[Sujet clos] Do not be angry with the rain || Castiel

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Ven 26 Aoû 2016 - 18:53



« Do not be angry with the rain; it simply does not know how to fall upwards. »
Vladimir Nabokov

La pluie était à Edimbourg ce qu’était la surdité à Beethoven : un mythe vrai et particulièrement handicapant. Du moins, c’était toujours ainsi que je l’avais vu. Je me souvenais de longs après-midi passés à moitié affalé sur le rebord de la fenêtre, à observer les gouttes tomber et le vent souffler dans les branches d’arbres du jardin. Cela ne m’avait jamais manqué, enfant, de devoir rester à dedans par temps de pluie. Ou plutôt, je m’étais habitué à écouter le martellement de l’eau sur la vitre et sur le sol, bien au chaud à l’intérieur. Ce n’était qu’une des nombreuses manières que j’avais de laisser cours à la mélancolie qui me caractérisait. A y repenser, ça devait sûrement donner une bien triste image de moi… Mais c’était comme ça. Certains enfants étaient intolérants au lactose, moi à la pluie.

Depuis, la pluie n’était toujours pas devenue mon amie, mais j’avais tout de même la permission de sortir dehors lorsqu’il pleuvait. Enfin, je crois, c’est un peu moi qui décide, étant adulte, non ? Bref. Le fait est que de toute manière, j’évitais encore plus de sortir lorsque la météo n’était pas franchement favorable aux bronches récalcitrantes. Néanmoins, elle m’affectait également, puisqu’influant sur l’environnement qui m’entourait. Mon jeu et mon humeur s’en trouvaient modifiés, parfois de manière imperceptible, parfois de façon plus marquée. Même si nous n’étions pas à proprement parler compatibles, on ne pouvait pas dire que je détestais la pluie. Pas vraiment.

Il y avait des jours, comme aujourd’hui, où j’appréciais de nouveau m’asseoir devant une fenêtre pour simplement me laisser porter par la mélodie de l’eau et par le flot de pensées qu’elle produisait. Un jour, Adrian avait pris une photo de moi alors que j’étais plongé dans cet étrange état, à la limite de l’hypnose et de la méditation. Elle avait longtemps était ma photo de profil sur les différents réseaux sociaux que mon manager gérait à ma place. Il fallait croire qu’être complètement stone devant une vitre salie par la pluie devait être le summum de la classe, mais pour ça comme pour beaucoup d’autres choses, je m’en remettais à Adrian. Sans savoir vraiment si je faisais le bon choix, mais depuis le temps que nous collaborions, j’avais surtout la flemme de chercher quelqu’un d’autre pour s’occuper de mon cas.

Pourtant, ce ne fut pas une autre des frasques de mon manager qui me sortit de ma torpeur, mais plutôt l’alarme que j’avais mise sur mon téléphone et qui me rappelait bruyamment que j’avais un rendez-vous de prévu. Je poussai un soupir et m’arrachai à ma contemplation pour préparer le matériel de guerre qui accompagnait chaque sortie par temps de pluie : un énorme parapluie que je parvenais rarement à tenir plus de quinze minute à bout de bras et un horrible anorak jaune qui me faisait ressembler à un poussin maigrelet. Je renonçais aux habituelles bottes de pluie, puisque le trajet n’était pas long et que l’air dehors n’était pas trop froid, été oblige.

Après avoir lutté pour faire rentrer mon parapluie dans le taxi et inondé tous les sièges du véhicule, je me laissais une nouvelle fois absorbé par le spectacle qu’offrait la pluie battante contre les vitres de la voiture. J’étais d’humeur particulièrement mélancolique aujourd’hui. Mais je l’étais toujours quand il était question de ma condition, et d’un possible soin. Depuis qu’on m’avait diagnostiqué comme étant particulièrement sensible aux maladies pulmonaires, tout ce qui avait été tenté pour atténuer la douleur ou la faiblesse de mes bronches avait échoué. J’avais appris à m’y faire, et à vivre avec. Pourtant, lorsqu’on m’avait appris l’existence de ce soigneur, via d’anciennes connaissances de la PH, je m’étais surpris à légèrement espéré. Pour finalement revenir à des considérations plus habituelles et plus pessimistes.

L’espoir était parfois plus douloureux que la maladie elle-même.

Le domaine de la Potential Home finit par apparaître derrière le voile de pluie, me rappelant les nombreuses fois où j’étais venu ici pour suivre des cours de musiques auprès des meilleurs, puis de contribuer à des concerts ou autres master class actuellement. Je devais aussi regarder quelques détails pour le concert prévu lors des portes ouvertes, d’où le choix stratégique de l’endroit pour cette rencontre. Sans trop prêter attention aux élèves et collaborateurs qui s’affairaient dans l’entrée, je pris la direction habituelle de l’infirmerie. L’infirmière m’observa d’un drôle d’air, alors que je détrempais tout le sol avec mon parapluie et mon manteau. Elle m’aida cependant à enlever ce dernier, s’empressant de le mettre à sécher sur un radiateur.

"J’ai rendez-vous avec un certain James Novak…" répondis-je laconiquement face à son regard interrogateur. Elle me fit asseoir sur un lit de consultation pour patienter, et pour tuer le temps, je réfléchissais à une nouvelle mélodie qui me trottait en tête depuis ce matin. Mes doigts tapotaient en rythme le rebord du lit, et mon regard se perdit dans un monde qui n’appartenait qu’à moi. Mais où il pleuvait également à grosses gouttes.
McGrenouille
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Lun 29 Aoû 2016 - 11:44


Castiel adorait la pluie. Plus précisément, il adorait voler sous la pluie. Filer entre les gouttes, le vent dans le dos, entre les éclairs et le tonnerre tandis que l'orage grondait, voilà un sentiment incomparable. Parfois, c'était curieusement au sein de la tempête que James Novak se sentait le plus en paix. Aujourd'hui, ce n'était qu'une douce pluie, sans la foudre ou le grondement, mais il s'en contentait. Entre autres choses, il se contentait de peu, et il trouvait son bonheur là où il le pouvait. Si on se donnait de peine, il se cachait derrière la moindre petite chose : il suffisait de vouloir le saisir. Depuis qu'il avait rejoint la Potential Home, c'était une leçon à laquelle il s'abandonnait corps et âme, et qu'il essayait de transmettre à ses élèves. C'était pour ça, surtout, qu'il était sorti voler sous la pluie aujourd'hui. Il n'était pas seul : Tiffany était avec lui. D'une certaine manière. Virant dans les airs, il chercha le pigeon du regard, espérant qu'il n'était pas trop ballotté par les vents. Ils volaient au-dessus de l'école, prenant grand soin de ne pas trop s'éloigner pour qu'elle puisse conserver ses repères. Plissant les yeux, il essayait de l'apercevoir, commençant à se demander où elle avait bien pu passer. Il ne se faisait pas du souci pour elle, pas vraiment ; Tiff était sans doute l'élève la plus douée du petit groupe sous sa responsabilité. Tous possédaient un don unique touchant à l'empathie, et il faisait de son mieux pour leur apprendre à le développer tout en le gardant sous contrôle. Mais la plupart du temps, il avait l'impression que Tiff n'avait pas vraiment besoin de lui. Elle apprenait très vite, et progressait sans cesse. Quand elle vous écoutait, elle vous écoutait vraiment, comme si elle pesait chacun de vos mots pour en saisir toute la signification, ce qui pouvait s'avérer déroutant de prime abord. Elle n'avait cherché à se faire remarquer, ce qui la démarquait d'autant plus ; elle avait un tempérament si solide qu'on aurait pu y tordre une barre de fer.

Il la sentit avant de la voir. Ou plutôt, il sentit sa joie débridée à l'idée de voler à travers la pluie, se laissant porter par les courants avant de descendre en piqué. Elle avait volé dans son dos, et le pigeon lui passa au-dessus de la tête avec l'équivalent d'un cri de joie mental pour l'esprit de Castiel. Il éclata de rire, se laissant emporter à sa suite. Elle apprenait vraiment très vite. Et comme avec ses autres élèves, la plupart du temps il avait l'impression d'apprendre d'elle plutôt que le contraire. Mais malgré ses talents, elle n'avait pas encore d'expérience, et il était important qu'elle ne surestime pas ses capacités. Une chose après l'autre était une bonne devise, et pas uniquement parce que James avait souvent de la peine à en faire deux à la fois. Il était temps de rentrer. Il se laissa glisser dans le sillage de l'oiseau, l'orientant gentiment en direction de l'école.


* * *


Sur le petit lit de camp, dans le bureau de Castiel, Tiffany Chalk ouvrit les yeux. Elle pouvait encore sentir le vent et la pluie dans ses plumes... Dans ses cheveux, se corrigea-t-elle aussitôt. Revenir à elle après une séance était toujours...déroutant. Le truc, c'était de convaincre son esprit qu'on n'était plus un oiseau, ce qui n'était pas toujours facile car, pour que le contrôle soit meilleure, il fallait s'abandonner le plus possible au instinct de l'animal. Sans pour autant jamais oublier qu'elle restait Tiffany Chalk ; elle n'avait pas envie de se perdre pour de bon et de finir ses jours à roucouler sur les pavés pour des miettes de pain. On avait donné le nom d'emprunt à la technique qu'elle employait. A travers son empathie, elle pouvait fondre son esprit dans celui d'une autre créature vivante, au point de ne faire plus qu'un avec lui pendant que son corps reposait ailleurs, inanimé. C'était une sensation aussi exaltante que déroutante, et elle savait qu'elle avait encore beaucoup de choses à apprendre. Les entraînements restaient courts et surveillés ; se perdre dans l'esprit d'un animal restait un réel danger, elle pouvait le sentir. Mais chaque jour, elle apprenait à mieux utiliser son don. Et puis elle avait confiance en James ; le prodige ailé était de bon conseil, l'aidait à rester elle-même quoi qu'il arrive. Il pouvait se révéler distrait, un peu confus, mais elle avait confiance en lui.

« Beau vol, Tiff! »

Il était là pour l'accueillir à son réveil, comme à chaque fois, et lui tendit une tasse de chocolat chaud qu'elle accepta avec plaisir. Castiel était fier de son élève, et des progrès qu'elle accomplissait. Elle travaillait extrêmement dur, faisant preuve d'un sérieux étonnant pour une jeune fille de treize ans. Parfois, il avait l'impression qu'elle oubliait ce que cela voulait dire que d'être une enfant. Une vieille âme, déjà ; il pouvait le sentir. Ce qui n'était pas forcément une mauvaise chose, pour peu qu'elle n'oublie pas de se détendre de temps en temps.

« Les graines ? » demanda-t-elle.

« Ici. » Il lui indiqua le sac sur un coin de table. Elle but une gorgée de chocolat, posa la tasse et alla le chercher avant de verser un peu de graines dans une soucoupe. Elle alla ouvrir la fenêtre, et la déposa sur le rebord. Quelques secondes plus tard, le pigeon qu'elle avait « emprunté » vint se poser pour picorer. Il était toujours important de repayer un service rendu ; plus que ça, c'était juste. Et Tiffany faisait toujours ce qui est juste. On toqua à la porte, et une des infirmière de l'école y passa la tête, l'avertissant que son rendez-vous était arrivé. Il la remercia, avant de se tourner vers son élève : « On remet ça demain ; tu fais beaucoup de progrès. »

« Est-ce qu'on pourra essayer les abeilles, cette fois ? »

« On verra. Peut-être qu'il faudra attendre un peu, pour ça... » Mais connaissant la jeune fille, il ne faudrait pas attendre longtemps. Elle acquesçia d'un air grave, et il sut qu'elle y réfléchissait soigneusement, retournant la pensée sous tous ses angles. Il la laissa avec son chocolat, avant de se diriger vers l'infirmerie. Il avait laissé son trench-coat au bureau, et portait une de ses classiques chemises blanches dont il avait retroussé les manches jusqu'au coude. Une cravate bleue était nouée de manière lâche, un peu de travers, et ses cheveux était encore humides de pluie. Il chemina dans les couloirs, saluant joyeusement les gens qu'il y croisait. Le bâtiment où il avait son cabinet en ville était en train d'être traité, aussi voyait-il ses patients à l'école, pour le moment. Il s'était aménagé un petit coin de l'infirmerie ; à un mur, il avait accroché le traditionnel poster de chaton légendé d'un « Hang in there ! ». Il croyait comprendre que c'était ce qui se faisait et puis, comme toute personne normalement constituée, il aimait bien les chatons.

Son nouveau patient était déjà là, un homme mince aux cheveux noirs, qui tapotait une musique qui n'appartenait qu'à lui. Il semblait plongé dans ses pensées, et Castiel avait presque peur de l'en sortir, comme s'il était sur le point d'interrompre une symphonie privée. Mais ce qui le frappa le plus, c'était la profonde mélancolie qui se dégageait de l'homme, et le guérisseur sentit croître en lui une tristesse sourde qu'il savait pourtant ne pas lui appartenir. Il attendit quelques instants, le temps de retrouver ses propres émotions, avant de dire d'une voix douce :

« Monsieur McGregor ? Je suis James Novak. »

Il arqua ses ailes dans son dos, avant de les incliner légèrement au-dessus de sa tête, en guise de salut inconscient. Il sourit, tendant une main au jeune homme ; il pouvait continuer de sentir le trouble qui alourdissait son âme, et se prit à espérer qu'il saurait l'alléger, ne serait-ce qu'un peu. Puis il se prit les pieds dans...et bien ses pieds, et manqua basculer en avant. Il se rattrapa à la bordure d'un lit, avant de reprendre comme si de rien n'était, ce genre d'incident étant tellement habituel qu'il ne se rendait qu'à peine compte.

« Que puis-je faire pour vous ? »

Castiel
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Ven 16 Sep 2016 - 21:14
Peu à peu, le monde extérieur se coupa et je n’entendis plus rien, pas même mes doigts qui tapaient en rythme. Rien, à part la mélodie qui prenait vie dans mon esprit. Je balançais légèrement la tête, entrouvrant silencieusement les lèvres comme pour murmurer des notes muettes mais qui sonnaient parfaitement dans ma tête. Bientôt, ma vision se teinta d’un bleu nuit, qui convenait parfaitement à la tonalité mineure dans laquelle évoluait ma composition. De même, je sentis la caresse d’un vent nocturne sur ma peau, et l’odeur de la pluie s’amplifia dans mes narines. Un monde de perception s’animait en même temps que la musique que je créais. Un monde où j’avais ma place. Mon monde, mélancolique, comme un jour d’averses.

L’harmonie se brisa soudainement lorsque je remarquais une présence inhabituellement imposante à mes côtés, et la réalité revint à moi, estompant le reste petit à petit. Clignant plusieurs fois des yeux, je tâchais de ramener mon attention sur le nouvel arrivant. Quelque part, dans les bribes de ma mémoire, je me rappelais que l’on m’avait effectivement dit que cet homme était un ange. Mais évidemment, je l’avais pris au sens métaphorique du terme. J’arquais donc légèrement les sourcils, surpris, avant de me dire que ce n’était sans doute pas très poli de fixer les gens comme s’ils étaient une bête de foire. En tous cas, je détestais quand on le faisait avec moi.

"Enchanté, Monsieur Novak."

Je tendis mollement une main pour serrer la sienne, l’observant droit dans les yeux avec mon regard éteint. Quoiqu’une vague lueur intriguée venait désormais l’illuminer quelque peu. J’avais beau avoir vu énormément de monde pour tenter de m’aider, c’était la première fois qu’on m’envoyait vers un ange. Enfin, je supposais bien que, vu l’endroit où nous nous trouvions, il s’agissait d’un prodige. Et il avait la voix bien trop grave pour être un véritable ange. Enfin, de ce que je supposais, la religion et moi, cela faisait vraiment deux.

Lorsqu’il se rattrapa in extremis au bord du lit, manquant de se vautrer par terre, je l’observai en arquant une nouvelle fois un sourcil surpris. Mais ne sachant pas vraiment quoi dire, et puisque lui-même semblait faire comme si cela n’était pas arrivé, je ne relevais pas. Peut-être était-ce habituel… Je préférais plutôt me concentrer sur sa question, inclinant légèrement la tête pour réfléchir à ma réponse. J’avais déjà présenté la situation un nombre incalculable de fois, pourtant, je ne savais toujours pas comment l’exprimer pleinement.

"On m’a recommandé de m’adresser à vous." commençai-je prudemment en choisissant avec attention mes mots. "Vous auriez… des facultés, pour gérer les cas comme moi. En fait, j’ai…"

Je m’interrompis, fronçant les sourcils pour fixer quelque chose au loin. La poche de mon imperméable remuait étrangement, jusqu’à-ce qu’une petite tête finit par en sortir. Un éclair roux traversa alors la pièce pour finalement grimper le long de ma jambe et de mon bras pour s’installer sur mon épaule.

"Liszt." Machinalement, ma main se dirigea vers l’écureuil qui s’était proclamé animal de compagnie pour le caresser doucement. Satisfait, il grimpa sur ma tête, s’installant là pour fixer l’ange de ses petits yeux curieux, puis la pièce. "Il a l’air d’apprécier votre poster."

Après tout, pourquoi pas. Il paraît que tout le monde aime les chatons. Ça me laissait un peu sceptique, vu qu’il n’existe sûrement pas d’animaux plus sournois et fourbes que les chats, mais bon. Les bébés animaux, tout comme les bébés humains, semblaient faire l’unanimité.

Bref. Où en étais-je déjà ? Ah oui, ce qu’il pouvait faire pour moi. Je tentais de rassembler mes pensées, aidé par la présence de Liszt sur ma tête et sa fourrure réchauffée par son passage contre le radiateur de l’infirmerie.

"Depuis toujours, j’ai un problème aux bronches. Je tombe souvent malade, parfois gravement si je ne fais pas attention. Ça a plutôt empiré avec les années, on ne sait pas pourquoi avec certitude. J’ai déjà essayé de nombreux traitements, sans succès, alors je ne vous cache pas que ce ne serait pas une déception que vous ne puissiez rien pour moi…"

Un peu plus à l’aise, je fixais l’homme quelques instants. Ces ailes, ça me faisait penser… Mon regard se dirigea vers la fenêtre à nouveau, fixant le vide au-delà de la pluie qui tombait derrière la vitre.

"Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher."


Je reportais mon attention sur Novak, l’observant avec calme. J’étais d’humeur bavarde aujourd’hui, sans doute à cause de la pluie. Cela me mettait toujours dans de drôles d’états. Et je ne savais pas pour quoi je devais passer, mais bon, j’avais l’habitude qu’on me prenne pour un type bizarre, de toute manière.

"Baudelaire, l’Albatros. Je me disais qu’avec vos ailes, ça ne devait pas toujours être facile. Au sol, s’entend."
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Mar 20 Sep 2016 - 15:44
Castiel avait hésité avant de faire connaître sa présence, impressionné par l'intensité qui se dégageait de l'homme qui était venu le voir. Ce dernier semblait alors retiré dans son monde intérieur, son âme cherchant peut-être un refuge dans le seul sanctuaire qu'elle connaissait. Sa concentration était elle, et les émotions qui l'accompagnaient si vivaces et poignantes, que le guérisseur s'en voulait de devoir l'interrompre. Il s'y était néanmoins obligé, de peur de les voir tous les deux plantés là des heures durant. Mais s'il n'avait pas eu d'autres responsabilités qui l'attendaient aujourd'hui, sans doute aurait-il attendu afin de ne pas briser un tel moment.

« Je suis désolé de vous avoir interrompu ; vous sembliez plongé dans vos pensées... Vous avez la mélancolie fort belle. » Puis, avec un sourire d'excuses : « Je ne voulais pas m'immiscer. C'est juste que... je perçois les émotions des gens. C'est un don que je ne contrôle pas vraiment, et je préfère en avertir mes interlocuteurs. »

Le prodige ailé avait plus d'une fois constaté que bon nombre de gens se sentaient mal à l'aide de le voir déchiffrer ainsi ce qu'ils pouvaient ressentir. La plupart du temps, leur donner une longueur d'avance marchait mieux que de les surprendre. Certains se sentaient malgré tout mal à l'aise en présence de quelqu'un capable de déchiffrer ce qu'ils ne pouvaient cacher ; dans ce cas, il évitait en général de mentionner ce qu'il apprenait. Il aurait pu cacher cette facette de ses pouvoirs, mais cela lui paraissait trop malhonnête.

« Je suis capable de guérir la plupart des maux, en effet. » La poignée de main de McGregor était frêle, à l'image de son physique. Il y avait quelque chose chez lui qui paraissait intensément fragile, pour peu qu'une chose pareille fusse possible. De là à dire que c'était lié à sa condition, Castiel ne pouvait en être certain avant de l'examiner. Lorsque l'écureuil jaillit soudain de la poche de Sebastian pour rejoindre son épaule, puis sa tête, il se demanda un instant s'il connaissait des maladies qui vous faisaient attraper des écureuils. Puis il se dit que cela n'avait probablement aucun rapport, et gratifia la bestiole de son plus beau sourire : il était incapable de résister à la plupart des animaux. Sa récente visite au zoo pouvait en témoigner, et il n'en revenait toujours pas de la chance inouïe qu'il avait eu d'obtenir le droit d'aller s'en occuper plusieurs jours par semaine. Le responsable du parce avait beau appeler ça une punition, Castiel n'y voyait que plaisanterie de sa part : qui donc se serait senti affligé d'une tâche aussi fantastique ?

« Enchanté, Liszt. James. » Il ne se rendait pas compte un seul instant qu'il pouvait sembler curieux de se présenter à un écureuil. Après tout, il s'était déjà présenté à beaucoup de choses dans sa vie, y compris un canard particulièrement récalcitrant et quelque chose qui s'était finalement avéré n'être qu'un flamant rose en plastique planté dans un jardin. « J'ai connu un Liszt, il y a longtemps. Frantz. Je l'ai rencontré à Rome, en mille huit cent quelque chose. Je crois qu'il avait fait de la musique, il était plutôt doué en tout cas. Et il appréciait son petit cognac. »

Ce n'était pas tant qu'il manquait de culture générale, plutôt que de son esprit un peu embrumé, il ne reliait pas toujours les points les plus évidents. Il aurait été bien en peine de nommer les dirigeants actuels de l'Arche, par exemple, ou de réaliser que la curieuse femme qui l'avait embrassé au carnaval était une actrice et une chanteuse en vue. Ce genre de détails lui échappaient, car ils n'avaient pas une grande importance pour lui.

« Je dois avoir des noisettes quelque part... »
Il farfouilla sur une commode et en sortit un sachet de noisettes ouvert le matin-même, qu'il présenta à l'animal tandis que Sebastian McGregor lui expliquait la raison de sa venue. « Je suis désolé de vous savoir atteint d'une telle affliction, monsieur McGregor. Personne ne devrait avoir à souffrir ainsi. Si je peux vous aider, je le ferai. »

Le fait que McGregor fixait par instant ses ailes ne lui avait pas échappé. Là encore, c'était quelque chose dont il avait l'habitude, et il ne s'en offusquait pas le moins du monde. Il n'y pouvait pas grand chose, si elles étaient aussi visibles, aussi avait-il appris à s'en accommoder. Et puis à la place d'autrui, il aurait sans doute fait pareil. Par contre, il fut plus surpris par l'extrait de poème que son nouveau patient lui déclama soudain. Après s'être mentalement assuré qu'à sa connaissance, il n'y avait pas plus de maladie qui vous faisait spontanément réciter des vers qu'il y en avait qui faisaient jaillir des écureuils, il prit quelques instants pour réfléchir avant de répondre.

« C'est exact. Elles peuvent se révéler encombrante, et je ne vous raconte pas le nombre de fois où j'ai renversé quelque chose avec. Et les jours de pluie...J'adore voler dans la tempête, mais une fois au sol, l'eau les alourdit, du moins le temps qu'elles sèchent. En fait, je réalise que toute l'adresse qui me manque sur mes deux jambes, je la retrouve plutôt dans les cieux. En général, les gens commencent surtout par s'extasier sur la chance que j'ai de pouvoir voler, pas de ce que cela implique une fois au sol. Vous avez un sens du détail unique. »

Voilà qui laissait Castiel songeur, comme si McGregor avait commencé à le cerner d'une manière qui échappait à la plupart des gens. Il lui indiqua un lit d'examen, sur lequel il l'invita à s'asseoir : « Installez-vous seulement. Pour vous aider, je dois d'abord me livrer à un examen à l'aide de mes pouvoirs. Pour cela, je vais devoir vous toucher ; en général, les mains sur les tempes, c'est ce qui marche le mieux. Cela ne devrait durer que quelques secondes, et ne cause pas d'inconfort. Puis-je ? »
Castiel
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Lun 17 Oct 2016 - 16:39
La légère surprise dans mon regard passa ensuite à une certaine consternation lorsque l’homme qui m’avait sorti de ma transe s’excusa tout en vantant la beauté de ma mélancolie. Je fronçais encore un peu plus les sourcils lorsqu’il ajouta qu’il était capable de sentir mes émotions. J’avais déjà entendu parler de prodiges dotés de ce don, mais tout de même, cela restait étonnant de le constater en direct. Surtout venant de la part d’un homme ailé. Mais finalement, je me remis de mon étonnement et retrouvai l’une de mes habituelles expressions neutres et vides, quoique ma curiosité restait malgré tout piquée.

"Pas de quoi vous excuser. Je suis synesthète à l’extrême, et quand je me plonge dans ce genre d’états, j’ai de la peine à revenir par moi-même. C’est donc plutôt moi qui dois vous remercier, pour ne pas retarder notre rendez-vous." Je me grattais le crâne, me demandant si j’avais exposé ma situation le plus clairement possible. Après tout, lui avait fait l’effort de le faire d’amblée, alors… "Et je devrais aussi plutôt m’excuser, aussi pour les émotions. Ce n’est pas très amusant de me côtoyer, je suppose…"

Je n’étais pas franchement ce qu’on pouvait appeler le comique de service. Et je pesais déjà naturellement sur le moral des gens qui pouvaient m’entourer, à quelques exceptions près. Aussi, je n’imaginais même pas ce que ça faisait de devoir se coltiner mes émotions directement, et de ne pas pouvoir le contrôler. Je me redressais légèrement et tentais de canaliser mes ressentiments pour les rendre moins… eh bien, déprimantes et sinistres. Ce qui ne marcherait sans doute pas complètement, mais essayer était le minimum que je puisse faire.

Après une poignée de main, je présentais ma requête, ou du moins le début. L’apparition de Liszt vint interrompre mon explication, mais heureusement, cela ne sembla pas déranger le guérisseur. Au contraire, il l’accueillit avec un sourire, et se présenta à lui aussi naturellement que s’il s’était s’agit d’un humain. Liszt le regarda, curieux, et redescendit sur mes genoux pour s’approcher de lui. Inclinant légèrement la tête sur le côté, j’inspectais silencieusement l’interaction entre les deux, clignant plusieurs fois des yeux. Ce n’était pas courant, de se présenter ainsi à un écureuil. Mais je supposais que c’était mieux que ma voisine, qui avait piqué une crise d’angoisse en le voyant sur mon épaule un jour et s’était mise à courir dans le couloir devant nos appartements jusqu’à s’effondrer d’un coup, à bout de souffle.

Oui, c’était sans doute mieux, et moins bruyant.

Quand il mentionna avoir rencontré un Liszt, mon regard se fit plus intense et je le fixai, à la fois étonné et pensif. Avait-il rencontré le vrai Liszt ? En même temps, il parlant du 19ème siècle et semblait étonnamment sérieux. Je finis par hausser les épaules. Après tout, au point où nous en étions, pourquoi pas.

"Plutôt doué, c’est le mot. Un vrai prodige de la scène et du piano, parait-il… Enfin, je ne l’ai jamais rencontré, aussi je ne peux que supposer. Ça devait être quelque chose…"

Je me demandais si mon interlocuteur avait rencontré d’autre musicien, en mille-huit-cents quelque chose. C’était après tout une belle période pour, mais c’était aussi hors sujet dans notre conversation. Liszt ne se fit en tous cas pas prier, et après avoir reniflé le sachet, attrapa toutes les noisettes qu’il put et revint fissa sur mon épaule, dévorant son cadeau. Tel maître, tel écureuil.

"Merci. Mais il ne faut pas vous en faire. J’ai conscience qu’il y a pire, et plus malchanceux que moi sur terre."

C’était un peu ce que je disais à chaque fois. Mais, et j’y réfléchissais depuis longtemps : qu’est-ce que je pouvais bien répondre d’autre ? Même si je me plaignais souvent –pour ne pas dire tout le temps-, je ne voulais pas que les gens le fassent pour moi. C’était compliqué, mais comme toujours, dans les relations sociales.

Je me demandais cependant si ma réflexion sur ses ailes et Baudelaire ne l’avait pas offensé, à le voir si pensif. Allez savoir, il n’aimait peut-être pas les albatros. Ou les poètes français qui se droguaient à l’opium pour planer. Allait-il me dire qu’il avait rencontré un type du même nom, un certain Charles, qui lui avait vomi dessus après une soirée bien arrosée, en mille-huit-cents et des poussières ? Mais heureusement, ce ne semblait pas être le cas.

"C’est bien moi, je vois le négatif avant le positif…" répondis, un peu embarrassé et navré. Alors que je m’étais dit de ne pas paraître trop mélancolique. Mais bon, je semblais avoir tapé juste, pour une fois. C’était toujours ça. "Au moins, vous êtes à l’aise quelque part, je suis… content de le savoir. Il vous faudrait juste… un sèche-cheveux géant."

Pensif, je me demandais si une telle chose existait. Et si ce n’était pas le genre de choses que l’on devait qualifier de remarque stupide. Après tout, c’était mon premier réflexe lorsque j’avais les cheveux mouillés, me ruer sur le sèche-cheveux pour éviter d’attraper froid. Heureusement pour moi, il m’invita à prendre place pour commencer l’examen, et j’obtempérais sans broncher, par habitude. Liszt en profita pour sauter sur ses épaules à lui et pour examiner la scène de son point de vue. C’était assez encourageant, aussi hochai-je la tête pour lui répondre :

"Aucun problème. Faites."
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Mar 25 Oct 2016 - 12:27
« Je sais ce que c'est que de se laisser emporter par son don, ce n'est pas moi qui vais vous en tenir rigueur. Ce n'est pas toujours facile, mais j'aime à penser que cela nous permet de voir le monde différemment. De lui donner d'autres couleurs, d'autres perspectives. Vous le voyez comme nul autre, c'est quelque chose de précieux. »

Castiel n'allait pas se laisser démoraliser pour si peu. La mélancolie de son nouveau patient l'intriguait plus qu'elle ne se propageait à lui. Elle semblait faire partie du musicien à un point tel qu'il semblait inconcevable de l'imaginer s'en séparer. Cela donnait à sa lueur d'âme une teinte particulière, mais elle ne brillait pas moins que celle d'un autre pour autant. Seulement, son propriétaire ne semblait pas s'en rendre compte.

« Vous n'avez pas besoin de vous excuser pour vos émotions. Ce serait comme s'excuser de respirer. Et je vous rassure, vous n'allez pas influencer mon humeur. C'est moi qui espère ne pas vous rendre trop mal à l'ais ; certaines personnes n'apprécient guère que je perçoive leurs émotions, et considèrent mon don comme une intrusion. Parfois, j'aimerais bien pouvoir...l'éteindre. Ce n'est pas toujours agréable, de savoir ce que ressentent les gens ; il y a des choses que je préférerais ne pas savoir, et cela ne rend pas mes rapports avec autrui plus faciles, contrairement à ce que l'on pourrait croire... Je ne suis pas toujours amusant à côtoyer non plus. »

Et puis, Castiel se disait qu'on ne pouvait de toute façon pas en vouloir à quelqu'un qui s'entendait avec un écureuil. James observait le mammifère avec attention, le sourire aux lèvres. Liszt n'avait pas hésité deux fois à emporter son lot de noisettes, ce qui ravit le guérisseur, heureux d'avoir contenté la petite bête. Elle était revenue se percher sur l'épaule de son humain, grignotant son butin avec ravissement.

« Je songe à me trouver un compagnon, moi aussi. Comment en êtes-vous venu à vous croiser, Liszt et vous ? »

Après tout, on ne pouvait que vouloir apprendre les détails de la rencontre entre un homme et un écureuil. Ce n'était pas l'animal de compagnie le plus commun, même si ce détail passait un peu au-dessus de la tête de Castiel. Il était surtout occupé à se demander si le Liszt qu'il avait rencontré il y a plus d'un siècle aurait pu se percher aussi gracieusement sur l'épaule de quelqu'un pour y ronger une cacahuète.

« C'était de la belle musique. Je crois qu'il avait fini par percer un peu dans le milieu ; c'est tout ce que je lui souhaitais, en tout cas. Vous composez également, monsieur McGregor ? Et il y a toujours plus malchanceux que nous, mais ce n'est pas une raison pour nier ce qui nous arrive. Et il ne tient qu'à moi de faire tout ce que je pourrai pour vous soulager un peu. »

Décidément, Sebastian semblait décidé à ne pas voir la vie en rose, et Castiel espérait vraiment qu'il allait pouvoir l'aider. Il appréciait déjà le musicien malgré son humeur morose, d'autant qu'il décelait derrière une vraie force. Le jeune homme la diffusait autrement que la plupart des gens, voilà tout ; il espérait qu'il finirait par s'en rendre compte.

« Oh, je ne sais pas si on peut vraiment parler de négatif. Ne vous en faites pas pour ça. C'est même plutôt rafraîchissant, d'être considéré différemment, pour une fois. Au fond, moi non plus je n'ai pas à me plaindre. Même quand la vie devient difficile au sol...et bien, je peux toujours m'envoler, je vois ça comme une chance. » Le visage de Castiel s'éclaira soudain, affichant un large sourire : « Exactement ! Vous ne savez pas combien de fois je me suis dit que ce serait pratique, un sèche-cheveux géant ! Je me demande pourquoi personne n'en a encore inventé un, je suis sûr qu'on lui trouverait beaucoup d'utilités ! »

Tout en parlant, il invita Sebastian à prendre place. Puis il tira une chaise pour s'asseoir en face de lui. Castiel remonta ses manches, puis s'avança pour poser ses mains sur les tempes de son patient. Il ferma les yeux pour mieux se concentrer, et appela à lui la facette de son pouvoir qui lui permettait de diagnostiquer la condition de ceux qui venaient à lui. D'une certaine manière, il avait l'impression de voyager à l'intérieur même du corps de ses patients, comme s'il pouvait imaginer jusqu'à la dernière de leurs cellules. Il ne tarda pas à découvrir les racines du mal qui affligeait McGregor, comme une masse obscure qui déployaient ses filaments jusqu'au plus profond de son hôte. Les poumons en étaient la source principale, et l'espace d'un instant il eut presque l'impression d'en ressentir lui-même les effets.

Castiel rouvrit les yeux, reprenant le contrôle de sa respiration. Il dégagea doucement ses mains pour les poser sur ses genoux, et prit le temps de mettre autant d'ordre que possible dans ses pensées avant de reprendre : « La maladie est profondément enracinée en vous. Elle est...légèrement différentes d'autres maux de ce type que j'ai pu observer, mais cela ne va pas m'empêcher de faire de mon mieux pour vous en débarrasser. Le processus ne devrait pas être douloureux, mais vous risquez d'être secoué un peu. Vous sentez-vous prêt ? »
Castiel
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Ven 4 Nov 2016 - 17:54
Je devais reconnaître que la description du soigneur concernant mon don n’était pas… totalement fausse. Au contraire, c’en était même une assez bonne définition. De là à partager son enthousiasme… Mais je tentais de le voir de la sorte, lui reconnaissant qu’effectivement, cela me donnait une vision tout à fait unique et personnelle du monde.

"Si vous le dites… Je le trouve surtout particulièrement pratique pour m’échapper de ce monde et pour composer au calme, en prenant en compte d’autres sens que l’ouïe." Je haussai les épaules. "Mais vous, comment vous le voyez le monde, en ressentant toutes ces émotions étrangères ?"

Voilà qui m’intriguait tout de même. A sa place, je serais devenu complètement fou, ou me serais retiré depuis longtemps de l’humanité pour vivre en ermite. Quoique… les lieux de retraite sont souvent froids et humides, non ? Ce ne serait sûrement pas très intelligent de ma mort, et je mourrais certainement au bout de quelques heures, sans même personne pour me soigner ou m’emmener à l’hôpital. Mais dans les hypothèses les plus plaisantes, ma maladie m’empêchait de me réaliser… Bah, ce n’était pas comme si c’était la première fois que je le remarquais.

Et je devais une nouvelle fois reconnaître que mon interlocuteur n’avait pas tort. Les émotions faisaient partie de l’être humain –à quelques dangereuses exceptions-, et il était normal que j’en éprouve. Même si sa comparaison était peut-être mal choisie, respirer n’étant pas toujours ce que je réussissais à faire le mieux, je préférais m’abstenir de le contredire et me contentais de hocher la tête.

"Je suppose que c’est comme les émotions, votre don est… naturel, vous n’y pouvez rien. Personnellement, ça ne me dérange pas, mais j’imagine bien que ça ne doit pas toujours être pratique…" Je pris quelques instants pour réfléchir, avant d’ajouter : "Quoique… D’une certaine manière, je vous envie. Ça doit vous permettre de mieux comprendre les gens, même si involontairement. C’est quelque chose que j’aimerais savoir faire, parfois…"

En présence d’étranger ou de nouvelles personnes, j’avais beaucoup de mal à comprendre comment ils fonctionnaient. De même, certaines règles sociales m’échappaient complètement. Pourquoi n’avais-je pas le droit de donner mon avis sur l’hypocrisie de la vie de couple durant un mariage ? Ou que l’humanité courrait à sa perte si on s’obstinait à procréer plus que deux enfants par couple durant l’anniversaire de mon petit cousin ? Je croyais pourtant que l’on vivait dans un monde où la liberté d’opinion et d’expression étaient protégées, et je ne pensais pas insulter quiconque en faisant part de mes pensées. Au contraire, on me disait de parler plus ! C’était à ne rien y comprendre… Aussi, peut-être que le don de Novak pourrait m’être utile. Si tant est que je puisse supporter les effets secondaires mentionnés précédemment, ce qui était loin d’être certain.

Enfin, mon interlocuteur ne semblait pas me trouver trop étrange, ni s’étonner de voir un écureuil apparaître de nulle part dans son cabinet. Il l’accueillit même comme n’importe qui, lui offrant même de quoi manger. C’était généralement quelque chose qui marchait bien, avec Liszt et moi, la nourriture.

"Je ne pensais pas qu'avoir un animal puisse être agréable, alors si ça vous tentes, vous devriez essayer. Mais je pense qu’aller en animalerie serait plus simple. Je l’ai trouvé blessé dans un parc, je l’ai ramené pour lui donner à manger et le soigner. Il n’a plus voulu me quitter après, ce qui a sans doute aidé à ce que la vétérinaire m’autorise à le garder. Ce n’est pas légal autrement pour les animaux sauvages, apparemment." Je me grattais légèrement la tête, montrant que ce genre de législation m’était complètement inconnu. "Je peux vous confirmer que ce Monsieur a eu une assez belle carrière, on joue encore souvent ses morceaux. Ça m’arrive de composer, oui, quand j’ai l’inspiration ou une commande. Et je suppose que vous avez raison…"

Dans tous les cas, ses paroles me donnaient matière à réflexion. Et puis, il semblait toujours voir les choses du bon côté, ce qui me forçait un peu à faire de même. C’était un exercice… intéressant.

"Tant mieux si ça vous plaît alors. J’ai plutôt tendance à insulter les gens ou à les déprimer sans même m’en rendre compte, alors… je préfère être prudent." Concernant la remarque sur le sèche-cheveux, je fus étonné de voir qu’il pensait que c’était justement une très bonne idée. Quel étrange personnage, quand même… Mais ce n’était pas pour me déplaire, finalement. "Je suis sûr que dans cette école, il y aura quelqu’un pour vous le fabriquer. Ils sont assez doués pour inventer plein de trucs, généralement."

Durant les quelques années où j’avais fréquenté l’école, et encore aujourd’hui de manière plus professionnelle, j’avais vu les élèves inventer des choses assez extraordinaires, auxquelles je n’aurais certainement jamais pensé. Alors, un sèche-cheveux géant, ça devait être dans leurs cordes, non ?

Je le laissais ensuite m’ausculter, à sa manière. J’avais vu tellement de méthodes différentes que je ne m’étonnais pas de le voir poser ses mains sur mes tempes. Ce n’était pas désagréable, ou du moins, j’avais connu pire. J’espérais simplement que cela n’allait pas affecter d’une manière ou d’une autre Novak, si son empathie allait jusque-là. Lorsqu’il eut terminé, je l’observais donc avec une certaine inquiétude reprendre ses esprits, et Liszt quitta mon épaule pour monter sur ses genoux et renifler ses mains. Heureusement, il sembla s’en remettre. Et le verdict qu’il donna ne me surprit pas vraiment non plus. Au moins était-il honnête dans son diagnostic.

Je lançais un regard vers Liszt, avant de me concentrer sur le soigneur. Au vu de ses méthodes particulières, je ne savais sincèrement pas ce que cela allait pouvoir donner. Mais Je ne perdrais sans doute rien à essayer, n’ayant de toute manière plus beaucoup d’espoir depuis longtemps.

"Je crois oui. Vous pouvez y aller."
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Mer 9 Nov 2016 - 14:25
La manière dont son nouveau patient semblait considérer le monde extérieur ne manquait pas d'étonner Castiel. Au fond, ils semblaient chacun l'envisager d'une manière diamétralement opposée, tout en en tirant tous deux ce qu'ils avaient quelque part le plus envie de voir. Le guérisseur se demandait ce que la vie avait réservé au musicien pour que sa lueur d'âme se retrouve aussi prompte à la mélancolie. Peut-être était-ce tout simplement la nature de cette dernière ; cela arrivait, parfois. Et quelque part, James avait la curieuse impression qu'il le comprenait sans pour autant pouvoir l'expliquer. Il ne portait aucun jugement, se contentent d'offrir une oreille attentive. Malgré ladite mélancolie, il pouvait sentir chez cet homme une certaine douceur, et une empathie naturelle même s'il n'était pas des plus habiles pour la manifester.

« D'autres sons que l'ouïe... Voilà qui me laisse rêveur. La vie est une recherche incessante de nouvelles expériences, et il y a toujours quelque chose de particulier à pouvoir ressentir dans un domaine aussi restreint. Cela nous démarquer en bien comme en mal, mais...et bien, j'ai tendance à penser qu'au final, c'est surtout pour le meilleur. Quels que soient nos dons, ils font partie de nous. Même si ce n'est pas toujours facile. Mon empathie...n'est pas toujours aussi pratique qu'on pourrait le croire. Elle permet d'éviter certaines situations embarrassantes et de mieux cerner certaines personnes, mais ce n'est pas toujours évident que de savoir ce que les autres ressentent. D'autant plus que je n'ai pas vraiment le choix, vu que je ne sais pas comment faire autrement. Il y a quelque chose de parfois pernicieux dans le fait de franchir les barrières d'autrui ainsi, et je ne peux pas m'empêcher de me sentir voyeur ; et ce n'est pas toujours agréable de voir ce que je vois. Mais cette faculté fait autant partie de moi que celle de respirer, et je me sentirais perdu sans elle. Je suis que je suis, au fond, et j'essaie d'en tirer le meilleur possible. »

Oui, Castiel était un indéfectible optimiste. Il ne pouvait faire autrement que de croire que tout cela existait pour une bonne raison plutôt que de ne serait-ce qu'envisager une vie dépourvue de sens. Et pour lui, le sens s'arrêtait là où on arrêtait de se soucier de ses congénères. Il refusait de broyer du noir et de se laisser abattre par la vie ; il avait failli succomber à la lassitude et à l'ombre, et plus jamais on ne l'y reprendrait. Et ce quoi qu'il arrive.

« Alors oui, je considérer que c'est naturel, du moins en ce qui me concerne. Mais je ne sais pas si je comprends vraiment mieux les gens, du coup ; après tout, si je sais ce qu'ils ressentent, je ne sais pas pourquoi. Ce qui peut se révéler d'autant plus compliqué quand leurs actions et leurs paroles ne reflètent pas ce qu'ils ressentent. J'ai souvent trouver les gens...confus. Mais je fais de mon mieux, car c'est là ma propre nature. »


Car il en fallait beaucoup pour tempérer les ardeurs de Castiel quant à sa foi en l'humanité. Il en avait pourtant vues, des horreurs, au cours de sa longue vie. Et si elles avaient failli l'emporter, elles n'étaient aujourd'hui pour lui que des exemples le poussant à donner le meilleur de lui même pour toujours y faire face. C'était une force dont il était conscient, et il espérait que Sebastian saurait lui aussi puiser dans la sienne. Car derrière son air abattu, Castiel sentait une véritable volonté à laquelle il souhaitait présenter tous les encouragements nécessaires pour l'alimenter.

« Je me dis qu'il serait plus agréable d'avoir un petit compagnon, oui. Souvent, je trouve les animaux bien plus simples à comprendre que les humains. Déjà parce que leur comportement est toujours en accord avec ce qu'ils pensent, ce qui rend les interactions bien plus simples. Et ils peuvent se révéler d'un précieux soutien. Que vous vous soyez occupés ainsi de Liszt en dit long sur vous, monsieur McGregor. Plus que vous ne le pensez, sans doute. »

S'être porté au secours d'un petit être blessé, voilà qui avait vite de quoi devenir le trait de caractère dominait aux yeux de Castiel. On pouvait afficher toute la tristesse qu'on voulait et se complaire dans la résignation, mais refuser d'abandonner l'occasion de sauver une vie -quelle qu'elle soit- se révélait être le plus important. C'était, quelque part, un signe qu'on avait pas tout à fait abandonné soi-même. Ce qui ne peut que renforcer la détermination de Castiel à faire tout ce qui était en son pouvoir pour aider Sebastian.

« Je prends note, je tâcherai de l'écouter ces prochains jours. Qu'est-ce que vous me conseilleriez, pour commencer ? » Liszt -le compositeur, pas l'écureuil- n'était de loin pas la seule personnalité que James avait côtoyé d'une manière ou d'une autre sans s'en rendre compte, et il ne sera certainement pas la dernière. Mais la popularité n'avait guère d'importance pour le prodige ailé, et sa mémoire pouvait se révéler terriblement sélective pour les détails qu'il jugeait peu dignes d'intérêt. Il n'en avait pas moins apprécié ce qu'il avait pu percevoir de cet homme à l'époque, et c'était ce qui comptait le plus. « Je peux vous assurer que vous ne me déprimez pas, au contraire. Je ressens en vous plus de force que vous ne semblez le croire, et je n'ai pas l'impression que vous ayez réellement tout abandonné pour de bon. Et puis vous avez de bonnes idées : il faudra vraiment que je parle de cette histoire de sèche-cheveux à Alex et à Gear... Je suis sûr qu'ils sauraient mettre quelque chose sur pied ! Mais pour les cheveux, donc. Quoi que ce serait pratique de pouvoir facilement se sécher les pieds aussi... J'imagine que l'un pourrait aller avec l'autre ! »

Il était cependant temps de passer aux choses sérieuses. Le diagnostic établi, Sebastian avait donné son accord à Castiel pour démarrer la procédure, et il n'allait pas le faire attendre. Il n'était pas encore certains des résultats qu'il pourrait obtenir, mais il n'allait en tout pas se priver de faire tout ce qui était possible. Il posa sa main gauche contre la poitrine du compositeur, accompagnant le geste d'un sourire : « Là non plus, cela ne devrait pas être douloureux. C'est parti... »

Fermant les yeux, Castiel concentra tout son être, toute son énergie dans le corps de McGregor, tandis qu'une douce et chaude lumière illuminait la zone. Comme souvent, il pouvait visualiser de manière abstraite l'intérieur du corps de son sujet, où les couleurs et les formes se distinguaient les unes des autres pour lui dresser un portrait qu'il était en mesure de comprendre. Il lui suffisait alors de remonter le mal jusqu'à ces racines, solidement enchevêtrées autour des poumons, à l'image d'une masse sombre aux multiples et profondes ramifications. D'abord délicatement, puis plus fermement, il se mit à tirer sur les filaments comme s'il essayait de découvre un vêtement. Dans un premier temps, il eut l'impression que la tâche allait s'avérer plus facile qu'il ne l'aurait crue, le mal semblant succomber à sa volonté comme lors de la plupart de ses guérisons. Puis, alors qu'il avait commencé à s'en décoller, l'ensemble de fils noirs se rabattit soudain plus fermement contre les poumons de son hôte. Castiel ressentit lui-même la contraction, éprouvant comme à chaque séance ce que son patient pouvait ressentir. Refusant d'abandonner pour autant, il se concentra de plus belle, imaginant la douleur et la maladie quitter leur proie, mais il n'arrivait pas à les en extirper. Elles s'accrochaient de toutes leurs forces, d'une manière qu'il avait rarement constatée chez qui que ce soit. C'était comme si l'être tout entier de Sebastian McGregor refusait de s'en séparer, à l'image d'une partie de lui plutôt que d'un mal venu de l'extérieur. Castiel sentit ses propres poumons se tendre, se distordre et se déchirer, tandis que sa respiration devenait saccadée et que sa gorge se serrait. Toussant et crachotant, il eut un puissant mouvement de recul se retrouva projeté sur le sol les quatre fers en l'air, luttant pour retrouver le contrôle de son souffle. Il porta une main à sa bouche et y cracher du sang, qu'il essuya d'un geste tremblant. Il se sentait faible, mais savait aussi que tout ceci n'était qu'une réponse de son propre corps mêlée à ce qu'il avait pu ressentir chez son patient. Il lui fallait tout simplement se calmer, le temps de reprendre le contrôle, et que son corps comprenne. Le sang n'était pas inquiétant, de même que les autres symptômes subits, et il espérait surtout ne pas avoir inquété McGregor pour rien.

Enfin, il réussit à prendre plusieurs grandes inspirations, et retrouva assez de force pour se relever en s'aidant du bord d'un des lits de l'infirmerie. Il s'assit sur le matelas, en face de Sebastian, et il prit encore quelques secondes pour se reprendre avant de rassurer ce dernier : « Je vais bien, je vais bien. La réaction était juste...inattendue. Il y a comme une grande résistance en vous. J'avais l'impression de vous arracher une part de vous-même, pas de guérir une maladie... Je suis sincèrement désolé, j'espérais... Je peux retenter le coup, si vous voulez ; si j'ai un moyen de vous aider, je ne vais pas abandonner. »
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Mer 23 Nov 2016 - 17:32
Pour quelqu’un qui était en mesure de ressentir les émotions des autres, mon interlocuteur semblait étonnamment posé et sain d’esprit. Ouvert d’esprit même, et compréhensif. C’était assez surprenant, mais peut-être était-ce simplement là sa façon d’être. Dans tous les cas, je l’écoutais avec la plus grande attention, car ce qu’il me répondait m’intriguait tout autant que cela m’intéressait sincèrement. Il parlait de différences dans la manière de voir le monde et notre présence dans ce dernier, et il était certes vrai que cela nous représentait bien. Quoique, je me retrouvais tout de même dans ce qu’il disait, et c’était peut-être ce qui m’étonnait le plus pour une fois, surtout venant de la part d’un parfait inconnu.

"C’est comme beaucoup d’autres choses, qu’on ne voudrait pouvoir ne pas voir, sentir, ressentir…" commentai-je, pensif. "Mais comme nos yeux, nos oreilles et le reste de notre corps et personnalité, cela fait partie de nous, et il serait idiot de vouloir les rejeter. Autant en tirer le meilleur, si tant est qu’on sache ce que c’est, et comment le faire…"

En ce sens et personnellement, je voyais uniquement ma création musicale comme moyen d’utiliser intelligemment mon don. Mais d’un autre côté, je ne le faisais pas pour les autres, même si cela leur plaisait généralement. Non, je le faisais pour moi. Et pas par plaisir égoïste, mais simplement parce que c’était un besoin vital chez moi. Comme manger, boire, ou même respirer. Peut-être était-ce justement dû à ma synesthésie, mais je sentais que je ne pourrais jamais me passer de musique, de la jouer ou de la créer. Pour moi, prioritairement.

Cependant, peut-être que ma tentative de devenir un chef d’orchestre était un premier pas vers l’autre, un moyen plus puissant pour transmettre ce que je sentais à d’autres, non seulement les musiciens sous ma conduite, mais également le public. D’élargir mon monde un peu plus pour englober d’autres personnes et pour ne plus n’y être seul. Car paradoxalement, si la solitude m’était indispensable, elle me pesait aussi beaucoup.

"Vous avez effectivement l’air d’être quelqu’un qui fait constamment de son mieux. C’est… inspirant." Je poussais un soupir, avant d’ajouter : "Les gens sont tellement compliqués, ou hypocrites parfois. Je suis navré que cela vous handicape également."

Le monde ne serait-il pas tellement plus simple si on pouvait appeler un chat, un chat ? Ou, dans le cas présent, un écureuil, un écureuil. Tandis que Liszt profitait de la nourriture offerte par Novak, je pris quelques instants pour réfléchir aux morceaux du compositeur du même nom à conseiller au soigneur. Difficile de choisir, surtout avec un artiste aussi prolifique, mais c’était un défi qui me semblait être à ma portée.

"La Campanella, un morceau technique mais très apprécié. Autrement, Les jeux d'eaux à la Villa d'Este, le Liebenstraum, la 2ème Rhapsodie Hongroise…" Des classiques, mais c’était déjà bien pour commencer. Après, le rendu ne serait certainement pas semblable à ce qu’il avait pu entendre du temps du musicien, mais c’était autre chose. J’esquissais ensuite un léger sourire en entendant se paroles rassurantes à mon sujet, et sans doute avait-il raison. Il y a certainement pire que moi. Et si en plus je donne de bonnes idées, maintenant… "Vous me tiendrez au courant, je serais intéressé à voir ce que cela donne."

Mais ceci étant dit, et maintenant que Novak avait fait le diagnostic, il était temps de passer au vif du sujet. J’inspirais profondément, avant de lui donner mon feu vert pour qu’il tente de me soigner, quelle que soit sa méthode finalement. Mais malgré ma légère appréhension, je me sentais au moins confiant et un peu plus détendu, grâce à lui. Liszt quitta mes genoux pour se poser à côté de moi, tandis que le soigneur posait une main sur ma poitrine. Une douce chaleur en provint, et je sentis alors la région de mes bronches s’activer.

Pour la suite, je sentis des allers et retours, comme des vagues de chaleurs, puis de froid. Après la légèreté des premiers instants, je commençai à sentir une sorte d’oppression dans ma poitrine, puis dans le reste de mon corps. Et à voir la concentration dont faisait preuve Novak, quelque chose ne se passait pas comme prévu. Inquiet, mais en proie à des troubles intérieurs qui m’obligeaient à me montrer tout aussi focalisé sur ce qui se passait, je ne pus que constater son état se dégrader, jusqu’à ce qu’il soit éjecté au loin, en toussant. Comme libéré subitement, j’inspirais un grand coup pour retrouver mon souffle, avant de me précipiter vers Novak, une expression affolée sur le visage.

Je pâlis en le voyant cracher du sang, imaginant l’avoir contaminé d’une manière ou d’une autre, et je tâchais de contrôler mes propres tremblements pour l’aider à se remettre debout. Liszt, que cette action soudaine avait effrayé, s’était réfugié sous le lit et pointait désormais le bout de son museau pour voir ce qui se passait. Novak m’assura alors qu’il allait bien, mais j’avais de la peine à m’en convaincre.

"Vous êtes sûr ?" Puis, sur un ton infiniment plus peiné : "Je suis vraiment désolé. Je ne pensais pas réagir de la sorte, c’est… vraiment involontaire. Désolé…"

Je l’aidais à s’asseoir, secouant tristement la tête.

"Non, je ne veux pas que cela risque d’arriver à nouveau. Reposez-vous plutôt, s'il vous plaît..." Toujours sous le choc, je tâchais néanmoins de réfléchir à ce qu’il m’avait dit, sur le fait que la maladie faisait partie de moi. "Peut-être… peut-être que mon mal est trop lié à ma personnalité, à ce que je suis. A mon don. Toute cette douleur, cette souffrance… C’est un réservoir d’énergie dans lequel je puise pour créer, pour vivre. Et…" J’hésitais quelques secondes. "C’est aussi ce qui me reste de ma sœur, physiquement."

C’était sans doute difficile à comprendre, mais nous avions partagé tellement de choses, à commencer par le même utérus. Elle n’avait pas vécu assez longtemps pour se découvrir un don, mais sa santé avait été aussi délicate que la mienne. Même si, sans son accident, elle l’aurait certainement mieux vécu que moi. Aussi pénible que soit cette maladie, c’était encore la seule chose que je partageais avec elle. Avec la musique. Mais je m’en voulais que tout cela ait pu affecter Novak, essayer malgré tout avait été une idée bien stupide, je m’en rendais compte…
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Ven 2 Déc 2016 - 13:39
L'expérience avait été éprouvante ; Castiel n'avait pas du tout été préparé à ce que la séance se déroule ainsi, et cela le perturbait bien plus que ce qu'il avait pu ressentir lors de sa tentative. Ce n'était pas la première fois qu'il n'arrivait pas à guérir quelqu'un, mais la situation restait unique. Jusqu'à aujourd'hui, les maux qu'il n'avait pas pu soigné étaient généralement des effets secondaires issus de dons de prodiges, et il était impossible de supprimer leurs racines sans supprimer les dons. Un exploit dont James était incapable. Personne ne savait encore vraiment d'où venaient les pouvoirs, ou plutôt comment ils s'intégraient à la personne, au corps. Essayer de les détruire revenait alors à ôter une partie d'eux-mêmes, et ils n'étaient pas semblables à un virus, par exemple. Généralement, Castiel pouvait au moins faire reculer les symptômes temporairement, comme avec le cas d'Alexander Feuerbach. Avec un traitement régulier, il pouvait au moins permettre aux prodiges qui en avaient besoin de mieux vivre les effets les plus désagréables de leurs pouvoirs. Ils finissaient toujours par revenir, mais c'était déjà ça.

Sebastian McGregor était encore différent. Castiel ne se rappelait pas avoir rencontré quelqu'un comme lui en plus d'un siècle d'existence, et pourtant il avait déjà croisé bien des cas étranges. Il songeait notamment à son vieil ami Dante, et à ces fois où il l'avait guéri de ses blessures. Il avait toujours senti une certaine résistance chez l'explorateur, peut-être liée à la manière dont ses pouvoirs influençaient son âme. Chez Sebastian, l'âme et la maladie semblaient intrinsèquement liées, comme si on ne pouvait plus les dissocier l'une de l'autre. Tirer sur le fil revenait à essayer d'arracher au compositeur son essence même, et à cette seule idée, Castiel ne put s'empêcher de frissonner. C'était un traumatisme dont personne ne pourrait jamais vraiment se remettre. Il avait beau retourner la situation sous tous les angles, il ne voyait aucun moyen de contourner le problème, et s'en voulait terriblement de ne pas pouvoir proposer une solution à McGregor. De plus, il l'avait inquiété pour rien, alors que c'était lui le malade, ce qui ne faisait que le peiner un peu plus ; voilà qu'il faisait un bien piètre guérisseur...

« Ne vous inquiétez pas, je vais bien, je vous le promets ! Lors d'une séance éprouvante, il arrive à mon corps de reproduire certains symptômes de manière psychosomatique, mais rien de grave. Je ne suis pas capable de prendre les maux des autres ; les ressentir brièvement, tout au plus. Ça va passer, et mon facteur auto-guérisseur fera le reste. Il faut juste que je me repose un peu...et que je mange quelque chose, pour retrouver de l'énergie. »

Tout en parlant, Castiel se mit à fouiller dans un placard contre le mur, dont il sortit un bocal et un sachet de tranches de pain toast : « Vous n'avez pas à vous excuser, vous n'y êtes pour rien, je vous assure. C'est moi qui suis désolé, Sebastian. J'espérais vraiment pouvoir vous aider...et voilà que j'en suis incapable. J'aurais voulu vous éviter un faux espoir... »

Dévissant le couvercle du contenant, il y plongea un couteau prit dans un pot contenant divers ustensiles, et commença à tartiner du miel sur le pain.

« Une de mes dernières récoltes. Vous en voulez ? Servez-vous, n'hésitez pas, il y en a bien assez. Rien de tel qu'un peu de miel pour se remettre d'aplomb après un moment éprouvant. J'espère...j'espère que je n'ai pas causé plus de dégâts. » Il mordit avec appétit dans une des tranches, s'asseyant sur le rebord d'un lit. Il engloutit voracement quelques bouchées ; il commençait déjà à se sentir mieux. « Ce que vous dites a du sens. Ce que j'ai ressenti... Cette maladie fait partie de vous à un niveau intime qui dépasse le simple état physique. Je ne sais pas si vous croyez au concept de l'âme, mais...vouloir vous en débarrasser revenait à arracher cette dernière. Comme si vous vous en nourrissiez malgré toute la souffrance qu'elle vous inflige. »

Quand Sebastian mentionna la sœur qu'il avait perdue, James prit un air pensif ; voilà qui confirmait leur théorie. Il n'était pas impossible qu'une personne disparue puisse laisser une telle empreinte chez quelqu'un. Après tout, il était lui-même bien placé pour le savoir, même si cela s'était manifesté différemment chez lui.

« Je crois que je comprends. D'une certaine manière, c'est ce qui reste de votre sœur, du moins de manière tangible. Il y a les souvenirs de ceux qu'on a perdus, qui vivront toujours en nous, mais parfois...parfois on a besoin de se raccrocher à une présence, quelle qu'elle soit. Et quel qu'en soit le prix. Je suis désolé pour votre perte, Sebastian. » Castiel pouvait sentir la tristesse et la mélancolie chez le compositeur, mais aussi l'amour inconditionnel qu'il portait à celle qu'il avait perdue. Et qui avait à jamais laissé sa marque. Non, c'était un lien que personne ne pourrait détruire. « Cela fait longtemps ? Vous n'avez pas à en parler, bien sûr. Je peux sentir l'amour que vous gardez pour elle...et, je crois, derrière la douleur et la maladie, celui qu'elle avait pour vous. Je...sais ce que c'est, que de perdre quelqu'un, et de le garder avec soi. Je...vois mon père, mon père adoptif. Je pense que c'est une manifestation de mon pouvoir d'empathie, comme si j'en avais fait une empreinte qui se manifestait à la manière de mon fantôme personnel. Il y a des gens qui ne nous quitterons jamais. »

Il avait ressenti le besoin de se confier à McGregor, comme pour essayer de lui dire qu'il n'était pas seul, que c'était un poids que d'autres portaient, et qu'il pouvait compter sur eux pour l'aider à partager le sien, ne serait-ce qu'un peu. Tout en parlant, Castiel dévorait une seconde tartine, dont il donnait des petits bouts à Liszt.

« Je suis vraiment désolé de ne pas avoir pu vous guérir. Mais sachez que si je pouvais faire quoi que ce soit pour vous à l'avenir...et bien, vous pourrez compter sur moi. Liszt aussi, bien entendu ! Et je vous remercie pour vos recommandations musicales, je me réjouis de les découvrir ! »
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Dim 11 Déc 2016 - 17:43
Jamais je n’aurais pu imaginer blesser la personne qui tentait de me soigner. Je veux dire, d’ordinaire, c’était le patient qui pouvait souffrir d’un traitement ? Ça faisait partie du contrat, effet secondaires, souffrir pour un moindre mal, traiter le mal par le mal… Tout ça… Et je m’y étais fait. On nous dit souvent que, nous malades, nous sommes courageux d’endurer tout cela. Mais la vérité, ce que nous n’avons tout simplement pas le choix. Et je n’appelle pas ça du courage. Quoiqu’il en soit, j’étais prêt à accepter de souffrir, cela semblait de toute manière faire partie du jeu. Et ce n’était pas la première fois que j’aurais à le faire. Mais mettre en danger quelqu’un d’autres, cela ne m’avait jamais semblé imaginable ou possible.

Aussi, je ne m’étais pas attendu à ce que cela soit le cas cette fois. Je n’étais pas préparé à voir James Novak être projeté loin de moi, comme si je l’avais repoussé avec une force que je ne possédais pas. J’en restais quelques instants ébahi, ne sachant pas si j’avais vraiment vu ce qui venait de se passer, ni comment j’étais sensé réagir. Avant de finalement retrouver mes esprits et de me dépêcher d’aller voir si le soigneur allait bien. Une autre certitude s’ébranla lorsque je le vis tousser du sang. Ma maladie, aussi prenante soit-elle, n’était pas contagieuse. Du moins, je le pensais jusqu’à présent, mais tout comme je ne me pensais pas capable d’une telle réaction de rejet, je commençais à craindre d’avoir infecté l’ange d’une manière ou d’une autre. Et moi qui pensais que ma situation ne pouvait pas empirer, je me trouvais à penser que c’était le cas…

Heureusement, alors qu’il reprenait quelques couleurs et des forces, Novak m’expliqua que c’était une réaction normale. Toujours aussi sonné, je ne réagis qu’au moment où il me proposa un peu de son miel. J’avais toujours faim, mais cette fois-ci, il me semblait que ces événements m’avaient affamé plus que d’ordinaire. Enfin, après avoir mordu dans un toast, et senti le réconfort de la saveur sucrée dans ma bouche, je parvins enfin à parler.

"N-non, pas de dégâts de mon côté… Je crois que j’ai juste été très surpris, et effrayé qu’il vous soit arrivé quelque chose…" Je pris une nouvelle bouchée de toast, et, dans le brouillard qu’était encore un peu mon esprit, ses paroles me revinrent en mémoire. "Vous êtes aussi apiculteur ?"

J’écoutais ensuite avec attention l’homme me parler de ce qu’il déduisait de cette expérience. Et ses mots correspondaient bien à ce que je ressentais. Liszt ressortit de sa cachette pour venir prudemment s’installer sur mes genoux. Je lui donnai un morceau de toast, qu’il grignota, rassuré après tout ce raffut. Je soupirai, plus contre moi-même que contre le reste. D’une certaine manière, c’était sans doute pour cela que je savais qu’on ne pouvait pas grand-chose pour moi. Et malgré tout, j’avais essayé, et j’avais blessé cet homme. Même s’il s’en remettait, je ne pouvais malgré tout pas l’oublier. Et puis, je parlais peu de ma sœur, cela ne me réussissait jamais vraiment.

"Cela fait plus de vingt ans maintenant. Je l’ai accepté, mais il y a certaines choses qui ne disparaîtront jamais, effectivement… Et c’est tant mieux. Elle a si peu vécu, je ne peux pas lui enlever le peu de souvenirs que j’ai encore d’elle, non ?" Comme Juliet, elles faisaient partie de moi maintenant. Et je sentais le poids de les faire vivre encore par leurs souvenirs. De signaler que leur existence avait malgré tout signifié quelque chose. Je fronçai légèrement les sourcils en entendant le soigneur me parler de la vision de son père adoptif. C’était assez peu commun, mais d’un autre côté, c’était aussi là les conséquences d’un don un peu trop encombrant parfois. Une sensibilité extrême, une empathie élevée… "Je suis aussi désolé pour votre perte. Et ce… fantôme, est-ce qu’il ne vous hante pas trop ?"

Comme mes souvenirs pouvaient parfois le faire. Liszt quitta alors mes genoux pour aller vers Novak et attraper les bouts de toasts qu’il lui tendait à son tour. Je méditais quelques instants les paroles de mon interlocuteur, et retrouvai finalement un mince sourire.

"Ce n’est pas grave. Grâce à vous, j’ai au moins pu avoir des réponses sur mon état, et personne n’avait jamais réussi cet exploit jusque-là. Alors, je dois vous remercier pour cela. Et pour votre aide. Merci… pour tout. Je peux vous assurer que ça fait beaucoup pour moi. Alors, si on peut faire quelque chose pour vous aussi, en retour…"
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Ven 23 Déc 2016 - 15:08
Castiel se remettait déjà du choc. Ce n'était pas la première fois qu'il ressentait les effets des maux qu'il essayait de soigner, même si cela avait rarement été aussi fort. C'était comme si la maladie de Sebastian était une entité à part entière, elle lui donnait l'impression d'avoir sa propre personnalité. Elle faisait tellement partie de lui que vouloir la lui arracher revenait à le tuer, d'une certaine manière. Et en tous les cas, cela revenait certainement à tuer la sœur qu'il gardait avec lui de la seule manière qui lui était possible. C'était un conundrum auquel il n'avait aucune réponse, et peut-être était-ce ainsi que cela devait se passer. Castiel ne croyait pas vraiment au destin, du moins pas tel qu'il imaginait, mais il avait l'impression que certaines se devaient de se dérouler pour une raison.

« Tant mieux, je m'en serais voulu d'empirer votre condition, d'une manière ou d'une autre. Et j'espère ne pas vous avoir donner de faux espoir... Cela peut être une chose terrible. »

C'était là quelque chose qui chagrinait profondément le guérisseur à chaque fois que ses talents se révélaient impuissants. Ce qui, généralement, se produisait lorsque la souffrance était due à un effet de pouvoirs de prodiges. Il ne pouvait que les contenir, les repousser quelque temps, avant qu'ils ne reviennent. Mais là au moins, avec un traitement régulier, il pouvait diminuer la souffrance. Chez Sebastian, la souffrance était intrinsèque à son existence. Et il avait l'impression que le jeune homme le comprenait. James mordit dans une nouvelle tranche couverte de miel, avec un appétit renouvelé. Son patient semblait lui aussi pourvu d'un bel appétit ; manger restait un plaisir pour bien des gens, quand le reste était difficile.

« Je m'occupe de mes abeilles à mes heures perdues, oui. C'est une activité que je trouve...reposante, je ne pense pas, mais...ça me calme. Travailler en harmonie avec elle, avec des êtres vivants différents, mais qui ne le sont pas moins. Et je trouve qu'il y a une certaine musique en elles, en plus de la danse. »

C'était l'une des rares choses qu'il avait conservé de son enfance avec un tel plaisir. Dans la congrégation où il avait vécu en Louisiane, il avait appris l'apiculture auprès d'une vieille femme du village, qui avait toujours essayé de lui donner un peu de tendresse là où son père ne s'en était jamais soucié. Les ruches étaient alors devenues un de ses refuges, là où il se sentait mieux accepté que partout ailleurs. Son empathie ne se limitait pas aux êtres humains, le ressenti du règne animal y avait aussi sa place. Dans le cas des abeilles, il ne savait pas si l'on pouvait vraiment parler d'émotions, du moins pas comme les humains l'entendaient, mais il y avait un certain état d'esprit. Ce qui l'avait toujours aidé avec elles, même s'il n'était pas aussi doué que Tif. L'élève de la PH dépassait rapidement le maître, possédant une manière de connecter son empathie aux autres formes de vie dont Castiel lui-même était dépourvu.

« Vous faites preuve d'une grande force, pour porter ainsi ce fardeau. Peut-être même vous nourrit-il, quelque part. Votre sœur ne vous a jamais quitté, et je comprends que vous vouliez conserver cette part d'elle. Cela peut sembler fou, et pourtant, j'ai l'impression que c'est aussi ce qui fait de vous...et bien, vous. Je ne sais pas comment expliquer ce que je ressens exactement, j'espère ne pas vous offenser... »


La question sur son père n'étonna guère James. Après tout, il y était habitué ; lorsqu'il parlait de sa curieuse situation à quelqu'un, c'était l'une de celles qui revenait le plus souvent. Sa situation n'était pas vraiment comparable avec celle que vivait Sebastian au jour le jour, mais ils semblaient tous deux comprendre ce que cela signifiait de conserver avec eux une partie de ceux qui n'étaient plus là.

« Mon père et moi... Disons que nous ne nous entendions pas trop. Il avait pour moi des attentes qui ne s'accordaient pas avec qui j'étais, et ses aspirations n'étaient guère nobles, malgré ce qu'il voulait laisser croire. Mais il s'agit tout de même de l'homme qui m'a recueilli. J'ai eu plus d'un siècle pour me faire à sa mort, et ce n'est que relativement récemment que mes pouvoirs se sont développés de pareille manière. Qu'il s'agisse réellement d'une empreinte de l'homme qu'il était, ou d'une manifestation conjurée par mon esprit, je crois que cela me permet finalement de faire la paix avec pas mal de choses. De pouvoir lui parler ainsi, quoi qu'il soit réellement, aide. Même si ce n'est pas tous les jours faciles non plus d'avoir un fantôme par-dessus son épaule... »

Il avait malgré tout fini par s'y habituer, et trouvait même cette présence rassurante. Il faisait de son mieux pour tirer le meilleure de toute situation, préférant les voir sous le regard de son optimisme. Si c'était bel et bien une manifestation de son père, alors Jeremiah Smith semblait changer, ce qu'il n'aurait jamais cru capable de son vivant. Peut-être en avaient-ils besoin tous les deux, finalement. Ou peut-être la folie était-elle encore présente dans l'esprit de Castiel, ce dont il était prêt à s'accommoder.

« Nous faisons ce que nous pouvons afin de trouver l'équilibre. Et une fois que nous nous sentons enfin à notre place...et bien, le reste suivra en temps voulu. Si j'ai pu vous aider à obtenir des réponses, j'en suis heureux. Parfois, ce que l'on trouve n'est pas ce que l'on cherche, mais ce dont on a besoin. Si mon aide peut vous être utile, vous pouvez compter sur moi, Sebastian. Liszt aussi bien sûr. » Castiel sourit : « Vous me conseillez en musique, voilà qui est déjà un bel échange. Ma porte vous sera toujours ouverte, si vous deviez avoir envie de parler. Ou pas, d'ailleurs ; ne serait-ce que pour partager une bonne tartine de miel. »

La consultation ne s'était pas déroulée comme ils l'avaient prévu, mais Castiel commençait à se dire que c'était peut-être mieux ainsi. Cela lui avait surtout permis de faire la connaissance de Sebastian McGregor, et il en était ravi.
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Sam 7 Jan 2017 - 17:29
La peur étant passée, je me remettais peu à peu de mes émotions. C’était d’ailleurs étrange de ressentir ces dernières aussi fortement, ça n’était pas arrivé depuis… un long moment. La mort de Juliet, peut-être ? Au moins, si je doutais encore d’avoir quoique que ce soit qui manquait à ce niveau-là, c’était la preuve qu’il me restait bien quelques sentiments humains. Je pourrais rassurer Adrian sur le fait que je ne me transformais pas lentement en un vampire insensible. Enfin, pour le vampire, c’était une blague, bien sûr. Du moins, je l’espérais…

"Mon état se dégrade naturellement, ce n’est pas de votre faute. Et on ne peut rien y faire." J’avais dit ça en haussant les épaules, comme à chaque fois que j’expliquais ma situation. Avec un air blasé qui montrait que je m’y étais fait. De ce fait, la suite était logique : "Pour l’espoir, ne vous en faites pas. Cela fait longtemps que j’ai appris qu’il ne fallait pas compter dessus. C’est plus facile comme ça."

Je ne voulais cependant pas attrister le soigneur plus que de raison. Déjà, parce que je ne voulais pas être plaint. Être pris en pitié, c’était le pire pour moi. Mes parents et la plupart de mes proches s’étaient souvent comportés de cette manière, souvent involontairement, mais je ne pouvais plus le supporter. Ce sentiment d’être un fardeau pour les autres, ou une pauvre petite chose… Et puis surtout, je ne voulais pas inquiéter Novak. Avec son empathie et son côté serviable, il devait certainement se coltiner de nombreux boulets dans mon genre. Il ne méritait pas de supporter en plus mes problèmes. Personne ne le méritait.

"La musique des abeilles… Ça me plaît bien. Ce doit être intéressant…" commentai-je, pensif et heureux de pouvoir changer de sujet. La façon dont il parlait de ses abeilles, cela me rappelait un peu moi et la musique. L’effet apaisant qu’elle avait sur moi. D’ailleurs, ne parlait-il pas aussi d’harmonie ? Au moins, c’était quelque chose que je pouvais comprendre. Quand je pouvais faire une analogie avec la musique, le monde devenait subitement plus limpide à mes yeux. Pourquoi tout ne marchait-il pas comme ça ?

Tout en écoutant le soigneur, je continuais à mâchouiller ma tartine de miel. Ça aussi, c’était quelque chose qui m’aidait à tenir le coup : la nourriture. Enfin, de la part de Novak, cela ne m’étonnait plus vraiment qu’il parvienne à aussi bien me comprendre. Et quelque part, c’était reposant.

"Je ne sais pas si c’est une force, ou si je m’y accroche désespérément…" Je donnais un morceau de tartine à Liszt, qui était trop heureux de pouvoir partager notre festin. Au moins, je venais de découvrir qu’il avait une passion pour le miel, c’était bon à savoir. Je souris légèrement face à la difficulté qu’avait mon interlocuteur de me présenter la manière dont il percevait mon don et mon lien à ma sœur. "Ce n’est pas fou, et je crois que je comprends. Nous sommes l’accumulation de nos joies et de nos peines, et nos cicatrices nous définissent en grande partie. Du moins, à ce qu’il paraît."

Moi et la psychologie humaine… Mais il était indéniable que tout ce que j’avais vécu avait façonné l’être que j’étais. Et puis, ma sœur et moi avions ce lien tellement particulier, il n’était pas étonnant qu’elle soit toujours présente en moi, d’une manière différente. Pour le meilleur comme pour le pire.

Je fus plus étonné d’apprendre que le soigneur avait lui-même ses propres fantômes, quoique de manière plus étrange et plus intrusive encore. Mais il semblait l’avoir accepté, aussi difficile que cela semblait être. Je ne savais pas comment j’aurais pu vivre avec le fantôme de ma sœur ou de Juliet toujours à mes côtés, et qui aurait interagit avec moi directement comme cela semblait être le cas de Novak.

"Oui, j’imagine que cela doit être assez… perturbant. Mais peut-être que ça vous a aidé à faire le deuil, de votre relation et de votre passé. Une sorte de thérapie, en beaucoup moins cher."

Je grimaçais légèrement au souvenir de ces années passées chez un psy, pour un coût exorbitant. Enfin, ça avait aidé, au moins un peu et à la surface. Mais au bout d’un moment, je crois que j’avais finis par déprimer mon propre psy, aussi j’avais décidé de terminer la thérapie, d’un commun accord. Je devais peut-être songer à en trouver un autre, maintenant que j’étais revenu sur Edimbourg… Quoique, pendant des années, la nourriture avait été un excellent accompagnateur de substitution.

Et pour trouver un équilibre, comme le disait mon interlocuteur. Même si ce n’était pas toujours évident. Un travail de chaque instant. Mais qui en valait la peine, j’espérais.

"Merci. Enfin, vous nous donnez à manger, c’est déjà beaucoup. Surtout pour nous. Et j’espère que la musique vous plaira, vous me direz. Je tâcherai aussi de vous faire parvenir des invitations pour mes concerts, si ça vous intéresse. J’ai toujours plein de billets dont je ne sais pas quoi faire…"

A croire que les organisateurs pensaient que j’avais toujours plein de monde à inviter… Peut-être que je devrais les donner à Aurore, pour qu’elle les distribue autour d’elle. Ou aux élèves de cette école, même s’ils avaient souvent des places au travers de la direction.
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Jeu 12 Jan 2017 - 11:53
« Oh ? Je trouve qu'il serait dommage d'abandonner tout espoir, mais c'est sans doute mon côté optimiste qui parle. Il a tendance à agacer les gens, parfois, mais je n'y peux rien. Si je ne peux pas croire que la vie à de quoi toujours s'améliorer, à quoi pourrais-je croire d'autre ? Jusqu'ici, je n'ai rien trouvé d'autre qui vaille autant la peine. Enfin, à part la foi en l'autre, bien sûr. Si ça ne vous embête pas, j'espérerai pour vous. »

Un peu de miel coulait sur le menton de Castiel, ce qui contribuait à rendre sa déclaration un peu moins solennelle. Mais en même temps, cela le peignait tel qu'il était, à ne pas se soucier de ce qu'on pouvait bien penser de lui ; de son côté, il ne pensait que du bien de vous. A quoi bon l'inverse, de toute façon ? Selon lui, personne ne méritait vraiment qu'on n'en souhaite que du mal. Et si c'était le cas, il n'avait pas encore rencontrée.

« Les abeilles ont une voix, à leur manière. Un langage, une émotion, une âme. L'un ou l'une ne va pas sans l'autre. Il suffit de savoir écouter, et chaque être peut se révéler un véritable trésor de découvertes. Comme chaque note peut l'être pour vous, j'imagine. Et vous avez la chance de pouvoir propager tout ça. Non seulement vous vivez votre musique, mais vous lui donner une vie propre aux oreilles des autres ; vous propagez cette vie, un peu comme les abeilles avec le pollen. Pour que la musique passe d'oreille en oreille, marque chacun d'une manière peut-être différente mais tout aussi forte. C'est un don incroyable, que vous avez. »


Tout en parlant, Castiel pouvait sentir chez le compositeur ce qui ressemblait plus à une acceptation qu'à une véritable résignation quant à sa situation. Sans doute parce qu'il ne voulait pas perdre ce qu'il gardait de sa sœur, et qu'il n'imaginait pas vivre sans. Et pourquoi pas ? Chacun vivait comme il l'entendait, après tout. L'important, c'était d'avoir le choix, et de s'accorder de le vivre pleinement. James espérait que Sebastian arriverait malgré tout à trouver de quoi se sentir pleinement heureux, un jour. Oui, il n'arrêterait jamais d'espérer pour lui.

« Nous sommes le résultat de notre propre passé. Et nos regrets nous définissent, j'aime à croire qu'ils nous permettant au moins de devenir une personne meilleure. J'ai fait des erreurs, et il m'est arrivé bien des choses peu agréables, mais sans elles...je ne serais pas là, aujourd'hui, à faire ce que je fais. Et je n'aurais pas rencontré toutes ces personnes qui comptent. Au fond, je m'estime heureux de ce que j'ai. Quant à mon père...ou qui ou quoi qu'il s'agisse, j'ai appris à faire avec. D'un certain côté c'est agaçant et de l'autre, c'est...étrangement rassurant. Et ça nous permet de régler pas mal de choses. Ou ça me permet à moi d'en régler, en tout cas. »

Jeremiah Smith n'était pas devenu une plaie constante dans l'esprit de son fils adoptif ; c'était une sorte de compagnon semi-constant, avec qui il était facile de s'embrouiller, mais qui affichait non moins une sorte de soutien indéfectible. Et puis plus le temps passait, et plus son père changeait. Peut-être avait-il besoin de cela plus encore que James, ou peut-être était-ce l'esprit de ce dernier qui avait besoin d'imaginer son père ainsi. Il ne saurait sans doute jamais vraiment la vérité, mais cela lui importait peu.

« Jimmy ? » La porte de l'infirmerie s'ouvrit pour laisser passer la propriétaire de la petite voix, une gamine de neuf ans à la peau sombre et aux grands yeux noisette. Elle s'avança jusqu'au deux hommes et s'assit sur un lit, et sourit en apercevant l'écureuil : « Bonjour toi ! Je suis Kyla. »

Castiel l'avait suivie du regard avec attention. La jeune fille faisait partie du petit groupe d'élèves qui lui avait été affecté en raison de leurs pouvoirs d'empathie, et le sien était sans doute le plus développé en ressenti pur. Ce qui ne lui rendait pas toujours la vie facile, mais le prodige ailé lui apprenait petit à petit à prendre le contrôle pour ne pas se laisser submerger. C'était d'ailleurs l'heure de leur leçon privée du jour, au calme, loin des émotions du reste de l'école.

« Le devoir m'appelle. Sebastian, j'ai été ravi de vous rencontrer. Toi aussi, Liszt. Veille bien sur ton humain. Et...j'espère que vous trouverez la paix, dans la musique, mais aussi dans le reste. » Le guérisseur serra la main du chef d'orchestre. « J'accepterai vos invitations avec plaisir ! Je me réjouis d'enfin entendre votre musique. Et si vous deviez avoir un jour besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas : ma porte vous sera toujours ouverte. »

Non, la séance ne s'était pas vraiment déroulée comme prévu, mais Castiel ne l'estimait pas perdue pour autant : pour sa part, il y avait gagné un nouvel ami.
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Dim 15 Jan 2017 - 20:22
Evidemment, qu’il trouvait dommage d’abandonner tout espoir. Il y avait des gens comme ça. Juliet en faisait partie, Adrian également. Et beaucoup de gens dans cette école, je me rendais compte. Et pourtant, c’était sans doute l’endroit de l’arche où l’on trouvait les parcours les plus difficiles. Des enfants prodiges rejetés par leur famille, ou à moitié détruit par leur don. Mais le fait d’être rassemblé devait favoriser l’entraide, ainsi que l’optimisme. Heureusement qu’un tel endroit existait, même s’il n’avait pas su m’aider totalement, il avait néanmoins eu un impact positif. Comme cette rencontre, sans doute.

"Non, ça ne me dérange pas du tout." répondis-je en secouant la tête. "Et je sais que j’ai un côté pessimiste contre lequel je ne peux rien non plus, aussi je serais assez mal placé de vous en vouloir pour ça. Mais la foi peut aider, si on trouve quelque chose en quoi croire."

La musique avait toujours eu ce rôle. Bien sûr, elle ne pouvait pas me guérir miraculeusement, ma vie n’était pas une télénovela brésilienne. Mais elle lui donnait un certain sens, un accomplissement. Quelque chose qui me faisait ressentir l’instant présent, et me donnait le sentiment que j’avais ma place dans cette vie. Un peu de répit. Pour le reste, je faisais de mon mieux, tout en sachant que je ne devais pas non plus me faire trop d’illusions. C’était déjà une chance d’avoir vécu aussi longtemps. Même si cela ne semblait jamais suffire, comme justification.

Je ne m’étais jamais vraiment intéressé à la question des abeilles, mais à entendre le soigneur en parler, cela avait un intérêt certain. Surtout si l’on me disait qu’elles ont une musique en elle. J’inclinais la tête pour méditer les réflexions de mon interlocuteur, n’ayant bien évidemment jamais vu la situation de cette manière.

"Sans doute oui… La musique serait donc du miel pour l’âme…" Quoique, Wagner, ce n’est pas ainsi que je le décrirais, mais bref, je ne saisissais l’idée. Et ça me plaisait assez bien. "Enfin, j’espère que c’est le cas. Le contact et la communication avec autrui, ce n’est pas mon fort, alors je ne sais jamais si mon message parvient vraiment aux autres."

J’engloutis la fin de ma tartine, après en avoir donné un dernier morceau à Liszt, indifférent à toutes ces conversations. C’était quand même pas mal, la vie d’un écureuil. Quoique, j’avais entendu dire que les écureuils roux d’Europe se faisaient exterminer par la variété grise venant des Amériques. Mais bon, à voir le spécimen sur mes genoux, la vie ne semblait pas être trop compliquée pour lui.

"C’est bien, de savoir tirer du positif de mauvaises expériences ou situations. Et… je suis content si vous avez réussi à le faire." J’esquissais un léger sourire. "J’espère avoir également réussi à en faire un moteur dans ma vie, à utiliser cela pour ma musique."

L’arrivée d’une petite fille vint interrompre notre conversation, et je réalisais que j’avais sans doute assez pris de temps comme cela au soigneur. Ne sachant pas vraiment comment réagir face à la fillette –comme devant tous les enfants-, je la fixais, mal à l’aise, mais la laissant néanmoins approcher de l’écureuil.

"Il s’appelle Liszt. Il ne sait pas parler, mais je peux essayer de faire l’interprète." Ah, et c’était peut-être mieux si je me présentais… "Et je suis Sebastian. Bon…jour."

Pas étonnant que Novak demande à Liszt de prendre soin de moi. De nous deux, c’était sans doute le plus responsable. Et il plaisait plus aux enfants que moi. Je serrai néanmoins la main de l’homme ailé, retrouvant un bref sourire pour lui faire mes adieux.

"Merci. Pour tout ce que vous avez fait pour moi. J’espère vous voir bientôt, et… eh bien, que ma musique vous plaira. Ainsi que celle de Liszt. L’humain. Le mien, je n’ai pas encore réussi à lui apprendre…"

Bref, je laissais Novak et la jeune fille à leurs affaires, embarquant mon écureuil dans une des poches du manteau que je récupérais, sec heureusement. J’hésitais un instant, avant d’adresser un dernier signe au soigneur. En attendant le taxi qui m’éviterait de subir la pluie, je me surpris à espérer qu’il viendrait effectivement me voir en concert. Je ne savais pas comment remercier les autres, si ce n’était à travers la musique. Ce n’était sans doute pas grand-chose, mais c’était tout ce dont j’étais capable.

- Sujet terminé -
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