[CLOS] I want this job. [Mr. Rose]

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Mar 19 Juil 2016 - 18:22
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Une prison en pierre de feu. La ville était un four. La température avoisinait les 37° degrés. Pas un souffle d’air dans le centre d’Edinburgh. Vidée de présence humaine. Même les volatils avaient renoncé à tutoyer le ciel bleu. Les informations évoquaient un début de canicule. Une canicule, en plein mois de juillet. Au début de l’Exposition universelle. Les politiciens paniquaient déjà quant au manque à gagner.

Derrière ce décor de Far West, les restaurants et les cafés étaient envahis par les hordes de touristes dégoulinant. Ils attendaient la nuit. Comme les rapaces nocturnes. Juste au-dessus d’eux, dans les replis d’un appartement, Amélia Clark se prélassait sur un lit défait. Plongée dans une semi-obscurité grâce aux volets. Les bruits du café, en bas de la rue, berçaient sa somnolence de fin d’après-midi.

Une présence dans la pièce alerta ses sens assoupis. Elle détournant son visage de la tâche de lumière. Son regard glissa le long des épaules encore humides du sicilien. Elle le dévora tranquillement des yeux, repoussant encore un peu, le moment de retrouver la réalité. Le désir l’extirpa de sa torpeur. Comme il le faisait souvent depuis le divorce.
Elle n’en avait jamais assez, de chair.

Une seconde chance. Voilà ce qu'elle vivait. Une chance de gagner.




- Prévois du champagne pour ce soir ! Lança-t-elle sur le pas de la porte.



Rue piétonne du vieux d’Edinburgh. Vue sur la bibliothèque nationale. Le Ducci disposait de trois atouts. L’emplacement, idéalement situé pour être épargné par le trafic. L’aménagement sur deux étage ce qui assurait d’avoir une place. Le menu, le meilleur assortiment de boissons frappées de l’archipel. Amélia avait téléphoné pour réserver une table. Autant ne rien laisser au hasard.

Elle avait soigneusement sélectionné sa tenue pour paraître à son avantage. Mais avait renoncé au tailleur aux vues de la chaleur. Une robe ferait un peu moins sérieux. Mieux valait cela que d’étouffer dans ses propres vêtements. En plus, les médicaments continuaient de chahuter sa température corporelle. Le collier de sa mère pour porte-bonheur. Une goutte de « Louve » au creux de la gorge. Elle était prête à la conquête.

Le stress de la veille disparu pour l’excitation familière des défis. La parenthèse médicale terminée. Il était grand temps que Clark se trouve une nouvelle source de revenue. Michael ayant décidé de lui faire un coup dans le dos. Le procès contre Georges se prolongeait. Le nouveau traitement coûtait cher lui aussi. Des frais dont elle se serait volontiers passée en 2016.

Amélia s’installa à une table excentrée, isolée. Elle commanda immédiatement un pichet d’eau glacée. Elle prépara son Moleskin et vérifia que le stylo fonctionnait. Le GSM mis en mode « silence » posé à sa droite. Elle repoussa ses cheveux derrière son épaule. Chaque détail avait son importance.
Tout était en place.

Encore trois minutes d’avance. Amélia hésita un quart de seconde avant de sortir son paquet de Clark. Elle avait décidé de ralentir, après sa dernière visite chez le docteur Barrow. Mais l’exaltation stimulait sa gourmandise. Fumer était son vice. Péché mignon. Héritage de sa terre natale aussi.

L’homme arriva à l’étage. Amélia écrasa sa cigarette dans le cendrier sans le quitter des yeux. Elle évalua sa gestuelle d’un œil acéré. Démarche sûre et tranquille. Elle nota l’absence d’alliance à l’annuaire. Le choix des couleurs de sa tenue. Le soin apporté à la coiffure. La présence de barbe. Cela corroborait avec ce qu’elle avait lu.

Elle se leva avec énergie. Difficile d’imaginer une hospitalisation deux jours plus tôt. Une poignée de main de fer, celle de l’épéiste combative. Avant de reprendre sa place avec une certaine assurance. Un sourire de politesse, pour instaurer un climat de confiance. Elle croisa sa jambe droite sur sa cuisse. Amélia avait mené ce genre d’entretien des dizaines de fois. Rôdée.
Son curriculum parlait pour elle.


- Amélia Clark, ravie de vous rencontrer en personne Monsieur Rose. Vous avez lu mon dossier ? Je me suis renseignée entre temps. Le C.S.N. n’exige pas d’exclusivité de son côté. De plus, je ne suis sous contrat avec eux pour un an seulement. Je suis donc disponible. J’ai déjà été amenée à travailler au C.M.A. en 2012 dans le cadre d’une enquête inter archipel sur le respect du Code du travail. Les résultats ont confirmé mon impression. La République Texane profite du floue juridique pour exploiter les travailleurs. Sans parler du trafic monétaire en Floride. On parle de milliards de dollars, monsieur Rose. Et je ne parle ici que des Amériques. L’Asie en a autant à revendre. Le C.S.N. est pleine de volonté. Son statut légal l’empêche d’intervenir. Mais pas votre Agence. Avec vos moyens et mon savoir, je pourrais miner les trafics de l’intérieur. Donnez-moi un poste.

Il avait fallu que son frère si reprenne à deux fois pour la motiver à rencontrer « Percy ». Une fois la décision prise, rien n’arrêtait plus un Clark. Amélia quitterait ce bar avec un nouvel emploi.
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Sam 23 Juil 2016 - 15:52
Malgré la chaleur, Perceval Rose avait comme à son habitude opté pour un costume. En-dehors de son intimité ou de la nécessité d'un déguisement, ceux qui risquaient de le voir un jour avec du tissu qui ne dépasserait pas son genou ou ses coudes n'étaient pas encore nés, et ne viendraient sans doute jamais au monde. Il avait depuis longtemps appris à supporter la chaleur. Pour lui, s'agacer au sujet de phénomènes qui ne dépendaient pas d'autrui -comme le temps- n'était pas nécessaire. Il avait beau aimer être en contrôle, il savait bien qu'il n'avait aucune incidence sur la météo. Au fond, les gens étaient souvent plus faciles à prévoir. Certains chercheurs d'Arkadia travaillaient sur des dispositifs miniatures capables de projeter l'image des vêtements voulus sur le corps de la personne mais, s'il reconnaissait le potentiel d'une telle invention aux yeux grand public, il ne s'y essayerait qu'en dernier recours. Rien ne remplacerait la sensation de la matière sur sa peau, ni le plaisir d'une coupe sur mesure qui épousait ses formes.

Le choix de l'établissement pour cette première rencontre lui en avait déjà beaucoup appris sur les goûts et la personnalité de la femme qu'il était venu voir. Voilà pourquoi il laissait souvent le choix aux recrues potentielles de déterminer elles-même le lieu de rendez-vous. Chaque information, même minime, était toujours bonne à prendre, et les dossiers les plus complets ne révélaient jamais tout. Rien ne valait une rencontre physique, et Percy tenait à se faire une idée du plus possible de nouveaux agents éventuels. Il avait besoin de les voir en personne pour se faire une idée définitive, pour voir si son instinct s'accorder avec ce qu'il avait pu découvrir via les enquêtes de sa brigade de recrutement. Le Gucci était un endroit de goût, bien placé et au cadre agréable ; il correspondait tout à fait au profil d'Amélia Clark. Comme à chaque fois qu'il rencontrait quelqu'un de nouveau ou presque, Miranda l'accompagnait. Aujourd'hui, la blonde s'était assise quelques tables plus loin, de manière à avoir une vue d'ensemble sur la table et l'extérieur. Vêtue d'une robe légère en lin, des lunettes de soleil aux montures roses remontées sur le front, et ses ongles manucurés avec expertise, et feignant de s'intéresser plus à son téléphone portable qu'à autre chose, elle avait tout de la jeune femme dans le vent venu déguster un des frappés réputés de l'endroit. Elle était venue s'installer quelques minutes plus tôt, afin que Percy et elle n'arrivent pas ensemble. Quand son patron arriva à l'étage, elle ne montra pas qu'elle l'avait repérée, mais il la savait aux aguets.

Amélia Clark se leva aussitôt pour l'accueillir. Énergique et souriante, elle gratifia Percy d'une solide poignée de main qui lui plut, et il s'en fit très vite un avis plutôt favorable. Tout dans l'attitude de la femme montrait qu'elle savait ce qu'elle voulait, et qu'elle était prête à beaucoup de choses pour l'obtenir. De l'ambition, mais dépourvue de vanité ; si le profil d'Arkadia se révélait correct, voilà qui avait de quoi intéresser son directeur. Il prit place à son tour, écoutant attentivement les dires de la brune.

« Le plaisir est partagé, miss Clark. Rien ne vaut une rencontre en personne pour se faire une idée d'une candidate. J'ai effectivement lu votre dossier, et je dois dire qu'il m'a plutôt impressionné. Vos crédences sont impeccables, et si j'en crois vos exploits passés, votre sens des affaires et de la négociation ne sont plus à prouver. Ma société a besoin de gens comme vous : ambitieuse, décidée, prête à changer le monde s'il le fallait. Le C.S.N fait de son mieux, mais il est victime de la bureaucratie qui afflige toutes les organisations officielles de ce calibre. Ses actions sont souvent lentes, et elle essaie un peu trop de ménager tous les partis sans jamais oser se montrer réellement dure lorsque c'est nécessaire, du moins à mon goût. Ceci étant dit, je respecte les principes pour lesquels elle a été créée, et je sais qu'elle compte dans ses rangs de nombreux collaborateurs efficaces qui font de leur mieux pour apporter leur pierre à cet édifice gigantesque. Mais comme vous dites, il est parfois bon de contourner les chemins officiels pour vraiment accomplir quelque chose. Si je peux me permettre une question...comment avez-vous eu vent du rôle plus officieux joué par Arkadia ? »

En réalité, Percy s'arrangeait pour qu'une partie des activités effectuées dans l'ombre par Arkadia puisse être remontée à sa source par les personnes motivées et dotées d'un brin de jugeote. Elles ne risquaient normalement pas de découvrir des informations trop sensibles, et c'était un bon moyen de se faire une idée des talents de ceux qui arrivaient jusqu'à elle. Et il était très curieux de savoir de quelle manière Clark avait remonté la piste. Avant qu'elle puisse répondre, cependant, une femme plus âgée, aux cheveux courts et argentés, vêtue d'une robe tailleur couleur crème, vint les rejoindre.

« Mes excuses pour le retard ; j'ai du expliquer à ces crétins de l'ambassade quelque chose de parfaitement simple qui a évidemment pris plus de temps que je ne l'aurais cru possible... Je n'ai rien raté, j'espère ? »

« Pas du tout, nous commençons à peine. Miss Clark, je vous présente ma sœur et l'ambassadrice de l'Arche, Andrea Antonov. J'ai pris la liberté de la convier à votre entretien, elle dirige en effet la division d'Arkadia qui pourra certainement bénéficier le plus de vos talents. »

« Enchantée. » Andrea alla serrer la main d'Amélia, d'une poigne plus franche, avant de s'installer. « Si ce qui se raconte sur vous est au moins à moitié vrai, vous avez de quoi faire une sacrée recrue. »
Percy
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Mar 26 Juil 2016 - 12:08
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Un léger brouhaha recouvra la conversation des deux inconnus. Ils se fondirent dans le décor.

- Oui c’est également ce que je dis à ceux que je reçois. Rien ne vaut une conversation. Il est vrai que je n’ai pas chômé. C’est agréable d’être reconnue quoiqu’il en soit. Mais, de ce que je sais, vous êtes également un grand abatteur de travail. Amélia ne se serait pas diriger vers l’Agence si elle ne croyait pas complètement au projet. Elle avait bientôt quarante ans. Plus de temps à perdre. Son ambition ne s’était pas amoindrie. L’adversité l’avait, tout au contraire, encouragée dans ses exigences.

Elle souriait à son interlocuteur. La reconnaissance. Il était plutôt agréable de se l’entendre dire. D’autant que depuis l’échec de Rome les affaires étaient devenues chaotiques. Georges s’échinait à la briser dans le milieu professionnel. Une guerre du feu. Où chacun s’était déjà brûlé plusieurs fois. Ils avaient toujours su qu’ils prenaient le risque en se mariant. Amélia ne regrettait rien.
La décision de son frère de l’écarter de l’entreprise familiale découlait probablement de tout cela. Mais Clark connaissait sa véritable valeur. Et celles de ses principes.
Pour eux, elle était prête à tout.

- Bien sûr oui, l’idéologie de cet organisme n’est pas à remettre en cause. Travailler dans le commerce m’a enseigné une chose : pour combattre le loup il faut parfois se faire passer pour lui. Jouer les louves ne déplaisaient pas à une femme de sa trempe. Comme toute vraie joueuse, elle aimait aussi amadouer et séduire ses cibles.

- La Green division, c’est bien cela ? Oui vous avez bien fait évidement. Au contraire. Le temps que l’ambassadrice s’installe Amélia se repositionna correctement sur sa chaise. Elle répondit à la poigne sans ciller tout en adressant un sourire à la dame. Celle-ci dégageait une autorité naturelle et une assurance qui lui plus instantanément. Elle se reconnaissait probablement un peu en elle. Moi de même Madame Antonov. Je vous remercie du compliment. Qui me flatte d’autant plus émanant de vous.

Amélia observa le frère et la sœur pendant un court instant. Elle se demanda si Michael et elle avaient déjà dégagé la même harmonie ? Tant sur le plan professionnel que personnel. Elle n’en était pas du tout sûre. Leurs opinions fondamentales avaient maintenant beaucoup trop divergées. Elle doutait qu’ils soient encore capables de s’adoucir.
L’esprit de Clark se porta momentanément vers la maison du Maryland, où elle avait commencé son enquête à propos d’Arkadia. Quelques mois plus tôt. Mais, les faits, remonté à une dizaines d’années déjà.
Une quête en vérité.

- La première fois que j’ai entendu parler d’Arkadia, ce devait être en 2005. En fédération indienne, l’une de vos brigades est intervenue avant que les soldats du C.S.N. soient sur place. Un groupe d’Aoeliens extrémistes avait pris un village d’assaut en menaçant de tout faire sauter. Je m’en souviens car j’étais venue négocier un contrat avec des petits exploitants à quelques kilomètres de là. A l’époque j’étais bien trop préoccupée par mes propres projets pour aller plus loin que quelques recherches. Et puis, l’année dernière, j’ai retrouvé un document qui vous mentionnait. Visiblement mon plus jeune frère s’intéressait à vous. J’ai passé deux trois coups de fils. Et puis, j’ai appris que vous étiez sur Edimbourg. L’occasion était trop belle pour la manquer.

Amélia eu un sourire entendu. L’idéalisme n’était, au bout du compte, que le pragmatisme placé à son paroxysme. Clark ne rêvait pas. Elle était une visionnaire. Elle avait perçu les faiblesses du mécanisme et elle se proposait de l’améliorer. Elle était intimement consciente de son potentiel. D’ailleurs ils le lui avaient tous les deux confirmé.
Aussi, l’enjeu n’était plus tant d’avoir un poste, mais d’avoir le poste qu’elle voulait. Or, elle savait exactement ce qu’elle voulait obtenir. Responsabilités et appuis financiers.
Un objectif.

- Enormément de choses ne vont pas. Il faut une inflexion générale. Je peux y contribuer. J’ai le réseau et la confiance de mes partenaires. J’ai les épaules. Il n’y avait pas de vanité dans ces propos. Une assurance, obtenue à force de victoires personnelles.

Amélia fonctionnait énormément par défis. Elle aimait contredire les statistiques. Se battre pour un projet en lequel elle avait la fois. Une lionne, un peu abîmée, mais une lionne tout de même. Alors, oui, elle était dirigiste. Exigeante. Intraitable. Mais c’était ainsi qu’elle obtenait le meilleur de l’autre.
« Head ». Voilà comment on l’appelait dans le milieu. Georges Powell s'en rappellerait le jour venu...

- Je crois en les valeurs que je défends depuis 15 ans. Rien n’est irrémédiable. Il faut seulement se donner les moyens de son ambition n’est-ce pas ? Je veux que chacun ait la même chance de départ. Je lutte à bras le corps contre la corruption. Néanmoins, tant que je resterais à l’échelle industrielle d’un continent les résultats seront faibles. Donnez-moi les moyens. Je vous prouverais ce que j’avance en moins de trois ans.

La politique ? Georges y avait songé. Amélia non. Les conseils des Arches étaient remplis de vieux requins. Les mécanismes de la politique étaient trop fermés. Un piège dans lequel elle ne tomberait pas.
Pour agir, Clark devait avoir les mains libres.
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Ven 29 Juil 2016 - 15:34
Amélia Clark ne perdait nullement de temps à prétendre être ce qu'elle n'était pas pour flatter un éventuel employeur, et elle n'hésitait pas à un seul instant à dire aussi bien ce qu'elle attendait d'une opportunité que ce qu'elle en pensait. L'ambition était un trait de caractère ambivalent et délicat, qui pouvait aussi bien se révéler être une qualité qu'un défaut, voir un véritable danger. Perceval Rose le savait très bien pour en avoir été la victime, et il avait depuis appris à en repérer les différents signes, et les différentes formes. Et celle de cette femme que le milieu appelait Head lui plaisait.

« L'ambition est une bonne chose lorsqu'elle est assumée, maîtrisée, et canalisée au service d'une cause juste. Cela ne veut pas dire que l'on doit s'oublier en chemin pour autant, mais il faut se rappeler à quoi nous la dédions. Et je dois dire que j'apprécie la vôtre, miss Clark. De même que votre franchise. Vous savez ce que vous voulez, et vous êtes prêtes à l'obtenir non pas parce que vous estimez que cela vous ait dû, mais parce que vous savez en avoir les capacités. Et au vu de ce que j'ai pu apprendre de vos états de service, c'est un fait avéré, n'en déplaisent à ceux qui ont tout fait pour vous écarter ou vous calomnier. Je me base sur les faits, sur le travail accompli, et je dois dire qu'à ce sujet l'avis des médisants m'importe autant que celui d'un bouton de porte. »

Percy appréciait de se montrer direct, sans avoir à tourner autour du pot ou marcher sur des œufs ; c'était le genre d'entretien qu'il préférait. De plus, il savait que c'était également le cas de sa sœur. Andrea et lui avaient beau s'entendre comme chat et chien sur pas mal de points, tous deux appréciaient aller directement au vif du sujet, sans fioritures ni perte de temps.

« Ne lui parlez pas trop du travail qu'il abat, vous risqueriez de le flatter, et mon frère a déjà la tête assez grosse comme ça. » piqua une Andrea qui ne manquait jamais une occasion de piquer son aîné. S'ils étaient encore en train de recoller les morceaux, on pouvait malgré tout sentir le respect qu'ils avaient retrouvés l'un pour l'autre, même si l'ambassadrice tenait étroitement son frère à l’œil, bien décidée à ne rien lui laisser passer.

« Il n'empêche que j'accomplis effectivement un certain travail, et que je n'ai pas peur de me retrousser les manches. Le pouvoir n'a une utilité réelle qu'au service d'une idéologie, n'ayant au fond aucun but en soi. Et l'idéologie se doit de favoriser l'équilibre du monde plutôt que de le dominer. Un troupeau de moutons n'est pas plus utile pour l'évolution de ce monde qu'une bande de loups affamés. »

«La Green Division est effectivement mon domaine. » intervint Andrea. « Peu de gens connaissent son existence, et encore moins sa dénomination. Considérez moi comme sur le point d'être impressionnée. »

« C'est flatteur ; même moi, je ne crois pas en avoir jamais eu l'honneur. »

« Ça te ferait bien trop plaisir, mais je veux bien admettre que tu t'en tires pas trop mal, depuis que tu as enfin appris ta leçon. Il devrait vous convenir pour ce que vous souhaitez entreprendre, Amélia ; en tout cas, vous auriez pu tomber sur bien pire. N'oubliez pas de lui couper la parole lorsqu'il s'emballe, et vous devriez en être raisonnablement satisfaite. »

L'ambassadrice et le directeur ne pouvaient décidément pas s'empêcher de se chamailler. Depuis qu'Andrea avait accepté de revenir dans la vie de son frère, convaincue de sa sincérité dans la redirection de ses actions, elle ne cessait néanmoins de le rappeler à l'ordre. Au fond, peut-être même s'en voulait-elle de s'être écartée lorsqu'il s'était abandonné à ses vieilles ambitions, plutôt que de le secouer jusqu'au bout. Elle ne referait pas deux fois la même erreur, en tout cas. Quant à Percy, il était secrètement heureux d'avoir retrouvé Andrea (ainsi qu'Agrafena), et il devait bien avouer que sa sœur assumait à merveille ses responsabilités au sein d'Arkadia.

« Je me rappelle très bien de cette opération. » dit-il en revenant sur l'entretien de Clark, qu'il avait écouté avec attention. « Je me rappelle de toutes. Elle s'est avérée particulièrement délicate. Le truc était de réagir assez vite pour minimiser les dégâts d'une manière que le CSN n'aurait pas pu se permettre tout en sapant le moins possible son autorité. Ce qui résume l'essentiel du rapport que peut avoir Arkadia avec cette organisation. L'existence d'un groupe comme le CSN est indispensable, et ses buts sont louables, mais... Plus un organisme est gros, plus il ploie sous le poids de son administration, et plus il lui devient difficile d'agir contre les pressions d'autant de pays, de peur de faire exploser la poudrière. Je pense que son fonctionnement est trop archaïque, et qu'un monde nouveau demande de nouvelles méthodes. L'un des principaux buts d'Arkadia consiste à trouver quelles sont les meilleures, voire à les inventer. Et pour ça, nous avons besoin de gens intelligents, déterminés, capables de sortir du cadre et qui souhaitent vraiment faire changer les choses. Quelqu'un comme vous, miss Clark. »

« Et ce genre de changement passe évidemment par la gestion de l'argent, et les rapports qu'entretiennent les institutions financières officielles comme officieuses, entre elles aussi bien qu'avec les nations et les particuliers. Dans l'état actuel des choses, la corruption est partout, comme elle l'a toujours été, et la redistribution des ressources suite à notre nouvel environnement a été pensée avant tout comme quelque chose sur lequel capitaliser au mieux plutôt qu'un nouveau système à reprendre de zéro. Il faut que nous arrêtions de penser uniquement à l'échelle unique, qu'elle soit individuelle ou nationale. »

« Andrea a raison. Et je suis sûr que grâce à des gens comme vous, nous trouverons un moyen. Vous vous dites capables d'apporter les premiers résultats en trois ans, et je n'en doute pas. Mais dites-nous, miss Clark : si vous aviez les ressources d'Arkadia à disposition, comme agiriez-vous ? »
Percy
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Mer 17 Aoû 2016 - 0:02
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Un courant vif et régulier passait entre les deux individus assis à la table des négociations.
Le discours du directeur survenait au moment idéal. Il balayait deux ans de galères. Clark ne vendrait pas la peau de l’ours trop tôt. Mais, elle était optimiste. Comme elle ne l’avait plus été depuis bien longtemps. C’était un signe dés plus encourageant.
Elle approuva la mise en perspective de son interlocuteur d’un sourire. Puis, elle enchaîna en en appuyant une fois encore sur l’objectif principal. La répétition n’était pas inutile quand elle concernait le futur.

- Oui. Je suis tout à fait d’accord. l’Histoire l’a déjà souvent prouvé. L’abrutissement des masses provoque irrémédiablement le déclin d’une civilisation. Je refuse de voir la nôtre péricliter sans réagir. Le terme d’activiste collerait derrière une parade de ce style.

La force de ses convictions sourdait dans chacune des phrases d’Amélia.
Elle revendiquait un monde meilleur. Sans en démordre. Sans s’encombrer non plus de la naïveté de la jeunesse. Elle était passée par de nombreuses étapes avant d’obtenir une ou deux certitudes. Le chemin n’avait pas été aussi aisé qu’elle voulait bien le faire croire. Elle n’était pas inscrite dans un parti politique. Elle avait quitté son syndicat à peine un an après avoir signé.
La révolution qu’elle défendait devait se produire hors des institutions.

- Eh bien, merci. Réagit-elle calmement au compliment. Elle eu une brève pensée pour son frère Jack. Lui qui l’avait mise sur cette voie.

Un sourire détendit ses lèvres.

- Je n’hésiterait pas.

L’échange de mots entre les deux cadres de l’organisation intéressa Clark. Elle attrapa son bloc-notes et y fit courir son stylo. Plusieurs abréviations et signes de son invention noircirent deux pages. Un langage conçu à force d’expérience. Aussi étrange qu’il correspondait à un esprit unique dont les cheminements de pensée n’étaient pas d’une logique évidente.

L’entretien servait autant au recrutement qu’à sa propre analyse de l’organisation. Elle n’était pas ici dans la position de l’employée, mais dans celle d’une indépendante. Le fait qu’elle ait vraiment besoin d’argent passait au second plan.

- J’irais à la rencontre des nouvelles corporations. Je pense que vous avez raison. Notre angle de vue doit dépasser l’individuel et le national. Approuva, une fois encore, Amélia avec un regard pour l’ambassadrice.

L’entreprise « Clark&co » avait connu des moments de crises. Elle avait envisagé de dépôt de bilan après la guerre des cultes. Pourtant, aujourd’hui elle était toujours là. Les deux derniers semestres avaient connu une hausse significative des bénéfices. La raison était simple. L’esprit collectif avait gommé les aspérités.
Une union salutaire.

Amélia fixa ses interlocuteurs. Son regard étincelait. Une petite montée d’adrénaline fit pulser son sang. Enfin, quelqu’un était disposé à écouter son idée. Jamais, elle n’avait été aussi proche d’atteindre l’un de ses objectifs. Elle tourna une page vierge. Avant de débuter sa réponse d’un ton passionné.

- L’un des principaux moteurs de la corruption est la cupidité, n’est-ce pas ? Comme vous le disiez tout à l’heure, toute ambition peut-être bonne si elle est canalisée. Il en va de même. Le capitalisme favorise par nature une oligarchie internationale. Faisons en sorte que ce système ait des motivations saines. Coupons la tête de l’hydre et remplaçons-là. Il est question de combien ? 20 peut-être 30 hommes et femmes qui dominent. Qu’est-ce que cela représente à l’échelle d’une Arche ? Infiltrons les places fortes avec nos meilleurs hackers. Coupons-leur les vivres à la racine. […]

Tout avait déjà été créé. Les commandos et les E.M.P. Mais Clark ne pensait pas comme une terroriste. Elle jouait une partie d’échec à l’échelle du monde.

Sous l’aspect brut exposé se trouvait un plan d’actions minutieusement pensées.
Elle partait du principe que le véritable changement ne pouvait pas survenir de l’extérieur, mais bien de l’intérieur de la structure malade. A l’image des révolutions humaines, la révolution financière devait venir des techniciens eux-mêmes. Pas de bombes, comme le proposait l’Organisation XIII, mais des leaders d’opinions. Ces individus étaient présents. En sommeil. Ils espéraient.

- [...] la base du scénario qui me paraît le plus adaptable.

Un schéma couvrait la feuille. Il résumait sa pensée. Comme une action en enclencherait deux autres. Comment la mondialisation pouvait devenir l’outil.
Clark posa délicatement son stylo sur la table. Elle avait la gorge sèche d’avoir soliloqué. La tension nerveuse ne la quittait pas. Ce n’était pas facile de mettre son idée à nue. Elle existait à présent. Objet d’un jugement.
De critiques.

- Quelle est votre première impression ?

Une fois la soif étanché survint le manque de nicotine. Amélia décroisa et recroisa ses jambes successivement. Elle se renfonça sur sa chaise pour juguler l’impatience corporelle.
Head
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Lun 22 Aoû 2016 - 11:10
« Les civilisations périclitent parce qu'elles partent toutes du principe qu'elles seront immortelles. Quand bien même toutes les précédentes ont échoué, elles s'imaginent que cette fois-ci, elles seront les bonnes. Ou plutôt la bonne, chacune pensant être un modèle supérieur à celui de ses voisines. Considérer la civilisation de manière globale, unifiée, est un problème en soi, et l'un des principaux freins d'organisations comme le CSN. Le cataclysme a marqué le point de départ d'un changement de paradigmes à l'échelle mondiale. Pour ne pas s'écrouler, notre concept de la civilisation se doit d'évoluer. Et, surtout, se défaire des codes instaurés par un ancien monde qui n'a plus lieu d'être. »

Percy avait réfléchi à la situation plus d'une fois, et il était toujours heureux de pouvoir en débattre. Rien de tel que de confronter ses idées à des esprits aussi brillants qu'ouverts, et Amélia Clark remplissait ces deux critères. Elle avait tout l'air de faire partie des individus qui ne se fiaient pas aux idées préconçues, et qui se montraient prêts à prendre le risque d'innover sur tous les plans. Arkadia avait besoin d'esprits comme ceux-ci, et Rose était de plus en plus satisfait de la tournure que prenait l'entrevue. Il échangea un regard avec sa sœur -dont l'avis serait déterminant au nom de la division qu'elle dirigeait- et y lut son accord. Ce qui était aussi rassurant qu'agaçant, quand il y réfléchissait. Agaçant, parce qu'il était parfois pénible d'être scruté ainsi par Andrea pour la moindre de ses actions, et rassurant parce que son aval signifiait plus pour lui qu'il n'était prêt à l'admettre : cela voulait dire qu'il n'était pas en train de se fourvoyer. Et puis il ne pouvait pas vraiment lui en vouloir de se montrer aussi inquisitrice à son égard, pas après tout ce qu'il avait fait par le passé.

« Je ne doute pas de pouvoir employer vos talents dans mon secteur d'activités. » intervint-elle. « Vous m'avez l'air d'aimer les défis, et j'en ai au moins treize à la douzaines qui défilent chaque jour sur mon bureau. Rien qui devrait effrayer un bourreau de travail comme vous, miss Clark. »

Plus il y pensait, et plus Percy se disait que sa sœur et Amélia avaient de quoi former une bonne équipe. Il pouvait deviner une certaine similitude d'esprit et de caractère, au service d'une ambition contrôlée. Peut-être même qu'Andrea se retrouvait un peu en cette femme, qui sait ? En tous les cas, voilà une collaboration qui ne manquera pas d'intérêt en plus de se révéler fructueuse.

« Les corporations forment une nouvelle catégorie à part entière. La plupart d'entre elles ont mieux compris que les pays comment s'adapter à ce monde nouveau, et n'ont pas hésité à se débarrasser du carcan du nationalisme. Elles ont su tirer leur épingle du jeu au point de devenir elles-mêmes des pouvoirs forts et centralisés. Des petits pays unis non pas par des frontières ou des coutumes, mais par la poursuite d'un but commun. Arkadia en est un exemple, mais nous ne sommes de loin pas les seuls. La Feuerbach Corp a fait preuve d'une croissance foudroyante depuis que son dirigeant actuel s'en occupe. Et n'oublions pas celles qui ont non seulement réussi à devenir de véritables institutions, mais qui sont aujourd'hui de véritables états corporatistes à par entière. Mesa Corporation a phagocyté l'arche de Singapour au point que l'état originel n'est plus qu'un pantin qu'entre ses mains. Aller à la rencontre des corporations est un début, mais qu'est-ce que vous leur diriez ? »

Il écouta avec attention la suite du discours d'Amélia, qui s'était transformé avec naturel en une véritable présentation. Ses propos étaient clairs, concis, précis, et dénotaient d'une bonne organisation et d'une vive intelligence. Elle avait manifestement beaucoup réfléchi à la question, qu'elle avait considérée sous le plus d'angles possibles afin de ne pas négliger la moindre piste prometteuse.

« La cupidité est un moteur qui date de l'aube des temps. Mais plus encore que l'avidité liée à l'argent, c'est celle qui recherche le pouvoir qui est la plus dangereuse. Les finances sont un moyen d'y parvenir, mais chez les individus les plus redoutables, elles ne restent qu'une...contrainte inévitable. Le pouvoir appelle souvent à un idéalisme personnel corrompu par une soif de contrôle. »

Il pouvait sentir le regard de sa sœur alors même qu'il concentrait le sien sur Amélia. Comme si Andrea pesait chacun de ses mots afin de s'assurer qu'ils tombent du bon côté de la balance. Là encore, c'était compréhensible, mais il espérait qu'un jour, il arriverait à regagner sa pleine confiance. Cela ne tenait qu'à lui, de toute façon ; en attendant, il était prêt à faire avec. Mais parler de la soif de pouvoir ne le confrontait pas seulement à celle qu'il avait pu ressentir ; cela ramenait aussi sur le devant de la scène les souvenirs de sa femme. Marisa s'était laissée dévorer par son ambition jusqu'au bout, incapable d'imaginer la canaliser autrement qu'à son propre compte.

« C'est un chemin inquiétant, qui peut mener à l'extrémisme. Et j'ai toujours considéré ce dernier comme le véritable fléau : dans un sens comme dans l'autre, les extrêmes sont terriblement dangereux. »

« Couper la tête de l'hydre est une belle image, mais est-ce vraiment une solution ? Certaines corporations ne fonctionnent déjà plus sous la houlette d'un seul esprit fort, mais représentent un véritable consensus de pensées et d'idéaux. Parfois, il est plus profitable d'introduire un virus dans le système que de le décapiter. Si je prends mon cher frère en exemple, vous pourriez lui mettre le feu sans réussir à brûler le reste de sa forêt : je sais qu'il a assez de contingences en place pour qu'Arkadia perdure malgré tout. »


« Merci ? » lança Percy, levant un sourcil.

« De la même manière, couper les vivres à de telles entités devient un véritable casse-tête. Avant tout parce que les plus puissantes ont réussi à se rendre indispensables d'un point de vue global. Il faut prendre en compte l'ensemble de la bête : faire tomber les supérieurs revient la plupart du temps à entraîner dans leur chute une grande quantité de leurs subordonnés, qui souvent n'avaient aucune idée ce pour quoi ils travaillaient vraiment. Comment limiteriez-vous les dommages collatéraux ? »

« Et vous parlez de motivations saines, mais que seraient-elles ? »


Les questions pleuvaient, mais leur but n'avait pas de piéger leur interlocutrice ; plutôt de voir comment elle réagissait lorsque ses plans étaient passés au crible. Tout était un test, et Percy espérait que Clark saurait le passer haut la main.
Percy
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Mer 24 Aoû 2016 - 16:07
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Un silence de connivence s’étira. Clark laissa entrevoir sa satisfaction face au constat de la comtesse. Elle avait plaisir à débattre avec ces deux immortels. Elle donna raison à la femme dans un sourire. Légèrement amusée.

- Non en effet. Il en faudrait plus pour m’effrayer.

Les exemples cités par le directeur d’Arkadia faisaient échos à ceux que Clark avait en tête. Le secret professionnel lui interdisait de parler de son travail pour le CSN. Inutile de se créer des ennuis. Qu’importe. Cela lui avait permis de rencontrer le nouveau PDG de la « F.C. », comme cela se disait dans le milieu.
Alexander Feuerbach était au moins aussi rusé qu’il était ambitieux. L’Asie était l’avenir prometteur. Pour beaucoup de domaine. Elle n’était pas l’invitée d’honneur de l’Exposition Universelle sans raison.
Les visionnaires avaient compris.

- Je leur dirais, qu’avec une structuration plus forte elles iront plus loin, plus vite. Mais que pour que cela fonctionne elles doivent évacuer les éléments néfastes et les mauvaises habitudes. C’est de la logique. Tout bon commerçant abonderait dans ce sens. Amélia avança son buste en reprenant la parole avec assurance. Soyons clairs, je ne me fais pas d’illusions. Certaines entités souterraines sont trop puissantes pour être détruites. Voir nécessaires comme autorégulateurs. Néanmoins, il a été prouvé aussi d’une civilisation éthique et équitable tient plus longtemps. Je crois vraiment au pouvoir de l’action.

Ensuite, Amélia acquiesça avec gravité aux propos de son homologue.

Le pouvoir. Il avait un goût savoureux pour les âmes avides. Clark avait mis des années, à se rendre compte que son ambition avait été mal placée. Sous l’influence de son éducation, puis de son milieu, et surtout de son époux, elle s’était laissée consumer. Elle aussi était partie en quête de son Graal. Quitte à tout perdre à la fin. Au début.
La perte. Voilà ce qui lui avait servi de déclic. Une peine, immense, et ravageuse. De celles qui ne laissent qu’un seul choix survivre. Amélia se levait et se couchait avec ce petit trou au fond de sa poitrine. La déchirure était devenue sa compagne de vie. Sa nouvelle relation amoureuse tendait cela dit à en réduire les contours.
Pour combien de temps ?

- Le culte Aoelien en est malheureusement l’exemple le plus « frappant ». Leur idéologie les amène souvent à lutter contre l’expansion des entreprises de production.

Autre bataille d’usure.

L’Ambassadrice posa alors une question pertinente.
Celles qui les concernaient. Il s’agissait d’agir pour le plus grand nombre. Clark était la première à s’opposer aux plans de licenciements, aux liquidations sans fondement. Elle était cheffe d’entreprise. À ses yeux, bénéfices et dividendes devaient être la conséquence et non un but.
Head était dur et juste.

- En préparant leur chute. En remplaçant la tête avant qu’elle ne tombe sur le sol. Par une tête qui contiendrait nos idéaux et qui participera à la révolution de fond. Il y en a. Plus qu’on ne se le figure, sans doute.

Un silence se prolongea entre les trois individus. Amélia n’agissait pas dans la précipitation. Elle prit le temps de formuler une réponse dans sa tête. Aucun droit à l’erreur. Son plan dépendait –en grande partie- de l’appui que lui apporterait l’organisation.
Le besoin.

- Quand je parle de motivations « saines », je devrais plutôt dire « sensées ». La principale, la plus importante de toutes : l’avenir. S’expliqua-t-elle avec calme.

Amélia avait beaucoup voyagé. Elle avait visité des Arches. Elle avait vu les ravages. L’industrialisation à outrance était en train de les détruire.
Sans un mode de production plus raisonné, l’humanité finirait par mourir de faim et de soif avant le reste. Inutile alors, d’avoir du nucléaire, des armes à feu.
Personne ne serait plus là pour s’en servir. Or, l’éviter était encore possible. Ce n’était pas une démarche facile. Il fallait beaucoup de volonté pour modifier ses habitudes, sa façon de faire. D’autant plus que la compétitivité du marché encourageait plutôt à agir différemment.

- Armageddon est la conséquence de notre inconséquence. Si nous ne travaillons pas plus de concert, nous allons nous affamer nous-mêmes. L’Archipel n’a guère besoin de nous pour exister. Nous devons rappeler à cette société qui est le véritable adversaire.

Clark s’était battu bec et ongle contre son ex-mari, puis contre son frère, pour instaurer des méthodes de traitement plus écologique. L’écologie coûtait encore beaucoup d’argent et de temps. Peu de gens avaient réellement les moyens de s’y mettre sans plonger.
Amélia n’avait pourtant jamais renoncé à son idée. Les cigarettes « Clark » étaient les moins toxiques du marché international.

- Je suis convaincue que tout est intrinsèquement lié. Des individus concernés donneront une société plus saine. Qui a son tour motivera les futures générations. Nous ne devons pas penser à l’échelle d’une génération, mais de dix. Je sais que des gens seront prêts à faire les efforts nécessaires. Il existe déjà des réflexions de ce type, au sein des corporations.
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Sam 27 Aoû 2016 - 11:06
Andrea s'était laissé aller contre le dossier de son siège, ses ongles manucurés de manière simple mais élégante tapotant sur la table. Elle observait Amélia avec une lueur dans le regard que Percy connaissait bien, celle qui indiquait qu'elle avait trouvé une personne qui méritait tout son intérêt. Ce n'était pas un mince exploit : sa sœur était extrêmement difficile dans le choix de ses collaborateurs, et il en fallait beaucoup pour l'impressionner. Elle avait toujours été solitaire, peu prompte à accorder sa confiance. Plus encore qu'auparavant, maintenant qu'il l'avait retrouvée. Et il se demandait à quel point c'était sa faute : lorsqu'il s'était abandonné à sa soif de pouvoir, sa sœur avait dû accuser le coup comme jamais, même si elle avait tout fait pour ne pas le montrer. Mais Agrafena lui en avait parlé, à sa manière curieusement diplomate pour une femme aussi exubérante, et il s'en était voulu. Aujourd'hui, il faisait de son mieux pour s'amender aux yeux de sa famille, ce qui n'était pas toujours facile ; mais il ne méritait pas mieux. Il se devait de faire ses preuves, de leur montrer qu'il avait réellement changé. Travailler avec Andrea était un véritable numéro d'équilibristes, mais il avait l'impression qu'ils progressaient de plus en plus, trouvant le moyen de réellement faire cause commune. Aussi était-il content qu'elle ait pu rencontrer Amélia Clark. Il avait un peu compté là-dessus, ses recherches dressant le portrait d'une femme qui lui rappelait sa sœur, plus jeune. Ces deux esprits auraient sans doute beaucoup à s'apporter l'un à l'autre.

« Malheureusement, les mauvaises habitudes ont la vie dure. C'est un des gros problèmes de notre civilisation actuelle : nous nous comportons encore comme si nous étions cloués au sol. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, la logique est une affaire de point de vue : cela ne devrait pas être le cas, mais tout le monde à la sienne propre. Et la logique de la plupart des commerçants est dictée par le profit. Ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi quand il est considéré sur la durée : dans ces cas-là, une éthique forte est souvent un signe de succès. C'est quand le besoin de profit est immédiat, que l'on est aveuglé par son avidité qu'il y a un réel danger. Le « je veux tout maintenant, et au diable les conséquences ». Tout le monde ne dispose pas du sens commun le plus élémentaire. »

« Disons le carrément : certaines de ces entités souterraines, comme vous dites, sont semblables à des cafards. Mais des cafards réhabilités aux yeux du peuple grâce à une bonne communication et à des entrées un peu partout. » Andrea ne quittait pas Amélia du regard, guettant la moindre de ses réactions. « Ce que vous dites est du bon sens, mais il a toujours fait tragiquement défaut à bon nombre de gens. Mais vous avez raison : pour prouver qu'une manière de faire équitable est bénéficiaire sur le long terme, il nous faut agir. Voilà pourquoi nous avons besoin de gens comme vous. »

Ce qui, comme beaucoup de choses, était plus facile à dire qu'à faire. Andrea était une femme intelligente et pleine de ressources, mais elle était dotée d'une certaine impatience qui la rendait parfois trop impétueuse au goût de son frère, plus enclin à agir sur la durée, petit à petit. Leurs caractères s'étaient toujours bien équilibrés, leurs incessantes disputes leur permettant surtout de mettre à plat les meilleurs plans possible, chacun rebondissant sur les idées de l'autre. Oui, il était bon de retravailler avec elle à nouveau.

« Les cultes ont toujours été un problème, dans leurs itérations les plus extrêmes. Pour ceux-ci, leur soi-disant idéologie n'est plus qu'une excuse pour imposer au monde leur façon de penser. » grogna Percy, qui en savait quelque chose. Frayer avec les cultes avait failli sonner le glas d'Arkadia, quand sa femme avait pris le pouvoir. Marisa n'avait jamais souscrit à leurs doctrines ; elle n'avait vu en eux qu'un moyen d'amasser plus de pouvoir. Mais à la fin, Arkadia aurait été phagocytée, déchirée par ces extrêmes. Voilà pourquoi Perceval Rose s'en méfiait autant.

« Et puis il y a les rebelles. L'Organisation XIII. Une autre bande qui se veut être le grain de sable dans la machine. Nous ne sommes pas les seuls à connaître ce genre de troubles : la Chine a ses propres dissidents, par exemple. Et ailleurs, également. C'est dire à quel point c'est symptomatique de l'échec de notre société actuelle. »

« En parlant de la Chine, leur changement de régime s'est avéré assez intéressant à suivre. Un régime corrompu et sclérosé par les mauvaises habitudes, remplacé par un pouvoir symbolique fort en la personne de leur jeune empereur élu travaillant de concert avec son nouveau cabinet de ministres. Certains y voient déjà les dérives possibles d'un tel système, mais je serais curieux d'avoir votre avis... »

Ne serait-ce que parce qu'Arkadia n'y était pas pour rien dans la transition chinoise. Les divisions de Percy avaient travaillé de concert avec les pouvoirs officieux chinois dans le but de renforcer l'équilibre de la plus grande nation d'Asie. Si c'était possible là-bas, peut-être que l'équilibre pourrait être atteint partout ailleurs. Et puis, c'était toujours une bonne chose que d'avoir un allié comme la République Impériale de Chine. L'empereur était jeune, mais capable, et faisait preuve d'un idéalisme tempéré par l'acceptation de faire ce qui était nécessaire pour avancer.

« Il y a effectivement plus d'individus acquis à une cause globale idéale qu'on ne pourrait le croire. » reprit Percy. « C'est en grande partie le rôle d'Arkadia de les trouver et de les rassembler, afin de les mettre au travail à où ça compte. Infiltrer le bon esprit au bon endroit, au bon moment, voilà qui peut changer beaucoup de choses, et ce sans que personne ne réalise qu'il y a eu intervention extérieure. Pour être parfaitement honnête, c'est ce que nous envisageons concernant le CSN. L'organisation a des buts louables, mais elle se lie les mains dans sa recherche du compromis, se reposant trop sur une manière périmée de voir les choses. »

Percy était curieux de voir ce que Clark penserait d'une telle remarque, vu son travail au CSN. Peut-être aurait-elle des idées pour remettre sur pied l'organisation ; et puis il serait de toute façon intéressant de voir dans quel ordre d'idées elle lui était loyale. A la cause, ou à sa forme ?

« L'avenir, voilà notre plus grande préoccupation. Pour que ce nouveau monde ne s'écroule pas, il nous faut penser bien plus loin qu'aujourd'hui ou même demain. Nous avons eu beaucoup de chance, jusqu'à présent. Nous nous sommes adaptés, nous avons trouvé comment survivre, nous avons les arches. Mais il ne s'agit plus de survivre, maintenant. Et cela ravive les intérêts personnels et les envie de conquête. Ce qui n'a plus aucun sens de nos jours, du moins à mes yeux. Oui, tout est lié, et nous avons besoin d'un monde uni. Non pas une seule entité destinée à s'écrouler sur elle-même, mais un rassemblement d'entités certes distinctes mais unies par un même idéal. Voilà des décennies que nous disons qu'il s'agit d'un monde nouveau : il est temps de se comporter comme tel. »
Percy
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Mar 30 Aoû 2016 - 18:49
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Le commerce et la publicité étaient dépendaient l’un de l’autre. Sans produit à vendre quelle serait la raison d’être de la publicité ? Sans publicité, comment vendre un produit ?
L’entreprise « Clark&Co » sous-traitait, depuis des années, la communication à une compagnie qui appartenait au mari de l’une des filles Clark. Facile. Le comité gardait un contrôle quasi absolu sur l’image des produits de consommation signé Clark.
Amélia était très rapidement entrée en conflit avec l’équipe. Jugeant les publicités attaquables à cause des messages véhiculés. Le rêve américain, la femme-objet, tous les stéréotypes se retrouvaient dans les campagnes publicitaires. Ce n’était pas ainsi qu’elle voulait que l’on pense à leur produit. C’était ainsi que marchait le bizness. En conséquence, Amélia avait été écartée de la commission. Qu’à cela ne tienne, car étant encore – à l’époque- représentante inter-îles elle avait instauré une rébellion silencieuse.

C’est à ce moment que l’Ordre l’avait approchée.

- Hum. Oui la manipulation de masse. C’est encore autre chose. Il faudrait s’atteler à l’éducation, la formation des esprits. Nous créons et formatons les esprits qui peuvent adhérer au système. Peu de gens parviennent à s’en émanciper.

L’entente de confirmait. Clark sentit son impatience redoubler. Elle parvint néanmoins à afficher une mine paisible. Juguler sa joie personnelle. Elle avait longtemps cherché des gens qui possédaient la détermination et la force de lutter. Le sourire aux lèvres elle acquiesça.

- Merci. Je veux contribuer à ce changement.

Une ombre pesa sur le front d’Amélia à la mention du groupuscule dissident.
À ses yeux ce mouvement créait plus de problèmes qu’il n’en résolvait. L’idéologie à la base de cette résistance était intéressante, en cela qu’elle prônait plus de liberté(s). Pour autant la méthode employée était parfois contre-productive. Clark en avait eu l’expérience au cours de sa carrière. Elle tenait rancœur aux XIII.

Quant à la République impériale de Chine, celle-ci ne manquait pas d’ouvrir le débat chez les corporatistes américains.
L’Histoire était construite d’alliances et de mésalliances, qui remontaient à bien avant la « Montée ». Velléités implantées dans la mémoire collective. Tous en étaient porteurs. La lutte contre l’instinct était probablement l’une des plus difficiles. Amélia en savait quelque chose, en étant la première l’une des victimes. Une vraie revancharde.

- Je n’ai jamais eu l’opportunité de rencontrer l’empereur, mais je suis allée en Nouvelle Pékin il y a deux ans. Ce qui se passe est assez excitant.

Une étincelle éclaira les iris bleus de l’Américaine. Elle n’était pas friande des modèles impérialistes. Trop paternalistes selon elle. Mais, ce métissage des genres avait de quoi être nouveau. Elle était donc curieuse d’en voir les prochains résultats.

- Pour avoir vu les choses de l’intérieure, je vous confirme que quelque chose ne va pas. Elle se veut l’héritière de l’ONU en plus contrainte. Une réforme de fond est inenvisageable avec les dirigeants actuels… Beaucoup trop réactionnaires. Mais, Je peux élaborer la liste de vos alliés potentiels. J’ai déjà quelques noms en tête. Affirma-t-elle tout en se saisissant de son stylo. Quatre noms. Clark ajouta leur fonction au CSN. Leur date d’entrée. En plus d’une remarque plus personnelle. Vous aurez ça dans la soirée. Prise ou non, cette femme était impliquée, jusqu’aux ongles, dans sa quête.

La formulation de Rose était assez bien tournée.
Amélia retrouva les échos de son état d’origine. Le Maryland faisait partie des « États d’Amérique ». Son nom avant Armageddon. L’Europe aussi avait tenté de former une « union ». Aucune n’avait survécu.

- Vous prêchez devant une convaincue Monsieur Rose. C’est en effet ma conviction.

Elle but une longue gorgée de sa boisson pour apaiser sa gorge. Son regard dériva vers l’endroit où se trouvait ses cigarettes. Au lieu de craquer, Clark décroisa et croisa ses jambes. Lissa et tira le bas de sa robe. C’était un défi personnel que de ne pas céder à son besoin de nicotine pour l’instant.

Amélia profita de l’occasion pour rebondir.
Ses deux interlocuteurs lui avaient envoyé plusieurs fois des signes. Elle pouvait considérer, sans trop d’orgueil, que cet entretien se déroulait bien. Même très bien. A son tour de faire comprendre ce qu’elle voulait. A son tour aussi d’observer la réactivité de ses interlocuteurs.

- Quand vais-je pouvoir commencer ? Leur demanda-t-elle simplement. Ses yeux d’aciers portés sur la comtesse.
Head
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Jeu 1 Sep 2016 - 10:26
« Vous parlez de créer et même de formater des esprits convenant à nos idéaux. N'est-ce pas là une autre forme de manipulation, finalement ? J'en suis venu à considérer que pour un nouveau système global puisse vraiment marcher à jour, il faut laisser à ses participants le choix d'en faire partie. Sinon, il ne sera qu'un nouveau régime de plus, et même bienveillant, je pense qu'il serait alors voué à l'échec. Je crois en l'individualisme, miss Head. Non pas dans son égocentrisme, mais dans la capacité de chacun à être libre de faire le bon choix. Nous orientons la croissance du jardin, mais même les mauvaises herbes peuvent jouer leur rôle si on leur en laisse la chance. Individualisme et union ne sont de toute façon pas aussi incompatible qu'on pourrait le croire, vous ne pensez-pas ? Je souhaite préserver le libre-arbitre de chacun, mais pour ce faire il va être nécessaire de leur inculquer un peu de bon sens. Du moins voilà comment je vois la chose. »

« Mon frère s'y est déjà brûlé les ailes, aussi se montre-t-il un peu sensible quand il s'agit de formater quoi ou qui que ce soit. Mais il n'a pas tout à fait tort. Nous ne sommes pas là pour mettre des gens en place qui penseront à la place d'autres gens. Si nous le faisons, c'est pour qu'ils servent d'inspiration. Le contrôle ne nous intéresse pas ; c'est un moyen plutôt qu'un but en soi, et nous espérons arriver au jour où nous aurons à intervenir le moins possible. Vous contribuerez à ce changement, Amélia ; d'une manière ou d'une autre, je sais que vous ne laisserez pas passer une telle occasion. »

Sa sœur avait donc déjà fait son choix, ce qui n'étonnait pas Percy le moins du monde. S'il avait le dernier mot sur qui devenait un agent, ses directeurs de Divisions choisissaient eux-mêmes d'accepter une nouvelle recrue dans leurs rangs. La Green Division bénéficierait grandement des talents d'une femme comme Amélia Clark, et Rose était ravi d'avoir pu mettre cet entretien en place. Il jeta un bref regard à Andrea du genre « Je te l'avais bien dit ! », auquel elle répondit d'un roulement d'yeux exaspéré. D'autant qu'elle aurait tout aussi bien pu le lui dire elle-même.

« Ce qui se passe en Chine est non seulement excitant, mais la preuve que nos structures gouvernementales et sociales sont réellement en train de se modifier à un niveau plus profond que jamais. Il ne tient qu'à nous, et aux bonnes volontés comme celle de l'Empereur, de faire en sorte que cela continue dans la meilleure direction. » Clark s'était néanmoins montrée discrète sur la question, et Percy rangea cette information dans un coin de son esprit, afin d'y réfléchir plus tard. « Ce que vous dites du CSN rejoint notre évaluation. Nous avons déjà quelques contacts en place, mais je serai ravi d'étudier votre liste ; je serai curieux de voir si elle y contiendra des noms communs avec les nôtres. »

Il pouvait en effet sentir toute la conviction dans la voix d'Amélia Clark, ce qui le confortait dans son idée d'avoir accepté de la rencontrer. De ce qu'il avait pu rassembler sur elle, ce rendez-vous n'avait finalement été qu'une formalité, afin de s'assurer qu'elle était la même femme en personne que sur le papier. Et Percy la trouvait encore plus intéressante maintenant qu'ils se retrouvaient face à face. Et il n'avait pas besoin de demander à Andrea pour savoir qu'elle pensait comme lui.

« Mon frère prêcherait un lampadaire -convaincu ou non- s'il y voyait une opportunité. Il parle trop, aussi laissez moi vous le dire enfin : vous êtes des nôtres, miss Clark. Bienvenue à Arkadia, et bienvenue à la Green Division. En ce qui me concerne, vous pouvez commencer demain. Retrouvez moi à mon bureau de l'ambassade à neuf heures, nous réglerons les derniers détails. »

« Arkadia prend soin des leurs, miss Clark. Considérez-vous sous notre protection. Vous trouverez les détails ici. » Il lui tendit un téléphone portable d'Arkadia dernier cri, protégé et efficace. « Les informations sur ce que l'on attend des agents se trouvent dessus, de même que les prestations offertes. Je vous invite à en prendre connaissance, notamment de tout ce qui est mandataire pour nos agents, afin de voir si vous pensez être capable d'y souscrire. Ensuite, comme l'a dit ma soeur... Bienvenue à Arkadia ! Je suis heureux de vous compter dans nos rangs : nous avons besoin d'esprits tels que le vôtre. Ensemble, je suis sûr que nous saurons accomplir beaucoup au nom d'un monde nouveau ! »

_______________________________________________________________


-Annexe: équipement, prestations et exigences d'Arkadia pour ses agents-

Citation :
Équipement

Chaque agent d'Arkadia, quelle que soit son appartenance et son rôle, se verra doté de cette équipement standard:

-arme de service: pistolet avec balles et fléchettes tranquillisante
-taser
-gilet de protection
-téléphone portable sécurisé avec signal de détresse intégré
-oreillette de communication
-véhicule si nécessaire

Prestations offertes aux agents

Outre son salaire, chaque agent a droit aux prestations suivantes:

-couvertures sociales et santé intégrales, soins médicaux et prise en charge de ces derniers
-logement si nécessaire (ou si relocalisation)
-couvertures, logements, soins et protection peuvent être étendus (avec toute discrétion) à la famille si la demande en est faite
-effacement d'identité et nouvelle identité si besoin
-déplacements si besoin
-accès à la base de données d'Arkadia
-entraînements, formations et remises à niveau dans un grand nombre de domaines de compétences (permis de conduire et de port d'armes obligatoires et en priorité pour ceux qui en sont dépourvus)
- »bourses » d'Arkadia pour les agents dans les équipes de recherches qui présentent un projet convaincant

Exigences d'Arkadia

Chaque agent, quelle que soit sa brigade, est tenu de de répondre aux exigences suivantes:

-examen médical mensuel
-examen psy tous les six mois
-examen de terrain standard tous les six mois (condition physique, combat à mains nues, armes à feu, systèmes informatiques, communications, premiers secours, infiltration, conduite)
-permis de conduire et de port d'armes

Notes

Suivant les attributions et les divisions de chaque agent, d'autres requêtes peuvent être formulées aussi bien par les agents que par Arkadia elle-même.
Percy
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Sam 3 Sep 2016 - 19:24
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Un couple s’installa à la table voisine. Ils étaient calmes. Discrets. La sérieux des trois individus les influença inconsciemment. Ils parlèrent à voix basse. L’homme lançant des regards furtifs en direction de l’ambassadrice écossaise. Il souffla à sa partenaire le nom de la dame d’une voix où transparaissait un mélange d’étonnement et de fascination.

- Oh oui, oui, c’est ainsi que j’entends les choses. Quand je dis « nous » je parle d’un « nous » global. Amélia sourit et secoua la tête avec détermination. Croyez-moi, je suis la première à encourager les autres de se faire leurs propres opinions. Comme vous le dites, ce n’est qu’à partir de là que peut naître une véritable conviction.

Clark avait le regard de celle qui sait de quoi elle parle. Une fois encore. Cet échange revenait -à mots couverts- sur presque toutes les failles de son parcours.
Jeune. En victime des convictions familiales. Le seul moyen qu’elle avait trouvé pour s’émanciper avait été le mariage. Une alliance plus exactement. Plus qu’un acte d’amour. Amélia n’avait pas aimé Georges Powell. Pas comme dans la littérature.
La liberté qu’elle avait recherchée à ses côtés avait été l’objet d’une reconquête. Ardente. Ardue. Être femme. Ou féministe. Cela n’était pas offert à toutes les femmes. Clark avait été éduquée à l’obéissance patriarcale. Sans son tempérament rebelle. Ses épreuves. Elle ne se serait peut-être jamais enfuie. Pourtant, elle n’avait pas exprimé le moindre regret.

- Je vois. Bien. Serais-je amenée à travailler avec eux ? Mon contrat là bas se fini bientôt. Mais j’imagine que je pourrais négocier une prolongation.

La duplicité n’était pas le cheval de bataille d’Head. La triche lui posait un réel problème. Le mensonge n’était pas de ses outils. Ils impliquaient une absence d’éthique. Or, elle se l’était jurée. Jamais, elle ne renierait ces bases fondamentales. Peu importe si cela allait la ralentir dans sa mission. Clark voulait d’abord être fière de ses accomplissements. Pouvoir s’observer dans une glace sans se sentir mal. Ne pas avoir à rougir.

Devenir un agent double était un pari dangereux à faire avec ses principes. Pourtant, la trahison de son ex-mari avait modifié quelque chose chez cette femme. En profondeur. Il lui avait enseigné comment assouplir son esprit. Comment voir plus loin. Ses objectifs avaient été revus en hausse depuis un an. Amélia voulait une consécration.
Un Saint Graal.

Ce qui portait ses fruits.
Le salut enfin. Glas de cet interrogatoire obligatoire. La belle a un sourire sincère la confirmation de sa réussite. La joie et l’excitation se diffusèrent, à la vitesse de l’éclair, dans son sang. Il fit éclater une gerbe saphir dans le fond de son regard. Clark était heureuse.

- Merci ! Vous n’allez pas le regretter. Je serais là.

Les objets intronisant suscitèrent une pointe de surprise. Un cellulaire dernier cri. Arkadia avait la réputation d’être très bien équipée. Clark l’observa brièvement avant de se concentrer sur le document. Épais de plusieurs pages. Une première page lue en diagonale. Tout serait décrypté plus tard. Sans doute avec l’aide d’un avocat des affaires.
Certains mots clés firent tilt.

- Parfait. Je vais lire tout cela attentivement. Merci Monsieur Rose. Je suis ravie, vraiment. Je sens que ça va être… grandiose. Dit-elle sans exagération.

Amélia rangea consciencieusement ces nouveaux effets dans son sac à main. Le document roulé pour ne pas prendre trop de place. Elle détourna le regard de son paquet de cigarettes. Encore un peu de patience. Quelques minutes seulement.
La tension change. Cela indique généralement la fin. Clark croise alors les mains sur la table.
Derniers détails. Une prochaine étape. Tout se déroulait à merveille.

- Très bien. Dans ce cas, nous nous revoyons demain, Madame Antov. A très bientôt Monsieur Rose.

La chaise est repoussée pour se lever et ainsi faire le tour de la table. Clark lui tendit une main sûre et fit de même avec sa nouvelle n+1. Une salutation en bonne et du forme après presque deux heures d’entretien. Un échange productif et instructif.

Dernier sourire.
Head stabilise la hanse de son sac sur son épaule. Elle repart pour prendre l’escalier de son pas de conquérante.
La victoire faite sienne.

Le sourire qui flottait sur ses lèvres est encore plus confiant qu’à son arrivé. L’esprit se focalisait déjà sur le rendez-vous du lendemain. Mais avant cela, Amélia devait prévenir une ou deux personnes. Elle attrape son téléphone personnel en sortant de l’immeuble. Ses doigts filaient sur l’écran. Elle manqua de se faire renverser en s’avançant sur le trottoir.
Quelle fin idiote c’aurait été.

La pression sanguine redescend. Une sonnerie. Deux. Une voix répond à l’autre bout du fil.
Une voix d’homme. un accent chaud et complice. Confiante.

    * Alors ? *

    * Je l’ai eu, j’ai eu le job !*



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