Dieu se tait. Le Diable murmure. [SOLO ONESHOT]

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Jeu 17 Mar 2016 - 1:11

Dieu se tait. Le Diable murmure.


Kiev, Ukraine - Janvier 2013

Le froid était polaire en cette nouvelle année 2013. Encore plus quand on se trouvait à la frontière de la Russie, connue pour ses périodes de grand froid. Les villes étaient sombres, sans vie, les gens se terraient chez eux. Les places si pleines de monde à une époque, étaient désertes. Les paysages ne changeaient presque plus, ou si peu.

Gabrielle ne s'y intéressait guère, le nez plongé dans une carte, elle laissait le plaisir de rouler à Simon. Après tout, c'était une grande histoire d'amour entre sa voiture et lui et madame n'avait guère le droit de toucher au volant. Il l'avait toujours trouvée trop brusque. Et puis, elle faisait un meilleur copilote. Surtout que ses crises étaient plus fréquentes depuis quelques temps et qu'il valait mieux qu'elle ne soit pas en train de conduire quand cela arrivait. Si l'homme n'en montrait rien, il était inquiet pour sa compagne. Alors qu'elle était concentrée sur la lecture de son plan, il l'observait à la dérobée. Le manque de sommeil était visible, les cernes qui se creusaient sous ses yeux ne le trompaient pas. Depuis quand n'avait-elle pu avoir une vraie nuit de sommeil? Sans craintes, sans inquiétudes, sans ces tarés qui lui restaient dans l'esprit? Il ne pouvait le dire. Et il ne pouvait rien faire. A part la suivre, pour la surveiller, pour s'assurer qu'elle ne plongeait pas dans des abysses d'où elle ne sortirait jamais. Son gardien en quelque sorte.

Il ne fallait pas se leurrer, cette situation était difficile pour lui, voir ainsi la femme qu'il aimait se détruire à petit feu, se faire détruire à petit feu, par un fou qui jouait avec elle, le rendait malade. Il était le premier à vouloir le mettre hors d'état de nuire. Tout comme Rix, il mettait toute son énergie dans cette chasse à l'homme. Pour la paix et le salut de sa compagne. Qu'ils puissent - malgré le conflit mondial - vivre un peu plus normalement. Ça n'empêchera pas les visions, mais si celui après qui ils courraient en particulier, était enfin attrapé, il savait que sa compagne pourrait à nouveau dormir correctement.

Comme si Gabrielle avait ressenti quelque chose, elle posa doucement une main sur le bras de son compagnon. Elle était parfois désolée de lui faire subir tout cela, mais elle savait qu'il comprenait. Il était son roc et elle n'aurait jamais pu tenir aussi longtemps sans lui. Elle lui devait beaucoup et tellement reconnaissante de ce qu'il faisait pour elle. Pourtant, son regard n'avait pas décollé du papier qu'elle avait sous les yeux. Sa prise se serra un instant sur le bras, simplement pour lui dire qu'elle allait bien. Ou en tous les cas, aussi bien qu'elle le pouvait.

- Prends à gauche.

- La nuit tombe Gab'...

- Je sens qu'on est trop proche pour s'arrêter maintenant, Simon... s'il te plait.

- Laisse-moi au moins appeler quelques renforts.

- Quand on sera arrivé.

Depuis quelques temps, Rix avait la nette impression que l'homme qu'elle chassait, l'attirait plus que d'habitude. Il était monté en puissance. Il laissait des traces, jouait au petit Poucet avec elle. Des cadavres, il n'y avait que cela sur la piste, mais qui l'avaient amené ici. En Ukraine. Les phares de la voiture, éclairaient la neige qui tombait sans discontinuité depuis quelques heures. Les deux policiers virent alors se dresser devant eux un entrepôt à moitié détruit par des bombardements. Comme partout, la guerre avait laissé son lot de destruction derrière elle. Pendant que Simon tentait tant bien que mal de se démerder en prenant contact avec leurs collègues, qu'ils les rejoignent rapidement, la profileuse fixait le bâtiment.

- Ils seront là dans une dizaine de minutes.

Gabrielle ouvrit alors la boîte à gant, pour en sortir une lampe torche de fonction.

- Qu'est-ce que tu fais?

- Il peut se passer beaucoup de chose en 10 minutes... je vais juste jeter un oeil.

- ... Son regard en disait long sur ce qu'il pensait.

- Je ne vais pas loin, attends-moi, ok?

- Tu sais que je déteste quand tu fais ça.

- Oui. Elle lui attrapait le menton pour l'embrasser avec tendresse, puis sortait de la voiture.

Simon grognait, mais que pouvait-il faire contre son caractère et cette tête de bois? Pas grand-chose, il en était parfaitement conscient. Sortant à son tour de la voiture, il remontait le col de sa veste en cuir, pour la regarder s'approcher du bâtiment. Il n'aimait guère cela et espérait que les renforts arriveraient le plus rapidement possible.

Gabrielle, lampe torche dans une main, l'autre prêt de la crosse de son arme, marchait d'un pas lent et silencieux, alors qu'elle s'approchait de la prote de la bâtisse assez impressionnante. Elle poussait du bout des doigts la porte, en espérant qu'elle ne grincerait pas trop fort, pour ne pas alerter celui qui pourrait se trouver à l'intérieur. S'il y avait quelqu'un bien entendu, autre qu'un nouveau cadavre. Allumant sa torche, elle balaya devant elle, tout en s'avançant toujours lentement, contrôlant sa respiration, tous ses sens aux aguets, elle cherchait quelque chose qui pourrait la mettre sur la voie. Sans fouiller méticuleusement, elle ouvrait chaque porte qu'elle rencontrait toujours avec la même prudence.

Son homme à l'extérieur, scrutait lui aussi le bâtiment, suivant la progression de sa compagne, grâce aux mouvements du faisceau lumineux qu'il voyait à travers les vitres. Mais son regard fût attiré par quelque chose à l'étage. Il semblait... non il ne rêvait pas, il y avait bien un autre faisceau lumineux, juste au-dessus, qui se déplaçait lui aussi. Ce qui n'annonçait rien de bon ou en tous les cas, qui pouvait être un danger quelconque. Sans attendre, le policier se dirigeait à son tour vers la bâtisse. Mieux valait retrouver Gabrielle au plus vite!

Aussi muni de sa torche de fonction, il pénétrait à son tour dans l'entrepôt, avec un certain empressement, mais étant tout aussi prudent que celle qui l'avait devancé, mieux valait ne pas se faire repérer tout de suite. Mais quand on tombe dans la gueule du loup, il est bien difficile de s'en sortir. N'ayant plus la possibilité de savoir où se trouvait Gabrielle, Kreizler était obligé de faire confiance à son instinct pour la rejoindre. Mal lui en prit, il n'aurait jamais dû rentrer dans ce bâtiment. Alors qu'il allait pousser une porte qui séparait deux halles, celle-ci s'ouvrit brusquement, faisant ainsi en sorte qu'il la prenne en pleine face, le faisant tomber sur le dos, le mettant ainsi dans une position plus qu’inconfortable, surtout face à la haute stature qui se détachait du cadre de la porte et dont un bras semblait se tendre vers lui. Malheureusement pour lui, ce fût tout ce qu'il put voir.

Deux détonations assez caractéristiques se firent entendre à travers tout le bâtiment, raisonnant contre les murs de métal. Arrivant jusqu'à Rix, qui savait parfaitement ce qu'elle avait entendu. Son arme avait été sortie dès la première et l'adrénaline était montée d'un coup. Pourtant, son cœur battait la chamade, car le mauvais pressentiment que tout cela lui faisait ressentir, n'annonçait qu'un malheur. La lumière de la lampe éclaira d'abord une masse informe au sol, mais son cerveau avait déjà fait le lien.

- SIMON!

Son pas avait augmenté, elle courrait, aussi vite qu'elle en était capable. Erreur de débutant, se laisser ainsi prendre par les sentiments, faisait mettre de côté toutes sa méfiance et sa prudence. C'était ainsi qu'on se jetait tête baissée dans un piège. Alors qu'elle s'approchait bien rapidement de Simon, elle fût coupée net dans son élan. Quelque chose d'assez violent venait de la projeter au sol avec force, elle avait eu l'impression que toute sa mâchoire s'était disloquée, elle semblait avoir perdu connaissance quelques secondes à la force du coup. Juste le temps au cerveau de comprendre tout ce qui venait de lui arriver. A peine ouvrait-elle à nouveau les yeux, qu'une haute stature lui faisait face.

Pourtant, elle avait de la peine à la distinguer. Elle n'avait pas fait attention en approchant de Simon, à la fumée qui commençait à envahir l'endroit, une fumée noire, qui pouvait s'avérer inquiétante, qui pour le moment prenait à la gorge et piquait les yeux. Ce qui l'empêchait d'identifier clairement celui qu'elle avait au-dessus d'elle, il n'était qu'une ombre, mais son instinct lui soufflait que ce fût LUI.

- Tu aurais pu venir seule Gabrielle, je n'avais prévu cette petite entrevue que pour deux personnes. Voilà que tu me fais faire des choses qui me répugnent. Un murmure, qu'elle aurait reconnu entre mille et malgré ses oreilles qui bourdonnaient encore à cause de l'encaissement du coup, elle l'entendait parfaitement.

Elle se reculait légèrement à la force de ses coudes, pour tenter de mettre de la distance entre elle et son agresseur. Une certaine peur se faisait sentir, elle était aux mains d'un homme qu'elle savait extrêmement dangereux, mais c'était surtout le fait de ne pas vouloir accepter complètement ce qu'elle avait vu de son compagnon, cette peur noire de savoir ce qu'il en était. De ce que ce tueur avait fait.

A voir comment il n'avait pas hésité une seule seconde à abattre l'homme qui s'était trouvé sur son chemin, cette moquerie était fort mal venue, faisant monter la colère dans le cœur de Rix. Elle tournait la tête pour voir où était Simon, il fallait qu'elle s'en approche, qu'elle voie qu'elle se trompait, qu'il était encore en vie.

- Tu me déranges depuis un certain temps maintenant, ma chère. Loin de moi l'idée de trouver désagréable qu'une jolie fille s'intéresse ainsi à moi, mais je suis un homme timide et mon esprit est un sanctuaire privé. Auquel tu ne devrais pas avoir accès.

Si le murmure rendait le ton de l'homme plutôt calme, il lui donnait encore plus froid dans le dos. La dangerosité de celui qui le surplombait résidait justement dans ce calme apparent qu'il donnait. Et c'était encore plus impressionnant en face-à-face. Ainsi, il confirmait ce dont elle se doutait depuis un petit moment. Il était bel et bien capable de la sentir, quand elle se connectait à lui. Ce qui avait fini par l'agacer. Tout ceci était donc un piège? Serrant les dents, Rix continuait à s'éloigner de lui, alors qu'il continuait à s'approcher, inlassablement.

- Laisse-le partir... grognant entre ses dents.

La profileuse ne voulait pas entendre ce que ce tueur avait à lui dire, tout ce qu'elle souhaitait, c'était que s'il avait quelque chose contre elle, que Simon n'en subisse pas toutes les conséquences, qu'il lui laisse la vie sauve. Qu'il la tue si tel était sa destinée, mais pas lui. Il n'avait rien fait pour mériter un tel sort.

- C'est un peu tard...

Cet enfoiré coupait court à tout, il confirmait ce qu'elle savait déjà, ne manquant pas de briser complètement son ennemie pour le coup. Car Gabrielle prenait la nouvelle de plein fouet, il n'avait pas besoin de le dire clairement, pour qu'elle comprenne totalement l'ampleur de la chose, pour que ces simples mots, confirment ce qu'elle craignait, ce qu'elle refusait d'accepter, ce qu'elle ne pouvait pas accepter. Difficile de retenir toute la peine qu’une telle nouvelle amenait, si elle serrait les dents à se les briser, les larmes ne pouvaient guère être retenues et elle tourna totalement la tête, oubliant ou presque la proie devenue prédateur à ses côtés, pour tenter de repérer celui qui avait réellement de l’importance pour elle. Il fallait qu’elle le rejoigne. Tentant de se remettre debout, elle ne réussit qu’à chuter à nouveau. Il lui semblait que son assaillant s’en amusait.

Sa respiration se faisait plus difficile encore, il y avait de la lumière, presque surnaturel, sa vue était un peu plus brouillée et pas seulement par les larmes, cette fumée devenait plus opaque, plus noire, du crépitement, parmi tout ça, elle l'entendait et la chaleur... un feu? Qu'importe, il ne lui laissa pas l'occasion de comprendre plus en avant, un coup bien placé dans le dos, la fit à nouveau se retrouver par terre, face contre le sol cette fois-ci, un bruit métallique se fit entendre ensuite, elle reconnut une barre à mine tombée pas loin des pieds du Chuchoteur. Voilà avec quoi il avait réussi à la mettre aussi facilement à terre. Un genou se posait près d'elle, sans toucher la poussière du sol de la bâtisse - il devait s'être accroupi seulement -, son parfum lui venait par à-coup, mais il était trop difficile pour elle de l'analyser. Il lui sembla un instant sentir sa main venir se glisser dans une des poches de sa veste.

- Un grand homme a dit un jour que la plus grande réussite du Diable, était de nous avoir fait croire qu'il n'existait pas. Rapprochant ses lèvres de l'oreille de l'agent. Mais quand tous se taisent et que le Diable murmure à ton oreille Gabrielle, tu sais à quel point il est bien réel. Cette affirmation ne manquait pas de toucher son but, faisant réagir notre protagoniste, qui se remis en mouvement, en rampant, pour ne pas qu'il finisse son travail trop facilement.

Lui se redressait, pour aller chercher un objet indistinct dans un coin, revenant ensuite vers elle.

- Tu peux tenter de fuir, mais cette fois-ci, il n'y a aucune porte de sortie. Pas moyen de se réveiller de ce cauchemar, car c'est bel et bien le tien. Avec un certain cynisme.

L'odeur d'essence lui prenait au nez avec force, elle sentait le liquide couler sur elle, se prendre dans ses habits. Pas de doute sur son intention, elle voulait se défendre, mais ne s'en sentait guère capable. Pas après tout ça, le dernier coup porté lui semblait insurmontable. C'était sans doute trop facile pour lui, mais elle s'en moquait quelque part.

- Ainsi se termine donc notre histoire.

Il lui avait subtilisé son briquet, voyez l'ironie de la chose... l'allumant sans remord, il le jetait sur la femme à ses pieds. La brûlée vive, c'était une façon comme une autre de mettre un terme à cette traque qui avait bien trop durée. Le Chuchoteur quittait ensuite le bâtiment auquel il avait pris soin de mettre le feu, dès l'entrée des deux policiers à l'intérieur. Ses traces seraient effacées, comme toujours et Gabrielle disparaissait pour de bon. Une bonne chose de faite.

Mais tandis que le tueur pensait pouvoir vendre la peau de l'ours, avant de s'être assuré qu'il ne l'avait bien tué, Rix - dont l'instinct de survie ne serait bientôt plus à prouver - puisa dans ses dernières ressources pour ne pas finir ainsi. Peut-être que la douleur du feu qui lui brûlait la peau avec une facilité déconcertante, lui envoya cette décharge dont elle avait besoin pour se reprendre en main. Car elle ne pouvait décemment se laisser ainsi mourir, alors qu'IL s'en sortait, qu'IL partait libre, sans avoir été puni pour ses actes, son meurtre, il ne pouvait gagner. Pas comme ça, pas si facilement!

Ce fût donc dans un dernier sursaut de conscience que l'agent du FBI se redressait, pour sortir du bâtiment en courant, sautant à travers la première vitre qu'elle croisait, elle se retrouvait dans la neige, bienvenue pour cette fois, dans laquelle elle se roulait pour tenter d'éteindre le plus rapidement les flammes qui, aidées de l'essence, faisaient leur office sur sa peau. Les sirènes des renforts se faisaient entendre, pompiers, collègues, qu'importe, tant qu'elle n'était pas seule.

Rapidement, elle avait senti qu'on l'avait prise en main, elle n'avait que pu murmurer quelques mots, dans l'entrepôt, il y avait encore quelqu'un, Simon, il fallait le sauver, le tirer de là... son corps tout du moins, mais elle ne pouvait le dire, qu'il était mort. Pas encore. De toutes les façons, elle avait rapidement rejoint les brumes d'un coma dans lequel on la laisserait quelques temps.

Leur histoire n'était pas terminée finalement. Et le Diable continuerait donc à murmurer à son oreille, pour le pire. Jusqu’à ce qu’elle puisse y mettre un terme, pour de bon.
Rix
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