L'Héritage du Pélerin [Iron Will]

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Sam 24 Sep 2016 - 21:28


« Le brouillard du matin n'arrête pas le pèlerin. »



Cette séance avait épuisé Kevin alors qu'il était pourtant un sportif aguerri. Mais vivre une expérience mentale aussi forte pouvait drainer l'énergie de n'importe qui. Il allait gamberger surement un bon bout de temps pour analyser ses souvenirs.

Ses yeux d'ébène se posèrent sur Miranda lorsqu'elle prit la parole pour lui dire avec une grande franchise de ce qu'elle pensait de cette expérience. Ses mots étaient d'une justesse que Kevin apprécia beaucoup. Il esquissa depuis cette épreuve un premier sourire dont il était généralement peu avare. Il ne cachait jamais ses émotions.

Il avait envie de lui répondre mais laissa le directeur prendre la parole qui par ses mots le rassura. Le jeune homme était maintenant convaincu qu'il avait bien fait de leur confier la clef de son père.


- je vous remercie de nouveau pour votre aide. J'espère que vous obtiendrez des résultats dans votre analyse et recherche. Je suis convaincu que cette clef renferme des secrets ou recherches extrêmement importants.


Enfin Kevin mesura le pour et le contre concernant la proposition de Perceval de demander à Gus de lui effacer ses souvenirs douloureux. Il n'hésita pas longtemps à lui répondre. Les mots de Miranda faisaient encore écho dans son esprit.

- Je préfère garder ses souvenirs en mémoire même s'ils sont douloureux. Comme l'a dit avec grande justesse Miranda, le passé est ce qu'il nous construit pour le présent et l'avenir. Ils ont fait ce que je suis aujourd'hui et surement conduiront à ce que je ferais plus tard. Peut être qu'un jour ils seront loin et tombés dans l'oubli par ce que je serai devenu...Monsieur le directeur, si je peux me permettre, vous pourriez également envisager aussi d'effacer certains de vos souvenirs pour aérer votre esprit. Je vous invite à lire les Considérations inactuelles de Nietzsche dans lesquelles il expose ceci :

Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a quelque chose qui fait que le bonheur est un bonheur : la possibilité d’oublier, ou pour le dire en termes plus savants, la faculté de sentir les choses, aussi longtemps que dure le bonheur, en dehors de toute perspective historique. L’homme qui est incapable de s’asseoir au seuil de l’instant en oubliant tous les événements du passé, celui qui ne peut pas, sans vertige et sans peur, se dresser un instant tout debout, comme une victoire, ne saura jamais ce qu’est un bonheur et, ce qui est pire, il ne fera jamais rien pour donner du bonheur aux autres. Imaginez l’exemple extrême : un homme qui serait incapable de ne rien oublier et qui serait condamné à ne voir partout qu’un devenir; celui-là ne croirait pas à sa propre existence, il ne croirait plus en soi, il verrait tout se dissoudre en une infinité de points mouvants et finirait par se perdre dans ce torrent du devenir. Finalement, en vrai disciple d’Héraclite, il n’oserait même plus bouger un doigt. Tout action exige l’oubli, comme la vie des êtres organiques exige non seulement la lumière mais aussi l’obscurité. Un homme qui ne voudrait sentir les choses qu’historiquement serait pareil à celui qu’on forcerait à s’abstenir de sommeil ou à l’animal qui ne devrait vivre que de ruminer et de ruminer sans fin. Donc, il est possible de vivre presque sans souvenir et de vivre heureux, comme le démontre l’animal, mais il est encore impossible de vivre sans oubli. Ou plus simplement encore, il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens, historique qui nuit au vivant et qui finit par le détruire, qu’il s’agisse d’un homme, d’une peuple ou d’une civilisation

Je pense que cela est à méditer.


Kevin se demanda s'il s'était pas montré trop prétentieux par ses propos mais il le faisait que dans une bonne intention. Il se rendit tout de même conscience de son côté un peu professeur, très ressemblant à ce que son père Gordon pouvait faire. Ça l'amusa en y pensant. Il ravala sa salive lorsqu'il imagina comment son père allait réagir en apprenant cette expérience. Il serait capable de passer un savon au directeur...

- Surement en d'autres circonstances, j'aurai pu être des vôtres mais voilà il en est autrement. Mais finalement c'est peut être un mal pour un bien. L'amitié n'est pas une question d'appartenance à une organisation. C'est bien plus fort et puissant. Encore merci à vous, j'espère que nous aurons l'opportunité de nous revoir et n'hésitez pas Miranda ou vous à me contacter au besoin. Encore merci à vous.





Iron Will
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Jeu 29 Sep 2016 - 12:57
« Comme souvent, Miranda n'a pas tort. » commenta Percy avec un sourire, tandis que son fidèle bras droit arquait un sourcil. « Je me dis que s'il me venait l'envie d'aller passer ma retraite en bermudas sur une place isolée quelque part, je pourrais sans autre lui laisser les clefs de la boutique. »

« Vous n'oserez pas ! »

« Et pourtant, je me dois d'avouer que parfois, la tentation est grande. Juste pour voir comment vous vous en sortiriez. »

« Essayez pour voir. »

L'échange avait aussi naturel que doté d'un réel amusement derrière les piques, et témoignait une fois de plus du véritable lien qui unissait le directeur et son agent. Ils avaient beau se chamailler verbalement aussi souvent que possible, ce n'était là que le témoignage de leur profonde affection l'un envers l'autre. Et puis, il était toujours utile d'avoir quelqu'un de confiance capable de vous remette à votre place quelle que soit la situation.

« Vous souvenirs n'appartiennent qu'à vous, monsieur Scoltly. Et je suis sûr que vous saurez faire de cette terrible épreuve quelque chose de meilleur ; cela semble être un talent chez vous, et un talent des plus admirables. N'abandonnez jamais cet enthousiasme, cette volonté de faire le bien. C'est quelque chose de précieux en ce monde. » Puis il écouta poliment le jeune homme en pleine citation, avant de reprendre. « Je comprends votre intention, et elle est noble. Et ce sont de sages conseils, à l'image d'une partie de la pensée nietzschéenne. Mais voyez-vous...même si je le voulais vraiment, je ne pourrais pas oublier quoi que ce soit. Mes dons m'ont également doté d'un esprit pratiquement inviolable sur bien des points de vue, et la capacité d'effacement de la mémoire de notre ami Gus ne fonctionne pas sur moi. Il semblerait que, quoi qu'il arrive, je sois condamné à vivre avec tous mes souvenirs. Pour le pire comme pour le meilleur, car il y a aussi du bon là-dedans ; c'est ce qui me permet d'avancer. »

Non, ce n'était pas toujours facile, mais il avait appris à faire avec. Il avait en partie bâti son empire en se reposant sur ses facultés, et elles pouvaient se révéler une aussi grande aide qu'elles étaient un fardeau. Une chose était sûre : elles faisaient partie de qui il était, et il n'allait pas compromettre ça. Il y avait les migraines, certes, mais pour le moment, il pouvait s'en accommoder. Ce qui l'inquiétait, c'était vraiment le long terme. Est-ce qu'il y avait des limites à ce que l'esprit humain -même un esprit comme le sien- pouvait contenir en matière de souvenirs avant que toutes les barrières ne cèdent ? Risquait-il de se faire submerger un jour, de perdre le contrôle, de ne plus faire la différence entre le passé ou le présent ? Où amasserait-il pour l'éternité une mémoire de plus en plus exhaustive ? Il n'avait pas de réponse à ces questions, et il ne lui restait qu'à attendre de voir comment tout cela allait évoluer. Dans l'intervalle, il ferait de son mieux, comme toujours.

« Les choses changent, parfois. Dans ce cas, vous savez où nous trouver. En attendant, ma porte vous sera toujours ouverte, et si nous devions faire de nouvelles découvertes concernant la clef ou vous souvenirs, vous serez bien évidemment averti. Ce fut un plaisir que de vous rencontrer enfin en personne, monsieur Scoltly. Je vous souhaite bonne chance dans tout ce que vous allez entreprendre. Jusqu'à notre prochaine rencontre. »

Car le directeur ne doutait pas que leurs chemins allaient se recroiser. Il lui adressa un sourire sincère, tandis que Miranda et Gus le raccompagnaient à la pote. La blonde lui adressa elle-même un de ses rares souries en guise de salutation, tandis que Gus l'accompagnait dans la coursive afin de rejoindre son poste. Resté seul dans son bureau, Percy s'assit dans son fauteuil, et s'empara de la clef qu'il fit pensivement tourner entre ses doigts.

Il était temps de se mettre au travail.

[Sujet terminé]
Percy
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Thème: Everybody Wants To Rule The World - Lorde




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