand regret. Mais cela faisait partie du spectacle que Mesa offrait au reste du monde, celui de la brave société qui montrait patte blanche alors qu'elle n'en avait même pas le besoin. Enfin, Miranda Lockhart avait été la plus compliquée à intégrer à la mission, mais Percy avait jugé sa présence indispensable. Elle était non seulement son meilleur agent alpha, mais ses liens avec Lotte et Dahlia ne feraient que renforcer l'unité de leur petite troupe, d'autant Amélia s'y était greffée avec professionnalisme, son caractère s'accordant plutôt bien aux autres. De plus, elles avaient toutes des capacités qui se révéleraient utiles, qu'il s'agisse de se fondre dans la masse, de récolter des informations d'une manière ou d'une autre, ou d'agir en cas de grabuge. Le grabuge, c'était justement la spécialité de Miranda, qui bénéficiait pour l'occasion d'une des couvertures les plus pointues jamais mises au point par Arkadia. Pour la mission, elle serait Sarah Walker, serveuse, et assurerait le lien entre toutes les participantes.

Et c'est ainsi que Miranda se retrouva à circuler dans un magnifique jardin à ciel ouvert, constitué des espèces d'arbres et de fleurs les plus rares et les plus belles jamais conçues par la génétique moderne, sur la terrasse d'un des gigantesques buildings de la ville. Vêtue du chemiser blanc et de la jupe et du gilet noirs choisis par Mesa pour son personnel de la soirée, elle circulait entre les invités richement vêtus, un plateau à la main. Elle avait noué ses cheveux -teints en noirs pour l'occasion- en une queue de cheval élégante, et elle conservait en toute circonstance le sourire étincelant de la serveuse polie et professionnelle. A l'intérieur de son conduit auditif droit reposait l'oreillette microscopique, fleuron des laboratoires de la Head Division d'Arkadia, et réputée indétectable. Les autres en étaient également pourvues, et il s'agirait de leur principal moyen de communication. Elle s'arrêta quelques instants, le temps qu'un couple en costume et robe de soirée se saisissent l'un et l'autre d'une coupe de champagne. Miranda observa d'un air faussement distrait le véritable petit lac artificiel qui trônait au milieu de l'immense terrasse de verdure, tandis que des hauts-parleurs astucieusement dissimulés faisaient retentir une douce musique d'ambiance. Leur tâche, aux filles et elle, était en surface plutôt simple : observer avant tout, récolter le plus d'informations possibles, et ne pas intervenir directement si cela pouvait être évité. Leur priorité était d'identifier une cible de choix : un agent du courtier de l'ombre. Qui était le courtier de l'ombre ? Personne ne le savait. Il s'agissait d'un homme, d'une femme ou d'un collectif qui se livrait au meilleur trafic d'informations du monde connu, et l'un de ses représentants devait rencontrer le Directoir de Mesa ce soir. Remonter sa trace s'avérait des plus profitables pour Arkadia, et un bon moyen d'en apprendre plus sur ce qui se tramait à Mesa.

Les filles étaient arrivées séparément ces derniers jours, afin d'éveiller le moins possible les soupçons. Elles avaient communiqué via le circuit protégé de leurs oreillettes, afin de coordonner au mieux leurs actions le moment venu. Et le moment était arrivé, le gala avait commencé.

Qu'est-ce qui pouvait mal se passer ?

___________________________________________________

(1) Même dans les oreilles.


PNJ: Miranda Lockhart:
 
Percy
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Thème: Everybody Wants To Rule The World - Lorde




"Chaos is found in greatest abundance wherever order is being sought. It always defeats order, because it is better organized." Terry Pratchett
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Dim 18 Sep 2016 - 22:59
Arkadia's Angels: Singapour






L’aéroport de Singapour à 8 h 00 du matin. Heure locale. Bruyant d’activités. Du mandarin de tous les côtés. La Chine… L’empire du Milieu. Le gala avait lieu le lendemain soir.
Des files sans fin de personnes qui attendaient de passer les portiques de sécurité. Ombres traînantes. Parmi cette foule d’inconnus, Amélia Clark.

Les quinze heures de vol au coin des yeux. Elle avançait tel un automate. Pas après pas, dans ses boots de voyage. Allant vers une sortie. Son horloge interne déréglée par le voyage et le décalage horaire. Elle ne rêvait que de deux choses : un café et une cigarette. Pourtant, elle décida de ne pas s’attarder en périphérie. Non. Elle voulait arriver au plus vite.
Un taxi l’escorta jusqu'à l’hôtel où sa chambre avait été réservée, par le C.N.S. En centre-ville, non loin du quartier des affaires, ce qui était bien pensé. Clark remercia le chauffeur en vitesse. Elle se dépêcha d’aller récupérer la clef magnétique à la réception. La nº 117.

Elle refusa qu’on l’aide à porter son sac de voyage. Une valisette.
Head tenait à garder le contrôle sur ses biens. Une grande fille. Indépendante. Forte. Cela faisait un moment, qu’elle n’avait pas bougé, dans le cadre de son travail. Presque deux ans. Mais, elle n’avait pas oublié le plaisir à vagabonder sur l’Archipel. Aller voir ailleurs. S’immerger dans une autre culture. Un peuple. Une langue. Cela faisait plus de trois ans, qu’elle faisait de l’œil aux comptoirs asiatiques. Enfin ! Une opportunité s’était présentée.
En plus, elle était payée. Doublement.

La chambre. Catégorie économie. Sobre. L’ameublement fonctionnel. Des tableaux de paysages aux murs. De l’art impressionniste chinois. Un peintre contemporain connu par un petit nombre d’initiés des hautes sphères. Un lit deux place avec beaucoup trop d’oreillers. Des échantillons de produits cosmétiques sur le bord du lavabo. Des brochures touristiques sur la table. Les mêmes codes, mêmes repères, quelque soit l’arche. Les constructeurs n’avaient pas beaucoup d’imagination. Il fallait quitter le béton et les tours pour voir le cœur de l’Empire.
Le nouvel Empire.

Il était encore tôt. Clark décida de prendre le temps. Prendre une douche en premier lieu. Cela lui ferait du bien. Les vêtements défraîchis ne tardèrent pas à rejoindre le sol. Un à un. La silhouette caucasienne apparaissait et disparaissait dans les reflets des miroirs. Les hanches rondes. Les seins lourds. Les petites cicatrices dans la région basse du dos.
De l’eau chaude se mit à couler.

- Agent 12-4-6. Sur les lieux. Prise de contact dans 2h00. Terminé. Amélia désactiva le communicateur d’une pression du pouce. Elle ouvrit ensuite le boîtier au sigle d’Arkadia. Les oreillettes neuves. Elle en glissa une dans son oreille droite et enclencha l’appareil. C’est moi. Bien arrivée. On s’en tient au plan. A demain mesdames. Sans attendre de réponse, elle coupa derechef la communication interne.

Assise sur le bord du sofa, Head installa ses écouteurs personnels, avant d’attraper son paquet de Black.

    * Salut, c’est moi. *

    * Ça a été ton vol ? *

    * Oui… On n’a juste eu un peu de perturbations en arrivant sur les côtes. L’hôtel est sympa. J’aurai préféré avoir une chambre avec vue sur le parc. *

    Le fond sonore d’un restaurant résonnait dans le combiné de l’interlocuteur. Une terrasse, ensoleillée par le couchant, en plein centre d’Edimbourg.

    *Hum. Tu as eu des nouvelles de ton ami ? *

    * On se retrouve avant le gala. *

    * Super. Tu as révisé ton mandarin ? *

    * Wǒ yǐjīng zhǔnbèi hǎo zhēngfú de chéngshì.*

    * Xiǎoxīn chǒng'ér. *

    * Tu m’appelles demain ? *

    * Bien sûr. Fais attention ? *

    * Bien sûr. Bonne soirée. *

    * Bonne journée à toi. *


Une bouffée de fumée s’éleva vers le plafond.
Les yeux d’Amélia tombèrent alors sur le détecteur de fumée. Un léger sourire accentua les petites rides au coin de sa bouche. Elle retira ses écouteurs d’un mouvement vif et alla se choisir une tenue. Elle opta pour quelque chose décontracté. Jeans et pull noirs. Une paire de botte. Sa veste en cuire porte-bonheur. Celle de Jack. Elle prépare aussi sa tenue pour le soir même.
A présent, il lui fallait ce café.

Douze heures plus tard, Clark arrivait au pied du building, où se tenait la réception.
Bottes troquées contre des escarpins. Très élégante dans sa robe rouge. Les contrats se signaient autant les mains dans la terre, que dans des gants de dame. Head savait tenir la pioche que la coupe. Elle jouait d’œillades, de sourires. Fondue dans le décor empoudré.
Tous les clichés habituels étaient réunis.

Un détail. Il suffisait d’un détail.
Les pistes débutaient toujours par la fausse note. Amélia déambula parmi les convives.
A la recherche d’une dissonance.
Head
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Lun 19 Sep 2016 - 11:32
Arkadia's Angels

Lieu :

Mesa building

Date de l'événement :

Septembre 2016

Participants :

Head, Persona, Miranda

Précédemment:

Valley of the dolls.

A suivre:

Il Prezzo di Magia




***


Lorsque le directeur d'Arkadia avait offert à la célèbre danseuse étoile française d'intégrer les rangs de son agence, cette dernière - en dépit de ses désirs refoulés d'apporter au monde une contribution quelconque qui l'avaient poussé à accepter la surprenante proposition - cette dernière, donc, n'avait pas réellement imaginé un seul instant être affectée sérieusement à quelques missions de terrain. Elle s'était figurée, un peu amèrement mais avec un certain réalisme, être (si ce n'était le trophée de la victoire d'un homme sur son rival) tout au moins une couverture utile, un œil sur la société mondaine d'Edimbourg, une facette public de l'agence non-gouvernementale. Autant dire qu'elle doutait légèrement que Perceval Rose ne prenne la décision de la mêler à quelque intrigue d'importance, aussi ne se visualisait-elle que comme un atout bien insignifiant en comparaison agents telles que Miranda Lockhart
Certes savait-elle danser divinement, distribuer des sourires irrésistiblement charmants, dispenser quelques traits d'esprits légèrement piquant et écouter avec la plus grande attention feinte les conversations les plus assommantes, cependant, au delà de ces capacités, qui semblaient avoir attiré l'attention et éveillé un intérêt certain chez son nouvel employeur, Lotte n'était pas moins consciente de certaines de ses faiblesses ou manques qui, rationnellement, ne lui donnait pas l'envergure d'un agent de terrain formé, entraîné et très probablement capable de tuer. Rien que l'idée provoquait chez la danseuse un léger frisson qui, naissant en haut de sa nuque, descendait le long de son dos pour se perdre dans un léger tremblement.

Pourtant, contre toute attente, Rose lui avait proposé de traverser le globe pour le compte d'Arkadia et, malgré la surprise que la ballerine avait su habillement dissimuler derrière un professionnalisme et une assurance qui semblait chez elle naturelle, Nikiya avait accepté avec cette sorte de lueur de défi qui faisait parfois briller son œil espiègle. 
La fierté dont elle pouvait parfois sembler être gonflée l'avait empêcher d'exprimer les doutes et appréhensions qui l'animaient et qui étaient nés au creux de sa poitrine depuis des mois. Aussi, cette insouciance enfantine qui semblait la caractériser était en partie devenue plus affectée que réelle, comme pour coller à l'image qu'elle avait toujours donné à voir d'elle plus qu'à  suivre la disposition de son cœur. 

Voilà, pour résumer rapidement, les circonstances de la présence de Lotte Hoffmeister à Singapour et de sa participation à l'un des gala privés les plus en vue de la sphère économique. Bien que les véritables motivations de la jeune femme fut gardées des autorités concernée, elle n'en avait pas moins reçu une invitation officielle de la Mesa Corporation ; d'une part pour faire l'honneur de sa présence à la soirée exceptionnelle qui se préparait, de l'autre pour faire l'étalage de son talent le temps un solo de son choix. 
Encouragée par les besoins de l'agence dont elle était maintenant employée - curieuse d'en apprendre plus sur la tentaculaire société au point d'envoyer quatre agents en mission - miss Hoffmeister avait accepté avec une retenue qui ne passait que pour de la modestie. 

Si notre lecteur ne se l'était encore tout à fait figuré, contrairement à ce que s'était évertuée à laisser transparaître Nikiya - c'était à dire un enthousiasme mêlé de fierté - la danseuse étoile était en réalité inquiète, emplie de doute et par conséquent, d'une mauvaise humeur qu'elle ressassa pour elle-même pendant les trois jours où elle avait été séparée de ses comparses pour des raisons de sécurité. Même la perspective d'être accompagnée de deux de ses amies ne parvenait pas à la rassurer, au contraire. Elle ne voulaient les décevoir, encore moins laisser entrapercevoir ses faiblesses. 

Arrivée dans la cité corporatiste après un voyage aussi pénible que long, Lotte avait donc été dans d'assez mauvaises dispositions, aussi ne se souvenait-elle pas des raisons qui l'avaient poussé à se retrouver dans la salle de bain de sa luxueuse suite, à renifler d'un trait une ligne qu'elle s'était jurée être la seule du voyage. Le narcotique avait au moins eu cet effet positif de rasséréner la danseuse et de chasser ses préoccupations, ses angoisses et sa mauvaise humeur. Aussi, elle avait profité de ces quelques jours de liberté avant la soirée pour découvrir la mégalopole et ses immenses centres commerciaux -infiniment plus nombreux que les centres culturels – et qui tenaient place de véritables temples de la consommation. Le plus effrayant dans cette expérience avait été de réaliser la présence écrasante de la Corporation indirectement propriétaire de la ville. Plus pudique en occident -probablement pour mieux s'y ancrer- la Mesa était absolument partout en orient et apposait son logo - vu comme un gage de qualité- sur à peu près tout ; c'était à dire sur tous les articles de premières nécessités, jusqu'à la technologie, aux transports, aux communications, aux banques, sans parler des pubs qui, à plus de 90% ventait les mérites d'une branche de la firme, de telle sorte qu'il était impossible de ne pas consommer "Mesa".

Quoi qu'il en soit, la gracieuse Nikiya s'était retrouvée quelques jours plus tard sur cette terrasse surplombant la ville avec cette désagréable impression de s'être jetée dans la gueule du loup. Heureusement, ses comparses étaient arrivées à leur tour et, si elles n'avaient pu communiquer directement, eu moins l'avaient-elles fait par les ondes sécurisées d'Arkadia. Elles étaient à présent dans la même soirée sans que personne ne susse qu'elles y étaient dans un but commun et, Lotte, dans une élégante robe de taffetas de soie aux coupes anguleuses des années 50, s'était trouvée accompagnée dés son arrivée par une chargée de relation de la firme qui s'était -dans un allemand plus parfait que celui de la danseuse- inquiété de savoir comment elle trouvait son logement, la ville et si tout se déroulait selon son plaisir. On lui avait ensuite montré la loge où elle pourrait se changer, présenté aux quelques musiciens chargés de la musique ainsi que la scène installée pour l'occasion. Nikiya eut une petite moue en voyant la dureté du plancher mais ne dit rien, ce qui fut suffisant pour provoquer une lueur d'inquiétude dans le regard de sa guide. Cette dernière se dépêcha de détourner habilement le sujet en la présentant à quelques pontes de la société, les désignant par leur nom et leur place dans la corporation.

La française écoutait avec plus d'attention qu'elle ne semblait le faire et à chaque nouvelle rencontre on lui faisait l'honneur de lui adresser au moins quelques mots en anglais, en français ou en allemand, selon les compétences linguistiques de chacun, et toujours des compliments sur sa beauté, sa grâce, ses performances admirée sur telle ou telle scène de par le monde. Du reste, le mandarin lui était traduit par une aimable hôtesse asiatique. Aussi, la danseuse avait paré ses traits d'un sourire un peu mutin, légèrement séducteur et répondait toujours avec un bon mots aux compliments, de fait qu'on la trouvait souvent charmante.
D'un œil, elle avait cherché Dalhia, Miranda et Amélia afin de s'aviser de leur présence et une fois cela fait en toute discrétion, elle se laissa conduire de groupe en groupe au gré des conversations et des personnes désirant la rencontrer. Elle s'était rapidement trouvée non loin d'une blonde exceptionnellement teinte en noire et avait attrapé une coupe de champagne sans même sembler jeter un coup d’œil à la serveuse.
Nikiya
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Mer 21 Sep 2016 - 19:08
Tout avait été savamment orchestré, et à peine avais-je déjà posé le pied sur le sol de l’arche singapourienne que mon interprète et guide –également représentant de Mesa, comme tout le monde ici- m’accueillait en grandes pompes. Bouquet de fleurs, sourires étincelants, flash crépitants qui immortalisaient notre première embrassade et mon arrivée à Singapour. Elégamment vêtue d’une des créations de Claire Richards, accompagnée d’un chapeau et de lunettes de soleil ; je me prêtais au jeu, habituée à ces cérémonies faussement spontanées et on-ne-peut-plus officielle. Frivole et souriante, je me laissais accompagnée jusqu’au VAP qui m’amènerait à l’hôtel tandis que Lan Lan, ma guide, débriefait le scénario de mon séjour. Rien de plus normal, et qui ressemblait en tous points à d’autres voyages promotionnels et professionnels que j’effectuais.

A une différente près : une infiltration de l’arche pour le compte d’Arkadia.

Cette visite avait été préparée en ce but, et l’on s’était arrangé pour que mon calendrier colle parfaitement à cette mission, tout en restant parfaitement crédible d’un point de vue externe. Ellen s’était occupée de tout ce qui ne regardait pas directement le gala, ou la tâche fournie par Rose. J’essayais de ne pas penser à la désagréable sensation d’avoir tout mon agenda planifié par ma mère et mon père, étant déjà heureuse que la découverte de ce dernier ne m’éloigne pas du terrain. Car fondamentalement, je comptais bien à ce que cela ne change rien à mon travail. Je n’avais rien à prouver, et pourtant, je ressentais terriblement l’envie de montrer que je savais me débrouiller dans ce cadre ainsi que m’intégrer à un groupe

Et la présence de trois autres agents était, en ce sens, assez rassurant, puisque je les connaissais et les estimais. J’étais tout de même curieuse de voir Lotte agir dans le cadre de cette mission, ayant été passablement surprise de la savoir agent. Mais elle était pleine de ressources, à l’instar des deux autres, aussi ne doutais-je pas que nous étions compétentes et efficaces, individuellement et en tant qu’équipe.

Les jours s’enchaînèrent au rythme des interviews, photoshoots, shopping encadrés par des gardes du corps, petites réceptions et autres concerts privés pour ceux qui avaient les moyens de se les payer. Cependant, au-delà de cette couverture faussement récréative, je perçus rapidement l’influence que Mesa avait sur cette arche. Elle était littéralement partout, tant et si bien qu’on pouvait s’interroger sur l’appellation trompeuse de cet endroit, qu’on aurait dû nommer Mesaland. De même, je restais constamment sur mes gardes, ayant la désagréable impression d’être surveillée à chaque coin de rue. Je me montrais donc particulièrement extravagante et charmante, fidèle à ma réputation. Comme le disait l’avait, plus c’est évident et voyant, moins on y fait attention.

Finalement, le soir du gala arriva. J’y entrais au bras du fils héritier d’une importante entreprise d’électronique, rencontré « par hasard » dans une boîte de nuit deux jours avant. J’étais son passeport pour une nuit de célébrité, et lui un moyen sûr pour aborder d’autres grandes pompes du gala. La vie faisait bien les choses, tout de même. Mon cavalier m’aida à descendre du VAP-limousine, et nous nous dirigeâmes ensemble vers l’entrée. Je portais une robe blanche au jupon ample, sertie de perles colorées, et transparente par certains endroits. De quoi attirer l’attention ailleurs que sur mon visage ou mes mains. Je vérifiais une nouvelle fois que mon oreillette me reliant aux autres agents fonctionnait, avant d’aborder un grand sourire lors de notre entrée.

Alors que nous papillonnions d’un groupe à l’autre pour que je sois présentée au large carnet d’adresses de mon partenaire, j’en profitais pour repérer les autres. Lotte fut la première que je vis, occupée elle aussi à sympathiser et à apporter la touche charmante et divertissante de la soirée. Je lui retournais un salut de tête discret, avant de remarquer Amelia plus loin, puis finalement Miranda. Cette dernière était la plus difficile à retrouver, et heureusement, au vu de sa couverture. Elle était la seule qui n’avait pu venir ici sous sa véritable identité, mais cela, j’étais certain qu’elle en avait l’habitude.

Après ce rapide repérage, je retournais à mes invités. Rencontrer le maximum de gens me permettrait peut-être d’obtenir quelques informations sur le fameux courtier de l’ombre. Champagne en main, les discussions allaient bon train, souvent futiles, mains néanmoins nécessaires. Il était prévu que je fasse un court interlude musicale pour divertir la galerie, mais je ne doutais pas que le moment venu, Lan Lan –toujours à mes côtés- me signalera qu’il était temps que je m’acquitte de cette tâche. Pour l’heure, je restais sur mes gardes, ne perdant pas une miette de ce qui m’entourait derrière mes rires et ma bonne humeur apparente.
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Lun 26 Sep 2016 - 10:35
La plupart des gens ne faisaient jamais vraiment attention au petit personnel, et de ce que Miranda pouvait en juger, Mesa ne faisait pas exception. Certes, cela avait été la croix et la bannière pour lui construire une identité capable de tromper la corporation, mais maintenant qu'elle était à l'intérieur, elle ne se faisait plus trop de soucis de ce côté-là. Soit sa couverture tiendrait jusqu'au bout, soit elle avait déjà été repéré et tout ceci n'était qu'un piège élaboré de la part de la compagnie. Si c'était le cas, inutile de passer son temps à s'en inquiéter maintenant ; elle y réagirait le moment venu. Elle s'inquiétait un peu plus pour ses compagnes de mission. Si elle savait que Dahlia était capable de se débrouiller dans un tel environnement et ce même en cas de danger, elle n'avait encore jamais eu l'occasion de voir Lotte et Amélia en action. Mais même si elles n'étaient pas vraiment des agents de terrain, la danseuse et la représentante du CSN étaient pleines de ressources, et capables de s'adapter.

Tandis qu'elle cheminait entre les invités, son plateau à la main, Miranda passait en revue les objectifs de la mission. Observer l'événement avait le potentiel de leur en apprendre un peu plus sur Mesa, du moins en ce qui concernait sa politique interne. Elle doutait d'apprendre les grands secrets de l'entreprise, qui avait mis en place cette soirée pour le prestige de ses investisseurs et autres partenaires, et non pour déballer son linge sale. Ma fois, pour le moment, c'était le plus près dont Arkadia pouvait s'approcher sans s'y brûler les ailes à coup sûr. Quant à l'agent du Courtier de l'Ombre, c'était encore une autre histoire. Ce n'était pas la première fois que Miranda était lancée sur sa piste, mais il s'était toujours montré illusoire, gardant une longueur d'avance. L'air de rien, elle observait minutieusement chaque convive, chaque autre membre du personnel, chaque agent de Mesa, prête à repérer tout ce qui pouvait lui mettre la puce à l'oreille. Tout en gardant à tout moment la notion d'où se trouvaient ses partenaires, bien décidée à ne pas les perdre de vue un seul instant.

Enfin, la musique s'interrompit et le brouhaha se dissipa, les regards se levant vers le ciel : une plate-forme à répulseurs se mettait en place au-dessus du bassin, au centre de la terrasse. Il s'agissait d'un disque noir qui laissait à peine échapper un discret vrombissement, entouré d'une rambarde et soutenant plusieurs consoles de commandes derrière lesquelles se trouvaient cinq personnes. Trois femmes et deux hommes, tous vêtus de costumes sur mesure noirs et or, qui évoquaient presque plus l'uniforme que le costard de soirée. Une des femmes s'avança pour prendre la parole, et sa voix se répercuta à travers toute l'assemblée, aidée par un discret mais puissant micro. Grand et blonde, elle portait les cheveux courts, et son regard gris était d'acier.

« Investisseur, partenaires, amis et membre de la société : au nom de Mesa Corporation, le Directoire vous souhaite le bonsoir, et se réjouit de votre venue. » Sa voix était chaude, dotée d'un charisme certain dont les intonations rappelaient un curieux quelque chose à Miranda, sans qu'elle n'arrive à savoir quoi. « Depuis plusieurs décennies, Mesa s'emploie à œuvrer pour un monde meilleur, un monde à la porté de tous. Nous recherchons le meilleur futur, soit le seul futur possible. La médecine, les avancées cybernétiques, la robotiques, nos fameux portails... » Elle indiqua d'un geste l'un des deux portails présents sur la terrasse. Seul moyen d'y accéder autrement qu'en véhicule -et seuls les engins de Mesa étant autorisés- pratiquement tous les invités et le personnel avaient dû employer l'un ou l'autre pour se rendre à la soirée. D'ailleurs, les portails étaient omniprésents à Singapour, si bien qu'il n' avait même plus de compagnie de transports publics ; à vrai dire, les véhicules terrestres extrêmement rares en ville, et cantonnés à quelques routes spécifiques, toutes les autres ayant été fermées et réaménagées suite à l'avènement des portails. « ...ce ne sont que des exemples de ce dont nous sommes capables. Un avant-goût de ce que nous comptons apporter à ce nouveau monde. Un nouveau monde dont vous aurez tous, je l'espère, la chance d'en faire partie ! Mais pour l'heure, amusez-vous, mangez, buvez, profitez de la soirée ! Au nom de Mesa, il est temps de se réjouir ! »

Une fois le discours fini et salué par un tonnerre d'applaudissements enthousiastes, l'engin vint se poser au sol pour permettre aux cinq représentants du Directoire d'en descendre pour se mêler aux invités. La blonde qui avait pris la parole échangea quelques mots discrets avec l'un des responsables de la sécurité venu à sa rencontre, puis elle alla à la rencontre des convives, riant à ce que l'un d'eux lui disait. Miranda avait gravé les traits des officiels dans sa mémoire, s'appliquant à suivre au mieux leurs déplacements. L'un deux passa d'ailleurs à sa portée et se saisit d'une coupe de champagne, la toisant d'un regard qui en disait long et affichant un sourire de convoitise paternaliste qui demanda à l'agent toute sa force de caractère pour conserver une attitude parfaitement neutre. Ce n'était pas la première fois de la soirée, et ce ne serait malheureusement pas la dernière. Elle se surprit presque à espérer un peu d'action, histoire de distribuer quelques coups bien placés avant de tirer sa révérence. Mais si tout se passait bien, les filles et elles repartiraient comme elles étaient venues, et ce sans faire de grabuge.

La musique avait repris, et plusieurs couples s'en donnaient déjà à cœur joie sur les pistes de danses aménagées à cet effet. D'autres coins avaient été conçus pour offrir plus de calme et de discrétion, des petites tables entre les haies et sous les tonnelles, éclairés à la bougie, où des petits groupes étaient en pleine discussion. Le tout sous l’œil vigilant des agents de sécurité de Mesa ; Miranda avait également repéré plusieurs caméras, et des VAP survolaient régulièrement les lieux de la réception. Elle finit par passer à portée de Lotte, à qui elle présenta son plateau, une lueur amusée dans le regard.

« Champagne, mademoiselle ? » Puis, s'assurant que personne ne les écoutait, elle ne résista pas à l'idée d'ajouter un petit quelque chose d'une voix basse : «Mais qu'est-ce qu'une belle femme comme vous fait à une soirée pareille ? Tout se passe bien, rien de scandaleux à rapporter ? »

Du côté d'Amélia, un représentant du gouvernement fantoche de Singapour, officieusement sous la coupe de Mesa, n'avait pu s'empêcher d'aller l'aborder dans le but de lui démontrer à quel point le CSN était un organisme vétuste qui n'avait plus lieu d'être : « Quand on y réfléchit, votre Cercle n'est plus qu'une caricature de ce pourquoi il avait été créé. Une bande de fonctionnaires qu'on garde sous paie afin de les ressortir pour faire joli, pour ajouter un peu de décorum. Ce n'est pas comme si vous aviez encore une réelle influence, et je vous dis ça avec tout le respect que je vous dois. Non, l'avenir, c'est de travailler main dans la main avec des entreprises comme Mesa : c'est là que se trouve le véritable pouvoir, et pas ailleurs. »

Quant à Dahlia, elle n'allait pas non plus éviter d'attirer l'attention. Un petit homme grassouillet à l'allure de lutin vint à sa rencontre ; il levait les yeux pour lui parler, lui arrivant à peine au menton. Sous son crâne chauve, l'un de ses yeux était orné d'un antique monocle, et une grosse moustache de morse complétait le tableau. Il portait une tenue officielle ornée d'un bandeau rouge de cérémonie qui zébrait son corps de travers. Plusieurs médailles rutilantes épinglées sur sa poitrine cliquetaient quand il se déplaçait, et il s'exprimait avait un accent allemand à couper au couteau : « Mademoiselle Anderson, c'est bien ça ? Je suis le duc Olaf von Gustav, et je crois que nous avons déjà eu l'occasion de nous rencontrer ici et là, dans ce type de soirée. Je suis un grand...comment dit-on...oui, fan ! M'accorderiez-vous cette danse ? »

Les aléas des galas...
Percy
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Sam 1 Oct 2016 - 19:57
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Discours d’inauguration très convenu. Clark y prêta à peine une oreille. Plus intéressée par ce qui se passait dans la foule. Ce temps de latence était parfait pour scruter les gens à leur insu. Accaparés ailleurs, ils pouvaient relâcher leur vigilance. Les réactions, voilà ce qu’elle voulait voir.
Les yeux bleu métallique s’attardaient sur les silhouettes les moins remarquables. Les anonymes. Ces individus presque invisibles. Dont on ne se souciait pas. Et qui agissait sans en avoir l’air. Elle retint quelques visages, pendant que la masse humaine se dispersait à nouveau.

La terrasse était très spacieuse. Plusieurs régiments auraient pu y tenir sans se toucher. Impossible d’en couvrir le périmètre seul. Quadriller la zone. Head repéra la position de chacune de ses camarades, avant de commencer son inspection. Elle affecta une expression contemplative, portant de temps à autre un verre à sa bouche.
Elle longea le cadre extérieur. Ainsi, vit-elle les membres de la sécurité. Sur le pied de guerre. Très minutieux.
Personne, absolument personne, ne pouvait passer sans fournir une autorisation. Autant de précautions n’étaient pas surprenantes, étant donné l’ampleur de la réunion, mais elles confirmaient certains soupçons.
Cela voulait également dire que les quatre agents ne pourraient pas facilement battre en retraite.

Réfrénée par le dispositif de sécurité Amélia obliqua. Détachée, elle revient en amont. Vers l’épicentre de l’activité mondaine.
Elle observa alors l’agencement des convives. Dans ce genre de soirée, chaque emplacement avait une signification. La distance de l’entrée, le voisin que l’on se choisissait, la position que l’on prenait, tout parlait pour soi. Amélia avait appris ces codes au fur et à mesure des années. Par nécessité. Sidérée par le nombre de règles implicites pour finalement les appliquer à son tour.
Ce soir, au moins, ce savoir lui était utile.

Se prenant un peu au jeu de l’espionne, Head avait les sens exacerbés. La nervosité tutoyait l’excitation.
Être sur le terrain, en action, était ce qu’elle avait toujours espéré. Même lorsqu’elle était sur les bancs de l’université, Clark avait secrètement rêvé d’être de ces individus qui agissent. Ses pensées allèrent un instant vers son petit frère Jack. Tué à la guerre. Lui le premier avait montré sa valeur. Son engagement. Amélia voulait faire honneur à ce courage. Elle voulait se prouver à elle-même et à ses confrères de quoi elle était capable.

Elle feignait de s’intéresser à la conversation des autres membres du Cercle. Nonchalante, à quelques mètres d’un trio d’hommes d’affaires, Clark profitait du reflet de sa coupe de champagne, pour garder un œil sur une femme postée dans son dos. Elle allait se décider à aller l’aborder.
Mais un homme l’aborda de façon frontale. Inconnu. Amélia le reluqua de la tête au pied.
Amusée.

- « Quand on y réfléchit, votre Cercle n'est plus qu'une caricature de ce pour quoi il avait été créé. Une bande de fonctionnaires qu'on garde sous paie afin de les ressortir pour faire joli, pour ajouter un peu de décorum. Ce n'est pas comme si vous aviez encore une réelle influence, et je vous dis ça avec tout le respect que je vous dois. Non, l'avenir, c'est de travailler main dans la main avec des entreprises comme Mesa : c'est là que se trouve le véritable pouvoir, et pas ailleurs. »

Un sourire ironique éclaira le visage de l’Américaine. Elle se garda d’aller dans le sens de son interlocuteur. Quoique son avis personnel soit plutôt proche du sien, Amélia avait un rôle à tenir. Elle venait de prolonger d’un an son contrat chez l’ONG. Elle ne pouvait pas la discréditer.
En public.

- Pensez-vous que les Arches dépenseraient autant d’argent s’ils ne croyaient pas en l’efficacité de la CSN ? Il est clair que ses actions sont moins éclatantes que celles des multinationales comme Mesa. Cependant, leurs effets sont pérennes… eux. D’ailleurs, je peux vous citer au moins trois décrets, ratifiés par l’arche ou nous nous trouvons, qui ont facilité, votre voyage jusqu’ici… Monsieur ?

L’avocate de Lucifer. Ou de Saint-Michel. Au choix de l’esprit qui pourrait les écouter.
Clark se décala légèrement sur la droite pour ne pas perdre l’une de ses cibles de vue.

Une lueur de convoitise étincela dans sa prunelle. L’œil fixé sur la nuque d’un invité. Un tatouage à l’encre noire serpentait le long de ses vertèbres. Pour l’avoir étudié, la veille au soir, Amélia l’identifia immédiatement. Elle vérifia que tous les indicateurs correspondaient. Taille, corpulence, âge, les éléments s'échelonnaient. C'était bien son homme.
Satisfaite, Clark détourna son regard pour ne pas attirer l’attention.

Retrouver l’acolyte de l’Ordre ne lui aura été compliqué.
À présent, Head devait trouver un moyen d’entrer en contact avec lui. Sans que ses comparses d’Arkadia ne soient au courant. Mrs Wang avait été plus que formelle sur ce point. Elle se rassura. La soirée débutait à peine. Une occasion se présenterait tôt ou tard.

Une inspiration.
Jouer sur deux tableaux n'était pas un exercice évident. Mais, cela permettait de faire avancer le monde vite. D'aucun aurait été piégé par un sentiment d’ambivalence. Taraudé par une impression de trahison. Il n'en était rien pour Amélia. Son allégeance, envers chacun des groupes, était sincère et complète. Tant que cela correspondait à ses principes.
Sachant l’une de ses missions en bonne voie Clark se focalisa sur la seconde. Elle jeta un coup d’œil dans le reflet de son verre. Mais trop tard la femme avait disparue.
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Jeu 10 Nov 2016 - 19:37
La célèbre ballerine avait observé l'arrivée des têtes dirigeantes de la corporation avec un petit sourire poli. Ce genre de petit sourire légèrement pincé, mais plutôt bienveillant, qui accentuait toujours la ride espiègle au coin de son regard.
Mais qui connaissait suffisamment bien la danseuse aurait saisit le sens de la lueur qui illuminait ses yeux d'ambre ; elle n'était pas le moins du monde impressionnée. A vrai dire, elle l'était rarement. 

Il n'y avait pourtant rien à redire, tout était absolument parfait. De la mise en scène réglée au millimètre, au discours consensuel à souhait. Mais Nikiya détestait la perfection, (surtout chez les autres) et d'autant plus lorsqu'elle servait des intérêts et non la pure esthétique. Dans le premiers cas, elle ne lui apparaissait toujours que comme une façade qui n'inspirait absolument pas confiance. « Trop beau pour être vrai », voilà, un adage qui résumait son impression ; Comme un magnifique tapis persan sous lequel on aurait caché la crasse.

Elle n'avait pourtant pas quitté des yeux chacun des membres du Directoire. Tour à tour, comme si elle cherchait à lire quelque chose de leur physionomie. Leurs tenues soignées et accordées étaient impeccables mais leur donnaient, à son goût, un air un peu trop strict. Du reste, elle ne montra aucun sentiment vis-à-vis de cette introduction, se contentant de quelques remarques intérieures, notamment à la mention d'un monde meilleur... Nikiya appréciait la douce ironie...

Elle n'était pas dupe, et surtout, n'avait aucune confiance en ces multinationales qui n'aspiraient, avant tout, qu'à conquérir davantage de marchés, réaliser davantage de profit, augmenter ses capitaux et obtenir toujours plus de pouvoir et d'influence... A n'importe qu'elle prix.
Un frisson parcouru ses épaules nues. Son dégoût des rouages du capitalisme était davantage en cause que la fraîcheur de la soirée. Mais peut-être était-ce aussi un peu sa propre situation qui lui filait la nausée. Mais n'était-elle pas, elle-même, trempée dans ce paradoxe jusqu'au cou ? La ballerine si loin des réalités, entretenue par l'un des hommes les plus influents, les plus riches du monde, qui à coup sûr avait sa part de responsabilité dans le système actuel. Son appartement de standing, son chauffeur ukrainien, ses vêtements hors de prix, la nourriture bio dans son frigo... l'argent sur ses cartes de crédit ne provenait pas seulement, et de loin, de son revenue de première danseuse. Elle n'était rien d'autre qu'un pur produit Feuerbach, en quoi était-ce différent de Mesa ?

Les applaudissements la tirèrent de ses mornes réflexions et elle imita, avec une certaine retenue cependant, la foule, tandis que le Directoire s'éparpillait parmi les convives. Les conversations avaient repris et Lotte continuait pour le moment de jouer son rôle mondain.
Aussi, lorsque l'on vint lui proposer une coupe de champagne, la jeune femme avait eu un petit hochement poli du chef pour remercier l'agent sous couverture venue la servir.

Prenant une coupe mise à sa disposition, elle cacha aussi bien son étonnement que son amusement aux paroles glissées par l'agent Lockhart et répondit presque du tac-au-tac, bas, mais d'une voix particulièrement charmeuse et un brin provocante, comme elle savait si bien l'être en société :

-Elle s'ennuie, assurément. Le plus scandaleux est qu'une femme aussi sexy dans ce petit gilet soit obligée de faire le service, alors que je pourrais très bien être en train de m'occuper d'elle dans un coin plus tranquille...

Elle avait plongé son regard intense dans celui de Miranda pour quelques secondes... avant de se détourner comme si de rien était, avec sa coupe de vin pétillant et un petit sourire au bord des lèvres. Elle se délectait toujours de laisser planer un doute exquis sur la moindre de ses paroles.
La jeune femme avait ensuite reprit avec une aisance naturelle la conversation avec ses différents interlocuteurs, et puisqu'elle était dans le rôle qu'elle préférait, c'était à dire délicieusement provocante, elle joua de ses charmes avec a peu près tout le monde, ne laissant jamais personne indifférent.

Parfois, d'un coup d'oeil à la ronde, elle s'assurait que ses comparses se trouvaient encore à proximité. Elle avisa Amélia et son charme glaciale en train de discuter et Dahlia aux prises avec un homme ridiculement petit. Elle allait esquisser un geste pour venir à sa rescousse... avant de se retenir. Après tout, ce pourrait être amusant que de la laisser se dépatouiller toute seule et bien évidemment, profité du spectacle.
Elle chercha ensuite du regard les membres vêtues de noir et d'or et demanda avec suffisamment de distraction dans la voix pour laisser entendre qu'elle laissait vagabonder ses pensées à quelques idées :

-Pensez-vous qu'il soit possible d'être présentée au Directoire ? Puis, avec un petit air mutin. Surtout à cette grande blonde, qui a un air si strict. Elle a un petit quelque chose qui... ne me laisse définitivement pas indifférente... Elle avait glissé ses paroles avec un naturelle et une désinvolture qui surpris légèrement son auditoire, mais qui, au final, semblèrent les amuser plus que les froisser. Autant la jouer au culot, non ?

Elle avait laisser tomber son regard sur la grande blonde en question. Inconsciemment, elle vint, avec un geste élégant, passer un doigt sous sa paupière. Elle cligna des yeux plusieurs fois, comme pour les humidifier et, pour le connaître suffisamment, elle entendait la voix d'Alexander dans son esprit, aussi bien que s'il avait été à ses côtés. *Arrête de toucher*. La ballerine se demanda alors qu'elle tête il ferait si la lentille venait à glisser de l'autre côté de son œil - offrant une magnifique vue de... de quoi d'ailleurs ? - et dut réprimer un sourire.
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Ven 11 Nov 2016 - 13:51
Passant d’un invité à l’autre, je tâchais de paraître aussi légère et agréable que les bulles du champagne que l’on nous servait à flot. Ce qui n’était pas bien difficile, puisque c’était ce que je faisais tout le temps dans mon travail. Hang, mon cavalier de la soirée et mon passe-partout sur pattes, tentait tant bien que mal de suivre le rythme effréné des rencontres et discussions qui défilaient à la vitesse de l’éclair. J’avais toujours un sourire, une bonne parole, et l’on venait assurément me voir pour discuter de mon travail ou demander une photo. A voir la mine déconfite de mon partenaire, il ne s’était sans doute pas imaginé devoir me partager autant. Je n’en avais cependant cure, me concentrant uniquement sur le moyen d’obtenir des informations qui puissent être utiles à notre mission, et en jetant de temps à autre un regard à mes partenaires.

Le ballet des présentations fut interrompu par un discours officiel des membres de la direction de Mesa. Mettant les petits plats dans les grands, leur démonstration avait comme but de nous en mettre plein la vue, avant de nous souhaiter la bienvenue sans doute. J’observais néanmoins avec attention chacun des cinq personnages, souriant et applaudissant quand il le fallait. J’avais souvent entendu ce genre de discours, mais avais depuis bien longtemps appris à m’en méfier. Avec des parents anarchistes et anticapitalistes, difficile de faire autrement. Et puis, de manière générale, les belles paroles cachaient toujours quelque chose.

La puissance de cette corporation, ne serait-ce que par l’exemple de leurs portails dont ils gardaient jalousement le secret, m’incitait à m’en méfier naturellement. Intérieurement, je ris donc ironiquement de les voir vanter de mettre à disposition de chacun leur technologie, pour le bien de la planète. Ben voyons. Je tins cependant mon rôle, feignant un enthousiasme et une admiration sans borne pour ce petit show qu’on nous offrait, digne des plus grandes stars.

Une fois le discours terminé, la soirée reprit son cours, en musique. Je remarquais que Miranda et Lotte s’étaient rapprochées, ne sachant toujours pas vraiment ce que je devais en penser… Je me concentrais plutôt sur Amelia, en prise à une discussion avec un membre du gouvernement de Singapour. Je ne lui enviais pas sa position, sauf peut-être pour le plaisir de rabattre le caquet à ce genre d’individus, tous aussi méprisables les uns que les autres.

Hang esquissa un geste en direction de la piste de danse, mais avant qu’il puisse me le propose, un autre individu se fit plus rapide que lui. Le minuscule Olaf Von Gustav s’incrusta entre mon cavalier et moi, lui damnant ma première danse. Je dus refreiner un sourire amusé, à la fois de voir l’expression déçue et amère de Hang, mais également devant le spectacle du Duc. Un personnage assez ridicule, mais pas vraiment dangereux finalement.

"Aber natürlich, Duke !" m’empressai-je de répondre avec un grand sourire et en allemand, à la fois pour sauver un peu la face de l’homme et pour exclure un peu plus Hang. "Je serais ravie de danser une valse avec vous, c’est un grand honneur. Je me rappelle évidemment de vous, comment l’oublier ?"

Attrapant la main qu’il m’offrait, je le laissais me guider sur la piste, sans un regard pour mon cavalier. On ne pouvait pas dire que le Duc soit très adroit, ni doué pour la danse, mais cela ne faisait rien. Tant qu’il ne m’éborgnait pas avec l’une de ses médailles, c’était surtout l’occasion de profiter des relations de cet homme. Faisant un effort pour suivre néanmoins le rythme, je me penchais vers Von Gustav pour lui déclarer :

"Quelle soirée ! Et ces gens de la direction, qu’ils ont l’air intelligents et intéressants ! Vous les connaissez certainement Duc, n’est-ce pas ? Une personne aussi importante que vous, c’est évident ! Sûrement, vous saurez trouver un moyen pour me les présenter ? Ou certains d’entre eux ? Vous pouvez, n’est-ce pas ?"

Je battis innocemment des paupières, comme si une pauvre fille comme moi ne pouvait décemment faire de mal à quiconque. Et si Hang ne parvenait pas à m’introduire auprès d’eux, peut-être que ce gnome ridicule y arrivera.
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Lun 21 Nov 2016 - 14:31
La fête, si on pouvait qualifier un tel événement ainsi, battait son plein. On y trouvait non seulement tout le gratin de Singapour, mais également la purée, la salade et les frites : toutes les pommes de terre y étaient représentées. Que ce soit pour être dans les petits papiers de Mesa ou pour mieux la garder à l’œil, une telle opportunité ne pouvait être manquée. En bonne professionnelle, Miranda observait avec attention la manière dont le gala était sécurisé, qu'il s'agisse de l'équipement de surveillance ou du personnel. Nul doute qu'une partie des ressources de protection étaient dissimulées même aux regards les plus avertis, aussi fallait-il toujours s'attendre à être surpris. Ce n'était pas vraiment la tasse de thé de Miranda ; comme son patron, elle aimait savoir à quoi s'en tenir, et contrôler son environnement plutôt que de se contenter d'y réagir. Enfin, elle ferait de son mieux... Et pour l'instant, cela se résumait principalement à parcourir la salle avec son plateau, circulant entre les invités assoiffés. Il n'y avait guère de couverture plus efficace que celle du petit personnel : personne ne faisait vraiment attention aux serviteurs, qui donnaient l'impression de faire partie du décor. C'était fou ce que l'on pouvait apprendre ainsi. Elle ne perdait pas non plus de vue ses compagnes de mission, s'assurant le plus souvent possible de leur localisation. Si elle savait que Dahlia était capable de se débrouiller quoi qu'il arrive, elle n'avait jamais travaillé avec Lotte et Amélia. Les deux femmes restaient des civiles ; elle ne doutait pas de leur talent, mais elle se devait de veiller sur elle du mieux qu'elle le pouvait.

« J'ai repéré un placard à balai sympa à l'intérieur ; non, en fait, j'en ai repérés plusieurs. Mon petit gilet et moi sont au service de ces dames, après tout. » répondit-il à Lotte, un léger sourire aux lèvres. Si elle n'était pas toujours à l'aise dans ce genre de petit jeu, elle était toujours plus détendue dans le cadre d'une mission ; et puis, avec Lotte, cela lui devenait soudain moins compliqué. « Madame. »

Elle hocha la tête à son attention, avant de reprendre son service. Passer trop de temps avec l'un ou l'autre invité aurait pu paraître suspect, et elle n'allait pas courir de risques inutiles. Du coin de l’œil, elle pouvait apercevoir Amélia en pleine conversation avec un diplomate à l'air si pompeux qu'on aurait pu sans doute regonfler tous les vélos d'une course cyclise avec un seul de ses discours. Ma fois, dans ce genre de soirée, il était difficile d'éviter les indésirables... Mais la femme d'affaires n'allait certainement pas se laisser clouer le bec, et elle n'hésita pas remettre l'indélicat à sa place. Quant à Dahlia, voilà qu'elle s'était lancée sur la piste de danse au bras d'un petit homme replet. Les médailles du du cliquetaient en rythme, tandis que sa moustache frémissait sous l'effort.

« J'aurais dû apporter mes échasses de danse, voilà qui nous aurait rendu la tâche plus facile à tous les deux. » souffla-t-il joyeusement à l'adresse de l'actrice. « Vous dansez divinement bien, ma chère. A notre prochain tour, regardez donc par-dessus mon épaule -rien plus facile- et repérez donc ce gentleman en smoking noir, avec les cheveux gominés et les lunettes de soleil. Je crois que vous le cherchiez, si je ne me trompe ? Pour son affiliation avec le Courtier de l'Ombre. »

Le duc avait parlé bas, pour que seule Dahlia puisse l'entendre. Son ton, tout en restant léger, s'était soudain légèrement modifier, comme pour révéler brièvement une personnalité bien plus capable que son rôle d'aristocrate exubérant pouvait laisser penser. Puis il lui fit un clin d’œil, redevenant l'Olaf débonnaire. Et cimentant le fait que lui aussi s'avérait être bon acteur.

Du côté de Lotte, sa demande n'avait pas manqué d'attirer l'attention. Les regards -d'hommes comme de femmes- ne manquaient pas de se retourner sur elle. Et la blonde qui avait parlé au nom du Directoire vint d'elle-même à sa rencontre. Il était difficile de lui donner un âge : entre quarante et cinquante ans, mais il n'entamait en rien la beauté sévère qui se lisait dans ses traits acérés. Elle portait un tailleur noir et blanc qui mettait sa silhouette athlétique en valeur, et il émanait d'elle un charisme certain.

« Madame Hoffmeister, c'est un honneur pour le Directoire que de nous avoir parmi nous. Je suis une grande admiratrice de vos talents, et je suis votre carrière avec le plus grand intérêt. J'espère avoir l'occasion de venir vous voir sur scène à Édimbourg prochainement. Je m'en voudrais de rater ça. Alors, que pensez-vous de Singapour ? Votre nouvelle femme n'est pas avec vous ? »

Quelques mètres plus loin, Miranda observait la rencontre. Elle se demandait si la représentante de Mesa avait abordé Lotte pour réellement lui parler de la danse, ou si elle avait un autre agenda. Le bras droit de Percy était suspicieuse par nature, et elle ne croyait guère aux coïncidences... Toujours est-il que la balle était maintenant dans le camp de Lotte, qui se retrouvait en tête à tête avec l'un des membres les plus influents de Mesa Corporation.

« Et bien moi je peux vous citer au moins quatre, non, cinq bonnes raisons pour vous montrez que vous n'avez pas votre place ici. » rétorquait le diplomate à Amelia un peu plus loin. « Je suis Sang Kapour, et ici, je sais de quoi je parle, ma petite dame ! Si votre voyage a été facilité, c'est bien parce que Mesa l'a permis. Vous n'êtes qu'un pantin, lui-même entre les mains d'une marionnette. Vous feriez mieux de rentrer chez vous et de vous en tenir à un rôle qui vous conviendrait mieux, plutôt que de venir nous donner la leçon ! »

Quant à la femme de l'Ordre, elle réapparut un peu plus loin, en pleine conversation avec l'homme aux lunettes de soleil, celui qu'Olaf Von Gustav avait désigné à Dahlia comme étant l'agent du Courtier de l'Ombre. Décidément, à Singapour, les intrigues battaient leur plein...
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Mer 7 Déc 2016 - 21:15
Arkadia's Angels: Singapour




Clark releva son regard bleu sur son interlocuteur forcé. Sec. Guindé. Aux airs de pingouin dans ce costume taillé sur mesure. Elle se demanda s'il était aussi retenu une fois les lumières éteintes. Tout ce beau monde jouait au Roi Soleil. Soie pierreries, maquillage, rien n'était assez fort pour effacer l'avidité des traits.

La réponse donnée ne l'avait pas satisfait. L'homme tenait le pied de guerre. Décidé à gagner la bataille des mots et surtout des idées. Amélia pinça la lèvre pour retenir l'expression de son agacement.
Vexer cet homme -même si elle était très tentée- ne serait pas un bon calcul.


« Et bien moi je peux vous citer au moins quatre, non, cinq bonnes raisons pour vous montrez que vous n'avez pas votre place ici. » Rétorquait le diplomate à Amélia un peu plus loin. « Je suis Sang Kapour, et ici, je sais de quoi je parle, ma petite dame ! Si votre voyage a été facilité, c'est bien parce que Mesa l'a permis. Vous n'êtes qu'un pantin, lui-même entre les mains d'une marionnette. Vous feriez mieux de rentrer chez vous et de vous en tenir à un rôle qui vous conviendrait mieux, plutôt que de venir nous donner la leçon ! »

Head maîtrisa les muscles faciaux pour ne pas faire apparaître son avis. Entraînée comme tous les champions de leur catégorie. Le visage demeura placide. Les yeux, eux, étincelèrent furtivement de colère. Amélia était intimement et profondément un être fière. Elle ne supportait pas que quelqu'un la mette en piètre estime.

Voilà le genre de discours qui avait le don de lui faire sortir ses griffes. Toute diplomate qu'elle soit Clark pouvait faire preuve d'une rancune sans limite. Elle imagina Mr Kapour à la merci d'une meute de louves affamées. Tremblant. Suppliant.

- De quel rôle parle-t-on ? Demanda « la petite dame » d'une voix atone.

La discussion risquait de s'éterniser.
Or l'Américaine venait d'entrevoir sa cible. La femme n'était qu'à quelques mètres. En plus de ça elle était accompagnée du suspect visé par Arkadia. Deux individus clés réunis en début de soirée. Il n'y avait pas de hasard en affaire. Clark connaissait assez l'Ordre pour écarter l'hypothèse d'une rébellion. Auraient-ils envoyés un autre agent sur place ?

Amélia savait qu'elle devait se rapprocher. Sur le champ. Elle posa la main sur sa poitrine en imitant un début de toux. Couverte par la mise en scène elle murmura à l'attention des filles.

*Ouest de la fontaine. *

Affectant un souci respiratoire, elle imita une quinte plus sévère. Toussa. Jack lui avait souvent dit qu'elle aurait fait une bonne comédienne. La vie avait donné raison au jeune soldat car Clark s'était taillé un jardin secret de la taille de Central Park.

- Mr Kapour, excusez-moi je crois que j'ai besoin d'un verre d'eau.

Une marche lente mais déterminée. Quelques secondes au profit des qu'elle elle repéra les position de Persona et de Nikiya dans l'assistance. Jolies Mata Hari. Quoique par ces affres avec le Comte de Lascelle la première paraissait moins fiable que la seconde aux yeux d'Head. Une femme qui se faisait embobiner par ce vieux loup de Zenon manquait clairement de discernement. Il fallait donc s'en remettre au jugement de leur employeur commun.
Obliquer afin de rencontrer Lockart -enfin Sarah Walker- sur son passage. L'air de rien. Head avait toujours été plutôt douée pour provoquer le « hasard ». Excellent moyen de provoquer des rencontres qui sinon ne se feraient jamais.

- Merci. Dit elle en posant sa coup au deux tiers vide sur le plateau.

D'un seul regard elle indiqua la position du courtier de l'ombre et de Misao Harding l'une des principales représentantes asiatique de l'Ordre.

- J'y vais. La tentation était trop énorme pour qu'Head passe à côté. En plus de quoi, elle avait une très bonne raison d'approcher.

Tandis qu'elle se dirigeait vers le duo énigmatique elle murmura entre ses lèvres.
*Dahlia je fais diversion. A vous. *


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Misao Harding

Japonaise, l'un des fer de lance du parti politique F. I. (Féministes initiatives)


Head attaqua à la première ouverture offerte. Immiscée dans un silence. Une phrase énergique et intrusive. Couper la dynamique de leur conversation. De quoi mettre l'homme mystérieux en retrait.
La parole était un instrument de musique. Son tempo et ses accords tout était modifiable à condition de savoir jouer.

- Veuillez m'excuser mais... je ne veux pas manquer l'opportunité qui se présente. Madame Harding... C'est un véritable honneur pour moi de vous rencontrer. Mandarin correct. Paroles sans réserve ni triche. Amélia Clark, madame. Vous êtes une véritable inspiration. Head fit dériver son regard sur la silhouette de l'homme. Une seconde. Puis elle relança avec une conviction profonde. Votre discours de mars dernier au siège du CSN était très encourageant. Accepteriez-vous d'intervenir à nouveau dans une conférence plus spécialisée ? Je travaille sur un mémoire qui traite de l'histoire de la femme en politique depuis la création de l'Archipel à nos jours. Votre témoignage serait tout à fait enrichissant.

Un projet très « confidentiel ».
A la vérité Clark travaillait sur ce mémoire depuis plus de sept ans. Continuel report de rendu. Perpétuelle recherche. Infinie réécriture. La perfection, dont elle faisait preuve dans son métier, était au paroxysme dans cet exercice d'argumentation écrite. Elle n'était même pas certaine d'y mettre un point final un jour.
Pour le moment elle s'intéressait surtout à ce que faisait leur voisin.
Head
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Mar 20 Déc 2016 - 20:12
Lotte n'aurait pu espérer faire un meilleur effet. Ses paroles avaient attiré l'attention escomptée - et même plus encore puisque l'élégante femme en question quittait à ce moment même une conversation pour venir à la rencontre de l'étoile française.

La danseuse defiait de son assurance tous les regards qui s'étaient tournés vers elle pour suivre, au moins d'un oeil, l'échange qui allait s'en suivre. Les conversations s'étaient faites plus discrètes et les commentaires à voix basse s'échangeaient avec une pointe d'excitation mêlée d'appréhension. Après tout, la très respectée membre du Directoire Carla Stone n'était pas n'importe quelle femme. Aussi, peu se targuaient de prédire la façon dont allait se dérouler une rencontre entre ce qui semblait être deux parfait opposés.

Rien n'aurait pu amuser plus notre protagoniste à cet instant que de jouer la carte de la provocation. Elle se plaisait dans ce rôle irrévérencieux qu'elle aimait confronter à la placidité hypocrite des faux-semblants de ces milieux mondains. Quoi que l'on pouvait attendre d'elle, elle ne voulait pas jouer les petites filles sages et dociles ; Les oeillades timides de biche effarouchée ne saillaient qu'aux ingénues à peine entrées dans le monde et elle n'avait plus chercher les faveurs des hommes influents, aussi ne jouait-elle plus que selon ses propres règles et, en règle générale, elle jouait avec une grande lucidité. Maîtresse de la partie, elle avait le contrôle et abattait immanquablement ses cartes pour obtenir ce qu'elle voulait.
Cependant, ce soir était un peu différent. Elle avait cette étrange impression de jouer à l'aveugle, sans vraiment savoir exactement quel pion devoir bouger pour obtenir ce qu'elle cherchait. Alors, dans le doute, elle s'était résolue à jouer gros et tenter de prendre la reine...

Lorsque la très honorable membre du Directoire vint la saluer, Nikiya esquissa une discrète révérence inculquée depuis le plus jeune âge aux petits rats de l'opéra. Une démonstration de respect non moins marquée d'ambiguïté. Une courbette aussi élégante que teinté d'une certaine ironie pour celle qui se revendiquait un esprit libre.
Sur ses lèvres, un petit sourire indescriptible. Les deux perles d'ambre qu'étaient ses yeux s'étaient fixées sur son interlocutrice à la beauté magnétique. Avec une attention toute particulière, elle ne perdit une miette de ses paroles si conventionnelles et à la fois, montrant à quel point la femme face à elle semblait se tenir au courant. La mention de son ressent mariage lui tira un petit rire cristallin qui dissimulait assez bien sa véritable pensée ; la ballerine restait sur ses gardes. Elle répondit avec une légèreté presque insouciante :

-Si vous voulez mon avis, une femme mariée devrait pouvoir faire le choix de continuer à être appelée "mademoiselle", j'ai l'impression d'avoir pris trente ans depuis que j'ai une bague au doigts.

Lotte ne pouvait que se demander si la mention d'Anna était une habile technique de la part de son interlocutrice pour lui rappeler son statut maritale et de déjouer toute tentative de séduction. Qui c'était le cas, c'était alors bien mal connaître la française.

-L'honneur de cette rencontre est partagé, reprit-elle avec un ton un peu plus sérieux qui ne dura cependant bien longtemps puisque déjà, l'étoile se paraît d'une moue espiègle. Si c'est pour venir m'admirer, je ne manquerai pas de vous faire parvenir deux places.

La ballerine jeta ensuite un coup d’œil à la ronde comme pour admirer la vue de la ville que leur offrait la splendide terrasse, puis, reportant son regard sur Mrs. Stone, elle répondit de nouveau avec ce petit air légèrement provocateur :

-C'est une ville extraordinaire, je suis d'ailleurs étonnée que vous l'appeliez encore de cette façon tellement on voit plus souvent écrit "Mesa" que "Singapour". Un large sourire ce peignit sur ses fines lèvres.

En réalité, Lotte n'appréciait que peu la ville grouillante, construite en hauteur de façon que l'homme était constamment dominé par le verre et l'acier. Depuis son arrivée, elle respirait mal, se sentait fiévreuse. Mais peut-être était-ce seulement les effets de l'anxiété...

-Pour ce qui d'Anna, je crains qu'elle est été retenue par des obligations à son travail, c'est avec regret qu'elle ne m'a pas accompagnée. Mais à vrai dire, je ne crois pas qu'elle aurait appréciée autant que moi cette petite soirée...

Ou plutôt, l'espionne en herbe n'aurait eu aucune envie de la jeter dans ce panier de crabe, et sans sa femme à son bras, elle était d'autant plus libre de passer cette soirée comme elle l'entendait.
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Mar 3 Jan 2017 - 18:10
La danse avec le Duc s’était avérée être plus intéressante que prévu. Comme quoi, il ne fallait jamais se fier aux apparences. Mais j’étais fort bien placée pour le savoir. Je me fendis d’un rire léger à la plaisanterie de mon partenaire de danse, faux et calculé comme le reste de mon expression. Au moins se rendait-il compte de la différence de taille entre nous. Et pourtant, je n’étais pas très grande, même si les talons n’aidaient pas à réduire l’écart entre nous deux. Mais, tout comme j’avais appris à danser une vingtaine de danses sur des talons aiguilles ainsi que l’art du combat, m’adapter à tous les cavaliers ne présentait pas de difficultés particulières pour moi.

Cependant, alors que je m’apprêtais à répondre à son compliment par une énième exagération, je me stoppais net en l’entendant me parler d’un homme en costume noir. Le Courtier de l’ombre que nous recherchions. Je ne me départis cependant pas de mon sourire, continuant à afficher la même expression bienheureuse malgré ma surprise évidente. Et mon intérêt grandissant pour ce Duc qui en savait plus que ce qu’il montrait, à mon instar. Je m’approchais de son oreille pour lui murmurer en retour, alors que nous continuions à valser sur la piste de danse :

"Mon cher Duc, vous êtes plein de surprises ! J’aimerais bien savoir comment vous en savez autant, mais je crains qu’une danse ne soit suffisante pour une telle discussion, non ? J’ai toutefois assez de temps pour vous remercier, pour l’information et pour la danse." Je m’éloignais ensuite, répondant à son grand sourire en faisant de même. "Nous devrions nous revoir, Duc, cela me ferait plaisir ! Et prenez donc vos échasses la prochaine fois, cela pourrait servir."

Je m’inclinais ensuite légèrement pour le saluer, ne cachant pas la lueur d’intérêt qui était apparue dans mon regard. Mais cela devrait sans doute attendre, puisque désormais, la cible était visible. A cet instant, Amelia nous la signala également. Avant de me signaler qu’elle faisait diversion pour me laisser le champ libre. Baissant légèrement le menton tout en attrapant une nouvelle coupe de champagne à la volée, je murmurai pour répondre à mes comparses :

*Entendu, merci. J’approche de la cible.*

Je profitais de mon déplacement pour échanger quelques mots avec Lan Lan, et adresser un léger signe de la main à mon cavalier officiel de la soirée, avant de m’éclipser par le plus grand des hasards dans la direction du courtier, tout en discutant avec ma guide singapourienne. Une fois à hauteur de l’homme, ainsi que de la femme avec laquelle Amelia discutait, un faux-pas parfaitement maîtrisé me fit trébucher, et ma coupe de champagne intact se renversa entièrement sur le Courtier.

J’affichais alors une expression à la fois horrifiée et désolée, observant l’homme trempé avec d’énormes yeux dans lesquels commençaient à apparaître de grandes larmes de crocodiles.

"Je… Je suis confuse, Monsieur ! Vraiment, c’est de ma faute, j’aurais dû mieux regarder où je mettais les pieds. Je suis vraiment une idiote…."

Je fis mine de retenir du mieux que je pouvais mes larmes, tout en cherchant avec maladresse dans mon sac pour finalement sortir un mouchoir et tenter lamentablement d’éponger son coûteux costume. Et de lui glisser dans la poche de sa chemise, heureusement épargnée par le déluge de champagne, un discret mouchard. Histoire de, ça pouvait toujours servir.

"Je suis terriblement désolée" ajoutai-je encore une fois, piteuse et la lèvre tremblante. De quoi fendre les cœurs…
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Lun 9 Jan 2017 - 12:36
Beaucoup de choses se passèrent en même temps. C'était là l'une des principales difficultés de ce genre de mission requérant plusieurs agents. Lorsqu'elle agissait seule, Miranda pouvait garder un contrôle total de l'opération : après tout, elle ne pouvait pas être à plusieurs endroits à la fois. Ici, il fallait superviser les actions de quatre personnes, et même si leur coordination était exemplaire, il avait toujours des imprévus qui demandaient une grande facilité d'adaptation. Heureusement, les trois autres femmes avec qui elle travaillait ce soir étaient toute dotée d'un talent certain, chacune dans leur genre. La blonde savait qu'elle pouvait compter sur elles, et elle essayait de ne pas s'en soucier plus que nécessaire. Ce qui, pour une perfectionniste comme l'agent Lockhart, ne se révélait pas toujours aisé. D'autant plus qu'elle se souciait de leur bien-être, et qu'elle était prête à tout pour qu'il ne leur arrive rien. Pour le moment du moins, il ne semblait pas y avoir raison de s'alarmer. Amelia se débarrassait de son grossier interlocuteur avec astuce et sans faire d'esclandre. Ayant eu droit à leur échange via leur système de communication, Miranda apprécia d'autant plus le sang-froid de Clark ; elle ne savait pas si elle aurait réussi à se montrer aussi diplomate dans les mêmes circonstances... La femme d'affaires se dirigea ensuite vers le duo mystérieux qui rassemblait la femme de l'Ordre et l'agent du Courtier de l'Ombre.

« Et encore, je garde mes meilleures surprises pour les moments opportuns. » gloussa le duc, amusé, à l'adresse de Persona. Son air débonnaire n'était qu'une façade, qui ne se révélait comme telle que lorsqu'il le permettait. Ses yeux tantôt porcins le changèrent brièvement du tout au tout lorsqu'ils brillèrent d'une malice et d'une intelligence certaines, avant de redevenir innocents et frivoles. Il dansait avec grâce malgré sa petite taille et son embonpoint, ses médailles tintant en rythme. « Mais nous nous sommes déjà vus, en d'autres circonstances. Et nous nous reverrons sans doute, ma chère. Je l'espère, en tout cas. Peut-être n'aurai-je même pas besoin de mes échasses. Considérez l'information comme un cadeau de bonne foi. Je ne vous retiendrai pas plus longtemps, je gage que vous avez fort à faire. Mais méfiez-vous, la soirée risque de s'animer, si j'en crois mes informations... »

Sur ces mots, ils terminèrent leur danse, et Olaf se mêla aussitôt à des membres du directoire qui passaient à portée. Il s'esclaffa bruyamment à quelque chose qu'ils avaient dite, essuyant des larmes au coin des yeux, son rire devenant rapidement un profond reniflement sifflant qui rappelait le cochon. On n'aurait pas pu imaginer plus inoffensif. Et pourtant... Enfin, il avait accompli sa part, et il lui tardait d'observer la suite des festivités. Un peu plus loin, la déléguée de Mesa qui avait pris la parole au nom de la société était en pleine discussion avec une célèbre danseuse, et le duc leva un verre de champagne adroitement attrapé sur un plateau à leur attention, avec l'air du vieil un peu éméché à la soirée de Noël, allant jusqu'à ponctuer le geste d'un clin d’œil.

« Vous avez bien raison. »
disait Stone à Lotte. « Le mariage ne devrait pas changer la manière dont une femme se perçoit. J'ai un temps la bague au doigt, mais je n'ai pas accepté le moindre compromis pour autant. On peut dire que cela s'est mal terminé, mais je pense qu'il n'aurait pas pu en être autrement. J'espère que votre mariage connaîtra une suite plus heureuse que le mien. »

La femme prit gaillardement le bras de Lotte, et se colla gracieusement contre elle tandis qu'elles cheminaient parmi les invités. Il y avait quelque chose de sensuel dans ses gestes, mais aussi de savamment calculé, comme si la séduction n'était pour elle qu'un moyen de plus de parvenir à ses fins.

« Je vous prends au mot, pour les places. Peu de choses sont dignes de mon admiration, mais vous en fait assurément partie. » Elles finirent par arriver au bord de la terrasse, sur un petit balcon qui s'élevaient au-dessus de la ville de Singapour, entre les tours des immeubles. La vue était saisissante, un maelström de lumières et d'ombres qui bourdonnait d'activité malgré l'heure tardive. « Cette ville est un mal nécessaire. Un endroit idéal pour Mesa, plutôt que d'afficher nos activités sur une arche plus belle. Cet endroit était déjà une ruche humaine bien avant notre arrivée, nous n'avons fait que...profiter de la situation. »

Le ton de Stone avait changé, de manière presque imperceptible. La nuance était faible, mais rappelait un changement de schéma dans la manière de parler, comme si elle révélait une tout autre facette de sa personnalité. Plus froide, plus sinistre, et plus amusée, aussi.

« Peut-être aurai-je l'occasion de rencontrer votre charmante épouse un autre jour. Peut-être en même temps que votre frère. Je suis sûr que nous aurions beaucoup à nous dire ; après tout, il n'est lui-même pas étranger au fait de...profiter de la situation. »

La femme avait regardé Lotte droit dans les yeux, mais il était impossible de dire si c'était pour l'emphase, ou si c'était parce qu'elle se doutait du stratagème conçu par Alexander Feuerbach. En tous les cas, qu'elle ait connaissance de leur lien de parenté indiquait à quel point elle était renseignée. Peut-être plus encore qu'on ne l'aurait cru, comme elle l'indiqua en désignant soudain Dahlia qui percutait l'agent supposé du Courtier de l'Ombre, un peu plus loin.

« Tiens, on dirait que l'une de vos amies touche au but... »

« Ce n'est rien... » répondit l'homme percuté par Anderson. Il ne semblait guère ravi de l'accident, et encore moins de l'attention soudaine. Il regarda nerveusement autour de lui, et donnait l'impression de vouloir se retrouver ailleurs. Il marmonna une excuse entre ses dents à l'attention de la femme de l'Ordre avec qui il parlait, et s'éloignait dans la foule, toujours aux aguets. Miranda n'en avait pas perdu une miette, et se demandait s'il ne serait pas nécessaire qu'elle envisage une interception. Peut-être plus tard, dans un endroit plus discret, en comptant sur le mouchard de Dahlia. Elle gardait aussi l’œil sur Amelia et Lotte ; cette dernière s'éloignait du balcon pour revenir à la fête, toujours au bras de la membre du directoire. Et c'est à ce moment que d'autres choses se passèrent.

Plusieurs des portails installé sur la terrasse se mirent à luire, signe d'une activation. Et à voir les réactions du personnel de sécurité, il s'agissait d'une activation imprévue. L'énergie bleutée qui crépitait à l'intérieur des anneaux livra passage un peu partout sur les lieux à une douzaine d'hommes et de femmes. Tous armés, ils étaient vêtus de combinaisons de combat disparates, comme s'ils avaient récupéré où ils pouvaient leurs pièces au marché noir. Seul élément commun, le masque blanc et lisse qu'ils portaient tous sur le visage, avec une fente pour les yeux et le signe de Mesa grossièrement peint à l'envers sur la surface blanche. Ce n'était pas des combattants professionnels, réalisa Miranda en observant leurs gestes, mais ils étaient bien coordonnés, signe qu'ils planifiaient leur opération de longue date. Plusieurs d'entre eux s'emparèrent de membre du directoire, ce qui suffit à calmer les ardeurs de la sécurité. L'un deux prit une coupe de champagne sur le plateau de Miranda, qui afficha l'air terrifiée de la serveuse nullement préparée à ce genre de chose. Il leva le verre, le tapotant de la crosse de son pistolet, avant de jeter la coupe sur le sol.

« Mesdames et messieurs, amis corrompus et avides, marionnettes et pantins ! Voilà trop longtemps que nous dansons sous le joug de Mesa. » Il s'exprimait dans un anglais parfait, sans trace d'accent. « Et cela parce que vous le voulez bien. Parce que vous refusez d'ouvrir les yeux, préférant vous complaire dans les miettes de leur empire, profitant de leurs technologies. Comme ses portails, qui sont un pas de plus vers l'esclavage des corporations ! »

« Voilà qui promet d'être intéressant... » souffla Stone à l'oreille de Lotte ; la membre du directoire souriait, visiblement peu perturbée par les événements. Au contraire, elle semblait même s'en réjouir. Pendant ce temps, les intrus continuaient de se déployer. Ceux qui n'avaient pas d'otages se séparèrent en petit groupe. Deux d'entre eux vinrent se tenir près d'Amelia et Dahlia ; ils ne leur accordaient pas plus d'attention qu'aux autres invités, mais leurs armes étaient prêtes.

« Aujourd'hui, les éveillés sortent enfin de l'ombre pour vous arracher de force à votre sommeil néfaste ! Voyez comme le géant tremble lorsque le peuple vient cogner à sa porte, faisant irruption chez lui où il se croyait intouchable, utilisant ses précieux appareils contre lui ! Il est temps de faire un exemple des moutons, et vous serez le premier troupeau ! »

Il fit un geste à l'intention d'un de ses hommes, qui tenait une tablette dans la main. Il entra une commande dessus...et trois des portails explosèrent, projetant une pluie de flammes et de débris tout autour d'eux. Des dizaines d'invités furent projetés sur le sol, et plus encore furent sonnés par l'onde de choc. Agissant promptement, Stone avait tiré Lotte à l'écart, et les deux femmes se retrouvèrent par-terre, mais indemnes.

« Il est temps pour vous de renoncer à vos idoles modernes ! » continuait de brailler le porte-parole des attaquants, tandis que ses ouailles continuaient de menacer la foule.

Dans l'esprit de Miranda, les pensées se succédaient à un rythme fou. Comment Mesa avait pu se faire avoir ainsi ? De telles failles de sécurité semblaient impossibles pour la corporation. Et il y avait là-dedans quelque chose de théâtral qui la dérangeait, mais pas autant que le danger couru par ses partenaires. Elle réfléchissait à la meilleure manière d'agir, quand un détail attira son attention au point de prendre le pas sur tout le reste. Elle avait machinalement reporté son attention du côté de Lotte, qu'elle estimait devoir protéger plus que tout. Et sur la femme du directoire qui l'accompagnait. Lorsqu'elle se releva, visiblement peu perturbée par la situation, l'air sembla miroiter autour d'elle et, l'espace d'un instant, ses traits se modifièrent pour révéler...quelqu'un d'autre. Cela avait duré une seconde à peine, mais cela avait suffi pour Miranda. Qui sut aussitôt pourquoi Stone lui avait parue familière tout au long de la soirée. Ce visage un instant révélé, elle le connaissait. Elle ne l'avait jamais rencontré, mais elle avait vu de nombreuses photos et vidéos. Comment aurait-il pu en être autrement ? Car ce visage, c'était celui de Marisa Coulter Rose. La femme de Perceval Rose, qui avait emprisonné son mari et mis à genoux Arkadia. La femme qui était morte dans un désert australien, tuée par son mari il y a des années de ça. Et qui se trouvait malgré tout ici ce soir, avec les traits d'une autre, au sein même du directoire de la plus puissante corporation du monde moderne.

Le bruit d'une arme à feu que l'on décharge sortit Miranda de ses pensées : les agents de sécurité de Mesa avait finalement décidé de riposter, ou bien l'un des assaillants avait eu la gâchette trop facile. Difficile de dire qui commençait quoi, dans ce genre de situation. Miranda réagit par réflexe : elle écrasa son plateau sur le visage d'un terroriste, le frappant si fort que son masque craqua. Il s'écroula dans un râle, Miranda se saisissant de son arme. Elle se précipita vers celle qui se faisait appeler Stone et Lotte, tirant une rafale sur une femme masquée qui s'approchait dans leur dos. « Stone » sourcilla à peine, et gratifia Lockhart d'un vif sourire : « Bravo, quelle efficacité ! »

La blonde ne répondit pas, s'adressant plutôt à Lotte : « Tu vas bien ? » Du coin de l’œil, elle ne perdait pas Amelia et Dahlia de vue ; elle essayait de ne pas trop se faire de soucis, consciente en leurs capacités pour se tirer d'un mauvais pas.

« Quelle belle soirée, vous ne trouvez pas ? Un peu d'animation ne fait jamais de mal. » leur annonça « Stone », confiante. Difficile de dire si elle s'était aperçue de son très bref changement d'apparence, mais quelque chose disait à Miranda que c'était le cas. « Tout sera réglé d'ici peu. » ajouta-t-elle.


Marisa:
 
Percy
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Dim 15 Jan 2017 - 15:37
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Clark écoutait d'une oreille les échanges des autres filles.
Le petit homme aux échasses avait l'air plus fin, que ne le faisait présager son allure. Quant à la philosophie sur les difficultés du mariage. De quoi rire. Amélia effaça le sourire qui voulait fendre son visage.
Soudain, un détail frappa sa mémoire. Elle se détourna de son interlocutrice pour murmurer :

* Stone est divorcée ? *

Chacune était sur une piste. Avec ça, elles auraient bientôt accomplie la mission. C'était presque trop facile. Head échangea un très bref regard avec Anderson. Les remarques de Stone activa une sonnette d'alarme. Cette femme était trop bien informée. Même pour un membre du Directoire de la Mesa Corporation.
Amélia avait de plus en plus la sensation que quelque-chose leur échappait.

* Miranda ? Il y a quelque chose qui cloche. Lotte. *

La tactique de Persona fit choux blanc. L'homme disparaissait. Le coursé aurait trop attiré l'attention. Elles devraient attendre une autre ouverture. Dommage. Tant pis. Head était davantage préoccupée par la situation de Nikiya. Le ton de interlocutrice lui rappelait une vipère qu'elle avait bien connu. Sa belle-sœur.
Un mauvais pressentiment lui commanda de réagir.

- Madame, je... Un bruit de machinerie couvrit la voix de l'Américaine.

D'un même regard, les Ombreuses regardèrent en direction de l'agitation.
La lumière bleue et l'excitation du service de sécurité confirmèrent une intrusion. La soirée connaissait un revirement inattendu. Des hommes masqués pénétraient sur la terrasse. Une attaque. Du terrorisme. Comment avaient-ils réussi à pénétrer à l'intérieur du système de sécurité. Quand même des Agents d'Arkadia n'avaient pas réussi ?

Confusion et panique générale. Head agit par instinct. Elle saisit le bras de la diplomate Chinoise. Elles devaient s'écarter avant que...

Un homme armé arriva dans son dos. Un autre prés de Persona. Trop tard. Lockart était coincée. Nikiya hors de portée. Elles étaient encerclées. Une retraite était impossible. Séquestrés par des hommes armés, sur le territoire d'une multinational qui trempe dans des affaires louches. Très bien. Clark refoula la panique. Avant toute chose, elles devaient comprendre ce qui se passait.
Pour s'en sortir. Car Clark avait bien l'intention de rester en vie.

Amélia n'avait pas de formation militaire. Mais, elle avait l'expérience de son métier. Les pour-parlés commerciaux dans les zones de conflits. Les négociations musclés avec des agents plus ou moins réglos.
Son tempérament pragmatique l'avait aidé à plusieurs reprises.
Premièrement, récolter des informations. Elle compta mentalement les forces en présence. Elle essaya de déterminer la hierarchie interne. Elle étudia brièvement l'arme à feu de l'homme posté à sa droite. Pas de matériel militaire. Un équipement de base. Elle en avait vus des pareils sur l'Arche brésilienne. Dans les mains de révolutionnaires.

Le leader supposé fit son discours.
Clark reconnu les mots de nombreux groupuscules anti-libéralisme. L'Archipel était rempli de dissidents. Politique. Economie. Tout était prétexte à faire la révolution. La nature humaine était ainsi faite. Amélia comprenait leur point de vue. Par beaucoup, elle avait de la sympathie pour leurs idées révolutionnaires. Mais la violence appelait la violence. Head ne croyait pas que la force viendrait à bout du système.
L'Organisation XIII ? Jamais, celle-ci n'aurait réussi une telle attaque sans une aide. Avait-elle infiltré la compagnie ?

- A terre ! Hurla l'Américaine, à l'attention de Persona, en plaquant Misao Harding sur le marbre.

Un souffle brûlant chatouilla le dos d'Amélia. Un projectile métallique la toucha à l'épaule droite. Une douleur diffuse en résultat. Un mal de chien.
La poussière et les cendres polluaient l'air. La gorge en feu. Les mains et les genoux écorchés. Clark toussa. Elle cherchait de l'air tout en essayant de voir quelque chose autour d'elle. Elle se redressa lentement à genoux. Un grognement de douleur lui échappa. Elle serra les dents. Surtout ne pas rester immobile.
Actions.

- Dahlia ? Vous allez bien ? Misao reposait à un mètre. Inconsciente. Mais en vie. Amélia, chercha la silhouette de sa coéquipière, dans le chaos.

Un coup de feu retentit dans le brouillard.
Suivis de plusieurs autres. Ils venaient de toutes les directions. Des règlements de compte. Une zone de guerre. Le terrain devenait beaucoup trop dangereux. Surtout sans avoir de quoi se défendre.
La mission mise de côté. Head se focalisa sur un seul objectif. Sortir de cet enfer. Trouver une arme. Trouver les filles. Trouver une sortie.
Aussi, Amélia à quatre pattes sur le sol d'avança vers le terroriste. Il était tombé sous le souffle de l'explosion. Il gémissait. Elle attrapa l'arme à feu. La pris par la crosse. Elle assomma le type d'un bon coup sur la tempe.

- Un de moins.

* Niki, Lockart ? Il faut qu'on sorte d'ici. *

Le souffle encore court Clark s'asseyait sur le sol noirci. Elle retira prestement ses talons hauts. Cœur serré elle déchira le bas de sa superbe robe. Une petite fortune dans son budget.

Des mouvements sur sa gauche la mire en alerte. Elle s'arrêta. Saisit l'arme. Retira la sécurité tout en se mettant silencieusement sur ses pieds. Yeux plissés pour essayer de discerner l'ombre qui rôdait.
Un souffle écarta la poussière. Un masque blanc fissuré apparu dans son champ de vision. Amélia enferma ses principes à double-tour dans un tiroir de son esprit. Tuer. Ou être tuée. Il n'y avait pas d'autre option. Pas de choix véritable. La jingle. Elles étaient toutes les cinq dans une jingle.
La balle s'enfonça dans la poitrine de la jeune terroriste. Elle s'écroula. Morte.

A quelque pas la représente de l'Ordre se mit à gémir.

* La sécurité doit être HS. On trouve une sortie. *
Head
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Lun 16 Jan 2017 - 1:23

Dans la douceur de la soirée, Nikiya eu une seconde d'égarement. Son regard s'était laissé attrapé par la silhouette légère de son ancienne amante. Malgré la foule, son oeil de trouvait toujours immanquablement attiré par la resplendissante Fleur. Une lueur de nostalgie avait traversé l'ambre de son regard mais déjà, elle chassait ses regrets et donnait toute son attention à son interlocutrice de marque. 

Probablement Lotte aurait-elle senti le changement subtil dans l'air qui annonçait toujours que les événements étaient sur le point de prendre un tournure inattendue si son attention n'avait pas été ainsi détournée. Peut-être même aurait-elle été capable de saisir les indices qui s'étaient accumulés au cours de la soirée ? Voilà ce que la ballerine penserait avec le recule. Seulement, dans le moment présent, il était bien souvent difficile de percevoir que le calme était celui qui précédait la tempête.

Aussi, la danseuse étoile avait légèrement levé son verre en réponse à l'étrange salutation dont les gratifiait - son interlocutrice et elle - le petit et débonnaire cavalier de Dahlia. La jeune femme s'était contentée d'arquer légèrement un sourcil amusé avant de porter la coupe à ses lèvres et dans siroter son contenu.

Les bulles de champagne lui chatouillaient agréablement le palais, tandis que l'éminente représentante du Directoire lui faisait part de son expérience visiblement peu concluante du mariage. Nikiya rit avec politesse à ce qu'elle voyait comme une sorte de fausse confidences et remercia tout de même Stone pour ses vœux de bonheur conjugal. Si Lotte y voyait une ironie mordante au regard de son mariage strictement arrangé, elle ne se doutait de la véritable ironie de la situation qui ne lui aurait en rien donné envie de rire.

Sans qu'elle ne s'y soit attendu, la membre du Directoire vint la prendre part le bras avec une décontraction et une aisance qui contrastait avec son image strict et austère. Au contraire, il se dégageait maintenant de ses gestes une sensualité toute particulière et Lotte dû masquer une légère surprise. Elle n'était plus la seule à jouer le jeu de la séduction et Stone y était entrée avec une facilité déconcertante, pour le plus grand plaisir de notre française qui ne voyait là qu'un moyen de pimenter un peu plus la partie.

Bras dessus, bras dessous, les deux femmes s'étaient très légèrement éloignées de la fête pour rejoindre une terrasse offrant une vue à couper le souffle. Au compliment de sa cavalière, Lotte avait très légèrement rougi, un artifice qu'elle maîtrisait parfaitement grâce à son don de prodige. Elle avait remercié Stone d'un murmure et son doigt, délicatement, presque innocemment, était venu effleurer le bras de sa cavalière.
Elle observa ensuite le monde s'offrant sous ses pieds, voilà où se trouvait la véritable limite entre les hommes, entre ceux qui voyait le monde d'en haut et ceux qui le voyait d'un bas. Une fourmilière, ou une ruche grouillante qui s'agissait en bas pour ceux qui les observaient d'en haut. 
Pour une raison qu'elle n'arrivait à déterminer, les paroles de Stone lui donnèrent des frissons. Elle cacha avec élégance ce malaise passagé. Elle ne baissait à aucun moment sa garde, pourtant, il lui semblait qu'elle perdait petit à petit le dessus dand cette rencontre. L'avait-elle seulement eut, ou simplement l'impression de l'avoir ? Rien ne semblait vraiment se dérouler comme elle l'aurait voulu et cette constatation ne faisait qu'accentuer son malaise. Elle en aurait la preuve que trop rapidement...

L'élégante dirigeante avait de nouveau guidé le sujet sur Anna et, toute en s'étonnant de voir que Stone semblait décidément s'intéresser à sa femme, elle allait répondre quelque banalité sur cette possibilité de rencontre avec une légèreté surfaite. Cependant, son interlocutrice ne lui laissa le temps d'ouvrir la bouche qu'elle aborda un sujet qui la pris de court. 
Son cœur avait manqué un battement avant de s'emballer et la prodige dut recourir à tout le calme et le contrôle dont elle savait faire preuve pour masquer son trouble et rapidement. Les deux femmes étaient si proches l'une de l'autre que la ballerine ne doutait pas que Stone eut pu sentir le moindre tressautement. 
En réponse, Lotte s'apprêtait à aborder une surprise tout à fait feinte, s'excusant de ne pas comprendre. Cependant, au dernier moment, elle se ravisa. 
Les masques commençaient à se fissurer et l'espionne amorçait à comprendre pourquoi tout, dans cet échange, lui apparaissait dissonant. Elle se questionnerait sur le "Comment ?" Plus tard.
Sans lâcher le bras de celle qui était devenue une intrigante, elle répondit avec un calme placide et un fin sourire sur les lèvres :

-Oh, je ne doute pas qu'il serait des plus enthousiastes à vous rencontrer. Enthousiaste était, certes, un bel oxymore pour parler d'Alexander, mais Lotte aimait toujours glisser une pointe de sarcasme, surtout si son aîné pouvait suivre cet échange. Vous avez ce "je ne sais quoi" qui piquerait sa curiosité.

La française n'avait plus le moindre doute quant au fait qu'elle avait été démasquée et que son invitation à la réception faisait partie du plan. Mais quel plan ? Et qu'en était-il des autres ? 
Tout en soutenant le regard de la dirigeante, Nikiya ne tarda pas à avoir sa réponse. En effet, celle-ci lui désignait à présent la belle Dahlia. Par goût de la provocation, Lotte s'était entendue corriger :

-Oh, il ne s'agit pas de mon amie. Une sourire aussi radieux que badin. Il s'agit de mon amante... Ex-amante, ajouta-t-elle dans un soucis de précisions et sans se départir de son air espiègle.

Les informations que se transmettaient ses comparses n'étaient plus qu'un bourdonnement lointain, Nikiya concentrait toute son attention sur sa prestigieuse et non moins étrange cavalière, lorsque le bruit caractéristiques des portails se fit entendre. Les deux femmes quittaient à peine la terrasse et le personnel de sécurité s'agirait nerveusement. Que se passait-il ? Elle tentait de demeurer neutre et maîtresse d'elle-même, mais un vague sentiment d’inquiétude s'était emparée d'elle, quelque chose ne semblait se dérouler comme prévu ? 
Lotte vint alors braquer son regard sur sa voisine, en savait-elle plus qu'elle ou se trouvait-elle aussi prise au dépourvu ?
La neutralité de celle-ci lui soufflait le contraire... Était-ce un sourire qui se dessinait faiblement au coin de ses lèvres ? L'espionne en herbe me s'attarda pas à le savoir, son attention de nouveau captée par l'activation des portails, desquels s'étaient déversés hommes et femmes masqués et armés. 
La ballerine aurait eu un mouvement de recule si Stone le lui avait tenu le bras avec une fermeté qu'elle n'avait soupçonné.
Déjà, le porte parole du groupe s'était avancé tandis que d'autres s'étaient emparés des membres du Directoire à leur portée et maintenaient les invités en respect. 

Lotte aurait menti en affirmant qu'elle n'avait pas peur. Elle était tétanisée. Seules ses facultés lui permettait de maintenir son adrénaline et son rythme cardiaque à la baisse. Elle devait rester calme et lucide, succomber à la panique n'était pas la meilleure option. 
Aussi, lorsque Stone lui murmura quelques mots à l'oreille, la jeune femme ne su quoi répondre. Elle en étudiait complètement le discours des terroristes. Non, la décontraction dont la dirigeante faisait preuve ne laissait aucun doute. Nikiya, en prise à un certain degré d'incompréhension, répondit sur le même ton à sa cavalière :

-Vous saviez... Vous étiez au courant de tout ce qui allait ce passer ce soir, n'est-ce pas ? Après une courte et amer réflexion, elle ajouta. Qui sait, peut-être même avez vous organisé cette mascarade vous-même...

La danseuse jetait des regards aux alentours. Un silence de plomb était tombé sur la réception, personne n'osait plus battre d'un cil, pour autant, parmi les têtes dirigeantes, certains abordaient le même calme détaché que son interlocutrice.

-Qu'allez-vous faire ? Demanda-t-elle dans détour à Stone, puisqu'il fallait bien que celle-ci tire son assurance de la certitude qu'elle allait s'en sortir indemne.

Nikiya n'eut pas vraiment l'occasion de saisir le parfait déroulement de la scène qui avait suivit. Elle avait surtout senti la chaleur de la déflagration. L'étoile était maintenant au sol, sonnée, mais protégée, en partie par celle qui leur avait probablement sauvé la vie.
Elle avait encore du mal à analyser ce qui venait de se passer, tout s'était déroulé à une vitesse qu'elle ne maîtrisait pas. 
Elle avait attendue une réponse de la part de la dirigeante mais avant même de comprendre ce qui était en train de se passer, celle-ci avait réaffirmé sa prise sur son bras, mais aussi sur sa taille et l'avait, avec elle, projeté au sol. Un millième de seconde plus tard, l'un des portails à leur proximité  explosait.
Ses oreilles bourdonnaient encore du choc et ses articulations qui avaient cherché à amortir la chute étaient maintenant douloureuses, mais elle sentait surtout la large entaille dans sa main et le verre brisé de sa coupe qui s'y était planté. 
La danseuse jura entre ses dents. A ses côtés, la membre du Directoire s'était déjà redressée, elle, montra plus de difficulté à la tache. Aussi, elle resta assise et se posa dans un coin. Elle avait pris une longue inspiration et s'apprêtait à retirer le bout de verre lorsque des coups de feu retentirent. Elle laissa s'échapper un hoquet de surprise, se recroquevillant un peu plus sur elle-même et protégeant son visage de ses bras. 
Jamais elle n'avait éprouvé pareille sensation. Celle de la peur la plus primale, la peur de mourir. Elle n’était pas faire pour ça, elle n'était pas rompu à ce genre de situation. Elle tentait de rester logique, et de garder son sang froid, mais honnêtement, elle n'y arrivait pas. Il y avait des corps autour d'elle et elle ne pouvait dire si ces gens étaient morts ou vivant. Ce n'était, malheureusement, pas la première fois qu'elle voyait un tel désastre, mais cela n'y changeait rien.

Après quelques nouveaux tires à proximité et le poids d'un corps qui tombe au sol, Nikiya releva le visage à la voix de Miranda. Une vague de soulagement l'inonda, cependant, elle se contenta d'hocher la tête en signe d'affirmation, incapable de produire le moindre son pour le moment. 
Les réflexions presque débonnaires de la dirigeante lui tira la pensée qu'elle devait être complètement folle. Ou très dangereuse. 

La ballerine, à peine consciente des échanges qui s'effectuait dans son oreille, avait avisé quelque chose sur le sol. Dans un geste preste, elle l'avait glissé entre les plis de sa robe. 
Elle s'était ensuite tournée de nouveau vers Stone et d'une voix plus dure, elle avait repris à mi-voix :

-Je crois que le moment serait bien choisi pour quelques explications... La française hésita un instant avant de ce lancer. Qu'attendez-vous de nous ? Vous saviez ça aussi. Si nous sommes là ce soir c'est au bien vouloir du Directoire. Pourquoi ? 

La célèbre danseuse était peut-être pâle et légèrement tremblante mais ses yeux brillaient d'un feu étrange de détermination. 
Nikiya
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