[Clos] Histoire de famille | Percy

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Jeu 25 Aoû 2016 - 10:35
Il avait fallu plusieurs jours, plusieurs semaines même, au jeune père pour se décider. Pour se résoudre. Il devait le faire, quoi qu'il lui en coûtait, pour sa fille. Il était prêt à la confrontation et même à se heurter à un refus, mais si une solution pour sauver la vie de sa fille reposait sur les épaules de l'homme qu'il avait banni de sa vie depuis dix ans, alors, il devait au moins essayer. Il avait déjà perdu sa mère à cause de cet homme, il ne perdrait pas sa fille parce que sa haine pour celui-ci s'était interposée.
La décision avait été arrêté quelques jours après le retour des résultats mitigés quant à sa propre compatibilité avec sa fille pour un don. C'était rare, mais possible. Matthew avait pâli à la nouvelle. Les recherches sur les registres de donneurs allaient être lancé mais a famille demeurait toujours les donneurs principaux potentiels. La grand-mère maternelle de Lou et Anny était bien trop âgés et Caroline n'avait de frères et sœur. Pour sa part, Matthew ne se connaissait d'autres parents. Les possibilités étaient donc considérablement réduites.

Le jeune homme était demeuré plusieurs nuits dans dormir, de larges cernes sous ses yeux assombrissaient son regard fermé. Il avait réussit à contenir ses angoisses, ses larmes aussi, pour ses filles. Il se devait d'être le roc dans la tempête. Mais l'annonce de cette incompatibilité avait encore un peu plus abîmé ses défenses.

Ce matin là, il avait confié Lou à sa jeune fille au pair, avait fait un saut expresse à l’hôpital pour s'assurer qu'Anny se portait bien, puis, il avait filé en direction du port de Leith. La matinée était à peine entamée lorsqu'il était arrivée au pied de Balance Point. Il avait serré les dents pendant tout le trajet et était maintenant plus pâle, alors qu'il voyait se découper la silhouette de l'aéronef dans le ciel couvert du port. Avec une pointe d'appréhension, il s'était dirigé vers le bâtiment d'accueil situé sous le vaisseau en vol stationnaire. Seule une tour de verre longiligne reliait l'impressionnant bâtiment au sol.
Il s'était trouvé face à une hôtesse d'accueil souriante et tirée à quatre épingles qui lui avait demandé avec la plus grande amabilité ce qu'elle pouvait faire pour le visiteur. Matthew était resté silencieux pour quelques secondes. A vrai dire, il avait agit sous le coup de l'impulsion une fois sa décision prise, il n'avait pas réfléchir un seul instant à la façon dont il allait s'y prendre :

-Bonjour... je voudrais rencontrer le directeur, s'il vous plaît. Avait-il demander de but en blanc. Mais maintenant que ses paroles avaient été formulées à voix haute, elles lui apparaissaient comme un brin... inappropriées. Je m'appelle Matthew Emer... Matthew Rose.
Lohen
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Sam 27 Aoû 2016 - 11:39
La journée était longue, et elle n'était pas prête de se terminer. Ce qui, pour le directeur d'Arkadia, revenait à dire qu'il s'agissait d'une journée semblable aux autres. Il y avait toujours du travail, c'était une constante qui pouvait s'avérer aussi stimulante qu'ennuyeuse. Et, l'une ou l'autre, toujours épuisante. Percy se massa vigoureusement les tempes, se renfonçant dans le dossier confortable de son fauteuil. Ses migraines étaient particulièrement vivace aujourd'hui, et il avait l'impression que chacun de ses neurones était foudroyé par un éclair dès qu'il bougeait la tête. Parfois, il avait l'impression que l'accumulation de ses souvenirs se heurtaient au mur de son esprit, et qu'ils allaient un jour réussir à le déborder, le poussant à ne plus savoir qui -ou quand- il était, submergé par plus d'un siècle de mémoire. S'il était un disque dur, il ne savait pas combien d'espace il lui restait, et il n'avait guère les moyens de transférer des données ailleurs. S'il était un disque dure, sa vie serait certainement moins compliquée.

Ce n'était pas les défis qui lui faisaient peur, ni même le travail en soi. Il avait toujours vécu pour ce dernier, même si ses causes avaient changé. Non, c'était d'imaginer atteindre un jour ses limites qui l'effrayait, surtout alors qu'il y avait encore tant à faire. Il avait déjà perdu bien trop de temps dans sa quête insensée du pouvoir ; il avait perdu bien plus que du temps... Maintenant qu'il s'était enfin rallié au seul idéal qui faisait sens, il espérait pouvoir le servir jusqu'au bout. Il avait besoin de voir son œuvre accomplie, besoin d'aller jusqu'au bout. Pas parce qu'il se considérait indispensable, mais parce que c'était devenue la seule chose qui valait la peine d'utiliser l'esprit qui se cachait sous son crâne. Sinon, à quoi bon ?

Face à lui, sur son antique bureau en bois, des piles de dossiers n'attendaient que lui. Des rapports d'agents à consulter, des soumissions de la Head Division pour de futurs projets, les dernières annotations de la présentation des stands d'Arkadia pour la foire aux inventions de l'exposition universelle, des dossiers de candidature... A une ère numérique, il appréciait encore le contact du papier, et la représentation physique d'un dossier. Une fois lus, ils étaient à jamais imprimés dans sa mémoire, et les documents détruits et recyclés pour donner naissance aux prochains. Les matières premières étaient plus rares sur les arches qu'elles l'avaient été dans le temps à la surface ; c'était le genre de détail auquel il fallait faire attention. Et si Percy œuvrait pour un monde nouveau, il n'oubliait pas pour autant l'ancien, comme en témoignait l'accumulation d'objets datant d'avant Armageddon. Une antique mappemonde en bois reposait sur un coin de son bureau, plusieurs tableaux uniques étaient accrochés aux murs, entre les bibliothèques pleines à craquer de livres anciens. Chaque objet présent dans la pièce symbolisait un souvenir ; c'était pour ce qu'ils représentaient qu'il y était attaché, et non pour leur valeur. Tout cela donnait au lieu un cadre plus accueillant qu'on ne l'aurait cru, loin des bureaux modernes, froids et dépourvus de chaleur qu'il avait préféré par le passé. Dans celui-ci, on oubliait presque qu'on était à bord d'un aéronef ; c'était une pièce dans laquelle on vivait vraiment.

Le téléphone se mit à sonner, indiquant que l'appel venait de la réception de l'ascenseur. Ils ne l'appelaient que rarement, généralement pour lui signaler l'apparition d'un visiteur particulièrement imprévu ou récalcitrant. Souvent les deux. Il appuya sur un bouton pour enclencher le haut-parleur, vaguement curieux. Et se figea lorsqu'un nom qu'il n'avait pas entendu prononcé depuis bien longtemps se fit entendre. Il resta de longues secondes sans rien dire, se demandant ce que tout cela pouvait signifier.

« Merci Margaret. Faites le patienter, Miranda venir le chercher. »

La blonde n'était pas en mission aujourd'hui, et Percy sentait qu'il aurait besoin d'elle à ses côtés. Besoin de la personne en qui il faisait le plus confiance. Il lui écrivit un bref message, auquel elle répondit rapidement. Il n'avait jamais eu de secrets pour elle quant à sa famille, elle savait ce que tout cela signifiait. Et même si le Balance Point était la place forte d'Arkadia la plus sécurisée, il n'aurait fait confiance à personne d'autre pour y escorter son fils.

Quelques minutes après le coup de fil de la réception, l'agent Lockhart sortit de l'ascenseur, en contrebas. Elle échangea quelques mots avec la réceptionniste, avant de se diriger vers l'homme qui attendait : « Matthew ? Je suis l'agent Miranda Lockhart. Suivez moi : le directeur va vous recevoir. »

Sans ajouter un autre mot, elle se dirigea d'un pas vif vers la cabine. Elle se montrait aussi efficace et professionnelle qu'à l'accoutumée, ne manquant pas d'observer le visiteur avec la plus grande attention. La montée fut rapide, l'ascenseur grimpant dans le plus grand silence, accompagné d'un discret extrait de musique classique. Ils arrivèrent dans le vaisseau même, et Miranda guida Matthew le long de plusieurs coursives avant de le faire entrer dans le bureau. Elle entra à sa suite, s'adossant contre un meuble à droite de l'entrée, silencieuse. En face d'eux, Perceval Rose s'était levé pour les recevoir, bien droit dans son costume impeccable.

« Matthew. » fit-il, d'un ton qu'il espérait neutre. Puis il attendit, ne sachant pas trop quoi dire d'autre.
Percy
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Dim 28 Aoû 2016 - 23:57
Les secondes lui avait semblé des heures, là, dans ce hall très consensuel. L'attente. L'attente qu'il se passe quelque chose, l'attente qu'on viennent le chercher ou qu'on le renvoie. Il avait été poliment invité par l'hôtesse d'accueil à patienter quelques instants, le temps d'un coup de téléphone ou de s'adresser aux bonnes personnes, imaginait-il.
Depuis quelques semaines, la patience du jeune père avait été mise à l'épreuve. Le temps avait toujours été un bien précieux qui s'écoulait inlassablement, il était maintenant un ennemi qui le laissait à chaque instant dans une incertitude angoissante. Depuis son retour de mission, il avait l'impression d'avoir entamé une course contre la montre ou contre la mort...
Cette idée le hantait. Depuis des jours, elle tournait en boucle dans son esprit. À chaque fois, elle provoquait la même réaction, épidermique et violente. Son ventre se contractait avec force et une sueur froide glissait le long de sa nuque.Il ne pouvait imaginer, même pour une seconde, de perdre sa fille. C'était une issue qu'il refusait d'envisager. Il ne le supporterait pas. Il n'y survivrait pas. Pourtant il y avait Lou, et pour elle, il se devrait de continuer, coûte que coûte, quoi qu'il arrive. Mais il avait déjà perdu tellement. 
Dans ces courts moment d'angoisse et de doute, le jeune médecin prenait conscience de la précarité de sa situation. 

Alors, il tentait de rationaliser. Il faisait appel à son esprit le plus cartésien, au médecin qu'il était et non au père. À cet homme censé et réfléchit qu'il était devenu grâce à son travail. Il y avait encore des solutions, des traitements possibles à tester, des avis à consulter. Une partie de la solution se trouvait peut-être même au dessus de sa tête et il ne pouvait pas abandonner tout espoir avant d'avoir eu recours à toutes les possibilités qui leur étaient offertes, même les plus difficiles. Il inspira longuement pour ce donner le courage nécessaire à la rencontre qui allait avoir lieu. 

D'ailleurs, une jeune femme était venue le chercher. Froide, professionnelle. Elle s'était présentée à lui comme l'agent Lockhart et il l'avait suivit sans dire un mot, hochant simplement du chef pour la saluer avec une politesse des plus basiques. 
L'ascension dans la boîte aux parois de verre fut heureusement courte pour le médecin qui n'aimait qu'à moitié la hauteur. Il avait sentit le regard de la jeune femme sur sa personne et avait tenté d'en faire abstraction malgré l’œil scrutateur. Il s'était interrogé sur la place et le rôle de cette personne au sein d'Arkadia mais son attention s'était rapidement trouvée captée par leur arrivée au sein même du vaisseau. Le bâtiment était d'ailleurs comparable à une véritable ruche. Tout semblaient y avoir parfaitement sa place et sa tâche précise à accomplir. Il y régnait un ordre et un calme qu'il compara, en opposition, aux urgences où il travaillait. 

Se laissant conduire par son guide aussi taciturne que lui, ils arpentèrent une partie de l'immense vaisseau.
Matthew fut finalement introduit par l'agent dans un large bureau dont le caractère marqué traduisait une atmosphère toute particulière. À la fois chaleureuse, mais qui lui semblait tout à fait détachée. Son regard ne s'était, à vrai dire, ni attaché au mobilier boisé, ni aux œuvres, pas plus qu'à l'imposante bibliothèque. Il n'avait vu que l'homme, debout, endimanché dans son costume parfaitement coupé.
Il lui semblait qu'il n'avait pas changé depuis leur dernière rencontre. Pas une ride. L'expression de son visage toujours aussi neutre, presque apathique. Dix ans. Dix années s'étaient écoulées depuis leur dernier échange et si le temps et l'absence avait émoussée la haine, le ressentiment était toujours aussi présent. Une colère sourde qui s'était transformée en un mépris indifférent. 

Son géniteur avait accueilli d'un mot, qu'il lui avait rendu. 

-Percy. 

Puis, le silence s'était installé pour quelques secondes pendant lesquelles le jeune homme avait observé son père, mais aussi la jeune femme qui avait trouvé une place dans un coin du bureau. Il avait pleine conscience que c'était à lui que revenait le rôle d'engager la conversation. Après tout, cette entrevue était de son fait. Cependant, il avait beau avoir réfléchit et imaginé des dizaines de fois ce moment, il peinait à trouver le courage d'une confrontation. Il n'avait portant d'autre choix. 
Il avait cette impression étrange d'être retourné dix ans dans le passé, et même davantage, petit garçon impressionnable devant cet homme si puissant et si froid. 
Mais Matthew devait se raisonner, il n'était plus ce petit garçon, il n'avait plus à craindre. Il avait donc pris sur lui, et avec cette assurance posée, il avait fait face à son patriarche. 

-Je suis désolé de me présenter ici sans prévenir. Je m'en serais bien passé et aurais fait autrement si j'avais pu... Mais j'ai besoin de toi...

Les dernières paroles avaient été les plus difficiles à prononcer. Pourtant, il n'avait détourné le regard. Il faisait tout cela pour Anny, pour sa famille.

-Il se pourrait que ta petite-fille ait besoin de ton aide. Avait-il reprit du ton le plus neutre qu'il le pouvait bien qu'il avait du mal à contenir son émotion. Mettre en mot était encore plus difficile. Elle s'appelle Anny, c'est mon aînée et elle est malade. Elle a à peine sept an et il y a trois semaines on lui a diagnostiqué une maladie orpheline qui touche la moelle osseuse. Les médecins sont en recherche de donneurs pour une greffe. 

Allant droit au but, Matthew ne voulait pas perdre de temps, s'il se heurtait à un refus au moins serait-il fixé. Il pourrait passer à autre chose, chercher d'autres solutions. Mais le temps, toujours lui, pressait. Les défenses immunitaires de la petite fille s’amenuisait de jour en jour jusqu'à ce qu'elles deviennent inexistantes. A ce moment là, alors, elle serait plus que jamais vulnérable.
En dépit de l'importance de la demande, Matthew tentant de ne pas trop montrer ses émotions, surtout pas sa détresse et encore moins son espoir. Après tout, n'avait-il pas sorti cet homme de sa vie dix ans plus tôt ? Pourquoi accepterait-il seulement de l'aidé ?
Lohen
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Mer 31 Aoû 2016 - 14:26
Percy avait probablement imaginé ce moment des dizaines, voire des centaines de fois. Il n'était pourtant pas homme à se perdre en conjectures, mais une partie de lui s'était convaincue que le moment en question n'arriverait sans doute jamais, aussi avait-il laissé libre cours à son imagination. C'était tout ce qui lui restait ; ça, et les souvenirs. Il se rappelait de chaque instant passé en compagnie de son fils, et réalisait à quel point ils n'étaient pas aussi nombreux qu'ils auraient dû l'être. Il se souvenait de la première fois qu'il l'avait vu, quelques heures après sa naissance, lorsqu'il avait enfin pu passer à la clinique privée de l'Arkadia d'alors. Il aurait aimé se dire qu'il avait alors ressenti quelque chose de particulier, quelque chose de fort, mais il était trop bien placer pour savoir que ce n'est pas le cas. Sa mémoire était également émotionnelle, et il n'y avait eu ni tendresse particulière ni instinct paternel subit ; il s'était dit qu'il ne contemplait qu'un nouveau modèle d'être humain comme il y en avait des milliers et des milliers tous les jours. Et que la tâche de s'occuper de celui-ci lui revenait, uniquement imposée par la biologie. Le Percy de l'époque était un homme froid, qui avait élevé le pragmatisme au rang d'art et qui ne s'embarrassait pas de sentiments inutiles. Il était tout de même sorti fumer un cigare, comme le voulait la tradition narrative. Puis Marisa et lui étaient devenus des parents, quand ni l'un ni l'autre n'était prêt à sacrifier ce qui était nécessaire pour en être des bons.

Marisa et Perceval Rose ne s'occupèrent du bébé que de loin ; sa mère l'aimait, bien sûr, mais elle déléguait tout ce qu'elle pouvait déléguer à une armée de médecins et de nounous, bien décidée à ne pas laisser son rejeton ralentir sa carrière. Pour Percy, ce dernier n'était qu'une étrange occurrence de plus dont il fallait prendre compte. Puis Matthew grandit, rapidement. Dans un milieu sécurisé, où il ne manquait de rien si ce n'était l'attention réelle de ses parents. Pourtant, Percy se souvenait du moment où il avait compris que ce petit garçon était son fils au-delà de la simple description biologique de la chose. Comme chaque soir, il travaillait tard dans son bureau, et la gouvernante de l'époque était malade. Matthew était livré à lui-même dans le grand appartement, et il était entré dans le bureau, zone qui lui était normalement interdite. Assis sur son fauteuil, son père se massait les tempes pour chasser une migraine ; elles étaient moins présentes qu'aujourd'hui, mais commençaient déjà à se faire sentir de plus en plus. Le petit bonhomme (alors de trois ans, sept mois, deux semaines, douze jours, sept heures, dix-sept minutes et trente-neuf seconde, lui soufflait sa mémoire) s'était hissé sur ses genoux, avait pris l'un de ses doigts dans sa petite main, et avait posé l'autre contre son visage, comme pour l'aider, à la façon du docteur qu'il deviendrait plus tard. Pour la première fois, Percy ressentait ce que cela voulait dire d'être un père. Il comprit qu'il en était venu à aimer ce petit être. Il lui avait sourit, se laissant aller ; pendant quelques minutes, il n'y eut rien de plus important au monde que ce petit être, et Percy en ressenti la peur la plus vive qu'il avait jamais connue.

Alors il s'était juré de tout faire pour qu'il soit protégé, que jamais il ne soit mis en danger par les activités d'Arkadia. Un point sur lequel Marisa et lui étaient plus que jamais d'accord, là où beaucoup de choses les séparaient déjà. Perceval avait peur qu'on se serve de Matthew pour l'atteindre, et il comprit qu'il avait plus peur pour Matthew que pour lui. Une chose de plus qu'il ne lui avait jamais dite. Il s'était éloignée, pensant que s'il le repoussait le plus possible, il n'aurait à souffrir de sa zone d'influence. Plutôt que de lui montrer son amour comme un père normal l'aurait fait, Percy se révélait froid et distant, s'imaginait que c'était là le meilleur moyen de les protéger l'un comme l'autre.

Aujourd'hui, il aurait tout donné pour qu'il en soit autrement. Aujourd'hui, Marisa était morte, tuée de sa main, et son fils était devenu un étranger qui ne portait même plus le nom des Rose. Il ne pouvait pas lui en vouloir, il s'en rendait bien compte. Quelque part, Matthew avait exactement ce que son père avait espéré pour lui : il était devenu quelqu'un d'autre, quelqu'un de bien, quelqu'un de totalement coupé des dangers représentés par Arkadia. Et pourtant...et pourtant, son père comprenait maintenant que les choses auraient pu être différentes. Marisa et lui en seraient sans doute fatalement venus à se combattre un jour ou l'autre, mais ils auraient pu s'arranger différemment concernant leur fils. Dès le départ, Percy n'aurait pas dû oublier d'être un père. Au moins trouvait-il un certain réconfort dans l'idée que son fils avait trouvé son chemin dans la vie. Arkadia avait évidemment gardé l’œil sur lui, mais dans le seul but de s'assurer de sa sécurité. Jamais Percy ou son organisation n'étaient intervenus dans sa vie de quelque manière que ce soit ; il savait que Matthew ne l'aurait pas voulu, aussi avait-il au moins respecté ce choix. Ce que le jeune homme était devenu, il ne le devait qu'à lui-même. Et Percy était fier, tout en sachant pertinemment qu'il n'y était pour rien. Il savait aussi que son fils avait perdu sa femme dans un tragique accident, et il s'en voulait chaque jour de ne pas avoir pu l'empêcher. Il savait qu'il avait deux petites-filles, même s'il n'avait jamais cherché à les voir. Enfin, il savait que l'une d'elles était malade. Et si Matthew n'était pas venu en personne, Percy aurait fini par le contacter avant qu'il ne soit trop tard, parce qu'il n'aurait pas pu rester sans rien faire. Mais son fils était venu de lui-même, et si Percy savait que cela n'allait pas forcément changer quoi que ce soit entre eux, il se disait que c'était sans doute mieux comme ça.

« Tu as bien fait de venir, Matthew. » Percy resta debout plutôt que de se rasseoir dans son fauteuil. L'occasion était plus solennelle qu'il ne l'aurait cru, et ce qui jouait dans la balance lui paraissait plus énorme que tous les marchés jamais accomplis au nom d'Arkadia. Il contemplait le visage de son fils, gravant dans son esprit chacun de ses traits ; il avait vu des images, bien sûr, mais ce n'était pas pareil. Ils se trouvaient dans la même pièce pour la première fois depuis...et bien, depuis leur dernière rencontre, juste après la mort de Marisa. Un flot d'émotions tumultueuses s'agitaient dans la poitrine de Percy, qui luttait plus que jamais pour conserver contenance. Son visage s'était cependant adouci, perdant de la neutralité coupante qu'il avait pris l'habitude d'afficher avec son fils tout au long de sa vie. Les dernières années avaient humanisé Percy plus qu'il ne l'aurait cru possible ; et si avant, il aurait vu ça comme de la faiblesse, aujourd'hui...et bien, il n'était plus sûr de rien à ce sujet.

« La jeune femme qui t'a accompagnée jusqu'à mon bureau se nomme Miranda Lockhart. Elle est digne de confiance, et je lui confierais ma vie. Mais si tu préfères que nous parlions seul à seul, nous comprendrons. »

Avouer cela de Miranda, voilà encore une chose qu'il n'aurait jamais faite, avant. A vrai dire, il n'avait jamais témoigné d'une telle confiance en qui que ce soit, et encore moins devant quelqu'un d'autre. Même avec Roan, qu'il connaissait depuis plus longtemps encore.

« Anny... » répéta Percy, comme pour tester la sonorité. Anny, sa petite-fille. Et Lou, sa sœur. Il savait qu'elles avaient toujours eu droit à l'amour de leurs parents, et que Matthew s'en occupait du mieux qu'il pouvait depuis qu'elles avaient perdu leur mère. Percy savait aussi que ses sœurs, Andrea et Agrafena, avaient gardé le contact avec Matthew. Il ne leur en avait pas voulu, là encore il n'avait pas le droit. Et si même elles ne pouvaient pas l'aider, c'était que Matthew ne devait vraiment plus avoir le choix. Percy comprenait à quel point cela devait être difficile pour son fils de venir lui demander de l'aider, après tout ce qui s'était passé entre eux. Et tout ce qui ne s'était pas passé. Percy ne pensa pas un seul instant à en tirer le moindre profit, ou à en profiter d'une quelconque manière. Il n'y avait qu'une seule chose à faire.

« Tu... Anny et toi pouvez compter sur moi. J'imagine que tes tantes ne sont pas compatibles non plus, aussi je passerai le test dans l'heure qui vient. Et je peux faire en sorte qu'Anny ait accès au meilleur établissement, aux meilleurs médecins, au meilleur équipement, aux meilleures techniques. Le choix te revient, bien sûr. Mais si tu acceptes mon aide...et bien, cela risque de te surprendre, mais je n'attendrai rien en retour. Si tu décides de repartir une fois ta fille en sécurité, soit. Même si... » Percy n'en menait finalement pas plus large que son fils, il n'avait vraiment pas l'habitude de se sentir aussi vulnérable. « Même si j'espère...que nous aurons l'occasion de parler. Rien de plus. Je sais que je n'ai pas le droit d'attendre quoi que ce soit. Pas après tout ce que j'ai fait. »
Percy
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Mer 14 Sep 2016 - 21:20
Aux premières paroles de son géniteur, le cœur de Matthew s'était serré dans sa poitrine. Peut-être parce qu'elles n'avaient pas été celles auxquelles il s'était attendu. Ou celles qu'il aurait voulu lui entendre. Peut-être parce qu'elles ne collaient pas totalement à l'image qu'il avait gardé de cet homme froid et calculateur qu'était Perceval Rose. Ce même homme qu'il aurait dû pouvoir considérer comme son père mais qui n'avait jamais rien fait pour mériter ce titre, celui qui n'avait jamais pris la peine de s'embarrasser d'un fils, persuadé que l'argent serait suffisant à son bonheur plutôt que son amour...
Imperceptiblement la mâchoire de Matthew s'était légèrement crispée. Le ressentiment qui s'était tari avec les années semblaient trouver une nouvelle source. Cet homme... avait tué sa mère. Il avait porté l'arme contre son front et avait appuyé sur la détente. Lui, si élégant dans ses costumes hors de prix, rasé de près, aux airs si honorables et sûr de lui... cet homme là n'était autre qu'un monstre et pourtant il allait libre en dépit de son acte infâme.
Le jeune père avait pâli, se laissant submerger par la vague de haine qui colora soudainement ses joues. Ses points s'était crispés. Comment avait-il seulement pu avoir l'idée de venir le trouver... Anny... il ne devait penser qu'à elle. A son bien, à son rétablissement. Il devait le faire pour elle, au moins tenter. A la pensée de son aînée, allongée dans son lit d'hôpital, perfusée, sondées, toute faible qu'elle était, son ventre s'était retourné. Cette vision insupportable l'avait accaparé au point qu'il avait à peine entendu Perceval présenter son bras droit et il s'était contenté de hocher distraitement du chef :

-Peu importe, avait répondu le médecin d'un voix légèrement tremblante. Je ne serai, de toute façon, pas long. Avait-il murmuré tandis que le directeur lui proposait de faire les tests dans l'heure. 

Matthew resta silencieux pour quelques secondes. Il ne s'était pas non plus réellement attendu à ça. Mais à quoi s'était-il seulement attendu ? Rien, dans cette entrevue ne semblait se dérouler comme il avait pu l'imaginer. 
Le père était soulagé de cette réponse positive, pourtant, une lueur de déception passa dans l'œil du médecin tandis que Percy proposait son intervention avec cette grandiloquence qu'il détestait. Le jeune homme secoua la tête comme pour le faire taire, parce que c'était là l'homme qu'il connaissait. Dans un murmure légèrement blasé, Matthew tenta de le couper : 

-Arrête... Arrête avec tes propositions, veux-tu, les meilleurs cliniques, les meilleurs traitements... Si tu veux me montrer à quel point tu es... Puissant et... Influent... C'est bon, je sais, j'ai compris depuis longtemps...

Mais il en fallait plus que de molles protestations pour arrêter le directeur qui assurait déjà à son fils qu'il ne voudrait rien en échange. Le jeune homme ne pu retenir un rire amer. Nerveux. Il passa une main sur son visage pour cacher son trouble. Il ne savait plus quoi penser, ni faire, ni même dire. Son géniteur n'avait jamais eu la fibre familiale. Matthew n'avait jamais conçu une seule seconde que Percy ait pu avoir le désir de... de renouer avec son fils, de rencontrer ses petites filles. Mais se serait-il trompé, alors que Perceval exprimait son désir de parler ?  Le jeune père resta perplexe. Perplexe de cette réaction. L'homme était si strictement resté hors de sa vie pendant les dix dernières années, qu'il avait aisément imaginé que c'était là tout ce qu'il avait jamais voulu, libre d'obligations filiales qu'il n'avait jamais désiré, ne pas avoir à s'encombrer d'un rejeton et encore moins de sa descendance. Était-il en train d'exprimer l'inverse ? C'était absurde. 

À cette absurdité, certaines paroles de sa tante Agrafena lui revinrent. Pourquoi repensait-il à ce moment, là, maintenant, il n'en avait pas la moindre idée, mais il se remémorait avec une précision rare cette soirée. Probablement parce que c'était à peine quelques semaines après les funérailles de Caroline. La maisonnée était en deuil. Matthew était lui même dans un état déplorable. Lou était encore un bébé mais Anny était entrée dans une période de mutisme qui durerait plusieurs mois et nécessiterait plusieurs séances chez le pédopsychiatre. Heureusement, Marta, bien que touchée par la disparition de Caroline, montrait une force de caractère rare pour une jeune femme de dix neuf ans et s'occupait de leur famille comme jamais. 
Quoi qu'il en soit, la sœur de son père avait débarqué à l'improviste avec ses talents de cuisinière et sa bonne humeur. Elle avait donné son congé à Marta et s'était occupée de son neveux et de ses filles à merveille. Elle avait été une bouffée d'oxygène dans ce lieu en deuil, proche du désespoir. 
Les filles avaient été couchées depuis un certain temps et les deux adultes avait parlé de milles et une choses autour d'un énième verre d'excellent vin. Pour la première fois depuis des semaines que Matthew avait passé une agréable soirée. Loin des soucis du quotidien. Le vide dans sa poitrine lui était même apparu légèrement moins insoutenable. Probablement légèrement emporté par l'alcool et la légèreté du moment, Agrafena s'était mise à parler de son frère, brisant ainsi le tabou instauré depuis que le fils avait rompu les liens avec le père. Elle n'avait pas dit grand chose mais un : "Tu sais, ton père à bien changé, tu devrais essayer de lui donner une chance." avait été de trop. Matthew s'était immédiatement rembruni et le jeune homme avait un peu durement répondu à sa tante qui si c'était pour aborder ce sujet, il préférait encore finir la soirée seul. Agrafena s'était excusée et n'avait plus jamais fait d'allusion à Perceval ni mentionné son nom. 
Mais voilà qu'en cette situation critique, Matthew se remémorait ces mots, se questionnant pour la première fois sur les raisons de ces paroles et sur ce que sa tante avait bien pu vouloir laisser entendre par ce « changement ». Et si, d'une façon ou d'une autre, elle avait raison ? 

Matthew secoua la tête une seconde fois, comme pour écarter ses pensées absurdes. Sa respiration s'était très légèrement accélérée, sa voix s'était faite légèrement plus blanche :

-Et de quoi parlerait-on...? De la façon dont tu as tué ma mère ?

Voilà qui serait suffisant pour couper court aux désirs de son père. Le fils savait que pareil reproche tiendrait son père à l'écart encore un peu. Certes, ce n'était peut-être pas la technique la plus judicieuse alors qu'il venait de lui demander son aide, mais l'émotion avait pris le pas sur la raison pour une seconde. Il inspira et expira lentement. Il devait reprendre contenance. Il fit appel au médecin qu'il était et avec une assurance nouvelle, professionnelle, il reprit : 

-Merci pour la rapidité. Une fois les tests réalisés, les résultats comparatifs devraient être prêt en fin de journée. Du reste, Anny est très bien à l'hôpital public. 

Certes, certaines cliniques avaient plus de moyens pour le confort de leurs patients, la prise en charge de la famille, mais Matt avait confiance en ses collègues pédiatres. De plus, c'était là un des seuls moyens pour que le père soit aux côtés de son aîné le plus possible, dés qu'il avait quelques minutes de pause. 

-Je t'informerai des résultats dès qu'ils seront en ma possession. Si c'est une incompatibilité, tu n'entendras plus parler de nous. Décréta Matthew en dépit des dernières paroles de son père. En revanche, si la compatibilité est avérée, le processus de don sera enclenché, il ne restera que ton accord...

Une fois l'accord de don signé, la procédure se mettrait en marche. Mais pour le moment, l'urgentiste ne voulait trop y penser. Il voulait garder de l'espoir mais pas se bercer d'illusions.  
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Mar 20 Sep 2016 - 17:56
Décidément, la vie était pleine de surprises pour Perceval Roses, ces temps-ci. Des surprises dont la thématique concernait la famille, au point qu'il en venait à se demander s'il n'était pas la cible d'une sorte de curieux complot cosmique. Non seulement il apprenait qu'il était le père de jumeaux qu'il venait à peine de rencontrer, voilà que le fils qu'il croyait avoir perdu pour de bon réapparaissait pour la première fois depuis ce jour funeste où il lui avait avoué avoir tué sa mère. A ce stade, il commençait à se demander s'il n'allait pas bientôt se découvrir un demi-frère caché ou, pendant qu'on y était, un véritable jumeau maléfique. Et il ne savait toujours pas comment réellement réagir à tout ça. Déjà, il n'aimait pas les surprises. Il préférait avoir une longueur d'avance sur tout et n'importe quoi, et n'appréciait guère se retrouver dans la position de l'ignorant. Lui qui se targuait de ses talents d'informateur et d'analyste, voilà qui avait de quoi lui faire ravaler sa fierté un certain nombre de fois. Il chassa pourtant Dahlia et Léon de son esprit pour le moment ; ce n'étaient pas eux qui se retrouvaient face à lui pour le moment, même si cela finirait bien par se produire. Non, aujourd'hui, il s'agissait du fils qu'il connaissait. Ou, plutôt, dont il connaissait l'existence depuis toujours, car il ne pouvait pas prétendre réellement connaître Matthew. Après tout, il n'avait jamais vraiment fait d'efforts en ce sens, et quelles qu'étaient ses raisons à l'époque, il savait aujourd'hui qu'elles étaient mauvaises. Mais si ce moment était difficile pour lui, il se rendait bien compte à quel point il devait l'être encore plus pour l'homme qui se tenait devant lui. L'homme, et non plus l'enfant isolé, l'adolescent rebelle ou le jeune homme en colère qu'il avait connu. Celui qui se trouvait de l'autre côté de son bureau était lui-même devenu un père, ce que Percy n'avait jamais su vraiment être. D'un coup d’œil, Percy vit que Miranda observait la scène avec attention, se faisant discrète. Il était reconnaissant de sa présence, à vrai dire ; à bien des égards, elle faisait plus partie de sa famille que celle qui partageait son sang.

« Si toutes mes propositions d'aide ne font que te donner l'impression que je cherche à étaler mon pouvoir et mon influence devant toi, c'est que j'ai été encore un plus mauvais père que je ne l'avais imaginé. Ou plutôt, cela me fait réaliser une fois de plus que je n'ai jamais été un père autrement qu'en nom. »

Un nom que son fils avait changé, d'ailleurs, et Percy le comprenait, même s'il ne pouvait nier l'effet que cette nouvelle avait eu sur lui lorsqu'il l'avait appris. Mais pouvait-il en vouloir à son fils de quoi que ce soit ? Bien sûr que non. Après tout ce qui s'était passé entre eux, il était normal que Matthew ait cherché à s'éloigner le plus possible de ses racines. Le directeur d'Arkadia s'était repassé des milliers de fois leur dernière conversation dans sa tête, se demandant ce qu'il aurait pu dire d'autre ce jour-là, qui aurait peut-être permis de changer la situation entre eux. Pour chaque fois arriver à la conclusion que c'est bien avant qu'il aurait dû tenter quelque chose, dès la naissance de Matthew, même. Aujourd'hui, il se retrouvait devait un fait accompli dont il était l'unique responsable, et uniquement avec des excuses qu'il imaginait déjà bien trop tardives. Quoi que pour en être sûr, encore faudrait-il qu'il se décide à les prononcer de vive voix. Même si elles ne devaient rien changer, il estimait qu'il les devait à Matthew.

« Ta mère... » commença-t-il, avant de s'interrompre. Perceval Rose n'était pas souvent à court de mot, mais que pouvait-il dire de plus sur ce sujet ? La raison de son geste importait peu, seule comptait la conséquence aux yeux d'un fils qui avait perdu sa mère. Qu'est-ce que Percy aurait pu dire, bon sang? Bien sûr, il aurait pu lui parler de long en large de la personne qu'avait été Marisa Coulter. De cette femme encore plus impitoyable que lui, qui avait ordonner sans une seule arrière-pensée la mort d'hommes et de femmes innocents pour la seule raison qu'ils risquaient de gêner ses plans, condamnant leurs familles à vivre sans eux. De toutes les fois où elle avait elle-même pressé sur la détente, quand Percy lui-même essayait d'éviter les morts inutiles même au sommet de son pragmatisme. De la dernière limite qu'elle avait franchie, non en trahissant son mari et en l'emprisonnant, mais en le faisant pour offrir les services d'Arkadia à des fanatiques. Et de tout ce dont elle aurait été capable par la suite s'il n'avait pas mis un terme définitif à ses actions.

« Quoi que je puisse te dire sur ta mère, je pense que tu refuseras de me croire. Sans doute à raison, au vu de mon comportement. Et je ne ternirai pas sa mémoire à tes yeux, pas comme ça. Mais je suis prêt à te dire tout ce que tu souhaiterais savoir. Ce que j'ai fait... Il ne se passe pas un jour sans que je revive cet instant terrible encore et encore. Et je le regrette. Mais plus encore...je regrette tout ce que tu auras traversé à cause de moi. Je regrette de ne pas avoir su être un père. J'aurais dû...j'aurais dû faire autrement, avec toi, et ce dès le début. Je sais que ça ne changera rien de le dire, mais j'aurais dû. Je suis désolé, Matthew. Et je sais maintenant que je me suis planté sur toute la ligne. J'ai eu tort. »

Voilà qui était dit. Et que cela change quelque chose ou non n'avait finalement aucune importance. Percy ne se sentait même pas soulagé d'avoir enfin prononcé ces mots, il savait que cela aurait été bien trop facile que cela se produise ainsi, et il ne le méritait pas. Seulement, il devait ces mots à son fils. Au moins ça. Lui montrer qu'il n'était pas infaillible, qu'il pouvait non seulement se tromper, mais aussi ne pas avoir le moindre contrôle sur ses erreurs. Qu'il n'était qu'humain lui aussi, malgré ce qu'il aurait pu faire croire.

« Tu seras toujours mon fils, mais je sais que je n'ai jamais été ton père. Et je sais bien que je n'ai aucun droit de le redevenir un jour. Je réalise que je n'ai aucun droit d'attendre quoi que ce soit de ta part. Mais si je peux t'aider de quelque façon...je le ferai. Sans aucune attente, sans contrepartie. Tes filles... Tu as sans aucun doute été un meilleur père pour elle que je n'aurais jamais été capable de l'être. Pour commencer, tu as été là. Tu as toujours été là. Tu es devenu un homme bien, Matthew. Meilleur que je ne l'ai jamais été. Tu t'en es sorti, malgré tout ce que tu as pu subir à cause de nous. A cause de moi. »

Percy aurait voulu en dire plus, mais il n'osait plus parler, de peur de perdre définitivement son fils alors qu'il venait à peine de le retrouver pour la première fois depuis toutes ces années. Il réalisait plus que jamais à quel point il était prêt à tout pour que Matthew lui accorde ne serait-ce qu'une chance, mais il savait aussi qu'il ne le forcerait pas. Si cela devait être leur dernière conversation, il le comprendrait. Pour le moment, mieux valait se concentrer sur ce qui avait poussé son fils à venir, et qui se révélait être la seule chose qui comptait vraiment : la santé d'une petite fille.

« Je ne voulais pas imposer quoi que ce soit en proposant lieux et soins. Je ne veux rien d'autre que ce qui est le mieux pour elle, mais tu en es le seul juge. L'aéronef a des labos, je peux m'y rendre de suite pour qu'ils me testent. Ou je peux faire venir le matériel pour que tu le fasses toi-même. Je suis prêt à faire tout ce que je peux pour vous aider, mais je suis également prêt à m'imposer le moins possible. »
Percy
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Mar 4 Oct 2016 - 13:11
Il était important pour Matthew, en dépit des circonstances, de demeurer maître de ses émotions. Au moment même où il avait pris sa décision, où il s'était résolu à venir faire face au directeur d'Arkadia, il avait su qu'il n'aurait le droit à aucune faiblesse.
D'une part peut-être, parce qu'il avait eu cette appréhension de se retrouver face à un homme qu'il avait toujours considéré comme impitoyable et qu'il ne pouvait, quelque soit son accueil ou ses réponses, se laisser ébranler.
De l'autre, parce que c'était un passé qu'il avait volontairement cherché à oublier vers lequel il tentait de revenir et revenir sur ce passé, c'était revenir sur sa parole. Un parole qu'il avait pourtant cru irrévocable, celle de ne plus jamais revoir cet homme, de ne plus rien avoir affaire avec lui...
Aussi, ce désir de rester neutre et avec seul objectif de trouver un remède pour sa fille était plus difficiles qu'il ne l'avait imaginé. Ou plutôt, qu'il ne l'avait espéré. Probablement parce que rien ne semblait se déroulé comme il avait pu mille fois l'imaginer. Il n'avait fallu que quelques paroles de la part de son géniteur pour exciter ses anciennes rancoeurs, quelques phrases pour le déstabiliser dans ses convictions l'homme qu'il était, à peine plus pour venir tout remettre en question.
Les réflexions de Rose le troublaient plus qu'il ne l'aurait voulu. Comme s'il ne voulait se résoudre à saisir la véritable portée des paroles de son patriarche. Peut-être pare qu'il ne pouvait réellement concevoir qu'elles soient celles d'un homme qui avait changé, honnêtes, dénuées de doubles sens où d'arrières pensées.

Pourtant, lorsque Perceval s'était avancé sur le terrain glissant de Marisa, le jeune homme ne pu s'empêcher de serrer les points. Il redoutait d'entendre quoi que ce soit au sujet de sa mère, mais il pouvait malheureusement ne s'en prendre qu'à lui même. Il était celui qui avait lancé son nom sur le tapis. Mais contre toute attente, le directeur s'était gardé de défendre une nouvelle fois son geste ignoble. Matthew n'aurait jamais avoué qu'il devait au moins lui être reconnaissant de ça. En toute franchise, le médecin ne pourrait jamais pardonner à son père cet acte atroce, ignominieux de l'assassinat. Parce qu'il demeurait persuadé qu'il s'agissait là d'un geste trop inhumain pour être pardonné, parce qu'il était également persuadé qu'il aurait pu y avoir d'autres solutions. De plus, si Marisa ne s'était jamais montrée être la mère parfait, au moins avait-elle su, à sa manière, prodiguer son amour pour son fils unique, être là pour lui. Sa mort avait été un déchirure que rien ne pourrait réparer.
Silencieusement, Matthew avait toujours furieusement haï son père de lui avoir pris cette source d'amour, mais aussi de l'avoir privé d'adieux, d'une dernière étreinte, de quelques derniers mots. Même les condamnés à mort, avait davantage de droits... Non, cela, Matthew ne pourrait jamais le pardonner.

Pourtant. Pourtant, le jeune médecin n'était pas entièrement ignorant non plus, de la personne qu'avait été sa mère de son vivant. Certes, il n'en avait rien su pendant des années et aussi avait-il toujours regretté la décision de ne plus se bercer d'illusions concernant sa génitrice. Il avait ressenti le besoin de savoir. Il aurait pu continuer à prendre pour seule excuse les actes d'un homme suffisamment assoiffés de pouvoir et se sentant menacer par l'influence grandissante de sa femme, mais le jeune homme avait eut besoin de plus. Besoin de savoir, comme pour chercher un sens à cette mort. Là où il s'était persuadé qu'il n'y en avait aucun, seulement l'injustice et la folie d'un homme, il s'était heurté à la vérité. Nue, crue, dure, mais qui lui avait permis de faire son deuil.
Pour cela, il s'était adressé à ses tantes impartiales, qui, sans insister sur les détails, lui avait révélé le véritable portait de Marisa Coulter, sa véritable nature. La pilule avait été dure à avaler, mais puisque sa mort avait lavé ses pêchés, aussi s'était promis d'entretenir le souvenir de celle qu'elle avait tout de même été : une mère aimante.

Le jeune père était, pendant tout ce temps, resté profondément silencieux, écoutant Perceval, dorénavant plus loquace que dans les premières minutes de leur retrouvailles, et son monologue fit naître une boule au creux de son ventre. Il n'était pas prêt pour ça. Il voulait encore croire qu'il ne s'agissait que de paroles en l'air, visant à se racheter une conduite auprès de son fils, mais il ne connaissait qu'un homme pragmatique qui n'aurait pas perdu son temps avec ce genre de foutaises. Matthew en venait presque regretter ce géniteur qu'il pouvait si facilement haïr parce que c'était là bien plus simple de que se confronter à autant de sentiments contradictoires à son égard. Ce Percy là reconnaissait ses erreurs, montrait ses faiblesses et ses regrets.
Une vois ne pouvait s'empêcher de lui souffler qu'il ne s'agissait que d'une simple technique de manipulation qui collait à l'image du Perceval Rose qu'il connaissait. Une autre, effarée, reconnaissait qu'il était un autre homme.
Cependant, le fils demeura encore atone pour quelque temps. Seule la lueur de son œil semblait s'être altérée aux déclarations de son père. Il n'avait pas le courage de répondre maintenant, pas tant qu'il était encore aux prise d'émotions violentes et contraires. Il bouillait de rage comme il était glacé de sueur froide. Il s'était empêcher de rétorquer qu'il n'avait pas besoin de lui pour savoir toutes les choses qu'il lui disait là. Pourtant, depuis de la mort de sa mère, puis celle de Caroline, personne ne lui avait jamais dit de telles choses. Ce genre de chose qui reconnaît confiance lorsqu'il était assailli de doute, courage lorsqu'il pensait ne plus y arriver...

Pris au dépourvu par la dernière proposition, le jeune docteur dut réfléchir, non pas à ce dont il avait envie, mais à ce qui permettrait au processus d'être plus rapide. Son professionnalisme lui permettait de garder encore un peu ce masque d'assurance :

-Autant ne pas perdre de temps à faire déplacer du matériel et ça t'épargnera un passage à l'hôpital. Autant directement demander à tes laboratoires de réaliser les tests, j'imagine que tu as pléthore d'excellents médecins pour les faire, je ne vais pas m’imposer, et puis je ne suis qu'urgentiste. Je n'ai pas fait de numération sanguine ni d'extraction d'ADN depuis mon externat. Je préfère laisser la tâche à quelqu'un de compétent.

Après un silence.

-Je pourrai lancer la comparaison des résultats immédiatement après si je peux accéder au serveur de l'hôpital.

Le médecin semblait en proie à une hésitation :

-J'imagine que si la compatibilité est avérée... tu pourrais rencontrer Anny...rencontrer au moins ta petite fille si tu es prêt à la sauver...

Avec plus de désinvolture qu'il ne l'aurait voulu, mais derrière laquelle il masquait son malaise :

-De toute façon, les filles m'ont toujours posé pleins de question sur leur grands parents qu'elles ne connaissent pas. Peut-être est-il temps qu'elles rencontrent le seul grand-père qu'il leur reste...
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Sam 8 Oct 2016 - 16:27

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Au fur et à mesure de la conversation, le père et le fils Rose peuvent s’être aperçu qu’un silence pesant règne désormais dans la pièce. Plus aucun bruit ne provient du reste de l’aéronef, ni du personnel. Comme s’ils étaient désormais coupés du monde dans ce grand bureau. Cela ne manquera pas au moins d’alerter le directeur d’Arkadia, tant cela est inhabituel. Mais s’il tente de contacter qui que ce soit, il constatera bien vite que tous les moyens de communication sont coupés. S’il venait à essayer de téléphoner, il entendrait uniquement des sons étranges, comme si une personne respirait à l’autre bout du combiné.

Les lumières de la pièce se mirent à vaciller, et la pièce devient soudainement plus lugubre. Une lumière blafarde l’éclair désormais, alors que ce qui semble être une fine neige est en suspension dans l’air. Les objets accumulés dans le bureau ont pour la plupart disparu, ou sont désormais en piètre état. Tout à coup, un bruit étrange provient de derrière la porte donnant sur le couloir. Des grattements se font entendre, de même qu’une plainte rauque. Tout suggère qu’il y a une présence de l’autre côté…

[La suite vous appartient : au moment où l’on essaie d’ouvrir la porte, revient à la normal. Ou pas.]

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Ven 14 Oct 2016 - 15:15
Il était bien difficile de prédire quel tour pouvait prendre une telle conversation, aussi Perceval Rose ne s'y essayait-il même pas, contrairement à son habitude. Il était tout simplement heureux de voir qu'elle n'avait pas encore tourné court, et que Matthew semblait prêt à faire des efforts pour rester ainsi en sa présence. Son père était disposé à en faire autant -tout ce qui était possible même- pour que cela continue dans ce sens. Il réalisait bien que la balle était principalement dans son camp, et qu'il ne revenait qu'à lui de faire de son mieux pour montrer à l'homme qui se tenait devant lui qu'il avait changé. Il savait aussi qu'ils ne pourraient jamais vraiment rattraper le temps perdu, et Percy ne s'attendait à ce qu'ils entretiennent soudainement une relation familiale ; cependant, toute relation était bonne à prendre, quelle qu'elle soit. C'était un début.

« Je vais contacter le secteur médical du Balance Point pour organiser ça. Ensuite, les résultats devraient arriver rapidement, et nous serons fixés. S'ils s'avèrent compatibles, nous nous organiserons pour la suite. Tout ce dont Amy aura besoin de ma part, elle l'aura. Je sais...je sais que je ne t'ai jamais donné de raison de croire que tu pouvais compter sur moi, Matthew, mais aujourd'hui tu le peux. Et tes filles aussi. Je serai heureux de les rencontrer, bien sûr. »

Plus d'une fois, le directeur d'Arkadia avait réfléchi au moyen de renouer le contact avec Matthew, surtout depuis la naissance de ses filles. Mais il n'avait jamais trouvé le bon moment, la bonne manière ; il avait toujours eu peur que si ce n'était pas son fils qui revenait de lui-même, toute tentative de l'approcher directement se solderait par un échec. Bien évidemment, il aurait préféré que les circonstances soient autre, et que la vie d'Amy ne fut pas en danger. La priorité, c'était l'enfant, et il serait inflexible sur la question, même si Matthew devait décider de couper à nouveau les ponts par la suite. Percy n'était pas habitué à l'idée d'avancer à l'aveugle mais à ce sujet, tous les risques en valait la chandelle. C'était un acte de foi, et sa famille méritait bien cela. Joignant le geste à la parole, il allait décrocher le téléphone de son bureau pour faire le nécessaire, mais il interrompit son geste la main au-dessus du combiné : il se passait quelque chose d'étrange. Il n'entendait plus un seul bruit, ce qui était inhabituel sur un vaisseau, même un aussi sophistiqué que le Balance Point. Il y avait toujours de légères vibrations, un ronronnement diffus de moteur, un cliquetis quelconque. Mais tout à coup, il n'y avait plus le moindre son, comme si le bureau était enveloppé de sa bulle de silence isolante. L'atmosphère était soudain devenue particulièrement étrange, pesante, comme si l'univers se modifiait petit à petit tout autour d'eux. Les lumières se mirent à clignoter, ce qui était d'autant plus étrange, et même inquiétant : les lumières ne clignotaient jamais à bord. Les soucis techniques restaient rares, l'appareil bénéficiant d'une maintenance de première classe et de tous les instants. Le directeur fronça les sourcils, avant le les hausser sous le coup de la surprise en contemplant les autres changements qui se produisaient dans la pièce : les objets qui n'avaient pas disparus se modifiaient, donnant l'impression de vieillir à vue d’œil, le tout sous une étrange poussière qui flottait dans l'air à l'image d'une neige grisâtre et peu naturelle. Un coup d’œil à son fils et son bras droit suffirent à lui indiquer qu'ils expérimentaient aussi la situation ; Miranda échangea un regard d'alerte avec son patron. Elle restait calme, mais il pouvait la sentir tendue, comme lorsqu'elle se préparait à un danger éventuel.

« Je vais essayer de savoir ce qui se passe... »
finit-il par dire, décrochant finalement le téléphone, qui semblait lui aussi usé par le temps. Mais à l'autre bout du fil, il ne pouvait entendre que d'étranges bruits qui rappelaient une respiration. Il se passait vraiment quelque chose qu'il ne comprenait pas, ce qui ne manquait pas de l'inquiéter. Si l'aéronef était victime d'une attaque quelconque, il leur faudrait réagir au plus vite. Et les responsables regretteraient d'avoir choisi un tel jour. C'est là qu'il entendit les grattements derrière la porte, et la plainte rauque, comme si une...créature rôdait dans la coursive, sur le point d'entrer. Se raidissant, Percy glissa une main sous son bureau pour se saisir de l'arme dissimulée qui s'y trouvait, tandis que Miranda se mettait en position à côté de l'entrée, sa propre arme prête. De sa main libre, elle alla se saisir de la commande d'ouverture avant de l'actionner pour...révéler le vieux McIntosh, un membre du personnel de nettoyage de l'aéronef, qui balayait la coursive en sifflotant, un casque de musique sur les oreilles. Et juste comme ça, tout revint à la normale : les lumières, les bruits, le bureau et son contenu, comme si rien de tout cela ne s'était passé. Le téléphone avait retrouvé sa tonalité habituelle, et pas le moindre danger ne semblait rôder où que ce soit.

« Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais je soupçonne l'utilisation d'un pouvoir de prodige qui a mal tourné. » Après tout, il n'y avait pas mille explications, et Percy en avait analysé un bon nombre dans son esprit ces dernières secondes. « Un don qui influence sur la perception de la réalité, sans doute lié à la projection d'illusions. Je ne crois pas que quiconque à bord en soit le responsable, ce qui implique un pouvoir extérieur d'une grande magnitude. Je doute que l'on soit en danger, mais... Miranda ? »

« Je vais m'en assurer »

Percy hocha la tête, et la blonde sortit dans la coursive. Elle restait aux aguets, mais estimait aussi que le danger -s'il y en avait eu un- était passé. Au moins, illusoire ou pas, c'était à gérer dans la vraie vie, quelque chose qu'elle pouvait affronter d'une manière ou d'une autre. Bref, cela ne valait pas la peur qu'elle était capable d'éprouver devant un film d'horreur, dont elle était friande tout en les redoutant ; un détail qu'elle n'était pas du genre à avouer à qui que ce soit...

« Merci. » Puis, à Matthew : « Je suis désolé. Et je peux t'assurer que je n'y suis pour rien... Je vais appeler l'antenne médicale, maintenant. »

Bien sûr, Percy ne pouvait s'empêcher de craindre que cet étrange phénomène allait doucher les ardeurs de Matthew, et rendre la suite de leur conversation plus difficile. Il espérait qu'il en serait autrement.

«Ici le directeur Rose. Pouvez-vous faire monter le docteur Chandler pour un test B1, je vous prie ? Merci. »

Il raccrocha, et hésita quelques instants avant de reprendre ; il y avait un autre sujet qu'il avait hésité à aborder, mais avait finalement décidé qu'il valait mieux s'en charger. Même si cela devait changer les choses.

« Le docteur sera là dans quelques minutes. En attendant, concernant la situation d'Amy... il y a une autre possibilité à envisager. Et j'estime que je te dois au moins t'en donner le choix. J'ai eu vent d'un prodige dotés de dons de guérison qui s'est installé sur l'Arche. Il est capable de guérir n'importe quelle maladie qui n'est pas dérivée d'un pouvoir. Je sais qu'il accepterait sans autre d'examiner Amy, et de la guérir s'il en est capable ; c'est le type d'homme à faire ce genre de choses sans hésiter. Tu mérites d'avoir toutes les options disponibles ; si tu décides de le contacter, je peux te fournir les informations nécessaires. »

En disant tout cela, Percy se rendait bien compte qu'il offrait un possible échappatoire à son fils, mais il voulait lui montrer qu'il n'était plus l'homme qui attendait quoi que ce soit en retour et qu'il souhaitait sincèrement faire de son mieux pour aider Amy. Quoi que le père de l'enfant décide, il se rangerait à sa décision ; mais il espérait que même sis Matthew décidait d'aller voir James Novak, il déciderait de rester dans sa vie maintenant qu'ils avaient enfin repris contact.
Percy
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Jeu 10 Nov 2016 - 23:39
Le jeune père s'était contenté de hocher de la tête. Un simple signe du chef qui le dédouanait d'en dire plus tout en appuyant les paroles de son géniteur. Qu'aurait-il pu ajouter à cette conversation déjà bien mal aisée, de toute façon ? Aussi, il laissa le directeur prendre en charge la suite, puisqu'il était le seul à avoir le pouvoir de la mettre en place.
Matthew avait bien du mal à rester en place et à ne pas trop montrer son impatience. L'avenir de sa fille reposait pour le moment entre les mains de son père, ce n'était pas le moment de faire un faux pas qui aurait valu à son géniteur de changer d'avis. Cette dépendance vis-à-vis de cet homme le mettait mal à l'aise, mais, plus qu'il n'aurait voulu le reconnaître, sa réaction positive l'avait également soulagé d'un poids, celui du doute et de la crainte. Elle n'en chassait pas moins les réticences, mais au moins, une nouvelle chance était offerte à Any.

Ainsi, le médecin avait légèrement détourné le regard tandis que Perceval se saisissait du téléphone pour joindre le service approprié, comme pour lui laisser une certaine marge de discrétion. Mais tout comme l'immortel, Matthew s'était aperçu du calme soudain qui s'était installé sur la pièce, de l'épaisseur que semblait avoir pris l'atmosphère. Pendant quelques secondes, il avait d'abord cru à un tour de son esprit, qui n'aurait pu être que l'expression de ses appréhensions quant à cette situation, mais lorsqu'il compris, notamment par la réaction de Rose, que le phénomène était bien réel, son cœur fit un léger bon dans sa poitrine. L'étrange altération du monde qui les entourait créait chez lui une angoisse qu'il tentait, en homme adulte et raisonner de maîtriser. Seulement, sous ses yeux, l'espace, la pièce, les objets semblaient dépérir ou régresser. Dans l'air à couper au couteau flottait d'étrange particules, la luminosité avait baissé et la lumière semblait incapable de répandre son aura, constituant seulement un faible halos autour des ampoules. Le silence était oppressant et il avait l'impression de ne plus entendre que son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine.

Jetant un coup d’œil aussi inquiet que d'incompréhension à son père, il comprit que celui-ci n'y était pour rien dans ce changement, surprenant une expression qui trahissait chez le directeur une forme de surprise. L'état alerte de la jeune femme demeurée avec eux n'avait rien pour le rassurer.
Mais en homme froid et pragmatique, Percy avait reprit le contrôle de la situation avec professionnalisme, ne se laissant surprendre bien longtemps. Et si Matthew avait reculé d'un pas, c'était autant pour prendre ses distances avec le grattement derrière la porte que de l'arme qu'avait sorti d'on ne sait où le Directeur.
Il observa les deux sans rien dire, prêts à intervenir, il ne s'était cependant pas attendu que l'illusion s'envole aussi rapidement qu'elle était apparue au moment même où la ils ouvraient la porte derrière laquelle il s'était davantage attendu à trouver un monstre effrayant qu'un homme de ménage. Il cligna plusieurs fois des yeux, comme tiré d'un rêve – ou plutôt d'un cauchemar. Rien ne laissait deviner ce qui venait de se passer quelques secondes plus tôt.

Le jeune père allait ouvrir la bouche pour demander des explications, mais elle virent sans qu'il eut à demander. L'espace d'un instant, Matthew avait eu peur d'y être pour quelque chose, bien que son don n'était, et de loin, pas aussi puissant, il avait tout de même eu cette angoisse irrationnelle.
Matthew avait regardé l'agent s’éclipser, pour se retrouver seul en tête à tête avec son paternel. En fait, il réalisait qu'il appréciait la présence d'un tiers... mais déjà son père lui assurait qu'il n'était pour rien dans cette intervention paranormale et le jeune homme se contenta de lui lancer un regard légèrement perplexe. Oui, la coïncidence était étrange, mais il voulait bien croire que tout cela n'avait aucun lien avec sa venue, pourtant, il ne pouvait s'empêcher de penser que ce genre d'événements n'auraient pas dû l'étonner. Après tout, lui vivait une vie des plus normales, dénuées de ce genre de situations irréalistes, mais ce n'était pas le cas de celle de son père et cela renforçait son impression qu'ils vivaient tous deux dans des mondes complètement différents. Diamétralement opposés même. Et il n'était pas sûr de vouloir se confronter trop souvent à un monde où on planquait une arme sous son bureau et où pouvait apparaître et disparaître des illusions parfaitement effrayantes... Un monde où assassiner des gens et où... non... non il ne devait pas partir sur ce chemin là. Rester concentrer sur l'essentiel...

Le jeune urgentiste n'eut de toute façon le temps de laisser aller plus loin sa reflexion, Perceval avait reprit la parole pour lui parler d'un... « autre choix ? ». Matthew restait perplexe et fronça légèrement des sourcils en écoutant son géniteur lui parler d'un prodige aux pouvoirs de guérison. Il se rendait compte de ce que cela voulait dire, mais aussi des conséquences pour l'homme face à lui. Matthew sembla hésiter quelques secondes :

-Et... il est fiable ?

Il ne pouvait laisser de côté la moindre aide, pourtant, il connaissait la médecine et rien du prodige en question. De plus, les dons étaient encore inexpliqués, parfois aléatoires et avec des effets étranges, Matthew voulait être absolument sûr qu'un tel recours serait sans danger avant de l'envisager. Sur cette pensée, on frappa à la porte et notre protagoniste sursauta légèrement.
Lohen
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Jeu 17 Nov 2016 - 13:54
Si Percy se montrait bavard, comme à son habitude, Matthew décrochait à peine un mot. Il se contentait de brèves phrases explicatives, se gardant bien de trop en dire sur un sujet ou un autre. La réserve qu'il émettait était compréhensive, et son père comprenait bien qu'il n'était pas encore en droit de demander de plus. En réalité, il se satisfaisait déjà de la seule présence de son fils, et comprenait à quel point cela avait dû être un effort important pour lui d'avoir fait ce premier pas. Non, Percy n'attendait pas plus, du moins pour le moment, et il n'avait aucune intention de forcer la main. Plutôt de laisser les choses se faire les unes après les autres, sans se mêler du processus autrement qu'en faisant ce qui était attendu de lui.

L'étrange phénomène qui avait un instant modifié l'atmosphère et l'apparence de son bureau l'avait inquiété, et plus à cause de ce qui aurait pu détériorer la situation avec son fils plutôt qu'un réel danger encouru. Il restait cependant déterminé à en trouver l'origine, ne serait-ce que parce qu'il n'aimait pas ne pas savoir, d'autant plus lorsque cela touchait à son sanctuaire. Mais quelle que fut l'origine de cette étrange manifestation, tout semblait redevenu à la normale. Il restait tout de même attentif, décidé à ne pas se laisser surprendre. Il n'allait pas courir le moindre risque, surtout avec Matthew présent.

Là encore, ce dernier se montra bien peu communicatif, mais il ne chercha pas à lui mettre ce qui venait de se passer sur le dos. En soit, c'était déjà un point positif. Matthew n'était pas reparti en courant, claquant la porte derrière lui. Cela avait tout à voir avec la situation de sa fille bien entendu, ce que Percy acceptait pleinement : elle était la plus importante. Rose avait pris un risque en mentionnant le guérisseur et, contrairement à son habitude, il n'avait pas été calculé. Il avait abordé le sujet instinctivement, sans se soucier des conséquences et des ramifications qui pouvaient le concerner. Il voulait sincèrement que Matthew ait toutes les cartes en main, afin qu'il puisse prendre la décision qui lui convenait le mieux.

« James Novak est fiable. Il n'est pas omnipotent, cependant. Il y a des maux qu'il est incapable de soigner ; généralement ceux qui sont liés à un pouvoir de prodige, qui s'attaquent à l'hôte d'une manière intimement liée à ces derniers. Mais en ce qui concerne les autres maladies, je crois qu'il n'y en ait guère qui lui résiste. Et même lorsque ses pouvoirs échouent, leur utilisation n'est pas à risque pour les malades. Si tu souhaites également explorer cette possibilité, je te donnerai l'adresse de son cabinet en ville. Ou tu pourras le trouver par toi-même si tu préfères : il ne se cache pas, et c'est un homme qui ne renonce jamais à une occasion d'aider ceux qui en ont besoin. Un soigneur, comme toi. Ce que tu fais... Je suis heureux que tu aies trouvé ta voie, malgré... et bien, malgré moi, entre autre. »

Il n'alla plus loin, de peur d'antagoniser son fils d'une manière ou d'une autre. Mieux valait avancer pas à pas. Et puis la porte s'ouvrit pour révéler Miranda et le docteur Chandler, le responsable médical affecté au Balance Point. La blonde hocha la tête négativement pour signifier qu'elle n'avait pas découvert la raison du phénomène de tout à l'heure. Mais il n'y avait effectivement pas de danger, sinon elle se serait comporté tout autrement. Elle s'adossa à nouveau à côté de la porte, observatrice, pendant que le médecin sortait son matériel. Percy remonta sa manche, Chandler passa un peu d'alcool sur le bras, et y injecta sans préambule sa seringue hypodermique. Elle avait été conçue de manière à prendre les échantillons nécessaire de la façon la plus efficace possible, et l'aéronef était équipé d'un laboratoire qui pourrait avoir les résultat en l'espace de quelques minutes.

« Merci docteur. Appelez moi lorsque vous saurez. »

Chandler acquiesça avant de s'éclipser, professionnel jusqu'au bout des ongles. Le directeur d'Arkadia n'avait même pas eu besoin d'un sparadrap : la peau se cautérisa déjà sous l'effet de la seringue, en une démonstration de ce dont la technologie d'Arkadia était capable. Percy partageait déjà celle dont les tets avaient été concluants avec les hôpitaux et les services de santé de l'Arche et au-delà.

« Les résultats ne vont pas tarder, et tu seras fixé. Quelle que soit ta décision, je la respecterai. » Puis, sous le coup d'une nouvelle impulsion il finit par demander, presque timide : « Comment...comment vont les filles ? Comment vivent-elles tout ça ? »
Percy
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Jeu 8 Déc 2016 - 0:13
Les paroles de Perceval résonnaient encore dans l'esprit de son fils lorsque que la porte s'ouvrit sur un homme en blouse blanche accompagné de l'agent Lockhart. 
Matthew observait distraitement son géniteur offrant son bras à l'aiguille. A dire vrai, il ne se préoccupait pas vraiment de la procédure de prélèvement. Après tout, il n'avait aucun doute quant à la qualité de sa réalisation et son esprit était ailleurs. Il étudiait cette nouvelle possibilité offerte par Rose. Cette alternative qui se présentait à lui et à Anny.

Le guérisseur mentionné par le directeur d'Arkadia semblait avoir la confiance de dernier qui assurait, en sus, que son intervention était absolument sans danger. Allait-il mettre une piste si prometteuse de côté parce qu'elle était suggérée par son géniteur ? Cette potentialité aurait été absurde, seulement... il avait encore du mal à ne pas remettre en doute les paroles de son père, il ne pouvait s'empêcher une suspicion quelconque, un acte intéressé.... Matthew soupira intérieurement, c'était d'autant plus irrationnel qu'en faisait cette proposition, Perceval allait à l'encontre du discours qu'il avait eu à peine quelques minutes plus tôt, alors qu'il lui assurait être prêt à tout faire pour l'aider. Le directeur semblait même prêt à vouloir rencontrer les filles et il était en ce moment en train de se soumettre aux tests nécessaire.. l'envoyer vers un prodige allait absolument à l'inverse de ce qu'il avait exprimer... Matthew devait-il simplement reconnaître que, contrairement à ses idées reçues, Percy faisait en effet tout ce qui était en son pouvoir pour aider sa petite-fille ? Même si cela revenait à renoncer à renouer ?

Le jeune père s'en voulait de rester méfiant, mais rien ne se déroulait comme il avait pu l'imaginer. Il était dans une sorte d'expectative et le même questionnement se répétait en boucle dans son esprit. Questionnement sans réponse qui le plongeait dans un certain malaise.
De plus, le docteur redoutait les déceptions, presque autant que les surprises et le changement radicale qu'il observait chez l'homme face à lui en était une. Alors comment réagir ? Le changement devait-il obligatoirement être une raison au pardon ? Emerson n'était absolument pas sûr d'être pour pour ça, parce que la liste des reproches et des griefs contre l'homme qu'il était censé appeler « père » était vraiment trop longue, les années de souffrance trop nombreuses et la rancune encore trop vive.

Et malheureusement pour cette relation, la seule chose qui comptait réellement était le rétablissement de l’aîné du tout jeune médecin. Son confort également. Si son géniteur disait vrai, Anny pourrait peut-être être guérie en moins de temps qu'il ne fallait le dire, pas de chimio, pas d'injections répétées ni de longues heures douloureuses. Qu'aurait-il pu souhaiter de plus pour sa fille, son ange, la chair de sa chair ? Il devait au moins essayer de contacter cet homme, tenter d'éviter à Anny un calvaire qu'aucun enfant ne pouvait mériter...

La réflexion de l'urgentiste ne put durer plus longtemps car l'examen prenait fin et les résultats seraient en leur possession dans très peu de temps. Pourtant, chaque seconde d'attente n'en demeurait pas moins une éternité.
Cette éternité fut cependant ponctuée par des questions posés par son paternel.
Matthew haussa un sourcil. La surprise se partageait à un sentiment plus sombre. Il ne sut comment prendre ses interrogations tombant presque à brûle pourpoint. Le sujet était sensible, l'interrogation indélicate aussi, le fils vint poser un regard brun et froid dans celui de son père :

-Comment le vivent-elle ? Le ton était amer. Comment penses-tu qu'elles le vivent ? Il avait l'impression que la question était une aberration, un affront presque. Comme des enfants ayant perdu le mère et à qui elle manque énormément. La dureté des mots résonnait dans sa bouche et marquait l'agacement, mais aussi, sa propre douleur. Celle d'être impuissant. Impuissant face à la situation.

-L'une le vie comme une enfant hospitalisée, l'autre comme une enfant qui ne comprend pas pourquoi sa sœur ne dort plus dans sa chambre à la maison, mais dans une pièce stérile de l'hôpital, reliée à pleins de tuyaux bizarres. Et elles le gèrent comme peu de gens pourrait le gérer.

Une pointe d'agressivité vrillait sa voix pourtant d'habitude si posée.

-Tu vis si loin coupé du monde et des réalités pour n'avoir vraiment pas la moindre idée de ce que cela peut être ? 

Matthew avait un boule au fond de la gorge, un poids sur l'estomac. Il aurait donné tout ce qu'il avait pour offrir à ses enfants une vie normale, faisait tout ce qu'il pouvait pour palier à l'absence de leur mère avec la conscience terrible que cela était, de toute façon, strictement impossible. Il ne pourrait pas la replacer, il ne pourrait pas non plus la ramener, alors au moins espérait-il sauver sa fille... mais ni toute son énergie ni tout son amour ne serait suffisant et le sentiment d'incapacité était terrassant.
Sans s'en rendre compte, deux larmes avait perlé au coin de ses yeux, sa mâchoire s'était violemment crispée.
Lohen
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Lun 19 Déc 2016 - 14:06
Souligner que cette rencontre ne se passait pas sans accrocs aurait été un euphémisme auquel Percy n'aurait jamais osé songer. A vrai dire, il s'était attendu à ce que la conversation se révèle ardue, avec bien plus de bas que de hauts ; il se serait contenté d'un dialogue vaguement plat, ne serait-ce que pour éviter un nouvel esclandre. La dernière chose dont il avait envie, c'était de faire fuir à nouveau son fils alors que ce dernier avait décidé par lui-même de revenir vers lui. Seulement, Matthew ne l'avait pas vraiment décidé : quel choix avait-il eu, alors que la vie d'une de ses filles pesaient dans la balance ? Percy aurait donné beaucoup pour faire en sorte que la petite ne soit jamais tombée malade, même si cela aurait dû empêcher à jamais toutes retrouvailles avec son fils. Aujourd'hui, tout ce qu'il pouvait faire, c'était être là pour ce dont sa famille avait besoin, et respecter les décisions de Matthew.

A ce sujet, il voyait bien que l'information qu'il lui avait donnée sur James Novak rendait le jeune père perplexe. S'était-il à ce point attendu à ce que Perceval l'afflige d'obligations et de contreparties en échange de la vie de son enfant ? Si c'était le cas, au fond, Rose père ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Ce n'était pas comme s'il avait jamais donné à son fils de bonnes raisons de lui faire confiance. Mais là encore, peu importe : seule comptait cette petite fille. Percy n'avait pas parlé du guérisseur pour perturber Matthew, mais bien parce qu'il voulait lui montrer que le choix lui appartiendrait à lui et à lui seul. Cacher une telle information serait revenu à manipuler son fils, et il ne pouvait s'y résoudre. Il ne pouvait faire autrement que suivre le courant, pour une fois. S'il y avait vraiment une chance pour qu'ils puissent renouer, cela devait se faire sans attaches ni contraintes pour Matthew. Il ne voulait pas que son fils se force à retourner dans sa vie en échange d'une dette, et encore moins une dette concernant sa petite-fille.

Et en parlant de ses petites-filles, voilà qu'il s'était à nouveau mal exprimé. Il n'était vraiment pas rompu à un tel dialogue, lui qui avait si longtemps été coupé d'une réelle vie de famille, et ce par sa faute. Quelques mots malheureux, voilà qui avait suffi à raviver la colère qui continuait de brûler à l'intérieur. Rien d'étonnant à ce que la moindre excuse lui soit bonne pour se confronter à ce père absent, ce père qui avait tué sa mère, et qui n'avait jamais vraiment su lui expliquer pourquoi. Sans doute parce que, pour un fils, il n'y aurait jamais aucune explication suffisante pour un tel geste.

« Je suis désolé. » Percy se renversa contre son fauteuil, retenant un soupir. Portant deux doigts sur son front, entre les yeux, il massa doucement son crâne, en proie à une nouvelle migraine. Elles ne faisaient qu'augmenter en intensité, avec le temps. Trop de souvenirs, dont il ne pourrait jamais se séparer. « Je ne sais pas comment m'y prendre, alors je n'utilise pas les bons mots, pour autant qu'ils existent. Mais ne crois pas que je suis à ce point coupé du monde au point de ne plus savoir ce qu'est la douleur de voir une sœur souffrir. Tes tantes et moi... » Il s'interrompit un instant ; ce n'était guère une histoire à laquelle il aimait revenir, car elle lui ramenait alors tous les souvenirs qui s'y rapportaient. « Nous avions une autre sœur, la petite dernière de la famille. Anastasia. Elle n'était pas une prodige, c'était une enfant ordinaire. Et nous l'avons regardée mourir pendant des semaines, ses poumons cessant petit à petit de fonctionner. Elle est morte à huit ans, dans la misère et dans la douleur, sans que nous ne puissions rien faire. Je revois la scène comme si j'y étais ; en fait, je la revivrai toujours. Tu m'as toujours connu comme le directeur d'Arkadia, l'homme en costume qui ne se souciait guère des gens autour de lui. Mais je sais ce que c'est. Et c'est peut-être pour ça que j'ai fini par me retirer ainsi. Peut-être que je ne voulais plus revivre tout ça, encore et encore. Ta mère, toi... Tous ceux qui m'étaient proches et qui n'avaient pas l'immortalité dans leurs veines allaient disparaître sans que je n'y puisse rien. Alors je me suis dit que si je m'en éloignais, au moins je leur épargnerais une vie mêlée à la souffrance qui était la mienne. Que je pourrais leur offrir les moyens, sans pour autant m'imposer. Mais je me suis trompé, et j'ai tout gâché, n'est-ce pas ? »

De son côté, Miranda consulta son téléphone qui venait de vibrer, et ouvrit la porte pour révéler le docteur Chandler, déjà de retour. Sans perdre de temps, il annonça : « Le test est positif, le directeur et l'enfant sont compatibles. » Percy hocha la tête sur un remerciement, et l'efficace et discret médecin s'éclipsa à nouveau.

« La décision te revient, Matthew. Et quelle qu'elle soit, je serai toujours là si toi et les filles deviez avoir besoin de mon aide. »
Percy
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Dim 22 Jan 2017 - 16:34
Le jeune médecin resta profondément silencieux. Il avait peine à desserrer les dents et pourtant, son coeur s'était contracté de peine lorsque son géniteur lui avait fait part de sa propre histoire. Matthew ne s'était jamais douté de cet épisode tragique qui avait marqué la jeunesse de l'homme face à lui - le même homme qui, justement, n'avait jamais estimé bon d'entrer dans la vie de son fils et de jouer le rôle qui lui avait été attribué de par sa naissance.

Plus que jamais, son propre père lui paraîssait être un étranger. En dépit de cela, Matthew comprenait les choix que tentait de justifier Percy. Cependant, malgré la compréhension, il ne pouvait les accepter. Il ne pouvait accepter l'égoïsme d'un père qui avait préférer se protéger plutôt qu'aimer...

Lohen était exténué, il s'en rendait maintenant compte.
Chaque phrase était une épreuve chaque réponse une appréhension. La rancoeur avait été le feu qui lui avait donné la force de faire face à son géniteur, cependant, l'épuisement lui faisait apparaître plus clairement l'absurdité de son désir, celui de déverser les flots de paroles acerbes qui lui brûlaient les lèvres: Ce n'était pas l'homme qu'il était.
Il prenait conscience que le ressentiment éprouvé à l'encontre de son géniteur, et emmagasiné au fil des années, n'avait été qu'un moteur pour se construire en opposition à l'homme qu'il haïssait. Cependant, il était aujourd'hui lui-même homme, mais aussi médecin et père. Adulte en somme, avec des responsabilité.
Les retrouvailles avec Percy l'avait un peu soudainement ramené - émotionnellement - là où ils s'étaient quittés la dernière fois, mais il n'était plus ce Matthew là. Il n'était plus l'enfant intimidé, ni l'adolescent révolté, encore moins le jeune homme tiraillé.
Quoi qu'il avait pu ressentir et éprouver pendant cet entretien, il devait s'en détacher et que l'idée lui plaise ou non, Lohen devait accepter d'être devenu celui qu'il était aujourd'hui grâce au père absent, au directeur impitoyable, et à l'homme méprisable qu'avait été Perceval Rose...

Le silence s'étira encore quelques secondes avant que Matthew ne se décide à répondre :

-Peut-être t'es-tu trompé, en effet. Repris finalement plus posément l'urgentiste. Mais ce qui est fait est fait. Personne ne pourra revenir sur le passé.

Lui qui, toujours, avait dû aller de l'avant après les pertes successives de sa mère puis de sa femme, le savait mieux que quiconque et son regard à Percy semblait vouloir dire que, lui-non plus ne pourrait démentir cela.

Le médecin semblait avoir retrouvé une forme de sérénité. En dépit de la fatigue, il avait pris conscience du poids du passé sur le présent et de la nécessité de se concentrer uniquement sur l'avenir.
Il n'aurait pas été jusqu'à dire qu'il n'en voulait plus à son père, ou qu'il l'avait pardonné pour ses actes: un assassinat restait un crime, en dépit des raisons qui pouvaient pousser à le commettre. Seulement, il se sentait d'avantage prêt à donner une chance au présent ainsi qu'à l'homme que Perceval semblait être devenu.

Il était sur le point de reprendre la parole mais la porte s'était ouverte et on leur annonçait la bonne nouvelle. Le directeur lui offrait le choix ainsi que l'assurance de son soutien, malgré tout, Matthew eu une petite moue désolée. Il hésita une seconde avant de se lancer :

-Pour le bien de Anny, j'espère que tu comprendras que je ne peux pas ne pas au moins essayer de rencontrer ce guérisseur. Je veux lui épargner tant... Et j'espère, tu le comprends aussi, que cela fonctionnera. Si n'était pas le cas, est-ce que je pourrai revenir vers toi pour une procédure plus... standard ?

Le coeur du père se serrait violemment dans sa poitrine. L'idée de sa fille souffrante le rendait malade et c'était une véritable torture que de n'avoir la certitude de réussir à la guérir.

Pour le jeune médecin, il lui semblait que l'entretien arrivait à son terme, aussi, avant d'annoncer au Directeur qu'il n'allait pas tarder à ce retirer, il ajouta quelques mots :

-Je crois que j'ai besoin de te donner l'opportunité de me montrer celui que tu es devenu. Je ne sais pas s'il s'agit une deuxième chance ; plutôt le besoin d'une preuve que tu es bien celui que tu dis...

Matthew eut un petit sourire triste sur les lèvres, le regard navré de ne pouvoir donner plus à son père pour le moment. Ce dernier avait encore besoin de faire ses preuves si véritablement il désirait obtenir le nom de "papa".
Lohen
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Sam 28 Jan 2017 - 16:14
Dire que Matthew se réchauffait aurait sans doute erroné, mais il semblait à Percy qu'il avait au moins arrêté de se refroidir. En l'état actuel des choses, il aurait difficilement pu espérer mieux, du moins pour le moment. Si les choses étaient réellement amenées à changer, elles le feraient petit à petit. Seul le temps, la prudence et la franchise permettraient de réduire petit à petit le fossé qui les séparait. Il ne serait probablement jamais totalement comblé, mais le directeur d'Arkadia se contenterait d'un pont, même branlant. Il ferait de son mieux pour l'entretenir, en tout cas. Ce qu'il espérait, c'était mériter du jeune homme non pas un pardon, mais une sorte de compréhension. Et l'acceptation du fait qu'il avait changé, depuis la dernière fois où ils s'étaient vus. Au moins le silence de son fils n'était-il plus aussi glacial qu'au début de leur conversation. Et en étudiant plus attentivement les traits de Matthew, il pouvait voir à quel point ce dernier était épuisé, même s'il faisait de son mieux pour le cacher. Ne serait-ce que pour ne pas inquiéter ses filles plus que nécessaire. Mais Rose était passé maître dans l'art de déchiffrer autrui, et le poids que son héritier portait sur les épaules devait s'alourdir de jour en jour.

« En effet. Mais crois moi quand je te dis que si je pouvais le changer, je le ferais. Aujourd'hui...je m'efforce de faire du mieux que je peux .Si je ne peux racheter mes erreurs, je peux au moins faire en sorte d'éviter les prochaines. D’œuvrer pour quelque chose de meilleur, pour une fois. »

Il y avant tant de choses qu'il voulait dire à Matthew, qu'il s'agisse d'Arkadia ou de ce qu'il espérait de ce nouveau monde nouveau. Il voulait lui montrer qu'il avait réellement changé, qu'il était capable d'être un homme dont les enfants pouvaient être fier. Mais trop parler n'aurait servi à rien, et cela aurait fait une belle jambe à Matthew que de savoir que son père était ainsi maintenant quand il n'en avait pas été capable lors de son enfance. Ce qui allait compter, c'était les actes avant tout. Et le fait que Percy tenait réellement à laisser son fils gérer la situation comme il le souhaitait.

« Je comprends. Et si je t'ai parlé de cet homme, c'est bien parce que 'espère qu'il pourra aider Anny. Aucune enfant ne devrait avoir à souffrir autant, encore moins s'il y a ne serait-ce qu'une chance de le lui épargner. Tout ce que je veux, c'est qu'elle puisse s'en sortir, et vivre la vie qu'elle mérite. Il en va de même pour sa sœur. Et pour toi. Tu es devenu un homme bon, Matthew. Malgré les épreuves, malgré...et bien, malgré moi. »

Percy se permit un léger sourire ; il ne pouvait s'empêcher d'être fier. Fier de voir que son fils était devenu un homme capable de se prendre en main et de faire de son mieux pour mener sa vie comme il l'entendait. Un homme capable d'aimer, et de prendre soin de sa famille comme lui n'avait pas su le faire. Percy était fier pour son fils, mais sans s'en réclamer : il n'y était pour rien, tout ce que Matthew avait obtenu, il ne le devait qu'à lui-même. Et c'était preuve d'une grande force.

« Et si James Novak ne devait pas arriver à soigner Anny, je reste à votre disposition pour les moyens plus conventionnels. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour la sauver. »

La suite de la conversation apporta plus à Percy qu'il n'avait escompté après une première rencontre. Il se retint de réagir trop profusément, de peur de faire fuir un tel sentiment. Matthew lui tendait la main du mieux qu'il pouvait, sans s'avancer, mais sans reculer non plus. La balle était dans le camp de Percy, et ses actes se devaient de suivre ses paroles. Et ce n'était pas un acte : il pensait vraiment être devenu quelqu'un de meilleur que celui qu'il avait été. Ce qui n'était pas bien difficile, il devait le reconnaître, mais il voulait faire encore plus. Pour Matthew, pour lui, et pour le monde dans son ensemble.

« Je ne peux rien te demander de plus. Et...il y a autre chose que je me dois de te dire C'est encore nouveau pour moi aussi, parce que je l'ai appris il y a peu... Tu as...et bien, tu as un frère une sœur. Des jumeaux de vint-cinq ans. Leur mère m'avait caché leur existence, mais les circonstances nous ont réunis, et elle nous a appris la nouvelle à tous les trois. J'avais rencontré leur mère -Ellen- lors d'une mission, à l'époque. Ta mère et moi avions toujours eu mariage libre, notamment pour le besoin de nos activités et de nos couvertures. Et Ellen a préféré caché leur existence à l'époque, parce qu'elle pensait que je n'aurais sans doute pas été un très bon père. On ne peut pas lui donner tort... Mais aujourd'hui... Et bien, la vie est toujours pleine de surprises. »

Et il se demandait comment Matthew allait réagir à celle-ci...
Percy
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